Il est convenu de distinguer deux grands ensembles dans le livre de Zacharie : les chapitres 1 à 8 sont attribués au prophète Zacharie lui-même, tandis que le reste du livre est une œuvre plus récente, d’un prophète inconnu désigné parfois sous le nom de « Deutéro-Zacharie ». Dans ces deux ensembles, relevant de contextes historiques bien distincts, les auteurs proposent, de la part de Dieu, un message aux accents contrastés.
Le ministère de Zacharie (« Dieu se souvient »), contemporain d’Aggée, est lié à la reconstruction du Temple (Esd 5,1 ; 6,14), après la fin de l’exil à Babylone, et se déroule entre 520 et 518 av. J.-C. La période est au désenchantement : les exilés reviennent sans enthousiasme dans un pays délabré, et le grand jour du règne de Dieu, qu’à la faveur des troubles dans l’Empire perse on croyait imminent, tarde à venir. Pour faire face à ce manque de perspectives, le prophète annonce que le salut est en marche, et il en montre les signes encore modestes : la mission du gouverneur Zorobabel, le ministère du grand prêtre Josué, leur complémentarité (Za 3 – 4).
Le contexte historique de la seconde partie du livre est plus difficile à cerner : on a pu voir dans la mention de Yavane (traduit « les fils des Grecs », Za 9,13) une allusion à l’arrivée au Proche-Orient d’Alexandre le Grand, roi de Macédoine, en 332 av. J.-C. La situation qui s’est installée sous la domination perse est celle d’une fracture dans la communauté croyante : prêtres et habitants de Jérusalem militent pour une théocratie, pensant advenu le temps de l’accomplissement des promesses ; la population privée de pouvoir, sensible aux drames de la séparation entre frères des anciens royaumes du Nord et du Sud, estime, elle, qu’il n’y a rien à espérer des hommes en place. Dans un monde devenu hostile, elle attend avec impatience une intervention divine. Et le prophète, avec ses oracles, se range du côté de ceux qui attendent encore.
Les deux parties du livre mettent en tension féconde des points de vue contrastés, principalement au sujet du retour du Seigneur et au sujet des hommes de l’espérance.
Le récit des visions successives (Za 1 – 6) veut faire pressentir l’imminence d’une intervention divine dans une histoire que beaucoup croient immobile. Cette intervention va se déployer à travers le retour des exilés chez eux (Za 2,10-13), l’œuvre d’un prince bâtisseur (Za 4,8-10) et la réhabilitation des habitants de Jérusalem auprès des peuples (Za 8,1-15.23). Ce retour « de Dieu » prend une tout autre tonalité en Za 9 – 14 : l’heure est à l’affrontement. Un véritable combat se livre à Jérusalem et alentour (Za 14,1-19). L’événement annoncé par Zacharie, au moment où le chantier du nouveau Temple s’ouvrait, prend peu à peu, au fil du livre, une ampleur inattendue et dramatique qui dépasse l’histoire. Ses effets purificateurs (Za 14,20-21) peuvent avoir valeur d’avertissement et d’encouragement pour le présent, au service d’une authentique conversion (cf. Za 1,3 : « Revenez à moi »).
Quatre personnages incarnent l’espérance proposée. Le grand prêtre Josué (Za 3,1-7 ; 6,9-15) et le gouverneur Zorobabel (Za 4,8-10) appartiennent au contexte initial des oracles de Zacharie : leur gouvernement commun et harmonieux est un signe avant-coureur de la restauration promise à toute la communauté. Deux autres figures, mystérieuses, apparaissent dans la seconde partie du livre, en accord avec sa vision dramatisée de l’avènement du règne de Dieu : le roi pauvre (Za 9,9-12) et le Transpercé (Za 12,10). Le roi vient après la victoire du Seigneur pour prendre possession d’un règne définitif. Quant à la figure du Transpercé, elle résulte d’une focalisation semblable à celle qui avait abouti à l’énigmatique Serviteur souffrant du chapitre 53 d’Isaïe : figure à la fois individuelle, à rapprocher du berger méprisé par les siens (Za 11,15-17) ou frappé par Dieu lui-même (Za 13,7), et figure collective à laquelle s’identifient les habitants délaissés de la campagne judéenne (cf. Za 12,12-14). Ainsi convergent dans le livre de Zacharie plusieurs lignes du messianisme biblique : la royauté davidique, l’humilité et la souffrance du Serviteur, le sacerdoce, le pasteur, que le Christ viendra récapituler.
La première génération chrétienne a tiré largement profit des préfigurations du livre de Zacharie et de son langage. Ainsi, l’Apocalypse a puisé à l’ensemble du livre comme à un réservoir d’images et d’expressions. Les Évangiles, eux, se sont inspirés uniquement de sa seconde partie, dont ils appliquent plusieurs passages à la dernière étape du ministère de Jésus. L’épisode des marchands chassés du Temple (Mt 21,12-17) renvoie implicitement au dernier verset du livre (Za 14,21). Dans sa Passion et sa mort, dans sa victoire, le Christ, roi de manière paradoxale, manifeste la venue du règne du Dieu.