36 Alors Jésus parvient avec eux à un domaine appelé Gethsémani et leur dit : « Restez ici, pendant que je m'en vais là-bas pour prier. »
37 Il emmena Pierre, ainsi que Jacques et Jean, les deux fils de Zébédée, et il commença à ressentir tristesse et angoisse.
38 Il leur dit alors : « Mon âme est triste à en mourir. Demeurez ici et veillez avec moi. »
Rémig. L’Évangéliste nous a raconté un peu plus haut qu’après avoir dit avec ses disciples l’hymne d’action de grâces, Jésus était allé avec eux vers le mont des Oliviers, et c’est pour désigner l’endroit de cette montagne où il se retira, qu’il ajouté : " Alors Jésus vint avec eux un lieu appelé, " etc. — Raban Maure. Saint Luc dit : " Sur le mont des Oliviers ; " saint Jean : " Au delà du torrent de Cédron, " ce qui est la même chose que Gethsémani, lieu situé au pied du mont des Oliviers, où se trouve un jardin et où fut bâtie depuis une église. — Saint Jérôme. Le nom de Gethsémani veut dire vallée très fertile, et c’est là que Jésus ordonne à ses disciples de se reposer un instant, et d’y attendre qu’il revienne les trouver lorsqu’il aurait prié seul pour tous les hommes. — Origène. Il ne convenait pas que le Sauveur fut pris dans le lieu même où il avait mangé la pâques avec ses disciples. Il fallait aussi qu’il priât avant d’être trahi, et qu’il choisît un lieu convenable et propre à la prière : " Et il dit à ses disciples : Asseyez-vous ici pendant que j’irai là, et que je prierai. " — Saint Jean Chrysostome. (hom. 83.) Jésus leur fait cette recommandation, parce qu’ils le suivaient sans jamais se séparer de lui ; il avait aussi l’habitude de prier sans ses disciples, ce qu’il faisait pour nous apprendre à rechercher le repos et la solitude dans nos prières. — Saint Damien. (liv. 3). Mais puisque la prière est l’élévation de notre âme vers Dieu et la demande faite à Dieu de choses justes et légitimes, comment le Sauveur pouvait-il prier ? Son âme n’avait pas besoin de s’élever à Dieu, unie qu’elle était au Verbe de Dieu en unité de personne ; il n’avait non plus besoin de rien demander à Dieu, car Jésus-Christ est tout à la fois Dieu et homme. Mais le Sauveur voulut en cela nous donner dans sa personne l’exemple de la conduite que nous devons suivre, nous enseigner à prier Dieu son Père, et à nous élever jusqu’à lui. Lorsqu’il s’est soumis aux souffrances, c’était pour en triompher et nous obtenir d’en triompher nous-mêmes ainsi, lorsqu’il prie, c’est pour nous ouvrir la voie par laquelle nous pouvons nous élever jusqu’à Dieu ; c’est encore afin d’accomplir pour nous toute justice, de nous réconcilier avec son Père, de l’honorer comme le principe de toutes choses et de nous montrer qu’il n’est point lui-même contraire à Dieu. — Rémig. En priant sur la montagne, Notre-Seigneur nous enseigne à demander à Dieu dans la prière les choses du ciel, et en priant dans cet endroit appelé Gethsémani, il nous apprend à pratiquer toujours avec soin l’humilité dans la prière. — Raban Maure. C’est par un dessein admirable qu’à la veille de sa passion le Sauveur prie dans la vallée de l’abondance, pour nous montrer que c’était par la vallée de l’humilité et par l’abondance de sa charité qu’il a souffert la mort pour nous. Il nous avertit en même temps de ne point porter en nous un cœur stérile et privé de la fécondité que donne la charité.
Rémig. C’est parce qu’il avait été témoin de l’expression de la foi de ses disciples et de leur dévouement à toute épreuve, et qu’il prévoyait leur effroi et leur dispersion qu’il leur ordonne de s’asseoir en ce lieu, car on s’assoie pour se reposer, et il devait leur en coûter bien de la peine pour le renoncer. L’Évangéliste nous apprend comment il s’éloigna d’eux, en ajoutant : " Et ayant pris avec lui Pierre et les deux fils de Zébédée, il commença à être triste et dans l’affliction. " Il prend avec lui ceux qu’il avait rendus témoins, sur la montagne, de la splendeur de sa majesté. — Saint Hilaire. (can. 31.) Mais les hérétiques ne veulent entendre ces paroles : " Il commença à s’attrister et à s’affliger " que dans le sens qui assujettit le Fils de Dieu à la crainte de la mort, parce qu’ils affirment, d’ailleurs, qu’il n’est point né de toute éternité, et qu’il n’est point sorti de la substance infinie de son. Père, mais qu’il a été tiré du néant par le Créateur de toutes choses. Donc, ajoutent-ils, il a été accessible aux angoisses de la douleur, à la crainte de la mort, et, puisqu’il a pu craindre la mort, il a pu mourir ; or, s’il a pu mourir, bien qu’il doive maintenant vivre éternellement, il n’est cependant point éternel par sa naissance dans le passé. Nous leur répondrons que, si la foi leur avait donné l’intelligence des Évangiles, ils auraient appris que le Verbe était Dieu dès le commencement, qu’il était en Dieu dès le commencement, et que celui qui engendre, comme celui qui a été engendré, ont la même éternité. Mais si la chair qu’il a prise a pu vicier, par suite de l’infirmité qui lui est inhérente, la vertu de cette substance incorruptible, jusqu’à la soumettre aux atteintes de la douleur, aux agitations de la crainte, elle devra aussi être soumise à la corruption, et si cette substance éternelle peut subir un changement qui l’assujettisse à la crainte, elle pourra perdre, dans un moment donné, les propriétés qu’elle possède aujourd’hui. Mais Dieu est toujours le même, sans qu’on puisse mesurer son existence, et il est de toute éternité tout ce qu’il est ; rien donc en Dieu n’a pu être sujet à la mort, rien en lui n’a pu être accessible à la crainte. — Saint Jérôme. Pour nous, nous disons que le Fils de Dieu s’est revêtu de notre humanité sujette aux souffrances, mais sans que la divinité ait cessé d’être impassible, car le Fils de Dieu a souffert, non pas d’une manière imaginaire, mais en réalité, tout ce que l’Écriture atteste qu’il a souffert dans la nature qui pouvait souffrir en lui, c’est-à-dire dans la nature humaine dont il s’était revêtu.
Saint Hilaire. (De la Trinité, 10.) Il en est, ce me semble, qui ne donnent d’autre cause à cette crainte du Sauveur que les approches de sa passion et de sa mort. Mais je demanderai à ceux qui sont dans cette opinion si l’on peut raisonnablement admettre que la crainte de la mort ait pu trouver place chez celui qui bannissait toute crainte de la mort de l’esprit de ses Apôtres, et les exhortait à conquérir la gloire du martyre ? Peut-on d’ailleurs supposer qu’il ait pu envisager la mort avec effroi, lui qui donne la vie pour récompense à ceux qui meurent pour lui. Quelle est encore la douleur qu’il pourrait craindre dans la mort, lui qui ne devait mourir que par un acte librement consenti de sa toute-puissance ? Et si enfin ses souffrances devaient être pour lui une source de gloire, comment la crainte de sa passion pouvait-elle l’attrister. — Saint Hilaire. (can. 31.) Mais, puisque nous lisons que Notre-Seigneur a été accablé par la tristesse, recherchons-en les causes. Il avait prévenu plus haut ses disciples que tous seraient scandalisés, et il avait déclaré à Pierre qu’il renierait trois fois son maître. Or, c’est après avoir pris avec lui cet Apôtre, ainsi que Jacques et Jean, qu’il commence à s’attrister. Ce n’est donc point avant de les avoir pris avec lui qu’il est triste ; mais toute cette crainte ne paraît en lui qu’après qu’il s’est fait suivre de ses disciples. Cette tristesse ne prend donc point naissance à son sujet, mais à l’occasion de ceux qu’il avait pris avec lui. — Saint Jérôme. Le Seigneur s’attristait donc, non dans la crainte de souffrir, puisque sa passion était l’objet de sa venue sur la terre, et qu’il avait reproché à Pierre son appréhension (Mt 14, 3), mais en pensant à l’infortuné Judas, au scandale dont sa mort allait être l’occasion pour tous ses Apôtres, à l’abandon et à la réprobation de tout le peuple juif, et à la ruine de la malheureuse Jérusalem. — Saint Damien. (De la foi orth., 23.) Ou bien, dans un autre sens, toutes les créatures qui n’existaient pas, et à qui Dieu a donné l’être, ont le désir naturel de l’existence, et fuient naturellement ce qui pourrait la leur ravir. Donc, Dieu le Verbe, s’étant fait homme, eut aussi ce désir qu’il fit paraître, en recherchant la nourriture, la boisson, le sommeil nécessaires à la conservation de la vie, parce qu’il était soumis, par sa nature humaine, à ces différentes nécessités, et en fuyant, au contraire, tout ce qui pouvait être, pour cette nature, un principe de dissolution. Ainsi, au temps de sa passion qu’il a soufferte par un effet de sa volonté, il fut soumis à une crainte de la mort et à une tristesse qui étaient naturelles, car il est naturel à l’âme de craindre d’être séparée du corps, à cause de l’union intime que le Créateur a établie dès le commencement entre ces deux substances.
Saint Jérôme. Notre-Seigneur, pour prouver la vérité de la nature qu’il avait prise, éprouve une tristesse réelle ; mais pour ne point laisser cette passion dominer dans son âme : " Il commence, dit l’Évangéliste, à s’attrister. " Ce n’est pas en effet la même chose d’être triste, ou de commencer à s’attrister. — Rémig. Ce passage condamne l’erreur, et des Manichéens, qui ont prétendu qu’il n’avait pris qu’un corps fantastique, et de ceux qui ont soutenu qu’il n’avait pas eu d’âme véritable, mais que la divinité lui en avait tenu lieu. — Saint Augustin. (Livre des 83 Quest., quest. 80.) Nous avons, en effet, les récits des évangélistes, qui nous rapportent que Jésus-Christ est né de la bienheureuse Vierge Marie, qu’il a été pris parles Juifs, flagellé, crucifié, mis à mort et enseveli dans un tombeau, toutes choses qu’on ne peut comprendre dans leur réalité sans qu’il ait eu un corps véritable. Quel est l’homme, si insensé qu’il fût d’ailleurs, qui oserait dire qu’il faut prendre toutes ces choses dans un sens figuré, alors que les évangélistes ont raconté ces faits d’après leurs propres souvenirs ? Si donc ces faits incontestables prouvent jusqu’à l’évidence que Jésus a eu un corps, ces passions, qui ne peuvent exister que dans l’âme, prouvent également qu’il avait une âme véritable, et nous trouvons cette preuve dans le même récit des évangélistes, qui nous disent : " Et Jésus fut dans l’admiration, et il fut irrité, et il s’attrista. " — Saint Augustin. (Cité de Dieu, 14, 9.) Puisque tous ces faits nous sont racontés dans l’Évangile, ce ne sont point des récits controuvés, et Notre-Seigneur, par l’effet d’une économie toute divine, a réellement éprouvé ces sentiments lorsqu’il l’a voulu, de même qu’il s’est fait homme par un acte également libre de sa volonté. Nous éprouvons aussi ces sentiments comme une des infirmités de notre condition humaine ; mais il n’en a pas été ainsi du Seigneur Jésus, dont l’infirmité même a été un effet de sa nouvelle puissance.
DAM. (De la foi orthod., 20.) Toutes nos passions naturelles ont donc existé en Jésus-Christ, naturellement, et d’une manière supérieure à la nature ; naturellement, parce qu’il laissait la chair souffrir ce qui était inhérent à sa condition ; d’une manière supérieure à la nature, parce que les mouvements de la nature ne précédaient pas en lui la volonté. En effet, rien en Jésus-Christ n’était soumis à la coaction ; mais tout était volontaire ; ainsi, c’est par un effet de sa volonté qu’il éprouva le besoin de la faim, les sentiments de crainte et de tristesse, sentiments qu’il exprime par ces paroles : " Mon âme est triste jusqu’à la mort. " — Saint Ambroise. (Liv. 1 sur S. Luc, chap. 22) Ce n’est pas lui qui est triste, mais son âme, car la tristesse ne peut atteindre la sagesse, la nature divine, mais son âme seulement, car il s’est uni mon âme, il s’est uni mon corps. — Saint Jérôme. Il dit que son âme est triste, non à cause de la mort, mais jusqu’à la mort, jusqu’à ce qu’il ait délivré ses Apôtres par sa passion. Que ceux-là donc qui prétendent que Jésus a pris une âme sans intelligence nous disent comment cette âme a pu s’attrister, et comment elle a pu connaître les heures de la tristesse, car si les animaux sans raison peuvent éprouver de la tristesse, ils ne peuvent cependant en connaître ni les causes, ni le temps, ni le terme. — Origène. Ou bien, dans un autre sens, ces paroles : " Mon âme est triste jusqu’à la mort, " signifient : La tristesse a commencé en moi, non pour toujours, mais jusqu’à l’heure de ma mort, et, lorsque je serai mort au péché, je mourrai à toute espèce de tristesse, dont le commencement seul a trouvé, place en moi. " Demeurez ici, " etc. C’est-à-dire, j’ai commandé aux autres de rester plus loin comme, étant plus faibles, et pour leur épargner la vue de ce triste combat ; pour vous, je vous ai pris avec moi, comme étant plus forts, et pour prendre part avec moi aux fatigues de la veille et de la prière. Cependant, demeurez aussi en cet endroit, car il faut que chacun s’arrête au degré de sa vocation, et toute grâce, quelque grande qu’elle soit, en a toujours une qui lui est supérieure. — Saint Jérôme. Ou bien, on peut dire qu’il ne leur défend pas de se livrer au sommeil, car ce n’en était guère le temps à l’approche de ce moment décisif, mais qu’il veut les prémunir contre l’assoupissement de l’âme et le sommeil de l’infidélité.
39 Il s'écarta un peu et tomba la face contre terre, en faisant cette prière : « Mon Père, s'il est possible, que cette coupe passe loin de moi ! Cependant, non pas comme je veux, mais comme tu veux. »
40 Puis il revient vers ses disciples et les trouve endormis ; il dit à Pierre : « Ainsi, vous n'avez pas eu la force de veiller une heure avec moi ?
41 Veillez et priez, pour ne pas entrer en tentation ; l'esprit est ardent, mais la chair est faible. »
42 Il retourna prier une deuxième fois : « Mon Père, si cette coupe ne peut passer sans que je la boive, que ta volonté soit faite ! »
43 Revenu près des disciples, il les trouva endormis, car leurs yeux étaient lourds de sommeil.
44 Il les laissa et retourna prier pour la troisième fois, répétant les mêmes paroles.
Origène. Notre-Seigneur emmène avec lui Pierre, celui de tous qui avait le plus de confiance en lui-même, ainsi que les deux autres Apôtres, qui paraissaient comme lui plus fidèles et plus courageux, afin qu’ils vissent de leurs yeux leur divin Maître prosterné le visage contre terre, et qu’ils apprissent à n’avoir jamais d’eux-mêmes une opinion avantageuse, mais des sentiments pleins d’humilité, et à être moins prompts à promettre et plus empressés de recourir à la prière. C’est pour cela qu’il est dit : " Et s’en allant un peu plus loin. " Il ne voulait pas s’éloigner d’eux, mais, au contraire, en être rapproché pour prier, et après leur avoir dit autrefois : " Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur " (Mt 11), il confirme cette doctrine par son exemple, en s’humiliant honorablement le premier, et en se prosternant le visage contre terre : " Et il tomba la face contre terre en priant et en disant : Mon Père, s’il est possible, que ce calice s’éloigne de moi. " Il fait éclater dans cette prière toute sa piété, et comme le Fils bien-aimé, et qui met toute son affection à obéir aux dispositions de son Père, il ajoute : " Néanmoins, non comme je veux, mais comme vous voulez, " nous enseignant ainsi à demander que la volonté de Dieu s’accomplisse et non pas la nôtre, il demande que le calice de sa passion s’éloigne, non pas selon sa volonté, mais comme le veut son Père, de la même manière qu’il a commencé à craindre et à s’attrister, c’est-à-dire non pas dans sa nature divine et impassible, mais dans sa nature humaine et sujette à l’infirmité, car, en se revêtant de cette nature, il en a subi toutes les conditions, pour ne point laisser croire qu’il n’avait que l’apparence et non la réalité d’une chair mortelle. Or, le premier sentiment qu’éprouve l’homme fidèle, c’est d’abord de ne pas vouloir de la douleur, surtout de celle qui peut le conduire à la mort, parce qu’il est revêtu d’une chair mortelle ; mais si telle est la volonté de Dieu, il ne demande qu’à s’y conformer, parce qu’il est avant tout plein de foi. Car de même que nous devons nous garder d’une confiance excessive, pour ne point paraître faire montre de notre force, nous devons également ne pas nous laisser aller à une défiance qui semblerait accuser d’impuissance le Dieu qui est notre soutien. Remarquons que cette circonstance nous est rapportée par saint Marc et par saint Luc ; mais saint Jean ne nous dit point que Jésus ait prié son Père que ce calice s’éloignât de lui ; ces premiers, en effet, ont insisté davantage, dans leur récit, sur ce qui concernait la nature humaine, et saint Jean sur ce qui faisait ressortir sa nature divine. Dans un autre sens, on peut dire que Jésus, voyant toutes les calamités qui devaient fondre sur les Juifs pour avoir demandé sa mort, s’écrie : " Mon Père, s’il est possible, que ce calice s’éloigne de moi. " — Saint Jérôme. C’est d’une manière significative qu’il dit : " Ce calice, " c’est-à-dire le calice du peuple Juif, qui ne peut s’excuser sur son ignorance en me mettant à mort, puisqu’il a entre les mains la loi et les prophètes qui m’ont annoncé. — Origène. Mais il considère de nouveau les immenses avantages que le monde entier devait retirer de sa passion, et il ajoute : " Toutefois, non ma volonté, mais la vôtre, " c’est-à-dire si tous ces biens dont ma passion doit être la source peuvent se réaliser sans qu’elle ait lieu, qu’elle s’éloigne de moi, afin que le monde soit sauvé sans que les Juifs expient par leur ruine le crime de m’avoir mis à. mort ; mais si le salut d’un grand nombre ne peut avoir lieu sans la perte de quelques-uns, que ce calice ne s’éloigne pas. Or ce calice, qu’il faut boire, est l’expression dont se sert l’Écriture en plusieurs endroits, pour désigner les souffrances, et, en particulier, les souffrances des martyrs, comme dans ce passage du psaume 15 : " Je prendrai le calice du salut. " Celui qui, pour rendre témoignage à la foi (He 11, 39), souffre tous les mauvais traitements qu’on peut lui faire, boit ce calice tout entier ; mais celui qui se dérobe à toute souffrance le renverse en le prenant. — Saint Augustin. (De l’accord des Evang., 3, 4.) Et pour ne point paraître diminuer la puissance de son Père, il ne dit point : Si vous le pouvez, mais " Si cela se peut faire, " ou " Si cela est possible, " c’est-à-dire, Si vous le voulez. En effet, tout ce qu’il veut est possible, et c’est ce que saint Luc exprime d’une manière plus claire, car il ne dit pas : Si cela est possible, mais " Si vous voulez. " — Saint Hilaire. Ou bien encore, dans un autre sens, il ne dit pas : Que ce calice s’éloigne, car ce serait la prière d’un homme qui craint pour lui-même ; mais il demande que ce calice passe au delà de lui. Il demande donc, non d’être exempté de le boire, mais de le voir passer à d’autres après qu’il se sera éloigné de lui. Toute la crainte qu’il éprouve se concentre donc sur ceux qui doivent souffrir après lui, et c’est pour eux qu’il adresse à Dieu cette prière : " Que ce calice s’éloigne de moi, " c’est-à-dire qu’ils le boivent comme je le bois moi-même, sans aucune défiance, sans aucun sentiment de douleur, sans aucune crainte de la mort, Il dit : " Si cela est possible, " parce que la chair et le sang redoutent les souffrances, et qu’il est difficile que des corps mortels soient à l’épreuve de leurs cruelles atteintes. Il ajoute : Non comme je veux, mais " comme vous voulez. " Il voudrait en effet les affranchir de la nécessité de souffrir, dans la crainte de les voir succomber à la souffrance, si toutefois ils peuvent devenir les cohéritiers de sa gloire, sans passer par la rude épreuve de sa passion. " Non pas comme je le veux, mais comme vous le voulez, " parce que la volonté du Père est que la force nécessaire pour boire ce calice passe de Jésus-Christ dans ses Apôtres, car, d’après l’ordre des conseils divins, le démon devait être vaincu directement, plus par les disciples de Jésus-Christ que par Jésus-Christ lui-même.
Saint Augustin. (Explic. Du ps. 32.) Jésus-Christ, revêtu de notre humanité, fit donc paraître en lui une volonté particulière à l’homme, et qui figurait à la fois sa volonté et la nôtre, puisqu’il était notre chef en disant : " Que ce calice s’éloigne de moi, " car c’était là. l’expression de la volonté humaine, qui a des désirs qui lui sont propres ; mais comme elle veut en même temps que la justice règne dans l’homme, et qu’il ait toujours Dieu en vue, elle ajoute : " Cependant, non pas comme je veux, mais comme vous le voulez, " c’est-à-dire : Ne considérez que vous en moi, car la volonté humaine peut avoir des désirs personnels qui soient contraires à la volonté de Dieu, et que Dieu pardonne à la fragilité humaine. — Saint Léon. (Serm. 7 sur la Pass.) Cette parole de notre chef est le salut de tout le corps ; cette voix a instruit tous les fidèles, enflammé tous les confesseurs, et a couronné tous les martyrs, car qui pourrait braver les haines, de ce monde, les orages des tentations, les terreurs des persécutions, si Jésus-Christ ne disait en tous et pour tous à son Père : " Que votre volonté soit faite. " Que tous les enfants de l’Église apprennent donc à répéter cette parole, afin que, lorsque l’adversité vient fondre sur eux comme une violente tempête, ils puissent triompher de la crainte qu’elle inspire et se montrer animés du courage nécessaire pour la supporter.
Origène. Jésus s’étant éloigné tant soit peu de ses disciple, ils ne purent veiller même une heure en son absence ; prions donc que Jésus ne nous quitte pas, ne fût-ce que pour un instant. " Il vient ensuite vers ses disciples, et il les trouva endormis. " — Saint Jean Chrysostome. (hom. 83.) Car la nuit était profonde, et d’ailleurs leurs yeux étaient appesantis par la tristesse. — Saint Hilaire. Lorsqu’il revient trouver ses disciples et qu’il les trouve endormis, c’est à Pierre qu’il adresse particulièrement ses reproches : " Et il dit à Pierre : Quoi, vous n’avez pu veiller une heure avec moi ? " il fait ce reproche à Pierre plutôt qu’aux deux autres, parce que c’était celui de tous ses Apôtres qui s’était le plus vanté de ne point se laisser scandaliser. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 83.) Mais comme ils avaient fait tous la même promesse, il leur reproche justement à tous leur faiblesse ; car après avoir pris la résolution de mourir tous ensemble avec Jésus-Christ, ils n’eurent même pas la force de veiller avec lui. — Origène. Les ayant trouvés endormis, il les réveille pour les rendre attentifs à sa parole, et il leur recommande la vigilance : " Veillez et priez, afin de ne point tomber dans la tentation, " ainsi nous devons d’abord veiller, et ensuite prier. On pratique la vigilance en faisant de bonnes œuvres, et en se tenant soigneusement en garde contre toute doctrine de ténèbres, c’est par là que celui qui veille assure le succès de sa prière. — Saint Jérôme. Il est impossible que l’âme humaine soit exempte de tentation ; aussi le Sauveur ne dit pas : Veillez et priez pour ne pas être tentés, mais : " Pour ne pas tomber dans la tentation, " c’est-à-dire pour n’en être pas victime.
Saint Hilaire. Il leur découvre ensuite les raisons du précepte qu’il leur donne de prier pour ne point tomber dans la tentation ; " car l’esprit est prompt, et la chair est faible, " paroles qui ne s’appliquent point au Sauveur, puisqu’il s’adresse maintenant à ses disciples. — Saint Jérôme. Il condamne ici la conduite de ces esprits téméraires qui pensent pouvoir obtenir tout ce qu’ils croient et ce qu’ils espèrent. Que la fragilité de notre chair nous inspire donc autant de crainte que la ferveur de notre âme nous inspire de confiance. — Origène. Il nous faut examiner ici si dans tous les hommes la chair est faible de même que l’esprit est prompt ; ou bien si tous ont une chair faible, sans que tous aient l’esprit prompt, à l’exception des saints ; quant aux infidèles, leur esprit est faible en même temps que leur chair est sans force. Dans un autre sens, on peut dire qu’il n’y a que ceux dont l’esprit est prompt qui aient une chair faible ; car leur esprit s’empresse de mortifier les œuvres de la chair. (Rm 8.) C’est donc à eux que Jésus commande de veiller et de prier pour ne point entrer en tentation ; car plus on est avancé dans la vie spirituelle, et plus on doit être attentif à ne point exposer une si haute vertu à une lourde chute. — Rémig. Ou bien encore, le Sauveur prouve par ces paroles qu’il a pris une chair véritable dans le sein de la Vierge Marie, et qu’il a eu aussi une âme véritable, et c’est dans ce sens qu’il dit que son esprit est prompt pour souffrir, mais que sa chair faible appréhende les douleurs de sa passion.
" Il s’en alla une seconde fois, et il pria en disant : Mon Père, si ce calice ne peut passer sans que je le boive, que votre volonté se fasse. " — Origène. Je pense que ce calice devait passer loin de Jésus-Christ, mais avec cette différence, que s’il le buvait, il passait loin de lui, et ensuite loin de tout le genre humain ; au contraire, s’il ne le buvait pas, ce calice passait loin de lui, mais ne passait pas loin des hommes. Or, il voulait que ce calice s’éloignât de lui, et qu’il ne fût point obligé d’en goûter l’amertume, si toutefois la justice de Dieu pouvait y consentir ; mais si cela n’était pas possible, il aimait mieux épuiser ce calice, et le voir ainsi passer loin de lui et de tout le genre humain, que d’en détourner les lèvres contrairement à la volonté de son Père. — Saint Jean Chrysostome.(hom. 83.) En priant une deuxième et une troisième fois, sous l’impression de l’infirmité humaine qui lui faisait craindre la mort, il atteste qu’il s’était réellement fait homme. Car lorsqu’un acte se répète une deuxième et une troisième fois, c’est dans le langage des Écritures la plus haute démonstration de la vérité, voilà pourquoi Joseph dit à Pharaon : " Quant au songe que vous avez eu en second lieu, et qui a le même sens, c’est un signe certain qu’il aura son effet. " (Gn, 41) — Saint Jérôme. Ou bien, il prie une seconde fois, pour témoigner à Dieu que si Ninive, c’est-à-dire la Gentilité, ne peut être sauvée, qu’à la condition que l’arbrisseau se dessèche (Jon 3), il consent que la volonté de son Père soit faite, volonté qui n’est pas contraire à celle du Fils, selon ces paroles du Roi-prophète ; " Je suis venu pour faire votre volonté, c’est aussi, mon Dieu, ce que j’ai voulu. " (Ps 33) — Saint Hilaire. Ou bien encore, eu faveur de ses disciples, qui devaient passer par les souffrances, il a pris sur lui toutes les faiblesses de notre corps, il a cloué à la croix toutes nos infirmités ; et c’est pourquoi ce calice ne peut s’éloigner de lui sans qu’il le boive, parce que nous ne pouvons souffrir qu’en vertu de sa passion.
Saint Jérôme. Or, Jésus-Christ est le seul qui prie pour tous les hommes, de même qu’il est le seul qui souffre pour tous sans exception. " Et il vint de nouveau, et il les trouva endormis ; car leurs yeux étaient appesantis. " Les Apôtres étaient comme atteints de langueur, et leurs yeux étaient accablés par les approches de leur renoncement. — Origène. Je pense que c’était moins les yeux de leur corps que ceux de leur âme qui étaient appesantis ; car ils n’avaient pas encore reçu l’Esprit saint, aussi le Sauveur ne leur fait-il point de nouveaux reproches, mais il retourne prier une troisième fois, pour nous enseigner à ne point nous décourager, mais à persévérer dans la prière jusqu’à ce que nous ayons obtenu ce que nous avons commencé à demander. " Et les ayant quittés, il s’en alla de nouveau, et il pria une troisième fois disant les mêmes paroles. " — Saint Jérôme. Il pria une troisième fois, comme pour se conformer à ce précepte des livres saints : " Que tout soit assuré par la déposition de deux ou trois témoins (Dt 19, 15 ; Mt 18, 16, et 2 Co 13, 1). — Raban Maure. Ou bien, le Seigneur prie à trois reprises différentes, pour nous apprendre à demander à Dieu le pardon de nos péchés passés, la délivrance de nos maux présents, et la protection divine contre les dangers à venir. Il nous enseigne encore à adresser toutes nos prières au Père, au Fils et au Saint-Esprit, et à leur demander de conserver sans tache notre esprit, notre âme et notre corps. (1 Th 5) — Saint Augustin. (Quest évang., 2, 44.) On peut encore raisonnablement admettre que le Seigneur a prié par trois fois en vue de la triple tentation de sa passion ; car de même qu’il y a trois tentations de la concupiscence, la crainte nous tente ainsi de trois manières différentes. Ainsi à la concupiscence des yeux ou de la curiosité, correspond la crainte de la mort ; car de même que la première est un désir ardent de connaître toutes choses, de même la seconde est la crainte de perdre cette connaissance. À la concupiscence ou au désir de l’honneur et de la louange, correspond la crainte de l’ignominie et des outrages, et à la. concupiscence du plaisir, la crainte de la douleur. — Rémig. Ou bien, il prie par trois fois pour les Apôtres, et surtout pour Pierre qui devait le renier trois fois,