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4. Bethléem : le Champ des bergers

Toute la zone de Bethléem est sur un terrain doucement vallonné. Sur quelques coteaux en terrasses, il y a des oliveraies. Dans les vallées, les zones les plus plates sont parsemées de terrains de culture et sur les terres en friche, au sol rocailleux, pousse une végétation, typiquement méditerranéenne, de pins, de cyprès et de plusieurs espèces d’arbustes.


Sanctuaire du Gloria in excelsis Deo, à Siyar el-Ghanam

C’est dans cette région que David faisait paître le bétail de son père lorsqu’il fut oint par Samuel [01]. Trois générations auparavant, Ruth, sa bisaïeule, glanait les champs de blé et d’avoine, sur les traces des faucheurs de Booz [02]. Des siècles plus tard, lorsque les temps furent accomplis, la venue du Fils de Dieu sur la terre, c’est ici qu’eut lieu la première annonce de la naissance de Jésus : Dans la même région, il y avait des bergers qui vivaient dehors et passaient la nuit dans les champs pour garder leurs troupeaux. L’ange du Seigneur se présenta devant eux, et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa lumière. Ils furent saisis d’une grande crainte. Alors l’ange leur dit : « Ne craignez pas, car voici que je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour tout le peuple : Aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur. Et voici le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire » [03].

Le récit évangélique ne permet pas d’identifier avec certitude le lieu de cette apparition, cependant les chrétiens l’ont tout de suite localisé dans un endroit à deux ou trois kilomètres à l’est de Bethléem, là où se trouve aujourd’hui le village de Beit Sahur : la maison des veilleurs. Saint Jérôme en parle [04], et l’associe à la localisation biblique dite Migdaléder – la tour d’Ader ou du troupeau –, où Jacob planta son camp après la mort de Rachel [05]. Au IVe ou au Ve siècle, durant la période byzantine, on y dressa un sanctuaire dédié aux bergers. L’église de Jérusalem y célébrait la fête de la vigile de Noël et on y vénérait aussi une grotte. Un monastère fut aussi construit. Ceci dit, à l’arrivée des croisés, tout n’était que ruines.

Des siècles plus tard, à l’époque moderne, deux endroits différents du village Beit Sahur conservaient la mémoire des traditions anciennes. Le premier, dit Der er-Ruat, était à l’ouest du village. De nos jours, c’est presque un quartier de Bethléem. On y trouvait des ruines d’un petit sanctuaire byzantin. Actuellement, il y a, dans cette zone, une église orthodoxe bâtie en 1972, ainsi que la paroisse catholique construite en 1951 et dédiée à Notre Dame de Fatima et à Sainte Thérèse de Lisieux.


Vestiges des monastères du Champ des Bergers

Le second endroit se trouve à 1 km à peu près, vers le nord ouest, sur l’emplacement de Siyar el-Ghanam, le champ des bergers. Sur un flanc de coteau avec de nombreuses grottes naturelles, il y avait un terrain avec des ruines que les franciscains se procurèrent au XIXe siècle. Les fouilles faites entre 1951-1952, à la suite des recherches partielles de 1859, permirent de découvrir deux monastères qui avaient été habités du IVe au VIIIe siècles. L’église du premier, démolie au IVe siècle, fut reconstruite sur la même base avec un léger déplacement de l’abside vers l’est ce qui suggère qu’elle avait un rapport avec un souvenir particulier. Cet ensemble monacal comprenait de nombreuses installations agricoles, – des pressoirs, des silos, des citernes, des vasques – qui mettaient à profit les grottes de la zone. Elles avaient sans doute déjà été utilisées au temps de Jésus, à en juger d’après les découvertes de céramiques appartenant à l’époque hérodienne. On conserve aussi des vestiges d’une tour de garde.

Sur un rocher dominant ces vestiges du Champ des bergers, la Custodie de Terre Sainte construisit entre 1953 et 1954, le sanctuaire du Gloria in excelsis Deo, où l’on commémore la première annonce de la naissance du Christ. On y accède par une allée dallée, flanquée de pins et de cyprès. De l’extérieur, cette base décagonale et ces murs inclinés, semblent vouloir évoquer une tente de nomades. À l’intérieur, l’autel est au centre ; sur les murs, dans les trois absides, sont reproduites les scènes évangéliques : l’apparition céleste, l’adoration de l’Enfant et les bergers à leur retour de Bethléem. Le flot de lumière qui coule à travers la coupole en verre, fait penser à la clarté qui enveloppa ces hommes. Dix représentations d’anges qui entonnent leur chant de louange, ornent le tambour : Gloria in altissimis Deo et in terra pax hominibus bonæ voluntatis [06].

Le 19 mars 1994, lors de son pèlerinage en Terre Sainte, le bienheureux Alvaro del Portillo se rendit à Bethléem. Il y célébra la Messe à la Grotte de la Nativité. Ce furent des instants intenses. Le matin, sur la route de Jérusalem, en voiture, il avait commencé à prier, à la lecture du récit de saint Luc sur la naissance de Jésus. Il finit son oraison sur le Champ des bergers, à Beit Sahur, où il visita les ruines vénérées.

Gloire à Dieu au plus haut des Cieux

Les bergers, enveloppés d’un nuage de lumière, écoutaient le message lorsque soudain, il y eut avec l’ange une troupe céleste innombrable, qui louait Dieu en disant : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes, qu’Il aime » [07]. Benoît XVI commente ce passage en soulignant un détail : « L’évangéliste dit que les anges “ parlent ”. Mais pour les chrétiens, il était clair depuis le début, que la parole des anges est un chant dans lequel se fait perceptiblement présente toute la splendeur de la grande joie qui leur est annoncée. Et ainsi, à partir de ce moment, le chant de louange des anges n’a plus jamais cessé » [08].

Leur chœur se fait entendre à travers les siècles, dans cette hymne de Gloire que l’Église incorpora très vite à la liturgie. « Dès le IIe siècle, – dit toujours le pape – plusieurs exclamations furent ajoutées aux paroles des anges : “ Nous te louons, nous te bénissons, nous t’adorons, nous te glorifions, nous te rendons grâce pour ton immense gloire ” ; et plus tard d’autres invocations : “ Seigneur Dieu, Agneau de Dieu, Fils du Père, qui enlève les péchés du monde... ”, jusqu’à composer un air de louange harmonieux qui fut chanté pour la première fois au cours de la Messe de Noël et ensuite tous les jours de fête. Inséré au début de la célébration eucharistique, le Gloria sert à souligner la continuité qui existe entre la naissance et la mort du Christ, entre Noël et Pâques, des aspects inséparables de l’unique et même mystère de salut » [09].

En récitant ou en chantant le Gloire au Père à la Sainte Messe, aux jours et aux temps prescrits par la liturgie, chacun doit se représenter ces mystères où l’on contemple Jésus fait homme pour accomplir la Volonté du Père, nous révéler l’amour qu’il nous porte, nous racheter, nous rétablir en notre vocation de fils de Dieu [10]. Si nous sommes sincèrement unis à cette hymne angélique non seulement par notre parole mais avec notre vie entière, nous cultiverons le désir d’imiter le Christ, en accomplissant nous aussi la volonté de Dieu et en lui rendant gloire.

Le message de Noël résonne intensément : Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu’Il aime (Lc 2, 14). Que la paix du Christ règne en vos cœurs, écrit l’apôtre (Col 3, 15). La paix de se savoir aimés par Dieu notre Père, incorporés au Christ et protégés par la Sainte Vierge Marie, entourés par saint Joseph. C’est cette grande clarté qui éclaire nos vies et qui, au cœur des difficultés et des misères personnelles, nous encourage à aller courageusement de l’avant [11].

Après avoir entendu l’annonce triomphante des anges, les bergers se hâtèrent d’y aller, et ils découvrirent Marie et Joseph, avec le nouveau-né couché dans la mangeoire. Après avoir vu, ils racontèrent ce qui leur avait été annoncé au sujet de cet enfant. Et tous ceux qui entendirent s’étonnaient de ce que leur racontaient les bergers [12].

Il est logique que les bergers aient hâté le pas puisque sans s’y attendre, ils ont été les témoins d’un moment historique. Dans la vie spirituelle et dans l’apostolat, la docilité aux inspirations de l’Esprit Saint nous demande de tirer profit des occasions dès qu’elles se présentent. Cet empressement, loin de nous stresser, est une expression de notre amour : Quand on travaille uniquement et exclusivement pour la gloire de Dieu, tout est fait avec naturel, tout simplement, comme si l’on était pressé et sans pouvoir s’arrêter à de plus hautes considérations, afin de ne pas perdre ce lien, incomparable et unique, avec le Seigneur [13].

Le récit évangélique localisé à Bethléem et ses environs, se termine avec la liesse des bergers : Repartirent ; ils glorifiaient et louaient Dieu pour tout ce qu’ils avaient entendu et vu, selon ce qui leur avait été annoncé [14]. Et auparavant, saint Luc révèle un détail intime : Marie, cependant, retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur [15]. Tâchons, nous aussi, de l’imiter en tissant nos liens avec le Seigneur, dans un dialogue d’amoureux, pour nous entretenir, par le menu, avec lui, sur tout ce qui nous concerne. N’oublions pas que nous sommes tenus de tout peser, d’apprécier, de voir avec les yeux de la foi, afin d’y découvrir la Volonté de Dieu [16].



4. Bethléem : le Champ des bergers

[01] Cf. 1 S 16, 1-13. [RETOUR]

[02] Cf. Rt 2, 1-17. [RETOUR]

[03] Lc 2, 8-12. [RETOUR]

[04] Cf. Saint Jérôme, Épître CVIII. Epitaphium Sanctæ Paulæ, 10. [RETOUR]

[05] Cf. Gen 35, 21. [RETOUR]

[06] Lc 2, 14. [RETOUR]

[07] Lc 2, 13-14. [RETOUR]

[08] Joseph Ratzinger/Benoît XVI, L’enfance de Jésus, Paris, Flammarion, 2012, p. 106. [RETOUR]

[09] Benoît XVI, Audience générale, 27 décembre 2006. [RETOUR]

[10] Cf. Catéchisme de l’Église Catholique, n. 516-518. [RETOUR]

[11] Saint Josémaria, Quand le Christ passe, n. 22. [RETOUR]

[12] Lc 2, 16-18. [RETOUR]

[13] Saint Josémaria, Sillon, n. 555. [RETOUR]

[14] Lc 2, 20. [RETOUR]

[15] Lc 2, 19. [RETOUR]

[16] Saint Josémaria, Amis de Dieu, n. 285. [RETOUR]