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Matthieu 22, 34-40

 

34 Les pharisiens, apprenant qu'il avait fermé la bouche aux sadducéens, se réunirent,

35 et l'un d'entre eux, un docteur de la Loi, posa une question à Jésus pour le mettre à l'épreuve :

36 « Maître, dans la Loi, quel est le grand commandement ? »

37 Jésus lui répondit : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit.

38 Voilà le grand, le premier commandement.

39 Et voici le second, qui lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même.

40 Tout ce qu'il y a dans l'Écriture - dans la Loi et les Prophètes - dépend de ces deux commandements. »

 

Saint Jérôme. Les pharisiens ayant été confondus dans la question du tribut, et voyant que la tentative coupable de leurs adversaires avait également échoué, auraient dû renoncer à tendre au Sauveur de nouvelles embûches ; mais la malveillance et l’envie nourrissent et développent l’impudence, comme l’Évangéliste nous l’apprend : « Mais les pharisiens, ayant appris qu’il avait imposé silence, » etc. — Origène. (traité 22 sur S. Matth.) Notre-Seigneur impose silence aux sadducéens pour montrer que l’éclat de la vérité réduit au silence la parole de mensonge. Car de même que c’est un des caractères du juste de se taire lorsque c’est le moment de se taire, et de parler lorsqu’il faut parler, mais de ne point garder un silence absolu, ainsi c’est le propre de tous les docteurs de mensonge de taire la vertu, sans pour cela garder le silence.

 

Saint Jérôme. Les sadducéens et les pharisiens, qui sont divisés entre eux, se réunissent pour mettre Jésus à l’épreuve. — Saint Jean Chrysostome. Ou bien, les pharisiens s’assemblent pour triompher par le nombre de celui qu’ils ne pouvaient vaincre par leurs raisons ; en cherchant ainsi à se faire une arme de la multitude, ils avouèrent qu’ils étaient entièrement dépouillés de la vérité, car ils se disaient entre eux : « Qu’un seul parle pour nous tous, et nous le regarderons tous comme parlant en notre nom. S’il triomphe, nous paraîtrons tous triompher avec lui ; s’il est confondu, lui seul en portera extérieurement la honte ; c’est ce que l’Évangéliste exprime en ces termes : « Et l’un d’eux, qui était docteur de la loi, lui fit cette question, » etc. — Origène. Tout homme qui vient interroger un docteur, non dans le but de s’instruire, mais pour le tenter, est frère de ce pharisien, selon cette parole du Sauveur : « Ce que vous avez fait au moindre de ceux-ci qui sont à moi, c’est à moi que vous l’avez fait. » (Mt 25)

 

Saint Augustin. (de l’accord des Evang., 2, 73.) Il ne faut pas s’étonner de ce que saint Matthieu nous dit que ce docteur fit à Jésus cette question pour le tenter, tandis que saint Marc ne parle point de cette circonstance, et conclut son récit en ces termes : « Jésus, voyant qu’il avait répondu sagement, lui dit : Vous n’êtes pas loin du royaume de Dieu. » Car il est possible que ce docteur soit venu avec l’intention de tenter Jésus, et que la réponse du Sauveur l’ait ramené à de meilleurs sentiments ; ou, du moins, nous ne devons pas prendre ici le mot tenter dans cette mauvaise acception, que ce docteur était venu comme pour tromper un ennemi, mais plutôt pour éprouver un homme qu’il ne connaissait pas encore ; car ce n’est pas sans raison qu’il est écrit : « Celui qui croit trop promptement est léger de cœur. »(Qo 14) Or, voici la question qu’il lui fait : « Maître, quel est le grand commandement de la loi ? » — Origène. C’est pour le tenter qu’il l’appelait Maître, car ce n’était pas comme disciple de Jésus-Christ qu’il lui donnait ce nom. Celui donc qui ne veut pas s’instruire à l’école du Verbe, qui ne se donne pas à lui de tout son cœur ? et qui, cependant, l’appelle Maître, est frère du pharisien qui vint tenter Jésus. Il est vraisemblable qu’avant l’avènement du Sauveur, lorsqu’on lisait la loi, on demandait : Quel est le grand commandement de la loi ? Car le pharisien n’aurait pas fait cette question si elle n’eût été parmi eux l’objet de longues discussions avant que Jésus-Christ ne l’eût résolue. — Saint Jean Chrysostome.(sur S. Matth.) Ce docteur demandait quel était le grand commandement, lui qui n’observait même pas le plus petit. Or, on ne doit chercher à connaître les voies supérieures de la justice chrétienne que lorsqu’on en a franchi les premiers degrés. — Saint Jérôme. Ou bien, on peut dire que la question qu’il fait ne s’étend pas à tous les commandements, mais n’a pour objet que ce seul point : Quel est le premier et le grand commandement ? Car, tous les commandements de Dieu étant également grands, quelle que soit la réponse du Sauveur, ce docteur trouvera occasion de le calomnier.

 

Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth.) Mais le Seigneur lui répondit de manière à confondre, par ses premières paroles, l’hypocrisie qui lui avait dicté cette question : « Jésus lui répondit : Vous aimerez le Seigneur votre Dieu, » etc. « Vous aimerez, » lui dit-il, et non pas vous craindrez, car aimer c’est plus que craindre : aimer est le propre des enfants, craindre est le partage des esclaves ; la crainte est l’effet de la nécessité ; l’amour s’exerce librement ; celui qui sert Dieu par la crainte évite la peine, il est vrai, mais ne reçoit pas la récompense promise à la justice ; car il fait le bien comme malgré lui, et sous l’impression de la crainte. Dieu ne veut donc pas que les hommes le craignent servilement comme un maître, mais qu’ils l’aiment comme un père qui leur a donné l’esprit d’adoption. Or, aimer Dieu de tout son cœur, c’est n’avoir dans son cœur aucune affection qui l’emporte sur l’amour de Dieu ; aimer Dieu de toute son âme, c’est avoir un esprit solidement établi dans la vérité, et ferme dans la foi ; car l’amour du cœur est tout différent de l’amour de l’âme ; l’amour du cœur est en quelque sorte sensible, et nous fait aimer Dieu sensiblement, ce que nous ne pouvons faire qu’en détachant notre cœur de l’amour des choses de la terre. L’amour du cœur se fait donc sentir dans le cœur, tandis que l’amour de l’âme ne se sent pas, mais se comprend, parce qu’il consiste dans le jugement de l’âme. Car celui qui croit que Dieu renferme tout bien, et qu’en dehors de lui il n’existe aucun bien véritable, aime Dieu de toute son âme. Aimer Dieu de tout son esprit, c’est consacrer toutes ses facultés au service de Dieu ; car celui dont l’intelligence obéit à Dieu, dont la sagesse a Dieu pour objet, dont la aime à s’occuper des choses de Dieu, dont la pensée conserve le souvenir des bienfaits de Dieu, celui-là aime Dieu de tout son esprit. — Saint Augustin. (de la doct. chrét., 1, 22.) Ou bien dans un autre sens, Dieu vous ordonne de l’aimer de tout votre cœur, en lui consacrant toutes vos pensées ; de toute votre âme, en lui rapportant toute votre vie ; de tout votre esprit, en dirigeant vers lui toutes les forces de votre intelligence, puisque c’est de lui que vous tenez tout ce que vous lui consacrez. Il n’a donc laissé aucune partie de notre vie libre, et dont nous puissions disposer pour l’appliquer à un autre objet. Mais tout ce qui se présente d’ailleurs à notre affection, doit être emporté par l'élan de notre cœur dans le courant général de l’amour ; car l’homme n’atteint vraiment la perfection, que lorsque toute sa vie se dirige vers le bien immuable. — La Glose. Ou bien, vous aimerez Dieu de tout votre cœur, c’est-à-dire de toute votre intelligence ; de toute votre âme, c’est-à-dire de toute votre volonté ; de tout votre esprit, c’est-à-dire de toute votre mémoire, de manière que vous ne vouliez, que vous ne sentiez, que vous n’ayez à la mémoire rien qui soit contraire à Dieu. — Origène. Ou bien encore, vous aimerez Dieu de tout votre cœur, c’est-à-dire dans toute l’étendue de votre souvenir, de votre action, de votre pensée ; de toute votre âme, c’est-à-dire que vous serez disposé à la sacrifier pour l’amour de Dieu ; vous l’aimerez de tout votre esprit, en ne tenant jamais de discours qui ne se rapportent à Dieu. Or, voyez si vous ne pourriez entendre par le cœur, l’intelligence qui nous fait comprendre les choses intellectuelles, et par l’esprit, la faculté qui nous sert à les exprimer ; car c’est par l’esprit que nous donnons une expression à toutes choses, et que nous parcourons chacune de ces choses qui reçoivent de notre esprit l’expression de leur réalité.

 

Si le Sauveur n’avait pas fait cette réponse au pharisien qui le tentait, nous aurions pu croire que tous les commandements étaient égaux entre eux ; mais en répondant nettement : « Tel est le premier et le plus grand commandement, » il nous apprend à établir une gradation nécessaire entre les commandements, à commencer par le plus grand jusqu’aux commandements inférieurs, et de là jusqu’aux plus petits (Mt 5, 19). Notre-Seigneur déclare non-seulement que c’est là le grand commandement, mais encore que c’est le premier, non par le rang qu’il occupe dans la sainte Écriture, mais par la sublimité de la vertu qu’il a pour objet. Or, on ne peut entrer en participation de la grandeur et de la sublimité de ce commandement, qu’autant qu’on aime le Seigneur son Dieu, et qu’on l’aime de tout son cœur, etc. Le Seigneur ne s’est pas contenté de nous enseigner quel est le premier et le plus grand commandement, mais encore quel était le second, qu’il déclare semblable au premier. Il ajoute donc : « Et voici le second qui est semblable à celui-là Vous aimerez le prochain comme vous-même. » S’il est vrai que celui qui aime l’injustice hait son âme (Ps 10), il est clair qu’il aime le prochain comme soi-même, puisqu’il ne s’aime pas lui-même. — Saint Augustin. (doct. chrét., 1, 30.) Il est évident que par le prochain il faut entendre tout homme quel qu’il soit, puisqu’il nous est défendu de faire mal à qui que ce soit. Or, si tout homme, à qui nous devons rendre ou qui doit nous rendre à nous-mêmes les devoirs de la charité, est appelé avec raison notre prochain, il est certain que ce précepte, qui nous oblige à aimer le prochain, s’étend jusqu’aux anges qui exercent à notre égard, d’une manière si admirable, les devoirs de la miséricorde, comme il est si facile de s’en convaincre dans l’Écriture. C’est en vertu du même principe que Notre-Seigneur lui-même a voulu être appelé notre prochain, car il s’est personnifié lui-même dans le Samaritain qui porte secours à cet homme a rencontré à demi mort dans le chemin. — Saint Augustin. (de la Trin., 8, 6.) Celui qui aime les hommes, doit les aimer ou parce qu’ils sont justes, ou pour les rendre justes ; car il doit s’aimer lui-même ou parce qu’il est juste, ou afin de devenir juste. C’est ainsi qu’il pourra aimer le prochain comme lui-même, sans aucun danger. — Saint Augustin. (doct. chrét., 1, 22.) Si vous devez vous aimer vous-même, non pas pour vous, mais pour celui qui doit être la fin directe de votre amour, personne ne doit trouver mauvais que vous l’aimiez pour Dieu. Celui donc qui aime son prochain comme Dieu le commande, doit faire en sorte d’aimer aussi Dieu de tout son cœur. — Saint Jean Chrysostome. (sur S.Matth.) Or, celui. qui aime l’homme est semblable à celui qui aime Dieu ; car l’homme est l’image de Dieu, et c’est Dieu que nous aimons eu lui, comme nous honorons un roi dans l’image qui le représente, c’est pour cela que le Sauveur ajoute : « Voici le second qui est semblable au premier. » — Saint Hilaire. (can. 23.) Ou bien encore, ce commandement est semblable au premier, en ce sens qu’il y a dans tous les deux égalité d’obligation et de mérite ; car ni l’amour de Dieu sans l’amour de Jésus-Christ, ni l’amour de Jésus. Christ sans l’amour de Dieu, ne peuvent conduire au salut.

 

«Toute la loi et les prophètes sont renfermés dans ces deux commandements » — Saint Augustin. Notre-Seigneur dit « Sont renfermés, » c’est-à-dire s’y rapportent comme à leur fin. — Raban Maure. Tout le Décalogue est compris dans ces deux préceptes, les préceptes de la première table dans le précepte d’aimer Dieu, et dans celui d’aimer le prochain, 1es préceptes de la seconde table (Ex 24, 12 ; 33, 18 et 15 ; 34, 4, 28, 29 ; Dt 4, 13 ; 9, 9, 10, 11, 15 et 17 ; 10, 1, 2, 3,4, 5.). — Origène. (traité 23 sur S. Matth.) Ou bien ces paroles sont vraies, en ce sens que celui qui a fidèlement accompli tout ce qui dans l’Écriture a rapport à l’amour de Dieu et du prochain, mérite d’obtenir de Dieu des grâces privilégiées, pour comprendre que toute la loi et les prophètes dépendent, comme de leur principe, de l’amour de Dieu et de l’amour du prochain.

 

Saint Augustin. (de la Trin., 8, 7.) Comme il y a deux préceptes qui renferment la loi et les prophètes, le précepte d’aimer Dieu, et celui d’aimer le prochain, c’est avec raison que souvent l’Écriture sainte emploie indifféremment l’un pour l’autre, soit l’amour de Dieu, comme dans ces paroles « Or, nous savons que tout contribue au bien de ceux qui aiment Dieu » (Rm 8) ; soit l’amour du prochain, comme dans ces autres (Ga 5) : « Toute la loi est renfermée dans ce seul précepte Vous aimerez le prochain comme vous-même, » et cela, parce que celui qui aime le prochain doit, par une conséquence nécessaire, aimer Dieu ; car c’est par un seul et même sentiment de charité que nous aimons Dieu et le prochain, avec cette différence que nous aimons Dieu pour lui-même, et que nous nous aimons, ainsi que le prochain, pour l’amour de Dieu. — Saint Augustin. (de la doct. chrét., 1, 26.) Mais comme la nature divine est de beaucoup supérieure à notre nature, le précepte qui nous oblige d’aimer Dieu est distinct du précepte de l’amour du prochain. Si vous vous prenez vous-même dans votre être tout entier, c’est-à-dire dans votre âme et dans votre corps, de même que votre prochain, ces deux préceptes renferment tout ce qui peut être l’objet de votre amour. Le commandement de l’amour de lieu nous est donné en premier lieu avec la manière de l’accomplir, et il est suivi du précepte de l’amour du prochain que vous devez aimer comme vous-même, et qui renferme, par conséquent, l’amour que vous devez avoir pour vous-même.

 

Matthieu 22, 41-46

 

41 Comme les pharisiens se trouvaient réunis, Jésus les interrogea : « Que pensez-vous au sujet du Messie ? de qui est-il le fils ? »

42 Ils lui répondent : « De David. »

43 Jésus leur réplique : « Comment donc David, sous l'inspiration de l'Esprit, l'appelle-t-il Seigneur, en disant :

44 Le Seigneur a dit à mon Seigneur : 'Siège à ma droite jusqu'à ce que j'aie mis tes ennemis sous tes pieds' ?

45 Celui que David appelle Seigneur, comment peut-il être son fils ? »

46 Personne ne pouvait lui répondre un mot et, à partir de ce jour-là, nul n'osa plus l'interroger.

 

Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth.) Les pharisiens, qui ne voyaient dans Jésus-Christ qu’un homme, essayaient de le tenter, ce qu’ils n’eussent l’as fait s’ils avaient cru qu’il fût le Fils de Dieu. Jésus-Christ donc, buis le dessein de leur montrer qu’il connaissait la fourberie de leur cœur, et qu’il était Dieu, ne voulut pas leur dire clairement la vérité, de peur que cette déclaration ne fût pour eux une nouvelle occasion de blasphème et de fureur ; il ne voulut pas non plus garder entièrement le silence, car il était venu pour faire connaître la vérité (Jn 28, 37). Il leur pose donc une question en des termes qui puissent déjà leur faire connaître ce qu’il est. « Or, pendant que les pharisiens étaient assemblés, Jésus leur fit cette question : Que vous semble du Christ ? » Il avait demandé autrefois à ses disciples ce que les hommes disaient du Christ, et ensuite ce qu’ils en pensaient eux-mêmes ; mais il ne fait pas la même question aux pharisiens, car ils n’eussent pas manqué de lui répondre qu’on le considérait comme un séducteur, un méchant, que telle était leur opinion et qu’ils le regardaient simplement comme un homme. C’est pour cela qu’ils répondent que le Christ est le fils de David. »Et ils lui répondirent : De David. » Or le Sauveur blâme cette réponse et cite le témoignage du prophète, qui atteste que le Christ est Seigneur lui-même, qu’il est vraiment Fils, et qu’il est digne des mêmes honneurs que son Père. »Et il leur dit : Comment David l’appelle-t-il, par l’inspiration de l’Esprit saint, son Seigneur, en disant : Le Seigneur a dit à mon Seigneur, » etc. — Saint Jérôme. Ce témoignage est emprunté au psaume 59 ; le Christ y est appelé le Seigneur de David, non pas comme étant né de David, mais d’après sa naissance éternelle du Père, qui le rend existant avant celui qui fut son père selon la chair. Or ce n’est ni par erreur, ni par ignorance, ni de sa propre volonté que David l’appelle son Seigneur, mais par l’inspiration du Saint-Esprit. — Rémig. Ces paroles : »Asseyez-vous à ma droite, » ne signifient pas que Dieu ait un corps avec une droite ou une gauche, mais que le Fils a la même puissance, la même dignité que son Père. — Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth.) Or je pense qu’en faisant cette question, il eut en vue non-seulement les pharisiens, mais encore les hérétiques, car, s’il était vraiment fils de David selon la chair, il était son Seigneur par sa divinité.

 

Saint Jean Chrysostome. (hom. 72.) Le Sauveur ne s’arrête pas là ; mais, pour leur inspirer une crainte salutaire il ajoute : « Jusqu’à ce que je réduise vos ennemis à vous servir de marchepieds, » espérant les amener ainsi à la connaissance de sa divinité. — Origène. Si Dieu réduit les ennemis du Christ à lui servir de marche-pied, ce n’est pas seulement pour les perdre, mais aussi pour les sauver. — Rémig. Le mot « jusqu’à ce que signifie éternellement, et tel est le sens de toute la phrase : « Asseyez-vous pour l’éternité, et vos ennemis seront éternellement placés sous vos pieds. » —La Glose. (ou S. Anselme). Si le Père soumet au Fils ses ennemis, ce n’est pas une marque d’impuissance dans le Fils, mais une preuve de leur unité de nature, car le Fils lui-même soumet au l’ère ses ennemis, en glorifiant son Père sur la terre. Après avoir cité ce témoignage, il en tire cette conclusion : « Si donc David l’appelle son Seigneur, comment peut-il être son Fils ? » — Saint Jérôme. Nous pouvons faire encore aujourd’hui cette question aux Juifs, car, tout en reconnaissant que le Christ doit venir, ils affirment qu’il n’est qu’un homme, un personnage vertueux de la race de David. Nous donc, qui avons été instruits à l’école de Dieu lui-même, demandons-leur comment David peut l’appeler son Seigneur, s’il n’est qu’un homme, et s’il est seulement le fils de David ? Les Juifs, pour échapper à la vérité que renferme cette question, ont recours à mille explications frivoles : ils vont chercher un certain serviteur d’Abraham, qui eut pour fils Eliézer de Damas. Ce serait au nom d’Eliézer que ce psaume aurait été composé, parce que le Seigneur Dieu, après la destruction des cinq rois, aurait dit à son Seigneur Abraham : « Asseyez-vous à ma droite, jusqu’à ce que, » etc. Or, nous n’avons qu’à leur demander comment Eliézer aurait pu appliquer à Abraham la suite du psaume, et les forcer de nous répondre comment Abraham a été engendré avant l’aurore, et comment il fut prêtre selon l’ordre de Melchisédech, alors que Melchisédech offrit à Dieu pour lui du pain et du vin, et qu’Abraham lui donna la dîme de toutes les dépouilles.

Saint Jean Chrysostome. (hom. 74.) Le Sauveur mit ainsi fin à toutes leurs questions, et ses dernières paroles eurent assez de puissance pour leur fermer la bouche sans retour. »Et qui que ce soit ne put rien lui répondre, et, depuis ce jour-là, personne n’osa plus l’interroger. » Ils se turent ; ce fut bien malgré eux, et parce qu’ils ne savaient que répondre. — Origène. Si leur question eût eu pour motif le désir de s’instruire, Notre-Seigneur ne leur aurait point répondu de telle sorte qu’ils n’osèrent plus jamais l’interroger. — Raban Maure. Ce qui doit nous apprendre qu’on peut triompher de la jalousie la plus envenimée, mais qu’il est difficile qu’elle se calme et reste en repos.

 

CHAPITRE XXIII

 

Matthieu 23, 1-4

 

1 Alors Jésus déclara à la foule et à ses disciples :

2 « Les scribes et les pharisiens enseignent dans la chaire de Moïse.

3 Pratiquez donc et observez tout ce qu'ils peuvent vous dire. Mais n'agissez pas d'après leurs actes, car ils disent et ne font pas.

4 Ils lient de pesants fardeaux et en chargent les épaules des gens ; mais eux-mêmes ne veulent pas les remuer du doigt.

 

Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth.) Après avoir mis à néant toutes les questions insidieuses des prêtres, et leur avoir montré que leur état était incurable (car ceux qui sont consacrés à Dieu et se détournent de la voie droite, ne reviennent presque jamais au bien, tandis qu’on peut y ramener facilement les simples fidèles), le Sauveur adresse ses enseignements à ses apôtres et au peuple : »Alors Jésus s’adressant au peuple et à ses disciples, » etc., car une parole qui confond les uns sans instruire les autres est une parole stérile.

 

Origène. (Traité 24 sur S. Matth.) Les disciples de Jésus-Christ valent mieux que le reste du peuple. C’est ainsi que, dans l’Église, vous trouverez des âmes qui s’approchent avec plus d’amour du Verbe de Dieu, et qui sont les disciples de Jésus-Christ ; les autres forment son peuple. Tantôt c’est à ses disciples seuls qu’il adresse la parole, tantôt à la foule, et tantôt tout à la fois au peuple et à ses disciples, comme dans ce qui suit : « Il leur dit : Les pharisiens et les scribes sont assis sur la chaire de Moïse. » Ceux qui font profession de suivre la loi de Moïse, et qui se glorifient d’en être les interprètes, sont assis sur la chaire de Moise ; les scribes sont ceux qui ne s’écartent pas de la lettre de la loi ; et ceux qui prétendent à une perfection plus grande et se séparent de la foule comme étant meilleurs que le reste des hommes sont les pharisiens, dont le nom veut dire séparé (cf. Gn 38, 29). Ceux au contraire qui entendent et interprètent la loi de Moïse dans le sens vraiment spirituel sont assis il est vrai sur la chaire de Moïse, mais ils ne sont ni comme les scribes ni comme les pharisiens, ils valent beaucoup mieux qu’eux et sont les bien-aimés disciples de Jésus-Christ.

Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth.) Il faut cependant considérer de quelle manière un homme occupe la chaire de l’enseignement, car ce n’est pas la chaire qui fait le prêtre, mais le prêtre qui donne l’autorité à sa chaire ; ce n’est pas le lieu qui sanctifie l’homme, mais l’homme qui sanctifie le lieu. Aussi le sacerdoce est pour le mauvais prêtre une source de crimes et ne lui donne aucune dignité morale. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 71.) Toutefois afin que personne ne pût excuser sa négligence pour les bonnes œuvres par les vices de celui qui enseigne, le Sauveur détruit ce prétexte en ajoutant : « Faites tout ce qu’ils vous diront, » etc. Car ce n’est pas leur propre doctrine qu’ils enseignent, mais les vérités divines dont Dieu a composé la loi qu’il a donnée par Moïse. Considérez quel honneur le Sauveur rend ici à Moïse, et comme il fait ressortir l’harmonie qui existe entre l’Ancien et le Nouveau Testament. — Origène. Mais si les scribes et les pharisiens, assis sur la chaire de Moïse, sont les docteurs des Juifs, et leur enseignent quant à la lettre les préceptes de la loi, comment Notre-Seigneur peut-il nous ordonner, à nous, de faire tout ce qu’ils disent, alors que les apôtres, comme nous le voyons dans les Actes (15), ont défendu aux premiers fidèles de suivre la lettre de la loi ? C’est que les pharisiens enseignaient la lettre de la loi Sans eu comprendre le sens spirituel. Toutes les choses donc qu’ils nous prescrivent en vertu de la loi divine, nous qui avons l’intelligence de la loi, nous les observons et nous les pratiquons ; mais nous ne conformons pas notre conduite à la leur, car ils ne suivent pas les vrais enseignements de la loi, et ils ne comprennent pas qu’il y a un voile sur la lettre de la loi (2 Co  3, 14). Ou bien cette expression : « Tout ce qu’ils vous diront, » n’a pas pour objet tous les préceptes de la loi, comme ceux par exemple qui ont rapport aux aliments, aux victimes et à d’autres choses semblables, mais seulement les préceptes qui tendent à la réforme des mœurs. Or, pourquoi ne fait-il pas cette recommandation pour la loi de grâce, mais pour la loi de Moïse ? C’est qu’avant la Passion le temps n’était pas encore venu de faire connaître les commandements de la nouvelle loi. Mais il me semble que le Sauveur avait en cela un autre dessein. Il allait, dans le discours suivant, accuser les scribes et les pharisiens. Il commence donc par repousser tout d’abord le soupçon que des insensés auraient pu former contre lui, de vouloir s’emparer de leur autorité, ou d’agir dans un esprit d’hostilité ; et ce n’est qu’alors qu’il leur adresse des reproches pour que le peuple ne tombe point dans les mêmes désordres et ne s’imagine qu’il doit imiter leur conduite comme il est obligé d’écouter leurs enseignements, car il ajoute « Ne faites pas ce qu’ils font. » Or, quoi de plus misérable qu’un docteur dont les disciples ne peuvent se sauver qu’à la condition de ne pas l’imiter, et qui se perdent s’ils marchent sur ses traces ? — Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth.) De même qu’on recueille l’or dans le sein de la terre, et qu’on laisse de côté la terre, les auditeurs doivent recevoir la doctrine et laisser les mœurs de ceux qui enseignent, car il arrive fréquemment qu’un homme vicieux enseigne une doctrine irréprochable. Or, de même que les prêtres aiment mieux enseigner les méchants dans l’intérêt des bons, que de priver les bons d’enseignements à cause des méchants, ainsi les fidèles doivent honorer les mauvais prêtres à cause des bons, pour ne pas s’exposer à faire rejaillir sur les bons le mépris que méritent les mauvais. Il vaut mieux donner aux méchants ce à quoi il n’ont aucun droit, que de refuser aux bons ce qu’ils méritent.

 

Saint Jean Chrysostome. (hom. 72.) Considérez quel est le premier reproche qu’il leur adresse : « Ils disent et ne font pas. » En effet, celui qui a reçu ta puissance d’enseigner et qui transgresse la loi est coupable au premier chef : premièrement, parce qu’il donne l’exemple de la prévarication, alors qu’il doit reprendre et corriger les autres ; secondement, parce que la dignité dont il est revêtu augmente son crime et son châtiment ; troisièmement enfin, parce que son titre de docteur rend son péché plus scandaleux dans ses effets. Une seconde chose que le Sauveur leur reproche, c’est d’être durs et sévères pour ceux qui leur sont soumis : »Ils lient des fardeaux pesants, » etc. Et c’est en cela qu’ils sont doublement coupables d’exiger des autres, sans miséricorde, une vie parfaite et irréprochable, et de se donner à eux-mêmes toute latitude. Or, un bon supérieur doit se conduire tout autrement, c’est-à-dire se montrer juge sévère pour tout ce qui le concerne, et plein de douceur et de bonté pour ceux qu’il dirige. Remarquez encore comme il fait ressortir l’indignité de leur conduite. Il ne dit pas : ils ne peuvent pas, mais « Ils ne veulent pas, » et non-seulement : « Ils ne veulent pas porter ces fardeaux, » mais »Ils ne veulent pas les remuer du bout du doigt, » c’est-à-dire ni s’en approcher ni les toucher.

 

Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth.) Ces fardeaux pesants et insupportables dont Notre-Seigneur veut ici parler, et que les pharisiens et les scribes imposaient à leurs disciples, sont ces préceptes de la loi dont saint Pierre dit au livre des Actes (Ac 15) : »Pourquoi voulez-vous imposer aux disciples un joug que ni nos pères ni nous n’avons pu porter ? » Ils donnaient, à l’aide de raisons frivoles, une grande importance à ces fardeaux de la loi dans l’esprit de leurs disciples, et les attachaient, pour ainsi dire, sur les épaules de leur cœur, afin que, se regardant comme liés par la raison, ils ne fussent point tentés de rejeter loin d’eux ces fardeaux Pour eux, au contraire, ils n’en accomplissaient pas la moindre partie, c’est-à-dire que, non-seulement ils n’en portaient aucun en réalité, mais qu’ils ne voulaient pas même les toucher légèrement du bout des doigts. — La Glose. Ou bien encore « Ils lient des fardeaux, » c’est-à-dire ils recueillent de toutes parts des traditions qui, loin de soulager la conscience, l’oppriment et l’accablent. — Saint Jérôme. Il faut entendre ici dans un sens spirituel les épaules, le doigt, les fardeaux et les liens qui lient ces fardeaux. Notre-Seigneur s’élève ici généralement contre tous ces docteurs qui imposent aux autres de lourdes obligations, et qui n’accomplissent pas eux-mêmes les plus légères. — Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth.) Tels sont ceux qui imposent aux pécheurs repentants des pénitences accablantes, et qu’arrive-t-il ? C’est qu’en cherchant à se dérober aux peines de la vie présente, ils méprisent les peines de la vie future. En effet, chargez les épaules d’un jeune homme encore faible d’un fardeau qu’il ne peut porter, de toute nécessité, ou il le rejettera loin de lui, ou il succombera sous le faix. Or, de même, si vous imposez à un homme une pénitence trop pesante et trop rigoureuse, il la laissera nécessairement de côté, ou bien il s’en chargera sans pouvoir l’accomplir, et y trouvera ainsi une cause de scandale et une occasion de plus grand péché. D’ailleurs, en supposant que nous nous trompions en imposant des pénitences trop légères, ne vaut-il pas mieux avoir à rendre compte d’une trop grande miséricorde que d’une excessive sévérité ? Là où le père de famille est si libéral, le serviteur, qui distribue en son nom, ne doit pas être avare. Si Dieu est bon, pourquoi son prêtre serait-il d’une sévérité inflexible ? Voulez-vous être véritablement saint ? Soyez sévère pour vous-même et miséricordieux pour les autres ; que les hommes vous entendent imposer de légères obligations, et qu’ils vous voient en accomplir de grandes. Un prêtre qui, plein d’indulgence pour lui-même, exige beaucoup des autres, ressemble à celui qui, chargé de répartir l’impôt dans une ville, se dégrève lui-même pour charger ceux qui sont dans l’impossibilité de le payer.

 

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