4 août
Saint Jean-Marie Vianney, Curé d’Ars
Sermon de Saint Jean-Marie Vianney Sermons - Homélie - Méditations
Voici le très beau Sermon sur le premier Commandement de Dieu « Vous aimerez le Seigneur votre Dieu de tout votre cœur et de toutes vos forces... Si vous gardez fidèlement mes Commandements, je vous bénirai en toute manière ; mais si vous Les transgressez, vous serez maudits en tout ce que vous ferez » de Saint Jean-Marie Vianney (1786-1859) surnommé le Saint Curé d'Ars et canonisé en 1925. Des Commandements pour être heureux ou malheureux.. A nous de choisir !!!
Le Sermon du Saint Curé d'Ars sur le premier Commandement « Vous aimerez le Seigneur votre Dieu de tout votre cœur et de toutes vos forces » (Deut., VI, 5) :
Pourquoi, chers Frères et Sœurs, le Seigneur nous fait-il un commandement de l'aimer de tout notre cœur : c'est-à-dire, sans partage, de la manière dont il nous a aimés lui-même ; de toute notre âme et de toutes nos forces ; en nous promettant une récompense éternelle, si nous y sommes fidèles, et une punition éternelle si nous y manquons ? Pour deux raisons : c'est 1, pour nous montrer la grandeur de son amour ; 2, que nous ne pouvons être heureux qu'en l'aimant et qu'enfin cet amour ne se trouve que dans l'accomplissement de ses Commandements. Oui, chers Frères et Sœurs, si tant de maux nous accablent dans ce monde, cela vient de ce que nous violons les commandements de Dieu ; puisqu'il nous dit lui-même : « Si vous gardez fidèlement mes commandements, je vous bénirai en toute manière ; mais si vous les transgressez, vous serez maudits en tout ce que vous ferez ». De sorte, chers Frères et Sœurs, que si nous voulons être heureux en ce monde, du moins, autant qu'il est possible de l'être, nous n'avons point d'autres moyens que d'observer fidèlement les commandements de Dieu ; et nous verrons que, tant que nous nous écarterons du chemin que les commandements de Dieu nous ont tracé, nous serons toujours malheureux, pour l'âme et pour le corps, dans ce monde et dans l'autre. Je vais donc vous montrer, chers Frères et Sœurs, que notre bonheur est attaché à notre fidélité à observer les commandements que le bon Dieu nous a faits.
I. – Si nous ouvrons les livres saints, chers Frères et Sœurs, nous y verrons que tous ceux qui se sont fait un devoir de bien observer ce que les commandements de Dieu leur prescrivaient ont toujours été heureux, parce qu'il est très sûr que le bon Dieu n'abandonnera jamais celui qui se fait un devoir de faire tout ce qu'il lui commande. Notre premier père, Adam, nous en donne un bel exemple. Tant qu'il fut fidèle à observer les ordres du Seigneur, il fut heureux en toute manière : son corps, son âme, son esprit et tous ses sens n'avaient point d'autres penchants que vers Dieu ; les anges mêmes descendaient du ciel avec plaisir pour lui tenir compagnie. Ainsi aurait continué le bonheur de nos parents, s'ils avaient été fidèles à leurs devoirs ; mais ce moment mille fois heureux ne dura pas longtemps. Le démon, jaloux d'un tel bonheur, les eut bientôt perdus et privés de tous ces biens qui devaient durer toute l'éternité. Dès qu'ils eurent le malheur de transgresser les commandements du Seigneur, tout alla de travers pour eux : les chagrins, les maladies, la crainte de la mort, du jugement et d'une autre vie malheureuse, prirent la place de leur premier bonheur ; leur vie ne fut plus qu'une vie de larmes et de douleurs.
Le Seigneur dit à Moïse : « Dis à mon peuple que, s'il est fidèle à observer mes commandements, je le comblerai de toutes sortes de bénédictions ; mais que s'il ose les transgresser, je l'accablerai de toutes sortes de maux ». Le Seigneur dit à Abraham : « Parce que vous êtes fidèles à garder mes commandements, je vous bénirai en tout ; je multiplierai vos enfants comme les grains de sable qui sont au bord de la mer. Je bénirai tous ceux qui vous béniront ; je maudirai tous ceux qui vous maudiront ; de votre race naîtra le Sauveur du monde ». Il fit dire à son peuple lorsqu'il était prêt à entrer dans la Terre promise : « Les peuples qui habitent cette terre ont commis de grands péchés ; c'est pourquoi je veux les chasser pour vous mettre à leur place. Mais prenez bien garde de ne pas violer mes commandements. Si vous êtes fidèles à les observer, je vous bénirai en tout et partout. Lorsque vous serez dans vos champs, dans vos villes et dans vos maisons, je bénirai vos enfants, qui vous aimeront, vous respecteront, vous obéiront et vous donneront toutes sortes de consolations. Je bénirai vos fruits et vos bestiaux. Je commanderai au ciel de vous donner la pluie dans le temps convenable, autant qu'il en faudra pour arroser vos terres et vos prés : tout vous réussira ». Dans, un autre endroit, il leur dit : « Si vous gardez fidèlement mes commandements, je veillerai sans cesse à votre conservation ; vous serez sans crainte dans vos maisons ; j'empêcherai que les bêtes féroces vous nuisent, vous dormirez en paix : rien ne pourra vous troubler. Je serai toujours au milieu de vous. Je marcherai avec vous. Je serai votre Dieu et vous serez mon peuple ». Plus loin, il dit à Moise : « Dis à mon peuple que s'il observe bien mes lois, je le délivrerai de tous ces maux qui l'accablent ». Et le Saint-Esprit nous dit lui-même « que celui qui a le bonheur de bien garder les commandements du Seigneur est plus heureux que s'il possédait toutes les richesses de la terre ».
Dites-moi, auriez-vous jamais pensé que le bon Dieu eût tant à cœur de nous faire garder ses commandements, et qu'il nous promît tant de biens si nous sommes assez heureux que de les bien observer ? Vous conviendrez avec moi que nous devons faire consister tout notre bonheur à garder fidèlement ses commandements. Pour mieux vous convaincre, chers Frères et Sœurs, que, dès que nous transgressons les commandements de Dieu, nous ne pouvons être que malheureux, voyez ce qui se passa à l'égard de David. Tant qu'il fut fidèle à marcher dans le chemin que les commandements de Dieu lui avaient tracé ; tout alla bien pour lui : il était aimé, respecté et écouté de ses voisins. Mais dès l'instant qu'il voulut quitter d'observer les commandements de Dieu, de suite, son bonheur finit, et toutes sortes de maux lui tombèrent dessus. Les troubles, les remords de sa conscience prirent la place de cette paix et de ce calme dont il jouissait ; les larmes et la douleur furent son pain de tous les jours. Un certain jour qu'il gémissait tant sur ses péchés, on vint lui dire que son fils Amnon avait été poignardé dans son ivresse par son propre frère Absalon. Absalon chercha même à détruire son père, à lui ôter la vie pour régner à sa place ; David fut forcé d'aller se cacher dans les forêts pour éviter la mort. La peste lui enleva un nombre presque infini de sujets. Si vous allez plus loin, voyez Salomon : tant qu'il fut fidèle à garder les commandements de Dieu, il était le miracle du monde ; sa réputation s'étendait jusqu'à l'extrémité de la terre, puisque la reine de Saba vint de si loin, pour être témoin des merveilles que le Seigneur opérait en lui ; mais nous voyons que, dès qu'il eut le malheur de ne plus suivre les commandements de Dieu, tout alla mal pour lui. Après tant de preuves tirées de l'Écriture sainte, vous conviendrez avec moi, chers Frères et Sœurs, que tous nos maux ne viennent que de ce que nous n'observons pas fidèlement les commandements de Dieu, et que, si nous voulons espérer quelque bonheur et quelque consolation en ce monde, (du moins autant qu'il est possible d'en avoir, puisque ce monde n'est qu'un tissu de maux et de douleurs), le seul moyen de nous procurer ces biens, c'est de faire tout ce que nous pourrons pour plaire à Dieu en faisant ce qu'il nous ordonne par ses commandements.
Mais si nous passons de l'Ancien Testament au Nouveau, les promesses ne sont pas moins grandes. Au contraire, nous voyons que Jésus-Christ nous les fait toutes pour le ciel, parce que rien de ce qui est créé n'est capable de contenter le cœur d'un chrétien, qui n'est fait que pour Dieu qui seul peut le contenter.
Jésus-Christ nous engage fort à mépriser les choses de ce monde pour ne nous attacher qu'aux choses du ciel, qui ne finissent jamais. Nous lisons dans l'Évangile que Jésus-Christ se trouvant un jour avec des personnes qui semblaient ne penser qu'aux besoins du corps, il leur dit : « Ne vous mettez pas tant en peine de ce que vous mangerez ni de quoi vous vous vêtirez ». Et pour bien leur faire comprendre que tout ce qui regarde le corps est fort peu de chose : « Considérez, leur dit-il, les lis des champs, ils ne filent ni ne prennent soin d'eux ; voyez comment votre Père céleste prend soin de les vêtir ; car je vous assure que Salomon dans toute sa richesse et sa force n'a jamais été si bien vêtu que l'un d'eux. Voyez encore les oiseaux du ciel, qui ne sèment ni ne moissonnent ; ni ne renferment rien dans leur grenier, voyez comment votre Père céleste a soin de les nourrir. Gens de peu de foi, n'êtes-vous pas plus qu'eux ?... Cherchez, avant tout, le royaume des cieux ; c'est-à-dire, observez fidèlement mes commandements, et tout le reste vous sera donné avec abondance ».
Que voulons-nous dire par là, chers Frères et Sœurs ? Qu'à un chrétien qui ne cherche qu'à plaire à Dieu et à sauver son âme, ce qui est nécessaire aux besoins du corps ne lui manquera jamais. – Mais, me direz-vous peut-être, quand nous n'avons rien, personne ne nous apporte rien. – D'abord, je vous dirai que tout ce que nous avons, nous le tenons de la bonté de Dieu, et rien de nous-mêmes. Mais, dites-moi, chers Frères et Sœurs, comment voulez-vous que le bon Dieu fasse des miracles pour nous ? Serait-ce parce qu'il y en a quelques-uns qui osent porter leur incrédulité et leur impiété jusqu'à vouloir croire que le bon Dieu n'existe pas, c'est-à-dire qu'il n'y a point de Dieu ? Parce que d'autres, moins impies, sans être moins coupables, disent que le bon Dieu ne fait pas attention à ce qui se passe sur la terre, que le bon Dieu ne se mêle pas de si peu de chose ? et enfin, parce que d'autres ne veulent pas convenir que cette grande Providence est attachée à l'observance des commandements de Dieu et qu'ils comptent pour tout sur leur travail et leurs soins ? (ce qu'il me serait bien facile de vous prouver par vos travaux du dimanche, qui montrent véritablement que vous ne comptez rien sur Dieu, mais tout sur vous et sur votre travail) Il y en a cependant qui croient à cette grande Providence, mais qui lui mettent une barrière impénétrable par leurs péchés.
Voulez-vous, chers Frères et Sœurs, éprouver la grandeur de la bonté de Dieu pour ses créatures ? faites-vous un devoir de bien observer tout ce que les commandements vous ordonnent, et vous serez étonnés de voir combien le bon Dieu prend soin de ceux qui ne cherchent qu'à lui plaire. Si vous en voulez voir les preuves, chers Frères et Sœurs, ouvrez les livres saints et vous en serez parfaitement convaincus. Nous lisons dans l'Écriture sainte que le prophète Élie, fuyant la persécution de la reine Jézabel, alla se cacher dans un bois. Étant là, dépourvu de tout secours humain, le Seigneur le laissera-t-il mourir de misère ? Non, certainement, chers Frères et Sœurs, le Seigneur, du haut du ciel, ne manque pas d'avoir les yeux sur son fidèle serviteur. De suite, il lui envoie un ange du ciel pour le consoler et lui porter tout ce qu'il lui fallait pour se nourrir : Voyez le soin que le Seigneur prend de nourrir la veuve de Sarepta. Il dit à son prophète : « Va trouver cette bonne veuve, qui me sert et observe mes commandements, avec fidélité ; tu multiplieras sa farine, crainte qu'elle ne souffre ». Voyez comment il commande à un autre prophète Habacuc d'aller porter à manger aux trois enfants qui étaient dans la fournaise de Babylone.
Si vous passez de l'ancienne loi à la nouvelle, les merveilles que le bon Dieu opère pour ceux qui ont soin de bien observer ses commandements, ne sont pas moins grandes. Voyez comment le bon Dieu nourrit des milliers de personnes avec cinq pains et deux poissons ; cela n'est pas difficile à comprendre, puisqu'ils cherchaient, premièrement, le royaume des cieux et le salut de leur âme en suivant Jésus-Christ. Voyez comment il prend soin de nourrir un saint Paul ermite, pendant quarante ans, par le ministère d'un corbeau ; preuve bien claire que le bon Dieu ne perd jamais de vue ceux qui l'aiment, pour leur fournir tout ce qui leur est nécessaire. Lorsque saint Antoine alla voir saint Paul, le bon Dieu lui envoya un double repas : Ô mon Dieu ! Que vous aimez ceux qui vous aiment ! Que vous avez peur qu'ils souffrent ! Dites-moi, chers Frères et Sœurs, qui commanda à ce chien d'aller chaque jour porter la petite provision à saint Roch dans un bois. Qui commanda à cette biche d'aller tous les jours donner son lait à l'enfant de Geneviève de Brabant dans son désert ? N'est-ce pas le bon Dieu, chers Frères et Sœurs ? Et pourquoi, chers Frères et Sœurs, est-ce que le bon Dieu prend tant de soins de nourrir tous ces saints, sinon parce qu'ils étaient fidèles à observer tous les commandements qu'il leur donnait ?
Oui, chers Frères et Sœurs, nous pouvons dire que les saints faisaient consister tout leur bonheur à observer les commandements de Dieu, et qu'ils auraient mieux aimé souffrir toutes sortes de tourments que de les violer ; nous pouvons dire aussi que tous les martyrs n'ont été martyrs que parce qu'ils n'ont pas voulu violer les commandements de Dieu. En effet, chers Frères et Sœurs, demandez à sainte Reine, cette jeune vierge, pourquoi elle a tant enduré de tourments, ce qui lui fut d'autant plus sensible que ce fut son père qui fut son bourreau ? Il la fit pendre par ses cheveux à un arbre où il là fit frapper de verges jusqu'à ce que son pauvre petit corps innocent ne fût qu'une plaie. Après ces cruautés, qui firent frémir même les païens qui en furent témoins, il la fit conduire en prison, dans l'espérance qu'elle ferait ce qu'il lui commandait. La voyant inébranlable, il la fit ramener auprès de l'arbre, et ordonnant qu'on l'attachât comme la première fois par les cheveux, il la fit écorcher tout en vie. Quand la peau fut séparée de son corps, il la fit jeter, dans une chaudière d'huile bouillante, où il la regardait impitoyablement brûler. Si vous me demandez, chers Frères et Soeurs, pourquoi elle supporta tant de cruautés ? Ah ! Chers Frères et Sœurs, le voici. C'est qu'elle ne voulut pas transgresser le sixième commandement de Dieu, qui défend toute impureté. Pourquoi est-ce que la chaste Suzanne ne voulut pas consentir aux désirs de ces deux infâmes vieillards et qu'elle préféra plutôt la mort ? N'est-ce pas pour la même raison ? Qui fut la cause que le chaste Joseph fut décrié, calomnié auprès de Putiphar, son maître, et conduit en prison ? N’est-ce pas encore pour la même raison ? Pourquoi est-ce que saint Laurent se laissa coucher sur un brasier de charbons allumés ? N'est-ce pas parce qu'il ne voulut pas transgresser le premier commandement de Dieu, qui nous ordonne de n'adorer que Dieu et de l'aimer plus que nous-mêmes ? Oui, chers Frères et Sœurs, si nous parcourons un peu les livres où sont renfermés les actions des saints, nous y voyons des exemples admirables et étonnants de leur fidélité à observer les commandements de Dieu, et nous voyons qu'ils ont préféré souffrir tout ce que les bourreaux ont pu inventer, plutôt que d'y manquer.
Nous lisons dans l'histoire des martyrs du Japon, que l'empereur fit arrêter, dans un même endroit, vingt-quatre chrétiens ; à qui l'on fit souffrir tout ce que la rage des païens put leur inspirer. Les -martyrs se disaient les uns aux autres : « Prenons bien garde de ne pas violer les commandements de Dieu pour obéir à ceux de l'empereur ; prenons courage, le ciel vaut bien quelques souffrances qui ne durent que quelques moments. Espérons fermement, et le bon Dieu, pour qui nous voulons souffrir, ne nous abandonnera pas ».
Lorsqu'on les eut conduit dans le lieu où l'on devait les interroger, celui qui les avait menés faisant l'appel et croyant qu'il en manquait, cria à haute voix : « Mathieu ? Où est Mathieu ? » Un soldat, qui, depuis longtemps, désirait se faire connaître pour chrétien, s'écrie : « Me voici, qu'importe, d'ailleurs, dit-il, la personne, je m'appelle aussi Mathieu et je suis chrétien comme lui ». Le juge, tout en fureur, lui demanda s'il le disait tout de bon. « Oui, répondit le soldat, il y a longtemps que je professe la religion chrétienne, j'espère ne jamais la quitter ; je ne désire que le moment de la manifester à l'extérieur ». De suite, le juge le fit mettre au nombre des martyrs. Il en eut tant de plaisir, qu'il en mourut de joie, avant de mourir dans les tourments. Parmi ce nombre, il y avait un enfant de dix ans. Le juge, le voyant si jeune, ne voulut pas, pendant quelque temps, le mettre sur la liste de ceux qui devaient mourir pour Jésus-Christ. Cet enfant était inconsolable de se voir privé de ce bonheur ; il protesta si fort que jamais il ne changerait et qu'il mourrait dans cette religion, il fit tant, qu'il força, pour ainsi dire, le juge à le mettre au nombre des martyrs. Il en eut une si grande joie, qu'il semblait ne pouvoir plus se posséder ; il voulait toujours être le premier, toujours répondre pour tous ; il aurait voulu avoir le cœur de tous les hommes pour les sacrifier tous à Jésus-Christ. Un seigneur païen, ayant appris que cet enfant était destiné à mourir avec les autres chrétiens, en fut touché de compassion. Il va lui-même trouver l'empereur, pour le prier d'avoir pitié de cet enfant, disant qu'il ne savait pas ce qu'il faisait. L'enfant, qui l'entendît, se tourna contre lui, en lui disant : « Seigneur, gardez votre compassion pour vous ; pensez seulement à vous faire baptiser et à faire pénitence, sans quoi, vous irez brûler avec les démons ». Ce seigneur, le voyant si bien résolu à la mort, le laissa. L'enfant, s'étant trouvé présent quand on leur lut leur sentence, qui portait qu'on leur couperait le nez et les oreilles, et qu'on les promènerait sur des charrettes par toute la ville, pour donner plus d'horreur de la religion chrétienne, et afin que les païens les accablassent d'injures ; ce pauvre petit eut une si grande joie, qu'il semblait qu'on venait de lui annoncer la possession d'un royaume entier. Les païens eux-mêmes étaient étonnés qu'un enfant si jeune eût tant de courage et éprouvât tant de joie de mourir pour son Dieu. Les bourreaux étant venus pour exécuter les ordres de l'empereur, tous ces saints martyrs allèrent se présenter à leur bourreau pour se faire découper, avec autant de tranquillité et de joie que si on avait voulu les conduire dans une salle de festin. Ils se laissèrent couper le nez et les oreilles avec la même tranquillité que si on leur avait coupé un morceau de leur habit. Leur pauvre corps était tout couvert de sang, ce qui fit horreur même aux païens qui en furent témoins. On entendait ceux-ci s'écrier de temps en temps : « Ô quelle cruauté ! Ô quelle injustice de faire tant souffrir des personnes qui n'ont point fait de mal ! Voyez-vous, se disaient-ils les uns aux autres, voyez quel courage leur donne cette religion qu'ils professent ». Toutes les fois qu'on les interrogeait, ils ne répondaient rien, sinon qu'ils étaient chrétiens et qu'ils savaient souffrir et mourir, mais que jamais ils ne violeraient les commandements de leur Dieu, parce qu'ils faisaient consister tout leur bonheur à y être fidèles. Hélas ! Ces pauvres martyrs, après qu'on les eût promenés par la ville sur ces charrettes, leur corps était tout couvert de sang ; les pierres étaient toutes ensanglantées et la terre était toute rouge du sang qui coulait, avec abondance de leurs plaies. Comme leur sentence portait qu'ils devaient mourir chacun sur une croix, celui qui les avait conduits pour la première fois, reconnut ces chrétiens. Ce qui le toucha grandement, ce fut cet enfant de dix ans. Il s'approcha de lui, en lui disant : « Mon enfant, vous êtes bien jeune, c'est bien dommage de mourir dans un âge si peu avancé ; si vous voulez, je me charge d'obtenir votre grâce auprès de l'empereur, et bien plus, une grande récompense ». Cet enfant, l'entendant parler de la sorte, se mit à rire en lui disant qu'il le remerciait bien ; mais de garder toutes ses récompenses pour lui-même, puisqu'il n'avait point d'espérance pour l'autre vie ; mais que, pour lui, il méprisait tout cela comme étant trop peu de chose ; que toute sa crainte était de ne pas avoir le bonheur de mourir, comme les autres martyrs, pour Jésus-Christ. Sa mère, qui était témoin de tout cela, quoique chrétienne, était inconsolable de voir mourir son enfant sur une croix. Ce pauvre petit, voyant sa mère si désolée, l'appela auprès de lui, en lui disant qu'il était peu édifiant pour une mère chrétienne de tant pleurer la mort d'un enfant martyr, comme si elle ne connaissait pas tout le prix d'un tel sacrifice ; qu'elle devrait, au contraire, l'encourager et remercier le bon Dieu d'une telle grâce. Cet enfant de bénédiction, un moment avant de mourir, dit des choses si belles et si touchantes sur le bonheur de ceux qui meurent pour Jésus-Christ, que les païens aussi bien que les chrétiens, tous fondaient en larmes. Lorsqu'on l'approcha de sa croix, avant d'y être attaché, il embrassa cette croix, il la baisa, il l'arrosa de ses larmes, tant il eut de joie de voir que véritablement il allait mourir pour son Dieu. Quand, ils furent tous sur leurs croix, l'on entendit une troupe d'anges qui chantaient le « Laudate pueri Dominum », avec leur musique céleste ; ce qui fut entendu de tous les païens. Quel spectacle ! Chers Frères et Sœurs, le ciel dans l'admiration !... la terre dans l'étonnement !... les assistants dans les larmes, et les martyrs dans l'allégresse, qui quittent la terre, c'est-à-dire toutes les souffrances et les misères de la vie, pour aller prendre possession d'un bonheur qui durera autant que Dieu même...
Eh bien ! Chers Frères et Sœurs, dites-moi, qui porta tous ces martyrs à endurer tant de tourments ? Si ce n'est pour ne pas vouloir violer les commandements de Dieu ? Quelle honte pour nous, chers Frères et Sœurs, lorsque Jésus-Christ nous confrontera avec eux ; nous, que, si souvent, un simple respect humain, un maudit qu'en dira-t-on, fait rougir, ou plutôt nous fait désavouer que nous sommes chrétiens, pour nous mettre du nombre des renégats.
II. – Mais examinons cela, chers Frères et Sœurs, un peu plus de près, et nous verrons que, si le bon Dieu nous ordonne de garder fidèlement ses commandements, ce n'est que pour notre bonheur. Il nous dit lui-même qu'ils sont faciles à accomplir, et que, si nous les accomplissons, nous y trouverons la paix de nos âmes. Si, dans le premier commandement, le bon Dieu nous ordonne de l'aimer, de le prier et de ne nous attacher qu'à lui, et si nous devons le prier soir et matin, et souvent dans la journée, dites-moi, chers Frères et Sœurs, n'est-ce pas là le plus grand de tous les bonheurs pour nous, que le bon Dieu veuille bien nous permettre de nous présenter tous les matins devant lui, pour lui demander les grâces qui nous sont nécessaires pour passer saintement la journée ? N'est-ce pas une grâce qu'il nous fait, n'est-ce pas cette grâce, que le bon Dieu nous donne le matin, qui rend toutes nos actions méritoires pour le ciel ? N’est-ce pas ce qui nous les fait trouver moins dures ? Si ce même commandement nous ordonne de n'aimer que Dieu et de l'aimer de tout notre cœur, n'est-ce pas parce qu'il sait qu'il n'y a que lui qui puisse nous contenter et nous rendre heureux en ce monde ? Voyez une maison, où tous ne vivent que pour Dieu : n'est-ce pas un petit paradis ? Vous conviendrez donc avec moi, chers Frères et Sœurs, que ce commandement n'a rien que de doux et de consolant pour celui qui a le bonheur de l'observer avec fidélité.
Si nous passons au deuxième commandement, qui nous défend toute sorte de jurements, de blasphèmes, d'imprécations et de malédictions, et toute sorte de colère, en nous recommandant la douceur, la charité, et la prévenance pour tous ceux qui nous environnent : dites-moi, chers Frères et Sœurs, qui sont ceux qui sont le plus heureux, ou de ceux qui se livrent à tous ces excès de colère, d'emportements et de malédictions, ou de ceux qui, dans tout ce qu'ils font ou disent, montrent cette égalité d'humeur, cette bonté, et qui s'étudient continuellement à faire la volonté des autres ? Nous voyons donc que ce commandement ne contribue qu'à nous rendre heureux nous-mêmes et ceux qui sont avec nous.
Si nous venons au __troisième commandement_, qui nous ordonne de passer saintement le jour du dimanche, en cessant toute sorte de travail manuel pour ne nous occuper que de ce qui regarde le service de Dieu et le salut de notre âme : dites-moi, chers Frères et Sœurs, n'est-ce pas pour notre bien ; puisque nous cessons de travailler pour ce monde qui n'est rien ? Puisque nous ne sommes qu'un instant sur la terre, et qu'en priant ou faisant de bonnes œuvres, nous nous ramassons pour le ciel un trésor que nous ne quitterons jamais, et, par-là, nous attirons sur notre travail de la semaine toute sorte de bénédictions ? N'est-ce pas déjà un moyen pour notre bonheur ? Ce même commandement nous ordonne encore d'employer ce saint jour à pleurer nos péchés de la semaine, de nous en purifier par la vertu des sacrements : n'est-ce pas, chers Frères et Sœurs, nous forcer, pour ainsi dire, à ne chercher que notre bien, notre bonheur, et notre félicité éternelle ? Ne sommes-nous pas plus contents lorsque nous avons bien passé le saint jour du dimanche à prier le bon Dieu, que si nous avons eu le malheur de le passer dans les plaisirs, les jeux et les débauches ? Le troisième commandement n'a donc rien que de consolant et d'avantageux pour nous.
Si nous passons au __quatrième commandement_, qui ordonne aux enfants d'honorer leurs parents, de les aimer, de les respecter et de leur souhaiter et procurer tous les biens dont ils sont capables : dites-moi, n'est-ce pas une chose juste et raisonnable ? Des parents qui ont tant fait pour leurs enfants ! N’est-il pas juste que ces mêmes enfants les aiment et leur donnent toutes les consolations dont ils sont capables ? Si ce commandement était bien observé, ces familles ne seraient-elles pas un petit paradis par ce respect, cet amour que les enfants auraient pour leurs parents ! Si ce même commandement ordonne aux parents d'avoir bien soin des âmes de leurs enfants, et leur dit qu'un jour ils en rendront un compte rigoureux, n'est-ce pas une chose juste ; puisque ces âmes ont tant coûté à Jésus-Christ pour les sauver, et qu'elles seront la joie et la gloire de leurs parents pendant toute l'éternité ? Si ce même commandement ordonne aux maîtres et maîtresses d'avoir grand soin de leurs domestiques, de les regarder comme leurs enfants, ces maîtres ne sont-ils pas trop heureux de pouvoir aider à sauver des âmes qui ont tant coûté de tourments à un Dieu fait homme pour nous ? Disons mieux, chers Frères et Sœurs : si ce commandement était bien observé, le ciel ne descendrait-il pas sur terre par la paix et le bonheur que nous y goûterions ?
Si nous passons au cinquième commandement qui nous défend de faire tort à notre prochain dans ses biens, sa réputation et sa personne, n'est-ce pas une chose bien juste, puisque nous devons les aimer comme nous-mêmes, et une chose, en même temps, bien avantageuse pour nous, puisque Jésus-Christ nous dit que jamais le bien d'autrui n'entrera dans le ciel ? Vous voyez que ce commandement n'a rien de dur, puisque par lui nous nous assurons le ciel.
Si nous passons au sixième commandement, qui nous défend toute impureté dans les pensées, les désirs et les actions ; n'est-ce pas pour notre paix et notre bonheur que le bon Dieu nous défend toutes ces choses ? Si nous avons le malheur de nous livrer à quelques-uns de ces mauvais péchés infâmes, votre pauvre âme n'est-elle pas comme dans un enfer ? N’êtes-vous pas tourmentés et le jour et la nuit ? D'un autre côté, votre corps et votre âme ne sont-ils pas destinés à être la demeure de la Très Sainte Trinité ; ne doivent-ils pas, dis-je, aller passer une éternité avec les anges, auprès de Jésus-Christ qui est la pureté même ? Vous voyez donc que ce commandement ne nous est donné que pour notre bien et notre repos, même dès ce monde
Si le bon Dieu nous dit, chers Frères et Sœurs, par la voix de son Église : « Je vous commande de ne jamais laisser passer plus d'un an, sans vous confesser », dites-moi, ce commandement n'est-il pas pour nous montrer la grandeur de l'amour de Dieu pour nous ? Dites-moi, quand même l'Église n'aurait pas fait ce commandement, peut-on vivre tranquille avec le péché dans le cœur et le ciel fermé pour nous, étant exposés à chaque instant à tomber en enfer. Si le bon Dieu nous commande de le recevoir à Pâques, hélas ! Chers Frères et Sœurs, une âme peut-elle bien vivre, ne faisant qu'un repas tous les ans ? Mon Dieu, que nous connaissons peu notre bien, notre bonheur ! Si l'Église nous ordonne de nous priver de manger de la viande, de jeûner certains jours ; est-ce une chose injuste ; puis qu'étant pécheurs, nous devons nécessairement faire pénitence dans ce monde ou dans l'autre ? Et n'est-ce pas, en cela, changer contre de petites peines ou privations des maux bien rigoureux dans l'autre vie ?
Ne conviendrez-vous pas avec moi, chers Frères et Sœurs, que si le bon Dieu nous a fait des commandements, nous oblige de les observer, cela n'est que pour nous rendre heureux dans ce monde et dans l'autre ? De sorte, chers Frères et Sœurs, que si nous voulons espérer quelques consolations et quelques adoucissements dans nos misères, nous ne les trouverons qu'en observant avec fidélité les commandements de Dieu ; et, tant que nous les violerons, nous ne serons que malheureux, même dès ce monde. Oui, chers Frères et Sœurs, quand même une personne serait maîtresse de la moitié du monde ; si elle ne fait pas consister tout son bonheur à bien observer les commandements, ne sera que malheureuse. Voyez, chers Frères et Sœurs, lequel était le plus heureux de saint Antoine dans son désert, livré à toutes les rigueurs de la pénitence, ou de Voltaire, dans tous ses biens et ses plaisirs ; et, comme nous dit saint Paul, dans son abondance et sa crapule. Saint Antoine vit heureux, meurt content et, maintenant, jouit d'un bonheur qui ne finira jamais ; tandis que l'autre vit malheureux avec tous ses biens, meurt en désespéré, et maintenant, selon toute apparence, sans le juger, souffre comme un réprouvé. Pourquoi, chers Frères et Sœurs, cette grande différence ? C’est que l'un fait consister tout son bonheur à observer fidèlement les commandements de Dieu, et l'autre met tous ses soins à les violer et à les faire mépriser ; l'un, dans la pauvreté, est content ; et l'autre, dans l'abondance, est bien misérable ; ce qui nous montre, chers Frères et Sœurs, qu'il n'y a que Dieu seul qui puisse nous contenter et rien autre chose.
Voyez le bonheur que nous avons si nous observons fidèlement les commandements de Dieu, puisque nous lisons dans l'Évangile que Jésus-Christ nous dit : « Celui qui observe mes commandements m'aime et celui qui m'aime sera aimé de mon Père ; nous viendrons en lui et nous y ferons notre demeure ». Quel bonheur peut être plus grand et quelle grâce plus précieuse ; puisque en gardant les commandements de Dieu, nous attirons en nous tout le ciel. Le saint roi David avait bien raison de s'écrier : « Ô mon Dieu, que ceux qui vous servent sont heureux ! » Voyez encore combien le bon Dieu bénit les maisons de ceux qui observent ses lois divines. Nous lisons dans l'Évangile que le père et la mère de saint Jean-Baptiste gardaient si bien les commandements que personne ne pouvait leur reprocher la moindre chose ; aussi le bon Dieu, en récompense, leur donna un enfant qui fut le plus grand de tous les prophètes. Ce fut un ange qui vint du ciel, pour leur annoncer cette heureuse nouvelle. Ce fut même le Père éternel qui lui donna le nom de Jean, qui veut dire : enfant de bénédiction et de bonheur. A peine Jésus-Christ est-il conçu dans le sein de sa mère, qu'il va lui-même dans cette maison, pour y répandre toute sorte de bénédictions. Il sanctifia cet enfant, avant qu'il fût né, et remplit le père et la mère du Saint-Esprit. Voulez-vous, chers Frères et Sœurs, que le bon Dieu vous visite et vous comble de toute sorte de bénédictions ? Tâchez de mettre tous vos soins à bien observer les commandements de Dieu, et tout ira bien chez vous.
Nous lisons dans l'Évangile qu'un jeune homme demanda à Jésus-Christ ce qu'il fallait faire pour avoir la vie, Le Sauveur lui répondit : « Si vous voulez avoir la vie éternelle, gardez mes commandements avec fidélité ». Notre Seigneur s'entretenant un jour avec ses disciples sur le bonheur de l'autre vie, dit que le chemin qui conduit au ciel est étroit, qu'il y en a bien peu qui le cherchent véritablement, et, parmi ceux qui le trouvent, bien peu qui soient dans cette route : « ce n'est pas tous ceux qui disent : Seigneur, Seigneur, qui seront sauvés ; mais seulement ceux qui font la volonté de mon Père en gardant mes commandements. Plusieurs me diront au jour du jugement : Seigneur, nous avons prophétisé en votre nom ; nous avons chassé les démons du corps des possédés et nous avons fait de grands miracles. Je leur répondrai : Retirez-vous de moi, ouvriers d'iniquité. Vous avez fait de grandes choses ; mais vous n'avez pas observé mes commandements ; je ne vous connais pas ». Jésus-Christ dit au disciple bien-aimé : « Soyez-moi fidèle jusqu'à la fin, et je vous donnerai la couronne éternelle ». Vous voyez donc, chers Frères et Sœurs, que notre salut est absolument attaché à l'observance des commandements de Dieu. Si vous avez quelque doute de savoir si vous serez sauvés ou damnés, prenez les commandements de Dieu et confrontez-les avec votre vie. Si vous voyez que vous marchez dans le chemin qu'ils vous ont tracé, ne vous mettez en peine que de persévérer ; mais, si vous vivez d'une manière tout opposée, vous aurez beau vous tourmenter, vous ne laisserez pas que d'être damnés.
III. – Nous disons que si nous voulons avoir la paix de l'âme, il faut garder les commandements de Dieu, parce que le Saint-Esprit nous dit que celui qui a une conscience pure est comme dans un festin continuel. Il est très certain, chers Frères et Sœurs, que celui qui vit selon les lois de Dieu est toujours content, et, bien plus, rien n'est capable de le troubler. Saint Paul nous dit qu'il est plus heureux et plus content dans sa prison, dans ses souffrances, ses pénitences et sa pauvreté que ses bourreaux ne le sont dans leur liberté, leur abondance et leur crapule ; que son âme est remplie de tant de joie et de consolation, qu'elle déborde de tous côtés. Sainte Monique nous dit qu'elle fut toujours contente quoiqu'elle fut souvent maltraitée par son mari, qui était un païen. Saint Jean de la Croix nous dit qu'il avait coulé les jours les plus heureux de sa vie, là où il avait le plus souffert. « Mais, au contraire, nous dit le prophète Isaïe, celui qui ne vit pas selon les lois du Seigneur ne sera ni content ni heureux. Sa conscience sera semblable à une mer agitée par une furieuse tempête, les troubles et les remords le suivront partout ». Si ces personnes veulent vous dire qu'elles sont en paix, ne les croyez pas, parce qu'elles sont des menteurs ; parce que le pécheur n'aura jamais la paix. Voyez-en la preuve, chers Frères et Sœurs, dans Caïn. Dès qu'il eut le malheur d'avoir tué son frère Abel, son péché fut, toute sa vie, son bourreau, qui ne le quitta qu'à la mort pour le traîner en enfer. Voyez encore les frères de Joseph. Voyez même Judas : après avoir vendu son divin Maître, il fut si tourmenté, qu'il alla se pendre à un figuier, tant la vie lui était à charge. Nous lisons dans l'histoire qu'un jeune homme, dans un accès de fureur, tua son pauvre père. Son péché ne lui donna de repos ni jour, ni nuit. Il lui semblait entendre son père qui lui criait : « Ah ! Mon fils, pourquoi m'as-tu égorgé ». Il alla lui-même se dénoncer pour qu'on le fît mourir, pensant que l'enfer ne serait pas plus rigoureux. Hélas ! Chers Frères et Sœurs, si nous avons le malheur de ne pas garder les commandements de Dieu, jamais nous ne serons contents, même avec les plus grands biens. Voyez Salomon, etc.
Mais, chose étrange, chers Frères et Sœurs, l'homme a beau être tourmenté et savoir les remèdes qu'il faut prendre pour avoir la paix avec son Dieu et avec lui-même, il aime mieux commencer son enfer que d'avoir recours aux remèdes que Jésus-Christ nous a donnés. Vous êtes malheureux, mon ami, pourquoi voulez-vous rester dans cet état ? Revenez à Jésus-Christ et vous retrouverez la paix de l'âme que vos péchés vous ont ravie.
IV. – Nous disons que si nous ne gardons pas les commandements de Dieu, nous serons malheureux tous les jours de notre vie. Voyez-en la preuve dans Adam. Dès qu'il eut péché, le Seigneur lui dit : « Parce que tu as violé mes lois, la terre, pour toi, sera maudite ; elle ne produira d'elle-même que des ronces et des épines. Tu mangeras ton pain à la sueur de ton front, et cela, tous les jours de ta vie ». Voyez Caïn ; le Seigneur lui dit : « Caïn, le sang de ton frère crie vengeance, tu seras errant, vagabond et fugitif tous les jours de ta vie. » Voyez encore Saül... De sorte, chers Frères et Sœurs, que, dès que nous cessons de suivre ce que les commandements de Dieu nous ordonnent, nous devons nous attendre à toutes sortes de maux spirituels et temporels. Pères et mères, voulez-vous être heureux ? Commencez à bien observer les commandements de Dieu vous-mêmes, afin que vous puissiez vous donner pour modèles à vos enfants, et que vous puissiez toujours leur dire : « Faites comme moi ». Si vous voulez qu'ils fassent bien leur prière, donnez-leur-en l'exemple. Voulez-vous qu'ils soient bien modestes à l'église, donnez-leur l'exemple ; mettez-les à côté de vous. Voulez-vous qu'ils observent bien le saint jour du dimanche ? Commencez vous-mêmes. Voulez-vous qu'ils soient charitables ? Soyez-le vous-mêmes. Hélas ! Chers Frères et Sœurs, si tant de maux nous accablent, n'en cherchons point d'autres raisons que la multitude des péchés que nous commettons, en transgressant les commandements de Dieu. Plaignons, chers Frères et Sœurs, ceux qui viendront quelques siècles après nous. Hélas ! Ce sera bien plus mauvais encore.
Voulons-nous, chers Frères et Sœurs, que Dieu cesse de nous châtier ? Cessons nous-mêmes de l'offenser ; faisons comme les saints qui ont tout sacrifié plutôt que de violer ses saintes lois. Voyez un saint Barthélemy et une sainte Reine, qui ont été écorchés tout en vie, pour ne pas vouloir offenser Dieu. Voyez un saint Pierre et un saint André, qui ont été crucifiés sur une croix. Voyez toutes ces foules de martyrs qui ont enduré mille tourments pour ne pas transgresser les commandements. Voyez tous les combats qu'ont soutenus les saints Pères des déserts contre le démon et leurs penchants. Lorsque saint François d'Assise était sur une montagne pour prier, les habitants du voisinage vinrent lui demander de les délivrer, par ses prières, de quantité de bêtes féroces qui dévoraient tout ce qu'ils avaient. Ce saint leur dit : « Mes enfants, cela ne vient que de ce que vous avez violé les commandements de Dieu ; revenez à Dieu et vous serez délivrés ». En effet, aussitôt qu'ils eurent changé de vie, ils furent délivrés.
De même, en finissant, disons que si nous voulons que nos maux spirituels et temporels finissent, finissons d'offenser le bon Dieu ; cessons de transgresser ses commandements. Cessez, chers Frères et Sœurs, de livrer votre cœur, votre esprit et peut-être même votre corps à l'impureté. Cessez, chers Frères et Sœurs, de fréquenter les jeux, les cabarets, les lieux de plaisirs. Cessez, chers Frères et Sœurs, les travaux du dimanche. Cessons de nous éloigner des sacrements. Cessons, chers Frères et Sœurs, de nous faire un jeu de violer les lois du jeûne et de l'abstinence ; quittons la route que suivent les païens, à qui les commandements ne sont pas connus. Cherchons, chers Frères et Sœurs, notre véritable bonheur qui ne peut se trouver qu'en Dieu seul, en accomplissant fidèlement les commandements. Cessons, chers Frères et Sœurs, de travailler à nous rendre malheureux pour l'éternité. Revenons à Dieu, chers Frères et Sœurs, et pensons que nous sommes chrétiens et que, par conséquent, nous devons combattre nos penchants et le démon ; fuir le monde et ses plaisirs, vivre dans les larmes, la pénitence et l'humilité. Disons comme le saint roi David : « Oui, mon Dieu ! je me suis éloigné de vos commandements par mes péchés ; mais, mon Dieu, aidez-moi, je reviendrai à vous par les larmes et la pénitence, et je marcherai tous les jours de ma vie dans la voie de vos commandements, qui me conduiront jusqu'à vous pour ne jamais vous perdre ». Heureux, chers Frères et Sœurs, celui qui imitera ce saint roi, qui, revenu à Dieu, ne le quitta jamais plus ! C'est là, chers Frères et Sœurs, ce que je vous souhaite !
Saint Jean-Marie Vianney (1786-1859)
Prière du Saint Curé d’Ars à Dieu le Père
Cette Prière « Je Vous aime, Ô mon Dieu » de Saint Jean-Marie Vianney (1786-1859), Curé d'Ars, est un « Acte d’amour ».
La Prière « Je Vous aime, Ô mon Dieu » de Saint Jean-Marie Vianney :
« Je Vous aime, Ô mon Dieu, et mon seul désir est de Vous aimer jusqu’au dernier soupir de ma vie. Je Vous aime, Ô mon Dieu infiniment aimable, et j’aime mieux mourir en Vous aimant que de vivre un seul instant sans Vous aimer. Je Vous aime, Ô mon Dieu, et je ne désire le ciel que pour avoir le bonheur de Vous aimer parfaitement. Je Vous aime, Ô mon Dieu, et n’appréhende l’enfer que parce qu’on n’y aura pas la douce consolation de Vous aimer. Ô mon Dieu, si ma langue ne peut dire à tout moment que je Vous aime, du moins je veux que mon cœur Vous le répète autant de fois que je respire. Ah ! Faites-moi la grâce de souffrir en Vous aimant, de Vous aimer en souffrant et d’expirer un jour en Vous aimant et en sentant que je Vous aime. Et plus j’approche de ma fin, plus je Vous conjure d’accroitre mon amour et de le perfectionner. Ainsi soit-il ! »
Saint Jean-Marie Vianney (1786-1859)
« Prière pour les Prêtres » au Curé d'Ars pour les Prêtres
Voici la « Prière pour les Prêtres » à Saint Jean-Marie Vianney (1786-1859) le Curé d'Ars.
La « Prière pour les Prêtres » à Saint Jean-Marie Vianney :
« Seigneur Jésus, avec saint Jean-Marie Vianney, nous te confions : tous les Prêtres que nous connaissons, ceux que nous avons rencontrés, ceux qui nous ont aidés, ceux que tu nous donnes aujourd'hui comme pères. Tu as appelé chacun par son nom ; pour chacun, nous te louons et nous te supplions : garde-les dans la fidélité à Ton nom ; Toi qui les as consacrés pour qu'en Ton nom, ils soient nos pasteurs, donne leur force, confiance et joie pour accomplir leur mission. Que l'Eucharistie qu'ils célèbrent les nourrisse et leur donne le courage de s’offrir avec Toi pour les brebis que nous sommes ; Qu'ils soient plongés dans Ton cœur de Miséricorde pour qu'ils soient toujours les témoins de ton pardon ; Qu'ils soient de vrais adorateurs du Père pour qu'ils nous enseignent le véritable chemin de la sainteté. Père, avec eux, nous nous offrons au Christ pour l’Église : qu'elle soit missionnaire dans le souffle de ton Esprit; apprends-nous simplement à les aimer, à les respecter et à les recevoir comme un don qui vient de Ta main, pour qu'ensemble nous accomplissions davantage Ton œuvre pour le salut de tous. Ainsi soit-il. »
Saint Jean-Marie Vianney (1786-1859) - Le Curé d'Ars
Prière de Mgr Guy Bagnard au « Saint Curé d’Ars » aux Saints
La Prière de Mgr Guy Bagnard à « Jean-Marie Vianney, le Saint Curé d'Ars » :
« Saint Curé d'Ars, tu as fait de ta vie une offrande sans partage à Dieu pour le service des hommes ; que l'Esprit-Saint, par ton intercession, nous conduise aujourd'hui à répondre, sans défaillance, à notre vocation personnelle. Tu as été un adorateur assidu du Christ au tabernacle. Apprends-nous à nous approcher avec foi et respect de l'Eucharistie, à goûter la présence silencieuse dans le Saint-Sacrement. Tu as été l'ami des pécheurs. Tu leur disais : « Vos fautes sont comme un grain de sable en comparaison de la grande montagne de la miséricorde de Dieu ». Dénoue les liens de la peur qui nous retiennent parfois loin du pardon de Dieu ; augmente en nous le repentir de nos fautes. Découvre-nous le vrai visage du Père qui attend inlassablement le retour du fils prodigue. Tu as été le soutien des pauvres : « Mon secret est bien simple, c'est de tout donner et de ne rien garder ». Apprends-nous à partager avec ceux qui sont dans le besoin ; rends-nous libres vis-à-vis de l'argent et de toutes les fausses richesses. Tu as été un fils aimant de la Vierge Marie, « ta plus vieille affection ». Apprends-nous à nous tourner vers elle avec la simplicité et la confiance de l'enfant. Tu es devenu le témoin exemplaire des Curés de l'univers. Que ta charité pastorale conduise les pasteurs à rechercher la proximité avec tous sans acception des personnes ; donne-leur l'amour de l'Église, l'élan apostolique, la solidité dans les épreuves. Inspire aux jeunes la grandeur du ministère sacerdotal et la joie de répondre à l'appel du Bon Berger. Saint Curé d'Ars, sois notre intercesseur auprès de Dieu. Obtiens-nous ce que nous te demandons (préciser ici telle demande particulière), toi le pasteur humble et fidèle, infatigable dans le service de Dieu et des hommes. Amen. »
Monseigneur Guy-Marie Bagnard (1937-….) - Évêque émérite de Belley-Ars
Prière du Curé d'Ars au Saint-Esprit
Voici la Prière « Sans le Saint-Esprit, nous sommes comme une pierre du chemin » de Saint Jean-Marie Vianney (1786-1859) surnommé le Saint Curé d'Ars.
La Prière du Saint Curé d'Ars « Sans le Saint-Esprit, nous sommes comme une pierre du chemin » :
« Sans le Saint-Esprit, nous sommes comme une pierre du chemin. Prenez dans une main une éponge imbibée d'eau et dans l'autre un petit caillou ; pressez-les également ; il ne sortira rien du caillou et de l'éponge vous ferez sortir l'eau en abondance. L'éponge, c'est l'âme remplie du Saint-Esprit, et le caillou, c'est le cœur froid et dur où le Saint-Esprit n'habite pas. C'est le Saint-Esprit qui forme les pensées dans le cœur des justes et qui engendre les paroles dans leur bouche. Ceux qui ont le Saint-Esprit ne produisent rien de mauvais ; tous les fruits du Saint-Esprit sont bons ... Quand on a le Saint-Esprit, le cœur se dilate, se baigne dans l'amour divin. Il faudrait dire chaque matin : « Mon Dieu, envoyez-moi votre Esprit qui me fasse connaître ce que je suis et ce que Vous êtes ». Ainsi soit-il. »
Saint Jean-Marie Vianney (1786-1859)
Prière du Saint Curé d'Ars du Matin
Voici la Prière du Matin à notre Ange Gardien « Bonjour, mon Ange gardien ! » du Saint Curé d'Ars Jean-Marie Vianney (1786-1859).
« Il faut, dès le matin, en s'éveillant offrir à Dieu son cœur, son esprit, ses pensées, ses paroles, ses actions, tout soi-même, pour ne servir que sa gloire. Renouveler les promesses de son baptême, remercier son Ange gardien, lui demander sa protection, à ce bon Ange qui est resté à côté de nous pendant notre sommeil. Le saint Ange est comme un saint alchimiste préposé à recueillir la rosée de l'âme sainte. Il l'élève alors précieusement, devant la Sainte Lumière, et la porte devant Dieu, comme un parfum, un élixir de grand prix. » Saint Jean-Marie Vianney
La Prière du Saint Curé d'Ars « Bonjour, mon Ange gardien ! » :
« Bonjour, mon Ange gardien ! Je vous aime tendrement ; vous m'avez gardé cette nuit pendant que je dormais, gardez-moi, s'il vous plaît, pendant ce jour, sans malheur, ni accident et sans offenser Dieu, au moins mortellement. Amen. »
Et ne pas oublier la « Prière du Soir à son Ange Gardien » :
« Bonsoir, mon Ange gardien, je vous remercie de m'avoir gardé pendant ce jour ; offrez à Dieu tous les battements de mon cœur pendant que je dormirai. Ainsi soit-il. »
Saint Jean-Marie Vianney (1786-1859)
Prière du Saint Curé d'Ars à Dieu le Père
Voici une Prière sous la forme d’une réflexion sur l’Amour de Dieu « Notre-Seigneur est sur la terre comme une mère qui porte son enfant sur ses bras » du Saint Curé d'Ars Jean-Marie Vianney (1786-1859).
La Prière du Saint Curé d'Ars « Notre-Seigneur est sur la terre comme une mère qui porte son enfant sur ses bras » :
« Dieu est aussi prompt à nous accorder notre pardon, quand nous le Lui demandons, qu'une mère est prompte à retirer son enfant du feu. Notre-Seigneur est sur la terre comme une mère qui porte son enfant sur ses bras. Cet enfant est méchant, il donne des coups de pieds à sa mère, il la mord, il l'égratigne; mais la mère n'y fait pas seulement attention ; elle sait que si elle le lâche, il tombera, il ne pourra pas marcher seul. Voilà comment est Notre-Seigneur. Il endure tous nos mauvais traitements; Il supporte toutes nos arrogances; Il nous pardonne toutes nos sottises; Il a pitié de nous malgré nous. Ainsi soit-il. »
Saint Jean-Marie Vianney (1786-1859)
Prière de Saint Jean-Marie Vianney à Jésus-Christ
Voici une Prière sous la forme d’une réflexion sur la souffrance « Il y a deux manières de souffrir : souffrir en aimant et souffrir sans aimer » du Saint Curé d'Ars Jean-Marie Vianney (1786-1859).
La Prière de Saint Jean-Marie Vianney « Il y a deux manières de souffrir : souffrir en aimant et souffrir sans aimer » :
« Il y a deux manières de souffrir : souffrir en aimant et souffrir sans aimer. Les Saints souffraient tout avec patience, joie et persévérance, parce qu'ils aimaient. Nous souffrons, nous, avec colère, parce que nous n'aimons pas. Si nous aimions Dieu, nous aimerions les Croix, nous les désirerions, nous nous plairions en elles. Nous serions heureux de pouvoir souffrir pour l'amour de Celui qui a bien voulu souffrir pour nous. Ainsi soit-il. »
Saint Jean-Marie Vianney (1786-1859)
« Sermon sur le Mariage » du Saint Curé d'Ars sur le Mariage
Voici le Sermon sur le Mariage « Quelles sont les conditions qu'il faut pour qu'un Mariage soit bon devant Dieu et devant les hommes ? » de Saint Jean-Marie Vianney (1786-1859) surnommé le Saint Curé d'Ars et canonisé en 1925. Saint Jean-Marie Vianney déplore le nombre d’époux damnés pour n'avoir pas invité Jésus-Christ à leurs fiançailles et à leurs noces.
« Vocatus est Jesus ad nuptias » (« Jésus fut invité aux noces ») (Jn 2, 2)
Le Sermon de Saint Jean-Marie Vianney sur le Mariage « Quelles sont les conditions qu'il faut pour qu'un Mariage soit bon devant Dieu et devant les hommes ? » :
Que les chrétiens seraient heureux, s'ils avaient le bonheur de faire comme ces deux époux fidèles qui allèrent prier Jésus-Christ de venir assister à leurs noces pour les bénir et leur donner les grâces nécessaires à leur sanctification ; mais non, chers Frères et Sœurs, très peu font ce qu'ils doivent faire pour engager Jésus-Christ à venir à leurs noces afin de les bénir : au contraire, il semble que l'on prend tous les moyens pour l'en empêcher. Hélas ! Que de gens damnés pour n'avoir pas invité Jésus-Christ à leurs noces, que de gens qui commencent leur enfer en ce monde ! Hélas ! Que de chrétiens qui entrent dans cet état avec les mêmes dispositions que les païens et peut-être encore avec de plus criminelles. Disons, chers Frères et Sœurs, en gémissant, que, de tous les Sacrements, il n'y en a point qui soit tant profané. Il semble qu'on ne reçoit ce grand Sacrement que pour commettre un sacrilège. Hélas ! Si nous voyons tant faire de mauvais Mariages, tant de gens malheureux, tant qui, par les malédictions qu'ils se vomissent l'un contre l'autre, vraiment commencent leur enfer en ce monde, n'en cherchons point d'autre raison que la profanation de ce Sacrement.
Hélas ! Si de tous les trente Mariages il y en avait trois qui eussent reçu toutes les grâces, ce serait déjà beaucoup. Mais aussi, que s'ensuit-il, de toutes ces profanations, sinon une génération de réprouvés ? Mon Dieu, peut-on bien y penser et ne pas trembler, en voyant tant de pauvres personnes qui n'entrent en cet état que pour tomber en enfer ? Quel est mon dessein, chers Frères et Sœurs ? Le voici. C'est d'abord de montrer à ceux qui sont entrés dans cet état, les fautes qu'ils y ont faites, et ensuite à ceux qui pensent d'y entrer, les dispositions qu'ils doivent y apporter.
Personne ne doute, chers Frères et Sœurs, que nous pouvons nous sauver dans tous les états que Dieu a créés, chacun dans celui que Dieu nous a destiné, si nous y apportons les dispositions que Dieu demande de nous : de sorte que, si nous nous perdons dans notre état, c'est que nous n'y sommes pas entrés avec de bonnes dispositions. Mais il est vrai qu'il y en a qui renferment beaucoup plus de difficultés que d'autres : nous savons quel est celui qui en renferme le plus, c'est celui du Mariage ; et cependant nous voyons que c'est celui que l'on reçoit avec de plus mauvaises dispositions. Lorsqu'on veut recevoir le Sacrement de Confirmation, l'on fait une retraite, l'on tâche de bien se faire instruire, pour se rendre digne des grâces qui y sont attachées ; mais pour celui du Mariage, d'où dépend ordinairement le bonheur ou le malheur éternel de celui qui le reçoit, bien loin de s'y préparer par une retraite ou quelqu'autre bonne action, il semble que jamais l'on n'aura assez accumulé crimes sur crimes pour le recevoir, il semble qu'on n'aura jamais assez fait de mal pour mériter la malédiction du bon Dieu, afin d'être malheureux toute la vie en se préparant un enfer pour l'éternité. Lorsque l'on veut entrer dans l'état ecclésiastique, ou dans un monastère, ou même rester dans le célibat, l'on consulte, l'on prie, l'on fait des bonnes œuvres, afin de bien demander à Dieu la grâce de connaître sa vocation ; quoique dans l'ordre religieux tout nous porte au bon Dieu, tout nous éloigne du mal, malgré cela, l'on prend beaucoup de précautions ; mais pour le Mariage, où il est si difficile de se sauver, ou pour mieux dire, où il y en a tant qui se damnent, où sont les préparations que l'on fait pour demander à Dieu la grâce de mériter le secours du ciel qui nous est si nécessaire pour pouvoir nous y sanctifier ? Presque personne ne s'y prépare, ou on le fait d'une manière si faible que le cœur n'y est pour rien.
Dès qu'un jeune homme ou une jeune fille commence à vouloir penser à s'établir, ils commencent à s'éloigner de Dieu en abandonnant la religion, la prière et les Sacrements. Les parures et les plaisirs prennent la place de la religion, et les crimes les plus honteux prennent la place des Sacrements. Ils continuent cette route jusqu'au moment où ils entrent dans le Mariage, où la plupart consomment leur malheur éternel en commettant trois sacrilèges dans deux ou trois jours : je veux dire, en profanant le Sacrement de pénitence, celui de l'eucharistie et celui du Mariage, si le prêtre est assez malheureux que de leur administrer les deux premiers ; je dis du moins pour la plupart, si ce n'est pas tous. Le plus grand nombre des chrétiens y apportent un cœur mille fois plus pourri par le vice infâme de l'impureté, qu'un grand nombre de païens, qui n'oseraient pas même faire ce que la plupart des chrétiens font. Une fille qui désire avoir un jeune homme n'a pas plus de réserve qu'une bête la plus immonde. Hélas ! C’est qu'elle abandonne le bon Dieu, et le bon Dieu l'abandonne à son tour ; elle se jette à corps perdu dans tout ce qu'il y a de plus infâme.
Hélas ? Que peuvent être et devenir ces pauvres personnes qui reçoivent le Sacrement de Mariage dans un pareil état, et combien de ces malheureux qui ne le diront pas même en confession ? Ô mon Dieu ! Avec quelle horreur le ciel peut et doit-il bien regarder de tels Mariages !
Mais aussi que deviennent ces personnes malheureuses ? Hélas ! Le scandale d'une paroisse et une source de malheurs pour les pauvres enfants qui naîtront d'eux. Qu'entend-on dans cette maison ? Rien autre, sinon jurements, blasphèmes, imprécations et malédictions. Cette jeune fille croyait que si elle pouvait avoir ce jeune homme, ou ce jeune homme cette fille, rien ne leur manquerait ; mais, hélas ! Après s'être mis en ménage, quel changement, que de larmes, que de repentirs et que de gémissements ! Mais tout cela ne sert de rien. L'on est dans le malheur, et il faut y rester jusqu'à la mort, il faut vivre avec une personne que, le plus souvent, l'on ne peut ni voir ni sentir ; disons mieux, chers Frères et Sœurs, ils commencent leur enfer en ce monde pour l'aller continuer pendant toute l'éternité. Hélas ! Que le nombre de ces Mariages, qui sont ainsi malheureux, est grand ! Et cependant ; tout cela ne vient que de la profanation de ce Sacrement. Ah ! si l'on pensait à ce que l'on va faire en entrant dans l'état du Mariage, les charges qu'il y a à remplir et les difficultés que l'on y trouvera pour se sauver, ô mon Dieu, que l'on se comporterait bien plus sagement ! Mais le malheur du grand nombre, c'est qu'ils ont déjà perdu la foi quand ils y entrent. D'un autre côté, le démon fait tout ce qu'il peut pour les rendre indignes des grâces que Dieu leur accorderait s'ils étaient bien préparés. Le démon, non seulement espère les avoir, mais encore que les enfants qui naîtront d'eux seront ses victimes. Oh ! Que ceux que Dieu n'appelle pas à cet état sont heureux ! Oh ! Que d'actions de grâces ils doivent rendre à Dieu de les exempter de tant de dangers de se perdre ! sans compter qu'ils seront bien plus près de Dieu dans le ciel, que toutes leurs actions seront bien plus agréables à Dieu, et que leur vie sera plus douce, et leur éternité plus heureuse. Mon Dieu ! Qui pourra bien comprendre cela ? Hélas ! Presque personne, parce que chacun suit, non sa vocation, mais la pente de ses passions.
Cependant, chers Frères et Sœurs, quoiqu'il soit si difficile de se sauver dans l'état du Mariage, et que le plus grand nombre, sans s'en douter un seul moment, seront damnés, ceux que Dieu y appelle peuvent s'y sauver, s'ils ont le bonheur d'y apporter les dispositions que Dieu demande d'eux ; il leur accordera par ses Sacrements les grâces qui leur sont promises. Chacun doit entrer où Dieu l'appelle, et nous pouvons dire que le plus grand nombre de chrétiens se damnent parce qu'ils ne suivent pas leur vocation, soit en ne la demandant pas à Dieu ou en se rendant indigne de la connaître par leur mauvaise vie.
Pour vous montrer que l'on peut se sauver dans le Mariage, si c'est Dieu qui y appelle, écoutez ce que nous dit saint François de Sales, qui, étant dans le collège, s'entretenait un jour avec un de ses compagnons de l'état où ils entreraient. Saint François lui dit : Je crois que le bon Dieu m'appelle à être prêtre, j'y trouve tant de moyens de m'y sanctifier et d'y gagner des âmes à Dieu, que d'y penser, je me sens le cœur tout rempli de joie ; combien je me trouverais heureux, si je pouvais bien convertir des pécheurs à Dieu ! Pendant toute l'éternité, je les entendrais chanter les louanges de Dieu, je les verrais dans le ciel. L'autre lui dit : Je crois que Dieu m'appelle dans l'état du Mariage et que j'aurai des enfants et que j'en ferai de bons chrétiens, et que moi-même je m'y sanctifierai. Tous les deux suivirent une vocation bien différente, puisque l'un fut prêtre et évêque, et l'autre fut dans le Mariage, cependant tous deux sont saints. Celui qui se maria eut des garçons et des filles ; un de ses garçons fut archevêque, et il a été un saint ; un second ; religieux ; un autre, président dans une chambre, lequel fit de sa maison presque un monastère. Il se levait tous les jours à quatre heures du matin, à cinq heures faisait la prière avec tous ses domestiques, les instruisait chaque jour. Plusieurs de ses filles furent religieuses ; de sorte, nous dit saint François de Sales, que tous, dans cette famille, furent des modèles de vertu dans le pays où ils furent placés. Vous voyez cependant que, quoiqu'il soit bien difficile et très difficile de se sauver dans l'état du Mariage, ceux qui y sont appelés par Dieu, s'ils y apportent de bonnes dispositions, peuvent espérer de s'y sanctifier. Mais traitons d'une manière plus directe ce qui regarde ce Sacrement.
Si je demandais à un enfant ce que c'est que le Sacrement de Mariage, il me répondrait : c'est un Sacrement qui a été institué par Notre-Seigneur Jésus-Christ, et qui donne les grâces nécessaires pour sanctifier ceux qui se marient selon les lois de l'Église et de l'État. Mais quelles sont les dispositions pour recevoir les grâces que Dieu nous communique par ce Sacrement ? Les voici :
1° C'est d'être suffisamment instruit des devoirs de son état et des misères qu'on y éprouve.
2° C'est d'être en état de grâce, c'est-à-dire d'avoir fait une bonne confession de tous ses péchés, avec un vrai désir de ne plus les commettre. Si vous me demandez pourquoi il faut être en état de grâce pour se marier ? Je vous répondrai :
a) Parce que c'est un Sacrement des vivants ; il faut donc que notre âme soit exempte de péchés,
b) A défaut d'être en état de grâce, on commet un sacrilège, à moins que ce ne soit faute d'être suffisamment instruit.
Ceux qui veulent recevoir dignement ce Sacrement doivent être instruits suffisamment pour connaître leurs devoirs et pour apprendre à leurs enfants ce qu'ils doivent faire pour vivre chrétiennement. Si une personne qui se marie ne sait pas ce qu'est le Sacrement qu'elle va recevoir, qui l'a institué, quelles grâces il nous accorde, et quelles sont les dispositions que nous devons y apporter, il est bien certain qu'elle ne peut que commettre un sacrilège. Hélas ! que de sacrilèges dans la réception de ce grand Sacrement, et combien de gens qui se marient sans savoir même les principaux mystères ; c'est-à-dire, laquelle des trois personnes divines s'est faite homme ! Ils ne sauraient pas seulement vous répondre que c'est la seconde personne qui a pris un corps et une âme dans le sein de la sainte Vierge par l'opération du Saint-Esprit, et que c'est le 25 mars ; que c'est le 25 décembre que ce Jésus est venu au monde à minuit, et qu'il est né comme homme et non pas comme Dieu, puisque comme Dieu il est de toute éternité. Combien qui ne savent pas que c'est le Jeudi saint que Jésus-Christ a institué le Sacrement adorable de l'Eucharistie, en prenant du pain, le bénissant et le changeant en son corps ; et qu'ensuite-il prit du vin et le changea en son sang, et qu'il dit à ses apôtres : « Toutes les fois que vous prononcerez ces mêmes paroles, vous ferez le même miracle ! » Combien qui ne savent pas que c'est le Jeudi saint que Jésus-Christ a institué les prêtres en leur disant ces paroles : « Faites ceci en mémoire de moi. Toutes les fois que vous direz les mêmes paroles, vous changerez comme moi le pain en mon corps, le vin en mon sang ». Peut-être même quelques-uns ignorent le jour que le bon Dieu est mort, qu'il est ressuscité et qu'il est monté au ciel. Cela vous étonne ? Hélas ! Il y en a plus de deux qui ne savent pas combien, qui ne savent pas comment Dieu a souffert et comment il est mort ; c'est-à-dire qui ne savent pas que Dieu a souffert et est mort comme homme et non comme Dieu, puisque comme Dieu il ne pouvait ni souffrir ni mourir. Combien qui croient que les trois personnes de la Sainte Trinité ont souffert et sont mortes. Combien ne savent pas que Jésus-Christ, comme homme, est plus jeune que la sainte Vierge ; et que, comme Dieu, il est de toute éternité ! Combien auraient été bien embarrassés, si, avant de se marier, on leur avait demandé : Qui a institué les Sacrements, et quels sont les effets de chaque Sacrement en particulier, et quelles sont les dispositions que demande chaque Sacrement ? Combien croient que c'est la sainte Vierge ou les apôtres qui ont institué les Sacrements, et qui ne savent pas véritablement que c'est Jésus-Christ, et qu'il n'y a que lui qui pouvait les instituer et leur communiquer les grâces que nous y recevons : c'est-à-dire, que le baptême nous purifie du péché que nous apportons en venant au monde, que c'est le premier Sacrement qu'un chrétien peut recevoir, et que les eaux pour le baptême ont été sanctifiées lorsque saint Jean baptisa Jésus-Christ dans le Jourdain, que Jésus-Christ l'a institué en disant à ses apôtres : « Allez, instruisez toutes les nations, baptisez-les au nom du Père, etc., etc.. »
Combien ne savent pas ce que c'est que le Saint-Esprit qu'ils reçoivent dans le Sacrement de Confirmation, et que ce Sacrement ne peut être donné que par les évêques, et qu'il faut être en état de grâce pour le recevoir ! Combien ne savent pas dans quel moment ils reçoivent le Sacrement de Pénitence, et ne savent pas que c'est quand ils se confessent et qu'on leur donne l'absolution, et non pas toutes les fois qu'ils se confessent ! Combien ne savent pas que, dans le Sacrement de l'Eucharistie, ils reçoivent le corps, le sang et l'âme de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et qu'ils ne reçoivent ni les anges ni les saints ! Combien ne savent pas faire la différence entre le Sacrement de l'Eucharistie et les autres, c'est-à-dire qu'ils ne savent pas que, dans le Sacrement de l'Eucharistie, ils reçoivent le corps adorable et le sang précieux de Jésus-Christ, au lieu que dans les autres nous ne recevons que l'application des mérites de son sang précieux ! Combien ne savent pas connaître quels sont les Sacrements des vivants et les Sacrements des morts, et pourquoi on leur donne ces noms ; ils ne savent pas que le Baptême, la Pénitence et quelquefois l'Extrême-Onction, sont les Sacrements des morts, parce qu'ils nous rendent la vie de la grâce que nous avons perdue par le péché, et que les autres sont appelés Sacrements des vivants, parce qu'il faut que nous n'ayons point de péchés sur notre conscience quand nous voulons les recevoir. Combien d'autres ne savent pas ce qu'ils reçoivent lorsqu'on leur fait les onctions sur leurs sens, et quelle grâce ce Sacrement de l'Extrême-Onction accorde aux malades qui le reçoivent dignement, c'est-à-dire qu'ils ne savent pas que ce Sacrement les purifie de tous les péchés qu'ils ont commis par leurs sens, c'est-à-dire par les yeux, la bouche et les oreilles, etc., etc. Enfin combien d'autres ont ignoré la grâce que donnait le Sacrement de Mariage ! Combien d'autres qui ne savent pas que les Sacrements n'ont eu leur effet qu'après la Pentecôte. Hélas ! Que de sacrilèges ! Hélas ! Que de gens mariés damnés ! Cependant si vous ignorez ces choses, vous pouvez bien compter que tous les Sacrements que vous avez reçus sont à peu près des sacrilèges.
Une deuxième raison qui doit porter à bien se préparer pour recevoir toutes les grâces que nous confère ce grand Sacrement, c'est qu'il y a bien des misères à y souffrir : Combien de pauvres femmes qui sont obligées de passer leur vie avec des maris dont les uns sont des hommes emportés, qu'un rien fait mettre en colère ; semblables à des lions, ils sont toujours après elles, les disputent et souvent même les maltraitent ; ils ne peuvent les voir manger. Elles meurent de chagrin ; il est bien rare si elles passent un jour sans verser des larmes ; d'autres ont des maris qui mangent tout ce qu'ils ont dans les cabarets, tandis qu'une pauvre femme périt de misère avec ses enfants dans la maison. Ce que je dis des maris, je le dis pareillement des femmes. Combien de maris qui ont des femmes qui ne leur disent jamais un mot de bonne grâce, qui les méprisent, qui délaissent tout ce qu'il y a dans la maison, qui ne font que les disputer du matin au soir. Vous conviendrez avec moi que pour souffrir tout cela sans murmurer, de manière à le rendre méritoire pour le ciel, il faut une grâce extraordinaire. Eh bien ! Chers Frères et Sœurs, si vous aviez reçu toutes les grâces que vous donne ce Sacrement, vous en auriez un trésor infini pour le ciel ; les grâces que Dieu vous a préparées pour vous sauver, qu'il a attachées à votre vocation, vous rendraient cela supportable sans vous en plaindre. Mais d'où vient que cet homme ne peut pas souffrir les défauts qu'il aperçoit dans sa femme, et que la femme maudit à chaque instant son mari parce qu'il est un ivrogne ? C'est que ces personnes n'ont pas reçu les grâces du Sacrement de Mariage ; ils ne peuvent donc qu'être malheureux pendant leur vie et damnés après leur mort.
Mais un plus grand malheur encore, c'est que, outre cela, leurs enfants leur ressemblent. Hélas ! Qui pourrait conter l'état déplorable des enfants qui naissent de tels Mariages ? Vous les voyez presque vivre comme des bêtes. D'abord, les parents n'ont jamais su leur religion, par conséquent ils ne peuvent pas l'apprendre à leurs enfants. Hélas ! Des enfants qui ont dix ou onze ans ne savent pas seulement leur prière, ni un mot de leur religion ; ils n'ont déjà que des jurements et des mauvais propos à la bouche. Hélas ! Que de personnes mariées et d'enfants damnés. Au moins s'ils n'étaient pas mariés, ils seraient damnés tout seuls ! Que la profanation de ce Sacrement peuple les enfers !
Mais, me direz-vous, que faut-il donc faire pour entrer saintement dans cet état ? Mon ami, le voici. Écoutez-le bien, heureux si vous en profitez ! Il faut que votre Mariage n'ait rien de semblable à ceux des païens. Voici les Mariages des païens. Lorsqu'ils veulent s'établir, les uns prennent une femme pour en avoir des enfants à qui ils puissent laisser leur nom et leurs biens ; les autres, parce qu'ils ont besoin d'une compagne pour les aider dans les soins de la vie ; celui-ci, pour la beauté et les agréments, mais très peu pour la vertu. Après cela, l'on prend ses sûretés de part et d'autre ; on passe le contrat, et on célèbre le Mariage, qui est accompagné de quelques cérémonies religieuses en leur manière ; l'on fait un grand festin, et on se livre à toutes sortes de joies et d'excès. Voilà, chers Frères et Sœurs, la manière dont procèdent les païens, c'est-à-dire, ceux qui n'ont pas comme nous le bonheur de connaître le vrai Dieu. Si vos Mariages n'ont rien de mieux, tenez-vous sûrs que vous avez profané ce Sacrement ; et, après cela, il faut encore vous résoudre à aller passer votre éternité dans les enfers.
Ce n'est donc véritablement que l'esprit de piété qui fait le Mariage chrétien ; il faut donc le faire au nom de Jésus-Christ, en vue de Lui plaire et de suivre sa vocation, se proposer le salut de son âme et rien autre. Ce n'est donc ni l'intérêt, ni le désir de suivre le penchant de son cœur, qui doit porter un chrétien à se marier ; mais celui de suivre la voix de Dieu qui vous appelle dans cet état, d'élever chrétiennement les enfants qu'il plaira à Dieu de vous donner. Mais dans une démarche si importante, l'on ne doit rien faire avec précipitation, ne jamais manquer de consulter ses parents, et ne rien conclure sans leur consentement. Les parents, non plus, ne doivent jamais forcer leurs enfants à prendre des personnes qu'ils n'aiment pas, parce qu'ils ne peuvent qu'être malheureux l'un et l'autre. Il faut toujours choisir des personnes qui ont de la piété : vous devez les préférer, quand même elles auraient moins de biens, parce que vous êtes sûrs que Dieu bénira votre Mariage ; au lieu que pour ceux qui n'ont point de religion, leurs biens périront en peu de temps. Il ne faut pas faire comme plusieurs qui prennent un garçon ivrogne et mauvais sujet, en disant que, quand il sera marié, il se corrigera ; c'est tout le contraire, il ne deviendra que plus mauvais, et vous passerez votre vie dans une espèce d'enfer. Hélas ! Que ces Mariages sont épais !
C'est dans la prière et les bonnes œuvres que vous devez demander à Dieu de vous faire connaître celui ou celle que Dieu vous destine. L'on dit qu'afin qu'un Mariage soit bien fait ; c'est-à-dire heureux, il faut qu'il soit fait dans le ciel avant de l'être sur la terre. D'abord les jeunes gens qui veulent mériter les grâces du Mariage que Dieu prépare à ceux qui espèrent s'y sanctifier, ne doivent pas se parler seuls ni le jour ni la nuit, sans la présence de leurs parents, et ne jamais se permettre la moindre familiarité, ni la moindre parole indécente, sans quoi ils sont sûrs d'éloigner Dieu de leurs noces, et que, si Dieu n'y assiste pas, ce sera le démon. Hélas ! Il n'y en a pas un tous les deux cents qui observe cela. L'on peut bien dire aussi qu'il n'y a pas un Mariage, pas un ménage tous les deux cents, qui soit véritablement tel que la religion et la paix y règnent, de manière que l'on puisse dire que c'est une maison du bon Dieu. Au contraire, il y en a qui se traînent pendant trois ou quatre ans dans les danses, les bals, les comédies, les cabarets, qui passent les trois quarts de leurs nuits seuls, à se permettre tout ce que le démon d'impureté peut leur inspirer. Mon Dieu, sont-ce bien là des chrétiens qui doivent porter sous le voile du Sacrement un cœur pur et exempt de tout péché ? Hélas ! Qui pourra compter le nombre de péchés dont leur cœur est couvert et leur pauvre âme toute pourrie ? Hélas ! Comment peut-on espérer que le bon Dieu pourra, tout puissant qu'il est, bénir de tels Mariages de personnes qui vivent dans l'impureté la plus infâme depuis peut-être combien d'années ? Qui ne font peut-être de prières ni le matin ni le soir ? Qui ont laissé les Sacrements depuis plusieurs années, ou, s'ils les ont fréquentés, ne l'ont fait que pour les profaner ? Hélas ! Comment se peut-il faire que le sang adorable de Jésus-Christ puisse descendre sur ces noces pour les sanctifier, et rendre les peines du Mariage douces et méritoires pour le ciel ? Hélas ! Que de sacrilèges, et que de gens mariés qui iront brûler dans les abîmes ! Mon Dieu, que les chrétiens connaissent peu leur malheur et leur perte éternelle ! Hélas ! Ils ne quitteront pas leurs crimes infâmes après leurs noces ; toujours mêmes infamies, et toujours dans la route de l'enfer, où ils tomberont bientôt. Non, chers Frères et Sœurs, n'entrons pas dans le détail des horreurs qui se commettent dans le Mariage, tout cela fait mourir d'horreur. Tirons le voile, qui ne se lèvera véritablement qu'au grand jour des vengeances, où nous verrons toutes ces turpitudes sans craindre de souiller notre imagination. Gens mariés, ne perdez jamais de vue que tout se verra au jour du jugement ; ce qui jettera une infinité de personnes dans l'étonnement, c'est que des chrétiens se soient permis des infamies semblables. Arrêtons-nous là.
Si maintenant vous me demandez quelles sont les conditions qu'il faut pour qu'un Mariage soit bon devant Dieu et devant les hommes, mon ami, deux choses que voici : il faut qu'il soit contracté selon les lois de l'Église et de l'État ; sans quoi le Mariage serait nul, c'est-à-dire que les personnes vivraient dans le péché, comme deux personnes qui se mettent ensemble sans se marier devant l'Église. L'Église a fait ses lois, assistée, dirigée par le Saint-Esprit.
Si vous me demandez ce que c'est que les fiançailles, le voici : c'est la promesse que deux personnes se font l'une à l'autre de s'épouser. Dès le moment que deux personnes se sont fiancées, elles ne doivent pas rester dans la même maison sous peine de gros péché, à cause des dangers et des tentations auxquelles elles seront exposées ; parce que le démon fait tout ce qu'il peut pour-les rendre indignes de la bénédiction du bon Dieu qui leur est promise dans le Sacrement de Mariage. C'est pourquoi l'Église leur défend d'habiter sous le même toit tout le temps des fiançailles.
Je vous ai dit, chers Frères et Sœurs, qu'il n'y a point de Sacrements pour lesquels on prenne tant de précautions extérieures, que l'on reçoive avec tant d'appareil que celui du Mariage. Après que le contrat est passé, l'on publie trois dimanches de suite les personnes qui veulent se marier, et cela pour deux raisons : la première, pour inviter tous les fidèles à prier pour eux, afin que Dieu leur accorde les grâces qui leur sont nécessaires pour entrer saintement dans cet état. La deuxième raison, c'est pour découvrir les empêchements qui pourraient mettre obstacle à ce Mariage. Les cas dans lesquels l'Église défend le Mariage s'appellent empêchements ; il y a de ces empêchements qui rendent les noces nulles, de sorte que des personnes qui se seraient mariées avec quelqu'un des empêchements que nous allons voir, ne seraient pas mariées, leur vie ne serait qu'une fornication continuelle. Hélas ! Qu’il y en a, de ces malheureux Mariages, qui font tomber les malédictions du ciel avec des peines partout où ils se trouvent ! Ne doutons pas ; chers Frères et Sœurs, que la profanation de ce Sacrement, et les crimes qui se commettent dans le Mariage, ne soient la cause de tous les grands maux dont Dieu nous accable, et nous le reconnaîtrons au jour du jugement.
Nous disons donc qu'il y a des empêchements qui se nomment dirimants ; voici ceux qui se rencontrent le plus souvent. Le premier, c'est la parenté jusqu'au quatrième degré inclusivement, c'est-à-dire qui renferme le quatrième degré et non le cinquième : cela se comprend aisément. Quand on annonce le Mariage, si vous pensez que celui qui le publie ne sait pas ce que les fiancés lui cachent, vous êtes obligés de le dire à celui qui l'a publié, sans quoi vous commettez un gros péché mortel, puisqu'il y en a plusieurs qui le cachent autant qu'ils peuvent, par crainte de demander dispense et qu'il leur en coûte quelque chose. Le second, c'est l'affinité, c'est-à-dire qu'un veuf ne peut pas épouser les parents, de sa défunte jusqu'au quatrième degré, ni la veuve les parents de son défunt. Le troisième, c'est la parenté spirituelle, c'est-à-dire que l'on ne peut pas se marier avec l'enfant que l'on a ondoyé ou tenu sur les fonts du baptême, ni avec le père ou la mère de cet enfant. Le quatrième, c'est l'honnêteté publique, c'est-à-dire que, quand une personne a été fiancée avec une personne, elle ne peut pas se marier ni avec la mère, ni avec la fille, ni avec la sœur de la personne avec qui elle avait été fiancée. Voilà, chers Frères et Sœurs, les empêchements que les fidèles peuvent connaître le plus, et lorsqu'on publie un Mariage que l'on sait être dans quelqu'un de ces cas, on est obligé de le dire, ou bien l'on commet un péché mortel, et l'on se met dans le cas d'être excommunié, c'est-à-dire retranché du sein de l'Église. Vous voyez, chers Frères et Sœurs, combien vous devez prendre garde et ne jamais manquer de dire ce que vous savez. Il y en a quelques autres qui sont moins communs, quelques-uns qui sont secrets et infamants, comme l'adultère et l'homicide ; ceux qui en sont coupables doivent en avertir leur confesseur. Les lois de l'Église qui défendent ces sortes de Mariages sont très sages, elles ont toutes été dictées par le Saint-Esprit. Il y a encore le vœu simple de chasteté, de six mois, un an, et le reste...
Il y a cependant quelquefois que l'Église donne des dispenses en faisant faire quelque aumône à ceux qui les demandent, mais n'oubliez jamais que toutes les dispenses que l'on demande, et où on ne dit pas bien les choses telles qu'elles sont, ne valent rien. Le Saint-Père n'accorde qu'à condition que ce que l'on dit est véritable ; de sorte que si ce que nous disons n'est pas bien vrai, c'est-à-dire, si vous donnez des raisons qui ne sont pas ou que vous les augmentiez, vos dispenses ne valent rien, par conséquent votre Mariage est nul : c'est-à-dire que vous n'êtes pas mariés et que vous avez commis un sacrilège en recevant le Sacrement de Mariage, ainsi que tous les Sacrements que vous recevez dans la suite. Hélas ! Que le nombre en est grand, de ces malheureux, et qui dorment tranquilles, tandis que le démon leur creuse un enfer éternel ! Vous ne devez donc jamais donner des raisons qui ne sont pas, et si vos pasteurs ne les trouvent pas bonnes, prenez bien garde de les presser en leur disant que vous vous mettrez tout de même ensemble. Hélas ! Que de gens mariés damnés !
Mais, me direz-vous, comment doit-on passer le temps des fiançailles ? Le voici : Ce temps-là est un temps sacré qui doit se passer dans la retraite, la prière, et à faire toutes sortes de bonnes œuvres, pour mériter que Jésus-Christ vous fasse, comme aux époux de Cana, en Galilée, la grâce d'assister à vos noces pour vous bénir, en vous donnant les secours nécessaires pour pouvoir vous y sanctifier. Il est très bon et souvent bien nécessaire de faire une confession générale, soit pour réparer les mauvaises que l'on aurait pu faire pendant sa vie, soit encore pour se rendre plus digne de recevoir ce Sacrement, puisque les grâces y sont abondantes à proportion des dispositions que l'on y apporte. Dites-moi, chers Frères et Sœurs, est-ce bien de cette manière que l'on passe un temps aussi précieux que celui des fiançailles ? Hélas ! Ne prenez-vous pas, chers Frères et Sœurs, les païens pour modèles, lesquels même ne font pas tout ce que le plus grand nombre de chrétiens de nos jours se permettent ! Ces malheureux chrétiens ne sont pas contents d'avoir traîné presque toute leur vie ou au moins une bonne partie, dans le crime et l'infamie la plus noire ! Il semble qu'ils n'en ont pas assez fait le premier jour de leurs fiançailles : les danses, les bals, les cabarets et la viande, si c'est un jour maigre.
Non contents de faire le mal seuls, comme s’ils craignaient de ne pas assez irriter la juste colère de Dieu sur eux, afin qu'au lieu de les bénir il les maudisse, ils seront trois ou cinq personnes à la fois ; c'est-à-dire selon leur fortune : ceux qui ont de quoi dépenser en invitent plus, et ceux qui ont moins en invitent moins ; mais toujours autant qu'ils ont. Il y en a qui peut-être perdront leurs âmes, feront des dettes en passant les trois quarts de la nuit, sans compter le jour, dans les cabarets, à se livrer à toutes sortes d'excès ; une partie se traînant par les chemins, et peut-être même l'épouse. Mais, me direz-vous, cela ne vous regarde pas, ce n'est pas votre argent que nous dépensons ; nous ne vous devons rien. Non, sans doute votre argent ne me regarde pas, mais vos âmes dont Dieu m'a chargé, me regardent.
Eh bien ! Chers Frères et Sœurs, voilà le commencement de la sainte retraite des jeunes gens qui viennent de se fiancer ; voilà leur préparation pour recevoir le Sacrement de Mariage. Ce n'est pas encore tout ; le démon n'en a pas encore assez. Après avoir passé quelques jours dans la débauche avec les parents de la fille, ils passeront tout le reste du temps à courir les maisons pour porter des fiançailles. Dans chaque maison, ils commettront, peut-être, trois ou quatre gros péchés par les embrassements qu'ils font ou qu'ils permettent. Mais, me direz-vous, c'est la coutume. Ah ! Vos coutumes, ce sont celles des païens ; comme vous avez suivi jusqu'à présent la même marche que celle des païens, il faut bien continuer ! Malgré ce que vous direz, cela n'empêchera pas que, lorsque vous paraîtrez au tribunal de Dieu pour y rendre compte de votre malheureuse vie, tous les embrassements que vous aurez donnés ou reçus dans ces temps de fiançailles, ne soient des péchés et, la plupart, des péchés mortels. Oh ! Je n'en crois rien. Vous n'en croyez rien ? C'est que vos yeux sont un peu troubles ; mais ne vous inquiétez pas, le grand juge vous les éclaircira bien. Pourquoi est-ce, que les garçons ne donnent pas des fiançailles aux garçons et les filles aux filles ? Je le sais bien : c'est que le démon n'y trouve pas si bien son compte. Le temps des fiançailles se passe dans cette dissipation ou plutôt dans cette chaîne de péchés, sans parler de tout ce qui se passe entre les femmes. Mon Dieu, sont-ce là des chrétiens ou des païens ? Hélas ! Je n'en sais rien ; tout ce que je sais, c'est que ce sont de pauvres âmes que le démon traîne et dévore jusqu'à ce qu'il les précipite dans les flammes. Le temps du Mariage arrive, ils n'ont plus que trois ou quatre jours ; ils vont se présenter au tribunal de la pénitence sans regret et sans désir même de mieux faire. La preuve en est bien claire : vous allez voir les plaisirs, les mêmes danses, les excès dans le boire et le manger ; ils commencent les familles en se livrant à tout ce que le démon peut leur inspirer le jour de leurs noces, et encore pis s'ils le peuvent., Ils viennent de recevoir ce grand Sacrement. ; ah ! Je me trompe, ils viennent de commettre un horrible sacrilège, et ils vont mettre le cachet à leur réprobation en passant, peut-être, un jour ou deux en débauches.
Mon Dieu, que penser de ces pauvres chrétiens ? Que vont-ils devenir ? Hélas ! Vous les avez déjà abandonnés, parce qu'ils n'ont rien oublié pour vous forcer à les maudire et à les réprouver.
Mais, me direz-vous, il est permis de se réjouir ce jour-là. Oui, sans doute, mais de se réjouir dans le Seigneur. Vous avez beau dire ce que sous voudrez, vous ne laisserez pas de rendre compte jusqu'à un sou dépensé inutilement ; vous aurez beau vous en moquer, cela est tel que je vous le dis. Un jour nous le verrons, prenez bien garde que ce ne soit pas trop tard pour vous.
Tout cela est bien difficile à croire, parce que, si nous faisions mal, le bon Dieu nous punirait ; pourtant nous en voyons qui se divertissent bien et qui tout de même font bien leurs affaires. Mon ami, ceci, loin d'être une bonne marque, est le plus grand de tous les malheurs. Savez-vous pourquoi le bon Dieu se conduit de cette sorte ? Le voici : c'est qu'il est juste. Il vous récompense de tout le bien que vous avez fait, afin qu'après votre mort, il n'ait qu'à vous jeter en enfer. Voilà la raison pourquoi il semble vous bénir malgré toutes les horreurs que vous avez commises dans vos fiançailles et vos noces, sans compter que tous les péchés que ceux que vous avez invités ont commis, seront pour votre compte, sans qu'ils en soient eux-mêmes innocents. Hélas ! Que la mort fera trouver de péchés là où plusieurs croient qu'il n'y en a point !
Que devrait faire un chrétien pour dignement recevoir ce Sacrement ? Ce serait de s'y préparer de tout son cœur, d'avoir fait une bonne confession et d'avoir passé saintement le jour de ses fiançailles ; et, ce qu'il aurait pu dépenser, le donner aux pauvres pour attirer les divines bénédictions sur lui. Le jour de leurs noces, qu'ils aillent de grand matin à l'église pour implorer le secours et les lumières du Saint-Esprit, en recevant la bénédiction nuptiale. Que le sang de Jésus-Christ coule sur leurs âmes. Le jour qu'ils ont été mariés, qu'ils passent la journée dans la présence de Dieu en pensant quel malheur ce serait s'ils venaient à profaner ce jour si saint. Après leur Mariage, ils doivent aller trouver un confesseur pour se faire instruire, afin qu'ils ne se perdent pas sans le savoir, ou plutôt, afin qu'ils puissent se comporter comme de vrais enfants de Dieu. Hélas ! Où sont les chrétiens qui se conduisent de cette manière ? Hélas ! où sont aussi les gens mariés qui seront sauvés
Qu'il y en aura de perdus ! De ceux qui y apportent de bonnes dispositions, il n'y en a presque point. Que conclure de cela ? Le voici : C'est que la plupart des chrétiens entrent dans le Mariage sans demander à Dieu les grâces qui leur sont nécessaires, ils y portent un cœur et une âme couverts de mille et mille péchés, et profanent ce Sacrement : ce qui est une source de malheurs pour eux dans ce monde et dans l'autre. Heureux les chrétiens qui entrent dans ces bonnes dispositions et qui y persévèrent jusqu'à la fin ! C'est ce que je vous souhaite...
Saint Jean-Marie Vianney (1786-1859)