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Le cœur du Christ, paix des chrétiens
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Dieu le Père a bien voulu nous accorder, avec le cœur de son Fils, infinitos dilectionis thesauros, d'inépuisables trésors d'amour, de miséricorde et de tendresse. Si nous voulons découvrir à quel point Dieu nous aime — à quel point Il écoute nos prières, et même les prévient — il nous suffira de suivre la pensée de saint Paul : Lui qui n'a pas épargne son propre Fils mais l'a livré pour nous tous, comment avec Lui ne nous accordera-t-Il pas toute faveur ?.
C'est de l'intérieur que la grâce rénove l'homme, qu'elle le convertit — de pécheur et de révolté qu'il était — en serviteur bon et fidèle. Et la source de toutes grâces, c'est l'amour que Dieu nous porte et qu'Il nous a révélé, non seulement en paroles mais aussi en actes. L'amour divin est à l'origine du fait que la seconde Personne de la Sainte Trinité, le Verbe, le Fils de Dieu le Père, prenne chair, c'est-à-dire assume notre condition humaine en tout, hormis le péché. Et le Verbe, la parole de Dieu, est Verbum spirans amorem, la Parole dont procède l'Amour.
L'amour se révèle à nous dans l'Incarnation, dans le cheminement rédempteur de Jésus-Christ sur cette terre, jusqu'au sacrifice suprême de la Croix. Et sur cette Croix, il se manifeste par un nouveau signe : l'un des soldats, de sa lance, lui perça le côté et aussitôt il sortit du sang et de l'eau Sang et eau de Jésus, qui signifient pour nous le don poussé jusqu'à l'extrême, jusqu'au consummatum est, tout est consomme, par amour.
En considérant une fois de plus, en cette fête, les principaux mystères de notre foi, nous sommes émerveilles de découvrir combien les réalités les plus profondes — cet amour par lequel Dieu le Père livre son Fils, cet amour qui incite le Fils à avancer sereinement vers le Golgotha — se traduisent par des gestes si proches des hommes. Dieu ne s'adresse pas à nous plein de puissance et de domination. Il s'approche de nous en prenant la condition d'esclave et en devenant semblable aux hommes.
Jamais Jésus ne se montre lointain ou altier, bien que, au cours de ses années de prédication, nous le voyions souvent profondément déçu, car l'indignité humaine le fait souffrir. Nous nous rendons compte tout de suite, si nous y pensons un peu, que la violence de ses réactions, et de sa colère, naissent de son amour : elles sont comme de nouvelles invitations à nous détourner de l'infidélité et du pêche. Prendrais-je donc plaisir à la mort du méchant — oracle du Seigneur Yahvé — et non pas plutôt à le voir se détourner de sa conduite et vivre ?. Ces mots nous expliquent toute la vie du Christ, ils nous font comprendre pour quoi Il s'est présente à nous avec un Cœur de chair, avec un Cœur comme le notre, preuve évidente de son amour et témoignage constant du mystère inconcevable de la charité divine.
 
 
La vraie dévotion au Cœur du Christ
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Conservons présente à l'esprit la richesse que renferment ces mots : Cœur Sacré de Jésus. Lorsque nous parlons du cœur humain, nous ne faisons pas seulement allusion aux sentiments, nous pensons à la personne tout entière qui fréquente, qui aime, qui chérit les autres. Et dans la bouche des hommes qui ont recueilli l'Écriture Sainte pour que nous puissions mieux comprendre les mystères divins, le cœur est considéré comme le résumé, la source, l'expression, le fond ultime des pensées, des paroles et des actes. Un homme vaut ce que vaut son cœur, disons-nous encore aujourd'hui.
C'est du cœur que viennent la joie : Que mon cœur exulte, admis en ton salut ; le repentir : Mon cœur est pareil à la cire, il fond au milieu de mes viscères ; la louange de Dieu : Mon cœur a frémi de paroles belles ; la décision d'écouter le Seigneur : Mon cœur est prêt, ô Dieu, mon cœur est prêt ; la veille, entretenue par l'amour : Je dors, mais mon cœur veille. Et tout autant le doute, la crainte : Que votre cœur cesse de se troubler, croyez en Dieu, croyez en moi.
Le cœur ne ressent pas seulement les choses : il sait, il comprend. La loi de Dieu est déposée en lui, c'est en lui qu'elle demeure inscrite. L'Écriture ajoute encore : C'est du trop-plein du cœur que la bouche parle Le Seigneur jette à la face de certains scribes : Pourquoi ces mauvais sentiments dans vos cœurs ?. Et pour condenser tous les péchés que l'homme peut commettre, Il affirme : Du cœur, en effet, procèdent mauvais desseins, meurtres, adultères, débauches, vols, faux témoignages, diffamations.
Quand la Sainte Écriture parle du cœur, il ne s'agit pas d'un sentiment passager, provoquant l'émotion ou les larmes. On parle du cœur pour désigner la personne tout entière orientée — corps et âme — comme le Christ Jésus Lui-même l'a montré, vers ce qu'elle considère comme son bien : Car là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur.
C'est pourquoi, en parlant maintenant du Cœur de Jésus, nous donnons tout son poids à cette certitude de l'amour de Dieu et à la vérité de son don à notre égard. Recommander la dévotion à ce Cœur Sacré, c'est nous recommander de nous diriger nous-mêmes avec absolument tout ce que nous sommes : âme, sentiments, pensées, paroles, actions, peines et joies, vers Jésus tout entier.
La vraie dévotion au Cœur de Jésus consiste à connaître Dieu, à nous connaître nous-mêmes, à fixer notre regard sur Jésus, à recourir à Celui qui nous encourage, nous enseigne et nous guide. Cette dévotion n'est superficielle que pour l'homme qui, faute de n'être pas parvenu à être vraiment humain, n'arrive pas à pénétrer la réalité du Dieu incarné.
 
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Jésus sur la Croix, le cœur transpercé d'Amour pour les hommes ; voilà une réponse éloquente — les paroles sont superflues — à notre question sur la valeur des choses et des personnes. Les hommes, leur vie, leur bonheur ont une telle valeur que le Fils de Dieu Lui-même se livre pour les racheter, les purifier, les élever. Qui sera incapable d'aimer son Cœur si meurtri ? se demandait, face à cela, une âme contemplative. Qui donc ne rendra Amour pour Amour ? — poursuivait-elle —. Qui n'étreindra un Cœur si pur ? Nous qui sommes de chair, nous paierons Amour pour Amour, nous étreindrons notre blesse, celui dont les impies ont transperce les mains et les pieds, le coté et le Cœur. Prions pour qu'Il daigne ceindre notre cœur des liens de son amour et le frapper d'une lance, car il est encore plein de rudesse, inaccessible au repentir.
 
Car je sais, moi, le dessein que je forme pour vous, oracle de Yahvé —, dessein de paix et non de malheur, a déclaré le Seigneur par la bouche du prophète Jérémie. La liturgie applique ces paroles à Jésus, parce qu'il nous apparaît clairement que c'est en Lui que Dieu nous aime de cette manière. Il ne vient pas nous condamner, nous jeter à la face notre indigence, notre mesquinerie : Il vient nous sauver, nous pardonner, nous excuser, nous apporter la paix et la joie.
Si nous acceptons cette merveilleuse relation entre le Seigneur et ses enfants, nos cœurs changeront nécessairement. Nous découvrirons, sous nos yeux, un panorama absolument nouveau, tout en relief, en profondeur et en lumière.
 
Apporter aux autres l'Amour du Christ
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Mais notez bien que Dieu ne nous dit pas : au lieu de votre cœur, je vous donnerai la volonté d'un pur esprit. Non. Il nous donne un cœur, et un cœur de chair, comme celui du Christ.
Je n'ai pas un cœur pour aimer Dieu et un autre pour aimer autrui, en ce monde. C'est avec le même cœur qui m'a fait aimer mes parents et qui m'a fait aimer mes amis que j'aime le Christ, le Père, l'Esprit Saint et Sainte Marie. je ne me lasserai jamais de le répéter : nous devons être très humains ; sinon, nous ne pourrions pas non plus être divins.
L'amour humain, l'amour d'ici-bas, sur cette terre, nous aide, lorsqu'il est authentique, à savourer l'amour divin. Nous entrevoyons ainsi l'amour qui nous fera jouir de Dieu et celui qui nous unira là-haut, dans le ciel, lorsque le Seigneur sera tout en tous. Si nous commençons à comprendre ce qu'est l'amour divin, nous inclinerons à nous montrer en toutes occasions plus disposés à la compassion, à la générosité, au don de nous-mêmes.
Nous devons donner ce que nous avons reçu, apprendre aux autres ce que nous avons appris ; les faire participer — sans vanité, avec simplicité — à cette connaissance de l'amour du Christ. En réalisant chacun votre travail, en exerçant votre profession dans la société, vous pouvez et vous devez transformer totalement vos occupations en occasions de servir. Ce travail soigneusement achevé, qui progresse en faisant progresser, qui tient compte des découvertes de la culture et de la technique, remplit une importante fonction, au profit de l'humanité tout entière, pour peu que nous soyons mus par la générosité et non par l'égoïsme, par le désir du bien de tous et non par le profit personnel : c'est-à-dire s'il est imprégné d'un sens chrétien de l'existence.
Au sein de ce travail, dans la trame même des relations humaines, vous devez faire preuve de la charité du Christ et de ses fruits d'amitié, de compréhension, d'affection humaine, de paix. De même que le Christ est passe en faisant le bien sur tous les chemins de Palestine, vous devez vous aussi répandre avec générosité une semence de paix tout au long de ces chemins humains qui sont la famille, la société civile, les relations nées de votre travail quotidien, la culture, les loisirs. Ce sera la meilleure preuve de ce qu'en votre cœur s'est instauré le Royaume de Dieu : Nous savons, nous, que nous sommes passes de la mort à la vie, parce que nous aimons nos frères écrit l'apôtre saint Jean.
Mais nul ne vit de cet amour s'il ne se forme à l'école du Cœur du Christ. Ce n'est qu'en fixant notre regard sur le Cœur du Christ, et en le contemplant, que nous arriverons à libérer le nôtre de la haine et de l'indifférence : ce n'est qu'ainsi que nous saurons réagir d'une manière chrétienne aux souffrances et à la douleur d'autrui.
Rappelez-vous la scène que nous décrit saint Luc, lorsque le Christ approchait de la ville de Naïm Jésus observait ce cortège endeuillé qu'il croisait par hasard. Il aurait pu passer outre, ou bien attendre un appel, une requête. Pourtant Il ne s'éloigna ni ne demeura dans l'attente. Il prit l'initiative, touché par l'affliction d'une veuve qui avait perdu le seul être qui lui restait, son fils.
L'évangéliste précise que Jésus fut touché de compassion : Il a peut-être été envahi par une émotion sensible, à la mort de Lazare. Jésus n'était pas, Jésus n'est pas insensible à la douleur. Il ne l'est pas non plus à celle qui naît de l'amour, pas plus qu'Il ne prend plaisir à séparer les enfants des parents : Il exerce son pouvoir sur la mort pour donner la vie, afin que ceux qui s'aiment restent proches les uns des autres, en exigeant avant, et en même temps, la prééminence due à l'Amour divin qui doit marquer toute existence authentiquement chrétienne.
Le Christ sait bien qu'une multitude l'entoure qui, saisie par le miracle, proclamera l'événement dans toute la contrée. Mais le Seigneur n'agit pas par artifice, pour la beauté du geste : Il se sent, tout simplement, affecté par la souffrance de cette femme, et Il ne peut s'empêcher de la consoler. Il s'approcha d'elle en disant en effet : ne pleure pas. Cela revenait à lui dire : je ne veux pas te voir en pleurs, car je suis venu sur cette terre pour apporter la joie et la paix. Ensuite vient le miracle, cette manifestation du pouvoir du Christ-Dieu. Mais c'est bien avant que son âme a ressenti cette émotion, signe manifeste de la tendresse du Cœur du Christ-Homme.
 
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Si nous ne l'apprenons pas de Jésus, jamais nous n'aimerons. Si nous pensions, comme certains, que garder un cœur pur et digne de Dieu, consiste à le préserver, à ne pas le contaminer au contact de sentiments intensément humains, il en résulterait logiquement que nous serions insensibles à la douleur des autres. Nous ne serions plus capables que d'une charité officielle, sèche, sans âme, et non de la véritable charité de Jésus-Christ, qui est tendresse et chaleur humaine. Et je ne veux pas par là donner créance à des fausses théories qui sont en fait de tristes excuses pour dévier les cœurs — en les écartant de Dieu — et les conduire au danger et à la perdition.
En cette fête d'aujourd'hui, nous devons demander au Seigneur qu'Il nous accorde un cœur bon, capable de sentir s'éveiller en lui la compassion à l'égard des peines des créatures, capable de comprendre que, pour porter remède aux tourments qui assaillent, et bien souvent angoissent, les âmes en ce monde, le véritable baume est l'amour, la charité : toutes les autres consolations servent à peine à distraire un moment pour ne laisser, plus tard, qu'amertume et désespoir.
Si nous voulons aider les autres, nous devons les aimer — j'insiste — d'un amour fait de compréhension, de don de soi, d'affection et d'humilité volontaire. Alors nous comprendrons pourquoi le Seigneur a choisi de résumer toute la Loi en ce double commandement qui n'en fait, en réalité, qu'un seul et unique : l'amour de Dieu et l'amour du prochain, de tout notre cœur.
Vous allez peut-être penser, maintenant, que souvent, nous, les chrétiens — non pas les autres, mais toi et moi —, nous oublions les applications les plus élémentaires de ce devoir. Vous pensez peut-être à tant d'injustices auxquelles on ne porte nul remède, à ces abus qui restent impunis, à ces situations injustes qui se transmettent d'une génération à l'autre sans que l'on songe à leur apporter une solution radicale.
Je ne peux vous proposer une manière concrète de résoudre ces problèmes — et d'ailleurs je n'ai pas à le faire. Mais, en tant que prêtre du Christ, il est de mon devoir de vous rappeler ce que dit la Sainte Écriture. Méditez, dans la scène du jugement que Jésus Lui-même a décrite, ce : Allez loin de moi, maudits, dans le feu éternel qui a été prépare par le Diable et ses anges. Car j'ai eu faim et vous ne m'avez pas donné à manger, j'ai eu soif et vous ne m'avez pas donne à boire, j'étais un étranger et vous ne m'avez pas accueilli, nu et vous ne m'avez pas vêtu, malade et prisonnier, et vous ne m'avez pas visité.
Un homme ou une société qui demeure passif devant les tribulations ou les injustices, qui ne s'efforce pas de les soulager, n'est pas à la mesure de l'amour du Cœur du Christ. Les chrétiens — tout en conservant leur liberté d'étudier et de mettre en œuvre différentes solutions, en fonction d'un pluralisme légitime —, doivent avoir en commun ce même désir de servir l'humanité. Sinon, leur christianisme ne sera pas la Parole et la Vie de Jésus : ce sera un déguisement, une mascarade devant Dieu et devant les hommes.
 
La paix du Christ
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Mais je dois, en outre, vous proposer une autre considération : nous devons lutter sans défaillance pour faire le bien, justement parce que nous savons combien il nous est difficile, à nous les hommes, de nous décider sérieusement à pratiquer la justice ; et il s'en faut de beaucoup que la vie des hommes soit inspirée par l'amour plutôt que par la haine ou l'indifférence ! Il ne nous échappe pas davantage que, même si nous parvenons à assurer une raisonnable distribution des biens et une harmonieuse organisation de la société, nous n'aurons pas éliminé pour autant la douleur due à la maladie, à l'incompréhension ou à la solitude, à la mort des êtres que nous chérissons, à la conscience que nous avons de nos propres limitations.
Face à tous ces maux de la vie, le chrétien n'a qu'une réponse possible, mais c'est une réponse définitive : le Christ sur la Croix ; Dieu qui souffre et qui meurt, Dieu qui nous offre son cœur, qu'une lance a percé, par amour pour nous tous. Notre Seigneur déteste les injustices et condamne celui qui les commet. Mais, comme Il respecte la liberté de chaque individu, Il permet qu'elles existent. Dieu Notre Seigneur ne provoque pas la douleur de ses créatures, mais Il la tolère parce que — à la suite du péché originel — elle fait partie de la condition humaine. Et pourtant, son Cœur plein d'Amour pour les hommes l'a incité à charger la Croix sur ses épaules, avec toutes ces tortures que sont notre souffrance, notre tristesse, notre angoisse, notre faim et notre soif de justice.
L'enseignement du christianisme sur la douleur ne constitue pas un programme de consolations faciles. C'est d'abord une doctrine d'acceptation de cette douleur, inhérente à toute la vie humaine. je ne peux pas vous dissimuler — non sans joie, car j'ai toujours prêché dans ce sens et je me suis efforcé de vivre en sachant que là où se trouve la Croix, se trouve Jésus-Christ, l'Amour incarné — que la douleur s'est introduite bien des fois dans ma vie : plus d'une fois, j'ai eu envie de pleurer. En d'autres moments, J'ai senti croître en moi un lourd désarroi face à l'injustice et au mal. Et j'ai constaté avec amertume mon impuissance, et que, malgré mes désirs et mes efforts, je ne parvenais pas à remédier à ces situations injustes.
Quand je vous parle de la douleur, ce n'est pas simple théorie. Et le ne me contente pas non plus de faire appel à l'expérience des autres, quand je vous affirme : si, face à la réalité de la souffrance, vous sentez parfois votre âme vaciller, il n'y a qu'un remède : regarder le Christ. La scène du Calvaire atteste aux yeux de tous que les afflictions doivent être sanctifiées en union avec la Croix.
Car si nos épreuves sont assumées chrétiennement, elles ont valeur de réparation, de rachat de nos fautes, de participation au destin et à la vie de Jésus, qui a voulu, par amour des hommes, éprouver toutes les formes de douleurs et tous les genres de tourments. Il est né, Il a vécu, Il est mort dans la pauvreté ; Il a été attaqué, insulté, diffamé, calomnié et condamné injustement ; Il a connu la trahison, l'abandon de ses disciples ; Il a fait l'amère expérience de la solitude, du châtiment et de la mort. Aujourd'hui encore, le Christ continue à souffrir dans ses membres, dans l'humanité tout entière qui peuple cette terre et dont Il est la Tête, le Fils premier-né, et le Rédempteur.
La douleur entre dans les plans de Dieu. Voilà la réalité, quoiqu'il nous en coûte de le comprendre. À Jésus-Christ aussi, parce qu'Il était homme, elle fut difficilement supportable : Père si tu le veux, éloigne de moi cette coupe ! Cependant que ce ne soit pas ma volonté qui se fasse, mais la tienne C'est dans cette tension, entre le supplice et l'acceptation de la volonté du Père, que Jésus marche sereinement vers la mort, en pardonnant à ceux qui le crucifient.
Pourtant, le fait de reconnaître le sens surnaturel de la douleur, représente, en même temps, la conquête suprême. Jésus, en mourant sur la Croix, a vaincu la mort ; Dieu tire de la mort la vie. Il n'est pas digne d'un enfant de Dieu de se résigner à cette tragique mésaventure ; il doit au contraire se réjouir par avance de la victoire. Au nom de l'amour victorieux du Christ, nous les chrétiens, nous devons nous élancer sur tous les chemins de la terre pour devenir par nos paroles et par nos actes des semeurs de paix et de joie. Nous devons lutter — pacifiquement — contre le mal, contre l'injustice, contre le péché, afin de proclamer par là que l'actuelle condition humaine n'est pas définitive ; que l'amour de Dieu, constamment manifeste dans le Cœur du Christ, assurera le triomphe glorieux et spirituel de l'humanité.
 
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Vivre dans le Cœur de Jésus, nous unir intimement à Lui, c'est donc devenir la demeure de Dieu. Celui qui m'aime sera aimé de mon Père, nous a annoncé le Seigneur. Le Christ et le Père, dans le Saint-Esprit, viennent donc dans notre âme pour y établir leur demeure.
Lorsque nous comprenons — si peu que ce soit ces vérités fondamentales, notre manière d'être se transforme. Nous avons faim de Dieu, et nous faisons nôtres ces paroles du Psaume : Mon Dieu, je te cherche de tous mes sens, mon âme a soif de toi, après toi languit ma chair, terre sèche, altérée, sans eau.. Et Jésus, qui a suscité Lui-même ces élans, vient à notre rencontre pour nous dire : Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi et qu'il boive, celui qui croit en moi. Il nous offre son Cœur pour que nous trouvions le repos et la force. Si nous accueillons son appel, nous éprouverons la vérité de ses paroles : notre faim, notre soif croîtront au point de désirer que Dieu établisse en notre cœur le lieu de son repos et qu'Il n'éloigne pas de nous sa chaleur et sa lumière.
Ignem veni mittere in terram, et quid volo nisi ut accendatur ? Je suis venu apporter le feu sur la terre, et comme je voudrais que déjà il fût allumé !. Nous nous sommes rapprochés un peu de ce feu de l'amour divin ; que son impulsion ébranle nos vies, nous pousse à transmettre le feu divin d'une extrémité à l'autre du monde, pour le répandre chez ceux qui nous entourent : afin qu'eux aussi découvrent la paix du Christ et, avec elle, le bonheur. Un chrétien qui vit uni au Cœur de Jésus, ne peut avoir d'autre but que la paix dans la société, la paix dans l'Église, la paix dans son âme, la paix de Dieu, qui sera consommée lorsque son Règne viendra jusqu'à nous.
Marie, Regina pacis, Reine de la Paix, toi qui as eu la foi, toi qui as cru à l'accomplissement de la promesse de l'ange, aide-nous à croître dans la foi, à être fermes dans l'espérance, à pénétrer profondément dans l'Amour. Car c'est bien ce qu'attend de nous aujourd'hui ton Fils, lorsqu'Il nous révèle son Cœur Très Sacré.
 
 
 
La sainte Vierge cause de notre joie
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Assumpta est Maria in cœlum, gaudent angeli. La joie règne parmi les anges et les hommes parce que Marie a été élevée au ciel, corps et âme, par Dieu. Pourquoi ressentons-nous aujourd'hui cette joie profonde qui fait que notre cœur semble vouloir bondir de la poitrine, et que notre âme s'inonde de paix ? C'est que nous célébrons la glorification de notre Mère et qu'il est naturel que nous, ses enfants, nous nous réjouissions spécialement de voir de quelle façon la Très Sainte Trinité l'honore.
Le Christ, son très saint Fils et notre frère, nous l'a donnée pour Mère au Calvaire, en disant à saint Jean : voici ta Mère. Et nous l'avons reçue, avec le disciple bien-aimé, en cette heure d'immense affliction. Sainte Marie nous a recueillis dans la douleur, alors que s'accomplissait l'ancienne prophétie : et un glaive te transpercera l'âme... Nous sommes tous ses enfants ; elle est la Mère de l'humanité entière. Et maintenant l'humanité commémore son ineffable Assomption : Marie, fille de Dieu le Père, mère de Dieu le Fils, épouse de Dieu le Saint-Esprit, monte au ciel. Au-dessus d'elle, il n'y a que Dieu, et Lui seul.
Le mystère d'amour
Mystère d'amour que celui-ci. La raison humaine ne parvient pas à le comprendre. Seule la foi réussit à expliquer qu'une créature ait pu être élevée à une telle dignité, qu'elle devienne l'objet aimé de toutes les complaisances de la Trinité. Nous savons que c'est un secret divin. Mais, parce qu'il s'agit de notre Mère, nous avons plus de facilité — si l'on peut dire — pour comprendre cette vérité de foi que d'autres.
Qu'aurions-nous fait, si nous avions pu choisir notre mère ? je pense que nous aurions élu celle que nous avons, et que nous l'aurions comblée de toutes les grâces. C'est ce qu'a fait le Christ ; dans Sa Toute-puissance infinie, Son infinie Sagesse et Son Amour, Il a pu accomplir tout ce qu'Il voulait.
Voyez comme les chrétiens ont découvert, depuis longtemps déjà, ce raisonnement : il convenait — écrit saint Jean Damascène — que celle qui avait garde intacte sa virginité dans l'enfantement, conservât son corps exempt de toute corruption après la mort. Il convenait que celle qui avait porté dans son sein, sous la forme d'un enfant, le Créateur, résidât dans la semence divine. Il convenait que l'Épouse de Dieu pénétrât dans la maison céleste. Il convenait que celle qui avait vu son Fils sur la Croix et reçu ainsi dans son cœur la douleur dont elle avait été exempte au moment de l'enfantement, contemplât ce Fils assis à la droite du Père. Il convenait que la Mère de Dieu possédât ce qui revient à son Fils, et qu'elle fût honorée comme Mère et Servante de Dieu par toutes les créatures.
Plus d'une fois, les théologiens ont avancé semblable argument pour expliquer, dans la mesure du possible, le sens de cette surabondance de grâces dont Marie se trouve revêtue et dont son Assomption vers les cieux constitue l'accomplissement. Ils affirment : Cela convenait, Dieu pouvait le faire, Il le fit donc. On ne saurait expliquer plus clairement pourquoi le Seigneur a concédé à sa Mère, dès le premier instant de son Immaculée Conception, tous les privilèges. Elle a été préservée de l'emprise de Satan ; elle est belle tota pulchra ! —, immaculée, toute pure d'âme et de corps.
 
Le mystère du sacrifice silencieux
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Remarquez cependant que, si Dieu a voulu exalter sa Mère, Marie n'en a pas moins connu durant sa vie terrestre la douleur, la fatigue, les clairs-obscurs de la foi. À cette femme du peuple qui, un jour, éclata en louanges envers Jésus en s'exclamant : Heureuses les entrailles qui t'ont porté et les seins qui t'ont allaité, le Seigneur répondit : Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et la gardent ! C'était l'éloge de sa Mère, de son fiat — '« que cela se fasse ' » — sincère, généreux, sans limite, qui se manifeste, non par des actions voyantes, mais par un sacrifice quotidien, silencieux et caché.
En méditant ces vérités, nous comprenons un peu mieux la logique de Dieu ; nous nous rendons compte que ce n'est pas la réalisation des grands faits d'armes que nous imaginons parfois qui fait la valeur surnaturelle de notre vie, mais l'acceptation fidèle de la volonté divine et la générosité dans le sacrifice de chaque jour.
Si nous voulons devenir '« divins ' », si nous voulons nous revêtir de la plénitude de Dieu, il nous faut commencer par être très humains, en assumant face à Lui notre condition d'hommes ordinaires, et en sanctifiant notre apparente petitesse. Ainsi vécut Marie. Celle qui est pleine de grâces, qui est l'objet de toutes les faveurs de Dieu, qui a été établie au-dessus des anges et des saints, a mené une existence normale. Marie est une créature comme nous-mêmes, avec un cœur comme le nôtre, capable de joies et d'allégresse, de souffrances et de larmes. Avant que Gabriel ne lui fasse connaître la volonté de Dieu, Notre Dame ignore qu'elle a été choisie de toute éternité pour être la Mère du Messie. Elle se considère comme peu de chose : c'est pourquoi elle reconnaît ensuite, avec une humilité profonde, que le Tout-Puissant a fait en elle de grandes choses.
Quel contraste entre la pureté, l'humilité et la générosité de Marie et notre misère, notre égoïsme. Il est normal que, après l'avoir découvert, nous ressentions le désir de l'imiter ; nous sommes des créatures de Dieu, comme Elle, et notre effort pour être fidèle suffit pour que, en nous aussi, le Seigneur fasse de grandes choses. Notre petitesse ne sera pas un obstacle : car Dieu choisit ce qui a peu de prix, pour qu'ainsi éclate davantage la puissance de son amour.
 
Imiter Marie
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Notre Mère est un modèle de réponse à la grâce et, si nous contemplons sa vie, le Seigneur nous éclairera pour que nous sachions diviniser notre existence ordinaire. Tout au long de l'année, lorsque nous célébrons les fêtes mariales, et bien souvent chaque jour, nous chrétiens, nous pensons à la Vierge. Si nous profitons de ces instants pour imaginer comment se comporterait Notre Mère dans ces taches qui nous incombent, peu à peu nous imiterons son exemple et nous finirons par lui ressembler, comme les enfants ressemblent à leur mère.
Commençons par imiter son amour. La charité ne s'arrête pas aux sentiments ; elle doit se manifester en paroles et, avant tout, en actes. La Vierge n'a pas seulement prononcé un fiat, mais elle a accompli, à tout moment, sa ferme et irrévocable décision. Nous devons agir de même : lorsque l'amour de Dieu nous pousse et que nous découvrons ce qu'Il veut, nous devons nous engager à être fidèles, loyaux, et à l'être vraiment. Car ce n'est pas en me disant '« Seigneur, Seigneur ' », qu'on entrera dans le Royaume des Cieux, mais c'est en faisant la volonté de mon Père qui est dans les cieux.
Nous devons imiter l'élégance naturelle et surnaturelle de Marie. C'est une créature privilégiée dans l'histoire du salut : en Elle, le Verbe s'est fait chair et a demeure parmi nous. Elle fut un témoin plein de délicatesse et qui passa inaperçu ; elle ne voulut pas recevoir de louanges, car elle n'ambitionnait pas la gloire pour elle-même. Marie est témoin des mystères de l'enfance de son Fils, mystères normaux si l'on peut s'exprimer ainsi : à l'heure des grandes miracles, des acclamations des foules, elle s'efface. À Jérusalem, lorsque le Christ — montant un petit âne — est acclamé comme Roi, Marie n'est pas là. Mais on la retrouve près de la Croix, lorsque tout le monde fuit. Cette conduite a la saveur naturelle de la grandeur, de la profondeur et de la sainteté de son âme.
Efforçons-nous d'imiter son obéissance à la volonté de Dieu, obéissance où se mêlent harmonieusement noblesse et soumission. Chez Marie, rien ne rappelle l'attitude de ces vierges folles qui obéissent, il est vrai, mais sans réfléchir. Notre Dame écoute avec attention ce que Dieu veut d'elle ; elle médite ce qu'elle ne comprend pas ; elle interroge sur ce qu'elle ne sait pas. Ensuite, elle s'applique de tout son être à accomplir la volonté divine : je suis la servante du Seigneur ; qu'il m'advienne selon ta parole ! Quelle merveille ! Sainte Marie, notre exemple en toutes choses, nous apprend maintenant que l'obéissance à Dieu n'est pas servilité, qu'elle ne subjugue pas notre conscience. Au contraire, elle nous incite intérieurement à découvrir la liberté des fils de Dieu.
 
Une école de prière
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Le Seigneur vous a sans doute déjà accordé de découvrir d'autres aspects de cette réponse fidèle de la Très Sainte Vierge ; aspects qui se présentent spontanément et nous invitent à la prendre pour modèle : sa pureté, son humilité, sa force de caractère, sa générosité, sa fidélité... Je voudrais vous parler de l'un d'entre eux, qui les comprend tous, car il est la condition du progrès spirituel : la vie de prière.
Si nous voulons profiter des grâces que notre Mère attire sur nous aujourd'hui, et suivre à tout moment les inspirations de l'Esprit Saint, pasteur de nos âmes, nous devons nous attacher sérieusement à développer notre vie d'intimité avec Dieu. Nous ne pouvons pas nous dissimuler sous l'anonymat ; si la vie intérieure n'est pas une rencontre personnelle avec Dieu, elle n'existe pas. La superficialité n'est pas chrétienne. Admettre la routine, dans la lutte ascétique, équivaut à signer l'acte de décès de l'âme contemplative. Dieu nous recherche un par un et nous devons Lui répondre, un par un : me voici, Seigneur, puisque tu m'as appelé.
Prier, nous le savons tous, c'est parler avec Dieu ; mais de quoi, demandera-t-on peut-être, de quoi donc, si ce n'est des choses de Dieu et de celles qui remplissent notre journée ? De la naissance de Jésus, de son chemin sur cette terre, de sa vie cachée et de sa prédication, de ses miracles, de sa Passion Rédemptrice, de sa Croix et de sa Résurrection. Puis, en présence du Dieu unique en trois Personnes, avec la Médiation de sainte Marie et l'intercession de saint Joseph, Notre Père et Seigneur — que j'aime et que je vénère tant —, nous parlerons de notre travail de tous les jours, de notre famille, de nos amis, de nos grands projets et de nos petites misères.
Le thème de ma prière, c'est ma vie. C'est ainsi que je procède et, lorsque je considère ma situation, une résolution surgit tout naturellement, ferme et décidée : celle de changer, de devenir meilleur et d'être plus docile à l'amour de Dieu. Une résolution sincère, concrète, et qui s'accompagnera toujours d'une demande pressante, mais pleine de confiance, à l'Esprit Saint, pour qu'Il ne nous abandonne pas, car tu es, Seigneur, ma citadelle.
Nous sommes des chrétiens ordinaires, nous exerçons les professions les plus variées ; nos activités empruntent des voies ordinaires ; tout se déroule selon un rythme prévisible. Nos journées semblent toutes pareilles, presque monotones... C'est vrai, mais cette vie, qui paraît si commune, a une valeur divine ; elle intéresse Dieu, car le Christ veut s'incarner dans nos occupations, et animer jusqu'aux plus humbles de nos actions.
C'est là une réalité surnaturelle, nette et sans équivoque ; ce n'est pas une simple considération destinée à consoler, à réconforter ceux qui n'arriveront pas à inscrire leurs noms dans le livre d'or de l'histoire. Le Christ s'intéresse à ce travail que nous devons réaliser — mille et mille fois — au bureau, à l'usine, à l'atelier, à l'école, aux champs, lorsque nous exerçons un métier manuel ou intellectuel. Le Christ s'intéresse aussi à ce sacrifice caché qui consiste à ne pas déverser sur les autres le fiel de notre mauvaise humeur.
Pensez à cela dans la prière. Profitez-en pour dire à Jésus que vous L'adorez, et c'est alors que vous serez pleinement contemplatifs au milieu du monde, parmi les bruits de la rue : partout. Voilà la première leçon que nous pouvons tirer de notre commerce intime avec Jésus-Christ Cette leçon, c'est Marie qui saura le mieux nous l'enseigner, car la sainte Vierge a toujours conservé cette attitude de foi, de vision surnaturelle à l'égard de tout ce qui survenait autour d'elle : elle gardait fidèlement tous ces souvenirs en son cœur. Lc 2, 51.
Supplions aujourd'hui sainte Marie de nous rendre contemplatifs, de nous apprendre à bien comprendre les appels incessants que le Seigneur renouvelle à la porte de notre cœur. Prions-la : Mère, tu nous as amené Jésus sur cette terre, Lui qui nous révèle l'amour de Dieu notre Père ; aide-nous à Le découvrir, au milieu des multiples occupations de chaque jour ; apprends à notre intelligence et à notre volonté à écouter la voix de Dieu et les appels de la grâce.
 
Éducatrice d'apôtres
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Mais ne pensez pas seulement à vous : ouvrez grand votre cœur pour qu'il puisse contenir l'humanité entière. Pensez, avant tout, à ceux qui vous entourent à vos parents, à vos frères, à vos amis, à vos compagnons —et cherchez comment vous pourriez les amener à approfondir leur amitié avec Notre Seigneur. Si ce sont des personnes droites et honnêtes, capables de s'approcher davantage de Dieu, placez-les de façon spéciale sous la protection de Notre Dame. Et priez aussi pour tant et tant d'âmes que vous ne connaissez pas, parce que nous autres hommes, nous sommes tous embarqués sur le même bateau.
Soyez loyaux et généreux. Nous faisons partie d'un seul corps, le Corps Mystique du Christ, de l'Église sainte à laquelle sont appelés bien des hommes qui cherchent la vérité avec droiture. C'est pourquoi nous avons la grave obligation de montrer aux autres la qualité et la profondeur de l'amour du Christ. Le chrétien ne peut être égoïste ; s'il l'était, il trahirait sa propre vocation. Ce n'est pas une attitude chrétienne que de se contenter de conserver son âme en paix — fausse paix que celle-là — et de se désintéresser du bien des autres. Si nous avons accepté l'authentique signification de la vie humaine — que la foi nous a révélée —, il est impensable que nous restions tranquilles, convaincus que nous agissons bien, alors que nous ne nous efforçons pas de façon pratique et concrète d'approcher les autres de Dieu.
Dans l'apostolat, il y a un obstacle réel : une fausse conception du respect, la crainte d'aborder des thèmes spirituels, parce que nous pressentons qu'une telle conversation ne sera pas opportune dans certains milieux, parce qu'elle risquera de froisser les susceptibilités. Combien de fois ces pensées masquent-elles l'égoïsme ! Il ne s'agit pas de froisser qui que ce soit, mais plutôt de servir. Bien que nous en soyons personnellement indignes, la grâce de Dieu fait de nous des instruments capables d'être utiles aux autres et de leur communiquer cette bonne nouvelle : Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité.
Avons-nous le droit de nous introduire ainsi dans la vie des autres ? Oui, et c'est même nécessaire. Le Christ s'est bien introduit dans notre vie sans nous en demander la permission ! C'est ainsi qu'Il a agi Lui aussi avec les premiers disciples : comme Il longeait la mer de Galilée, Il aperçu ut Simon et André son frère, qui jetaient l'épervier dans la mer ; car c'étaient des pêcheurs. Et Jésus leur dit : '« Venez à ma suite et je ferai de vous des pêcheurs d'hommes. ' »' Chacun garde la liberté, la fausse liberté de répondre non à Dieu, comme ce jeune homme encombré de richesses, dont saint Luc nous parle. Mais le Seigneur, et nous aussi — car Il nous l'a ordonné : allez par le monde entier, proclamez la bonne nouvelle, nous avons le droit et le devoir de parler de Dieu, de ce sujet humain entre tous, car le désir de Dieu est ce qu'il y a de plus profond au cœur de l'homme.
Sainte Marie, Regina apostolorum, reine de tous ceux qui aspirent ardemment à faire connaître l'amour de ton Fils, toi qui comprends si bien nos misères, demande pardon pour notre vie ; pour ce qui, en nous, aurait pu être flamme et fut cendre ; pour cette lumière qui a cessé d'éclairer, pour ce sel qui est devenu insipide. Mère de Dieu, toi qui obtiens tout ce que tu demandes, donne-nous, en même temps que le pardon, la force de vivre vraiment de foi et d'amour, pour pouvoir apporter aux autres la foi du Christ.
 
Une seule recette : la sainteté personnelle
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La meilleure manière de ne jamais perdre notre audace apostolique, cette soif authentique de servir tous les hommes, n'est autre que la plénitude de la vie de foi, d'espérance et d'amour ; en un mot, la sainteté je ne vois pas d'autre recette que celle-là : la sainteté personnelle.
Aujourd'hui, en union avec toute l'Église, nous célébrons le triomphe de la Mère, de la Fille et de l'Épouse de Dieu. Et, tout comme nous nous réjouissons, au moment de la Résurrection du Seigneur, trois jours après sa mort, nous nous réjouissons maintenant parce que Marie, après avoir accompagné Jésus de Bethléem à la Croix, est à côte de Lui, avec son corps et avec son âme, et jouit de la gloire pour toute l'éternité. Telle est la mystérieuse économie divine : Notre Dame, en raison de sa participation complète à l'œuvre de notre salut, devait suivre de près les pas de son Fils : la pauvreté de Bethléem, la vie cachée de travail ordinaire à Nazareth, la manifestation de la divinité à Cana de Galilée, les outrages de la Passion, le divin Sacrifice de la Croix et l'éternelle béatitude du Paradis.
Tout cela nous concerne directement, car ce chemin surnaturel doit être aussi le nôtre. Marie nous montre que cette vole est praticable et qu'elle est sûre. Elle nous a précédés sur le chemin de l'imitation du Christ, et la glorification de Notre Mère représente pour nous la ferme espérance de notre salut. C'est pourquoi nous l'appelons spes nostra et causa nostræ laetitiæ, notre espérance et la cause de notre joie.
Nous ne pourrons jamais perdre l'assurance d'arriver à être saints, de répondre aux appels de Dieu, et de persévérer jusqu'au bout. Dieu, qui a commencé en nous l'œuvre de notre sanctification, la mènera à son terme. Car si le Seigneur est pour nous, qui peut être contre nous ? Lui qui n'a pas épargne son propre Fils, mais L'a livré pour nous tous, comment ne nous fera-t-Il pas don de tout avec Lui ?
En cette fête, tout nous invite à la joie. La ferme espérance de notre sainteté personnelle est un don de Dieu. Mais l'homme ne peut demeurer passif. Rappelez-vous ces mots du Christ : Si quelqu'un veut venir à ma suite, qu'il se renonce lui-même, qu'il prenne sa croix chaque jour et qu'il me suive Vous voyez ? La croix, chaque jour. Nulla dies sine cruce ! pas un jour sans la Croix : pas une seule journée sans nous charger de la croix du Seigneur, sans prendre sur nous son joug. C'est pourquoi je n'ai pas voulu omettre non plus de vous rappeler que la joie de la Résurrection est la conséquence de la douleur de la Croix.
N'ayez crainte, cependant, car le Seigneur lui-même nous a dit : Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau : c'est moi qui vous soulagerai. Prenez sur vous mon joug et mettez-vous à mon école : je suis doux et humble de cœur ; et vous trouverez du soulagement pour votre être, car mon joug est agréable et mon fardeau léger. Venez — commente saint Jean Chrysostome —, non pas pour rendre compte mais pour être délivres de vos péchés venez, car je n'ai pas besoin de votre gloire, celle que vous pouvez m'apporter : j'ai besoin de votre salut.. n'ayez pas peur, en entendant parler de joug, car il est doux ; n'ayez pas peur si je parle de fardeau, car il est léger.
Le chemin de notre sanctification personnelle passe, chaque jour, par la Croix : ce n'est pas un chemin morose, car c'est le Christ lui-même qui nous aide : et avec Lui il n'y a pas de place pour la tristesse. In lætitia, nulla dies sine cruce !  me plaît-il de répéter ; avec l'âme débordante de joie, pas un jour sans la Croix.
 
 
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La joie est un bien qui appartient au chrétien. Elle ne disparaît que devant l'offense à Dieu : car le péché vient de l'égoïsme, et l'égoïsme engendre la tristesse et, même alors, cette joie demeure enfouie sous les braises de l'âme, car nous savons que Dieu et sa Mère n'oublient jamais les hommes. Si nous nous repentons, s'il jaillit de notre cœur un acte de douleur, si nous nous purifions par le saint sacrement de la pénitence, Dieu s'avance à notre rencontre et nous pardonne. Alors, il n'y a plus de tristesse : il est tout à fait juste de se réjouir puisque ton frère que voici était mort et il est revenu à la vie ; il était perdu et il est retrouve.
Ces paroles terminent l'admirable épilogue de la parabole du fils prodigue, que nous ne nous lasserons jamais de méditer : voici que le Père s'avance à ta rencontre ; il inclinera sa tête sur ton épaule, il te donnera un baiser, gage d'amour et de tendresse ; il te fera remettre un vêtement, un anneau et des chaussures. Tu crains encore une réprimande : il te rend ta dignité ; tu crains un châtiment : il te donne un baiser ; tu as peur d'un mot de reproche : il prépare un festin à ton intention.
L'amour de Dieu est insondable. S'Il agit ainsi à l'égard de celui qui l'a offensé, que ne fera-t-Il pas pour honorer sa Mère, l'immaculée, Virgo fidelis, la Très Sainte Vierge, toujours fidèle ?
Si tel est l'amour de Dieu, alors que le fond du cœur humain est si souvent traître, misérable, qu'en sera-t-il du Cœur de Marie, qui n'a jamais oppose le moindre obstacle à la volonté de Dieu ?
Voyez comme la liturgie de cette fête insiste sur l'impossibilité de comprendre l'infinie miséricorde du Seigneur à l'aide de raisonnements humains ; plutôt que d'expliquer, elle chante ; elle frappe l'imagination afin que chacun mette toute son ardeur à louer. Car nous n'irons jamais assez loin : un grand signe apparut dans le ciel : une Femme vêtue du soleil, la lune sous les pieds et une couronne de douze étoiles sur la tête. Le roi est tombe amoureux de ta beauté Comme elle resplendit, la fille du roi, avec son vêtement brode d'or !.
La liturgie va se terminer sur des paroles de Marie, qui réunissent à la fois la plus grande humilité et la plus grande gloire : toutes les générations à venir, en effet, me diront bienheureuse, car le Puissant a fait pour moi de grandes choses.
Cor Mariæ dulcissimum, iter para tutum ; Cœur très doux de Marie, accorde-nous la force et la sécurité tout au long de ce chemin sur la terre : sois, toi-même, notre chemin, car tu connais le sentier et le raccourci infaillible qui mènent, par ton amour, à l'amour de Jésus-Christ.
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