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Le concile d'Orange
Canon 1. Quiconque dit que par la faute de la prévarication d'Adam, l'homme n'est pas amoindri en tout son être, c'est-à-dire en son corps et en son âme, mais croit que le corps seul est soumis à la corruption, tandis que la liberté de l'âme demeure intacte, trompé par l'erreur de Pélage, il se met en contradiction avec l'Ecriture qui dit : L'âme qui aura péché périra ; et : Ignorez-vous que, si vous vous livrez à quelqu'un comme esclaves pour lui obéir, vous êtes esclaves de celui à qui vous obéissez ? et : On est esclave de celui par qui on s'est laissé vaincre.

Canon II. Quiconque affirme que la prévarication d'Adam n'a nui qu'à lui seul et non à sa descendance, ou enseigne que seule la mort du corps, qui est la punition du péché, mais non le péché lui-même, qui est la mort de l'âme, a été transmise par un seul homme à tout le genre humain, celui-là ne rend pas justice à Dieu et se met en contradiction avec l'Apôtre qui a dit : Par un seul homme le péché est entré dans le monde et par le péché, la mort ... et ainsi la mort a passé dans tous les hommes parce que tous ont péché.

Canon III. Quiconque dit que la grâce peut être conférée à la suite de la prière de l'homme, mais que ce n'est pas la grâce qui fait qu'elle soit demandée par nous, contredit le prophète Isaïe ainsi que l'Apôtre qui le cite : J'ai été trouvé par ceux qui ne me cherchaient pas et je me suis manifesté à ceux qui ne me demandaient pas.

Canon IV. Quiconque prétend que c'est Dieu qui attend notre volonté pour nous purifier de nos péchés, et nie que ce soit l'inspiration et l'infusion du Saint-Esprit en nous qui fait que nous voulions être purifiés, celui-là résiste au Saint-Esprit lui-même qui a dit par la bouche de Salomon : La volonté est préparée par Dieu, et aussi à l'Apôtre qui, dans un salutaire enseignement, affirme que : C'est Dieu qui opère en vous le vouloir et le faire selon son bon plaisir.

Canon V. Quiconque dit que l'augmentation et le commencement de la foi, ainsi que l'attrait vers la croyance, par lequel nous croyons en celui qui justifie l'impie et parvenons à la régénération su saint Baptême, sont en nous, non par un don de la grâce, c'est à dire par une inspiration du Saint-Esprit corrigeant notre volonté en l'amenant de l'infidélité à la foi, de l'impiété à la piété, mais bien par notre nature, celui-là se montre adversaire des enseignements apostoliques, car le bienheureux Paul a dit : Nous avons confiance que celui qui a commencé en nous la bonne oeuvre, l'achèvera jusqu'au jour de Notre Seigneur Jésus-Christ. Et encore : Il nous a été donné à l'égard du Christ non seulement de croire en lui mais aussi de souffrir pour lui. Et encore : C'est par la grâce que vous avez été sauvés par le moyen de la foi, et cela ne vient pas de vous ; c'est le don de Dieu.
- Donc, ceux qui disent que la foi par laquelle nous croyons en Dieu est un effet de la nature sont obligés d'admettre que tous ceux qui sont étrangers à l'Eglise du Christ sont d'une certaine façon des fidèles.

Canon VI. Quiconque dit que la miséricorde est conférée sans une grâce de Dieu, en raison de notre foi, de notre vouloir, de notre désir, de nos efforts, de notre travail, de nos prières, de nos veilles, de nos aspirations, de nos recherches, de notre assiduité à frapper, et que ce n'est pas l'infusion et l'inspiration du Saint-Esprit en nous qui fait que nous croyons, que nous voulons et que nous devenons capables de faire toutes ces choses comme il convient ; quiconque fait dépendre l'aide de la grâce de l'humilité et de l'obéissance humaine et n'admet pas que c'est par le don de la grâce que nous devenons obéissants et humbles, celui-là résiste à l'Apôtre disant : Qu'as-tu que tu n'aies reçu ? Et : C'est par la grâce de Dieu que je suis ce que je suis.

Canon VII. Quiconque affirme pouvoir par la seule force de nature concevoir, comme il convient, une bonne pensée visant le salut de la vie éternelle, ou la choisir, ou donner son assentiment à la salutaire prédication de l'Evangile, sans l'illumination et l'inspiration du Saint-Esprit, qui donne à tous la suavité de l'assentiment à la vérité de la foi, celui-là est trompé par un esprit d'hérésie et ne comprend pas la parole de Dieu déclarant dans l'Evangile : Sans moi vous ne pouvez rien faire, ni celle de l'Apôtre : Ce n'est pas que nous soyons par nous-mêmes capables de concevoir quelque chose comme venant de nous-mêmes, mais notre aptitude vient de Dieu.

Canon VIII. Quiconque prétend que les uns peuvent parvenir à la grâce du baptême par un effet de la miséricorde, les autres par le libre arbitre, dont il est avéré qu'il est vicié en tous ceux qui sont nés de la prévarication du premier homme, démontre qu'il est étranger à la vraie foi.
Il affirme, en effet, que ce libre arbitre n'a pas été affaibli en tous par le péché du premier homme, ou bien il croit qu'il a été lésé de telle manière que certains hommes puissent encore par eux-mêmes, sans révélation divine, acquérir le mystère du salut éternel.
Le Seigneur lui-même enseigne que cette doctrine est contraire à la vérité, lui qui témoigne qu'aucun homme ne peut venir à lui si le Père ne l'attire point ; comme il a également dit à Pierre : Tu es heureux, Simon, fils de Jonas, car la chair et le sang ne te l'ont pas révélé, mais mon Père qui est dans les cieux. L'Apôtre dit aussi : Nul ne peut dire : Seigneur Jésus, si ce n'est en l'Esprit Saint.

Canon IX. C'est par un don de Dieu que nous avons de bonnes pensées, et que nous préservons nos pas des faussetés et de l'injustice, car chaque fois que nous faisons le bien, c'est Dieu qui fait en nous et avec nous que nous le fassions.

Canon X. Les régénérés et les saints doivent eux aussi toujours implorer l'aide de Dieu afin de pouvoir parvenir à une bonne fin, et pouvoir persévérer dans le bien.

Canon XI. Nul ne peut consacrer dignement quoi que ce soit à Dieu, s'il n'a reçu de lui ce qu'il veut lui consacrer, ainsi qu'il est écrit : Ce que nous avons reçu de ta main, nous te le donnons.

Canon XII. Dieu nous aime tel que nous serons par sa grâce, non tel que nous sommes par notre mérite.

Canon XIII. La liberté de la volonté qui a été affaiblie dans le premier homme ne peut être réparée que par la grâce du baptême : une chose perdue ne peut être rendue que par celui qui a pu la donner. C'est pourquoi la Vérité elle-même dit : Si le Fils nous a délivrés, alors vous êtes vraiment libres.

Canon XIV. Aucun malheureux ne peut être délivré de quelque misère que ce soit, si la miséricorde de Dieu ne le prévient ainsi que le dit le psalmiste : Que la compassion vienne au-devant de moi ; et : Mon Dieu, sa miséricorde viendra au-devant de moi.

Canon XV. L'état d'Adam, tel que Dieu l'avait formé, a été changé, mais en pis, par son iniquité ; l'état du fidèle, tel que le péché l'a établi, est changé, mais en mieux, par la grâce de Dieu. Le premier de ces changements est l'oeuvre du premier pécheur ; le second, selon le Psalmiste est l'oeuvre de la droite du Très-Haut.