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Matthieu 2, 12

 

12 Mais ensuite, avertis en songe de ne pas retourner chez Hérode, ils regagnèrent leur pays par un autre chemin.

 

Saint Augustin. L’impie Hérode, que la crainte rendait cruel, voulait donner un libre cours à sa fureur, mais comment pouvait-il se rendre maître par la ruse de celui qui venait détruire toutes les ruses et les perfidies ? C’est pour nous apprendre comment sa perfidie fut déjouée que l’Évangéliste ajoute : " Et ayant reçu en songe un avertissement. " — Saint Jérôme. Ceux qui ont offert leurs présents au Seigneur en reçoivent un avertissement ; ce n’est point par un ange qu’il leur est donné, pour rendre plus éclatant le privilège que Joseph devait à ses vertus. — La Glose. Cet avertissement vient du Seigneur lui-même, car nul autre ne peut indiquer la voie du retour que celui qui a dit : " Je suis la voie. " Toutefois ce n’est pas l’enfant qui leur parle, pour ne pas révéler sa divinité avant le temps, et pour confirmer au contraire la vérité de son humanité. L’Évangéliste dit : " Et ayant reçu réponse, " car de même que Moïse criait vers Dieu tout en gardant le silence, de même les Mages interrogeaient par leurs pieux désirs la volonté divine. Il est dit encore : " Ils s’en retournèrent en leur pays par un autre chemin, " parce qu’ils ne devaient plus se mêler à l’incrédulité des Juifs.

Saint Jean Chrysostome. (hom. 8 sur S. Matth.) Considérez la foi des Mages : ils ne sont pas scandalisés de cet avertissement, et ils ne disent pas : Si cet enfant est si puissant, pourquoi cette fuite, pourquoi ce retour secret ? Un des caractères de la vraie foi, c’est de ne pas rechercher les raisons des ordres qui nous sont donnés, mais d’y acquiescer avec docilité. — Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth.) Si les Mages avaient recherché le Christ comme un roi de ce monde, ils seraient demeurés près de lui après l’avoir trouvé : tandis qu’après avoir adoré ce roi du ciel ils s’en vont dans leur pays. Lorsqu’ils furent de retour, ils se montrèrent plus que jamais adorateurs fidèles du vrai Dieu ; ils en instruisirent un grand nombre par leurs prédications, et lorsque saint Thomas arriva plus tard dans ces contrées, ils se joignirent à lui et après avoir reçu le baptême ils devinrent ses coadjuteurs dans l’apostolat.

Saint Grégoire le Grand. (hom. 10 sur les Ev.) Les Mages en retournant dans leur pays par un autre chemin nous donnent une grande leçon. Notre patrie, c’est le ciel, et après avoir connu le Sauveur Jésus, nous ne pouvons y retourner par la voie que nous avons d’abord suivie. En effet nous nous sommes éloignés de notre patrie par l’orgueil, par la désobéissance, par l’attachement aux choses visibles, et en goûtant au fruit défendu ; nous ne pouvons y revenir que par les larmes, par l’obéissance, par le mépris des choses de la terre et la mortification des désirs de la chair. — Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth.) D’ailleurs Il n’était pas possible que ceux qui avaient quitté Hérode pour venir trouver Jésus-Christ, retournassent vers ce roi impie et cruel. Ceux en effet qui abandonnent Jésus-Christ et qui passent au démon par le péché, reviennent à Jésus-Christ par la pénitence. Celui qui a vécu jusqu’alors dans l’innocence, ignore le mal et se laisse facilement tromper ; mais lorsqu’il a connu par expérience le mal dans lequel il est tombé, et qu’il se rappelle le bien qu’il a perdu, il revient à Dieu, le repentir dans le cœur. Or l’homme qui abandonne le démon pour venir à Jésus-Christ revient difficilement au démon, parce que la joie qu’il goûte au milieu des biens qu’il a retrouvés, et le souvenir des maux auxquels il a échappé, lui rendent difficile le retour vers le mal.

 

 

Matthieu 2, 13-15

 

13 Après le départ des mages, l'ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph et lui dit : « Lève-toi ; prends l'enfant et sa mère, et fuis en Égypte. Reste là-bas jusqu'à ce que je t'avertisse, car Hérode va rechercher l'enfant pour le faire périr. »

14 Joseph se leva ; dans la nuit, il prit l'enfant et sa mère, et se retira en Égypte,

15 où il resta jusqu'à la mort d'Hérode. Ainsi s'accomplit ce que le Seigneur avait dit par le prophète : D'Égypte, j'ai appelé mon fils.

 

Raban Maure. Saint Matthieu passe sous silence la cérémonie de la Purification dans laquelle on devait présenter au temple l’enfant premier-né, et offrir un agneau, ou deux tourterelles, ou deux petits de colombes. Malgré la crainte que leur inspirait Hérode, les parents de Jésus n’osèrent transgresser la loi qui les obligeait à porter l’enfant au temple. Mais lorsque le bruit de la naissance de l’enfant commença à se répandre, un ange fut envoyé pour avertir Joseph de transporter l’enfant en Égypte : " L’ange du Seigneur apparut en songe à Joseph, mi poursuit l’Évangéliste. Rémig. — L’ange est toujours envoyé à Joseph pendant son sommeil, et ce saint patriarche est la figure de ceux qui, s’affranchissant des soins de la terre et des préoccupations du monde méritent d’être favorisés de la vision des anges. L’ange lui dit donc : " Levez-vous, prenez la mère et l’enfant. " — Saint Hilaire. Pour exprimer qu’elle était fiancée à cet homme juste, l’Évangéliste l’appelle son épouse ; mais après l’enfantement, il ne la présente plus que comme la mère de Jésus, et ce n’est pas sans raison : le mariage avec le juste Joseph devait être regardé comme le plus sûr garant de la virginité de Marie, et cette virginité était comme consacrée dans la mère de Jésus par sa maternité divine.

Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth.) — L’ange ne dit pas : " Prenez la mère et l’enfant, " mais " prenez l’enfant et la mère ; car l’enfant n’est pas né pour la mère, mais la mère a été préparée pour l’enfant : " Et fuyez en Égypte. " Mais comment le Fils de Dieu peut-il fuir devant un homme ? Qui nous délivrera de nos ennemis, si lui-même en est réduit à craindre les siens ? Il fallait d’abord qu’il se soumît en cela aux conditions de la nature humaine qu’il avait prise, conditions qui exigent tille la nature humaine et l’enfance abandonnée à elle-même fuient devant un pouvoir qui les menace. En second lieu, c’est une leçon donnée aux chrétiens, qui ne doivent point rougir de prendre la fuite lorsque la persécution la rend nécessaire. Mais pourquoi fuir en Égypte ? Le Seigneur dont la colère ne dure pas éternellement, s’est souvenu de tous les maux dont Il avait autrefois accablé l’Égypte, et il lui envoie son Fils pour lui donner un signe éclatant de réconciliation. Il veut ainsi guérir par cet unique et puissant remède les dix plaies anciennes de l’Égypte. Il veut aussi que le peuple qui a été autrefois le persécuteur de son peuple premier-né, devienne le gardien de son Fils unique ; que ceux qui ont fait peser sur ce peuple leur domination tyrannique soient les serviteurs les plus empressés de son Fils, et qu’au lieu d’aller s’engloutir dans les flots de la mer Rouge ils soient appelés à se plonger dans les eaux vivifiantes du baptême. — Saint Augustin. Prêtez l’oreille à ce grand mystère. Moïse avait autrefois répandu une profonde nuit sur l’Égypte perfide ; le Christ en arrivant dans cette contrée rend la lumière à ceux qui étaient assis dans les ténèbres ; il fuit, mais c’est pour éclairer et non pas pour se dérober à ses ennemis.

Suite. " Et demeurez-y jusqu’à ce que je vous le dise ; car Hérode cherche l’enfant pour le faire mourir. " Ce tyran infortuné craignait d’être précipité de son trône par l’avènement du Sauveur ; il se trompait, le Christ n’était pas venu pour s’emparer de la puissance et de la gloire des autres, mais pour communiquer la sienne.

Suite. " Et il prit la mère et l’enfant pendant la nuit, et il se retira en Égypte. " Saint Hilaire. — Ajoutez, pleine d’idoles. C’est ainsi que persécuté par les Juifs il les abandonne à leur ignorance et se présente au monde de la Gentilité pour en être adoré. — Saint Jérôme. Lorsque Joseph prend la mère et l’enfant pour fuir en Égypte, c’est pendant la nuit et dans les ténèbres ; lorsqu’il retourne dans la Judée, il n’est plus fait mention ni de la nuit ni de l’obscurité. — Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth.) Les angoisses produites par la persécution sont comparées à la nuit, comme la consolation est figurée par la lumière du jour. — Raban Maure. Peut-être aussi est-ce que les ennemis de la lumière restèrent plongés dans les ténèbres par le départ de la lumière, et qu’ils furent de nouveau éclairés par son retour. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 8 sur S. Matth.) Voyez, à peine l’enfant est-il né, le tyran entre en fureur, et la mère avec l’enfant sont obligés de fuir dans une terre étrangère. Si donc après vous être dévoués a une œuvre spirituelle, la tribulation vient fondre sur vous, ne vous troublez pas, mais profitez de cet exemple pour supporter tout avec courage. — Saint Bède. (hom. sur les SS. Innocents.) Le Sauveur obligé de fuir en Égypte sur les bras de ses parents nous apprend que souvent les bons sont chassés de leurs demeures, et quelquefois même jetés en exil par la perversité des méchants. Jésus, qui devait donner aux siens ce commandement : Quand on vous persécutera dans une ville, fuyez dans une autre, pratique le premier ce qu’il recommande aux autres, et il fuit devant un homme, comme s’il était un homme mortel, lui qu’une étoile du haut du ciel a présenté comme Dieu aux adorations des Mages. — Rémig. Isaïe avait prédit cette fuite du Seigneur en Égypte en ces termes (Is 19, 1) : Voici que le Seigneur est porté sur un nuage léger, il entrera en Égypte et il renversera les idoles de l’Égypte.

Saint Matthieu a pour habitude d’appuyer toujours ce qu’il avance de quelque témoignage, parce qu’il écrivait pour les Juifs ; c’est pour cela qu’il ajoute : " Afin que cette parole que le Seigneur avait dite par le prophète fut accomplie : " J’ai rappelé mon Fils de l’Égypte. " — Saint Jérôme. (De la meilleure manière d’interprét.) On ne lit point cette prophétie dans les Septante, mais le texte hébreu d’Osée porte littéralement : " J’ai aimé Israël lorsqu’il n’était qu’un enfant ; j’ai appelé mon Fils de l’Égypte, " ce que les Septante ont traduit : " J’ai aimé Israël lorsqu’il n’était qu’un enfant, j’ai appelé ses enfants de l’Égypte.

Saint Jérôme. (sur Osée.) L’Évangéliste cite ce témoignage du prophète parce qu’il se rapporte figurativement au Christ. Il faut remarquer en effet que ce prophète comme tous les autres prédirent l’avènement du Christ et la vocation des Gentils, en ne laissant jamais entièrement de côté le fond historique du récit. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 8 sur S. Matth.) C’est un des caractères de la prophétie dont l’application est fréquente, que ce qu’elle prédit des uns s’accomplit en d’autres ; nous en avons un exemple dans cette prophétie qui avait pour objet Siméon et Lévi : " Je les diviserai dans Jacob, et je les disperserai au milieu d’Israël, " et qui n’a pas été accomplie dans ces deux enfants de Jacob, mais dans leurs descendants. C’est ce que nous voyons encore ici ; car le Christ est le Fils de Dieu par nature et c’est en lui que la prophétie a son véritable accomplissement. — Saint Jérôme. Nous pouvons encore donner une autre explication en faveur de ceux qui se rendent difficilement, en produisant ce témoignage tiré du Livre des Nombres, où Balaam dit : " Dieu l’a appelé de l’Égypte, sa gloire est comme celle du rhinocéros. " — Rémig. Joseph représente ici les prédicateurs de l’Évangile ; Marie, la sainte Écriture ; l’enfant, la connaissance du Sauveur ; la persécution d’Hérode, celle qu’eut à souffrir la primitive Église ; la fuite de Joseph en Égypte, le passage des apôtres chez les nations infidèles (l’Égypte signifie les ténèbres) ; le temps qu’il resta en Égypte, celui qui sépare l’Ascension de la venue de l’Antéchrist ; la mort d’Hérode, l’extinction de l’envie qui existait dans le cœur des Juifs.

 

 

Matthieu 2, 16

 

16 Alors Hérode, voyant que les mages l'avaient trompé, entra dans une violente fureur. Il envoya tuer tous les enfants de moins de deux ans à Bethléem et dans toute la région, d'après la date qu'il s'était fait préciser par les mages.

 

Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth.) Pendant que l’enfant Jésus soumettait les Mages à son empire non par sa puissance corporelle, mais par la grâce de l’Esprit, Hérode entrait en fureur de n’avoir pu persuader, lui assis sur le trône, ceux qu’avait su charmer Jésus, tout enfant qu’il était et couché dans une pauvre crèche. Le mépris que les Mages tirent de sa personne augmentèrent encore sa douleur, ce que l’Évangéliste exprime ainsi : " Alors Hérode, voyant qu’il avait été trompé par les Mages, entra dans une grande colère. " La colère des rois, lorsqu’elle est allumée par la passion du pouvoir, est comme un vaste incendie qu’on s’efforce vainement d’éteindre. Mais que fit-il ? Il envoya mettre à mort tous les enfants. De même qu’un animal féroce blessé déchire tout ce qui se présente comme étant la cause de sa blessure, ainsi Hérode trompé par les Mages décharge sa colère sur tous les enfants. Il se disait dans sa fureur : " Certainement les Mages ont trouvé cet enfant dont ils annonçaient la royauté future, " car un roi que tourmente l’ambition de régner soupçonne tout, parce qu’il craint tout. Il envoya donc des émissaires pour mettre à mort tous les enfants, et pour ensevelir un seul d’entre eux dans le trépas de tous les autres. — Saint Augustin. (serm. sur l’Epiph.) Et pendant qu’il persécute le Christ contemporain de ce roi cruel, il lui forme une armée éclatante des blanches insignes de la victoire. — Saint Augustin. Ce roi impie en mettant sa puissance au service de ces bienheureux enfants leur eût été moins utile que par les effets de sa haine, car plus la cruauté qui les persécuta fut grande, plus aussi fut brillante la grâce qui les mit en possession du bonheur. — Le même. O bienheureux enfants ! Que celui-là doute de la couronne que vous a méritée le martyre souffert pour Jésus-Christ, qui nie l’utilité du baptême de Jésus-Christ pour les enfants. Est-ce qu’en effet celui qui a pu avoir des anges pour prédicateurs de sa naissance, et des Mages pour adorateurs dans son berceau, n’aurait pas pu garantir ces enfants de la mort qu’ils ont soufferte pour lui, si cette mort devait être pour eux une perte sans retour, au lieu d’être le commencement d’une vie bien plus heureuse ? Gardons-nous de penser que le Christ qui venait sur la terre pour l’affranchissement et le salut de tous les hommes, n’ait rien fait pour la récompense des enfants qui mouraient pour lui, alors que lui-même, suspendu au bois de la croix, alla jusqu’à prier pour ses bourreaux.

Raban Maure. Non contents de porter la désolation dans Bethléem, il étendit sa fureur à tous les pays d’alentour, et sans aucune pitié pour cet âge innocent, il fit massacrer tous les enfants, depuis celui qui ne comptait qu’une nuit jusqu’aux enfants âgés de deux ans, comme l’indique le texte sacré : " Dans Bethléem et dans le pays d’alentour, depuis l’âge de deux ans et au-dessous. " — Saint Augustin. (serm. 7 sur l’Epiph.) Ce n’était pas seulement quelques jours auparavant que les Mages avaient vu cette étoile inconnue, mais depuis deux ans révolus, comme ils le firent savoir à Hérode qui s’en informait, et tel est le sens des paroles suivantes : " Selon le temps dont il s’était enquis exactement auprès des Mages. — Saint Augustin. (serm. sur les démons). Peut-être craignait-il que cet enfant, qui avait les étoiles à ses ordres, ne prît l’extérieur d’un enfant un peu au-dessus ou au-dessous de son âge, pour cacher l’époque de sa naissance. C’est pour cela qu’il fit mettre à mort tous ceux qui avaient deux ans jusqu’aux enfants qui ne comptaient qu’un jour de vie. — Saint Augustin. (de l’acc. des Ev., 2, 2.) Peut-être encore qu’Hérode, agité par la crainte de dangers plus imminents, fut distrait de la pensée de mettre à mort immédiatement ces enfants par des préoccupations d’un autre genre. Peut-être enfin put-il croire que les Mages trompés par l’apparition trompeuse d’une fausse étoile, avaient eu honte de revenir vers lui sans avoir trouvé l’enfant à la naissance duquel ils avaient cru ; il laissa donc tomber ses frayeurs et abandonna le dessein qu’il avait de perdre cet enfant ; et ainsi les parents de Jésus furent libres de le porter au temple le jour de la Purification. Qui ne voit en effet que ce seul jour put bien passer inaperçu aux yeux d’un roi absorbé par tant de soins divers ? Mais plus tard, lorsque le bruit de tout ce qui avait été dit et fait dans le temple se fut répandu, Hérode comprit qu’il avait été trompé par les Mages, et c’est alors qu’eut lieu le massacre de tous ces enfants que l’Évangile raconte en cet endroit.

Saint Bède. La mort de cet enfant fut une figure de la mort précieuse de tous les martyrs de Jésus-Christ. Ces enfants mis à mort dans un âge si tendre nous apprennent que c’est par l’humilité qu’on parvient à la gloire du martyre. Ce massacre, qui s’étend de Bethléem à tous les pays environnants, figure la persécution qui de la Judée, où l’Église prit naissance, devait se répandre par toute la terre. Ces martyrs de deux ans représentent les martyrs dont la science et les œuvres sont arrivées à la perfection ; ceux dont l’âge est au-dessous, les âmes qui ont la simplicité en partage. En permettant que ces enfants soient mis à mort, tandis que le Christ seul échappe au fer des bourreaux, Dieu nous apprend que les impies peuvent détruire les corps des martyrs, mais qu’ils ne peuvent leur enlever Jésus-Christ.

 

 

Matthieu 2, 17-18

 

17 Alors s'accomplit ce que le Seigneur avait dit par le prophète Jérémie :

18 Un cri s'élève dans Rama, des pleurs et une longue plainte : c'est Rachel qui pleure ses enfants et ne veut pas qu'on la console, car ils ne sont plus.

 

Saint Jean Chrysostome. (hom. 7 sur S. Matth.) Après nous avoir rempli d’horreur par le récit de ce cruel massacre, l’Évangéliste, pour en diminuer la pénible impression, nous montre qu’il ne s’est pas accompli à l’insu de Dieu ou en dépit de sa puissance, mais qu’il l’avait prédit lui-même par son prophète, et c’est pourquoi il ajoute : " Alors fut accompli, " etc. — Saint Jérôme. (sur Jr 31, 15). Saint Matthieu ne rapporte ce témoignage de Jérémie, ni d’après le texte hébreu, ni d’après les Septante ; ce qui prouve que les Évangélistes et les Apôtres n’ont suivi aucune version dans leurs citations, mais que comme Hébreux ils ont cité à leur manière et en hébreu ce qu’ils lisaient dans la sainte Écriture.

Saint Jérôme. (sur S. Matth.) Il ne faut pas prendre Rama pour le nom propre de ce lieu qui est près de Gaban ; le mot Rama signifie ici élevé, et il veut dire : " La voix s’est fait entendre sur les hauteurs, c’est-à-dire qu’elle a retenti au loin, dans une grande étendue. — Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth.) Ou bien peut-être, comme c’était pour déplorer la mort des innocents que cette voix se faisait entendre, elle retentissait sur les hauteurs, selon cette parole : " La voix du pauvre pénètre les nues " (Si 35, 20). Le mot pleurs exprime les cris des enfants, le mot hurlements les lamentations des mères. Mais pour les enfants la mort mettait fin à leurs douleurs, tandis que la douleur des mères se ravivait sans cesse dans le souvenir de leurs enfants. C’est pour cela qu’il est dit : " Il y eut de grands gémissements ; c’est Rachel qui pleurait ses enfants. "

Saint Jérôme. De Rachel est né Benjamin, et Bethléem n’est pas dans la tribu de Benjamin. On se demande donc pourquoi Rachel pleure les enfants de Juda (c’est-à-dire ceux de Bethléem) comme ses propres enfants. Nous répondrons en peu de mots que Rachel fut ensevelie près de Bethléem dans Ephrata, et qu’elle reçut le nom de mère parce que son tombeau se trouvait dans cette contrée. On peut dire aussi que les deux tribus de Juda et de Benjamin étant limitrophes, et Hérode ayant ordonné de tuer les enfants, non seulement dans Bethléem, mais dans tous les environs, on peut en conclure qu’un grand nombre d’enfants de la tribu de Benjamin furent enveloppés dans le massacre de ceux de Bethléem. — Saint Augustin. (Quest. sur le Nouv. et l’Anc. Test., cap. 62) Ou bien peut-être c’est parce que les enfants de Benjamin, qui appartenaient à Rachel, ayant été autrefois mis à mort par les autres tribus et détruits à jamais, cette malheureuse mère se lamente sur le sort de ses propres enfants, en voyant les enfants de sa sœur massacrés pour une cause si glorieuse que leur mort leur assurait l’héritage de la vie éternelle. En effet, quand le bonheur d’autrui vient ajouter à notre infortune nous en pleurons plus amèrement nos propres malheurs.

Rémig. L’Évangéliste, pour nous dépeindre d’une manière plus frappante l’étendue de cette douleur, va jusqu’à dire que Rachel, toute morte qu’elle était, a pleuré ses enfants et n’a pas voulu se consoler parce qu’ils ne sont plus. — Saint Jérôme. Ces dernières paroles peuvent avoir deux sens : ou parce que Rachel les croyait morts pour toujours, ou parce qu’elle ne voulait pas être consolée de la perte de ceux qu’elle savait devoir retrouver la vie. Tel serait donc le sens : " Elle ne voulut pas être consolée parce qu’ils ne sont plus, " c’est-à-dire : " Elle ne voulut pas être consolée de ce qu’ils n’étaient plus. "

Saint Hilaire. (sur le chap. 1 de S. Matth.) On ne pouvait dire de ces enfants qui paraissaient morts qu’ils avaient cessé d’exister, car la gloire du martyre les avait élevés jusqu’à la vie plus parfaite de l’éternité, mais la consolation devait tomber sur ce qui avait été perdu et non sur ce qui avait été glorifié. Rachel était la figure de l’Église dont la fécondité avait succédé à une longue stérilité. Ces gémissements qu’elle fait entendre n’ont pas pour objet les enfants qui lui ont été ravis, mais ceux qui les ont mis à mort et qu’elle eût voulu garder pour ses enfants. — Raban Maure. Ou bien Rachel signifie l’Église qui pleure la mort des saints arrachés à cette vie de la terre, et qui ne veut pas le la consolation de voir ceux qui ont triomphé du monde par leur trépas revenir de nouveau avec elle pour soutenir les mêmes combats, mais qui refuse toute consolation parce qu’ils ne doivent pas être rappelés à la vie. — La Glose. Ou bien elle ne veut pas être consolée dans la vie présente parce que ses enfants ne sont plus, et elle renvoie toute son espérance, toute sa consolation à la vie éternelle. — Raban Maure. Rachel (dont le nom signifie brebis ou voyante) est une belle figure de l’Église, dont toute l’intention se dirige vers la contemplation de Dieu, et qui est aussi cette centième brebis que le bon pasteur rapporte sur ses épaules.

 

Matthieu 2, 19-20

 

19 Après la mort d'Hérode, l'ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph en Égypte

20 et lui dit : « Lève-toi ; prends l'enfant et sa mère, et reviens au pays d'Israël, car ils sont morts, ceux qui en voulaient à la vie de l'enfant. »

 

Eusèbe (Hist. Ecclés., liv. 1, chap. 8). Lorsque, pour punir le sacrilège qu’Hérode avait commis sur la personne du Sauveur, et le crime qu’il avait consommé sur les enfants de son âge, la vengeance divine hâtait le moment de sa mort, son corps, au dire de Josèphe, fut en proie à diverses maladies dans lesquelles les devins eux-mêmes virent, non pas une maladie ordinaire, mais des signes visibles de la justice de Dieu. Plein de fureur, ce malheureux prince fit jeter dans une prison les membres des principales et plus nobles familles des Juifs, et ordonna qu’on les fit tous mourir aussitôt qu’il aurait expiré, afin que toute la Judée fût forcée malgré elle de pleurer sa mort. Un peu avant de rendre le dernier soupir, il fit égorger son fils Antipater, comme il avait fait auparavant de ses deux autres fils Alexandre et Aristobule. Telle fut donc la fin d’Hérode, qui paya par un juste supplice la peine qu’il méritait pour le massacre des enfants de Bethléem, et les embûches qu’il avait tendues à l’Enfant-Dieu. C’est cette mort à laquelle l’Évangéliste fait allusion lorsqu’il dit : " Hérode étant mort. " — Saint Jérôme. Il en est beaucoup qui, par ignorance de l’histoire, commettent l’erreur de confondre cet Hérode avec celui qui s’est moqué du Sauveur dans sa passion. Le roi Hérode, qui renoua plus tard amitié avec Pilate, était fils de ce premier Hérode et frère d’Archélaüs, que Tibère-César exila dans la ville de Lyon après lui avoir donné son frère Hérode pour successeur. Or, c’est après la mort de ce premier Hérode que " l’ange du Seigneur apparut en songe à Joseph dans l’Égypte et lui dit : Levez-vous, prenez l’enfant et la mère. " — Saint Denys. (Hier., chap. 4). Je vois que Jésus lui-même, placé par sa nature au-dessus de toutes les essences célestes, étant descendu jusqu’à nous sans rien changer à sa nature, accepte toutes les conditions inhérentes à la nature humaine, qu’il avait lui-même déterminées. Il obéit donc et se soumet aux ordres de Dieu son Père qui lui sont communiqués par les anges ; c’est par les anges que Dieu le Père intime à Joseph l’ordre de partir pour l’Égypte et plus tard celui de revenir de l’Égypte en Judée. Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth.) Vous voyez que Joseph avait été choisi pour rendre à Marie les services que son état réclamait. Quel autre aurait pu lui donner tous les soins dont elle eut besoin pendant son voyage en Égypte et à son retour, s’il n’avait été son époux ? Au premier aspect, c’est Marie qui nourrissait Jésus, et Joseph qui veillait sur lui ; mais dans la réalité c’est ce divin enfant qui nourrissait sa mère et protégeait Joseph lui-même.

Suite. " Retournez dans la terre d’Israël. " Le Sauveur descendit dans l’Égypte comme un médecin pour la visiter languissante au milieu de ses erreurs, mais non pas pour y rester. La raison de son retour nous est indiquée dans les paroles suivantes : " Car ceux qui cherchaient l’enfant pour lui ôter la vie sont morts. " Nous devons conclure de là que non seulement Hérode, mais encore les prêtres et les scribes avaient tramé en même temps la mort du Seigneur. — Rémig. Mais s’ils étaient si nombreux, comment sont-ils tous morts dans un si court espace de temps ? Parce qu’après la mort d’Hérode, tous les grands qui étaient retenus dans les fers furent massacrés comme nous l’avons dit plus haut. — Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth.) Ils sont accusés d’avoir tramé la mort de l’enfant, parce qu’ils approuvèrent le dessein qu’avait Hérode de le mettre à mort, comme l’indiquent les paroles suivantes : " Hérode fut troublé et toute la ville de Jérusalem avec lui. " — Rémig. Ou bien l’Évangéliste fait usage ici de cette figure où le pluriel est mis à la place du singulier. En disant : " L’âme de l’entant, " il détruit l’erreur des hérétiques qui ont avancé que le Christ n’avait pas d’âme, et que la divinité lui en tenait lieu.

Saint Bède. (hom.) Hèrode succomba peu de temps après que les enfants furent massacrés pour le Sauveur, et Joseph ramena Jésus avec sa mère dans la terre d’Israël ; c’est là une figure que toutes les persécutions qui devaient être suscitées contre l’Église cesseraient à la mort des persécuteurs, que la paix serait de nouveau rendue à l’Église, et que les saints, qui avaient été obligés de fuir et de se cacher, retourneraient dans leur patrie. Le retour de Jésus en Judée, après la mort d’Hérode signifie aussi qu’à la voix d’Hénoch et d’Hélie les Juifs laisseront s’éteindre les feux de leur haine envieuse, et se convertiront à la foi et à la vérité.

 

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