3 En apprenant cela, le roi Hérode fut pris d'inquiétude, et tout Jérusalem avec lui.
4 Il réunit tous les chefs des prêtres et tous les scribes d'Israël, pour leur demander en quel lieu devait naître le Messie. Ils lui répondirent :
5 « À Bethléem en Judée, car voici ce qui est écrit par le prophète :
6 Et toi, Bethléem en Judée, tu n'es certes pas le dernier parmi les chefs-lieux de Judée ; car de toi sortira un chef, qui sera le berger d'Israël mon peuple. »
Saint Augustin. Autant les Mages désirent trouver un Rédempteur, autant Hérode craint de rencontrer un successeur, comme l’indiquent les paroles suivantes : " Ce qu’ayant appris le roi Hérode, il fut troublé. " — La Glose. On lui donne le nom de roi afin que, rapproché du roi que cherchent les Mages, il soit convaincu de n’être qu’un étranger. — Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth.) Il est troublé de ce qu’un roi des Juifs vient de naître du sein du peuple juif lui-même, parce qu’il est Iduméen, et qu’il craint que le sceptre revenant aux mains des Juifs, il ne soit chassé par eux, et sa race à jamais exclue du trône. C’est ainsi que les grandes puissances sont en proie à de plus vives terreurs. Les branches des arbres plantés sur les hautes montagnes sont agitées par le moindre vent ; ainsi ceux qui sont élevés en dignité sont troublés par le bruit de la plus légère nouvelle ; ceux au contraire dont la condition est obscure, vivant comme dans une vallée profonde, jouissent presque toujours d’une parfaite tranquillité.
Saint Augustin. (serm. 2 sur l’Epiph.) Quelle terreur inspirera un jour le tribunal du juge, alors que le berceau du petit enfant fait trembler les rois superbes sur leur trône ? Que les rois soient saisis de frayeur devant celui qui est assis à la droite du Père, puisqu’un roi impie a tremblé devant lui alors qu’il était encore suspendu au sein de sa mère. Saint Léon, pape, (serm. 4 sur l’Epiph.)Cependant tes craintes sont superflues, ô Hérode, ton palais ne peut contenir le Christ, le maître du monde ne peut être resserré dans les limites étroites de ton royaume ; celui à qui tu veux défendre de régner dans la Judée étend son règne partout.
La Glose. Peut-être n’est-ce pas seulement la perte de son trône qu’il craignait, mais encore la colère des Romains qui avaient décidé qu’aucun roi, de même qu’aucun dieu ne serait proclamé sans leur approbation.
Saint Grégoire le Grand. (hom. 10 sur les Ev.) À peine le roi du ciel est-il né que le roi de la terre est en proie à l’agitation et au trouble : c’est qu’en effet les hauteurs de la terre sont confondues, lorsque les grandeurs du ciel viennent à se découvrir. — Saint Léon pape, (serm. 6 sur l’Ep.) Hérode dans cette circonstance joue le rôle du démon, et le démon après avoir été son instigateur se montre depuis son infatigable imitateur, car la vocation des Gentils fait son tourment, et son plus grand supplice est de voir tous les jours la destruction de son empire. — Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth.)Tous deux sont troublés par des inquiétudes personnelles, tous deux craignent un successeur, l’un de son royaume de la terre, l’autre du royaume des cieux. Or voici que le peuple juif partage lui-même ce trouble, alors qu’il aurait dû se réjouir de cette nouvelle ; mais ce peuple en est troublé, parce que l’arrivée du Juste ne peut être un sujet de joie pour les impies ; ou bien ils étaient troublés dans la crainte qu’Hérode irrité contre le roi des Juifs ne déchargeât sa colère sur la nation dont il était sorti ; c’est pourquoi l’auteur sacré ajoute : " Et toute la ville de Jérusalem avec lui. " — La Glose. La ville de Jérusalem voulait flatter celui qu’elle craignait, car le peuple favorise toujours plus qu’il ne le devrait ceux dont il supporte les violences. — Suite. " Et ayant assemblé tous les princes des prêtres, " etc. Remarquez son empressement à chercher le Christ ; il veut, s’il le trouve, exécuter les projets qu’il dévoilera plus tard, et s’il ne le trouve pas, se ménager une excuse auprès des Romains. — Rémig. On les appelait scribes, non seulement parce qu’ils transcrivaient les livres de la loi, mais parce qu’ils interprétaient les Écritures, car ils étaient docteurs de la loi.
Suite. " Il leur demanda où le Christ devait naître. " Remarquez qu’il ne dit pas : " Où le Christ est né, " mais " où le Christ devait naître. " Il les questionne avec astuce pour s’assurer s’ils se réjouissaient de la naissance de ce nouveau roi. Il lui donne le nom de Christ, parce qu’il savait que le roi des Juifs recevrait l’onction royale. — Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth.) Mais pourquoi cette question d’Hérode, s’il ne croyait pas aux Écritures ? Ou s’il y croyait, comment pouvait-il se flatter de pouvoir mettre à mort celui dont elles prédisaient la royauté ? Mais il était poussé par le démon qui sait que les Écritures ne peuvent mentir. Ainsi sont tous les pécheurs : ce qu’ils croient, il ne leur est pas donné de le croire parfaitement ; ils croient, tant est grande la puissance de la vérité, et ils ne croient point, aveuglés qu’ils sont par l’ennemi du salut. Car si leur foi était parfaite, ils ne vivraient pas comme devant rester éternellement en ce monde, mais comme devant en sortir après quelques instants de séjour.
Suite. Ceux-ci répondirent : " Dans Bethléem de Juda. " — Saint Léon pape. (serm. 1 sur l’Epiph.) Les Mages guidés par un sentiment naturel crurent qu’ils devaient chercher dans la capitale du royaume le roi dont la naissance leur avait été révélée ; mais celui qui avait daigné prendre la forme d’un esclave, et qui était venu pour être jugé, et non pas pour juger, fit choix de Bethléem pour sa naissance et de Jérusalem pour sa passion. — Théodote. (serm. au conc. d’Éphèse.) S’il avait choisi Rome, la ville par excellence, on aurait pu croire que le changement qu’il a opéré dans le monde était dû à la puissance des citoyens romains ; s’il eût eu un empereur romain pour père on eût attribué ses succès à son pouvoir. Qu’a-t-il donc fait ? Il a choisi tout ce qui a le caractère de la pauvreté et de la bassesse, pour qu’il soit bien démontré que c’est la puissance divine qui a transformé le genre humain ; voilà pourquoi il a fait choix d’une mère pauvre, et d’une patrie plus pauvre encore, voilà pourquoi il naît dans l’indigence, et c’est ce que la crèche vint enseigner. — Saint Grégoire le Grand. (hom. 8 sur les Ev.) C’est par suite d’un dessein providentiel qu’il naît à Bethléem, car Bethléem signifie maison du pain, et il a dit de lui-même : " Je suis le pain vivant descendu du ciel.
Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth.) Il semble que les princes des prêtres auraient dû cacher le mystère du roi prédestiné de Dieu, surtout en présence d’un roi étranger ; et cependant, non contents de publier les œuvres de Dieu, on les voit pour ainsi dire livrer ses mystères ; et non seulement ils les dévoilent, mais ils apportent à l’appui le témoignage du prophète. Il est écrit dans le prophète : " Et toi Bethléem, terre de Juda. " — La Glose. (Mi 5.) L’Évangéliste rapporte cette prophétie telle qu’ils l’ont citée, en donnant plutôt le sens véritable que le texte même du prophète Michée. — Saint Jérôme. On peut reprocher ici aux Juifs leur ignorance, car on lit dans le prophète Michée : " Et toi Bethléem Ephrata, " et non pas comme ils disent : " Et toi Bethléem, terre de Juda. " — Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth.) Il y a plus encore, c’est qu’en supprimant une partie de la prophétie ils sont devenus la cause du massacre des enfants. En effet la prophétie porte : " De toi sortira le roi qui gouvernera mon peuple d’Israël, et ses jours sont depuis les jours de l’éternité. " Si donc ils l’avaient citée dans son entier, Hérode réfléchissant que ce roi dont la naissance date des jours de l’éternité ne pouvait être un roi de la terre, ne serait pas entré dans une si grande fureur. — Saint Jérôme. (sur S. Matth. et Michée dans La Glose.) Or voici le sens de cette prophétie : " Et toi Bethléem, terre de Juda, ou Ephrata " (elle est ainsi désignée parce qu’il y avait une autre Bethléem dans la Galilée), " quoique tu sois un petit bourg entre les villes de Juda, cependant c’est de toi que naîtra le Christ qui régnera sur Israël, et qui sera de la race de David. Cependant je lui ai donné naissance avant tous les siècles ; " c’est pour cela que le prophète ajoute : " Sa génération est dès le commencement, dès l’éternité, car au commencement le Verbe était en Dieu. " — La Glose. Quant à cette dernière partie, les Juifs la supprimèrent comme nous l’avons dit, et ils changèrent le reste de la prophétie, soit par ignorance comme nous l’avons supposé, soit afin de rendre plus clair et plus évident le sens de cette prédiction pour Hérode, qui était un étranger ; ainsi pour le mot " Ephrata, " qui était un mot ancien et qu’Hérode pouvait ignorer, ils mettent : " Terre de Juda, " au lieu de lire : " la plus petite entre toutes les villes de Juda, " avec le prophète lui avait voulu faire ressortir le peu d’importance de cette ville relativement à l’immense multitude du peuple de Dieu, ils dirent : " Tu n’es pas la moindre entre les principales villes de Juda, " afin de montrer la grandeur que faisait rejaillir sur elle la dignité du roi qui devait naître dans son sein ; paroles qui reviennent à celles-ci : Tu es grande entre toutes les cités qui ont donné le jour à des princes. — Rémig. Ou bien on peut encore l’expliquer ainsi : " Quoique tu paraisses très petite au milieu des villes qui commandent aux autres, cependant tu ne l’es pas en réalité, car de toi sortira le chef qui conduira mon peuple d’Israël. " Ce chef, c’est le Christ qui conduit et gouverne le peuple fidèle.
Saint Jean Chrysostome. (hom. 1 sur S. Matth.) Remarquez avec quelle exactitude s’exprime le prophète ; il ne dit pas : " Il sera dans Bethléem, " mais : " Il sortira de Bethléem, " pour indiquer ainsi que cette ville ne serait témoin que de sa naissance. " Comment peut-on rapporter cette prophétie à Zorobabel, comme quelques-uns le prétendent ? Sa naissance ne date pas du commencement ni ses jours de l’éternité ; Il n’est pas non plus sorti de Bethléem, puisqu’il n’est pas né dans la Judée, mais à Babylone. Une raison non moins forte c’est que la prophétie ajoute : " Tu n’es pas la plus petite, parce que de toi sortira, " car aucun autre que le Christ n’a rendu célèbre le bourg où il est né, et depuis sa naissance on vient des extrémités de la terre visiter l’étable et la crèche où il est né. Si le prophète ne dit pas : " De toi sortira le Fils de Dieu ; " mais : " De toi sortira le chef qui conduira mon peuple d’Israël, " c’est que dans les commencements il fallait condescendre à la faiblesse des Juifs, ne pas les scandaliser, mais les attirer en leur faisant connaître ce qui avait rapport au salut du genre humain. Il faut prendre dans un sens figuré les paroles suivantes : " Qui conduira mon peuple d’Israël, " c’est-à-dire ceux qui doivent croire d’entre les Juifs. Si tous ne se sont pas rangés sous la conduite du Christ, ils ne peuvent s’en prendre qu’à eux-mêmes. Le prophète n’a rien dit des Gentils et c’est encore pour ne pas scandaliser les Juifs. Voyez cependant comme tout est ici admirablement disposé. Les Juifs et les Mages s’instruisent mutuellement. Les Mages apprennent aux Juifs qu’une étoile annonce le Christ dans l’Orient, et les Juifs enseignent aux Mages que dans les temps anciens les prophètes l’ont prédit afin qu’affermis par ce double témoignage ils recherchent avec une foi plus ardente celui que révélaient à la fois l’éclat de l’étoile et l’autorité des prophéties. — Saint Augustin. (serm. sur l’Epiph.)L’étoile qui conduisit les Mages au lieu où se trouvait le Dieu fait enfant avec la Vierge sa mère, aurait pu les conduire directement jusqu’à la ville même de Bethléem ; cependant elle se cacha, et ne reparut que lorsque ayant demandé aux Juifs dans quelle ville le Christ devait naître, ils en eurent obtenu cette réponse : " Dans Bethléem de Juda. " Les Juifs dans cette circonstance furent semblables aux ouvriers qui construisirent l’arche de Noé, et qui ne laissèrent pas de périr dans les eaux du déluge, après avoir fourni à d’autres le moyen de se sauver ; ou bien encore, semblables aux pierres milliaires placées sur les routes, ils se contentèrent d’indiquer le chemin, sans pouvoir marcher eux-mêmes. Ceux qui cherchaient n’eurent pas plus tôt appris ce qu’ils demandaient qu’ils partirent aussitôt, tandis que les docteurs les enseignèrent et restèrent immobiles. Les Juifs ne cessent de nous offrir tous les jours le même spectacle. Lorsque nous apportons aux païens des témoignages évidents de l’Écriture pour leur prouver que Jésus-Christ a été prédit bien longtemps avant sa naissance, Il en est quelques-uns qui tiennent ces témoignages pour suspects et comme inventés peut-être par les chrétiens, et qui préfèrent s’en rapporter aux exemplaires qui sont entre les mains des Juifs ; ces païens font comme les Mages autrefois, ils laissent les Juifs lire et relire sans aucun fruit leurs Écritures, et s’empressant de venir adorer avec foi Jésus-Christ.
7 Alors Hérode convoqua les mages en secret pour leur faire préciser à quelle date l'étoile était apparue ;
8 puis il les envoya à Bethléem, en leur disant : « Allez vous renseigner avec précision sur l'enfant. Et quand vous l'aurez trouvé, avertissez-moi pour que j'aille, moi aussi, me prosterner devant lui. »
Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth.) Hérode se trouvant en présence d’une réponse que rendait doublement probable et le témoignage des prêtres et l’autorité des prophètes, ne se détermine pas à rendre hommage au roi qui doit naître ; mais il se laisse aller au coupable désir de s’en défaire par ruse. Il a vu qu’il ne pouvait ni ébranler les Mages par ses caresses, ni les effrayer par ses menaces, ni les corrompre par son or, et les amener ainsi à consentir au meurtre du roi qui leur est annoncé ; il forme donc le dessein de les tromper. C’est ce qu’indique l’Évangéliste par ces paroles : " Hérode ayant fait venir les Mages en secret. " Il les appelle en secret, parce qu’il se défiait des Juifs et qu’il craignait que le désir d’avoir un roi de leur nation ne fût pour eux un motif de trahir ses desseins. " Il demanda donc aux Mages avec soin le temps où l’étoile leur avait apparu. " — Rémig. Il les interroge avec soin, car c’était un homme astucieux, et il craignait qu’ils ne revinssent pas le trouver pour le renseigner sur l’enfant qu’il voulait mettre à mort.
Saint Augustin. (serm. 7 sur l’Epiph.) Cette étoile leur avait apparu presque deux ans auparavant, et elle était pour eux depuis ce temps un objet d’étonnement. Il faut donc admettre qu’ils n’apprirent ce que signifiait cette étoile qu’ils voyaient depuis longtemps, qu’à la naissance de celui qu’elle figurait ; et c’est après qu’il leur fut révélé que le Christ était né que les Mages vinrent de l’Orient, et qu’ils adorèrent le treizième jour celui dont ils avaient appris la naissance quelques jours auparavant. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 7 sur S. Matth.) Ou bien comme leur voyage devait être de longue durée, l’étoile leur apparaissait depuis longtemps, afin qu’ils pussent se trouver au berceau du Christ aussitôt qu’il serait né, et l’adorer enveloppé de langes qui le leur rendaient plus admirable encore. — La Glose. Suivant d’autres, cette étoile n’aurait apparu que le jour même de la naissance du Christ, elle avait été créée pour cette mission, et aussitôt qu’elle l’eut remplie elle disparut. — Saint Fulgence dit en effet (serm. sur l’Epiph.) : " L’enfant nouveau-né créa une nouvelle étoile. "
Après avoir pris des informations sur le temps et sur le lieu, il veut aussi connaître la personne de l’enfant, et il ajoute : " Allez et informez-vous exactement de l’enfant. " Il leur enjoint de faire ce qu’ils devaient faire eux-mêmes sans avoir besoin de recommandation. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 7.) Il ne dit pas : Informez-vous du roi, mais informez-vous de l’enfant, car il ne peut souffrir qu’on lui donne ce nom, symbole de son autorité. — Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth.) Pour les amener à ses desseins, il feint le désir d’aller lui rendre hommage, et sous ce manteau d’hypocrisie il aiguise son glaive et veut dissimuler la perversité de son cœur sous les dehors de la soumission et de l’humilité. Ainsi font tous les méchants : c’est quand ils veulent porter en secret des coups plus terribles qu’ils font semblant de s’abaisser et qu’ils prodiguent les marques d’amitié ; c’est ce qui fait dire à Hérode : " Lorsque vous l’aurez trouvé, faites-le moi savoir, " etc. — Saint Grégoire le Grand. (hom.10 sur les Ev.) Il feint de vouloir l’adorer, pour pouvoir plus facilement le mettre à mort, s’il vient à le trouver.
Suite : " Ayant entendu les paroles du roi, ils partirent. " — Rémig. Les Mages obéissent aux ordres d’Hérode pour chercher le Seigneur, mais non pour revenir le trouver ; en cela ils étaient l’image de ceux qui écoutent la parole de Dieu dans un bon esprit ; ils pratiquent les enseignements que leur donnent des prédicateurs vicieux, mais ils se gardent bien d’imiter leurs œuvres.
9 Sur ces paroles du roi, ils partirent.
Et voilà que l'étoile qu'ils avaient vue se lever les précédait ; elle vint s'arrêter au-dessus du lieu où se trouvait l'enfant.
Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth.) On doit conclure de ces paroles que l’étoile, après avoir conduit les Mages jusqu’aux portes de Jérusalem, se déroba à leurs regards et les abandonna pour les forcer d’entrer dans cette ville et de demander aux habitants où était le Christ, en même temps qu’ils le faisaient connaître eux-mêmes. Dieu en cela se proposait premièrement de confondre les Juifs, en leur montrant des gentils qui, affermis dans la foi par la simple apparition d’une étoile, cherchaient le Christ à travers des contrées inconnues, tandis que les Juifs, nourris dès leur enfance des prophéties qui avaient le Christ pour objet, ne voulaient pas le recevoir alors qu’il était né dans leur propre pays. Dieu voulait encore que les prêtres interrogés sur le lieu où devait naître le Christ répondissent pour leur condamnation : " À Bethléem de Juda ; " parce qu’en donnant à Hérode les explications qu’il demandait sur le Christ, ils ne le connaissaient pas eux-mêmes. Après que les Mages eurent obtenu la réponse à la demande qu’ils avaient faite, le texte ajoute : " Et voici que l’étoile qui leur avait apparu dans l’Orient les précédait. " Témoins de l’hommage rendu par l’étoile à cet enfant, ils purent comprendre quelle était la dignité du nouveau roi. — Saint Augustin. (serm. sur l’Epiph.) Et pour que cet hommage rendu au Christ fût plus éclatant, l’étoile ralentit sa marche jusqu’à ce qu’elle eut amené les Mages aux pieds de l’enfant. Elle se mit à la disposition des Mages, mais sans leur commander. Elle montra au Sauveur ses adorateurs, éclaira la grotte d’une abondante lumière, inonda le toit de cette étable de ses rayons éclatants et disparut ensuite. C’est ce que l’Évangéliste indique lorsqu’il ajoute : " Jusqu’à ce qu’étant arrivée sur le lieu où était l’enfant, elle s’y arrêta. — Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth.) Qu’y a-t-il d’étonnant que le soleil de justice, sur le point de se lever, ait voulu être annoncé par une étoile miraculeuse ? Elle s’arrêta au-dessus de la tête de l’enfant comme pour dire : " C’est lui. " Elle le désignait en s’arrêtant au-dessus de lui, parce qu’elle ne pouvait le faire en parlant. — La Glose. On voit par là que cette étoile se trouvait dans notre atmosphère, et qu’elle était fort proche de la maison où était l’enfant, autrement les Mages n’auraient pu distinguer cette maison. — Saint Ambroise. (sur S. Luc.) Cette étoile c’est la voie, et la voie c’est le Christ, car par le mystère de son incarnation il est comme une étoile, étoile brillante, étoile du matin, qu’on ne peut voir dans les lieux ou règne Hérode, mimais qui reparaît de nouveau là où habite le Christ pour nous montrer le chemin. — Rémig. On peut dire encore que l’étoile figure la grâce de Dieu, comme Hérode est le symbole du démon. Or celui qui se soumet au démon par le péché perd aussitôt la grâce ; s’il se détache du démon par la pénitence, il recouvre immédiatement la grâce, qui ne le quitte pas qu’elle ne l’ait conduit jusqu’à la maison de l’enfant, qui est l’Église. — La Glose. Ou bien encore l’étoile est la lumière de la foi qui conduit les âmes à Jésus-Christ et que les Mages voient disparaître en s’arrêtant chez les Juifs, car en demandant conseil aux méchants ils perdent la véritable lumière.
10 Quand ils virent l'étoile, ils éprouvèrent une très grande joie.
11 En entrant dans la maison, ils virent l'enfant avec Marie sa mère ; et, tombant à genoux, ils se prosternèrent devant lui. Ils ouvrirent leurs coffrets, et lui offrirent leurs présents : de l'or, de l'encens et de la myrrhe.
La Glose. Après avoir montré comment l’étoile s’était mise au service des Mages, l’Évangéliste nous apprend quelle fut la joie de ces derniers : " Lorsqu’ils virent l’étoile, ils furent transportés d’une joie extrême. " — Rémig. Et remarquez qu’il ne se contente pas de dire : " Ils furent dans la joie " mais : " Ils furent transportés d’une joie extrême. " Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth.) Ils furent transportés de joie, parce que leur espérance, loin d’être trompée, se trouvait affermie, et qu’ils ne s’étaient pas exposés inutilement aux fatigues d’un si long voyage : — La Glose. On est transporté de joie quand on se réjouit pour Dieu, qui est la joie véritable. L’Évangéliste ajoute : " d’une grande joie, " parce que l’objet de cette joie était considérable. — Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth.) Le ministère rempli par cette étoile leur fit comprendre que la dignité du roi qui venait de naître surpassait de beaucoup celle de tous les rois de la terre. L’auteur sacré ajoute : " d’une joie extrême. " — Rémig. Il veut nous apprendre par là qu’on se réjouit beaucoup plus des choses qu’on retrouve que de celles qu’on n’a jamais perdues.
Suite. " Et entrant dans la maison, ils trouvèrent l’enfant. " Saint Léon. pape. (serm. 4 sur l’Epiph.) Ils le trouvèrent petit de forme, réduit à avoir besoin du secours d’autrui, incapable de parler, ne différant en rien de la généralité des autres enfants ; car de même que des témoignages incontestables prouvaient qu’en lui se trouvait l’invisible majesté de Dieu, de même il devait être démontré que cette nature éternelle du Fils de Dieu s’était unie à la vérité de la nature humaine.
Suite. " Avec Marie, sa mère. " — Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth.) Elle n’était pas couronnée du diadème, elle ne reposait pas sur un lit doré, elle avait à peine une simple tunique, non point pour orner son corps, mais pour le couvrir, le vêtir, et telle que pouvait en porter en voyage la femme d’un charpentier. Si donc ils étaient venus chercher un roi de la terre, la joie eût fait place chez eux à un sentiment de confusion, de ce qu’un si grand voyage était pour eux sans résultat. Mais comme le roi qu’ils cherchaient était le roi du ciel, bien qu’ils ne découvraient en lui rien de royal, contents du témoignage que lui rendait l’étoile, ils se réjouissaient à la vue de ce pauvre enfant dont l’Esprit saint leur dévoilait au fond du cœur la redoutable majesté ; c’est pour cela qu’ils se prosternèrent pour l’adorer, car si leurs yeux ne voient en lui qu’un homme, ils reconnaissent un Dieu. — Raban Maure. Par une disposition providentielle, Joseph se trouvait alors absent, pour ne point donner aux Gentils l’occasion d’un soupçon injurieux. — La Glose. Bien qu’ils aient suivi les usages de leur nation dans les dons qu’ils offraient au Sauveur, les Arabes trouvant en abondance dans leur pays l’or, l’encens et des parfums de toute espèce, cependant dans leur intention ces présents avaient une signification mystérieuse. Le texte sacré ajoute donc : " Ayant ouvert leurs trésors, ils lui offrirent pour présents de l’or, de l’encens et de la myrrhe. " — Saint Grégoire le Grand. (hom. 10 sur les Evang.) L’or convient à la dignité royale, l’encens faisait partie des sacrifices offerts à Dieu, et la myrrhe sert à embaumer les morts... — Saint Augustin. (Serm. sur l’Epiph.) Ils lui offrent de l’or comme à un roi puissant, l’encens comme à un Dieu, la myrrhe comme à celui qui devait mourir pour le salut de tous. — Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth.) Que les Mages ne comprissent pas alors la grandeur du mystère qui les faisait agir ainsi, ou la signification mystérieuse de chacun de leurs présents, peu importe, car la grâce qui leur avait inspiré toute cette conduite avait tout disposé suivant ses vues. — Rémig. il ne faut pas oublier que chacun des trois Mages ne présenta pas en particulier un seul de ces trois présents, mais que chacun d’eux les offrit tous les trois, proclamant ainsi tous les trois par la nature de leurs présents le roi, le lieu et l’homme. — Saint Jean Chrysostome.(hom. 7 sur S. Matth.) Que Marcion et Paul de Samosate rougissent donc, eux qui refusent de reconnaître ce qu’ont reconnu les Mages, qui ont donné naissance à l’Église, et qui ont adoré Dieu dans une chair mortelle. Que celui qu’ils adorent fût revêtu d’un corps mortel, les langes et la crèche le disent assez ; mais qu’ils aient adoré en lui non pas un simple mortel, mais un Dieu, nous en avons la preuve dans les présents qu’il était juste d’offrir à la divinité. Que les Juifs soient aussi couverts de honte, eux qui sont prévenus par les Mages, et qui ne se mettent pas en peine de venir du moins à leur suite.
Saint Grégoire le Grand. (hom. 10.) On peut encore donner une autre interprétation de ces présents. L’or signifie la sagesse, au témoignage de Salomon : " Un trésor désirable se trouve sur les lèvres du Sage " (Pv 21, 20), l’encens qu’on brûle devant Dieu figure la vertu de la prière selon ces paroles : " Que ma prière se lève comme l’encens en votre présence ; la myrrhe est le symbole de la mortification de la chair. Nous offrons à ce roi nouveau-né l’or lorsque nous resplendissons devant lui de l’éclat de la sagesse ; nous lui offrons l’encens lorsque par la prière nous exhalons devant Dieu le parfum de nos hommages ; nous lui offrons la myrrhe en mortifiant par l’abstinence les vices de la chair. — La Glose. Ces trois hommes qui offrent à Dieu leurs présents figurent les nations venues des trois parties du monde. Ils ouvrent leurs trésors en manifestant la foi de leurs cœurs par le témoignage qu’ils en donnent. Ils les ouvrent dans l’intérieur de la maison pour nous apprendre à ne pas étaler par vanité aux yeux du public le trésor d’une bonne conscience ; ils offrent trois présents, c’est-à-dire leur foi en la sainte Trinité. On peut dire encore qu’ils ouvrent les trésors des Écritures et qu’ils en tirent les trois sens historique, moral et allégorique ; ou bien la logique, la physique et la morale en tant qu’il les soumettent à la foi.