De officiis ministrorum (II, 28)
Le principal aiguillon de la piété, c'est la compassion que nous avons pour les malheurs d'autrui, et qui nous induit à les aider dans la mesure où nous le pouvons. Mieux vaut être miséricordieux et nous créer des ennuis ou même nous exposer à la jalousie, que de nous montrer inhumains. C'est ainsi que naguère nous avons été en butte aux traits de l'envie pour avoir brisé les vases sacrés et les avoir fait servir à la rançon des captifs ; - ce qui pouvait déplaire aux Ariens. Et encore n'était-ce pas tant le fait même qui les choquait ; mais ils étaient heureux de trouver en nous un point vulnérable...
Nous avions eu de bonnes raisons d'agir ainsi. Mais nous ne manquâmes pas de dire et de répéter au milieu du peuple que mieux valait conserver des âmes au Seigneur que de sauver des trésors. Celui qui envoya ses apôtres sans or n'a pas eu besoin d'or pour former son Eglise. L'Eglise a de l'or, non pour le garder mais pour le répandre et venir en aide aux malheureux. A quoi bon garder ce qui ne sert à rien ?.. Le Seigneur ne nous dirait-il pas : Pourquoi as-tu laissé mourir de faim tant de nécessiteux ? Puisque tu avais de l'or, tu devais pourvoir à leurs besoins. Pourquoi tant de captifs ont-ils été vendus à l'encan, ou mis à mort faute d'avoir été rachetés ? Mieux valait conserver ces vases vivants que des vases de métal. A cela il n'y aurait rien à répondre. Que dire, en effet ? Je craignais de laisser sans ornement le temple de Dieu ? - Mais les sacrements n'exigent pas de vases d'or ; ce n'est pas de l'or que tire son prix ce qui ne s'achète pas avec de l'or. L'ornement des cérémonies saintes, c'est le rachat des captifs. Voilà les vases vraiment précieux qui rachètent les âmes de la mort... Qu'il est beau, quand une foule de captifs sont rachetés par l'Eglise, de pouvoir dire : Ceux-là, c'est le Christ qui les a rachetés... Le meilleur emploi de l'or du Rédempteur, c'est d'en user pour la rédemption de ceux qui sont en péril.
Saint Ambroise