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25. Le lieu de l’Ascension

Jésus-Christ a réalisé l’œuvre de la rédemption humaine principalement par le mystère pascal de sa passion, de sa résurrection d’entre les morts et de sa glorieuse ascension [01]. Nous allons considérer le dernier de ces épisodes qui ponctue la fin de sa vie sur terre. Beaucoup de choses se sont passées, depuis sa Naissance à Bethléem : nous l’avons vu dans une mangeoire, adoré par des bergers, par des rois ; nous avons contemplé ses longues années de travail silencieux à Nazareth ; nous l’avons accompagné sur les terres de Palestine quand il prêchait le Royaume de Dieu et faisait du bien à tous. Plus tard, lors de sa Passion, nous avons souffert de voir comment il était accusé, l’acharnement à le maltraiter, la haine à le crucifier.

La joie lumineuse de la Résurrection a pris place après tant de souffrance. Qu’il est clair et ferme le fondement de notre foi ! Nous ne devrions plus douter. Or, il se peut que comme les Apôtres, nous soyons encore faibles et qu’en ce jour de l’Ascension nous demandions au Christ : Est-ce maintenant que tu vas restaurer le royaume d’Israël ? (Ac 1, 6) ; est-ce maintenant que nos perplexités, nos misères vont disparaître définitivement ?

Le Seigneur nous répond en montant aux cieux [02].

Les récits bibliques sur l’événement, que nous reconnaissons dans le Credo, sont succincts. Saint Marc, après avoir raconté quelques apparitions du Christ ressuscité à ses disciples ajoute : Le Seigneur Jésus, après leur avoir parlé, fut enlevé au ciel et s’assit à la droite de Dieu [03]. Saint Luc, aussi bien dans son Évangile que dans les Actes des Apôtres, ajoute quelques détails à cette scène : Puis Jésus les emmena au dehors, jusque vers Béthanie ; et, levant les mains, il les bénit. Or, tandis qu’il les bénissait, il se sépara d’eux et il était emporté au ciel. Ils se prosternèrent devant lui [04]. Et comme ils fixaient encore le ciel où Jésus s’en allait, voici que, devant eux, se tenaient deux hommes en vêtements blancs, qui leur dirent :

« Galiléens, pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? Ce Jésus qui a été enlevé au ciel d’auprès de vous, viendra de la même manière que vous l’avez vu s’en aller vers le ciel ».

Alors, ils retournèrent à Jérusalem depuis le lieu-dit « mont des Oliviers » qui en est proche, – la distance de marche ne dépasse pas ce qui est permis le jour du sabbat [05].

En accord avec ces données, la tradition situe l’Ascension au sommet de la colline centrale du mont des Oliviers, à plus d’un kilomètre de la ville, en allant vers Bethphagé et Béthanie. Sur ce tertre, à 800 mètres d’altitude, on construisit une église dans la seconde moitié du IVe siècle. Selon plusieurs sources, ce fut à l’initiative de Poemenia, une noble patricienne qui, de Constantinople, avait fait un pèlerinage en Terre Sainte. Ce sanctuaire était connu sous le nom d’Imbomon. Grâce à Égérie, nous savons que les fidèles de Jérusalem s’y retrouvaient pour des cérémonies, en Semaine Sainte et le jour de la Pentecôte.


Enceinte octogonale délimitant le lieu de l'Ascension

Tout comme le Saint Sépulcre et d’autres édifices cultuels en Palestine, l’Imbomon, endommagé lors de l’invasion des Perses, en 614, fut restauré par la suite par le moine Modeste. Après sa visite en 670, l’évêque Arculphe nous en fit une précieuse description : il s’agissait d’une église ronde avec trois portiques intérieurs et une chapelle ronde au centre, qui n’était pas voûtée mais à ciel ouvert pour que les pèlerins évoquent la scène de l’Ascension. Dans la partie-est de cet espace, il y avait un autel protégé par un petit auvent et au centre, un rocher très vénéré puisque les fidèles considéraient qu’il était le dernier point où le Seigneur avait posé ses pieds dont ils reconnaissaient les empreintes sur la pierre [06].

Le sanctuaire fut réformé pendant la période des croisés et une partie devint un couvent de Chanoines Réguliers de Saint-Augustin. Au XIIIe siècle, les musulmans démolirent tous ces édifices excepté la chapelle centrale qui est parvenue jusqu’à nous. Par la suite, ils bâtirent une mosquée. Ce lieu est aujourd’hui la propriété du waqf, institution religieuse islamique, qui permet qu’à la solennité de l’Ascension on y dise la Sainte Messe respectant ainsi le droit que les autorités ottomanes accordèrent aux franciscains de la Custodie de Terre Sainte.

Cette chapelle se dresse au centre d’une enceinte octogonale, entourée d’un mur sur lequel on perçoit toujours certaines bases de colonnes de la période croisée. Selon les études archéologiques, la base de la petite église, octogonale elle aussi, est un peu décalée par rapport à l’ouvrage byzantin. Ceci dit, sa fonction est la même : garder la mémoire de l’empreinte des pieds de Jésus et de son Ascension. À l’extérieur, les arcs et les piliers, aux chapiteaux délicatement sculptés, ont un intérêt artistique en tant qu’originaux du XIIe siècle. Le tambour et la coupole ainsi que les ouvertures aveuglées par des pans de pierre, ont été ajoutés par la suite. À l’intérieur, on peut voir, au sol, le rocher vénéré, encadré par quatre pièces de marbre.

Fait historique et événement de notre salut

Le mystère de l’Ascension est un fait historique et un événement de notre salut. En tant que fait historique, « l’Ascension du Christ marque l’entrée définitive de l’humanité de Jésus dans le domaine céleste de Dieu d’où il reviendra, mais qui entre-temps le cache aux yeux des hommes » [07].

Saint Josémaria avait souvent contemplé cet adieu du Seigneur : Nous aussi, comme les apôtres, nous sommes à la fois tristes et émerveillés en le voyant partir. Il n’est pas facile réellement de s’habituer à l’absence physique de Jésus. Je suis ému à la pensée que, dans une prouesse d’amour, Il est parti et il est resté. Il est allé au ciel, et Il se donne à nous comme aliment dans l’Hostie Sainte. Ceci dit, sa parole humaine, sa manière d’agir, de regarder, de sourire et de faire le bien nous manquent [...]. Il m’a toujours paru logique et très réjouissant que la Très Sainte Humanité de Jésus-Christ monte dans la gloire du Père, mais je pense aussi que cette tristesse, propre au jour de l’Ascension, est une marque de l’amour que nous avons pour Jésus Notre Seigneur. Lui qui, étant Dieu parfait, s’est fait homme, homme parfait, chair de notre chair et sang de notre sang. Et Il se sépare de nous pour aller au ciel. Comment ne pas le regretter profondément ? [08].

L’entrée du Christ ressuscité au Ciel, événement de notre salut, nous montre quelle est notre destinée définitive : « Jésus-Christ, tête de l’Église, nous précède dans le Royaume glorieux du Père pour que nous, membres de son corps, nous vivions dans l’espérance d’être un jour éternellement avec lui » [09]. Le pape François, quelques semaines après son élection, nous fit penser au sens de l’Ascension et à ses conséquences dans la vie de tout chrétien. Il parle du dernier pèlerinage de Jésus à Jérusalem, là où il comprend que sa Passion est toute proche : « Alors qu’il “ monte ” vers la ville sainte, où s’accomplira son “ exode ” de cette vie, Jésus voit déjà l’objectif, le Ciel, mais il sait bien que la voie qui le ramène à la gloire du Père passe à travers la Croix, à travers l’obéissance au dessein divin d’amour pour l’humanité. Le Catéchisme de l’Église catholique affirme que “ l’élévation sur la croix signifie et annonce l’élévation de l’Ascension au ciel ” (n. 662). Nous aussi, nous devons avoir clairement à l’esprit que, dans notre vie chrétienne, entrer dans la gloire de Dieu exige la fidélité quotidienne à sa volonté, même quand elle demande un sacrifice, quand elle demande parfois de changer nos programmes » [10]. Mgr Xavier Echevarria commentait ainsi ce passage : « N’oublions pas, mes filles et mes fils, qu’il n’y a pas de christianisme sans Croix, pas d’amour véritable sans sacrifice, et, puisqu’il s’agit de suivre les pas du Maître, essayons d’ajuster notre vie quotidienne à cette réalité réjouissante » [11].

Lors de l’audience citée, le pape évoquait aussi le lieu que le Seigneur avait choisi pour son départ : « L’Ascension de Jésus a lieu concrètement au mont des Oliviers, près de l’endroit où il s’était retiré pour prier avant sa Passion afin de demeurer dans une union profonde avec le Père : nous voyons une fois de plus que la prière nous donne la grâce de demeurer fidèles au projet de Dieu » [12].

Jésus est monté au ciel [...]. Toutefois le chrétien peut Le fréquenter dans la prière et l’Eucharistie, comme le firent les douze premiers, s’embraser d’un zèle apostolique et réaliser avec Lui ce service de corédemption qui tient à semer la paix et la joie [13].

Saint Luc souligne que les Apôtres, après avoir dit adieu au Seigneur, retournèrent à Jérusalem, en grande joie [14]. Leur réaction ne s’explique que par la foi, la confiance. Les disciples ont compris que même s’ils ne verront jamais plus Jésus, « il demeure à jamais avec eux, il ne les abandonne pas et, dans la gloire du Père, il les soutient, les guide et intercède pour eux » [15].

« Le mandat qu’une poignée d’hommes reçut au mont des Oliviers, près de Jérusalem, un matin printanier des années 30 de notre ère, avait toutes les caractéristiques d’une “ mission impossible ”. Vous allez recevoir une force quand le Saint-Esprit viendra sur vous ; vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre (Ac 1, 8). Les dernières paroles du Christ avant son Ascension semblaient une folie. D’un coin reculé de l’Empire romain, quelques hommes simples, – ni riches, ni sages, ni influents –, devaient porter au monde entier le message d’un homme mis à mort.

» Moins de trois cents ans plus tard, une grande partie du monde romain s’était convertie au christianisme. La doctrine du crucifié l’avait emporté sur les persécutions du pouvoir en place, sur le mépris des savants, sur la résistance à des exigences morales qui contrariaient les passions. Et en dépit des va-et-vient de l’histoire, le christianisme est toujours aujourd’hui la plus grande force spirituelle de l’humanité. Seule la grâce de Dieu peut en être l’explication. Or la grâce a agi à travers des hommes conscients d’avoir été investis d’une mission qu’ils ont accomplie » [16].

La grâce agit à travers le Apôtres parce que tous, d’un même cœur, étaient assidus à la prière, avec des femmes, avec Marie la mère de Jésus, et avec ses frères [17].



25. Le lieu de l’Ascension

[01] Cf. Catéchisme de l’Église Catholique, n. 1067. [RETOUR]

[02] Saint Josémaria, Quand le Christ passe, n. 117. [RETOUR]

[03] Mc 16, 19. [RETOUR]

[04] Lc 24, 50-52. [RETOUR]

[05] Ac 1, 10-12. [RETOUR]

[06] Cf. Adamnano, De locis sanctis, 1, 23 (CCL 175, 199-200). [RETOUR]

[07] Catéchisme de l’Église Catholique, n. 665. [RETOUR]

[08] Saint Josémaria, Quand le Christ passe, n. 117. [RETOUR]

[09] Catéchisme de l’Église Catholique, n. 666. [RETOUR]

[10] François, Audience générale, 17 avril 2013. [RETOUR]

[11] Xavier Echevarria, Lettre, 1er mai 2013. [RETOUR]

[12] François, Audience générale, 17 avril 2013. [RETOUR]

[13] Saint Josémaria, Quand le Christ passe, n. 120. [RETOUR]

[14] Lc 24, 52. [RETOUR]

[15] François, Audience générale, 17 avril 2013. [RETOUR]

[16] Bienheureux Alvaro del Portillo, « Catholic Familyland », Issue XXVII, 1998 (Meditation 1989), dans Rezar con Álvaro del Portillo: textos para meditar, Selección de José Antonio Loarte, Cobel, 2014, n. 5.1. [RETOUR]

[17] Ac 1, 14. [RETOUR]