Je chanterai pour mon ami le chant du bien-aimé à sa vigne. Mon ami avait une vigne sur un coteau plantureux. Il en retourna la terre et en retira les pierres, pour y mettre un plant de qualité. Au milieu il bâtit une tour et creusa aussi un pressoir. Il en attendait de beaux raisins, mais elle en donna de mauvais.Et maintenant, habitants de Jérusalem, hommes de Juda, soyez donc juges entre moi et ma vigne ! Pouvais-je faire pour ma vigne plus que je n'ai fait ? J'attendais de beaux raisins, pourquoi en a-t-elle donné de mauvais ? Eh bien, je vais vous apprendre ce que je vais faire de ma vigne : enlever sa clôture pour qu'elle soit dévorée, ouvrir une brèche dans son mur pour qu'elle soit piétinée. J'en ferai une pente désolée ; elle ne sera ni taillée ni sarclée, il y poussera des épines et des ronces ; j'interdirai aux nuages d'y faire tomber la pluie. La vigne du Seigneur de l'univers, c'est la maison d'Israël. Le plant qu'il chérissait, ce sont les hommes de Juda. Il en attendait le droit, et voici l'iniquité ; il en attendait la justice, et voici les cris de détresse
[02].
[01] Pour mieux dire l'amour déçu, le prophète chante d'abord l'amour. Plus il insiste sur les marques d'amour, plus grande apparaîtra l'ingratitude de l'être aimé, et plus grande apparaîtra la déception de celui qui espérait l'amour en retour. Pour insister sur l'amour, Isaïe utilise un poème, un chant d'amour sous l'allégorie de la vigne qui est toujours un signe d'abondance, de qualité des fruits, de joie et d'amour. Pour chanter l'amour, les mots se gorgent de poésie comme les raisins se gorgent de soleil. C'est l'amour de Dieu pour son peuple. Comme un amour d'époux à épouse. Mais au verset troisième I'ambiance change. De la troisième personne pour le bien-aimé, le texte passe à la première personne : «
moi et ma vigne ». L'allégorie est utilisée pour le jugement. Le peuple, infidèle comme une épouse infidèle, connaîtra la désolation. Celle-ci est annoncée comme étant l'œuvre du maître lui-même. Mais ne peut-on avoir l'impression que la destruction par déception d'amour est encore une sorte de marque d'amour ? D'ailleurs, nous le savons, le Seigneur ne laissera pas détruire entièrement son peuple. Un «
reste » sera sauvé (
Isaïe, X 20-22)... Et, plus tard, un fils de ce reste fidéle (
Isaïe, XI 1) pourra dire «
Je suis la vigne »