Historique de la Basilique Saint Paul hors-les-murs
Après qu’il fut décapité aux
Aquæ Salviæ, aujourd'hui identifiées à l’abbaye des
Tre Fontane[20], le corps du saint apôtre Paul, fut enseveli dans le
Prædium Lucinæ, petite
arera funéraire.
qui se trouvait le long de la route qui menait à Ostie, à près de mille pas de la porte Ostienne
[21]. Là où fut déposé le corps de saint Paul, on éleva sans doute une
cella memoriæ au-dessus de laquelle, selon ce que l’on lit au
Liber Pontificalis, l’empereur Constantin éleva une basilique
[22] que le saint pape Sylvestre I° aurait consacrée le même jour même que la basilique de Saint- Pierre (18 novembre 324)
[23].
Encore que les
Actes de saint Sylvestre disent que Constantin fit de nombreux dons pour cette basilique, il est probable, puisqu’elle était construite entre la voie Ostienne où était située l’entrée, et le tombeau de saint Paul, qu’elle était bien plus petite que celle que nous connaissons aujourd’hui et que son abside était tournée vers l’Orient
[24].
Par un rescrit impérial daté de 384, les empereurs Valentinien II, Théodose et Arcadius
[25] avertissaient Sallustius, préfet de Rome, de leur volonté d'agrandir la basilique, en raison de
la sainteté du lieu, de l'afflux des pèlerins et de leur dévotion, ajoutant que
s’il plaisait au Peuple et au Sénat, elle devrait s'étendre plutôt le long du fleuve que dans la colline voisine. Sous la direction de Ciriade, dit
mechanicus ou
professor mechanicus, la nouvelle basilique, commencée entre 384 et 386, fut consacrée par le pape Sirice (390) et achevée, en 395, sous l’empereur Honorius (395-423), comme en témoigne l'inscription de l'Arc triomphal
[26]. Il s’agissait d’une église à cinq portes et à cinq nefs soutenues de quatre-vingts colonnes, précédée d'un atrium carré semblable à celui de l'ancienne basilique Saint-Pierre.
Il semble qu’un tremblement de terre ébranla la basilique que saint Léon le Grand (440-461) fit restaurer, consolider et décorer. C’est à saint Léon le Grand que l’on attribue, autour de la nef, au-dessus des arcades, le commencement de la série des portraits des papes, jusqu’à Innocent I° (401-417) ; on dit aussi qu’il fit peindre dans la nef, sur deux registres, au-dessous des fenêtres et au-dessus des portraits des papes, quarante-quatre scènes de l’Ancien Testament et quarante-quatre scènes des Actes des Apôtres
[27]; entre les fenêtres il aurait fait peindre des apôtres et des prophètes. C’est sous son pontificat que la princesse Galla Placidia, sœur de l’empereur Honorius, commanda et offrit les mosaïques de l’arc triomphal.
Sous le pape Symmaque (590-640), on fit consolider l’abside et décorer la confession, en même temps que l’on construisait un accueil pour les pélerins pauvres (
habitacula). Saint Grégoire le Grand (590-640) fit rehausser le transept qu’il fit relier aux nefs par cinq marches, et attribua de considérables donations foncières pour entretenir les lampes autour du tombeau de saint Paul qui
par sa doctrine avait illuminé le monde entier. Serge I° (687-701) restaura le toit et les
habitacula désormais appelés
cubicula. Sous Grégoire II (715-731), les communautés monastiques qui étaient autour de Saint-Paul furent réunies en une seule
[28], pour que les moines chantassent les louanges de Dieu jour et nuit. Charlemagne fit édifier le monastère qu’une dame romaine enrichit et abrita de fortifications. Peu touchée par les premières invasions barbares, Saint-Paul-hors-les-Murs fut mise à sac par les Lombards (739). Le pavement des nefs latérales et des vestibules fut refait sous Adrien I° (772-795) qui offrit de nombreux objets sacrés
[29]. Léon III (795-816) fit consolider le toit, installer le dallage de marbre, restaurer la voûte de l’abside, ornée de mosaïques, et offrit aussi de nombreux objets sacrés.
Les Sarrasins pillèrent la basilique (847) pour quoi Léon IV (847-855) fit exécuter un nouveau ciborium soutenu de quatre colonnes d'argent. Après la bataille du Cap Circeo où il avait chassé les Sarrasins des alentours de Rome, Jean VIII (872-882), fit construite une enceinte fortifiée autour de la basilique, du monastère et de la bourgade environnante, assez semblabe à celle que Léon IV avait élevée autour du Vatican ; cet ensemble fortifié, appelé
Giovannipolis, fut assez solide pour résister, en 1083 et 1084, aux assauts d'Henri IV qui dut se contenter de détruire le long portique qui allait de la basilique à la porte d'Ostie. L’abbaye, à la demande de Léon VII (936-939), avait été réformé par Saint Odon de Cluny (936)
[30].
C'est au onzième siècle que l’on construisit près de la façade, à côté de la nef nord, le campanile, peu avant que l’abbé Hildebrand (futur pape Grégoire VII) qui avait fait de nombreuses restaurations, fit mettre, par ordre du Consul Pantaleion, la porte de bronze, fondue à Constantinople, en 1070, par Staurachios de Chios. Après l’incendie de 1115, Innocent II (1130-1143) fit soutenir le toit du transept par une colonnade centrale.
Au treizième siècle, les Vassalletto construisirent le cloître (1208-1235), Nicola d’Angelo et Pietro Vassalletto réalisèrent le candélabre pascal, le pape Honorius III (1216-1227), fit exécuter une nouvelle mosaïque pour l'abside qui fut achevée sous Nicolas III Gaetano (1277-1280), et Pierre Cavallini travailla aux fresques de la nef principale dont on a parlé plus haut. Au siècle suivant, Arnulf de Cambio élevait, avec son associé Pierre, le nouveau ciborium et, sous le pontificat de Jean XXII (1316-1334), Cavallini dotait la façade de la basilique de mosaïques (1325) dont des fragments sont aujourd'hui à l'intérieur.
En 1349 un tremblement de terre détruisit le campanile et une partie du portique qui furent reconstruits par le pape Clément VI Roger (1342-1352). Ce tremblement de terre avait tant endommagé la citadelle de Giovannipolis qu’on se résolut à l’abandonner puis à la détruire entièrement.
Encore que Boniface IX Tomacelli (1389-1404) et Martin V Colonna (1417-1431) eurent octroyé des indulgences pour la réparation de Saint-Paul-hors-les-Murs
[31] qui ne commença qu’en 1426 sous la direction du cardinal Gabriel Condulmer (futur Eugène IV), le quinzième siècle vit peu de travaux d'embellissement à l’exception des peintures de Benozzo Gozzoli et d’Antoniazzo Romano. En 1426, le Cardinal Gabriel Condulmer obtint que Martin V unît à l'abbaye de Saint-Paul la Congrégation Sainte-Justine de Padoue ; élu à la succession de Marin V, le cardinal Condulmer (Eugène IV) octroya de nouveaux privilèges à l’abbaye et lui donna Sainte-Marie in Cosmedin et les habitations contiguës, afin que le culte puisse en cas de guerre. L’abbé de Saint-Paul-hors-les-Murs, Jean, fut désigné par Eugène IV pour recevoir le serment de fidélité d'Alphonse d'Aragon pour le royaume des Deux Siciles (1445). Sous Calixte III Borgia (1455-1458) l’abbaye reçut le château de Nazzano pour compenser les trois mille florins qu’elle avait consacrée à la croisade contre les Turcs où les armées chrétiennes reprirent Belgrade (juillet 1456) et battirent la flotte ottomane à Lesbos (août 1457). Sixte IV, Alexandre VI, Clément VII et Paul III firent aussi de nombreuses concessions en faveur de l’abbaye Saint-Paul qui était devenu un lieu de piété, d'études et d'érudition. Jules II della Rovere (1503-1513) confia aux moines de Saint-Paul-hors-les-Murs Saint-Saturnin au Quirinal et quelques maisons mitoyennes pour qu’ils y résidassent l’été (1505). Le Sénat et le Peuple Romain prirent sous leur protection l’abbaye, singulièrement pendant les vacances du Siège Apostolique (1514).
Lors du sac de Rome (1527) les troupes luthériennes du connétable de Bourbon, au service de Charles Quint, n’épargnèrent pas la basilique Saint-Paul-hors-les-Murs. A la fin du seizième siècle, pour le jubilé de 1575, Grégoire XIII Boncompagni (1572-1585) qui avait donné à l’abbaye le monastère du Champ de Mars, fit décorer le chœur et donna une ballustrade au tombeau de saint Paul ; Sixte Quint Peretti (1585-1590) qui fit réaménager le chœur en détruisant le presbyterium de saint Grégoire le Grand et en fermant l'entrée de la confession souterraine, commanda le plafond à caisson de la nef principale et du transept.
Sous le pontificat de Clément VIII Aldobrandini (1592-1605), Onorio Longhi (1569-1619) éleva au fond de l'abside un autel dont le retable dissimulait partie de la mosaïque (1600). Paul V Borghèse (1605-1621) donna le palais Saint-Calixte aux moines de Saint-Paul comme résidence d'été (1608). C’est à la même époque que l’on construisit la chapelle Saint-Brigitte et que Carlo Maderno fit la chapelle du Saint-Sacrement (1619-1620)
[32] décorée par Giovanni Lanfranco dont les toiles ont été dispersées
[33]. Innocent X Pamphili (1644-1655) aurait voulu que Francesco Borromini renouvelât totalement la basilique Saint-Paul comme il l’avait fait pour Saint-Jean du Latran à l’occasion de l’année sainte de 1650, mais il n’eut le temps que de commencer la réfection du toit, achevé sous Clément X Altieri (1670-1676).
Benoît XIII Orsini (1724-1730) fit refaire, par Antoine Canevari et Mathieu Sassi, le portique de la basilique qui, à peine restauré par Alessandro Specchi, s’était brusquement écroulé (1° mai 1724) ; cette nouvelle construction, achevée pour l’année sainte 1725, nécessita la destruction du narthex primitif. La même année, il fit construire la chapelle du Crucifix
[34]. Benoît XIV Lambertini (1740-1758), fit restaurer la mosaïque de l'abside (1747), les peintures de Cavallini, et la série des portraits des papes qui fut continuée par Salvatore Monosilio.
Le terrible incendie, survenu dans la nuit du 15 au 16 juillet 1823, détruisit presque complètement la basilique. Ne furent sauvés qu'une partie de la façade, l'arc triomphal, le transept et le cloître. Mais les fresques de Cavallini furent anéanties et les mosaïques reçurent de graves dommages. Du monde entier, dans un émouvant concours de solidarité, parvinrent aussitôt des dons généreux pour la reconstruction de la basilique et les travaux furent immédiatement entrepris. L'œuvre fut d'abord confiée à Pascal Belli (1752-1833), à Pierre Bosio et à Pierre Camporese le jeune (1807-1873), la direction en fut finalement prise par Louis Poletti (1792-1869), auquel est dû le dessin de l'extérieur et de l'intérieur et l'érection du campanile. Virgilio Vespignani (1808-1882) dessina le portique ; Guillaume Calderini (1837-1916) lui apporta quelques modification et en termina la construction. Nicolas Consoni (1814-1884) et Louis Agricola (1795-1857) dessinèrent les nouvelles mosaïques de la façade. Le 4 Octobre 1840, Grégoire XVI fit la dédicace du transept et, en 1854, le même jour, , Pie IX procéda à la consécration de l'ensemble de la basilique restaurée.
[20] Saint
Grégoire Grand rapporte que la tête de l’apôtre Paul rebondit trois fois et fit chaque fois jaillir une source.
[21] Selon le témoignage d’
Eusèbe de Césarée, la décapitation de saint Paul s’est faite la quatorzième année du règne de Néron, soit entre juillet 67 et juin 68.
[22] fecit basilicam Sancto Paulo Apostolo cuius corpus recondidit et conclusit in arca Sancti Petri.
[23] La
confession est toujours restée au lieu où Constantin fit élever la première basilique sur la tombe même de l'Apôtre. La tombe, d'abord visible au dessus du sol, jusqu'au IXe siècle, a depuis été enterrée. Elle n'est reparue au jour que durant les travaux de reconstruction du siècle dernier. Le sarcophage qui garde le corps de l'Apôtre des Gentils est recouvert d'une plaque de marbre portant l'inscription
Paulo/Apostolo Mart, que les meilleurs érudits qui en ont étudié la paléographie datent du IVe siècle.
[24] Prudence (348-405), grand poète de l’antiquité chrétienne occidentale, écrivait :
Du côté où s’ouvre la Voie d’Ostie, s’élève le tombeau de Paul, à l’endroit où sur la gauche, le fleuve embrasse les prés. Le site est meveilleux. Un très bon prince construisit le temple et ses dépendances avec magnanimité. Les poutres disparaissent sous des plaques d’or, pour qu’à l’intérieur, la lumière brille comme au soleil levant. Il étaya par des colonnes munies de chapiteaux d’or, le voûte dorée, partagée en quatre nef.
[25] Ce pourquoi elle porte le nom de
basilique des trois empereurs.
[26] THEODOSIUS COEPIT PERFECIT HONORIUS AULAM DOCTORIS MUNDI SACRATAM CORPORE PAULI.
[27] Ces deux cycles, refaits au XIII° siècle par Cavallini et Ghiberti, échappèrent pour la plupart à l’incendie de 1823, mais furent détruits lors de la reconstruction ; on en conserve les copies qu’en fit faire le cardinal Francesco Barberini, en 1635.
[28] Monasteria, quæ secus basilicam S. pauli erant ad solitudinem reducta, innovavit (...)
congregationnem post lungum tempus constituit.
[29] Quand leur roi des Lombards, Didier, vint à Rome, Adrien I°, qui avait abondamment enrichie la basilique Saint-Paul, mit à l'abri les objets sacrés, les tapisseries et les étoffes précieuses (773) qui y étaient conservées.
[30] Ut monasterium intra ecclesiam beati Pauli Apostoli, ut ilim fuerit, reædificaret
[31] bulle du 4 septembre 1423.
[32] Il s’agit de l’actuelle chapelle Saint-Laurent.
[33] Deux lunettes peintes à fresque sont encore au monastère et deux tableaux sont à Rome, dans des collections privées.
[34] Il s’agit de l’actuelle chapelle du Saint-Sacrement.