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Prière pour les familles divisées

Sainte Térésa de Calcutta (1910-1997)

 

« Ô Dieu, Père de tous les hommes, tu nous demandes de porter l’Amour là où les pauvres sont humiliés, la joie là où l’Église est abattue, la réconciliation là où les hommes sont divisés. Aide-nous donc à réconcilier le père avec son fils, la mère avec sa fille, le mari avec sa femme, le croyant avec celui qui ne peut croire, le chrétien avec son frère chrétien qu’il n’aime pas. Tu nous ouvres ce chemin pour que le corps blessé de Jésus-Christ, ton Église, soit ferment de communion pour les pauvres de la terre et dans toute la famille humaine. Amen. »

 

 

Adoro Te devote

 

Cantalamessa :

Strophe : 01, 02, 03, 04, 05, 06, 07

 

Première prédication de l’Avent en présence du pape et de la curie

 

Commentaire de la 1ère strophe de l’Adoro Te Devote, 5 décembre 2004

 

La contemplation eucharistique permet à la grâce reçue dans les sacrements de “modeler notre univers intérieur” et nous permet d’assimiler “les pensées et les sentiments du Christ”, a déclaré le prédicateur de la Maison pontificale.

 

Je t'adore, du fond du cœur, Dieu caché

Qui sous ces apparences vraiment prends corps,

À Toi, mon cœur tout entier se soumet

Parce qu'à te contempler, tout entier il s'abandonne.

 

À travers son Encyclique Ecclesia de Eucharistia, le Saint-Père Jean-Paul II s’est proposé, dit-il, de raviver dans l’Église ‘l’admiration eucharistique’ et l’Adoro te devote se prête merveilleusement à cette fin. Celui-ci peut servir à donner un nouveau souffle spirituel et une âme à tout ce qui se fera, au cours de cette année, pour rendre hommage à l’Eucharistie

Dans chaque strophe de l’Adoro te devote réside une affirmation théologique et une invocation qui est la réponse priante de l’âme au mystère. Dans la première strophe, la vérité théologique évoquée se réfère au mode de présence du Christ dans les espèces eucharistiques. L’expression latine ‘vere latitas’ est dense de signification ; cela signifie : tu es caché, mais tu es véritablement présent (l’accent est mis sur le terme ‘véritablement’, sur la réalité de la présence) et veut également dire : tu es véritablement présent, mais caché (l’accent est mis sur le terme ‘latitas’, sur le caractère sacramentel de cette présence).

Dans le verset ‘quae sub his figuris vere latitas’, le terme “figuris” indique les espèces du pain et du vin du fait qu’ils cachent ce qu’ils contiennent et qu’ils contiennent ce qu’ils cachent

Adoro : Ce mot qui ouvre l’hymne – un hymne composé à la fin du XIIIème siècle - est à lui seul une profession de foi dans l’identité entre le Corps eucharistique et le Corps historique du Christ, ‘né de la Vierge Marie, qui a véritablement souffert et fut immolé pour l’homme sur la croix’.

En effet, c’est seulement, grâce a cette identité et à l’union hypostatique dans le Christ entre humanité et divinité, que nous pouvons demeurer en adoration devant l’hostie consacrée, sans pécher par idolâtrie.

Déjà Saint Augustin disait : ”Dans cette chair (le Seigneur) a marché sur cette terre et cette même chair nous a nourris pour le salut ; et personne ne mange cette chair sans l’avoir d’abord adorée… Nous ne péchons pas en l’adorant, mais en revanche nous péchons si nous ne l’adorons pas.

Mais en quoi consiste exactement l’adoration et comment s’exprime-t-elle ?

L’adoration peut être préparée par une longue réflexion, mais elle se termine par une intuition et, comme toute intuition, celle-ci ne dure pas longtemps. Elle est comme un éclair de lumière dans la nuit. Mais d’une lumière spéciale : non pas tant la lumière de la vérité, mais plutôt la lumière de la réalité. C’est la perception de la grandeur, de la majesté, de la beauté et tout ensemble de la bonté de Dieu et de sa présence qui coupe le souffle. C’est une sorte de naufrage dans l’océan sans rive et sans fond de la majesté de Dieu.

Dans notre hymne, l’adverbe devote garde intacte toute sa force théologique et spirituelle que l’auteur lui-même (si celui-ci est Thomas d’Aquin) avait contribué à définir. La meilleure explication de ce que l’on entend par devotio réside dans les paroles qui suivent, dans la deuxième partie de la strophe : tibi se cor meum totum subiicit : “à toi mon cœur tout entier s’abandonne”. Disponibilité totale et pleine d’amour pour accomplir la volonté de Dieu.

On pourrait penser que dans ce nouveau climat - c’est-à-dire celui d’aujourd’hui - il n’y a plus de place pour l’Adoro te devote et les pratiques eucharistiques nées à l’époque (XI – XII siècles).

Au contraire, c’est véritablement maintenant que celles-ci nous sont le plus utiles et le plus nécessaires pour ne pas perdre, du fait des conquêtes actuelles, celles d’hier. Nous ne pouvons pas limiter l’Eucharistie à la seule contemplation de la présence réelle dans l’Hostie consacrée, mais renoncer à celle-ci serait également une grave perte.

Il n’existe pas d’explications particulières et théoriques en faveur de la bonté de la contemplation eucharistique, mais il existe l’imposant témoignage des faits, littéralement ‘une nuée de témoins’.

Charles de Foucauld qui a fait de l’adoration eucharistique un des points forts de sa spiritualité et de celle de ses disciples”. “Nombreuses sont les âmes qui ont atteint la sainteté en la pratiquant et la contribution décisive que cette dernière a apportée à l’expérience mystique est également démontrée.

L’Eucharistie au cours de la Messe et en dehors de celle-ci, est pour l’Église catholique ce qu’était dans la famille, jusqu'à il y a peu de temps, le foyer domestique pendant l’hiver: le lieu autour duquel la famille retrouvait sa propre unité et intimité, le centre idéal de tout.

Les deux aspects du mémorial - célébration et contemplation de l’Eucharistie - , ne s’excluent pas l’un l’autre, mais se complètent. En effet, la contemplation, est le moyen par lequel nous ‘recevons’, au sens fort, les mystères, à travers lequel nous les intériorisons et nous nous ouvrons à leur action ; c’est l’équivalent des mystères au niveau existentiel et subjectif ; c’est un moyen pour permettre à la grâce, reçue dans les sacrements, de modeler notre univers intérieur, c’est-à-dire les pensées, l’affection, la volonté, la mémoire.

La contemplation eucharistique signifie donc, concrètement, établir un contact de cœur à cœur avec Jésus présent de manière réelle dans l’Hostie et, à travers Lui, s’élever vers le Père dans l’Esprit Saint. Dans la méditation, prévaut la recherche de la vérité ; dans la contemplation en revanche, prévaut la jouissance de la vérité trouvée. La contemplation s’adresse toujours à la personne, à l’ensemble et non à des parties de celle-ci. La contemplation eucharistique c’est regarder quelqu’un qui me regarde.

La contemplation eucharistique est tout autre qu’un abandon à l’apathie. On a noté comment l’homme reflète en lui, quelquefois aussi de manière physique, ce qu’il contemple. On ne reste pas longtemps exposé au soleil sans en porter les traces sur le visage. En demeurant longtemps et avec foi, pas nécessairement avec une ferveur importante, devant le Très Saint Sacrement, nous assimilons les pensées et les sentiments du Christ, non pas à travers la voie discursive mais intuitive ; presque ‘ex opere operato’.

 

Au printemps apparaissent les feuilles vertes sur les branches ; celles-ci absorbent certains éléments de l’atmosphère qui, sous l’action de la lumière du soleil, sont ‘fixés’ et transformés en nourriture de la plante. Nous devons être comme ces feuilles vertes ! Elles sont un symbole des âmes eucharistiques qui, contemplant le ‘soleil de justice’ qu’est le Christ, ‘fixent‘ la nourriture qui est l’Esprit Saint lui-même, au bénéfice de tout le grand arbre qu’est l’Église. En d’autres paroles, c’est ce que dit également l’Apôtre Paul : ‘Nous tous, à visage découvert reflétons comme dans un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en cette même image, de gloire en gloire, selon l’action de l’Esprit du Seigneur’ (2 Co 3, 18)”.

 

Si maintenant toutefois, de ces rayons de lumière que l’auteur de l’hymne nous a fait entrevoir, nous retournons par la pensée à notre réalité et à notre pauvre mode de nous tenir devant l’Eucharistie, nous risquons de nous sentir humiliés et découragés.

Ce serait une grossière erreur. C’est déjà un encouragement et une consolation de savoir que ces expériences sont possibles; que ce que nous avons nous-mêmes peut-être expérimenté dans les moments de grande ferveur de notre vie et puis perdu, peut se rallumer, grâce aussi à l’année eucharistique qu’il nous est donné de vivre.

La seule chose que l’Esprit Saint nous demande, est de lui donner notre temps, même si au début cela semble du temps perdu. Je n’oublierai jamais la leçon que j’ai reçue un jour à cet égard. Je disais à Dieu : ‘Seigneur, donne-moi la ferveur et moi je te donnerai tout le temps que tu veux pour la prière’. J’ai trouvé la réponse dans mon cœur. ‘Raniero, donne-moi ton temps et je te donnerai toute la ferveur que tu veux dans la prière’. Je m’en suis souvenu au cas où cela puisse servir à quelqu’un d’autre qu’à moi.

 

Deuxième méditation de l’Avent en présence de Jean-Paul II et de la curie

 

Commentaire de la 2ème strophe de l’Adoro Te Devote, 12 décembre 2004

 

Le danger le plus grave que court l’Eucharistie est l’accoutumance », qui conduit à banaliser l’Eucharistie, affirme le père Raniero Cantalamessa OFMCap, prédicateur de la Maison pontificale.

 

La vue, le goût, le toucher, en toi font ici défaut,

Mais t’écouter seulement fonde la certitude de foi.

Je crois tout ce qu’a dit le Fils de Dieu,

Il n’est rien de plus vrai que cette Parole de vérité.

 

Ce n’est pas que les sens de la vue, du toucher et du goût, en eux-mêmes, se trompent sur les espèces eucharistiques, mais c’est nous qui pouvons nous tromper dans la manière d’interpréter ce que eux nous disent. Ils ne se trompent pas, parce que l’objet exact des sens sont les apparences – ce qui se voit, ce qui se touche et qui se goûte – et les apparences sont véritablement celles du pain et du vin.

Dans ce sacrement, il n’y a aucun leurre. En effet, les accidents, qui sont perçus par les sens existent vraiment, alors que l’intellect qui a pour objet la substance des choses est préservé par la foi de la chute dans l’erreur.

Que le corps et le sang véritables du Christ soit présent dans ce sacrement, est quelque chose que l’on ne peut percevoir ni à travers les sens ni avec l’intellect, mais avec la seule foi, la foi qui s’appuie sur l’autorité de Dieu. Pour cela, en commentant le passage de saint Luc 22, 19 : Ceci est mon corps livré pour vous, Cyril dit : Ne mets pas en doute la véracité de cela, mais plutôt accepte avec foi les paroles du Sauveur : parce que étant lui-même la vérité, il ne ment pas.

L’Église s’est basée sur cette parole du Christ pour expliquer l’Eucharistie ; celle-ci est le roc de notre foi dans la présence réelle.

Saint Ambroise est, parmi les Pères latins, celui qui a écrit les choses les plus pénétrantes sur la nature de cette parole du Christ : ‘Quand on arrive au moment de célébrer le vénérable sacrement, le prêtre n’a plus recours à ses propres paroles, mais à celles du Christ. C’est donc la parole qui célèbre (conficit) le sacrement… Le Seigneur ordonna et les cieux furent créés…, il ordonna et tout commença à exister. Tu vois combien est efficace (operatorius) la parole du Christ ? Avant la consécration, le corps du Christ n’existait pas, mais après la consécration, je te dis que désormais le corps du Christ est là. Il a dit et il a été fait, il a ordonné et il a été créé (cf. 33, 9)’.

 

Si il y a quelque chose à ajouter aux explications de saint Ambroise et aux paroles de notre hymne, c’est que cette ‘force d’action’, exercée par la Parole du Christ est due à l’Esprit Saint.

Sans en utiliser le terme, cette strophe de l’hymne contient la doctrine de la transsubstantiation, c’est-à-dire comme la définit le Concile de Trente, de ‘la conversion admirable et singulière de toute la substance du pain en corps et de toute la substance du vin en sang de notre Seigneur Jésus Christ’ .

Peut-on rendre ce terme philosophique compréhensible en dehors du cercle exigu des spécialistes ?

J’ai essayé un jour lors d’une transmission télévisée sur l’Évangile, en donnant un exemple que je l’espère ne semblera pas irrespectueux.

Lorsqu’on voit une femme sortir de chez le coiffeur avec une toute nouvelle coiffure, on s’exclame spontanément : ‘Quelle transformation !’ Personne n’imaginerait s’exclamer : ‘Quelle transsubstantiation !’ À juste titre ; la forme et l’aspect extérieur ont en effet changé, mais pas l’être profond et la personnalité. Si elle était intelligente auparavant, elle l’est encore ; si elle ne l’était pas avant, elle ne l’est pas maintenant non plus. Les apparences ont changé, pas la substance.

Dans l’Eucharistie, c’est tout le contraire qui se produit : la substance change, mais pas les apparences. Le pain est transsubstantié, mais pas (au moins dans ce sens) transformé ; les apparences (forme, goût, couleur, poids) restent en effet celles d’avant, mais la réalité profonde a changé. Il est devenu corps du Christ. La promesse de Jésus que nous avons entendue au début s’est réalisée : ‘Le pain que je donnerai est ma chair pour la vie du monde’.

La foi est nécessaire pour que la présence de Jésus dans l’Eucharistie soit, non seulement ‘réelle’, mais également ‘personnelle’, c’est-à-dire de personne à personne. Sans la foi, le Christ est dans l’Eucharistie, mais il n’est pas là pour moi. La présence suppose quelqu’un qui soit présent et quelqu’un à qui il est présent ; cela suppose une communication réciproque, un échange entre deux sujets libres, conscients l’un de l’autre.

Le danger le plus grave que court l’Eucharistie est l’accoutumance, l’accoutumance qui conduit à banaliser l’Eucharistie.

 

‘Parmi vous, il y a quelqu’un que vous ne connaissez pas !’ (Jn 1, 26) Nous sommes horrifiés à juste titre lorsque nous apprenons que des tabernacles ont été profanés, des ciboires volés à des fins abominables. De ceux-là Jésus répète peut-être ce qu’il a dit de ses bourreaux : ‘Ils ne savent pas ce qu’ils font’, mais ce qui l’attriste le plus c’est peut-être la froideur des siens. À ceux-là – c’est-à-dire à nous – il répète les paroles du psaume : Si encore un ennemi m’insultait, je pourrais le supporter ; (…) Mais toi, un homme de mon rang, mon ami, mon intime’ (ps 54, 13-14).

 

Le Seigneur s’est servi d’une femme non croyante pour me faire comprendre ce que devrait ressentir quelqu’un qui prend l’Eucharistie au sérieux. Je lui avais donné à lire un livre sur ce thème, la voyant intéressée à la question religieuse, bien qu’étant athée. Au bout d’une semaine elle me le rend me disant : ‘Ce n’est pas un livre que vous m’avez mis entre les mains, c’est une bombe… Mais vous vous rendez compte de l’énormité de la chose ? Si on s’en tenait à ce qui est écrit là-dedans il suffirait d’ouvrir les yeux pour découvrir qu’il existe tout un autre monde autour de nous ; que le sang d’un homme mort il y a deux mille ans nous sauve tous. Savez-vous qu’en le lisant j’avais les jambes qui tremblaient et que je devais de temps en temps m’arrêter de lire et me lever ? Si cela est vrai, ça change tout.

 

Heureux de voir que le grain n’avait pas été jeté en vain, j’éprouvai en même temps à l’entendre, un profond sentiment d’humiliation et de honte. J’avais reçu la communion quelques minutes auparavant, mais mes jambes ne tremblaient pas. Il n’avait pas tous les torts cet homme athée qui déclara un jour à un ami croyant : ‘Si j’arrivais à croire que dans cette hostie il y a véritablement le Fils de Dieu, comme vous le dites, je pense que je tomberais à genoux et que je ne me relèverais jamais plus’.

 

Troisième prédication de l’Avent

 

Commentaire de la 3ème strophe de l’Adoro Te Devote, 19 décembre 2004

 

« L’année de l’Eucharistie nous aide à saisir l’aspect le plus profond de Noël. La mémoire véritable et vivante de Noël n’est pas la crèche mais précisément l’Eucharistie », a déclaré le père Cantalamessa au cours de sa troisième prédication de l’Avent pour le pape et la curie, vendredi dernier.

 

Sur la croix, se cachait ta seule divinité,

Mais ici, en même temps, se cache aussi ton humanité.

Toutes les deux, cependant, je les crois et les confesse,

Je demande ce qu’a demandé le larron pénitent.

 

L’art chrétien a exprimé de mille manières le lien entre la naissance et la mort du Christ. Dans certains cadres de peintres célèbres, l’Enfant Jésus dort sur les genoux de sa Mère, ou étendu sur un drap, dans la position exacte dans laquelle il est toujours représenté dans les dépositions de Croix ; l’agneau attaché que l’on voit souvent dans les représentations de la Nativité, rappelle l’agneau immolé.

 

Les artistes ont exprimé de cette manière une profonde vérité théologique. ‘Le verbe s’est fait chair, écrit saint Augustin, pour pouvoir mourir parmi nous’. Il est né pour pouvoir mourir.

 

Nous ne nous détachons donc pas de la signification de Noël si, sur les traces de cette strophe de l’hymne, nous méditons sur la relation entre l’Eucharistie et la Croix. L’année de l’Eucharistie nous aide à saisir l’aspect le plus profond de Noël. La mémoire véritable et vivante de Noël n’est pas la crèche mais précisément l’Eucharistie.

 

Tandis que l’Eucharistie renvoie à la passion et à la résurrection, écrit le pape dans ‘Ecclesia de Eucharistia’, elle se situe simultanément en continuité de l’Incarnation. À l’Annonciation, Marie conçut le fils de Dieu dans la vérité même physique du corps et du sang, anticipant en elle ce qui dans une certaine mesure se réalise sacramentellement en tout croyant qui reçoit, sous les espèces du pain et du vin le corps et le sang du Seigneur » (n.55).

 

Dans la troisième strophe de l’Adoro te devote, l’auteur se déplace spirituellement sur le calvaire. Parmi toutes les personnes présentes sur le calvaire l’auteur en choisit une en particulier avec qui il s’identifie, le bon larron.

 

Avant tout, celui-ci adresse un reproche au compagnon qui insulte Jésus : ‘Tu n’as même pas crainte de Dieu, alors que tu subis la même peine ! Pour nous c’est justice, nous payons nos actes ; mais lui n’a rien fait de mal’ (Lc 23,40 sq). Le bon larron se confesse totalement de ses péchés. Sa pénitence est de la plus pure essence biblique. La véritable pénitence consiste à s’accuser soi-même et à disculper Dieu ; s’attribuer la responsabilité du mal et proclamer ‘que Dieu est innocent’. Dans la Bible, la formule constante de la pénitence est : ‘tu es juste dans tout ce que tu as fait, toutes tes voies sont droites et justes tes jugements, quant à nous, nous avons péché’ (cf. Dn 3, 28 sq ; cf. Dt 32, 4 sq).

 

Il existe une profonde analogie entre le bon larron et celui qui s’approche avec foi de l’Eucharistie. Sur la croix, le bon larron vit un homme, de plus condamné à mort, et crut qu’il était Dieu, lui reconnaissant le pouvoir de se rappeler de lui dans son Royaume. Le chrétien est appelé à faire un acte de foi, d’un certain point de vue plus difficile encore.

 

Mais il ne suffit pas de croire dans le secret du cœur, il faut également professer sa propre foi publiquement.

 

La vérité théologique centrale dans cette strophe, (chaque strophe, nous l’avons noté, en comporte une) est que le Christ est réellement présent dans l’Eucharistie, avec sa divinité et son humanité, ‘corps, sang, âme et divinité’, selon la formule traditionnelle.

 

Il ne suffit pas de croire, il faut aussi professer. Nous devons immédiatement ajouter : il ne suffit pas de professer, il faut aussi croire ! Le péché le plus fréquent des laïcs est de croire sans professer, cachant sa propre foi par respect humain ; le péché le plus fréquent chez nous, hommes d’Église, peut être celui de professer sans croire.

 

« Il faut toutefois distinguer le manque de foi de l’obscurcissement de la foi et des tentations contre celle-ci. En cette troisième semaine d’Avent, nous accompagne encore la figure de Jean-Baptiste, mais dans un rôle nouveau et inédit. C’est le Jean-Baptiste qui, dans l’Évangile de Dimanche dernier envoie ses disciples demander à Jésus : ‘Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ?’ (Mt 11, 3)

 

Le drame qui se scelle derrière cet épisode de la vie du Précurseur ne devrait pas nous échapper. Il se trouve en prison, coupé de tout ; il sait que sa vie ne tient qu’à un fil ; mais l’obscurité de l’extérieur n’est rien en comparaison de l’obscurité qui règne dans son cœur. Il ne sait plus si tout ce pour lequel il a vécu est vrai ou faux. Il a montré le Rabbi de Nazareth comme le Messie, comme l’Agneau de Dieu, il a poussé le peuple et jusqu’à ses disciples à s’unir à lui et maintenant il est envahi du doute lancinant que tout cela puisse être une erreur, que ce ne soit pas lui la personne attendue.

 

L’épreuve de Jean-Baptiste se renouvelle à chaque époque. Il y a eu de grandes âmes qui ont vécu uniquement de foi et qui, à un moment de leur vie, souvent à la fin, sont tombées dans l’obscurité la plus totale, tourmentées par le doute de s’être trompées en tout et d’avoir vécu dans l’erreur.

 

Si Dieu a tant glorifié Jean-Baptiste cela veut dire que même dans l’obscurité il n’a jamais cessé de croire dans l’Agneau de Dieu qu’il avait un jour montré au monde.

 

Il faut puiser dans son cœur la force qui fait triompher la foi sur le doute et le scepticisme. C’est dans le cœur que l’Esprit Saint fait sentir au croyant que Jésus est vivant et réel, d’une façon que l’on ne peut traduire par des raisonnements, mais qu’aucun raisonnement n’est en mesure de dominer.

 

Nous nous apprêtons à célébrer, comme chaque année, l’apparition de cette étoile. Nous avons rappelé au début, que l’Eucharistie est la crèche véritable ou il est possible d’adorer le Verbe de Dieu, non pas dans l’imagination mais dans la réalité. Le signe le plus clair de la continuité entre le mystère de l’incarnation et le mystère eucharistique est qu’avec les mêmes paroles par lesquelles, dans l’Adoro te devote, nous saluons le Dieu caché sous les apparences du pain et du vin, nous pouvons à Noël, saluer le Dieu caché sous les apparences d’un enfant. Plaçons nous donc en esprit devant l’Enfant Jésus dans la crèche et chantons ensemble la première strophe de notre hymne, comme si elle avait été écrite pour lui :

 

Je t’adore du fond du cœur Dieu caché

Qui sous ces apparences vraiment prends corps,

À Toi, mon cœur tout entier se soumet

Parce qu’à te contempler, tout entier il s’abandonne ».

 

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