L'espérance missionnaire (Saint FRANÇOIS XAVIER)
« Les Portugais se sont entremis avec complaisance pour voir si
quelque marchand de Canton accepterait de m'y transporter. Tous se sont
excusés, car, disaient-ils, ils risquaient fort d'y perdre la vie et la
fortune, Si le gouverneur de Canton venait à l'apprendre... Il a plu à Dieu notre
Seigneur qu'un honorable marchand de Canton s'offre à m'y transporter, pour
deux cents cruzados, dans une petite embarcation qui n'aurait d'autre équipage
que ses fils et ses serviteurs... ainsi n'y aurait-il aucun marin pour dénoncer
au gouverneur de Canton le marchand responsable de mon arrivée. Il s'est offert
en outre à me tenir caché dans sa maison pendant trois ou quatre jours, puis à
me déposer un jour avant l'aube à la porte de la ville, avec mes livres et
autres affaires. De là, j 'irai immédiatement à la maison du gouverneur ;
je lui exposerai que nous sommes venus pour nous rendre auprès du roi de Chine,
lui montrerai la lettre de Monseigneur l'évêque pour le roi de Chine dont nous
sommes porteurs, et lui déclarerai que nous sommes envoyés par Son Altesse le
roi de Portugal, exerçant la responsabilité que lui a confiée le Pape par
l'institution du «patronat» pour prêcher la loi de Dieu. Le péril que nous
courons est double, au dire des gens du pays. Le premier, c'est que notre
transporteur, après avoir encaissé les deux cents cruzados, ne nous abandonne
sur quelque île déserte ou ne nous jette à la mer, pour n'être pas dénoncé au
gouverneur de Canton. Quant au second, c'est que, une fois parvenus à Canton et
menés en présence du gouverneur, celui-ci n'ordonne de nous maltraiter ou de
nous emprisonner, tant est inouïe notre démarche. De nombreux décrets
interdisent en effet d'entrer en Chine sans une autorisation du roi, et le roi
prohibe absolument la venue des étrangers sur son territoire.
Il existe d'autres périls, bien plus grands, qui passent
inaperçus pour les gens du pays... En premier lieu, la perte de l'espoir et de
la confiance en Dieu, quand c'est pour son amour et service que nous allons
faire connaître sa loi et Jésus Christ, son Fils, notre Rédempteur et Seigneur,
comme il le sait bien. Puisque, par sa sainte miséricorde, il nous a communiqué
ces désirs, manquer maintenant de confiance en sa miséricorde et son
pouvoir, vu les périls que nous pouvons courir pour son service,
est un péril incomparablement supérieur aux maux que peuvent nous causer tous
les ennemis de Dieu ; Si cela importe à son plus grand service, Dieu nous
gardera de tous les périls de cette vie, et sans son autorisation et
permission, les démons et leurs ministres ne peuvent en rien nous nuire. Aussi
bien, nous avons pour sécurité la parole du Seigneur : «Celui qui aime sa
vie en ce monde, la perdra ; et celui qui la perdra pour Dieu, la
trouvera. » Et cette autre, semblable : « Celui qui met la main
à la charrue et regarde en arrière, n'est pas apte au Royaume de Dieu. »
Et moi, en quoi ai-je mis ma sécurité ?
« Dans la mesure où vous participez aux souffrances du
Christ, réjouissez-vous.»
La mission suppose une délicate fidélité à Dieu. Elle exige un vrai discernement des motivations qui nous déterminent. Écrivant à des séminaristes qui se préparent à partir au Japon, François Xavier les provoque à cet examen et à cette authenticité (5 novembre 1549).
Réalisme spirituel du missionnaire. Saint FRANÇOIS XAVIER