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2. Aïn-Karim : la patrie du Précurseur

Dans les environs de la Jérusalem actuelle, le petit village d’Aïn-Karim est à six kilomètres à l’ouest de la Vieille Ville, avec ses grappes de maisons en pierre blanche sur les flancs de collines verdoyantes où les pinèdes et les bois de cyprès sont clairsemés de vignobles et de champs d’oliviers en terrasse. On pense qu’à l’époque du Christ il s’agissait d’une ville réservée aux prêtres et aux lévites. La proximité du Temple leur permettait de se déplacer quand c’était leur tour, tous les six mois. D’après d’anciennes traditions, c’est ici que se trouvait la maison de Zacharie et d’Élisabeth, où Marie séjourna après l’annonciation de l’archange Gabriel : En ces jours-là, Marie se mit en route et se rendit avec empressement vers la région montagneuse, dans une ville de Judée [01]. Trois mois après, quand fut accompli le temps où Élisabeth devait enfanter [02], c’est vraisemblablement ici que naquit saint Jean-Baptiste.

Deux églises rappellent à Aïn-Karim les faits dont parle saint Luc : celle de la Visitation, située en hauteur à la sortie du village, vers le sud, au-delà d’une source qui a alimenté les habitants depuis des temps immémoriaux, et celle de Saint-Jean-Baptiste, qui évoque le lieu de sa naissance et qui se trouve au centre de la commune. Les deux appartiennent depuis le XVIIe siècle à la Custodie de Terre Sainte.


Localisation de Aïn-Karim

L’église de la Visitation

Marie entra dans la maison de Zacharie et salua Élisabeth. Or, quand Élisabeth entendit la salutation de Marie, l’enfant tressaillit en elle. Alors, Élisabeth fut remplie d’Esprit Saint, et s’écria d’une voix forte :

« Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni. D’où m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? Car, lorsque tes paroles de salutation sont parvenues à mes oreilles, l’enfant a tressailli d’allégresse en moi. Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur » [03].

Par une montée en escaliers, on parvient à l’église de la Visitation d’où l’on domine Aïn-Karim et ses environs. Au bout de cette montée, une grille artistique s’ouvre sur une cour allongée. Sur la façade du sanctuaire il y a une mosaïque qui retrace le voyage de Marie depuis Nazareth, à dos d’âne et entourée d’anges. Près de la porte, des sculptures évoquent la rencontre de Marie et d’Élisabeth ; derrière, sur le mur, est gravé en plusieurs langues le Magnificat, l’hymne de Marie :

Mon âme exalte le Seigneur,

exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur !

Il s’est penché sur son humble servante ;

désormais tous les âges me diront bienheureuse.

Le Puissant fit pour moi des merveilles ;

Saint est son nom !

Sa miséricorde s’étend d’âge en âge

sur ceux qui le craignent.

Déployant la force de son bras,

il disperse les superbes.

Il renverse les puissants de leurs trônes,

il élève les humbles.

Il comble de biens les affamés,

renvoie les riches les mains vides.

Il relève Israël son serviteur,

il se souvient de son amour,

de la promesse faite à nos pères,

en faveur d’Abraham et sa descendance à jamais [04].

Les fouilles archéologiques témoignent d’un culte chrétien qui remonte à la période byzantine. Il semble aussi que, jusqu’à l’arrivée des croisés, on aurait fait ici mémoire d’un événement postérieur à la Visitation et que raconte le Protoévangile de Jacques, écrit apocryphe du IIe siècle, à savoir la fuite de sainte Élisabeth avec son fils pour éviter le massacre des enfants qu’Hérode avait programmé à Bethléem et dans toute la région [05]. La mémoire de cette tradition est gardée à la crypte de l’église à laquelle on accède à partir de la cour. Il s’agit d’une chapelle rectangulaire contenant une grotte ancienne, avec une voûte en pierre prévue pour le culte. Au fond, il y a un puits alimenté par une source. Sur la droite de la galerie, dans une niche, il y a un rocher en creux que l’on vénère comme étant l’endroit où se réfugiait Jean-Baptiste.

L’église de la Visitation, terminée en 1940, est bâtie sur la crypte, sur l’emplacement de celle que les croisés construisirent au XIIe siècle. On y accède habituellement par un escalier extérieur qui part de la cour et traverse un espace vert. À l’intérieur, il y a des représentations picturales qui montrent que l’on a exalté Notre Dame tout au long des siècles : Marie Médiatrice, aux Noces de Cana ; Marie Notre Refuge, accueillant les fidèles sous son manteau ; la Maternité divine de Marie proclamée par le concile d’Éphèse ; l’Immaculée Conception de Marie défendue par le bienheureux Duns Scot ; et l’Intercession de Marie, Secours des chrétiens, à la bataille de Lépante.


Sanctuaire de la Visitation à Ain Karim

L’église Saint-Jean-Baptiste

Quand fut accompli le temps où Élisabeth devait enfanter, elle mit au monde un fils. Ses voisins et sa famille apprirent que le Seigneur lui avait montré la grandeur de sa miséricorde, et ils se réjouissaient avec elle. Le huitième jour, ils vinrent pour la circoncision de l’enfant. Ils voulaient l’appeler Zacharie, du nom de son père. Mais sa mère prit la parole et déclara : « Non, il s’appellera Jean ». On lui dit : « Personne dans ta famille ne porte ce nom-là ! ». On demandait par signes au père comment il voulait l’appeler. Il se fit donner une tablette sur laquelle il écrivit : « Jean est son nom ». Et tout le monde en fut étonné [06].

L’église Saint-Jean-Baptiste est construite là où la tradition situe la maison de Zacharie et d’Élisabeth, c’est-à-dire, là où vraisemblablement naquit le Précurseur. Comme au sanctuaire de la Visitation, l’hymne Benedictus, entendu ici pour la première fois, est gravé sur les murs en plusieurs langues :

Béni soit le Seigneur, le Dieu d’Israël,

qui visite et rachète son peuple.

Il a fait surgir la force qui nous sauve

dans la maison de David, son serviteur,

comme il l’avait dit par la bouche des saints,

par ses prophètes, depuis les temps anciens :

salut qui nous arrache à l’ennemi,

à la main de tous nos oppresseurs,

amour qu’il montre

envers nos pères,

mémoire de son alliance sainte,

serment juré à notre père Abraham

de nous rendre sans crainte,

afin que, délivrés de la main des ennemis,

nous le servions dans la justice et la sainteté,

en sa présence, tout au long de nos jours.

Toi aussi, petit enfant, tu seras appelé prophète du Très-Haut ;

tu marcheras devant, à la face du Seigneur,

et tu prépareras ses chemins

pour donner à son peuple de connaître le salut

par la rémission de ses péchés,

grâce à la tendresse, à l’amour de notre Dieu,

quand nous visite l’astre d’en haut,

pour illuminer ceux qui habitent les ténèbres

et l’ombre de la mort,

pour conduire nos pas

au chemin de la paix [07].

Le sanctuaire actuel a conservé la structure croisée du XIIe siècle qui, à son tour, aurait respecté une structure précédente d’origine byzantine. Les restaurations nécessaires faites entre le XVIIe et le XXe siècles tout en consolidant l’édifice, l’ont enrichi et ont permis de mener à terme de précieuses études archéologiques. Il s’agit d’une église à trois nefs, avec une coupole sur le chœur et une grotte creusée dans l’abside côté nord. Vraisemblablement, elle faisait partie d’un logement hébreu du Ier siècle : la maison de Zacharie d’après la tradition ; sous l’autel une inscription latine dit bien que c’est là qu’est né saint Jean-Baptiste : Hic Præcursor Domini natus est.

Le bienheureux Alvaro à Aïn-Karim

Lors de son pèlerinage en Terre Sainte, le bienheureux Alvaro visita Aïn-Karim, le 20 mars 1994. En voiture, dans la matinée, ils étaient allés voir plusieurs maisons et des terrains pour d’éventuels futurs centres de l’Œuvre à Jérusalem. Ce parcours incluait ce village des environs où il y avait des terrains pour un possible centre de rencontres. Cet endroit fut écarté, mais la recherche ne fut pas infructueuse puisque quelques années plus tard, on trouva le domaine de Saxum à quelques kilomètres de là, vers le nord-ouest.

Dans l’après-midi de ce 20 mars, le bienheureux Alvaro fut accueilli par un franciscain à l’église de la Visitation. Après être descendu à la crypte, il revint dans l’église pour faire sa prière, en suivant le récit selon saint Luc de la rencontre de Notre Dame et de sainte Élisabeth. A la fin, il s’accrocha au bras d’un fidèle de l’Œuvre, pour plaisanter avec lui qui lui avait assuré que l’escalier menant à la basilique avait à peu près quinze marches alors que le bienheureux Alvaro en avait comptées quarante-huit.

Mystère de joie

« Le climat de l’épisode évangélique de la Visitation est un climat de joie : le mystère de la Visitation est un mystère de joie. Jean-Baptiste tressaille de joie dans le sein de sa mère, sainte Élisabeth ; celle-ci, au comble de la joie pour le don de la maternité, se répand en bénédictions envers le Seigneur ; Marie entonne le Magnificat, une hymne où éclate la joie messianique. Quelle est donc la source mystérieuse, secrète de cette joie ? C’est Jésus, que Marie a déjà conçu par l’opération du Saint-Esprit, et qui commence à l’emporter sur ce qui est à racine de la peur, de l’angoisse, de la tristesse, sur le péché, sur l’esclavage le plus humiliant pour l’homme » [08].

Notre expérience personnelle et celle des autres, nous fait comprendre que l’on est mal à l’aise lorsqu’on est loin de Dieu, à vivre égoïstement. En revanche, s’approcher de Dieu, reconnaître qu’il est présent parmi nous, au milieu de nous, comme un ami, un frère qui nous entoure et qui nous éclaire pour que nous accomplissions la volonté du Père, est une source de joie. « Ne soyez jamais des hommes et des femmes tristes », nous disait le pape quelques jours après son élection. « Un chrétien ne saurait jamais l’être. Ne vous laissez jamais emporter par le découragement. Notre joie ne vient pas du fait d’avoir tant et tant de choses, mais d’avoir trouvé quelqu’un, Jésus qui est parmi nous. Elle jaillit du fait de savoir qu’avec Lui nous ne sommes jamais seuls, même aux moments difficiles, même quand sur le chemin de la vie, nous nous heurtons à des problèmes et à des obstacles apparemment insurmontables. Or il y en a tellement ! » [09].

Face au danger du découragement provoqué par les contrariétés extérieures ou bien, le plus souvent, par le constat de notre misère personnelle, saint Josémaria nous conseillait d’attiser notre foi : Sois simple. Ouvre ton cœur. Vois, rien n’est encore perdu. Tu peux encore aller de l’avant, et avec plus d’amour, plus d’affection, plus de force.

Réfugie-toi dans la filiation divine : Dieu est ton Père très aimant. Voilà ta sécurité, le mouillage où tu peux jeter l’ancre, quoi qu’il arrive à la surface de cette mer qu’est la vie. Et tu y trouveras la joie, la vigueur, l’optimisme, la victoire ! [10].

Conscients que nous sommes fils de Dieu, dans un élan apostolique, nous serons poussés à communiquer notre bonheur aux autres, à éclairer les âmes afin que beaucoup quittent des ténèbres et entreprennent le chemin qui mène à la vie éternelle [11]. En effet, tout chrétien est tenu de semer la paix et le bonheur partout sur la terre, en une croisade de fermeté et de joie qui touche même les cœurs fanés et pourris pour les élever vers Lui [12].

Bienheureuse toi, qui as cru [13] dit sainte Élisabeth à la Sainte Vierge en louant sa foi qui est manifeste dans son don parfait aux desseins de Dieu. Elle est ainsi proclamée bienheureuse, heureuse. Et dans le même temps, Sainte Marie attribue tout à Dieu : Le Tout-puissant a fait pour moi de grandes choses [14]. La mesure de sa foi est bien son humilité sans mesure. Si nous souhaitons que le Divin Maître augmente en nous la foi, soyons humbles, comme Notre Dame.

Face au panorama immense des âmes qui nous attendent, face à cette responsabilité précieuse et écrasante, tu peux te demander, ce que je me demande moi aussi parfois : tout ce travail me concerne-t-il, moi, qui suis si peu de chose ?

– Ouvrons alors l’Évangile et contemplons comment Jésus guérit l’aveugle de naissance avec une boue faite de poussière et de salive. Et c’est bien ce collyre-là, qui rend la lumière à des yeux aveugles !

Voilà ce que nous sommes toi et moi, conscients de notre faiblesse et de notre inanité, mais avec la grâce de Dieu et notre bonne volonté, nous sommes ce collyre qui éclaire, qui prête sa force aux autres et nous raffermit nous-mêmes [15].



2. Aïn-Karim : la patrie du Précurseur

[01] Lc 1, 39. [RETOUR]

[02] Lc 1, 57. [RETOUR]

[03] Lc 1, 40-45. [RETOUR]

[04] Lc 1, 46-55. [RETOUR]

[05] Mt 2, 16. [RETOUR]

[06] Lc 1, 57-63. [RETOUR]

[07] Lc 1, 68-79. [RETOUR]

[08] Saint Jean-Paul II, Homélie, 31 mai 1979. [RETOUR]

[09] François, Homélie, 24 mars 2013. [RETOUR]

[10] Saint Josémaria, Chemin de Croix, VIIe station, point 2. [RETOUR]

[11] Saint Josémaria, Forge, n. 1. [RETOUR]

[12] Saint Josémaria, Sillon, n. 92. [RETOUR]

[13] Lc 1, 45. [RETOUR]

[14] Lc 1, 49. [RETOUR]

[15] Saint Josémaria, Forge, n. 370. [RETOUR]