45 Alors il revient vers les disciples et leur dit : « Désormais, vous pouvez dormir et vous reposer ! La voici toute proche, l'heure où le Fils de l'homme est livré aux mains des pécheurs !
46 Levez-vous ! Allons ! Le voici tout proche, celui qui me livre. »
Saint Hilaire. (can. 31.) Après ces prières multipliées, après ces démarches répétées, il bannit la crainte de l’âme de ses disciples, il leur rend la sécurité, et les invite à prendre du repos " Alors il revint trouver ses disciples, " etc. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 83.) Au contraire, c’est alors qu’il fallait veiller ; mais il leur parle de la sorte pour leur faire comprendre qu’ils ne pourraient supporter la vue des maux qui allaient fondre sur lui, et que d’ailleurs, il n’avait pas besoin de leur secours, puisqu’il fallait nécessairement qu’il fût livré à ses ennemis. — Saint Hilaire. Ou bien, il s’exprime ainsi, parce qu’il attendait désormais avec confiance l’effet de la volonté de son Père sur ses disciples, d’après la prière qu’il lui avait faite : " Que votre volonté soit faite, " assuré qu’il était qu’en buvant le premier le calice qui devait passer jusqu’à nous, il absorbait pour ainsi dire, en sa personne, les infirmités de notre corps, les sollicitudes de la crainte, et la douleur elle-même de la mort. — Origène. Ou bien, ce sommeil qu’il commande maintenant à ses disciples de prendre, n’est pas le même auquel ils ont succombé précédemment ; en effet, lorsque Jésus vint les trouver alors, ils dormaient, il est vrai, et avaient leurs yeux appesantis, mais ils ne se reposaient pas ; maintenant, au contraire, il leur commande, non plus simplement de dormir, mais de dormir d’un sommeil qui les repose, pour que l’ordre naturel des choses soit observé. C’est ainsi que nous devons d’abord veiller et prier pour ne point tomber dans la tentation, afin de pouvoir ensuite nous livrer au sommeil et au repos. Ainsi tout homme qui a trouvé une demeure au Seigneur, un tabernacle au Dieu de Jacob peut monter sur le lit de son repos, et accorder le sommeil à ses yeux. (Ps 131) Peut-être aussi l’âme qui ne peut toujours supporter la fatigue, accablée qu’elle est sous le poids du travail, obtiendra quelques moments de relâche que l’on compare au sommeil, et qu’elle pourra goûter sans crainte de reproche, afin de pouvoir se lever toute renouvelée après ces quelques instants de repos. — Saint Hilaire. Lorsque Notre-Seigneur revient vers ses disciples, et qu’il les trouve endormis, la première fois, il leur en fait un reproche ; la seconde fois, il se tait ; la troisième fois, il leur ordonne de se reposer. Voici la raison de cette conduite : premièrement, après sa résurrection, il les trouva dispersés, pleins de défiance et de crainte ; secondement, lorsqu’il les visita en leur envoyant l’Esprit saint, leurs yeux étaient appesantis et ne pouvaient contempler la liberté de l’Évangile ; car l’amour de la loi, qui les retenait encore tant soit peu, les laissait comme plongés dans le sommeil par rapport à la foi ; troisièmement enfin, lorsqu’il reviendra dans l’éclat de sa majesté, il leur rendra la sécurité et le repos.
Origène. Après les avoir tirés de leur sommeil, Jésus, voyant en esprit Judas qui s’approchait pour le trahir, sans que ses disciples pussent encore l’apercevoir, leur dit : " Voici l’heure qui approche, " etc. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 83.) Ces paroles : " L’heure approche, " prouvent que tout se faisait par suite d’une disposition toute divine, et ces autres : " Le Fils de l’homme va être livré entre les mains des pécheurs, " que sa passion était l’œuvre de leur méchanceté, et qu’il n’était coupable d’aucun crime qui pût en être la cause. — Origène. Maintenant encore, Jésus est livré entre les mains des pécheurs, lorsque ceux qui paraissent croire en lui l’ont entre les mains, tout pécheurs qu’ils sont. De même, toutes les fois qu’un juste qui possède Jésus en soi, devient esclave du péché, Jésus est encore livré entre les mains des pécheurs.
Saint Jérôme. Après avoir prié pour la troisième fois, et obtenu pour ses Apôtres que leur repentir pût expier leurs craintes, sans inquiétude de sa passion, il se dirige vers ses persécuteurs, et se présente de lui-même à la mort : " Levez-vous, allons, " c’est-à-dire, afin qu’ils ne vous trouvent pas en proie aux appréhensions et à la crainte, marchons de nous-mêmes à la mort, et qu’ils soient témoins de l’assurance et de la joie de celui qu’ils vont faire souffrir. " Voici qu’approche celui qui me doit livrer. " — Origène. Il ne dit pas : Il s’approche de moi ; car le traître disciple ne s’approchait pas de Jésus, lui qui s’en était éloigné par ses péchés. — Saint Augustin. (de l’accord des Evang., 3, 4.) Ce récit de saint Matthieu paraît contradictoire ; car comment a-t-il pu dire : " Dormez maintenant et reposez-vous, " et ajouter presque immédiatement : " Levez-vous, allons ? " Cette contradiction apparente a porté quelques interprètes à soutenir que ces paroles du Sauveur : " Dormez maintenant et reposez-vous, " sont un reproche qu’il leur fait, plutôt qu’une permission qu’il leur donne, explication qu’on pourrait très-bien admettre, si elle était nécessaire ; mais comme dans le récit de saint Marc après que Jésus a dit : " Dormez maintenant et reposez-vous, " il ajoute : " C’est assez, " et puis ensuite : " L’heure est venue, le Fils de l’homme va être livré, " nous devons comprendre qu’après avoir dit : " Dormez maintenant et reposez-vous, " le Seigneur a gardé quelque temps le silence, pour laisser s’accomplir ce qu’il avait promis, et qu’ensuite il ajoute : " Voici que l’heure approche. " D’après saint Marc, le Sauveur leur dit : " C’est assez, " c’est-à-dire vous vous êtes reposés suffisamment.
47 Jésus parlait encore, lorsque Judas, l'un des Douze, arriva, avec une grande foule armée d'épées et de bâtons, envoyée par les chefs des prêtres et les anciens du peuple.
48 Le traître leur avait donné un signe : « Celui que j'embrasserai, c'est lui : arrêtez-le. »
49 Aussitôt, s'approchant de Jésus, il lui dit : « Salut, Rabbi ! », et il l'embrassa.
50 Jésus lui dit : « Mon ami, fais ta besogne. » Alors ils s'avancèrent, mirent la main sur Jésus et l'arrêtèrent.
La Glose. L’Évangéliste vient de nous dire que le Seigneur avait été lui-même au-devant de ses persécuteurs ; il nous raconte maintenant comment ils se saisirent de sa personne : " il parlait encore, lorsque Judas, un des douze, " etc. — Rémig. Un des douze, c’est-à-dire qu’il était numériquement un des douze, mais qu’il ne méritait pas d’en faire partie, circonstance que l’auteur sacré relève pour faire ressortir l’énormité du crime de Judas qui, d’apôtre, était devenu un traître : " Et avec lui une grande troupe de gens armés d’épées et de bâtons. " Pour nous montrer que c’était l’envie qui avait ordonné de se saisir de Jésus, l’Évangéliste ajoute : " Qui avaient été envoyés par les princes des prêtres, et par les anciens du peuple. " — Origène. On pourrait dire qu’ils avaient envoyé cette grande troupe pour se saisir de lui, à cause du grand nombre de ceux qui croyaient en lui, et dans la crainte que cette multitude ne vînt à le délivrer de leurs mains. Mais pour moi, je pense que ce fut pour un autre motif, et parce qu’étant persuadés qu’il chassait les démons par Béelzébub, ils s’imaginaient qu’il pourrait, à l’aide de quelques maléfices, s’échapper des mains de ceux qui venaient s’emparer de lui. Il en est encore beaucoup qui combattent contre Jésus, armés de glaives spirituels, c’est-à-dire répandant sur Dieu des erreurs nombreuses et variées. " Or, celui qui le trahit leur avait donné ce signe : " Celui que je baiserai, " etc. il n’est pas inutile de rechercher pourquoi Judas donna un signe pour faire connaître Jésus, alors que sa figure était connue de tous les habitants de la Judée. Or, d’après une tradition qui est parvenue jusqu’à nous, Jésus se manifestait sous deux formes extérieures, l’une sous laquelle tout le monde le voyait ; l’autre, sous laquelle il apparut lors de sa transfiguration sur la montagne. De plus, il se manifestait à chacun selon qu’il en était digne, et de même qu’il est écrit de la manne qu’elle avait pour chacun le goût qu’il souhaitait, ainsi le Verbe de Dieu ne se manifeste pas à tous de la même manière. Ce sont ces diverses transfigurations qui rendaient nécessaire un signe pour le faire reconnaître. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 83.) Ou bien, il leur donna un signe, parce que souvent il s’était échappé de leurs mains, sans qu’ils s’en aperçussent, et c’est ce qu’il eût encore fait, s’il l’eût voulu.
" Et aussitôt, s’approchant de Jésus, il lui dit : Salut, Maître. Et il le baisa. " — Raban Maure. Le Sauveur reçoit le baiser du traître, non pour nous apprendre à user de feinte et de dissimulation, mais parce qu’il ne voulait point paraître se dérober à la trahison. — Origène. Si l’on demande pourquoi Judas a trahi Jésus par un baiser, nous répondons que selon quelques-uns ce fut pour conserver les marques extérieures de respect à l’égard de son maître, sur lequel il n’osait se jeter publiquement ; selon d’autres, c’est parce qu’il craignit qu’en se déclarant ouvertement son ennemi, il ne fût cause qu’il ne lui échappât, puisque dans sa pensée le Sauveur pouvait se dérober au danger qui le menaçait et se rendre invisible. Pour moi, je pense que tous ceux qui trahissent la vérité, la trahissent par un baiser et en affectant un amour hypocrite pour elle. Tous les hérétiques disent aussi à Jésus, comme Judas : " Je vous salue, Maître. " Or, Jésus lui fait une réponse pleine de douceur : " Et Jésus lui répondit : Mon ami, dans quel dessein êtes-vous venu ? " Il l’appelle " mon ami, " pour lui reprocher son hypocrisie, car nous ne voyons dans l’Écriture aucun juste appelé de ce nom (Ct 5 ; 2 Paralip., 20 ; Jdt 8 ; Is 41), tandis que le Père de famille dit au convive qui n’avait pas la robe nuptiale : " Mon ami, comment êtes-vous entré ici ? " (Mt 22) ; et ailleurs, à l’un des ouvriers qui murmuraient : " Mon ami, je ne vous fais pas de tort. " (Mt 20) — Saint Augustin. (Serm. pour le Dim. de la Pas.) Jésus lui dit : " Dans quel dessein êtes-vous venu ici ? " C’est-à-dire, vous me donnez un baiser et vous me trahissez. Je sais pourquoi vous êtes venu, vous feignez d’être mon ami, alors que vous n’êtes qu’un traître. — Rémig. Ou bien, en lui disant : " Ami, qu’êtes-vous venu faire ici, " il sous-entend : Faites ce pourquoi vous êtes venu. " Alors ils s’avancèrent, se jetèrent sur Jésus et se saisirent de lui. " Alors, c’est-à-dire quand il le leur permit, car bien souvent ils en eurent le désir sans pouvoir l’exécuter. — Raban Maure. Tressaille de joie, ô chrétien, tu as gagné au trafic de tes ennemis, et tu as acquis ce que Judas a vendu et ce que le Juif a acheté.
51 Un de ceux qui étaient avec Jésus, portant la main à son épée, la tira, frappa le serviteur du grand prêtre et lui trancha l'oreille.
52 Jésus lui dit : « Rentre ton épée, car tous ceux qui prennent l'épée périront par l'épée.
53 Crois-tu que je ne puisse pas faire appel à mon Père, qui mettrait aussitôt à ma disposition plus de douze légions d'anges ?
Saint Jean Chrysostome. (hom. 84.) Saint Luc nous rapporte que le Seigneur avait dit pendant la Cène à ses disciples : Que celui qui a un sac le prenne, de même que sa bourse, et que celui qui n’en a pas vende sa tunique et achète un glaive : " Et les disciples répondirent : Il y a deux glaives ici. " (Lc 22) On comprend qu’ils aient eu des glaives avec eux, puisqu’ils venaient de manger l’Agneau pascal. D’ailleurs, comme ils savaient que les ennemis de Jésus-Christ s’approchaient pour se saisir de lui, ils prirent, au sortir du cénacle, des glaives pour défendre leur Maître contre ses persécuteurs ou comme s’ils allaient combattre pour lui. " Alors, un de ceux qui étaient avec Jésus, portant la main à son épée, la tira. " — Saint Jérôme. On lit dans un autre évangéliste que ce fut Pierre, et qu’il agit avec la même ardeur qu’il fait paraître en toute circonstance " Et, frappant un des serviteurs du grand-prêtre, il lui coupa une oreille. " Ce serviteur du grand-prêtre s’appelait Malchus, et l’oreille qui lui fut coupée était la droite. Or, nous dirons en passant que ce Malchus (c’est-à-dire qui était autrefois roi des Juifs), est devenu esclave de l’impiété et de la cupidité des prêtres, et a perdu l’oreille droite pour ne plus entendre que de l’oreille gauche la pauvreté du sens littéral de la loi. — Origène. Car, bien que les Juifs paraissent encore entendre aujourd’hui la loi, ce n’est pas la vérité, mais l’ombre de la tradition de la loi qu’ils entendent de l’oreille gauche. Au contraire, le peuple qui a embrassé la foi parmi les Gentils est ici représenté par Pierre, et par le fait même qu’ils ont cru en Jésus-Christ, ils ont été cause que les Juifs ont cessé d’entendre de l’oreille droite. —Raban Maure. Ou bien on peut dire que Pierre n’enlève pas à ceux qui écoutent, le sens de la perception de la vérité, mais qu’il ne fait que manifester le juste jugement de Dieu qui ôte ce sens à ceux qui négligent de s’en servir, tandis que l’usage de cette même oreille droite est rendu par un effet de la miséricorde divine à tous ceux qui, parmi le peuple juif, ont embrassé la foi. — Saint Hilaire. (can. 32.) Ou bien, dans un autre sens, l’oreille coupée par Pierre au valet du grand-prêtre figure le sens indocile de l’ouïe, qui est retranché par le disciple de Jésus-Christ au peuple esclave du sacerdoce judaïque et qui devient incapable de recevoir la vérité qu’il a refusé d’entendre.
Saint Léon. (Serm. 1 sur la Pas.) Le Seigneur ne souffre pas que le pieux élan de son zélé disciple aille plus loin : " Alors Jésus lui dit : Remets ton glaive en son lieu. " En effet, il eut été contraire au mystère de la rédemption que celui qui venait mourir pour tous les hommes ne consentît pas à se laisser prendre par ses ennemis. fi donna donc à ces furieux le pouvoir d’assouvir leur rage contre lui, pour ne point prolonger, par le retard du glorieux triomphe de la croix, l’empire du démon et la captivité du genre humain. — Raban Maure. Il fallait aussi que l’auteur de la grâce enseignât par son exemple la patience aux fidèles, et qu’il leur apprît à supporter courageusement la persécution, plutôt que de les exciter à la vengeance. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 83.) Il use même de menaces pour persuader plus facilement son disciple : " Car tous ceux qui prendront le glaive périront par le glaive. " — Saint Augustin. (contre Fauste, 22, 76.) C’est-à-dire, quiconque se sera servi du glaive. Celui qui prend le glaive est celui qui le fait servir à répandre le sang sans l’ordre, le consentement ou la permission de l’autorité supérieure et légitime ; car le Seigneur avait bien ordonné à ses disciples de porter un glaive, mais non pas de s’en servir pour frapper. En quoi donc est-ce une indignité qu’après cette faute, Pierre soit devenu le chef de l’Église, de même que Moïse devint le chef et le prince de la synagogue après avoir tué un Égyptien ? (Ex 2.) L’un et l’autre outrepassèrent la règle, non par une cruauté détestable, mais par un sentiment de colère bien digne de pardon ; l’un et l’autre agirent sous l’impression de la haine contre l’injustice commise sous leurs yeux, bien que l’un ait péché par un excès d’amour fraternel, et le second par une affection vive, quoique charnelle encore, pour son Maître. — Saint Hilaire. Mais la mort par le glaive n’est point le châtiment de tous ceux qui se servent du glaive, car la fièvre ou d’autres accidents en emportent beaucoup de ceux qui ont fait usage du glaive, ou en remplissant les fonctions de juge, ou en résistant nécessairement aux voleurs. Si cependant, d’après la sentence du Sauveur, tout homme qui se sert du glaive doit périr par le glaive, c’est avec justice qu’on faisait mourir par le glaive ceux qui s’en servaient pour commettre quelque crime. — Saint Jérôme. Or, quel est le glaive qui fera périr celui qui se sera servi du glaive ? le glaive de feu qui flamboie à la porte du paradis (Gn 3), et le glaive de l’esprit qui se trouve décrit dans l’armure de Dieu (Ep 6). — Saint Hilaire. Le Seigneur ordonne que le glaive soit remis dans le fourreau, parce qu’il devait faire périr ses ennemis, non sous les coups d’un glaive matériel, mais par le glaive de sa bouche. — Rémig. Ou bien enfin, dans un autre sens, celui qui se sert du glaive pour tuer son semblable, périt tout le premier, victime du glaive de sa malice.
Saint Jean Chrysostome. (hom. 84.) Non-seulement le Sauveur modère le zèle de ses disciples par cette menace, mais encore en leur montrant que c’était volontairement qu’il souffrait cet attentat : " Penses-tu que je ne puisse prier mon Père, et qu’il ne m’enverra pas à l’heure même plus de douze légions d’anges ? " Comme il avait donné de si nombreuses marques de la faiblesse naturelle à l’homme, ils auraient eu peine à le croire s’il leur avait dit qu’il pouvait lui-même se défaire de ses ennemis ; c’est pour cela qu’il ajoute : " Penses-tu que je ne puisse pas prier mon Père ? " — Saint Jérôme. C’est-à-dire : je n’ai nul besoin d’être défendu par douze apôtres, quand ils devraient tous s’armer pour ma cause, moi qui puis avoir douze légions d’anges à mon service. Une légion, chez les anciens, était composée de six mille hommes ; ces douze légions, par conséquent, formeraient un total de soixante-douze mille anges, correspondant au nombre des nations qui se dispersèrent après la division des langues. — Origène. Nous voyons par là que de même qu’il existe des légions dans la milice de la terre, il y a aussi, dans la milice du ciel, des légions d’anges pour combattre les légions des démons (Mc 4, lc 8), car toute milice est formée dans le dessein de l’opposer aux attaques de l’ennemi. Toutefois, s’il s’exprime de la sorte, ce n’est pas qu’il ait besoin du secours des anges, mais c’est pour se conformer à la manière de voir de Pierre, qui voulait lui porter secours, car les anges ont plus besoin du secours du Fils unique de Dieu, qu’il n’a besoin lui-même de leur appui. — Rémig. Nous pouvons entendre aussi par ces légions d’anges l’armée des Romains ; car, avec Titus et Vespasien, on vit les peuples de toute langue se déclarer contre la Judée, et alors fut accomplie cette prédiction : " L’univers combattra contre les insensés. " (Sg 5, 21). — Saint Jean Chrysostome. (hom. 84.) Ce n’est pas seulement par cette considération qu’il dissipe la crainte de ses Apôtres, mais encore en leur apportant le témoignage des Écritures : " Comment donc s’accomplirent les Écritures, qui déclarent qu’il doit être fait ainsi ? " — Saint Jérôme. Ces paroles prouvent combien il tardait à son âme de souffrir ce que les prophètes auraient inutilement prédit s’il n’avait confirmé par sa passion la vérité de leurs prophéties.
55 À ce moment-là, Jésus dit aux foules : « Suis-je donc un bandit, pour que vous soyez venus m'arrêter avec des épées et des bâtons ? Chaque jour, j'étais assis dans le Temple où j'enseignais, et vous ne m'avez pas arrêté.
56 Mais tout cela est arrivé pour que s'accomplissent les écrits des prophètes. » Alors les disciples l'abandonnèrent tous et s'enfuirent.
57 Ceux qui avaient arrêté Jésus l'amenèrent devant Caïphe, le grand prêtre, chez qui s'étaient réunis les scribes et les anciens.
58 Quant à Pierre, il le suivait de loin, jusqu'au palais du grand prêtre ; il entra dans la cour et s'assit avec les serviteurs pour voir comment cela finirait.
Origène. Après avoir dit à Pierre : " Remettez votre épée, " et nous avoir ainsi montré toute sa patience ; après avoir donné une preuve de sa souveraine bonté et de sa puissance toute divine en guérissant l’oreille que Pierre avait coupée, comme le rapporte un autre Évangéliste (Lc 22,) l’auteur sacré continue son récit " En même temps Jésus dit à cette troupe, " etc. Si elle avait perdu le souvenir de ses anciens bienfaits, Jésus voulait lui faire au moins reconnaître ceux dont elle venait d’être témoin " Vous êtes venus ici armés d’épées et de bâtons pour me prendre comme si j’étais un voleur. " — Rémig. C’est-à-dire, c’est le propre des voleurs de chercher à nuire et de se cacher ; mais pour moi, je n’ai cherché à nuire à personne, au contraire, j’ai guéri un grand nombre de malades, et j’ai toujours enseigné dans les synagogues : " J’étais tous les jours assis parmi vous, enseignant dans le temple, et vous ne m’avez pas pris. " — Saint Jérôme. Il semble leur dire : C’est une absurdité de venir prendre avec des bâtons et des épées un homme qui se livre lui-même entre vos mains, et de chercher de nuit, sous la conduite d’un traître, celui qui enseignait tous les jours dans le temple, comme s’il voulait se dérober à vos recherches.
Saint Jean Chrysostome. (hom. 84.) Or, ils ne s’étaient point emparé de lui dans le temple, parce qu’ils n’avaient pas osé le faire, dans la crainte de la foule, et c’est pour leur offrir le lieu et l’occasion favorable pour se saisir de lui, que le Sauveur sortit hors de la ville. Il nous apprend ainsi que s’il ne l’avait permis par un acte libre de sa volonté, ils n’auraient jamais pu s’emparer de sa personne. L’Évangéliste explique ensuite la raison pour laquelle le Seigneur a consenti à être pris en ajoutant : " Tout cela s’est fait afin que s’accomplissent les oracles des prophètes. " — Saint Jérôme. " Ils ont percé mes mains et mes pieds. "(Ps 21) Et ailleurs : " Il a été conduit à la mort comme une brebis (Is 53) ; et plus loin : " Il a été conduit à la mort à cause des iniquités de mon peuple. " — Rémig. Comme tous les prophètes ont prédit la mort du Christ, le Sauveur ne cite pas un témoignage particulier, mais il dit d’une manière générale que les oracles des prophètes doivent être accomplis. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 84.) Les disciples qui étaient restés au moment où l’on s’était saisi du Seigneur, s’enfuirent lorsqu’ils eurent entendu ces paroles : " Alors tous les disciples l’abandonnèrent et s’enfuirent. " Car ils savaient bien qu’il n’était plus possible de le délivrer, puisqu’il se livrait volontairement entre les mains de ses ennemis. — Rémig. Cette conduite prouve, toutefois, la fragilité des Apôtres. Ils avaient promis dans l’ardeur de leur foi de mourir avec leur divin Maître, et ils furent maintenant pleins d’effroi, sans se souvenir de leur promesse. C’est ce que nous voyons encore se renouveler dans ceux qui promettent d’exécuter de grandes choses pour l’amour de Dieu, et qui n’en accomplissent aucune, cependant ils ne doivent pas désespérer, mais se relever avec les Apôtres et se renouveler par le repentir. — Raban Maure. Dans le sens mystique, de même que Pierre qui a lavé la tache de son renoncement dans les larmes du repentir, figure le retour de ceux qui succombent dans l’épreuve du martyre, ainsi les autres disciples qui s’enfuient, enseignent à ceux qui ne se sentent pas assez forts pour affronter les supplices, de chercher prudemment leur salut dans la fuite.
" Ces gens s’étant donc saisis de Jésus, l’emmenèrent chez Caïphe. " — Saint Augustin. (de l’accord des Evang., 3, 5.) Cependant il fut conduit en premier lieu chez Anne, beau-père de Caïphe, comme le raconte saint Jean. Il fut amené lié, car il y avait dans cette foule un tribun à la tête d’une cohorte, au témoignage du même Évangéliste. — Saint Jérôme. Josèphe rapporte que Caïphe avait acheté à prix d’argent le pontificat pour cette année-là, contrairement à ce que Moïse avait ordonné de la part de Dieu, que les enfants des grands-prêtres succéderaient à leurs pères dans le pontificat, par ordre de naissance. Qu’y a-t-il d’étonnant qu’un pontife inique ait rendu des jugements d’iniquité ? — Raban Maure. Il y a aussi un rapport entre le nom de Caïphe et sa conduite, Caïphe signifie investigateur ou habile dans l’accomplissement de ses mauvais desseins, ou bien, qui vomit de sa bouche ; car il lit éclater son impudence dans les mensonges qu’il proféra, et dans l’homicide qu’il ne craignit pas de commettre. Or, ils amenèrent Jésus chez lui, pour ne paraître agir en tout que par l’autorité du conseil, " ou les scribes, les pharisiens et les anciens étaient assemblés. " Là où se trouvent Caïphe et les grands-prêtres, là se rassemblent aussi les scribes, c’est-à-dire les secrétaires, dont le ministère est de copier et de garder la lettre qui tombe, et les anciens qui ont vieilli, non dans la vérité, mais dans la vétusté de la lettre.
" Or, Pierre le suivait de loin. " Il ne pouvait le suivre de près, mais de loin seulement, sans cependant s’éloigner tout à fait de lui. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 84.) Le zèle de Pierre était bien ardent, puisque, après avoir été témoin de la fuite des autres, il ne s’enfuit pas lui-même, mais qu’il tient ferme, et entre dans la cour du grand-prêtre. Il est vrai que saint Jean y entre aussi, mais il était connu du prince des prêtres. Or, Pierre ne le suivait que de loin, parce qu’il devait bientôt le trahir. — Rémig. Il n’aurait jamais pu renier son Seigneur, s’il fût toujours resté près de lui. Cette circonstance signifie que Pierre devait suivre et imiter le Seigneur jusque dans sa passion. — Saint Augustin. (Quest. évang., 1, chap. dern.) Nous y voyons encore que l’Église doit suivre, c’est-à-dire imiter les souffrances du Seigneur, mais d’une manière bien différente ; car l’Église souffre pour elle-même, tandis que le Sauveur souffre pour l’Église.
" Et étant entré dans l’intérieur, il s’assit avec les serviteurs pour voir la fin. " Saint Jérôme. C’était par attachement pour son Maître, ou bien par une curiosité toute naturelle, et parce qu’il désirait savoir le jugement que le grand-prêtre prononcerait contre lui, s’il le condamnerait à mort, ou s’il le renverrait après l’avoir flagellé.