Lettre apostolique “Meditantibus Nobis” de Pie XI à l'occasion du troisième centenaire de la canonisation
Saint François Xavier, Source pour l'Eglise d'“accroissement extérieur”
Ce qui vient d'être rappelé concerne proprement l'intérêt intime et domestique du Christianisme. C'est l'accroissement extérieur que visent Nos brèves indications sur François Xavier, bien qu'elles aient avec la méthode ignacienne que Nous venons de louer, le rapport le plus étroit. Xavier était tout adonné aux vanités de la gloire humaine quand Ignace le rencontra. Par sa discipline il le transforma au point d'en faire très vite pour l'Extrême-Orient un vaillant héraut de l'Evangile et par suite un apôtre.
A l'école des “Exercices spirituels”
Cette merveilleuse transformation doit très justement être attribuée à la vertu des Exercices. Si, plus d'une fois, il a parcouru d'immenses étendues sur terre et sur mer ; si, le premier, il a porté le nom du Christ au Japon, qu'on appellerait avec raison l'île des martyrs ; s'il a affronté de grands périls et accompli d'incroyables travaux ; s'il a plongé dans l'eau sacrée du baptême des multitudes innombrables ; si, en outre, il a accompli des prodiges infinis en tout genre, c'est au père de son âme, comme il l'appelait, à Ignace, qu'après Dieu François dans ses lettres s'en reconnaissait redevable, Ignace qui, dans la retraite spirituelle des Exercices, l'avait imbu à fond de la connaissance et de l'amour du Christ.
L'apôtre de l'Extrême-Orient
Il nous faut exalter ici la bonté et la sagesse de la divine Providence. Au moment où l'Eglise était violemment angoissée à l'intérieur et à l'extérieur et subissait d'énormes pertes parmi les peuples, elle lui a donné, par le seul moyen des Exercices, un double soutien de très grande opportunité, celui qui restaurerait la discipline domestique et celui qui, amenant à la foi du Christ les nations étrangères, réparerait les pertes mêmes de l'Eglise.
Le premier, après un long intervalle, il parut renouveler l'exemple des Apôtres, car dans les nombreuses nations barbares qu'il avait cultivées avec beaucoup de fatigues et, par ses admirables vertus, excitées à la piété, il établit le Christianisme d'une façon éclatante et ouvrit à nos missionnaires de vastes régions jusqu'alors fermées à toute intervention chrétienne. Xavier, comme il convenait, laissa l'héritage de son esprit d'abord à ses compagnons, et nous savons qu'ils n'ont jamais jusqu'ici dégénéré de sa vertu et ont toujours soigneusement cultivé cet héritage ; mais le souvenir de François Xavier a été pour les autres hérauts de l'Evangile aussi une incessante exhortation, si bien que, par un solennel décret de ce Siège Apostolique, il a été proclamé patron de l'Oeuvre de la Propagation de la Foi.
Modèle offert aux Missionnaires de notre temps
Notre époque a encore, avec celle de Xavier, cette ressemblance que la foi des aïeux, repoussée avec superbe et dédain par beaucoup de nos contemporains, paraît vouloir aussi émigrer chez les autres nations, qui l'appellent avec ardeur. Les lettres des missionnaires nous font souvent connaître comment, dans les régions reculées de l'Afrique et de l'Asie, la moisson évangélique est déjà blanchissante qui réparera les pertes subies par l'Eglise en Europe.
En outre, plus activement qu'autrefois, les fidèles s'intéressent à favoriser la propagation de l'Evangile. Ce zèle, suscité certainement par la grâce divine, Nous souhaitons vivement le voir partout s'enflammer à l'exemple et par le patronage de Xavier, pour que, répondant aux supplications, le Seigneur envoie des ouvriers à la moisson et que tout bon chrétien les aide de ses prières et ne leur refuse pas ses ressources.