01 « Dieu de mes pères et Seigneur de miséricorde,
par ta parole tu fis l’univers,
02 Tu formas l’homme par ta Sagesse
pour qu’il soit maître de tes créatures,
03 qu’il gouverne le monde avec justice et sainteté,
qu’il rende, avec droiture, ses jugements.
04 Donne-moi la Sagesse, assise auprès de toi ;
ne me retranche pas du nombre de tes enfants :
05 je suis ton serviteur, le fils de ta servante, +
un homme frêle et qui dure peu,
trop faible pour comprendre les préceptes et les lois.
06 Le plus accompli des enfants des hommes,
s’il lui manque la Sagesse que tu donnes,
sera compté pour rien.
[
07 Tu m’as choisi pour régner sur ton peuple,
pour gouverner tes fils et tes filles ;
08 tu m’as ordonné de bâtir un temple sur ta montagne sainte,
un autel dans la ville où tu demeures,
imitation de la demeure sainte que tu fondas dès l’origine.]
09 Or la Sagesse est avec toi, elle qui sait tes œuvres ;
elle était là quand tu fis l’univers ;
elle connaît ce qui plaît à tes yeux,
ce qui est conforme à tes décrets.
10 Des cieux très saints, daigne l’envoyer,
fais-la descendre du trône de ta gloire.
Qu’elle travaille à mes côtés
et m’apprenne ce qui te plaît.
11 Car elle sait tout, comprend tout,
guidera mes actes avec prudence,
me gardera par sa gloire.
12 Alors mes œuvres te seront agréables,
je jugerai ton peuple avec justice,
et serai digne du trône de mon père.
13 Quel homme peut découvrir les intentions de Dieu ?
Qui peut comprendre les volontés du Seigneur ?
14 Les réflexions des mortels sont incertaines,
et nos pensées, instables ;
15 car un corps périssable appesantit notre âme,
et cette enveloppe d’argile
alourdit notre esprit aux mille pensées.
16 Nous avons peine à nous représenter ce qui est sur terre,
et nous trouvons avec effort ce qui est à notre portée ;
ce qui est dans les cieux, qui donc l’a découvert ?
17 Et qui aurait connu ta volonté,
si tu n’avais pas donné la Sagesse
et envoyé d’en haut ton Esprit Saint ?
18 C’est ainsi que les sentiers des habitants de la terre
sont devenus droits ;
c’est ainsi que les hommes ont appris ce qui te plaît
et, par la Sagesse, ont été sauvés. »
01 La Sagesse elle-même a veillé
sur celui qui fut façonné le premier, créé seul,
le père du monde ;
puis elle l’arracha à sa propre faute,
02 et lui donna la force de dominer toute chose.
03 Or un homme injuste, pris de colère, se détourna d’elle
et périt de cette rage fratricide ;
04 à cause de lui, la terre fut submergée par le déluge,
mais la Sagesse, de nouveau, la sauva
en pilotant le juste sur un simple morceau de bois.
05 Lorsque les nations, unanimes dans le mal, furent confondues,
c’est elle qui reconnut le juste, le garda irréprochable devant Dieu,
et assez fort pour surmonter sa tendresse envers son enfant.
06 Alors que les impies périssaient,
la Sagesse délivra un homme juste,
qui fuyait le feu s’abattant sur les Cinq-Villes.
07 En témoignage de leur perversité reste une terre aride et fumante,
des plantes dont les fruits ne mûrissent plus,
et, en mémoire d’une âme qui ne voulut pas croire,
se dresse une colonne de sel.
08 Car ceux qui dédaignent la Sagesse
non seulement se privent de la connaissance du vrai bien,
mais laissent encore aux vivants un souvenir de leur folie,
pour que leur égarement ne passe pas inaperçu.
09 Quant à ceux qui servent la Sagesse,
elle les délivre de leurs épreuves.
10 Elle guida elle-même sur des sentiers droits
un homme juste qui fuyait la colère de son frère :
elle lui fit voir en songe le royaume de Dieu
et lui donna la connaissance de réalités saintes ;
elle récompensa ses efforts et multiplia le fruit de ses labeurs ;
11 elle l’assista contre la cupidité de ceux qui l’exploitaient,
et le rendit riche.
12 La Sagesse l’a protégé de ses ennemis
et l’a préservé de tous les pièges,
elle lui a donné la victoire dans un combat redoutable ;
elle lui a fait comprendre ainsi
que la piété est plus puissante que tout.
13 Quand le juste eut été vendu,
la Sagesse ne l’a pas abandonné :
mais elle l’a arraché au péché,
14 elle est descendue avec lui au fond de sa prison,
dans les chaînes elle ne l’a pas quitté,
jusqu’au jour où elle lui donna le sceptre royal
et le pouvoir sur ceux qui l’avaient opprimé.
Elle a convaincu de mensonge ses accusateurs
et lui a donné une gloire éternelle.
15 La Sagesse a délivré d’une nation d’oppresseurs
le peuple saint, la race irréprochable.
16 Elle entra dans l’âme d’un serviteur du Seigneur
et, par des prodiges et des signes, s’est opposée à des rois redoutables.
17 La Sagesse a récompensé les saints de leurs peines,
les a conduits sur un chemin de merveilles.
Le jour, elle fut pour eux un abri,
et la nuit, une clarté d’étoiles.
18 Elle leur fit traverser la mer Rouge
et franchir les eaux profondes.
19 Elle noya leurs ennemis,
et les vomit du fond de l’abîme.
20 Alors les justes ont dépouillé les impies :
ils ont clamé, Seigneur, ton saint nom,
et chanté, d’un seul cœur, ta main qui les défend.
21 La Sagesse a ouvert la bouche des muets
et délié la langue des tout-petits.
01 La Sagesse a mené à bien leur entreprise
par la main d’un saint prophète :
02 ils ont traversé un désert inhabitable
et planté leurs tentes en des lieux jamais foulés ;
03 ils ont résisté aux assaillants,
repoussé les ennemis.
04 Quand ils souffrirent de la soif, ils t’invoquèrent,
et l’eau leur fut donnée d’un roc escarpé :
un remède à leur soif jaillit du rocher.
05 Ce qui avait servi à châtier leurs ennemis,
cela même fut pour eux un bienfait dans leur détresse :
06 tandis qu’un fleuve au cours immuable
était troublé d’un sang boueux
07 en punition du décret infanticide,
tu donnas aux tiens, contre tout espoir, une eau abondante ;
08 tu leur montrais par cette expérience de la soif
comment tu avais châtié leurs adversaires.
09 Au cours de cette épreuve en effet,
bien que corrigés avec miséricorde,
ils comprirent quelles tortures étaient infligées aux impies,
jugés avec colère.
10 Les tiens, tu les as mis à l’épreuve
comme un père donne un avertissement,
mais les impies, tu les as mis au supplice,
comme un roi inflexible lorsqu’il condamne.
11 Après le départ des tiens,
ils n’étaient pas moins affligés qu’avant.
12 Une tristesse redoublée les saisit,
un gémissement au souvenir des événements passés.
13 Lorsqu’ils apprirent que l’instrument même de leur châtiment
était source de bienfait pour les autres,
ils reconnurent le Seigneur.
14 Au terme de ces événements,
après avoir souffert une soif bien différente de celle des justes,
ils admirèrent celui qu’ils avaient, tout-petit, exposé à la mort,
rejeté, et, plus tard, congédié en se moquant.
15 Pour prix des projets insensés que formait leur injustice
– car ils s’égaraient jusqu’à vénérer de stupides reptiles
et de misérables bêtes –,
tu leur envoyas en punition une multitude d’animaux stupides,
16 afin qu’ils comprennent
que l’on est châtié par où l’on pèche.
17 Certes, elle n’était pas embarrassée, ta main toute-puissante,
elle qui a créé le monde à partir d’une matière informe :
elle aurait pu envoyer contre eux
une bande d’ours ou de lions féroces,
18 ou des monstres inconnus et pleins de rage, créés tout exprès,
exhalant un souffle de feu,
répandant une fumée pestilentielle,
ou lançant de leurs yeux de terribles éclairs.
19 Non seulement leurs ravages auraient pu les anéantir,
mais leur vision déjà les aurait fait périr d’effroi.
20 D’ailleurs, il aurait suffi d’un souffle pour qu’ils soient renversés,
chassés par la Justice,
dispersés en tous sens par le souffle de ta puissance.
Mais toi, Seigneur, tu as tout réglé
avec mesure, nombre et poids.
21 Car ta grande puissance est toujours à ton service,
et qui peut résister à la force de ton bras ?
22 Le monde entier est devant toi
comme un rien sur la balance,
comme la goutte de rosée matinale
qui descend sur la terre.
23 Pourtant, tu as pitié de tous les hommes,
parce que tu peux tout.
Tu fermes les yeux sur leurs péchés,
pour qu’ils se convertissent.
24 Tu aimes en effet tout ce qui existe,
tu n’as de répulsion envers aucune de tes œuvres ;
si tu avais haï quoi que ce soit,
tu ne l’aurais pas créé.
25 Comment aurait-il subsisté,
si tu ne l’avais pas voulu ?
Comment serait-il resté vivant,
si tu ne l’avais pas appelé ?
26 En fait, tu épargnes tous les êtres, parce qu’ils sont à toi,
Maître qui aimes les vivants,
01 toi dont le souffle impérissable les anime tous.
02 Ceux qui tombent, tu les reprends peu à peu,
tu les avertis, tu leur rappelles en quoi ils pèchent,
pour qu’ils se détournent du mal
et croient en toi, Seigneur.
03 Ainsi, ceux qui habitaient autrefois ta Terre sainte ;
04 tu les avais pris en haine pour leurs abominables pratiques,
œuvres de sorcellerie et rites sacrilèges :
05 ils tuaient leurs enfants sans aucune pitié,
et faisaient des festins de chair humaine, de viscères et de sang.
Ces adeptes des mystères,
06 ces parents meurtriers d’êtres sans défense,
tu avais décidé de les faire périr par la main de nos pères,
07 afin que, sur la Terre qui t’est chère entre toutes,
viennent s’établir des enfants de Dieu dignes d’elle.
08 Et pourtant, même ceux-là, tu les as traités avec ménagement
parce qu’ils étaient des êtres humains.
Tu n’as envoyé contre eux, en avant-coureurs de ton armée,
que des frelons, ces insectes dangereux,
pour ne pas hâter leur extermination.
09 Tu aurais bien pu livrer ces impies aux mains des justes,
dans une bataille rangée,
ou les anéantir d’un coup
par des fauves redoutables ou une parole tranchante,
10 mais en exerçant ta justice sans hâte,
tu leur offrais l’occasion du repentir.
Tu n’ignorais pourtant pas que leur nature était viciée,
et leur malice, innée,
que leur mentalité ne changerait jamais,
11 car c’était une descendance maudite dès l’origine.
Ce n’est par crainte de personne
que tu leur offrais l’impunité de leurs péchés.
12 Qui donc osera dire : « Qu’as-tu fait ? »
Qui contestera ta sentence ?
Qui te citera en justice
pour avoir détruit des peuples que tu as toi-même créés ?
Qui encore viendra s’opposer à toi
et prendre la défense d’hommes injustes ?
13 Il n’y a pas d’autre dieu que toi,
qui prenne soin de toute chose :
tu montres ainsi que tes jugements ne sont pas injustes.
14 Il n’est pas de roi ou de souverain qui puisse te braver
pour défendre ceux que tu as châtiés.
15 Parce que tu es juste, tu gouvernes l’univers avec justice ;
tu estimes incompatible avec ta puissance
de condamner celui qui ne mérite pas d’être puni.
16 Ta force est à l’origine de ta justice,
et ta domination sur toute chose
te permet d’épargner toute chose.
17 Tu montres ta force
si l’on ne croit pas à la plénitude de ta puissance,
et ceux qui la bravent sciemment, tu les réprimes.
18 Mais toi qui disposes de la force,
tu juges avec indulgence,
tu nous gouvernes avec beaucoup de ménagement,
car tu n’as qu’à vouloir pour exercer ta puissance.
19 Par ton exemple tu as enseigné à ton peuple
que le juste doit être humain ;
à tes fils tu as donné une belle espérance :
après la faute tu accordes la conversion.
20 Les ennemis de tes enfants,
tu les as punis avec un grand souci d’indulgence
alors qu’ils méritaient la mort,
tu leur as donné le temps et l’occasion de renoncer au mal.
21 Mais tes fils, avec combien plus de scrupules les as-tu jugés,
toi qui avais fait en faveur de leurs pères des serments et des alliances :
magnifiques promesses !
22 Ainsi, tu modères le châtiment de nos ennemis,
pour nous apprendre à méditer ta bonté lorsque nous jugeons,
et à compter sur ta miséricorde lorsque nous sommes jugés.
23 C’est pourquoi ceux qui menaient une vie absurde et injuste,
tu les as tourmentés par leurs propres abominations ;
24 ils avaient vraiment dépassé les bornes de l’erreur et de l’égarement,
prenant pour divinités les plus vils des animaux immondes,
et se laissant abuser comme des tout-petits sans intelligence.
25 Aussi, comme des gamins déraisonnables,
tu les as tournés en ridicule pour les punir.
26 Mais ceux qui ne comprennent pas les réprimandes pour enfants
font l’expérience d’un jugement vraiment divin.
27 Exaspérés par ces bestioles qui les faisaient souffrir,
et se voyant châtiés par celles-là mêmes qu’ils prenaient pour des dieux,
ils durent reconnaître pour un Dieu véritable
celui dont autrefois ils ne voulaient rien savoir :
c’est pourquoi la condamnation suprême s’abattit sur eux.
01 De nature, ils sont inconsistants,
tous ces gens qui restent dans l’ignorance de Dieu :
à partir de ce qu’ils voient de bon,
ils n’ont pas été capables de connaître Celui qui est ;
en examinant ses œuvres,
ils n’ont pas reconnu l’Artisan.
02 Mais c’est le feu, le vent, la brise légère,
la ronde des étoiles, la violence des flots,
les luminaires du ciel gouvernant le cours du monde,
qu’ils ont regardés comme des dieux.
03 S’ils les ont pris pour des dieux,
sous le charme de leur beauté,
ils doivent savoir
combien le Maître de ces choses leur est supérieur,
car l’Auteur même de la beauté est leur créateur.
04 Et si c’est leur puissance et leur efficacité qui les ont frappés,
ils doivent comprendre, à partir de ces choses,
combien est plus puissant Celui qui les a faites.
05 Car à travers la grandeur et la beauté des créatures,
on peut contempler, par analogie, leur Auteur.
06 Et pourtant, ces hommes ne méritent qu’un blâme léger ;
car c’est peut-être en cherchant Dieu et voulant le trouver,
qu’ils se sont égarés :
07 plongés au milieu de ses œuvres,
ils poursuivent leur recherche
et se laissent prendre aux apparences :
ce qui s’offre à leurs yeux est si beau !
08 Encore une fois, ils n’ont pas d’excuse.
09 S’ils ont poussé la science à un degré tel
qu’ils sont capables d’avoir une idée
sur le cours éternel des choses,
comment n’ont-ils pas découvert plus vite
Celui qui en est le Maître ?
10 Mais malheureux, car ils espèrent en des choses mortes,
ceux qui ont appelé « divinités »
des ouvrages de mains humaines,
de l’or et de l’argent travaillés avec art,
figurant des êtres vivants,
ou une pierre quelconque, ouvrage d’une main d’autrefois !
11 Ainsi un bûcheron, qui a scié un arbre facile à transporter,
il en a raclé toute l’écorce selon les règles,
et, avec tout l’art qui convient,
il a fabriqué un objet, pour les besoins de la vie courante.
12 Les chutes de son ouvrage,
il les a fait brûler pour préparer sa nourriture,
puis il s’est rassasié.
13 Quant à la chute qui ne pouvait servir à rien,
ce bout de bois tordu et plein de nœuds,
il s’est mis à le tailler pour occuper ses loisirs,
et, en amateur, il l’a sculpté,
il lui a donné une figure humaine
14 ou la ressemblance d’un quelconque animal.
Il l’a recouvert de vermillon,
en passant la surface au rouge ;
tous les défauts du bois, il les a recouverts.
15 Il lui a fait une digne résidence
et l’a installé dans le mur, bien fixé avec du fer.
16 Il a pris grand soin qu’il ne tombe pas,
le sachant incapable de se soutenir lui-même :
ce n’est en effet qu’une image qui a besoin de soutien.
17 Et pourtant, quand il prie pour acquérir des biens,
pour se marier et avoir des enfants,
il n’a pas honte de s’adresser à cet objet inanimé ;
pour obtenir la santé, il invoque ce qui est faible ;
18 pour la vie, il implore ce qui est mort ;
pour sa sécurité, il supplie la plus totale incompétence ;
pour voyager, il recourt à ce qui ne peut faire un pas ;
19 et pour son gagne-pain, son ouvrage, l’heureux travail de ses mains,
il demande l’efficacité aux mains les plus inefficaces.
01 Cet autre, sur le point d’appareiller
pour traverser les flots sauvages,
invoque un morceau de bois,
plus pourri que le bateau qui l’emporte !
02 Or ce bateau a été conçu par désir de profit,
et la sagesse de l’artisan l’a construit.
03 Mais c’est ta providence, ô Père, qui tient la barre,
car tu as ouvert un chemin dans la mer,
un sentier sûr au milieu des flots.
04 Tu as montré par là que tu peux sauver de tout danger,
même si l’on embarque sans être du métier.
05 Tu veux que les œuvres de ta Sagesse ne restent pas stériles ;
c’est pourquoi des hommes osent confier leur vie à un peu de bois,
et, traversant la mer houleuse sur un radeau,
ils restent sains et saufs.
06 Ainsi, aux origines, quand périssaient des géants orgueilleux,
l’espoir du monde, se réfugiant sur un radeau,
préserva une semence pour de nouvelles générations,
car c’est ta main qui tenait la barre.
07 Béni est le bois par lequel advient la justice !
08 Mais l’idole, elle, est maudite, avec celui qui l’a fabriquée,
celui-ci pour en avoir été l’artisan,
et cet objet corruptible, pour avoir reçu le nom de dieu.
09 Car Dieu déteste autant l’impie que son impiété,
10 et l’œuvre sera châtiée avec son auteur.
11 C’est pourquoi, contre les idoles des nations,
il y aura aussi une intervention divine,
car elles sont devenues, parmi les créatures de Dieu, une abomination,
un scandale pour les âmes des hommes,
un piège sous les pas des insensés.
12 L’idée de faire des idoles, c’est le commencement de la prostitution ;
leur invention a corrompu la vie.
13 Il n’y avait pas d’idoles au commencement,
et il n’y en aura pas toujours.
14 C’est par la vaine imagination des hommes
qu’elles sont entrées dans le monde ;
aussi une fin rapide leur est-elle réservée.
15 Un père, affligé par un deuil prématuré,
a fait le portrait de son enfant trop vite enlevé ;
cet être humain qui n’est plus qu’un cadavre,
il l’honore maintenant comme un dieu,
et il a transmis aux siens les rites d’un culte secret ;
16 puis, avec le temps, cet usage impie s’est fortifié :
il a pris force de loi.
De même, sur l’ordre des souverains,
on rendait un culte à leurs statues :
17 les gens qui habitaient trop loin
pour venir les voir en personne et les honorer
firent réaliser chez eux leur effigie :
on fabriqua une image bien visible du roi vénéré,
pour faire une cour empressée à l’absent comme s’il était présent.
18 Le culte s’étendit même
à ceux qui ne connaissaient pas le souverain,
grâce à l’ambition de l’artiste ;
19 celui-ci, désireux sans doute de plaire à son maître,
mit tout son art à le représenter plus beau que nature.
20 Alors la foule fut séduite par le charme de l’œuvre,
et celui qui était jusque-là honoré comme un homme
fut bientôt objet d’adoration.
21 Ce fut un piège mortel,
lorsque des hommes, devenus esclaves du malheur ou du pouvoir,
attribuèrent à la pierre et au bois le Nom incommunicable.
22 De plus, il ne leur suffit pas d’errer
au sujet de la connaissance de Dieu,
mais, alors que leur vie est pleine de conflits dus à l’ignorance,
ils donnent le nom de « paix » à ces fléaux si grands :
23 meurtres rituels d’enfants, célébrations de mystères occultes,
délires et cortèges au cérémonial extravagant ;
24 ainsi, ils ne respectent plus la pureté ni de la vie ni du mariage,
mais ils conspirent pour s’entretuer
et s’infligent les tourments de l’adultère.
25 Tout est mêlé : sang et meurtre, vol et fraude,
corruption, déloyauté, sédition, parjure,
26 confusion des valeurs, oubli des bienfaits,
souillure morale, perversion sexuelle,
désordre dans le mariage, adultère et débauche.
27 Oui, le culte des idoles sans nom
est le commencement, la cause et le comble de tout mal.
28 Ceux qui participent à ces réjouissances
délirent ou profèrent de faux oracles,
vivent dans l’injustice ou se parjurent aussitôt :
29 quand on se fie à des idoles inanimées,
on peut jurer à tort et à travers, sans redouter aucun préjudice.
30 Mais c’est à double titre que la justice les poursuivra :
parce qu’ils se sont mépris sur Dieu,
en s’attachant aux idoles,
et que, dans leur perfidie, ils ont fait de faux serments
par mépris de la sainteté.
31 Ce qui sanctionne la faute des coupables,
ce n’est pas la puissance de ce que l’on prend à témoin
mais la justice réservée aux pécheurs.
01 Toi, notre Dieu, tu es bon et véridique,
tu es patient et tu gouvernes l’univers avec miséricorde.
02 Même si nous en venions à pécher, nous resterions à toi,
conscients de ta souveraineté ;
mais nous ne pécherons pas,
conscients que nous sommes comptés pour tiens.
03 Car te connaître est la parfaite justice,
et la conscience de ta souveraineté est racine d’immortalité.
04 Nous ne nous sommes pas laissé égarer
par les inventions humaines d’un art maléfique,
ni par le labeur stérile de ceux qui peignent en trompe-l’œil :
ce sont des formes aux touches de couleurs disparates,
05 dont la vue excite la passion des insensés,
pleins de désir pour la forme inerte d’une figure morte.
06 Ils sont amants du mal
et ne valent pas mieux que l’objet de leurs espérances,
ceux qui les fabriquent,
ceux qui les désirent et ceux qui les adorent.
07 Voici un potier qui pétrit de la terre glaise à grand-peine,
et façonne un par un des objets à notre usage.
Avec la même glaise, il façonne
les vases les plus nobles et les plus grossiers,
procédant, pour tous, de la même manière.
Quelle sera la fonction de chaque objet ?
C’est le potier qui en décide !
08 Et puis, avec la même glaise,
il perd sa peine à façonner un dieu de vanité,
lui qui, né de la terre il y a peu de temps,
retournera bientôt à la terre dont il fut tiré,
lorsqu’on lui réclamera son âme.
09 Eh bien, il n’a pas souci de la mort qui l’attend,
ni de la brièveté de sa vie,
mais il rivalise avec les orfèvres et les fondeurs d’argent,
il imite ceux qui coulent le bronze,
et se fait gloire de sa contrefaçon.
10 Son cœur n’est que cendre,
son espoir, plus vil que de la terre,
et son existence, plus méprisable que de la glaise :
11 il a ignoré celui qui l’a façonné,
qui lui a insufflé une âme agissante,
et, de son souffle, l’a doté d’un esprit de vie.
12 Il a pris notre existence pour un jeu d’enfant,
la vie pour une fête et un marché :
« Il faut tirer profit de tout, dit-il,
même du mal ».
13 Mieux que quiconque, celui-là sait qu’il pèche,
puisque, avec de la terre comme matériau,
il se fait créateur d’objets fragiles aussi bien que d’idoles.
14 Mais ils sont tous vraiment fous,
et plus misérables qu’une âme infantile,
les ennemis et les oppresseurs de ton peuple.
15 Car ils ont même pris pour des dieux toutes les idoles des nations,
qui n’ont pas l’usage des yeux pour voir,
pas de narines pour respirer,
ni d’oreilles pour entendre,
ni de doigts aux mains pour toucher,
et dont les pieds sont incapables de marcher.
16 Celui qui les a faites n’est qu’un homme ;
celui qui les a façonnées n’a reçu le souffle de vie qu’à titre de prêt.
Nul homme n’a le pouvoir de façonner un dieu qui lui soit semblable ;
17 mortel, il fait une œuvre morte de ses mains de faussaire ;
il a plus de valeur que les objets qu’il adore,
car lui, il a reçu la vie ; eux, jamais !
18 Ces gens-là adorent même les bêtes les plus odieuses,
des bêtes pires que les autres en fait de stupidité,
19 sans rien de la beauté qui pourrait séduire chez certains animaux ;
non, elles ont échappé à l’approbation de Dieu, à sa bénédiction.