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Père de l’Église d’Orient : Cyrille de Jérusalem (313-387)


I. Vie

Cyrille naît en 313 [01] en Palestine, probablement à Jérusalem. En 343, il est ordonné prêtre à Jérusalem par l’évêque Maxime (confesseur de la foi rentré borgne et boiteux des mines) qui lui demandera de prêcher les Catéchèses qui furent prononcées en 348.
À la suite ou à la place de Maxime, Cyrille devint évêque de Jérusalem avec le consentement de l’évêque métropolitain Acace, arianisant.
Les difficultés et les intrigues ne tardèrent pas à surgir (exemple : on accuse Cyrille d’avoir vendu au profit des pauvres des ornements donnés par Constantin, une actrice au théâtre en était revêtue).
Cyrille fut exilé. Disons tout de suite que, sur 38 ans d’épiscopat, Cyrille en vécut, au cours de trois exils, 16 loin de Jérusalem.

• Premier exil en 357

Acace chasse Cyrille et installe à sa place un évêque arien Cyrille se réfugie à Antioche et à Tarse. Le Concile de Séleucie réhabilite Cyrille et le rappelle, l’exil a duré deux ans.

• Deuxième exil en 359

L’année même de son retour, un nouveau Concile - celui de Constantinople, présidé par Acace en personne (qui avait été déposé) renvoie de nouveau Cyrille. Il reviendra en 362, profitant du rappel de tous les exilés sur l’ordre de Julien l’Apostat. Julien souhaite d’ailleurs « que les chrétiens se querellent entre eux ! » Pendant 5 ans, l’évêque peut gouverner paisiblement son diocèse. L’exil a duré trois ans.

• Troisième exil en 367, par ordre de l’empereur Valens

Rappel en 378 : l’empereur Gratien rappelle tous les évêques bannis. L’exil a duré onze ans. En 381, Cyrille participe au Concile de Constantinople. Il y est réhabilité : le Concile proclame que le très vénérable et très pieux Cyrille a beaucoup lutté contre les Ariens.

Cyrille meurt le 18 mars 386. En cette même année, saint Jérôme se fixait à Bethléem.

II. Œuvres

On a conservé de Cyrille de Jérusalem une Lettre à l’empereur Constance et une Homélie sur la guérison du paralytique, la première place cependant revient à ses Catéchèses baptismales, précédées d’une Procatéchèse. On compte 24 catéchèses, soit 18 adressées aux catéchumènes et 5 catéchèses mystagogiques.

Cyrille de Jérusalem sera toujours connu comme le modèle des catéchètes [02]. Il consacre le plus grand soin à sa tâche pastorale et la série de ses catéchèses est « un des trésors les plus précieux de l’antiquité chrétienne » [03]

Ces conférences se répartissent donc en deux groupes :

• 18 Catéchèses aux catéchumènes

Le style en est oral, familier, imagé : un auditeur a transcrit le texte. Les 5 premières catéchèses, précédées d’une procatéchèse, traitent du péché, de la pénitence, de la foi. Les 13 suivantes commentent le symbole baptismal :

• 5 Catéchèses mystagogiques

Ces catéchèses ont été prononcées pendant la « semaine des vêtements blancs », elles sont adressées aux nouveaux baptisés qui ont reçu le baptême dans la nuit pascale.

Ces conférences ont été rédigées par Cyrille, le ton en est simple, très biblique [04].

Les Catéchèses mystagogiques constituent, d’après la signification même de leur nom, une « initiation aux mystères », c’est-à-dire aux sacrements du baptême, de la chrismation ou confirmation, de l’eucharistie. Voici quels sont les sujets traités :
1. La renonciation à Satan et la profession de foi.
2. Le mystère du baptême.
3. La chrismation (confirmation).
4. Le Corps et le Sang du Christ.
5. La célébration eucharistique.

2Le cadre et l’auditoire2

Les Catéchèses sont prononcées à Jérusalem auprès du tombeau du Christ, ce qui donne à leur enseignement sur la mort et la résurrection un accent tout particulier. Cyrille parle de celui « qui fut crucifié ici » (Cat. 16, 4 ; 20, 7 etc).

Dans leur ensemble, les conférences aux catéchumènes furent prononcées au lieu de la grande basilique constantinienne appelé Martyrium, au-dessus de la crypte de l’invention de la sainte Croix. Aussi Cyrille célèbre-t-il avec amour la gloire de la croix :

La 4e et la 13e Catéchèses indiquent comme lieu de réunion le Golgotha, atrium où se trouvait l’emplacement du Calvaire.

Les Cathéchèses mystagogiques sont toutes prononcées dans la Rotonde de l’Anastasis (le mot signifie Résurrection) auprès du tombeau du Christ.

Le public est, comme bien l’on pense, composite mais il est intéressant de signaler que des moines et des vierges se trouvent aussi dans l’auditoire (Cat. 4, 24 et 12, 33, 34). Nous savons par ailleurs que les moines et les vierges de la ville, - les monazontes et les parthenae, - étaient chargés d’assurer la régularité des Offices :

III. Contenu et importance

Dans un style très simple et direct, Cyrille transmet la foi. Sa méthode est concrète et l’unique objet de sa catéchèse, c’est l’histoire très concrète du salut.

Notre foi porte sur des interventions de Dieu dans l’histoire et la rédemption est un acte éternel qui se manifeste par étapes successives et progressives. La foi a pour Cyrille un aspect vital, la foi entraîne une vie de foi. Ce qui est demandé, c’est un engagement de la volonté, une vie de relation personnelle et vivante avec les Personnes divines. La catéchèse de Cyrille est pascale : la vie chrétienne qui s’enracine dans la grâce du baptême est participation à la mort et à la résurrection du Christ.

Par principe, Cyrille évite d’utiliser le mot homoousios, le terme n’étant pas dans les Écritures mais sa foi est orthodoxe et il confesse le Christ, « vrai Dieu, Dieu de Dieu » (Cat. 11) et il croit en la divinité du Saint-Esprit (Cat. 16 et 17).

La doctrine de l’eucharistie est ferme et la mention de la présence réelle très claire.

Le langage de Cyrille est toujours celui de la Bible et de la liturgie. Cyrille apparaît comme un initiateur dans le domaine liturgique non seulement en ce qui concerne les rites mais aussi en ce qui concerne leur explication. Il développe le thème du baptême considéré comme un retour au Paradis, il établit un parallélisme entre l’initiation chrétienne et le contenu du Cantique des cantiques, le thème devient courant : aint Grégoire de Nysse et saint Ambroise le développent aussi [06].

Comme le mouvement de pèlerinages à Jérusalem s’intensifiait, la liturgie de Jérusalem joua un grand rôle dans l’histoire du développement de la liturgie. D’autre part, ce fut le symbole baptismal de Jérusalem qui fut pris comme base du symbole de Nicée, à la demande d’Eusèbe de Césarée, théologien de l’empereur Constantin.

Cyrille est le premier auteur chrétien chez qui nous voyons le culte environné d’un climat de crainte sacrée (la phriké) ce trait sera dès lors caractéristique de la liturgie syriaque : à la liturgie mystique d’union (importance du Cantique des cantiques) se joint la liturgie mystique de crainte.

Initiateur sur le plan liturgique, Cyrille l’est aussi sur le plan théologique en ce qui concerne le thème de l’Incompréhensibilité de Dieu : Grégoire de Nysse et Jean Chrysostome dépendent de lui sur ce point.

L’importance de Cyrille de Jérusalem semble donc avoir été méconnue : en fait, il est le fondateur de la liturgie orientale et le créateur de la théologie mystagogique [07]. Il a ce sens de la transcendance absolue de l’essence divine qui caractérise les Cappadociens et saint Jean Chrysostome.

Appendice : la descente aux enfers

2- 1. Texte de saint Cyrille de Jérusalem2

Nous voudrions simplement citer deux textes de saint Cyrille de Jérusalem afin de montrer la richesse théologique du thème de la descente aux enfers, image de la rédemption. Ce thème est traditionnel dans l’Orient chrétien :

Et tout d’abord, la descente du Christ dans les eaux du Jourdain préfigure la descente du Christ aux enfers :

Et voici le thème de la descente aux enfers, on remarquera que la citation scripturaire illustrant la rédemption est la même : « Ô Mort, où est ton aiguillon, enfer, où est ta victoire ? »

Source :

[01] L’année de l’édit de Milan qui accorde la liberté de culte aux chrétiens.

[02] Voir A. Paulin, Saint Cyrille de Jérusalem, catéchète, Paris, « Lex Orandi », 1959.

[03] Voir J. Quasten, Initiation aux Pères de l’Église, t. 3, Paris 1963, p.511.

[04] Voir la discussion sur l’authenticité des catéchèses mystagogiques, dans Cyrille de Jérusalem, Catéchèses mystagogiques, Introduction de A. Piedagnel, Paris, SC n° 126, Paris 1966, p. 18-40.

[05] Voir Éthérie, Journal de voyage, Paris 1948, SC n° 21, p. 189. Ce texte du IVe siècle décrit une liturgie dont il y a lieu de penser que saint Cyrille de Jérusalem fut l’initiateur. Le Journal d’Éthérie est paru aussi dans « Foi Vivante », n° 180, 1977, sous le titre Mon pèlerinage en Terre sainte.

[06] Pour ceci et ce qui suit voir F.L. Cross, St Cyril of Jérusalem, Lectures on the Christian Sacraments, London 1951, à l’introduction.

[07] D’après F. L. Cross, op. cit.

[08] Voir H. Urs von Balthasar, Dieu et l’homme d’aujourd’hui, « Foi Vivante », n° 16, Paris 1966, p. 257-258.

[09] Jb 40, 18 : un Jourdain lui jaillirait jusqu’à la gueule sans que Béhémoth bronche !