Évangile de notre Seigneur Jésus-Christ selon Saint Matthieu (XVI 11-27).
Pierre s'approcha de Jésus pour lui demander : " Seigneur, quand mon frère commettra des fautes contre moi, combien de fois dois je lui pardonner ? Jusqu'à sept fois ? "
[01]. Jésus lui répondit: " Je ne dis pas jusqu'à sept fois, mais jusqu'à soixante dix fois sept fois
[02]. En effet, le Royaume des Cieux est comparable à un roi
[03] qui voulut régler ses comptes avec ses serviteurs. Il commençait, quand on lui amena quelqu'un qui lui devait dix mille talents
[04] (c'est à dire soixante millions de pièces d'argent). Comme cet homme n'avait pas de quoi rembourser, le maître ordonna de le vendre, avec sa femme, ses enfants et tout ses biens, en remboursement de sa dette. Alors, tombant à ses pieds, le serviteur demeurait prosterné et disait : ` Prends patience envers moi et je te rembourserai tout '
[05]. Saisi de pitié, le maître de ce serviteur le laissa partir et lui remit sa dette. Mais, en sortant, le serviteur trouva un de ses compagnons qui lui devait
[06] cent pièces d'argent
[07]. Il se jeta sur lui pour l'étrangler, en disant : ' Rembourse ta dette ! '. Alors, tombant à ses pieds, son compagnon le suppliait: `Prends patience envers moi et je te rembourserai '. Mais l'autre refusa et le fit jeter en prison jusqu'à ce qu'il eût remboursé sa dette. Ses compagnons, en voyant cela, furent profondément attristés et allèrent tout raconter à leur maître. Alors celui-ci le fit appeler et lui dit : ` Serviteur mauvais ! je t'avais remis toute cette dette parce que tu m'avais supplié. Ne devais tu pas, à ton tour, avoir pitié de ton compagnon, comme moi même j'avais eu pitié de toi ? ' Dans sa colère, son maître le livra aux bourreaux
[08] jusqu'à ce qu'il eût payé tout remboursé. C'est ainsi que mon Père du ciel vous traitera, si chacun de vous ne pardonne pas à son frère de tout son coeur ".
[01] Le judaïsme connaît déjà le devoir du pardon des offenses, mais, dans les faits, il s'agit encore d'une conquête toute récente qui ne parvient à s'imposer que par des tarifs précis élaborés par les écoles rabbiniques. On comprend alors que Pierre demande à Jésus quel est son propre tarif, inquiet de savoir s'il est aussi sévère que celui de l'école qui exige que l'on pardonne sept fois à son frère. La plupart ne vont guère au delà de trois fois, en se fondant sur le prophète Amos : "
Pour trois crimes de Juda et pour quatre, je l'ai décidé sans retour ! Parce qu'ils ont rejeté la loi de Yahvé et n'ont pas observé ses décrets, parce que leurs Mensonges les ont égarés, ceux que leurs pères avaient suivis, j'enverrai le feu dans Juda, et il dévorera les palais de Jérusalem " (II 4 5).
[07] Moins de cent francs or. Il s'agit du denier qui est une monnaie romaine en argent, de même valeur que la drachme grecque. Le denier est représente salaire journalier d'un ouvrier agricole et correspond à la dépense moyenne d'une journée ; il constitue la monnaie habituelle pour exprimer le prix des denrées. Pour être tout à fait exact, à l'époque de Notre Seigneur, ce qu'on appelait communément une pièce d'argent n'était pas le denier mais le sicle qui correspondait à quatre denier (le statère ou le trétradrachme des Grecs) ; Judas n'a pas livré Jésus pour trente deniers mais pour trente sicles.