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Écrits de saint Athanase
EXTRAIT DE LA 39e LETTRE PASCALE
Des divines Écritures
Or, nous avons mentionné les hérétiques comme des gens morts, et nous-mêmes, comme ceux qui possèdent pour leur salut les saintes Écritures; et je crains, comme l'écrit Paul aux Corinthiens, qu'un petit nombre ne se laissent égarer par l'astuce des hommes, loin de la simplicité et de la pureté des Écritures, et ne se mettent désormais à en lire d'autres, appelées apocryphes, se laissant induire en erreur par leur homonymie avec les livres authentiques; supportez, je vous en prie, que je vous rappelle par écrit pour la nécessité et le bien de l'Église, ce que vous savez déjà. Et avant de commencer ce rappel, pour excuser ma hardiesse je me servirai de la formule de l'évangéliste Luc, en disant moi aussi : « Puisque certains ont essayé de composer ce que l'on nomme les apocryphes et de les mélanger avec l'Écriture inspirée de Dieu, que nous connaissons telle que l'ont transmise à nos pères ceux qui au début furent les témoins oculaires et les ministres du Verbe, il m'a semblé bon à moi aussi, exhorté, par de vrais frères et connaissant bien la Tradition, d'exposer la série des livres inscrits sur le catalogue officiel, transmis par la Tradition, et reçus comme venant de Dieu ; ainsi, celui qui fut trompé, pourra condamner ses séducteurs, et celui qui est resté pur de tout erreur, se réjouira de se le voir à nouveau rappeler ».
Il y a donc en tout vingt-deux livres de l'ancien Testament, autant sont, en effet les lettres de l'alphabet hébreu, comme je l'ai entendu dire.
Voici l'ordre dans lequel ils se suivent et le nom de chacun d'eux : d'abord la Genèse ; puis l'Exode ; puis le Lévitique ; après celui-ci les Nombres, ensuite le Deutéronome ; à leur suite se trouvent : Josué fils de Navé ; et les Juges ; et après cela, Ruth ; et de nouveau suivent les quatre livres des Rois, dont le premier et le second comptent pour un livre, et le troisième et le quatrième également pour un livre ; après cela le premier et le second livre des Paralipomènes, comptant également pour un seul livre ; ensuite les premier et second livres d'Esdras, également comptant pour un livre ; après ceux-là le livre des Psaumes ; ensuite les Proverbes ; puis l'Ecclésiaste ; et le Cantique des Cantiques ; de plus, il y a aussi Job; et après, les Prophètes, les douze comptant pour un livre, puis Isaïe, Jérémie et avec celui-ci Baruch, les Lamentations et la Lettre; et après celui-ci Ézéchiel et Daniel. Ici s'arrête l'ancien Testament.
Il ne faut pas hésiter de nommer aussi les livres du nouveau Testament. Ce sont en effet : les quatre évangiles, selon Matthieu, selon Marc, selon Luc, selon Jean ; puis, après ceux-là, les Actes des apôtres, et les épîtres appelés catholiques, écrites par les apôtres, au nombre de sept que voici : une de Jacques, deux de Pierre, puis trois de Jean et après cela, une de Jude ; de plus il y a quatorze épîtres de l'apôtre Paul, inscrites dans l'ordre suivant : une aux Romains, puis deux aux Corinthiens, après cela aux Galates, et puis aux Éphésiens, ensuite aux Philippiens, et aux Colossiens, après cela deux aux Thessaloniciens, et celle aux Hébreux et aussitôt deux à Timothée, une à Tite et la dernière, celle à Philémon, et encore l'Apocalypse de Jean.
Ce sont là les sources du salut, au point que l'homme assoiffé peut puiser à satiété les paroles qui s'y trouvent; par eux seuls la doctrine de la piété peut être annoncée ; que personne ne leur ajoute, ni leur enlève quoi que ce fût. C'est à leur occasion que le Seigneur faisait des reproches aux Sadducéens, en disant : « Vous faites erreur, ne connaissant point les Écritures », et qu'il exhortait les Juifs : « Scrutez les Écritures, car ce sont elles qui rendent témoignage à mon égard ».
Mais pour plus d'exactitude je suis obligé d'ajouter ceci aussi à ma lettre, qu'il y a d'autres livres en dehors de ceux-là, qui ne sont pas inscrits sur le catalogue officiel, mais que l'usage reçu des pères a prescrit de lire aux candidats qui veulent recevoir l'enseignement catéchétique de la vraie religion ; la Sagesse de Salomon et la Sagesse de Sirach et Esther et Judith et Tobie et celle qu'on appelle la Doctrine des apôtres et le Pasteur.
Cependant, mes chers, ni parmi les livres inscrits au catalogue ni parmi les livres à lire, il n'est fait nulle part mention d'aucun apocryphe; ce sont là des inventions des hérétiques, qui les ont écrits quand ils ont bien voulu, puis les ont dotés et enrichis d'années, afin d'avoir, en les produisant comme des écrits antiques, une apparence de vérité pour tromper ainsi les gens à la foi intègre.

À RUFINIEN ÉVÊQUE
De ceux qui se laissèrent entraîner par nécessité dans l'hérésie sans s'y être pervertis.
Au seigneur notre fils et très désiré comministre Rufinien, Athanase donne le salut dans le Seigneur.
Vous, pour votre part, vous écrivez ce qui convient à un fils bien-aimé à l'égard de son père ; venu à moi par votre lettre je vous ai embrassé, mon très désiré entre tous Rufinien. Moi aussi j'aurai pu vous écrire comme à un fils, avec introduction, corps de lettre et salutations finales, mais je me suis retenu, afin que la recommandation et le témoignage ne se fassent pas connaître par une lettre, puisque « c'est vous qui êtes une lettre de recommandation pour moi, selon l'Écriture, lettre connue et lue dans notre cœur ». C'est donc dans cette disposition, oui, croyez-le, que je m'adresse à vous et que je vous exhorte d'écrire ; en faisant cela vous ne me donnerez pas une petite joie, mais une grande. Puisque donc avec zèle pour le bien et pour la discipline ecclésiastique, ce qui encore s'harmonise avec votre piété, vous nous interrogez sur ceux qui furent entraînés par la nécessité dans l'hérésie sans s'y pervertir, et vous avez voulu que je vous écrive ce qui fut décidé sur leur compte dans les assemblées d'évêques et partout ailleurs, sachez, non très désiré seigneur, que dès la fin de la persécution un synode a eu lieu ici auquel assistèrent des évêques des autres territoires ; il y en eut aussi un autre, tenu par nos comministres qui habitent la Grèce, et même un autre, par ceux d'Espagne et de la Gaule. Et ils ont décidé ce qui fut décidé ici et partout ailleurs, qu'aux faillis qui ont été les chefs de l'impiété on accordera le pardon, s'ils se repentent, mais qu'on ne leur donnera pas de place dans le clergé ; tandis qu'à ceux qui n'ont pas été les maîtres de l'impiété, mais furent entraînés par force et sous la contrainte, on décida d'accorder le pardon et de leur laisser une place dans le clergé; surtout parce qu'ils présentent une excuse plausible et que leur geste semble avoir eu lieu par mesure de prudence ; ils affirment en effet qu'ils ne s'étaient point convertis à l'impiété, mais que, pour éviter que des hommes très pervers ne s'établissent dans les Églises et les corrompent, ils ont préférés plutôt de céder à la force et d'en supporter le poids, plutôt que de voir périr leurs peuples.
Leur dire nous semble à nous aussi plausible, puisqu'ils portent pour excuse qu'Aaron, le frère de Moïse, a coopéré à l'apostasie du peuple et donna comme excuse, qu'il fit cela afin que le peuple ne restât pas pour toujours idolâtre, en retournant en Égypte ; en effet, il semblait bien plausible, qu'en restant au désert ils auraient la possibilité de renoncer à l'impiété, tandis qu'en retournant en Égypte, ils empireraient et augmenteraient leur impiété. Pour cette raison on excusera leur admission dans le clergé ; car, à ceux qui furent trompés ou contraints on accorde le pardon.
Voilà ce que je me permets de dire à votre piété, espérant que votre religiosité admettra nos avis et ne condamnera pas comme déserteurs ceux qui ont communié avec les hérétiques sous de telles conditions. Daignez aussi les faire lire au clergé et au peuple de votre juridiction, afin qu'en en prenant eux-aussi connaissance, ne vous reprochent pas votre attitude vis-à-vis d'eux ; il ne convient pas, en effet, que je leur écrive moi-même, puisque votre piété peut leur faire connaître notre sentiment à l'égard des faillis et ajouter tout ce qui ferait défaut à notre lettre.
Nous remercions le Seigneur de vous avoir comblé des dons de la parole et de la science.
Que ceux qui se repentent anathématisent nommément l'hérésie d'Eudoxe et d'Euzoïos ; car ce sont eux, qui désormais reprenant le blasphème, que le Christ est une créature, s'inscrivirent comme les chefs de l'hérésie arienne; et qu'ils confessent aussi la foi proclamée par les pères à Nicée, ne plaçant aucun autre synode au dessus de ce concile. Saluez la fraternité qui est avec vous ; la nôtre vous salue dans le Seigneur.

À ANTIOCHUS
Qu'il ne faut pas communier avec les hérétiques.
Question : Si un homme est surpris par le temps de la fête pascale dans une région, où l'on ne trouve pas la possibilité de communier dans une église catholique, que doit-il décider en vue de la fête pascale : communier chez les hérétiques, ou non ?
Réponse : Si grande et sévère est la condamnation d'un homme, pour avoir délaissé sa propre femme et pris une autre, même s'il se trouve hors de son pays, combien plus grande sera-telle pour avoir trahi la vraie foi et communié avec les hérétiques ? De même que les gens qui veulent vendre leurs marchandise, quelle que soit la prolongation de leur séjour en pays étranger qui en résulte, ne condescendent point à recevoir une monnaie d'une autre frappe que celle de la frappe impériale, de même doit-on aussi raisonner à propos de la communion au Corps du Christ.
Gardons-nous de toutes nos forces de recevoir des hérétiques la communion ou de la leur donner : « Ne donnez pas les choses saintes aux chiens, dit le Seigneur, et ne jetez pas vos perles devant les pourceaux », afin de ne pas participer à leur loi perverse et à leur condamnation. En effet, si la communion nous unit totalement au Christ, elle nous unit aussi totalement les uns aux autres ; et nous nous unissons par l'intention à tous ceux qui communient avec nous ; car c'est par l'intention que se fait une telle union et elle n'a point lieu sans notre consentement, « puisque nous sommes tous un seul corps, du fait même que nous participons au même pain », comme le dit le divin apôtre.

DE SAINT ATHANASE
Que les maris qui ont commerce avec leurs femmes ne doivent pas recevoir les divins sacrements sans examen de conscience préalable.
Comme il y en a qui, après avoir eu commerce charnel avec leurs femmes, s'approchent le jour même, sans s'en faire scrupule, des terribles mystères du Corps immaculé et du Sang vivificateur du Christ notre Dieu, qu'ils écoutent ce qui est contenu dans la divine Écriture à ce sujet et qu'ils agissent ensuite comme bon leur semblera.
« Et Moïse dit au peuple : Préparez-vous ; pendant trois jours n'approchez point vos femmes ». Or, Moïse ordonna cela sur le commandement de Dieu. Si donc pour entendre seulement la Voix du Seigneur une purification de tant de jours fut ordonnée, combien plus serait-il convenable de l'observer à présent, où l'on devra recevoir le Corps immaculé même de Dieu ?
De même encore du premier livre des Rois : « Le prêtre répondit à David, en disant : Je n'ai pas de pains non bénis sous la main, ils sont tous sanctifiés ; si les jeunes gens se sont abstenus du commerce d'avec leurs femmes, ils pourront en manger.
David répondit au prêtre et lui dit : De nos femmes, nous nous sommes abstenus hier et avant hier ; du fait de mon départ tous les jeunes gens sont purs. Alors Abimélech leur donna les pains de la proposition ». Si pareille exigence était proposée au temps « de l'ombre », c’est-à-dire, de l'ancien Testament, en sorte qu'un homme uni à sa femme n'eût pas le droit de manger les pains de la proposition, de beaucoup et incomparablement inférieurs aux mystères vivificateurs du Corps immaculé et du Sang du Christ, le vrai Dieu, combien plus purs ne devons nous pas être au temps « de la grâce », où nous sommes obligés à une vie plus parfaite, lorsque nous sommes sur le point de participer aux sacrements qui inspirent une telle sainte frayeur ?