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16 septembre
Saint Corneille, pape, et Saint Cyprien, évêque, martyrs
Prière de Saint Cyprien de Carthage pour les Militaires
Voici une Lettre face aux persécutions qui s'annoncent et à la venue prochaine de l'Antichrist pour devenir « Soldat du Christ », instruit par Ses enseignements et Ses avertissements « Armons-nous et préparons-nous à la lutte avec une âme incorruptible, une foi entière et un courage prêt au sacrifice » de Saint Cyprien (200-258), Évêque de Carthage, aux Chrétiens de Thibaris (aujourd'hui Thibar) près de Teboursouck en Tunisie.
La Lettre de Saint Cyprien de Carthage aux Chrétiens de Thibaris « Armons-nous et préparons-nous à la lutte avec une âme incorruptible, une foi entière et un courage prêt au sacrifice » :

« J'avais pensé, mes frères très chers, et voulais, si les affaires et le temps le permettaient, aller en personne, selon le désir que fréquemment vous aviez exprimé, auprès de vous, pour encourager, vaille que vaille, votre communauté par mes paroles. Mais je suis tellement retenu par des affaires urgentes, qu'il ne m'est pas possible de m'éloigner beaucoup d'ici, ni de quitter longtemps, le peuple à la tête duquel nous a mis la divine Bonté : je vous envoie donc, en attendant, cette lettre à ma place. Recevant souvent des inspirations, avis que Dieu daigne nous envoyer, nous avons voulu porter à votre connaissance les inquiétudes que nous donnent ces avertissements. Vous devez donc savoir et tenir pour certain que la persécution est suspendue sur nos têtes, que ce jour vient, que la fin du monde et le temps de l'Antichrist approchent. Ainsi nous devons tous nous tenir prêts pour le combat, ne penser à rien qu'à la gloire de la Vie éternelle et à sa Couronne de la confession du Seigneur, sans nous imaginer, d'ailleurs, que ce qui vient est tel que ce qui est passé. Un combat plus sérieux et plus acharné est imminent : les Soldats du Christ doivent s'y préparer avec un robuste courage considérant que chaque jour le Calice du Sang du Christ leur est donné à boire, afin qu'ils soient en état de verser eux-mêmes leur sang pour le Christ. On veut en effet être trouvé avec le Christ, quand on reproduit ce que le Christ a enseigné et a fait, selon la Parole de l'apôtre Jean : « Celui qui dit qu'il demeure dans le Christ, il doit marcher lui-même comme le Christ a marché ». (Jn 2, 6). De même l'apôtre Paul nous exhorte et nous instruit en disant : « Nous sommes les enfants de Dieu ; si nous sommes ses enfants, nous sommes aussi ses héritiers et les cohéritiers du Christ, à condition que nous souffrions avec Lui pour être glorifiés avec Lui » (Rom 8, 16-17).

C'est tout cela que nous devons considérer, afin que personne ne regrette rien du monde qui va périr, mais qu'on suive le Christ, qui vit éternellement, et fait vivre Ses serviteurs qui ont foi en son Nom. Le temps vient, en effet, mes très chers, que le Seigneur a prédit depuis longtemps et dont Il nous a annoncé l'approche en disant : « Une heure viendra, où quiconque vous fera mourir croira honorer Dieu. Mais ils feront ainsi parce qu'ils n'ont connu ni mon Père ni Moi. Mais je vous ai dit ces choses, afin que, quand viendra leur heure, vous vous souveniez que Je vous l'ai prédite » (Jn 16, 2-4). Que personne ne s'étonne que nous soyons assaillis de persécutions constantes, que des alarmes nous inquiètent sans cesse. Le Seigneur nous a prédit d'avance que cela aurait lieu à la fin des temps. Il nous a formés à notre service de soldats par l'enseignement et l'encouragement de sa Parole. L'apôtre Pierre aussi nous a appris que les persécutions ont lieu afin que nous soyons éprouvés, et qu'à l'exemple des justes qui nous ont précédés, nous soyons, nous aussi, unis par la mort et la souffrance à la Charité de Dieu. Il a mis, en effet, ceci dans Son épître : « Mes très chers, ne vous étonnez pas de l'incendie qui s'allume pour vous, il a pour but de vous éprouver, et ne vous découragez pas comme s'il vous arrivait quelque chose d'extraordinaire. Mais toutes les fois que vous avez part aux Souffrances du Christ, réjouissez-vous, afin qu'à la manifestation de sa Gloire, vous tressailliez de joie. Si l'on vous outrage pour le Nom du Christ, vous êtes heureux, parce que le Nom du Seigneur, un Nom de majesté et de puissance, repose sur vous, et qu'il est par eux en blasphème, par vous en honneur » (Pierre 4, 12-14). Les Apôtres n'ont fait que nous enseigner ce qu'ils avaient appris de l'enseignement dominical, et des instructions venues du Ciel, le Seigneur Lui-même confirmant leur parole et disant : « Il n'est personne qui, abandonnant sa maison, son champ, ses parents, ses frères ou ses sœurs, ou son épouse pour le Royaume de Dieu, ne reçoive sept fois autant dès ce monde et dans le siècle à venir la vie éternelle » (Lc 18, 29-30). Et encore : « Heureux serez-vous, quand les hommes vous prendront en haine, vous écarteront, vous chasseront et maudiront votre nom à cause du Fils de l'homme. Réjouissez-vous ce jour-là et tressaillez d'allégresse car voici que votre récompense est grande dans le Ciel » (Lc 6,22-23).

Le Seigneur a voulu que nous nous réjouissions et que nous tressaillions dans les persécutions, parce que quand les persécutions viennent, c'est alors que se donnent les Couronnes de la Foi, alors que font leurs preuves les Soldats du Christ, alors que les Cieux s'ouvrent aux Martyrs. Nous ne nous sommes pas engagés dans la milice pour ne penser qu'à la paix, refuser le service et nous y dérober, quand le Seigneur, le Maître de l'humilité, de la patience, de la souffrance, a fourni Lui-même avant nous le même service. Ce qu'Il a enseigné, Il a commencé par le faire, et nous exhortant à souffrir, Il a auparavant souffert Lui-même pour nous. Ayons devant les yeux, frères très chers, que Celui que le Père a constitué seul Juge, et qui viendra juger, a déjà fait connaître le sens dans lequel Il jugera et conduira Son enquête future. Il a prédit et proclamé qu'Il confesserait devant son Père ceux qui Le confesseraient et qu'Il renierait ceux qui Le renieraient. Si nous pouvions échapper à la mort, nous craindrions, à bon droit, de mourir. Mais puisqu'il est inévitable qu'un mortel meure, saisissons l'occasion que nous offre la divine Promesse et la divine Bonté ; subissons la mort, pour recevoir l'immortalité, et ne craignons pas d'être tués, puisqu'il est sûr que quand on nous tue, on nous couronne.

Et que personne, frères très chers, en voyant le peuple de nos frères mis en fuite par la crainte de la persécution, et dispersé, ne se trouble de ne plus les trouver réunis, et de n'entendre plus les évêques les instruire. Nous ne pouvons être tous ensemble, nous qui n'avons pas le droit de donner la mort, et qui ne pouvons pas ne pas la recevoir. En ces jours, chacun de nos frères peut se trouver, provisoirement et par la force des circonstances, séparé, non d'esprit mais de corps, du troupeau : qu'il ne se laisse pas émouvoir par l'horreur de cet exil ; où qu'il se trouve éloigné et caché, que la solitude ne l'épouvante pas. Il n'est pas seul celui que le Christ accompagne dans sa fuite ; il n'est pas seul celui qui, conservant le temple de Dieu ou qu'il soit, n'est jamais sans Dieu. Et, si pendant qu'il fuit dans la solitude et la montagne, il est tué par un brigand, attaqué par un fauve, accablé par la faim, la soif, ou le froid, ou, si pendant qu'il se hâte sur les mers dans une navigation précipitée, la tempête et la tourmente le font périr dans les flots, le Christ a les yeux sur son soldat, où qu'il combatte; quand il meurt dans la persécution, pour l'honneur de son Nom, Il lui donne la récompense qu'Il a promis de donner au Jour de la Résurrection. La Gloire du martyre n'est pas moindre de ne pas mourir publiquement et devant beaucoup de monde, quand la raison de mourir est de mourir pour le Christ. L'attestation du martyre est suffisante, quand il a pour témoin Celui-là même qui éprouve les martyrs, et les couronnes.

Imitons, frères très chers, Abel le juste, qui inaugura le martyre en subissant le premier la mort pour la justice. Imitons Abraham, cet ami de Dieu, qui n'hésita pas à offrir de ses propres mains son fils comme victime, obéissant à Dieu avec une foi dévouée. Imitons les trois enfants, Ananias, Azarias, Misaël, qui, sans se laisser effrayer par leur âge, ni décourager par la captivité, lorsque la Judée eut été vaincue, et Jérusalem prise, vainquirent un roi dans son propre royaume par la vaillance de leur foi. Sommés d'adorer la statue qu'avait fait édifier le roi Nabuchodonosor, ils se montrèrent plus forts que les menaces du roi et que les flammes, faisant cette déclaration et attestant leur foi par ces Paroles : « ô roi Nabuchodonosor, il n'est pas besoin que nous vous répondions à ce sujet. Le Dieu que nous servons est assez Puissant pour nous tirer de la fournaise ardente, et Il nous délivrera de vos mains. Et quand même cela ne serait pas, sachez que nous ne servons pas vos dieux, et que nous n'adorons pas la statue que vous avez fait élever » (Dan 3, 16-18). Ils croyaient selon la foi, qu'ils pouvaient échapper, mais ils ajoutèrent « quand même cela ne serait pas », afin de faire savoir au roi qu'ils pouvaient aussi mourir pour le Dieu qu'ils honoraient. C'est là du courage et de la foi : croire et savoir que Dieu peut nous délivrer de la mort qui menace, et cependant ne pas craindre la mort et ne pas céder, pour donner une plus grande preuve de sa foi. La vigueur incorruptible et invincible de l'Esprit Saint a éclaté par leur bouche et l'on voit la vérité de ce que le Seigneur a proclamé dans son Evangile : « Quand on vous aura arrêtés, ne songez pas à ce que vous direz. Ce, que vous aurez à dire vous sera donné à l'heure même. Ce n'est pas vous, en effet, qui parlez, mais l'Esprit de votre Père qui parle en vous » (Mt 10, 19-20). Il a dit que la manière dont nous devons parler et répondre nous sera donnée et suggérée par Dieu à l'heure même, et que ce n'est pas nous qui parlons, mais l'Esprit de Dieu notre Père. Ce Dieu ne s'éloigne point et ne se sépare point de ceux qui Le confessent, c'est Lui-même qui parle et qui est couronné en nous. Ainsi, encore, Daniel, comme on le sommait d'adorer l'idole de Bel, au moment où tout le peuple et le roi l'adoraient, voulant rendre honneur à son Dieu, éclata en paroles pleines de foi et de liberté : « Je n'honore que le Seigneur, mon Dieu, qui a créé le ciel et la terre » (Dan 14, 4).

Dans l'histoire des Macchabées, les supplices douloureux des bienheureux martyrs, les tourments multiples des sept frères, et cette mère qui anime ses fils, et meurt elle-même avec eux, ne nous donnent-ils pas des exemples de grand courage et de grande foi ? Ne nous excitent-ils pas, par les souffrances qu'ils endurèrent, au triomphe du martyre. Et les prophètes à qui l'Esprit Saint donna la connaissance de l'avenir, et les Apôtres que le Seigneur avait choisis, est-ce que, en se laissant mettre à mort, ces Justes ne nous apprennent pas à mourir à notre tour pour la justice ? La Naissance du Christ fut aussitôt marquée par des martyres d'enfants, ceux qui avaient deux ans et au-dessous étant égorgés à cause de son Nom. Un âge impropre au combat fut en état de conquérir la couronne. Pour qu'il fût bien établi que ceux-là sont innocents qui se font égorger pour le Christ, l'enfance innocente fut mise à mort à cause de son Nom. Il fut bien montré que personne n'est exempt de la persécution, lorsque meure des enfants de cet âge subirent le martyre. Combien le cas serait grave pour un serviteur portant le nom de chrétien de ne pas vouloir souffrir quand son Maître, le Christ, a souffert le premier ; combien lâche pour nous de ne pas consentir à souffrir pour nos péchés, quand Lui, qui n'avait pas de péché propre, a souffert pour nous ! Le Fils de Dieu a souffert pour faire de nous des fils de Dieu, et le fils de l'homme ne veut pas souffrir pour continuer d'être fils de Dieu ! Si nous sommes en proie à la haine du monde, le Fils de Dieu l'a éprouvée avant nous; si nous souffrons ici-bas des outrages, l'exil, les tourments, l'Auteur, le Maître du monde a souffert un traitement pire encore ; et Il nous le rappelle : « Si le monde, dit-Il, vous haït, souvenez-vous qu'il M'a haï d'abord. Si vous étiez du monde, le monde aimerait ce qui lui appartiendrait ; mais, parce que vous n'êtes pas du monde, et que Je vous ai choisis et tirés du monde, c'est pour cela que le monde vous haït. Souvenez-vous de la parole que Je vous ai dite : Le serviteur n'est pas au-dessus de son maître. S'ils M'ont persécuté, ils vous persécuteront aussi » (Jn 15, 18-20). Notre Maître et notre Dieu a fait tout ce qu'Il a enseigné, de telle façon que le disciple n'est pas excusable, qui reçoit un enseignement et ne fait pas ce qu'on lui enseigne.

Et que personne d'entre vous, frères très chers, ne se laisse tellement effrayer par la persécution qui s'annonce et la venue prochaine de l'Antichrist, qu'il ne trouve plus dans les exhortations évangéliques et les préceptes et les avertissements célestes, des armes contre tous les dangers. L'Antichrist vient, mais après lui vient le Christ. L'ennemi rôde et exerce ses ravages, mais le Seigneur le suit aussitôt et venge nos souffrances et nos blessures. L'adversaire se fâche et fait des menaces, mais il y a quelqu'un qui peut nous tirer de ses mains. Celui-là doit être craint, à la colère de qui personne ne peut échapper, comme il nous en avertit Lui-même : « Ne craignez pas, dit-Il, ceux qui peuvent tuer le corps, mais ne peuvent tuer l'âme. Redoutez plutôt celui qui peut tuer le corps et l'âme, en le jetant dans la géhenne » (Mt 10, 28). Et encore : « Celui qui aime son âme la perdra, et celui qui hait son âme en ce monde, la sauvera pour la vie éternelle » (Jn 12, 25). L'Apocalypse aussi nous met en garde et nous avertit : « Si quelqu'un adore la bête et son image, et en reçoit la marque sur son front et sur la main, il boira du vin de la Colère de Dieu mêlé dans la coupe de sa Colère ; il sera puni par le feu et par le soufre sous les yeux des saints anges et de l'Agneau, et la fumée de leur supplice montera dans les siècles des siècles. Il n'aura point de repos le jour ni la nuit, celui qui adore la bête et son image » (Ap 14, 9-11).

Pour concourir dans les épreuves agonistiques du siècle, on s'exerce, on s'entraîne, et l'on s'estime fort honoré si, sous les yeux du peuple et en présence de l'empereur, on a eu le bonheur de recevoir la couronne. Voici une épreuve sublime et magnifique, qu'honore l'attribution de la Couronne céleste, où Dieu nous regarde combattre, et, étendant ses Regards sur ceux dont Il a daigné faire Ses enfants, jouit du spectacle de notre lutte. Pendant que nous sommes martyrisés, et soutenons le combat de la foi, Dieu nous regarde, ses anges nous regardent, le Christ nous regarde. Quelle gloire pour nous, quelle heureuse fortune, d'avoir Dieu pour Président de l'épreuve quand nous sommes aux prises, le Christ pour Juge du combat quand nous sommes couronnés. Armons-nous, frères très chers, de toutes nos forces, et préparons-nous à la lutte, avec une âme incorruptible, une foi entière, un courage prêt au sacrifice. Que l'Armée de Dieu sorte du camp et marche au combat qui nous est offert. Que ceux qui sont restés debout s'arment, afin que celui qui n'a point fléchi garde sa gloire tout entière. Que ceux qui sont tombés s'arment aussi, afin que le tombé recouvre ce qu'il a perdu. Que l'honneur anime les uns, la douleur les autres. Le bienheureux Apôtre nous apprend à nous armer et à nous préparer, quand il dit : « La lutte que nous avons à soutenir n'est point contre des êtres de chair et de sang, mais contre les puissances et les princes de ce monde et de ces ténèbres, contre les esprits de perversité répandus dans les airs. C'est pourquoi revêtez-vous d'une armure entière, afin que vous puissiez résister, au jour mauvais. Ainsi quand vous aurez achevé de vous armer, vous vous dresserez, les reins ceints de vérité, portant la cuirasse de justice, les pieds chaussés, tout prêts à aller annoncer l'évangile de la paix, prenant le bouclier de la foi pour éteindre les traits enflammés de l'ennemi, portant le casque du salut et le glaive de l'esprit, qui est la Parole de Dieu » (Ep 6,12-17).

Prenons ces armes, revêtons-nous de ces défenses spirituelles et célestes, afin qu'au jour mauvais nous puissions résister aux menaces du diable, et lutter contre lui. Couvrons-nous de la cuirasse de justice, afin que notre poitrine soit armée et défendue contre les traits de l'ennemi, que l'enseignement évangélique soit pour nos pieds une armure défensive, afin, que quand le serpent sera foulé et écrasé, il ne puisse nous mordre ou nous faire tomber. Portons courageusement le bouclier de la foi, afin que sur lui s'émoussent les traits de l'ennemi. Prenons aussi pour en couvrir notre tête le casque spirituel, afin de protéger nos oreilles pour qu'elles n'écoutent point des édits funestes, de protéger nos yeux pour qu'ils se refusent à regarder des statues abominables, de protéger notre front pour que le signe de Dieu y soit gardé sans altération, de protéger notre bouche pour que notre langue confesse victorieusement le Seigneur son Dieu. Armons aussi notre main du glaive spirituel, afin qu'elle repousse avec mépris et sans peur, des sacrifices funestes, et que se souvenant de l'Eucharistie où elle reçoit le Corps du Seigneur, elle s'attache à Lui pour recevoir ensuite de Lui la récompense des célestes couronnes.

Quel grand, quel beau Jour, frères très chers, que Celui où le Seigneur passera la revue de Son peuple, et d'un Regard divin examinera les mérites de chacun, ou Il enverra les méchants dans la géhenne, et condamnera aux flammes éternelles du feu vengeur ceux qui nous auront persécutés, tandis qu'à nous, Il nous paiera le prix de notre foi et de notre dévouement ! Quelle ne sera pas notre gloire et notre bonheur : être admis à voir Dieu, avoir l'honneur de participer aux joies du Salut et de la Lumière éternelle dans la compagnie du Christ le Seigneur notre Dieu, rencontrer Abraham, Isaac et Jacob, tous les Patriarches, les Apôtres, les Prophètes, les Martyrs, jouir au Royaume des Cieux dans la compagnie des Justes et des Amis de Dieu, des joies de l'immortalité acquise, y goûter « ce que l'œil de l'homme n'a pas vu, ce que son oreille n'a pas entendu, ce que son cœur n'a point éprouvé ! » (1 Cor 2, 9). Que nous devions recevoir plus que le juste prix de ce que nous faisons ou souffrons ici-bas, c'est ce que l'Apôtre proclame : « Les souffrances de ce temps ne sont pas comparables à la Gloire à venir qui sera manifestée en nous » (Rom 8, 18). Quand cette Manifestation viendra, quand la Gloire de Dieu brillera en nous, nous serons aussi heureux et charmés de l'honneur dont le Seigneur daignera nous combler, que resteront tristes et malheureux ceux qui, abandonnant Dieu ou se révoltent contre Lui, ont fait la volonté du diable, et doivent avec lui être torturés par un feu qui ne pourra s'éteindre.

Que ces pensées, frères très chers, soient bien fixées dans nos esprits. Que ce nous soit une préparation aux armes, un exercice de jour et de nuit, d'avoir devant les yeux, de nous représenter sans cesse, dans notre esprit et dans nos sens, les supplices des méchants, et les récompenses des justes, les peines dont le Seigneur menace ceux qui Le renient, et au contraire la gloire qu'Il promet à ceux qui confessent son Nom. Si le jour de la persécution nous trouve dans ces pensées et dans ces méditations, le Soldat du Christ, instruit par Ses enseignements et Ses avertissements, n'a point peur du combat : il est prêt pour la Couronne. Je souhaite, frères très chers, que vous vous portiez toujours bien ».

Ainsi soit-il.

Saint Cyprien de Carthage (200-258) - « Traité sur la mort »
Prière de Saint Cyprien de Carthage pour la Paix
Voici la Prière « Prions pour que la Paix soit rendue à l'Église » de Saint Cyprien de Carthage (200-258), Père de l’Eglise né à Carthage où il professa la rhétorique et se convertit vers 245, reçut le Baptême, puis l'ordination Sacerdotale deux ans plus tard. Cyprien fut enfin élevé à l'épiscopat en 248-249, Evêque de Carthage et fut exécuté sous la persécution de Valérien le 14 septembre 258.
La Prière de Saint Cyprien de Carthage « Prions pour que la Paix soit rendue à l'Église » :

« Prions pour que la Paix nous soit bientôt rendue, pour que nous puissions échapper aux périls et sortir de nos cachettes, et pour que soit accompli ce que le Seigneur daignera manifester à Ses serviteurs : l'Eglise rendue à son état premier, la sécurité de notre salut, le beau temps après la pluie, la lumière après l'obscurité, un temps calme et doux après les tempêtes et les cyclones, le secours clément de son Amour paternel, les grandeurs accoutumées de la divine Majesté, qui réprime les blasphèmes des persécuteurs, qui corrige par la pénitence les chrétiens tombés, et qui glorifie la confiance ferme et inébranlable de ceux qui ont persévéré. Amen. »

Saint Cyprien de Carthage (200-258)
Prière de Saint Cyprien de Carthage sur la Patience
Voici une Prière sur la Patience « La Patience est un attribut de Dieu, et quiconque est patient imite Dieu le Père » de Saint Cyprien de Carthage (200-258), Saint Martyr et Père de l’Eglise Catholique Romaine, de son vrai nom Thascius Caecilius Cyprianus, converti du paganisme. Cyprien fut un homme de prière et un éminent Evêque de Carthage auprès de nombreuses Églises d'Afrique du nord.
La Prière de Saint Cyprien de Carthage « La Patience est un attribut de Dieu, et quiconque est patient imite Dieu le Père » :

« Quelle immense patience en Dieu ! Nous voyons, par un effet de sa Patience égale et sans faille pour les coupables et pour les innocents, pour les gens pieux et pour les impies, pour ceux qui témoignent de la reconnaissance et pour les ingrats, sur un Signe de Dieu les saisons obéir, les éléments accomplir leur service, les vents souffler, les sources couler, les moissons croître en abondance, les raisins de la vigne mûrir, les arbres se charger de fruits, les bois se couvrir de feuilles, les prés de fleurs. Et bien que Dieu soit douloureusement affecté par nos péchés fréquents, que dis-je ? continuels, Il maîtrise son Indignation et attend patiemment le jour de la rétribution, fixé d'avance une fois pour toutes ; et bien qu'il tienne la vengeance en son pouvoir Il préfère, conserver longtemps la patience, supportant et retardant avec une évidente clémence pour que, si possible, la méchanceté, à force d'avoir duré, se transforme un jour et que l'homme, après s'être vautré dans les égarements et les crimes contagieux, revienne à Dieu : « Je ne veux pas la mort de celui qui meurt, mais qu'il se convertisse et qu'il vive » (Ez 18, 32). Frères très aimés, la Patience est un attribut de Dieu, et quiconque est bon, patient et doux imite Dieu le Père ! Amen. »

Saint Cyprien de Carthage (200-258)
« Prière du Notre Père » de Saint Cyprien de Carthage à Dieu le Père
Voici le commentaire de la « Prière du Notre Père » de Saint Cyprien de Carthage (200-258), Saint Martyr et Père de l’Eglise Catholique Romaine, de son vrai nom Thascius Caecilius Cyprianus, converti du paganisme. Cyprien fut un homme de prière et un éminent Evêque de Carthage auprès de nombreuses Églises d'Afrique du nord. Il fut confronté au schisme des donatistes qui refusaient le pardon à ceux qui avaient renié la foi pendant les persécutions.
Le Commentaire de Saint Cyprien de Carthage sur la « Prière du Notre Père » :

Notre Père, qui êtes dans les cieux :
L’homme nouveau, régénéré par le baptême, rendu par la grâce à Dieu, son créateur, commence par dire : Père, parce que lui-même est devenu enfant de Dieu. « Le Verbe » , dit saint Jean, « est venu dans sa propre demeure, et les siens ne l’ont pas reçu ; mais à ceux qui l’ont reçu et qui croient en lui, il a donné le privilège d’être les enfants de Dieu » (Jn 1, 2). Donc celui qui croit à Jésus-Christ devient enfant de Dieu. Il doit commencer par rendre grâces, par reconnaître sa dignité, en donnant le titre de père au Dieu qui réside dans le ciel. Ce n’est pas tout : en entrant dans la vie spirituelle, il doit montrer qu’il renonce à son père selon la chair, et qu’il ne reconnaît d’autre père que celui qui est dans le ciel. Moïse, au livre du Deutéronome, loue le courage des fils de Lévi qui pour être fidèles au Seigneur, dirent à leur père et à leur mère : « je ne vous connais pas » et oublièrent leurs propres enfants. Le Seigneur nous avertit de ne donner à personne sur la terre le nom de père ; car nous n’avons qu’un seul père qui est dans le ciel. Il disait au disciple qui lui parlait de son père défunt : « Laisse les morts ensevelir leurs morts » . Le disciple parlait de son père qui venait de mourir ; Jésus lui rappelait que le père des croyants vit toujours. Nous ne disons pas seulement Père, mais notre Père : c’est-à-dire père de ceux qui croient, de ceux qui, sanctifiés et régénérés par la grâce divine, sont devenus les fils de Dieu. Cette parole condamne ouvertement les Juifs. Aveuglés par l’esprit de révolte, non seulement ils ont repoussé le Christ annoncé par leurs prophètes, le Christ qui commençait par eux sa mission divine, mais ils lui ont fait subir la mort la plus cruelle. Ils ne peuvent appeler Dieu leur père, car Jésus est là pour les confondre : « Vous êtes les fils du démon », leur dit-il, « et vous marchez sur les traces impures de votre père. Il fut homicide dès le commencement ; il ne persévéra pas dans la vérité ; aussi la vérité n’est pas en lui » (Jn 8, 44). Le Seigneur, dans son indignation, parle ainsi par la bouche d’Isaïe : « J’ai engendré des enfants, je les ai élevés, et ils m’ont méprisé. Le bœuf connaît son maître, l’âne l’étable où il trouve sa nourriture : Israël ne me connaît pas ; mon peuple n’a pas su me comprendre. Malheur à la nation coupable, à ce peuple chargé d’iniquités ! Race perverse, enfants criminels, vous avez abandonné le Seigneur ; vous avez enflammé la colère du saint d’Israël » (Is 1, 3+). C’est donc une condamnation pour les Juifs que ces mots notre Père que nous prononçons, dans notre prière. Dieu est devenu notre père, en cessant d’être celui des Juifs qui l’avaient abandonné. Le nom de fils ne peut appartenir au peuple coupable ; mais à ceux qui ont reçu la rémission de leurs péchés, et, avec ce titre, ils possèdent la promesse de l’éternité. Jésus a dit : « Tout homme qui commet le péché est esclave du péché. L’esclave est banni de la maison de son maître ; mais le fils y reste toujours » (Jn 8, 34). Quel excès de bonté et de miséricorde de la part de Dieu, mes frères ! Il veut que dans les prières que nous lui adressons, nous l’appelions notre Père, en sorte que nous partageons avec le Christ la dignité de Fils de Dieu. Certes, personne d’entre nous n’oserait prendre ce titre sans la permission divine. Sachons donc, mes frères, et n’oublions jamais que, puisque nous appelons Dieu notre père, nous devons agir comme des enfants de Dieu, afin qu’il se complaise dans ses fils, comme nous nous complaisons dans notre Père. Soyons comme les temples de Dieu, afin qu’il daigne habiter en nous. Que nos actes répondent à la grâce qui nous anime, afin que, voués à une vie toute céleste, nos pensées et nos actions s’élèvent vers le ciel. C’est encore la parole du Seigneur : « Je glorifierai ceux qui me glorifient ; celui qui me méprise sera méprisé » (1 Sam 2, 30). L’apôtre saint Paul nous dit à son tour : « Vous ne vous appartenez plus, car vous avez été achetés bien chers ; glorifiez et portez Dieu dans votre corps » (1 Cor 6, 20).

Nous disons ensuite, Que ton nom soit sanctifié :
Nous sommes loin de penser que nos prières puissent ajouter quelque chose à la sainteté de Dieu : nous demandons seulement que son nom soit sanctifié en nous. Qui pourrait rendre plus saint celui de qui découle toute sainteté ? Mais comme il nous a dit : « Soyez saints parce que je suis saint » (Lc 20, 7), nous lui demandons chaque jour de persévérer dans cette sainteté que nous avons reçue par le baptême. Nous avons besoin de nous sanctifier sans cesse pour nous purifier de nos fautes que nous commettons tous les jours. Quelle est donc cette sainteté que nous recevons de la grâce divine ? Écoutez l’apôtre : « Ni les fornicateurs, ni les idolâtres, ni les adultères, ni les efféminés, ni les pédérastes, ni les voleurs, ni les faussaires, ni les ivrognes, ni les calomniateurs, ni les ravisseurs n’obtiendront le royaume de Dieu. Vous avez été souillés de tous ces crimes; mais vous avez été lavés, justifiés, sanctifiés au nom du Seigneur Jésus par la grâce du Saint-Esprit. Nous avons été sanctifiés » , dit l’apôtre, « au nom du Seigneur Jésus, par la grâce du Saint-Esprit » (1 Cor 6, 9-11). Eh bien ! Nous prions afin que cette sainteté demeure toujours en nous. Et comme notre juge suprême recommande au malade guéri et justifié par lui de ne plus retomber dans le péché de peur qu’il ne lui arrive quelque chose de pire, nous prions Dieu nuit et jour de nous conserver la sainteté et la vie que nous tenons de son infinie bonté.

Que ton règne arrive :
C’est pour nous que nous demandons que le royaume de Dieu arrive, comme c’est en nous que nous désirons que son nom soit sanctifié. Car Dieu règne de toute éternité ; en lui, ce qui a toujours été et ce qui sera toujours ne peut avoir de commencement. Mais, quand nous prions, nous demandons ce royaume que Dieu nous a promis, ce royaume qu’il nous a mérité par ses souffrances et par son sang. Ainsi, après avoir subi l’esclavage du siècle, nous régnerons avec le Christ, comme il nous l’a dit lui-même : « Venez les bénis de mon père, recevez le royaume qui vous a été préparé dès l’origine du monde » (Mt 25, 34). On peut encore, mes frères bien-aimés, entendre par le royaume de Dieu le Christ lui-même. Nous désirons chaque jour le voir apparaître, nous soupirons sans cesse après son avènement. Comme il est notre résurrection, puisque c’est en lui que nous ressusciterons, il peut aussi être le royaume de Dieu, puisque c’est en lui que nous régnerons. C’est avec raison que nous demandons le royaume de Dieu, c’est-à-dire un royaume céleste, car il est aussi un royaume terrestre ; mais celui qui a renoncé au siècle est plus grand que les honneurs et la puissance d’ici-bas : aussi il ne désire pas les royaumes de la terre, mais celui du ciel. Nous devons prier continuellement pour ne pas perdre le royaume céleste, comme les Juifs à qui il fut d’abord promis. « Beaucoup » , dit Jésus-Christ, « viendront de l’Orient et de l’Occident et prendront place, avec Abraham, Isaac et Jacob, dans le royaume des cieux, quant aux fils du royaume, ils seront jetés dans les ténèbres. Là seront les pleurs et les grincements de dents » (Mt 8, 11). Nous voyons par ces paroles que les Juifs furent les fils du royaume tant qu'ils continuèrent à être les fils de Dieu, quand ils perdirent le nom de leur père, ils perdirent leur royaume. Nous donc, chrétiens, qui dans la prière appelons Dieu notre Père, nous demandons que son royaume nous arrive.

Nous ajoutons, Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel :
Nous ne demandons pas que Dieu fasse ce qu’il veut, mais de faire nous-mêmes ce que veut le Seigneur. Qui peut résister à Dieu et l’empêcher d’accomplir sa volonté ? Pour nous, il n’en est pas de même. Comme nous trouvons des obstacles de la part du démon, nous demandons que la volonté de Dieu s’accomplisse en nous. Pour cela, nous avons besoin du secours d’en haut, car personne n’est fort par ses propres forces: nous devons nous appuyer sur la grâce et la miséricorde du Seigneur. Cette faiblesse de l’humanité, nous la trouvons dans le Sauveur lui-même : « Mon père » , s’écriait t-il, « si c’est possible que ce calice s’éloigne de moi »  ; mais pour montrer à ses disciples qu’ils doivent toujours accomplir la volonté divine et non la leur, il ajoutait : « Cependant, non ce que je veux, mais ce que Tu veux » (Mt 26, 39). Ailleurs, Il nous dit : « Je suis venu sur la terre non pour faire ma volonté, mais celle de mon Père qui m’a envoyé » (Jn 6, 38). Si le Fils s’est fait obéissant pour accomplir la volonté de son Père, quelle doit être l’obéissance du serviteur quand il s’agit des ordres de Dieu ? Saint Jean nous y exhorte en ces termes : « N’aimez ni le monde ni ce qui est dans le monde. Si vous aimez le monde, la charité du Père n’est plus en vous ; car tout ce qui est dans le monde est concupiscence de la chair, concupiscence des yeux et ambition du siècle. Or, tout cela ne vient pas du Père, mais de l’esprit du mal. Le monde passera avec sa concupiscence, mais celui qui accomplit la volonté de Dieu vivra éternellement comme Dieu lui-même » (Jn 2, 15). Si nous voulons vivre éternellement, faisons la volonté de ce Dieu qui est éternel Or, la volonté de Dieu est celle que le Christ, nous a manifestée en l’accomplissant : l’humilité dans notre conduite, la fermeté dans notre foi, le respect dans nos paroles, la justice dans nos actes, la charité dans nos œuvres, la sévérité dans nos mœurs. Dieu veut que nous ne fassions aucune injure au prochain, que nous supportions celles qui nous sont faites, que nous soyons en paix avec nos frères, que nous l’aimions de tout notre cœur, chérissant en lui le père et craignant le Dieu. Il veut que nous ne préférions rien au Christ, qui, n’a lui-même rien préféré à nous ; que nous soyons inséparablement unis à sa charité, fermement attachés à sa croix. Il veut, quand il s’agit de l’honneur et de la gloire du nom chrétien, qu’il y ait en nous cette constance qui confesse la vérité, cette fermeté qui soutient la lutte, cette patience qui, par la mort, mérite la couronne. C’est ainsi qu’on devient cohéritier de Jésus-Christ ; c’est ainsi qu’on exécute ses ordres et qu’on accomplit la volonté du Père. Nous demandons que la volonté de Dieu se fasse et dans le ciel et sur la terre, car c’est de ce double accomplissement que dépend notre salut. Notre corps vient de la terre, notre esprit du ciel ; nous sommes donc à la fois ciel et terre et nous demandons pour l’un et pour l’autre, c’est-à-dire pour le corps et pour l’esprit, le triomphe de la volonté divine. II y a lutte entre la chair et l’esprit : ces deux adversaires se livrent chaque jour des combats ; en sorte que nous ne faisons pas toujours ce que nous voulons. L’esprit cherche les choses du ciel, la chair les choses de la terre. L’objet de notre prière est donc d’établir, avec l’aide de Dieu, la concorde et la paix entre ces puissances rivales, afin que la volonté divine s’accomplisse dans notre esprit et dans notre chair et qu’ainsi notre âme régénérée au salut. Je ne fais que suivre ici les enseignements de saint Paul. « La chair convoite contre l’esprit et l’esprit contre la chair ; ils sont en lutte, l’un contre l’autre, en sorte que vous ne faites pas toujours ce que vous voulez. Vous connaissez les œuvres de la chair : ce sont les adultères, les fornications, les impuretés de tout genre, l’idolâtrie, les empoisonnements, les homicides, les inimitiés, les disputes, les jalousies, les animosités, les provocations, les haines, les dissensions, les hérésies, l’envie, l’ivresse, la gourmandise et autres vices semblables. Or, je vous préviens, comme Jésus l’a fait, que ceux qui tombent dans ces iniquités ne posséderont pas le royaume de Dieu. Les fruits de l’Esprit sont la charité, la joie, la paix, la grandeur d’âme, la bonté, la foi, la douceur, la continence, la chasteté » (Gal 5, 17). Voyez-vous maintenant pourquoi nous demandons à Dieu, chaque jour, que sa volonté s’accomplisse en nous et dans le ciel et sur la terre ? C’est que la volonté de Dieu est que les choses du ciel l’emportent sur celles de la terre et que les biens spirituels et divins occupent la première place. On pourrait donner une autre interprétation. Le Seigneur nous ordonne d’aimer nos ennemis et de prier même pour nos persécuteurs (Mt 5, 44). Dociles à cet ordre, nous demandons pour ces hommes encore terrestres, parce qu’ils ne sont pas illuminés par la grâce, que la volonté de Dieu s’accomplisse en eux : cette volonté que le Christ a si bien exécutée, en conservant l’homme et en le rétablissant dans tous ses droits. Il appelle ses disciples « le sel de la terre » (Mt 5, 13), et l’apôtre nous dit que « le premier homme a été tire du limon et le second du ciel » (1 Cor 15, 47). Appelés à ressembler à Dieu qui « fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants et tomber sa pluie sur les justes et les pécheurs » (Mt 5, 45), c’est avec raison que, d’après les avertissements du Seigneur, nous prions pour le salut de tous. Quelle est donc notre prière ? De même que la volonté de Dieu a triomphé dans le ciel, c’est-à-dire en nous, pour nous transformer par la foi en hommes célestes, nous demandons que cette même volonté triomphé sur la terre, c’est-à-dire dans les âmes infidèles ; afin que ces âmes, terrestres par leur première naissance, deviennent célestes parce qu'ils sont « nés de l'eau et de l'Esprit » (Jn 3, 5).

Mais continuons, Donnez-nous aujourd’hui notre pain quotidien :
On peut entendre ces paroles dans le sens spirituel et dans le sens naturel et dans ces deux cas, par la grâce de Dieu, elles servent au salut. Le pain de vie c’est le Christ (Jn 6, 48), et ce pain n’est pas à tous, mais à nous, chrétiens. Nous disons Notre Père, parce que Dieu est le père des croyants, de même nous disons notre pain, parce que le Christ est notre nourriture, à nous qui mangeons son corps. Or, nous demandons que ce pain nous soit donné chaque jour ; car notre vie est dans le Christ, et l’Eucharistie est notre nourriture quotidienne. Si donc, par suite de quelque grave faute, nous étions privés de la participation au pain céleste, nous serions, par cela même, séparés du corps du Christ. Écoutez sa parole : « Je suis le pain de vie descendu du ciel. Si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement, et le pain que je lui donnerai c’est ma chair que je livre pour le salut du monde » (Jn 6, 51). D’après cette parole, il est évident que ceux qui mangent le pain eucharistique et reçoivent dans la communion le corps du Sauveur vivent éternellement. Par suite, en s’éloignant du corps de Jésus-Christ, on doit craindre de s’éloigner de la voie du salut. D’ailleurs la parole du maître est formelle « Si vous ne mangez la chair du fils de l’homme et si vous ne buvez son sang, vous n’aurez pas la vie en vous » (Jn 6, 53). Ainsi donc nous réclamons notre pain quotidien, c’est-à-dire le Christ, afin que nous, dont la vie est dans le Christ, nous demeurions toujours unis à sa grâce et à son corps sacré. Les paroles que nous commentons peuvent être prises dans un autre sens, le voici. Nous avons renoncé au siècle ; fidèles à l’appel de la grâce, nous avons foulé aux pieds les richesses et les pompes du siècle ; nous n’avons donc besoin que de la nourriture C’est la parole du Seigneur : « Celui qui ne renonce pas à tout ce qu’il possède ne peut être mon disciple » (Lc 14,33). Le disciple de Jésus-Christ, renonçant à tout, selon la parole de son maître, ne doit demander que le pain de chaque jour. Ses désirs ne doivent pas s’étendre plus loin, puisque Jésus a dit : « Ne vous mettez pas en peine du lendemain, le lendemain se pourvoira lui-même des choses nécessaires ; à chaque jour suffit sa peine » (Mt 6,34). C’est donc avec raison que le disciple du Christ demande sa nourriture au jour le jour, puisqu’il lui est défendu de s’occuper du lendemain. Une conduite opposée serait absurde. Comment chercherions nous à vivre longtemps dans ce monde, nous qui désirons la prompte arrivée du royaume de Dieu ? Aussi le bienheureux apôtre, voulant rendre plus fermes notre foi et notre espérance, nous donne cette leçon : « Nous n’avons rien apporté dans ce monde, nous n’en emporterons rien. Puisque nous avons des vêtements et un toit pour nous couvrir, sachons-nous en contenter. Ceux qui veulent s’enrichir tombent dans la tentation, dans des pièges, dans des désirs funestes qui poussent l’homme à sa ruine ; car la racine de tous les maux est la cupidité. Ceux qui ont voulu suivre ses attraits ont fait un triste naufrage et se sont préparé bien des douleurs » (1 Tim 6, 7-10). D’après ces paroles, les richesses sont non seulement méprisables, mais encore périlleuses. Là se trouve la racine de tous ces maux qui flattent et qui aveuglent l’esprit humain pour le tromper. C’est pour cela que le Seigneur reprend le riche stupide, qui récapitulait sa fortune et se glorifiait de l’abondance de ses récoltes : « Insensé, cette nuit même on viendra te réclamer ton âme et ces biens que tu as amassés à qui seront-ils ? » (Lc 12, 20) Pauvre fou ! Il se réjouissait de ses biens et il allait mourir ! La vie lui manquait et il songeait à amasser des vivres en abondance ! Les enseignements du Seigneur sont bien différents : il nous dit que le sage par excellence est celui qui vend tous ses biens, les distribue aux pauvres, et se prépare un trésor dans le ciel. Celui-là seul, dit-il, est capable de le suivre et de participer à la gloire de sa passion qui, dégagé de tout lien terrestre, marche vers le ciel en s’y faisant précéder de ses richesses. Pour se préparer à cet acte de vertu, que chacun de nous apprenne à prier et à s’instruire par la prière. Ne croyez pas que le juste manque du pain de chaque jour ; n’est-il pas écrit : « Le Seigneur ne permet pas que le juste ait faim, mais il repousse les appétits des méchants » (Prv 10, 3) ; et encore : « J’ai été jeune, me voici vieux, et je n’ai jamais vu le juste abandonné et ses enfants mendiant leur pain » (Ps 27, 25). Le Seigneur nous dit encore : « Ne vous demandez pas à vous-mêmes que mangerons nous, que boirons nous, de quoi nous vêtirons nous ? Les païens se préoccupent de ces choses ; mais votre Père sait que vous en avez besoin. Cherchez d’abord le royaume de Dieu et la sainteté et tout cela vous sera donné en surcroît » (Mt 4, 34). Telle est la promesse du Christ. Comme tout appartient à Dieu, rien ne peut manquer à celui qui possède Dieu, tant qu’il lui restera fermement attaché. Daniel fut jeté dans la fosse aux lions par l’ordre du roi de Babylone ; Dieu lui envoya sa nourriture, et l’homme de Dieu mangea tranquillement au milieu des bêtes qui, malgré leur faim, n’osaient se jeter sur lui. Élie, fuyant dans le désert, fut sauvé par des corbeaux qui lui apportaient sa nourriture. Ô détestable cruauté de la malice humaine ! Les bêtes féroces épargnent un prisonnier, les oiseaux nourrissent un fugitif, et les hommes se dressent des embûches et exercent leurs fureurs les uns contre les autres ! Nous prions ensuite pour obtenir la rémission de nos péchés…

Remets nous nos dettes comme nous les remettons à nos débiteurs :
Après le pain de chaque jour, nous demandons le pardon de nos péchés, afin que, nourris par Dieu, nous vivions en Dieu. Il ne s’agit pas seulement de la vie présente, mais de la vie éternelle où nous ne pouvons arriver qu’autant que, nos offenses seront pardonnées. Le Seigneur donne à ces offenses le nom de dettes, comme dans son Évangile : « Je t’ai remis toute ta dette parce que tu m’en as prié » (Mt 28, 32). Nous rappeler que nous sommes pécheurs est un avis aussi salutaire que sage ; car forcés de prier pour nos fautes et d’implorer le pardon de Dieu, nous apprenons à nous connaître nous-mêmes. Que personne ne se complaise dans sa prétendue innocence ; personne n’est innocent : ce sentiment d’orgueil ne ferait que le rendre plus coupable. En priant tous les jours pour nos péchés, nous pouvons nous convaincre que nous péchons chaque jour. C’est ce que nous apprend l’apôtre saint Jean : « Si nous disons que nous sommes innocents, nous nous trompons nous-mêmes et la vérité n’est pas en nous. Si nous confessons nos péchés, Dieu est fidèle et juste, il nous les pardonnera » (1 Jn 1, 8) L’apôtre a réuni dans son épître ces deux vérités : que nous devons prier pour nos péchés, et que nous en obtenons le pardon par nos prières. C’est pour cela qu’il nous dit que Dieu est fidèle à remettre les péchés. Ainsi il nous rappelle la promesse divine : car c’est Dieu qui, en nous disant de prier pour nos fautes, nous promet la miséricorde et le pardon. Cependant, mes frères, Dieu ajoute à sa promesse une condition. Il veut que nous demandions la remise de nos dettes, comme nous les remettons à nos débiteurs. Il nous montre, par-là, que nous ne pouvons obtenir notre grâce pour nos péchés qu’autant que nous nous montrons miséricordieux envers nos débiteurs. Aussi il nous dit dans l’Évangile : « On se servira à votre égard de la mesure dont vous aurez usé envers vos frères » (Mt 7, 2). Le serviteur qui, après avoir reçu de son maître la remise de sa dette, ne voulut pas user de la même condescendance envers son compagnon d’esclavage fut jeté en prison (Mt 18,34). Par sa dureté, il perdit ce que son maître lui avait généreusement accordé. Le Seigneur insiste plus fortement encore sur ce point : « Lorsque vous voudrez prier si vous avez quelque chose contre quelqu’un, pardonnez-le, afin que votre Père céleste pardonne aussi vos péchés. Si vous ne pardonnez pas vous-mêmes, votre Père qui est dans le ciel ne vous remettra pas non plus vos péchés » (Mt 9, 25). Il ne vous restera aucune excuse au jour du jugement, car vous serez jugé d’après votre propre sentence ; vous serez traité comme vous aurez traité les autres. Le Seigneur veut que ses enfants soient unis par les liens de la paix et de la concorde ; il veut qu’ils persévèrent dans cette charité qu’ils tiennent de leur seconde naissance. Nous donc, qui sommes les fils de Dieu, persévérons dans la paix qu’il nous a laissée et, puisque nous n’avons qu’ « un seul esprit » (Eph 4, 4), n’ayons qu’une seule pensée et un seul sentiment. Le Seigneur n’accepte pas le sacrifice de celui qui conserve dans son cœur des sentiments de haine ; il l’éloigne de l’autel ; il lui ordonne d’aller se réconcilier avec son frère et de revenir ensuite lui adresser des prières inspirées par l’esprit de charité. Le sacrifice le plus agréable à Dieu c’est la paix, la concorde fraternelle, l’unité du Père et du Fils et du Saint-Esprit reproduite dans le peuple chrétien. Nous en avons une preuve dans les offrandes d’Abel et de Caïn. Dieu considérait leurs cœurs et non leurs présents, le présent ne lui plaisait plus autant que le cœur lui était agréable. Abel, homme juste et pacifique, offre à Dieu des sacrifices innocents ; il nous apprend que nous devons approcher de l’autel avec la crainte de Dieu, avec un cœur simple, avec l’esprit de sainteté, de paix et de concorde. C’est à juste titre, qu’offrant à Dieu de pareils sacrifices, il est devenu lui-même victime. Le premier, il a suivi la route du martyre et il a dignement figuré la Passion de Jésus-Christ, lui qui avait conservé la justice et la paix du Seigneur. Voilà les hommes que Dieu couronnera au jour du jugement et qu’il réclamera pour les siens. Mais l’homme animé de l’esprit de discorde et de haine, fût-il mis à mort pour le nom de Jésus-Christ, saint Paul nous assure qu’il ne pourrait expier son crime; car il est écrit : « Celui qui hait son frère est un homicide ; or, un homicide ne peut ni arriver au royaume du ciel ni vivre en Dieu » (1 Jn 3, 15). Peut-il être avec le Christ, celui qui a préféré imiter Judas que le Christ ? Quelle tache, mes frères, que celle que le baptême du sang ne peut laver ! Quel crime que celui qui ne peut être expié par le martyre !

Le Seigneur nous ordonne d’ajouter, Ne nous laisse pas induire en tentation :
Nous voyons par ces paroles que l’ennemi ne peut rien contre nous, si Dieu ne le permet. Ainsi nous devons mettre entre les mains de Dieu nos craintes, nos espérances, nos résolutions, puisque le démon ne peut nous tenter qu’autant que Dieu lui en donne le pouvoir. C’est ce que nous enseigne l’Écriture : « Nabuchodonosor, roi de Babylone, vint assiéger Jérusalem et Dieu la livra entre ses mains » (2R 24, 11). Or, c’est à cause de nos péchés que Dieu donne au mauvais esprit une certaine puissance contre nous. Qui a livré les dépouilles de Jacob et d’Israël entre les mains des ennemis ? N’est-ce pas le Dieu qu’ils ont offensé, dont ils ont repoussé les commandements et méprisé la loi ? N’est-ce pas lui qui a fait tomber sur eux le poids de sa colère ? (Isa 42,25). Nous voyons le même fait dans l’histoire de Salomon : il pèche, il s’éloigne des préceptes et des voies du Seigneur, aussi l’Écriture nous dit : « Le Seigneur excita Satan contre Salomon » (1R 9, 14). Ce pouvoir est accordé à l’ennemi pour deux motifs : ou pour nous punir de nos fautes, ou pour nous glorifier par l’épreuve. C’est ce que nous montre l’histoire de Job. « Tout ce qu’il possède » , dit le Seigneur au démon, « est entre tes mains, mais prends garde de toucher à sa personne » (Job 1, 12). De même, pendant sa passion, le Sauveur dit à Pilate : « Tu n’aurais contre moi aucun pouvoir, s’il ne te venait d’en Haut » (Jn 19, 11). Ainsi lorsque nous demandons à Dieu de ne pas être induits en tentation, cela nous rappelle notre infirmité et notre faiblesse. Cela nous tient en garde contre les révoltes de l’orgueil, contre la présomption et la vaine gloire. Nous ne devons, nous glorifier de rien, pas même de la confession du nom de Jésus-Christ, pas même du martyre ; car Jésus nous recommande l’humilité en disant : « Veillez et priez pour ne pas être exposés à la tentation. L’esprit est prompt, mais la chair est faible » (Mt 36, 41). Ainsi lorsqu’on reconnaît humblement sa faiblesse et qu’on rapporte tout à Dieu, son cœur s’ouvre à la miséricorde, et il exauce des prières inspirées par le respect et par le désir de lui plaire. À la fin, se trouve la formule qui renferme en deux mots toutes nos demandes et toutes nos prières…

Délivre nous du malin :
Par ces mots, nous entendons tous les actes d’hostilité que l’ennemi peut exercer contre nous dans ce monde et dont Dieu seul, par sa grâce, peut nous garantir et nous délivrer. Quand nous avons dit : Délivre nous du malin, il ne reste plus à rien à demander. Nous implorons la protection divine contre l’esprit du mal, et, après l’avoir obtenue, nous sommes en sûreté contre les assauts du démon et du monde. Car comment craindre le siècle, quand Dieu nous couvre de son égide ?

Saint Cyprien de Carthage (200-258)
Prière de Saint Cyprien de Carthage sur la Pénitence
Voici la Prière « Ô Sainte Pénitence ! » de Saint Cyprien de Carthage (200-258), Saint Martyr et Père de l’Eglise Catholique Romaine, de son vrai nom Thascius Caecilius Cyprianus, converti du paganisme. Cyprien fut un homme de prière et un éminent Evêque de Carthage auprès de nombreuses Églises d'Afrique du nord.
La Prière de Saint Cyprien de Carthage « Ô Sainte Pénitence ! » :

« Ô Sainte Pénitence ! Que pourrais-je dire de toi qui n’aies déjà été dit ! Tu délies tout ce qui était lié, tu ouvres tout ce qui était fermé pour nous, tu adoucis toutes nos afflictions, tu guéris toutes nos blessures, tu éclaires toutes nos ténèbres, et quand tout semble désespéré, tu nous ranimes, tu nous rends la vie. Amen. »

Saint Cyprien de Carthage (200-258)
Prière de Saint Cyprien de Carthage sur l'Espérance
Voici la Prière « Seigneur Jésus, délivrez-nous des grandes vagues de cette mer sur laquelle Vous avez marché d'un pied sec » de Saint Cyprien de Carthage (200-258), Saint Martyr et Père de l’Eglise Catholique Romaine, de son vrai nom Thascius Caecilius Cyprianus, converti du paganisme. Cyprien fut un homme de prière et un éminent Evêque de Carthage auprès de nombreuses Églises d'Afrique du nord.
La Prière de St Cyprien « Seigneur Jésus, délivrez-nous des grandes vagues de cette mer sur laquelle Vous avez marché d'un pied sec » :

« Seigneur Jésus, qui avez fait le ciel, la terre et la mer, avec toutes les créatures qui les peuplent ; Vous qui pénétrez par Votre regard les profondeurs de l'abîme ; Vous qui avez marché d'un pied sec sur les eaux de la mer ; qui, d'une Main charitable, avez relevé Pierre au moment où il était submergé et qui trois fois avez délivré Paul du naufrage ; délivrez-nous, Seigneur, des grandes vagues de cette mer, afin que, sauvé par Vous, nous bénissions votre Nom à tout jamais. Que du Haut des Cieux votre Ange descende auprès de nous, et qu'il soit le Guide de notre vie comme Il était jadis le Guide de nos pères, alors que, d'une main forte et invincible, Vous les fîtes sortir de la terre d'Egypte. Et puissiez-Vous nous conduire, par une voie droite, à votre Royaume céleste, vers Lequel s'élèvent tous nos désirs et où Vous vivez dans l'unité du Père et de l'Esprit-Saint, éternellement ! »

Ainsi soit-il.

Saint Cyprien de Carthage (200-258)
Prière de Saint Cyprien de Carthage sur le Paradis
Voici une Prière d’Esperance pour la commémoration de nos défunts « Pourquoi ne courons-nous pas saluer nos parents au Paradis ? » du « Traité sur la mort » de Saint Cyprien de Carthage (200-258), Saint Martyr et Père de l’Eglise Catholique Romaine, de son vrai nom Thascius Caecilius Cyprianus, converti du paganisme. Cyprien fut un homme de prière et un éminent Evêque de Carthage auprès de nombreuses Églises d'Afrique du nord.
La Prière de Saint Cyprien « Pourquoi ne courons-nous pas saluer nos parents au Paradis ? » :

« Notre Patrie, c'est le Paradis. Pourquoi ne nous hâtons-nous pas de voir notre Patrie, pourquoi ne courons-nous pas saluer nos parents ? Une foule d'êtres chers nous attendent là-bas : des parents, des frères, des enfants, sûrs déjà de leur propre Salut mais préoccupés encore par le nôtre ; ils aspirent à nous voir parmi eux... C’est là que se trouvent le Chœur glorieux des apôtres, la foule animée des prophètes, l'armée innombrable des martyrs couronnés de leurs succès contre l'ennemi et la souffrance... ; c'est là que rayonnent les vierges... ; c'est là enfin que sont récompensés les hommes qui ont fait preuve de compassion, qui ont multiplié les actes de charité en subvenant aux besoins des pauvres et qui, fidèles aux Préceptes du Seigneur, sont parvenus à s'élever des biens terrestres aux Trésors du Ciel. Nous ne devons pas pleurer nos frères que l'appel du Seigneur a retirés de ce monde, puisque nous savons qu'ils ne sont pas perdus, mais partis avant nous : ils nous ont quittés comme des voyageurs, comme des navigateurs, pour nous précéder. Ne donnons pas aux païens l'occasion de nous reprocher, avec raison, de nous lamenter sur ceux que nous déclarons vivants auprès de Dieu, comme s'ils étaient anéantis et perdus. Hâtons-nous donc de satisfaire notre impatience de les rejoindre et de comparaître au plus vite devant le Christ. Que Dieu découvre en nous cette aspiration, Lui qui accorde la récompense suprême de sa Gloire à ceux qui L'auront désirée avec le plus d’ardeur ».

Ainsi soit-il.

Saint Cyprien de Carthage (200-258) - « Traité sur la mort »
Prière de Saint Cyprien de Carthage pour les Défunts
Voici une Prière de réconfort lors d'un deuil « Qui donc, vivant sur la terre étrangère, ne se hâterait de revenir vers sa Patrie ? » de Saint Cyprien de Carthage (200-258), Saint Martyr et Père de l’Eglise Catholique Romaine, de son vrai nom Thascius Caecilius Cyprianus, converti du paganisme. Cyprien fut un homme de prière et un éminent Evêque de Carthage auprès de nombreuses Églises d'Afrique du nord.
« Que votre Demeure est agréable, ô Dieu des vertus, je soupire après Vous, je me hâte vers Vos sacrés Parvis » (Psaume 83, 2-3)

La Prière de Cyprien de Carthage « Qui donc, vivant sur la terre étrangère, ne se hâterait de revenir vers sa Patrie ? » :

« Mes frères bien-aimés, ranimons notre Foi, fortifions notre âme, préparons-nous à accomplir la Volonté divine et, bannissant toute crainte de la mort, songeons à l'Immortalité qui doit la suivre. Que notre conduite s'accorde avec notre croyance : ne pleurons plus la perte de ceux qui nous sont chers et, quand l'heure du départ sonnera pour nous, allons, sans hésitation et sans retard auprès du Dieu qui nous appelle.

Considérons, mes frères bien-aimés, que nous avons renoncé au monde, et que nous sommes sur la terre comme des étrangers et des voyageurs. Saluons le jour qui assigne à chacun son Domicile véritable, le jour qui nous délivre des liens de cette vie pour nous rendre au Paradis et au Royaume céleste.

Qui donc, vivant sur la terre étrangère, ne se hâterait de revenir vers sa Patrie ?

Quel homme, traversant les mers pour rejoindre sa famille, ne désirerait un vent favorable pour embrasser plus tôt ces êtres si chers ?

Notre Patrie c'est le Ciel : là se trouvent nos ancêtres, c'est-à-dire, les patriarches ; pourquoi ne pas nous hâter de jouir de leur vue ?

Là nous attendent ceux qui nous sont chers : nos pères, nos frères, nos fils, l'assemblée entière des bienheureux, assurée de son immortalité, mais inquiète de notre salut. Quel bonheur pour eux et pour nous de se rencontrer, de se réunir à nouveau ! Quelle volupté d'habiter le royaume céleste sans craindre de mourir et avec la certitude de vivre éternellement !

Peut-il exister une félicité plus complète ? Là, se trouve l'assemblée glorieuse des Apôtres, le chœur des Prophètes, le peuple innombrable des Martyrs victorieux dans les combats et dans la souffrance. Là sont les Vierges triomphantes, qui ont soumis aux lois de la chasteté la concupiscence de la chair. Là sont les Miséricordieux qui ont distribué aux pauvres d'abondantes aumônes et qui, selon le Précepte du Seigneur, ont transporté leur patrimoine terrestre dans les Trésors du Ciel.

Hâtons-nous, mes frères, de nous joindre à cette auguste Assemblée ; souhaitons d'être bientôt avec eux en présence du Christ. Que cette pensée soit connue de Dieu ; que le Christ, notre Maître, la trouve gravée dans nos cœurs. Plus nos désirs seront ardents, et plus la récompense qu'Il nous destine sera abondante ».

Ainsi soit-il.

Saint Cyprien de Carthage (200-258) - « Traité sur la mort »