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Luc 23, 44-47

 

44 Il était déjà presque midi ; l'obscurité se fit dans tout le pays jusqu'à trois heures, car le soleil s'était caché.

45 Le rideau du Temple se déchira par le milieu.

46 Alors, Jésus poussa un grand cri : « Père, entre tes mains je remets mon esprit. » Et après avoir dit cela, il expira.

47 À la vue de ce qui s'était passé, le centurion rendait gloire à Dieu : « Sûrement, cet homme, c'était un juste. »

 

Saint Cyrille d’Alexandrie. Aussitôt que les Juifs eurent crucifié le Seigneur de toutes choses, l’univers tout entier pleura son Créateur et son Maître, et la lumière s’obscurcit en plein midi selon la prédiction du prophète Amos (Am 8, 9) : " Il était environ la sixième heure, " etc. Cette profonde obscurité était la figure manifeste des ténèbres qui devaient se répandre dans l’âme de ceux qui avaient crucifié le Fils de Dieu. — Saint Augustin. (De l’acc. des Evang., 3, 17). Saint Matthieu et saint Marc rapportent également que les ténèbres couvrirent toute la terre, mais saint Luc en indique la cause en ajoutant : " Et le soleil s’obscurcit. " — Saint Augustin. (De la cité de Dieu, 3, 15.) Une preuve évidente que cet obscurcissement du soleil n’était pas le résultat du cours régulier des astres, c’est que c’était la Pâque des Juifs qui se célébrait à la pleine lune ; or, les éclipses ordinaires de soleil n’ont lieu que lorsque la lune est en pleine décroissance. — Saint Denys d’Alexandrie. ( Lettre 7 à Polyc.) Nous étions alors à Héliopolis, et nous vîmes que la lune était venue inopinément se placer devant le soleil (car ce n’était pas l’époque de sa conjonction), et qu’ensuite, depuis la neuvième heure jusqu’au soir, elle revint miraculeusement en opposition directe avec le soleil. Nous vîmes aussi cette éclipse commencer du côté de l’Orient, et elle atteignit jusqu’au bord occidental du soleil. Ensuite elle rebroussa chemin, de sorte que la disparition et le retour de la lumière ne se firent point par le même côté, mais par le côté opposé. Tels sont les phénomènes surnaturels qui parurent alors et qui n’ont pu avoir pour auteur que le Christ, créateur de toutes choses. — Commentaire grec. Ce prodige eut lieu pour montrer jusqu’à l’évidence que celui qui se soumettait à la mort, était le Seigneur et le maître de toutes les créatures. — Saint Ambroise. Le soleil se voile aux yeux de ces sacrilèges, pour ne pas éclairer le triste spectacle de ce crime affreux, et les ténèbres se répandent sur les yeux de ces perfides pour rendre plus éclatante la lumière de la foi.

Saint Bède. À ce miracle, saint Luc en ajoute un autre : " Et le voile du temple se déchira par le milieu. " C’est au moment même où Jésus expira que ce prodige eut lieu, comme le rapportent saint Matthieu et saint Marc ; saint Luc le place ici par anticipation. — Théophylacte. Le Seigneur annonçait ainsi que désormais le saint des saints ne serait plus inaccessible, qu’il serait livré aux profanations des Romains, et que l’entrée en serait ouverte à tous. — Saint Ambroise. Le voile du temple se déchira encore pour figurer la division des deux peuples, et la profanation de la synagogue. Le voile ancien se déchire pour laisser l’Église déployer et suspendre les voiles nouveaux de la foi chrétienne. Le voile de la synagogue disparaît, pour nous permettre de voir des yeux de nôtre âme les profonds mystères de la religion. — Théophylacte. C’est encore une figure que le voile qui nous séparait des mystères du ciel est déchiré, c’est-à-dire, que l’inimitié de Dieu et le péché sont détruits.

Saint Ambroise. Dès que Jésus eut bu le vinaigre qu’on lui présentait, tous les mystères de sa vie mortelle furent accomplis et l’immortalité seule demeura : " Alors Jésus s’écria d’une voix forte : Mon Père, je remets mon âme entre vos mains. " — Saint Bède. En invoquant Dieu comme son Père, il déclare qu’il est le Fils de Dieu, et en remettant son esprit entre ses mains, il ne révèle point un défaut de puissance, mais la confiance qu’il possède une seule et même puissance avec son Père. — Saint Ambroise. Le corps du Sauveur ne meurt que pour ressusciter, et il remet son esprit à son Père, afin que toutes les créatures qui habitent les cieux soient affranchies des liens de l’iniquité, et que la paix commence par le ciel pour servir de modèle à celle qui doit se faire sur la terre. — Saint Cyrille d’Alexandrie. Ces paroles du Sauveur nous apprennent que les âmes des saints ne sont plus retenues captives dans les enfers, comme auparavant, mais qu’elles sont avec Dieu, depuis que Jésus-Christ les a délivrées. — Saint Athanase. (De l’incarn. cont. les Ar.) Dans sa personne, il recommande à son Père tous les hommes auxquels il a rendu la vie, car nous sommes ses membres, selon ces paroles de l’apôtre saint Paul aux Galates : " Vous n’êtes tous qu’un en Jésus-Christ. " (Ga 4, 28.)

Saint Grégoire de Nysse. Il convient ici d’examiner comment Jésus-Christ a pu dans le même temps se diviser en trois et aller dans les entrailles de la terre, comme il l’avait prédit aux pharisiens (Mt12, 4), dans le paradis, comme il l’a dit au bon larron, et dans les mains de son Père, d’après ses dernières paroles. Or, cette difficulté ne forme même pas une question pour ceux qui veulent tant soi peu réfléchir, car celui qui est partout, est à la fois présent en tout lieu par sa divine puissance. — Saint Ambroise. Il recommande son âme à son Père, mais tout en étant dans le ciel, il éclaire les enfers (les limbes) et étend à toute créature les effets de la rédemption, car le Christ est en toutes choses, et toutes choses subsistent en lui. (Col 1, 17.) — Saint Grégoire de Nysse. On peut encore répondre qu’au temps de la passion, la divinité n’abandonna aucune partie de l’humanité à laquelle elle s’était unie, et qu’elle sépara volontairement l’âme du corps en restant elle-même unie à l’une et à l’autre. C’est ainsi qu’il détruit la puissance de la mort par son corps qu’il livre à la mort, tandis que par son âme, il ouvre au bon larron l’entrée du paradis. Or, le prophète Isaïe, en décrivant la céleste Jérusalem, qui n’est autre que le paradis, fait ainsi parler Dieu : " Je vous porte gravée sur ma main, vos murailles sont sans cesse devant mes yeux ; " (Is 49, 16) paroles qui prouvent que la main de Dieu le Père est dans le paradis. — Saint Jean Damascène. (hom. pour le samedi saint.) Ou encore pour être plus précis : il était dans le tombeau quant à son corps ; quant à son âme, à la fois dans les enfers et dans le paradis avec le bon larron, et comme Dieu sur son trône avec le Père et l’Esprit saint.

Théophylacte. Il expire en poussant un grand cri, parce qu’il avait le pouvoir de quitter la vie et de la reprendre (Jn 10, 18) : " Et en prononçant ces mots il expira. " — Saint Ambroise. Paroles dont voici le sens : Il rendit l’âme, il ne perdit point la vie malgré lui, car ce qu’on rend est volontaire, mais ce qu’on perd est forcé,

Luc 23, 47-49

 

47 À la vue de ce qui s'était passé, le centurion rendait gloire à Dieu : « Sûrement, cet homme, c'était un juste. »

48 Et tous les gens qui s'étaient rassemblés pour ce spectacle, voyant ce qui était arrivé, s'en retournaient en se frappant la poitrine.

49 Tous ses amis se tenaient à distance, ainsi que les femmes qui le suivaient depuis la Galilée, et qui regardaient.

 

Saint Augustin. (De la Trinité, 4, 13.) Tous ceux qui étaient présents furent saisis d’étonnement en voyant Jésus rendre l’âme après avoir poussé ce grand cri, car les crucifiés ne mouraient qu’après de longues tortures : " Or, le centurion voyant ce qui était arrivé, glorifia Dieu en disant Vraiment, cet homme était juste. " — Saint Augustin. (De l’accord des Evang., 3, 30.) Il n’y a point de contradiction entre saint Matthieu, qui attribue l’étonnement du centurion au tremblement de terre qui eut alors lieu, et saint Luc, d’après lequel le centurion fut saisi d’étonnement de voir Jésus expirer après avoir poussé ce grand cri, et montrer ainsi quelle puissance il avait en mourant. D’ailleurs saint Matthieu, en attribuant l’étonnement du centurion au tremblement de terre et à tout ce qui se passait, démontre la vérité du récit de saint Luc, qui donne pour cause de cet étonnement la mort même du Sauveur. Saint Luc, de son côté, en s’exprimant de la sorte : " Le centurion voyant ce qui était arrivé, " comprend dans cette manière générale de parler, tous les prodiges qui eurent lieu alors, et le renferme dans un seul prodige dont les apôtres faisaient partie et dont ils étaient comme des circonstances détaillées. On pourrait peut-être trouver une divergence en ce que, d’après un autre évangéliste, le centurion dit : " Celui-ci est vraiment le Fils de Dieu, " tandis que d’après saint Luc, il se contente de dire : " Cet homme était vraiment juste. " Mais on peut admettre que le centurion a confessé ces deux vérités, et que chacun des évangélistes n’en a rapporté qu’une seule, ou que saint Luc a exprimé dans quel sens le centurion avait confessé que Jésus était le Fils de Dieu. En effet, le centurion n’a peut-être pas voulu dire qu’il était le Fils unique et consubstantiel du Père, mais il l’a proclamé Fils de Dieu, parce qu’il croyait à son innocence, et dans le même sens qu’un grand nombre de justes ont été appelés fils de Dieu (cf. Gn 6, 2.4). D’après le récit de saint Matthieu encore, ceux qui étaient avec le centurion partagèrent sa crainte, circonstance dont saint Luc n’a rien dit ; mais où est la contradiction, lorsque l’un raconte ce que l’autre passe sous silence ? Enfin, suivant saint Matthieu : " Ils furent saisis de crainte, " tandis que saint Luc dit simplement du centurion : " Il glorifia Dieu. " Mais qui ne comprend que c’est un sentiment de crainte qui l’a porté à glorifier Dieu ?

Théophylacte. Nous voyons ici l’accomplissement de cette prédiction. du Sauveur : " Lorsque j’aurai été élevé de terre, j’attirerai tout à moi. " En effet, c’est lorsqu’il fut élevé sur la croix qu’il attira le bon larron, le centurion et plusieurs autres d’entre les Juifs, dont l’Évangéliste dit : " Et toute la multitude de ceux qui assistaient à ce spectacle et qui virent toutes ces choses, frappaient leurs poitrines, " etc. — Saint Bède. Ils frappaient leur poitrine eu signe de repentir et de tristesse, ce qui peut s’entendre de deux manières, ou parce qu’ils s’affligeaient de la mort injuste de celui dont ils avaient tant aimé la vie, ou parce qu’ils voyaient celui dont ils avaient demandé la mort, environné dans sa mort même d’une gloire encore plus éclatante. Remarquez aussi que la crainte de Dieu ouvre la bouche des Gentils, et leur fait confesser et glorifier Dieu à haute voix, tandis que les Juifs se contentent de frapper leur poitrine et retournent en silence dans leurs maisons.

Saint Ambroise. Ô cœurs des Juifs plus durs que les rochers ! Celui qu’ils ont pris pour juge les condamne, le centurion est forcé de croire, le traître disciple désavoue son crime par sa mort, les éléments se troublent, la terre est ébranlée, les sépulcres s’ouvrent, et cependant la dureté des Juifs demeure inflexible au milieu du bouleversement de l’univers. — Saint Bède. Le centurion figure ici la foi de l’Église, qui proclame que Jésus est le Fils. de Dieu, tandis que la synagogue garde un coupable silence. C’est alors aussi que s’accomplit cette prédiction du Roi-prophète, où le Seigneur se plaint à Dieu son Père en ces termes : " Vous avez éloigné de moi mes amis et mes proches, et vous avez fait que ceux qui me connaissaient m’ont quitté à cause de ma misère. "(Ps 87, 19.) " Là aussi, dit l’Évangéliste, à quelque distance se tenaient tous ceux de la connaissance de Jésus. " — Théophylacte. Les femmes, dont le sexe fut autrefois maudit, demeurent et considèrent toutes ces choses : " Et les femmes qui l’avaient suivi de Galilée se tenaient à l’écart, regardant ce qui se passait ; " et c’est ainsi qu’elles reçurent les premières la grâce de la justification et toutes les bénédictions qui découlent de la passion aussi bien que de la résurrection de Jésus-Christ.

Luc 23, 50-56

 

50 Alors arriva un membre du conseil, nommé Joseph ; c'était un homme bon et juste.

51 Il n'avait donné son accord ni à leur délibération, ni à leurs actes. Il était d'Arimathie, ville de Judée, et il attendait le royaume de Dieu.

52 Il alla trouver Pilate et demanda le corps de Jésus.

53 Puis il le descendit de la croix, l'enveloppa dans un linceul et le mit dans un sépulcre taillé dans le roc, où personne encore n'avait été déposé.

54 C'était le vendredi, et déjà brillaient les lumières du sabbat.

55 Les femmes qui accompagnaient Jésus depuis la Galilée suivirent Joseph. Elles regardèrent le tombeau pour voir comment le corps avait été placé.

56 Puis elles s'en retournèrent et préparèrent aromates et parfums. Et, durant le sabbat, elles observèrent le repos prescrit.

 

Chaîne des Pères Grecs. Joseph avait été jusque là un disciple caché de Jésus-Christ ; il triomphe aujourd’hui de la crainte qui le retenait, et plein de zèle et d’ardeur, il dépose le corps du Seigneur de la croix où il était ignominieusement attaché, et acquiert ainsi la pierre précieuse de l’Évangile par la sagesse de ses paroles : " Et voici qu’un membre du grand conseil nommé Joseph, " etc. — Saint Bède. Il est appelé décurion, parce qu’il appartenait à la curie et en gérait les affaires ; cette charge est aussi appelée curiale, parce qu’elle a pour objet de veiller sur les intérêts civils des citoyens, Joseph était donc revêtu d’une haute dignité, dans le monde, mais il était bien plus élevé encore en vertu et en mérite aux yeux de Dieu : " C’était un homme vertueux et juste, d’Arimathie, ville de Judée, " etc. Arimathie est la même ville que Ramatha, patrie d’Helcana et de Samuel.

Saint Augustin. (De l’accord des Evang., 3, 22.) Saint Jean dit qu’il était disciple de Jésus, ce qui fait ajouter à saint Luc : " Et il attendait, lui aussi, le royaume de Dieu. " On s’étonne avec raison que ce disciple qui avait jusque là dissimulé soigneusement ses relations avec Jésus, dans la crainte d’encourir la haine des Juifs, ait osé demander. son corps, ce qu’aucun de ceux qui le suivaient publiquement n’aurait osé faire : " Il vint trouver Pilate, et lui demanda le corps de Jésus. " Mais cette difficulté disparaît, si l’on considère que la haute dignité de Joseph lui donnait ses entrées chez Pilate, et lui inspira assez de confiance pour lui faire cette demande, D’ailleurs, si lorsqu’il allait écouter les divins enseignements du Sauveur, il prenait soin d’éviter la haine et la vengeance des Juifs, il semble ne plus se préoccuper d’eux, aujourd’hui qu’il s’agit de rendre au corps de Jésus les derniers devoirs.

Saint Bède. Joseph fut donc jugé digne d’ensevelir le corps du Seigneur, à cause de son éminente vertu, de même qu’il obtint de Pilate le corps de Jésus, en considération du rang élevé qu’il occupait parmi les Juifs : " Et l’ayant détaché de la croix il l’enveloppa d’un linceul. " Cette modeste sépulture du Seigneur condamne la vanité des riches, qui veulent être entourés de leurs richesses jusque dans la poussière du tombeau.

Saint Athanase. (Vie de S. Ant.) C’est un véritable crime que d’embaumer les corps des morts, et de ne pas les ensevelir, même quand ce seraient les corps des saints, car qu’y a-t-il de plus saint ou de plus grand que le corps du Seigneur ? Cependant il fut mis dans le tombeau et y demeura jusqu’au troisième jour, où il ressuscita : " Et il le déposa dans un tombeau taillé dans le roc. " — Saint Bède. Ce tombeau était taillé dans le roc, car s’il avait été construit de plusieurs pierres assemblées, on aurait accusé ses disciples d’en avoir soulevé les fondements pour enlever le corps de leur maître. Il est déposé dans un tombeau neuf, comme le fait remarquer l’Évangéliste : " Dans lequel personne n’avait encore été mis, " car s’il était resté d’autres corps dans ce sépulcre, après la résurrection on aurait pu croire que c’était un autre que Jésus qui était ressuscité. C’est le sixième jour que l’homme avait été créé, c’est aussi le sixième jour que le Seigneur fut crucifié pour accomplir le mystère de la réparation du genre humain : " Or, c’était le jour de la préparation ; " c’est le nom que les Juifs donnaient au sixième jour, parce qu’ils préparaient ce jour-là tout ce qui était nécessaire pour le jour du sabbat. De même aussi que le créateur s’est reposé de son œuvre le septième jour, ainsi le Sauveur s’est reposé dans le sépulcre le septième jour : " Et le jour du sabbat allait commencer. " Nous avons vu plus haut que tous ceux qui étaient de la connaissance de Jésus, et les femmes qui l’avaient suivi se tenaient à l’écart. Lors donc que le corps de Jésus eut été détaché de la croix, les amis du Sauveur s’en retournèrent chez eux ; et les femmes seules qui l’aimaient plus tendrement, suivirent ses funérailles, dans le désir qu’elles avaient de voir où son corps serait déposé. " Les femmes qui étaient venues de la Galilée avec Jésus, ayant suivi Joseph, virent le sépulcre, et comment le corps de Jésus y avait été déposé, "afin de pouvoir lui offrir en temps opportun l’hommage de leur pieuse affection.

Théophylacte. Cependant elles n’avaient pas encore une foi véritable. Elles préparent des aromates et des parfums pour la sépulture définitive de Jésus, comme s’il n’était qu’un homme, suivant la coutume des Juifs qui ensevelissaient ainsi leurs morts : " Et s’en étant retournées, elles préparèrent des aromates et des parfums, " etc. Après que le Sauveur fut déposé dans le sépulcre, elles s’occupèrent à préparer des aromates, tant qu’il leur fut permis de travailler ; c’est à-dire jusqu’au coucher du soleil. Or, la loi voulait que le silence ou le repos du sabbat fût scrupuleusement observé depuis le soir du jour précédent, jusqu’au soir du jour suivant : " Et le jour du sabbat, elles demeurèrent en repos pour obéir aux préceptes de la loi. "

Saint Ambroise. Dans le sens figuré, remarquons que c’est un juste qui ensevelit le corps de Jésus-Christ ; car la fraude et l’iniquité ne doivent prendre aucune part à la sépulture du Sauveur. Ce n’est pas sans raison que saint Matthieu nous fait observer que Joseph, qui se charge d’ensevelir le corps de Jésus-Christ, était riche ; car en portant lui-même le corps d’un riche, il ne connut point la pauvreté de la foi. Il enveloppa le corps de Jésus-Christ dans un linceul ; et vous aussi revêtez le corps du Seigneur de sa gloire, si vous voulez être juste, et bien que vous croyiez, qu’il a souffert la mort, couvrez-le de la plénitude de la divinité. L’Église elle-même se revêt aussi de la grâce de l’innocence. — Saint Bède. Celui qui reçoit Jésus dans un cœur pur, l’enveloppe dans un suaire blanc. — Saint Ambroise. Ce n’est pas sans raison non plus qu’un évangéliste rapporte que le tombeau était neuf, et un autre que c’était le tombeau de Joseph. En effet, c’est à ceux qui sont soumis à la loi de la mort qu’on prépare un tombeau, mais le vainqueur de la mort n’a pas besoin d’avoir son sépulcre ; car quel rapport peut-il y avoir entre Dieu et un tombeau. Il est mis seul dans ce sépulcre, parce que bien que la mort de Jésus-Christ lui soit commune avec nous, à ne considérer que la nature de son corps, elle est exceptionnelle à raison de sa puissance. Jésus-Christ est enseveli dans le sépulcre d’un juste, pour nous apprendre qu’il prend volontiers son repos dans la demeure de la justice. Le juste a creusé ce sépulcre à l’aide de la parole pénétrante dans la pierre dure du cœur des Gentils, pour faire éclater parmi les nations la puissance de Jésus-Christ ; c’est aussi dans un dessein mystérieux qu’on roule une grande pierre à l’entrée du sépulcre. Celui qui a donné à Jésus-Christ une sépulture convenable dans son cœur, doit le garder avec soin pour ne pas s’exposer à le perdre et ne pas donner entrée dans son âme à l’incrédulité.

Saint Bède. Notre-Seigneur a voulu être crucifié le sixième jour, et se reposer le septième jour dans le sépulcre, pour nous apprendre que pendant le sixième âge du monde, nous devons souffrir et être crucifié au monde pour le Seigneur. (Ga 6, 14.) Mais au septième âge, c’est-à-dire après la mort, les corps reposent dans les tombeaux et les âmes dans le sein de Dieu. Aujourd’hui encore, il y a de saintes femmes, c’est-à-dire des âmes vraiment humbles et embrasés d’amour qui suivent avec un pieux empressement la passion de Jésus-Christ, et qui, afin d’en faire l’objet de leur imitation, méditent avec soin l’ordre dans lequel elle s’est accomplie. Après qu’elles l’ont lue, entendue et gravée dans leur mémoire, elles s’appliquent à la pratique des bonnes œuvres qui sont agréables à Jésus-Christ, afin que lorsque finira la préparation de la vie présente, elles puissent, le jour de la résurrection, aller au-devant du Sauveur dans le repos bienheureux, portant avec elles les parfums des œuvres spirituelles.

CHAPITRE XXIV

 

Luc 24, 1-12

 

1 Le premier jour de la semaine, de grand matin, les femmes se rendirent au sépulcre, portant les aromates qu'elles avaient préparés.

2 Elles trouvèrent la pierre roulée sur le côté du tombeau.

3 Elles entrèrent, mais ne trouvèrent pas le corps du Seigneur Jésus.

4 Elles ne savaient que penser, lorsque deux hommes se présentèrent à elles, avec un vêtement éblouissant.

5 Saisies de crainte, elles baissaient le visage vers le sol. Ils leur dirent : « Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts ?

6 Il n'est pas ici, il est ressuscité. Rappelez-vous ce qu'il vous a dit quand il était encore en Galilée :

7 'Il faut que le Fils de l'homme soit livré aux mains des pécheurs, qu'il soit crucifié et que, le troisième jour, il ressuscite.'«

8 Alors elles se rappelèrent ses paroles.

9 Revenues du tombeau, elles rapportèrent tout cela aux Onze et à tous les autres.

10 C'étaient Marie Madeleine, Jeanne, et Marie mère de Jacques ; les autres femmes qui les accompagnaient disaient la même chose aux Apôtres.

11 Mais ces propos leur semblèrent délirants, et ils ne les croyaient pas.

12 Pierre cependant courut au tombeau ; mais en se penchant, il ne vit que le linceul. Il s'en retourna chez lui, tout étonné de ce qui lui était arrivé.

 

Saint Bède. Les saintes femmes ne se contentèrent pas de ce qu’elles avaient fait le jour de la préparation ; lorsque le sabbat fut passé (c’est-à-dire après le coucher du soleil) et dès qu’il leur fut permis de reprendre leur travail, elles achetèrent des parfums, pour aller embaumer dès l’aurore le corps de Jésus, comme le rapporte saint Marc ; mais l’obscurité de la nuit les empêcha d’aller au sépulcre : " Le premier jour donc de la semaine, de grand matin, elles vinrent au sépulcre, " etc. Le jour d’après le sabbat, ou le premier jour de la semaine, est le premier qui suit le sabbat, et que les chrétiens ont appelé depuis le jour du Seigneur, à, cause de la résurrection du Sauveur. La démarche de ces pieuses femmes, qui viennent au sépulcre de grand matin, montre la grandeur de leur amour et du désir qu’elles avaient de chercher et de trouver le Seigneur.

Saint Ambroise. Toutefois, le récit des évangélistes présente ici une assez grande difficulté ; saint Luc dit que les saintes femmes sont venues de grand matin au sépulcre ; saint Matthieu, qu’elles sont venues le soir du sabbat. Mais cette divergence de temps disparaît, en admettant que des femmes différentes vinrent au sépulcre à plusieurs reprises, et qu’il y eut aussi plusieurs apparitions distinctes. Quant à ces paroles de saint Matthieu : " Le soir ou la nuit du sabbat, à la première lueur du jour qui suit le sabbat, " eut lieu la résurrection du Seigneur, il ne faut pas les entendre dans ce sens que le Sauveur soit ressuscité le matin du dimanche, qui est le premier jour après le sabbat, ni le jour même du sabbat ; car où seraient dans cette dernière hypothèse les trois jours qui devaient s’écouler jusqu’à la résurrection ? Ce n’est donc pas au déclin du jour, mais au déclin de la nuit, qu’il est ressuscité. D’ailleurs, le texte grec de l’Évangile selon saint Matthieu porteοφε, en latin sero, qui veut dire tard. Or, ce mot signifie le déclin du jour, et aussi tout ce qui vient tard, comme lorsque l’on dit : Cela m’a été suggéré trop tard. Cette expression signifie donc que la nuit était profonde, ce qui permit aux saintes femmes d’approcher du sépulcre pendant le sommeil des gardes. Une nouvelle preuve que la résurrection eut lieu pendant la nuit, c’est que parmi ces saintes femmes les unes en étaient instruites, c’étaient celles qui ont veillé le jour et la nuit ; les autres l’ignoraient, parce qu’elles s’étaient retirées. Saint Jean parle d’une Marie Madeleine qui ne savait où on avait mis le corps du Seigneur ; saint Matthieu, d’une autre Madeleine qui le savait ; car la même personne n’a pu le savoir d’abord, et l’ignorer ensuite. Si donc il y a plusieurs Maries, on peut admettre aussi plusieurs Maries Madeleines, le premier nom étant celui de la personne, et le second celui de son pays. — Saint Augustin. (de l’acc. des Evang., 3, 24.) Ou encore, saint Matthieu, dans la première partie de la nuit qui est le soir, a voulu comprendre la nuit elle-même ; c’est au déclin de cette nuit que les saintes femmes allèrent au sépulcre, ce qui s’explique d’autant plus facilement, qu’elles avaient préparé les aromates dès le soir, et que le jour du sabbat étant passé, il leur était permis de les apporter.

Eusèbe. Le corps du Verbe était étendu sans vie dans le tombeau, et une grande pierre en fermait l’entrée, comme si la mort eût voulu le retenir captif ; mais trois jours n’étaient pas encore écoulés, que la vie se manifesta de nouveau, après que la mort du Sauveur eut été environnée de toute la certitude possible : " Et elles virent que la pierre qui était au-devant du sépulcre, en avait été ôtée. " — Théophylacte. C’était un ange qui l’avait renversée, comme le rapporte saint Matthieu. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 91 sur S. Matth.) Cette pierre fut ôtée après la résurrection, afin que les pieuses femmes, à la vue du sépulcre, vide du corps du Sauveur, n’hésitassent pas à croire qu’il était ressuscité : " Et étant entrées, elles ne trouvèrent pas le corps du Seigneur Jésus. " — Saint Cyrille d’Alexandrie. Or, ne trouvant point le corps du Sauveur qui était ressuscité, elles étaient agitées de diverses pensées, mais leur tendre amour pour Jésus-Christ, et leur pieuse sollicitude leur méritèrent d’être visitées par les anges : " Pendant qu’elles étaient remplies de frayeur et d’anxiété, près d’elles parurent deux anges revêtus de robes resplendissantes. — Eusèbe. Les messagers de cette heureuse résurrection apparaissent revêtus d’habits resplendissants, comme présages de joie et de bonheur. Lorsque Moïse était sur le point de frapper l’Égypte de plaies, il vit un ange au milieu d’une flamme ardente ; mais ce n’est point dans cet appareil terrible, que les anges se montrent aux saintes femmes, ils sont environnés de la grâce et de la douceur qui convenaient au règne et au glorieux triomphe du Seigneur. Et de même qu’au temps de sa passion le soleil s’était éclipsé, pour témoigner son horreur et sa tristesse aux bourreaux qui crucifièrent le Fils de Dieu ; ainsi les anges messagers de la vie et de la résurrection annoncent, par l’éclat de leurs vêtements, la joie de cette grande fête qui est le salut du monde.

Saint Ambroise. Mais comment se fait-il que saint Matthieu et saint Marc ne parlent que d’un jeune homme assis et vêtu de blanc, tandis que d’après saint Luc et saint Jean les saintes femmes virent deux anges revêtus de robes blanches ? — Saint Augustin. (de l’acc. des Evang.) Nous pouvons très-bien admettre que les saintes femmes ne virent qu’un seul ange lorsqu’elles entrèrent dans le sépulcre, c’est-à-dire dans une espèce d’enceinte qui entourait le sépulcre taillé dans le roc, et était fermée d’une muraille ; c’est là qu’elles virent assis à droite l’ange dont parle saint Marc. Elles avancèrent ensuite pour regarder dans l’intérieur du sépulcre, où le corps du Seigneur avait été déposé, et c’est alors que d’après le récit de saint Luc, elles virent ces deux autres anges qui raniment leur courage et fortifient leur foi : " Et comme dans leur frayeur, elles tenaient leur visage abaissé vers la terre, " etc. — Saint Bède. À la vue des anges qui leur apparaissent, les saintes femmes ne se prosternent pas la face contre terre, elles tiennent simplement leurs yeux baissés vers la terre. Nous ne voyons également qu’aucun des saints qui furent témoins de la résurrection du Seigneur se soit prosterné la face contre terre, lorsque le Seigneur lui-même ou ses anges leur apparaissaient. C’est de là qu’est venu l’usage dans l’Église de prier les yeux baissés vers la terre, mais sans fléchir les genoux, tous les jours de dimanche et pendant les cinquante jours qui forment le temps pascal, soit en mémoire de la résurrection du Seigneur, soit comme un signe de l’espérance de notre propre résurrection. Or, ce n’était point dans un sépulcre (qui est la demeure des morts), qu’il fallait chercher celui qui était ressuscité d’entre les morts à une vie nouvelle. Aussi les anges disent-ils aux saintes femmes : " Pourquoi cherchez-vous parmi les morts celui qui est vivant ? Il n’est point ici, il est ressuscité. " En effet, c’est le troisième jour après sa mort, qu’il célébra le triomphe de sa résurrection, comme il l’avait prédit aux saintes femmes qui étaient avec ses disciples : " Souvenez-vous de ce qu’il vous a dit lorsqu’il était encore en Galilée : Il faut que le Fils de l’homme soit livré entre les mains des pécheurs, qu’il soit crucifié, et qu’il ressuscite le troisième jour. " En effet, il expira le jour de la préparation du sabbat, vers la neuvième heure, il fut enseveli le soir du même jour, et ressuscita au commencement du premier jour après le sabbat. — Saint Athanase. (de l’incarn. du Fils de Dieu.) Il aurait pu sans doute ressusciter immédiatement son corps, mais on n’eût pas manqué de dire qu’il n’était pas véritablement mort, ou que la mort ne l’avait pas entièrement atteint ; au contraire, si la résurrection du Seigneur avait été différée, la gloire de son incorruptibilité eût été moins évidente ; il mit donc un intervalle d’un jour entre sa mort et sa résurrection, pour prouver que son corps était véritablement mort, et il le ressuscita le troisième jour pour démontrer qu’il n’était pas soumis à la corruption. — Saint Bède. Il est resté dans le tombeau un jour et deux nuits, parce qu’il a voulu joindre la lumière de sa mort qui est une aux ténèbres de notre double mort.

Saint Cyrille d’Alexandrie. Les saintes femmes, instruites par les paroles des anges, se hâtèrent de venir annoncer toutes ces choses aux Apôtres : " Elles se ressouvinrent des paroles de Jésus ; et étant revenues du sépulcre, elles annoncèrent toutes ces choses aux onze et à tous les autres. " Ainsi la femme qui fut autrefois comme le ministre et l’instrument de la mort, est la première pour apprendre et pour annoncer l’auguste mystère de la résurrection. C’est ainsi que la femme a mérité le pardon de l’opprobre et l’affranchissement de la malédiction qui pesaient sur elle. — Saint Ambroise. Il n’est point permis aux femmes d’enseigner dans l’Église (1 Tm 2), elles doivent se contenter d’interroger leurs maris dans l’intérieur de leurs maisons. (1 Co 14.) C’est pour cela que la femme est envoyée à ceux qui sont de la famille de Jésus. L’Évangéliste nous fait connaître le nom de ces femmes : " Ce fut Marie Madeleine. " — Saint Bède. (la sœur de Lazare), et Jeanne (épouse de Chusaï, intendant d’Hérode) ; et Marie, mère de Jacques, (de Jacques le Mineur et de Joseph.) Quant aux autres, saint Luc ne les désigne que de cette manière générale : " Et les autres qui étaient avec elles, qui racontèrent ceci aux Apôtres. " — Saint Bède. (d’apr. Saint Ambroise.) Pour décharger la femme du crime et de l’opprobre perpétuel dont elle était chargée aux yeux des hommes, Dieu permet qu’après avoir été pour l’homme l’intermédiaire du mal, elle devienne aujourd’hui l’intermédiaire de la grâce.

Théophylacte. À ne consulter que les lois de la nature, le miracle d’une résurrection est une chose incroyable pour les hommes : " Aussi, ajoute l’Évangéliste, les Apôtres regardèrent comme une rêverie ce qu’elles leur disaient, et ne les crurent point. " — Saint Bède. (d’après Saint Grégoire le Grand.) Ce doute est moins un effet de la faiblesse de leur foi, que le fondement inébranlable de la nôtre, car pour triompher de leurs doutes, Dieu fit ressortir la vérité de la résurrection par une multitude de preuves, et lorsque nous lisons ces preuves, le doute même des Apôtres produit en nous la certitude. — Théophylacte. Pierre, à cette nouvelle, court sans tarder au sépulcre, prompt comme le feu qui n’attend pas qu’on lui jette le bois qu’il doit consumer : " Pierre se leva aussitôt et courut au sépulcre. "

Eusèbe. Seul parmi les Apôtres, il se rend au témoignage des femmes, qui lui rapportent l’apparition des anges, et comme il avait pour Jésus un amour plus grand que les autres Apôtres, il montrait aussi un plus grand zèle, et regardait de tous côtés pour découvrir le Seigneur : " Et s’étant penché, il ne vit que les linges par terre. "

Théophylacte. Lorsqu’il fut venu au sépulcre, le premier sentiment qu’il éprouva fut un sentiment d’admiration pour les choses qu’il avait pu tourner en dérision aussi bien que les autres Apôtres : " Et il s’en alla, admirant en lui-même, ce qui était arrivé, " c’est-à-dire, qu’il admirait comment les linges seuls qui avaient servi à recouvrir le corps embaumé de myrrhe, avaient été laissés, ou quelles circonstances avaient favorisé le voleur à ce point, qu’au milieu des gardes qui environnaient le sépulcre, il ait eu le temps de débarrasser le corps des linges qui l’entouraient avant de l’enlever.

Saint Augustin. (De l’acc. des Evang., 3, 25.) Saint Luc a voulu résumer ici tout ce que fit Pierre dans cette circonstance. En effet, Pierre courut au sépulcre en même temps que Jean, alors seulement que les saintes femmes, et Marie Madeleine en particulier, vinrent leur annoncer que le corps avait été enlevé, et l’apparition des anges n’eut lieu qu’ensuite. Saint Luc ne parle ici que de Pierre, parce que c’est à lui d’abord que Marie Madeleine annonça ce qu’elle avait vu. On peut aussi s’étonner que d’après le récit de saint Luc, Pierre n’entrât point dans le sépulcre, mais qu’étant penché il vit simplement les linges par terre, et se retira plein d’admiration, tandis que saint Jean dit positivement qu’il vit aussi ces linges posés à terre et qu’il entra dans le sépulcre après Pierre. Cette difficulté disparaît, en admettant que Pierre vit d’abord ces linges en se penchant sur le sépulcre (circonstance que saint Luc rapporte et saint Jean passe sous silence), et qu’il entra ensuite dans le sépulcre avant que Jean y entrât lui-même.

Saint Bède. Dans le sens figuré, ces pieuses femmes qui viennent au tombeau de grand matin, nous apprennent par leur exemple à dissiper les ténèbres de nos péchés avant d’approcher du corps de Jésus-Christ. En effet, ce sépulcre était la figure de l’autel du Seigneur où les mystères du corps de Jésus-Christ doivent être consacrés, non dans la soie ou dans la pourpre, mais sur le lin pur, figuré par le suaire dans lequel Joseph d’Arimathie l’enveloppa. Ainsi de même que le Sauveur a offert pour nous à la mort la véritable substance de sa nature terrestre, nous aussi, en souvenir de sa passion, nous étendons sur l’autel le lin blanc et pur que produit la terre après l’avoir préparé par un travail qui figure les divers genres de mortification. Les aromates que les saintes femmes apportent, sont l’emblème de l’odeur des vertus et du parfum suave des prières avec lesquelles nous devons approcher de l’autel (cf. Ap 8, 4.8). Le renversement de la pierre figure la révélation des mystères qui étaient cachés sous le voile de la lettre de la loi, écrite sur des, tables de pierre ; lorsque cette pierre est ôtée on ne trouve plus dans le sépulcre le corps de Jésus-Christ, qu’on y avait déposé après sa mort, mais on annonce et on prêche qu’il est plein de vie, " parce que si nous avons connu Jésus-Christ selon la chair, maintenant nous ne le connaissons plus de cette sorte. " (2 Co 5, 16.) De même enfin que les anges se tenaient autour du corps. du Seigneur déposé dans le sépulcre, ainsi devons-nous croire que les anges environnent le corps du Seigneur au moment de la consécration des divins mystères. Nous donc aussi, à l’exemple des saintes femmes, chaque fois que nous approchons des saints mystères, et autant par respect pour les anges qui sont présents que par vénération pour l’oblation sainte, abaissons nos yeux vers la terre dans un profond sentiment d’humilité, en nous rappelant que nous ne sommes que cendre et poussière.

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