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15. Béthanie : sanctuaire de la Résurrection de Lazare

Les Évangiles rapportent que Jésus n’avait pas de lieu où reposer sa tête, mais ils nous rappellent aussi qu’il avait des amis très chers, de toute confiance, désireux de l’accueillir chez eux [01]. Parmi ces amis, nous trouvons Marthe, Marie et Lazare, frère et sœurs, vivant à Béthanie. Nous ne connaissons pas l’origine de leur amitié avec le Seigneur, mais nous savons qu’il y avait entre eux un rapport affectueux et une grande proximité dont témoignent des détails très parlants. Comment ne pas être touchés par le dialogue de Marthe avec le Seigneur lorsqu’elle se plaint de sa sœur ?

Une femme nommée Marthe le reçut. Elle avait une sœur appelée Marie qui, s’étant assise aux pieds du Seigneur, écoutait sa parole. Quant à Marthe, elle était accaparée par les multiples occupations du service. Elle intervint et dit :

« Seigneur, cela ne te fait rien que ma sœur m’ait laissé faire seule le service ? Dis-lui donc de m’aider ».

Le Seigneur lui répondit :

« Marthe, Marthe, tu te donnes du souci et tu t’agites pour bien des choses. Une seule est nécessaire. Marie a choisi la meilleure part, elle ne lui sera pas enlevée » [02].

Béthanie, sur le versant est du mont des Oliviers, à trois kilomètres de Jérusalem, était, avec Bethphagé, la dernière halte pour ceux qui s’y rendaient à partir de Jéricho. Anciennement, alors qu’elle n’était tout au plus qu’un petit hameau, elle n’était cependant pas tout à fait méconnue. La Sainte Écriture cite Ananya parmi les lieux repeuplés par les benjaminites après le retour de Babylone [03]; le préfixe bet qui veut dire maison, aurait été rajouté plus tard et l’évolution philologique donna Béthanie.

Marthe, Marie et Lazare ont sans doute plusieurs fois hébergé le Seigneur. Surtout durant les journées précédant la Passion, à partir du dimanche des Rameaux et jusqu’à l’arrestation de Jésus. La distance entre Béthanie et Jérusalem étant très courte, le Seigneur faisait des allers et retours sur un chemin, interrompu de nos jours, qui passait par le mont des Oliviers. Le soir, il reprenait des forces entouré de ses amis et de ses disciples. C’est alors qu’eut lieu cet épisode dont Marie fut la protagoniste et à propos duquel Jésus dit par la suite : Partout où l’Évangile sera proclamé – dans le monde entier –, on racontera, en souvenir d’elle, ce qu’elle vient de faire [04]. Ça ne se passa pas chez elle, mais chez son voisin, Simon, dit le lépreux :

On donna un repas en l’honneur de Jésus. Marthe faisait le service, Lazare était parmi les convives avec Jésus. Or, Marie avait pris une livre d’un parfum très pur et de très grande valeur ; elle versa le parfum sur les pieds de Jésus, qu’elle essuya avec ses cheveux ; la maison fut remplie de l’odeur du parfum. Judas Iscariote, l’un de ses disciples, celui qui allait le livrer, dit alors :

« Pourquoi n’a-t-on pas vendu ce parfum pour trois cents pièces d’argent, que l’on aurait données à des pauvres ? ».

Il parla ainsi, non par souci des pauvres, mais parce que c’était un voleur : comme il tenait la bourse commune, il prenait ce que l’on y mettait. Jésus lui dit :

« Laisse-la observer cet usage en vue du jour de mon ensevelissement ! Des pauvres, vous en aurez toujours avec vous, mais moi, vous ne m’aurez pas toujours » [05].

La renommée de Béthanie ne vient pas seulement des différents séjours que le Seigneur y fit, mais surtout de son impressionnant miracle : la résurrection de Lazare. Dès les premiers temps du christianisme, le tombeau de cet ami de Jésus a attiré les fidèles qui, dès le IVe siècle, y ont dressé un sanctuaire. To lazarion nom byzantin de ce lieu était sans doute inspiré par le nom arabe de Béthanie, Al-Azariye. La maison de cette famille n’a laissé aucune trace.

Les recherches archéologiques ont livré certains éléments permettant d’identifier la construction byzantine. En s’inspirant sur les canons d’autres églises de l’époque, comme le Saint-Sépulcre, ce lieu était composé d’une basilique, côté est, du monument qui couvrait le lieu vénéré, côté ouest et, au milieu, en trait d’union, un atrium. La basilique, avec trois nefs divisées par des colonnes aux chapiteaux corinthiens, pavées de riches mosaïques, fut certainement démolie par un tremblement de terre. À la fin du Ve siècle on bâtit une autre église sur une partie de la structure ancienne mais en déplaçant la base encore plus à l’est. Elle était là aux temps des croisés qui la restaurèrent et l’embellirent. C’est aussi au XIIe siècle que fut bâtie une nouvelle basilique sur le tombeau de Lazare. S’agissant d’une chambre creusée dans le roc, elle devint une crypte. À l’initiative de la reine Mélisande, on créa à Béthanie une abbaye de moniales bénédictines.

Cet ensemble d’édifices changea entre le XVe et le XVIe siècles puisque dans la zone de l’atrium et du tombeau l’on construisit une mosquée et l’on restreint l’accès aux pèlerins chrétiens. Entre 1566 et 1575, les franciscains de la Custodie de Terre Sainte réussirent à avoir le droit d’accès à la grotte de Lazare mais ils durent créer une nouvelle arrivée en creusant un tunnel avec des marches à partir de l’extérieur de l’enceinte. Ce tunnel est encore en service bien que la propriété soit toujours musulmane.


Accès au tombeau de Lazare

Côté est, sur les ruines des basiliques byzantines, la Custodie bâtit le sanctuaire actuel en 1954. Il a la forme d’un mausolée, avec une base en croix grecque et une coupole à base octogonale. Chaque bras est décoré d’une lunette en mosaïque où sont représentées les scènes évangéliques les plus significatives concernant Béthanie : le dialogue de Marthe avec Jésus ; l’accueil des deux sœurs après la mort de Lazare ; la résurrection de celui-ci ; le repas chez Simon. L’architecte a réussi à créer un beau contraste entre la pénombre de l’église et la lumière qui inonde la coupole, symbolisant ainsi la mort et l’espérance en la résurrection.

Le bienheureux Alvaro visita Béthanie le dimanche 20 mars 1994. Il fit son oraison le matin, au sanctuaire de la Résurrection de Lazare ou il y vit son tombeau de l’extérieur.

Je suis la Résurrection et la Vie

« Jésus est le Fils qui depuis toute éternité reçoit la vie du Père (cf. Jn 5, 26), venu chez les hommes pour les faire participer à ce don : “ Je suis venu pour qu’ils aient la vie et qu’ils l’aient en abondance ” (Jn 10, 10) » [06].

Dieu veut que nous ayons part à la vie bienheureuse, il est près de nous, nous aide à le chercher, à le connaître et à l’aimer mais il attend aussi une réponse libre à cet appel [07]. Le récit de la résurrection de Lazare comporte beaucoup d’éléments susceptibles de raviver notre foi et de nous encourager à demander au Seigneur ce qu’il peut nous accorder de plus précieux : la grâce d’une nouvelle conversion pour nous, nos familles, nos amis.

As-tu noté toute l’affection, toute la confiance, de ses amis pour le Christ ? Tout naturellement, les sœurs de Lazare lui reprochent son absence : nous t’avons prévenu ! Si tu avais été là !... – Confie-lui calmement : apprends-moi à avoir pour Toi l’amour d’amitié de Marthe, Marie et Lazare ; celui des douze premiers, même si, au début, ils te suivaient pour des raisons peu surnaturelles [08].

À Béthanie, nous contemplons les sentiments d’amour du Christ qui révèlent l’amour infini du Père pour chacun de nous ainsi que la foi de Marthe en son pouvoir de rendre la santé :

C’était son frère Lazare qui était malade. Donc, les deux sœurs envoyèrent dire à Jésus :

« Seigneur, celui que tu aimes est malade ».

En apprenant cela, Jésus dit :

« Cette maladie ne conduit pas à la mort, elle est pour la gloire de Dieu, afin que par elle le Fils de Dieu soit glorifié ».

Jésus aimait Marthe et sa sœur, ainsi que Lazare. Quand il apprit que celui-ci était malade, il demeura deux jours encore à l’endroit où il se trouvait [09].

Le Seigneur savait ce qui allait se passer mais il tenait à éprouver la foi de ces femmes, à montrer son pouvoir sur la mort, afin de préparer ainsi les disciples à sa résurrection à lui, après celle de Lazare. C’est pourquoi il permit que son ami meure avant d’aller chez lui :

À son arrivée, Jésus trouva Lazare au tombeau depuis quatre jours déjà. Comme Béthanie était tout près de Jérusalem – à une distance de quinze stades (c’est-à-dire une demi-heure de marche environ) –, beaucoup de Juifs étaient venus réconforter Marthe et Marie au sujet de leur frère. Lorsque Marthe apprit l’arrivée de Jésus, elle partit à sa rencontre, tandis que Marie restait assise à la maison. Marthe dit à Jésus :

« Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. Mais maintenant encore, je le sais, tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te l’accordera ».

Jésus lui dit :

« Ton frère ressuscitera ».

Marthe reprit :

« Je sais qu’il ressuscitera à la résurrection, au dernier jour ».

Jésus lui dit :

« Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? ».

Elle répondit :

« Oui, Seigneur, je le crois : tu es le Christ, le Fils de Dieu, tu es celui qui vient dans le monde ».

Ayant dit cela, elle partit appeler sa sœur Marie, et lui dit tout bas :

« Le Maître est là, il t’appelle ».

Marie, dès qu’elle l’entendit, se leva rapidement et alla rejoindre Jésus. Il n’était pas encore entré dans le village, mais il se trouvait toujours à l’endroit où Marthe l’avait rencontré [10].

Avec la même confiance de Marthe qui lui a reproché son absence, Marie adresse sa plainte au Seigneur, mais elle n’exprime pas sa foi seulement en paroles, mais avec un geste d’adoration :

Marie arriva à l’endroit où se trouvait Jésus. Dès qu’elle le vit, elle se jeta à ses pieds et lui dit :

« Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort ».

Quand il vit qu’elle pleurait, et que les Juifs venus avec elle pleuraient aussi, Jésus, en son esprit, fut saisi d’émotion, il fut bouleversé, et il demanda :

« Où l’avez-vous déposé ? ».

Ils lui répondirent :

« Seigneur, viens, et vois ».

Alors Jésus se mit à pleurer. Les Juifs disaient :

« Voyez comme il l’aimait ! ».

Mais certains d’entre eux dirent :

« Lui qui a ouvert les yeux de l’aveugle, ne pouvait-il pas empêcher Lazare de mourir ? ».

Jésus, repris par l’émotion, arriva au tombeau. C’était une grotte fermée par une pierre. Jésus dit :

« Enlevez la pierre ».

Marthe, la sœur du défunt, lui dit :

« Seigneur, il sent déjà ; c’est le quatrième jour qu’il est là ».

Alors Jésus dit à Marthe :

« Ne te l’ai-je pas dit ? Si tu crois, tu verras la gloire de Dieu ».

On enleva donc la pierre. Alors Jésus leva les yeux au ciel et dit :

« Père, je te rends grâce parce que tu m’as exaucé. Je le savais bien, moi, que tu m’exauces toujours ; mais je le dis à cause de la foule qui m’entoure, afin qu’ils croient que c’est toi qui m’as envoyé ».

Après cela, il cria d’une voix forte :

« Lazare, viens dehors ! ».

Et le mort sortit, les pieds et les mains liés par des bandelettes, le visage enveloppé d’un suaire. Jésus leur dit :

« Déliez-le, et laissez-le aller » [11].

Saint Josémaria s’appuyait sur ce récit de l’évangile et sur ceux d’autres guérisons pour nous faire considérer que, dans notre amitié confiante avec Lui, nous sommes tenus d’avoir recours à Jésus avec persévérance.

S’il t’arrive de chuter ou de te sentir accablé sous le poids de tes misères, répète avec une ferme espérance : Seigneur, je suis malade ; Seigneur, toi qui, par amour, es mort sur la Croix pour moi, viens me guérir.

Aie confiance, j’insiste : persévère en ayant recours à son Cœur très aimant. Comme aux lépreux de l’Évangile, il te rendra la santé [12].

Dans notre combat quotidien pour la fidélité, les défaites n’ont aucune importance si nous avons recours au Christ. Ceci dit, Il a besoin de notre collaboration, que nous tenions à le laisser agir en nous.

Nos chutes, même nos chutes graves, ne doivent pas nous attrister, si nous avons recours au bon Dieu, dans le sacrement de pénitence, dans la douleur et avec une bonne résolution. Le chrétien n’est pas un maniaque collectionneur d’états de services irréprochables. Jésus-Christ Notre Seigneur, si ému de l’innocence et de la fidélité de Jean, est aussi attendri par le repentir de Pierre, après sa chute. Jésus comprend notre faiblesse et nous attire à Lui, comme sur un plan incliné, désireux de nous voir insister dans l’effort de grimper un peu, jour après jour. Il nous cherche comme Il a cherché les deux disciples d’Emmaüs, en allant à leur rencontre ; comme Il a cherché Thomas pour lui faire toucher, de ses doigts, les plaies ouvertes des mains et de son côté. Jésus attend toujours que nous nous revenions à Lui, parce qu’Il connaît notre faiblesse [13].



15. Béthanie : sanctuaire de la Résurrection de Lazare

[01] Saint Josémaria, Quand le Christ passe, n. 108. [RETOUR]

[02] Lc 10, 38-42. [RETOUR]

[03] Cf. Ne 11, 32. [RETOUR]

[04] Mc 14, 9; Cf. Mt 26, 13. [RETOUR]

[05] Jn 12, 2-8; Cf. Mt 26, 6-13 et Mc 14, 3-9. [RETOUR]

[06] Saint Jean-Paul II, Litt. enc. Evangelium vitæ, 25 mars 1995, n. 29. [RETOUR]

[07] Cf. Catéchisme de l’Église Catholique, n. 1-3. [RETOUR]

[08] Saint Josémaria, Forge, n. 495. [RETOUR]

[09] Jn 11, 2-6. [RETOUR]

[10] Jn 11, 17-30. [RETOUR]

[11] Jn 11, 32-44. [RETOUR]

[12] Saint Josémaria, Forge, n. 213. [RETOUR]

[13] Saint Josémaria, Quand le Christ passe, n. 75. [RETOUR]