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Marc 5, 1-20

 

1 Ils arrivèrent sur l'autre rive du lac, dans le pays des Géraséniens.

2 Comme Jésus descendait de la barque, aussitôt un homme possédé d'un esprit mauvais sortit du cimetière à sa rencontre ;

3 il habitait dans les tombeaux et personne ne pouvait plus l'attacher, même avec une chaîne ;

4 en effet on l'avait souvent attaché avec des fers aux pieds et des chaînes, mais il avait rompu les chaînes, brisé les fers, et personne ne pouvait le maîtriser.

5 Sans arrêt, nuit et jour, il était parmi les tombeaux et sur les collines, à crier, et à se blesser avec des pierres.

6 Voyant Jésus de loin, il accourut, se prosterna devant lui et cria de toutes ses forces :

7 « Que me veux-tu, Jésus, Fils du Dieu très-haut ? Je t'adjure par Dieu, ne me fais pas souffrir ! »

8 Jésus lui disait en effet : « Esprit mauvais, sors de cet homme ! »

9 Et il lui demandait : « Quel est ton nom ? » L'homme lui répond : « Je m'appelle Légion, car nous sommes beaucoup. »

10 Et ils suppliaient Jésus avec insistance de ne pas les chasser en dehors du pays.

11 Or, il y avait là, du côté de la colline, un grand troupeau de porcs qui cherchait sa nourriture.

12 Alors, les esprits mauvais supplièrent Jésus : « Envoie-nous vers ces porcs, et nous entrerons en eux. »

13 Il le leur permit. Alors ils sortirent de l'homme et entrèrent dans les porcs. Du haut de la falaise, le troupeau se précipita dans la mer : il y avait environ deux mille porcs, et ils s'étouffaient dans la mer.

14 Ceux qui les gardaient prirent la fuite, ils annoncèrent la nouvelle dans la ville et dans la campagne, et les gens vinrent voir ce qui s'était passé.

15 Arrivés auprès de Jésus, ils voient le possédé assis, habillé, et devenu raisonnable, lui qui avait eu la légion de démons, et ils furent saisis de crainte.

16 Les témoins leur racontèrent l'aventure du possédé et l'affaire des porcs.

17 Alors ils se mirent à supplier Jésus de partir de leur région.

18 Comme Jésus remontait dans la barque, le possédé le suppliait de pouvoir être avec lui.

19 Il n'y consentit pas, mais il lui dit : « Rentre chez toi, auprès des tiens, annonce-leur tout ce que le Seigneur a fait pour toi dans sa miséricorde. »

20 Alors cet homme s'en alla, il se mit à proclamer dans la région de la Décapole tout ce que Jésus avait fait pour lui, et tout le monde était dans l'admiration.

 

Théophylacte. La question que s'étaient faite ceux qui étaient dans la barque : " Que pensez-vous que soit celui-ci ? " reçoit une éclatante réponse de la bouche même des ennemis du Sauveur. C'est un possédé du démon qui proclame qu'il est le Fils de Dieu, et l'Évangéliste commence en ces termes le récit de ce fait extraordinaire : " Et ils vinrent de l'autre côté de la mer dans le pays des Géraséniens. " — Saint Bède. Gérasa est une ville importante d'Arabie, située au delà du Jourdain, près de la montagne de Galaad, elle fut habitée par la tribu de Manassé, et n'est pas éloignée du lac de Tibériade dans lequel les pourceaux se précipitèrent. — Saint Jean Chrysostome. Cependant, les exemplaires les plus authentiques ne portent ni Géraséniens, ni Gadaréniens, mais Gergéséniens. Gérasa est une ville de Judée, aux environs de laquelle il n'y a point de mer ; Gadara est une ville d'Arabie, près de laquelle également on ne trouve ni lac ni mer. Ce qui justifie donc d'une erreur flagrante les Évangélistes qui connaissaient parfaitement la Judée, c'est que Gergésa, d'où vient le nom de Gergéséniens, est une ville très-ancienne, située non loin de celle qui est appelée aujourd'hui Tibériade, auprès de laquelle se trouve le plus grand lac de Judée.

" Et comme Jésus descendait de la barque, tout-à-coup vint à lui, du milieu du sépulcre, un homme possédé de l'esprit impur. " — Saint Augustin. (De l'acc. des Evang., 25, 24.) Saint Matthieu rapporte qu'ils étaient deux possédés ; saint Marc et saint Luc ne parlent que d'un seul ; il faut donc entendre que l'un d'eux était un homme plus considérable et plus connu, dont tout le pays plaignait le triste sort. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 29 sur S. Matth.) Ou bien, peut-être saint Luc et saint Marc se sont-ils attachés à celui des deux qui était le plus malheureux, et dont ils dépeignent plus en détail le déplorable état. " Et personne ne pouvait le tenir lié, même avec des chaînes. " Ces deux Évangélistes parlent donc d'un possédé, sans s'occuper du nombre. Peut-être ont-ils voulu par là faire ressortir davantage la puissance de celui qui devait le délivrer, car il est évident que celui qui pouvait guérir un tel possédé pouvait en guérir beaucoup d'autres. D'ailleurs, il n'y a ici aucune contradiction, puisque les deux Évangélistes ne disent pas que ce possédé était seul, ce qui les aurait mis en contradiction avec saint Matthieu. Or, ces démons habitaient dans les tombeaux, pour insinuer plus facilement aux hommes cette pernicieuse doctrine que les âmes des morts deviennent des démons.

Saint Grégoire de Nysse. Cependant, la troupe des démons s'était préparée à résister à la puissance divine. Lorsqu'ils voient s'approcher celui dont le pouvoir s'étend sur tout ce qui existe, ils proclament hautement la grandeur de sa puissance : " Voyant de loin Jésus, il accourut et l'adora, et, jetant un grand cri, il dit : Qu'y a-t-il de commun entre vous et moi, Fils du Dieu très -haut ?" — Saint Cyrille d’Alexandrie. Voyez le démon, partagé entre deux sentiments : l'audace et la crainte. Il résiste et prie tout à la fois ; il semble adresser au Sauveur une question, pour savoir ce qu'il y a de commun entre Jésus et lui, dont voici le sens : Pourquoi me chassez-vous du corps des hommes, puisqu'ils sont à moi ? — Saint Bède. Quelle n'est pas l'impiété des Juifs d'oser dire que c'est par le prince des démons que Jésus chasse les démons, alors que les démons confessent qu'il n'a rien de commun avec eux. — Saint Jean Chrysostome. (hom. précéd.) Il a recours ensuite aux supplications : " Je vous adjure, au nom de Dieu, ne me tourmentez pas. " Ou bien, il considérait comme un supplice d'être chassé du corps de ce possédé, un la présence de Jésus le tourmentait d'une manière invisible. Malgré toute leur perversité, les démons savent cependant qu'un supplice les attend un jour en punition de leurs péchés ; mais ils savaient aussi, à n'en pouvoir douter, que le temps du dernier châtiment n'était pas encore venu, puisqu'il leur était permis encore de vivre au milieu des hommes. Mais, comme d'un autre côté Jésus-Christ les avait surpris se livrant à des actes d'une méchanceté inouïe, ils pouvaient penser que l'excès de leur malice hâterait le temps de leur supplice, et c'est pour cela qu'ils le conjurent de ne point les tourmenter. — Saint Bède. C'est en effet un grand tourment pour le démon de ne pouvoir plus continuer de faire du mal à l'homme, et il y renonce d'autant plus difficilement qu'il en est le maître depuis plus longtemps.

" Car Jésus lui disait : Esprit impur, sors de cet homme. " — Saint Cyrille d’Alexandrie. Considérez l'invincible puissance de Jésus-Christ : il secoue et fait trembler Satan, et ses paroles sont pour lui comme le feu et la flamme, selon cette parole du Psalmiste : " Lés montagnes, c'est-à-dire les puissances orgueilleuses et superbes, se sont fondues comme de la cire devant la face du Seigneur " (Ps 96).

" Et il lui demanda : Quel est ton nom ? " — Théophylacte. Si Nôtre-Seigneur fait cette question, ce n'est pas qu'il en eût besoin pour le connaître, mais pour apprendre à tous ceux qui étaient présents le grand nombre de démons qui étaient dans cet homme. — Saint Jean Chrysostome. S'il l'avait dit lui-même, on ont peut-être refusé de le croire, il veut donc, forcer les démons eux-mêmes de déclarer qu'ils sont en grand nombre : " Et il lui dit : Mon nom est légion, parce que nous sommes nombreux. " Le démon ne précise pas le nombre, il se contente de dire qu'ils sont plusieurs ; car la connaissance du nombre précis n'était pas nécessaire.

Saint Bède. L'aveu public du mal affreux qui tourmentait ce possédé, rend plus précieuse et plus chère la puissance de celui qui devait le guérir. Aujourd'hui encore, les prêtres qui ont le pouvoir de chasser les démons par la grâce des exorcismes, avouent que les possédés ne peuvent être délivrés et guéris, qu'en confessant publiquement autant qu'ils peuvent le savoir, tout ce qu'ils ont à souffrir des esprits impurs par les divers sens de la vue, de l'ouïe, du goût, du toucher ou dans toute autre partie du corps.

" Et ils le priaient instamment de ne pas les chasser hors de ce pays. " —Saint Jean Chrysostome. Saint Luc dit : " Dans l'abîme ; " car l'abîme est cette profondeur qui s'étend au delà de ce monde, et c'est dans ces ténèbres extérieures, préparées à Satan et à ses anges, que les démons ont mérité d'être précipités. Nôtre-Seigneur aurait pu leur infliger ce supplice, il leur permit cependant de rester sur la terre, pour donner aux hommes, par leurs tentations, une occasion de victoires et de triomphes. — Théophylacte. Il voulait aussi que nos fréquentes luttes avec eux, nous rendissent plus habiles dans l'exercice du combat.

" Or, il y avait là un grand troupeau de pourceaux qui paissaient le long de la montagne. " — Saint Augustin. (de l'acc. des Evang., 2, 24.) Saint Marc dit que ce troupeau paissait autour de la montagne ; saint Luc, qu'il était sur la montagne ; il n'y a en cela aucune contradiction, car ce troupeau pouvait être assez nombreux pour qu'une partie fut sur la montagne, et l'autre partie sur le penchant de la montagne.

" Et les démons le suppliaient en lui disant : Envoyez-nous dans ces pourceaux, afin que nous y entrions. " — Rémig. (sur S. Matth.) Ce n'est pas d'eux-mêmes qu'ils entrent dans ces pourceaux, mais sur la permission que le Sauveur leur accorde à leur demande ; il veut nous apprendre par là que les démons ne peuvent jamais nuire aux hommes sans une permission divine. Ils ne demandent point d'être envoyés dans des hommes, parce que celui dont la puissance les tourmentait, leur apparaissait revêtu d'une forme humaine. Ils ne demandent pas non plus d'être envoyés dans des troupeaux de bœufs ou de moutons, parce que c'étaient des animaux purs destinés à être offerts à Dieu dans son temple ; mais ils demandent d'être envoyés dans des pourceaux, car il n'est point d'animal plus immonde que le pourceau, et les démons ne se plaisent eux-mêmes que dans ce qui est immonde.

" Et Jésus leur accorda aussitôt. " — Saint Bède. Notre-Seigneur leur accorde cette permission pour que la mort de ces pourceaux devînt une occasion de salut pour les hommes. — Saint Jean Chrysostome.(homélie 29 sur S. Matth.) Il voulait aussi donner à tous les hommes une preuve de la fureur des démons contre eux, et des excès de méchanceté auxquels ils se porteraient, s'ils n'en étaient empêchés par la puissance divine ; et comme sa bonté ne pouvait souffrir que les hommes fussent les victimes de leur malice, il leur permet d'entrer dans des pourceaux, pour faire éclater en eux toute leur force et leur fureur.

" Et ces esprits impurs, sortant du possédé, " etc. — Tite de Bostra. Les gardiens des pourceaux s'enfuirent, pour éviter dépérir avec eux, et pour aller jeter l'alarme dans les cités voisines : " Ceux qui gardaient les troupeaux, s'enfuirent. " Le dommage qu'ils venaient d'éprouver les amène au Sauveur, c'est ainsi que souvent Dieu répand ses bienfaits dans les âmes, alors qu'il les éprouve par la perte de leurs biens temporels : " Et ils vinrent trouver Jésus, et ils virent celui qui avait été tourmenté par le démon, assis , " etc., c'est-à-dire qu'ils virent calme, tranquille, et vêtu aux pieds de son Sauveur celui que les chaînes ne pouvaient comprimer et qui ne pouvait souffrir aucun vêtement. " Et ils furent remplis de crainte. " Ils apprennent toutes les circonstances de ce miracle, et par ce qu'ils voient, de leurs yeux, et par eu qu'ils entendent raconter : " Et ceux qui avaient été témoins du prodige, leur ayant rapporté, etc. " — Théophylacte. Le récit de ce miracle, les remplit d'étonnement et de frayeur, et ils conjurent Jésus de s'éloigner de leurs frontières, dans la crainte d'avoir quelque dommage semblable à souffrir. Ainsi le regret que leur inspire la perte de ces pourceaux leur fait renoncer aux bienfaits de la présence du Sauveur. — Saint Bède. Peut-être aussi la connaissance qu'ils ont de leur faiblesse fait qu'ils se jugent indignes de cette divine présence.

" Comme il remontait dans la barque, celui qui avait été tourmenté par le démon le supplia qu'il lui permît d'aller avec lui."—Théophylacte. Il craignait que les démons, venant à le rencontrer, ne s'emparassent de lui de nouveau. — Mais le Seigneur le renvoie dans sa maison en lui faisant comprendre que bien qu'absent, il le défendrait par sa puissance ; il veut aussi que sa guérison miraculeuse serve au salut des autres : " Jésus ne voulut pas y consentir, mais il lui dit : Allez dans votre maison auprès des vôtres, et annoncez-leur les grandes grâces que vous avez reçues du Seigneur, et comment il a eu pitié de vous. " Voyez l'humilité du Sauveur ; il ne dit pas : Racontez toutes les grâces que je vous ai faites, mais toutes les grâces que le Seigneur vous a faites ; c'est ainsi qu'il vous apprend à ne point rapporter à vous-mêmes, mais à Dieu seul le bien que vous pouvez faire. — Saint Jean Chrysostome. Le Sauveur qui défendait à tous ceux qu'il guérissait de publier leur guérison, commande avec raison à cet homme de raconter la sienne, parce que toute cette contrée en proie aux démons était privée, et de la connaissance et du culte du vrai Dieu. — Théophylacte. Il exécute l'ordre du Seigneur, et tous ceux qui l'entendent, sont dans l'admiration : " Et cet homme s'en étant allé, commença à publier, dans la Décapole les grandes grâces que Jésus lui avait faites. " — Saint Bède. Dans le sens mystique, Géraza ou Gergeza, comme disent quelques-uns, signifie qui renvoie l'habitant ou l'étranger qui approche, parce qu'en effet le peuple des Gentils a chassé l'ennemi de son cœur, et que celui qui était éloigné s'est approché (Ep 2, 13). — Saint Jérôme. Ce possédé du démon représente l'état désespéré des Gentils qui n'étaient retenus ni par la loi naturelle, ni par la crainte de Dieu ou des hommes. — Saint Bède. Il habitait dans les tombeaux, c'est-à-dire qu'il se plaisait dans les œuvres mortes qui sont les péchés. La nuit comme le jour, il était en fureur, figure du peuple des Gentils, qui dans la prospérité comme dans l'infortune, ne cessait d'être asservi sous le joug des esprits mauvais, habitait dans les tombeaux par la corruption de ses œuvres, errait dans les montagnes par les excès de son orgueil, et se déchirait comme avec des pierres par les blasphèmes d'un cœur endurci par l'incrédulité. Le démon répond : " Légion est mon nom, " parce que le peuple des Gentils était livré à diverses sortes d'idolâtrie. Ces esprits immondes, en sortant de cet homme, entrent dans les pourceaux et les précipitent dans la mer ; c'est ainsi qu'après que le peuple des Gentils est délivré de la tyrannie des démons ; ceux qui ont refusé de croire à Jésus-Christ sont condamnés à célébrer dans des retraites profondes leurs rites sacrilèges. — Théophylacte. Ou bien c'est la figure des démons entrant dans les hommes dont la vie ressemble à celle des pourceaux, et qui se vautrent dans le bourbier de toutes les voluptés ; les démons les précipitent dans l'océan de ce monde comme dans l'abîme de la perdition où ils sont étouffés et perdent la vie. — Saint Jérôme. Ou bien ils sont étouffés dans les enfers par la violence d'une mort prématurée, sans qu'ils puissent avoir recours à la miséricorde, et ce châtiment inspire à un grand nombre un éloignement salutaire, parce que la vue des châtiments de l'insensé rende le sage plus prudent. — Saint Bède. Le refus que fait Nôtre-Seigneur d'admettre à sa suite cet homme qui lui en faisait la demande, nous apprend qu'après avoir obtenu la rémission des péchés, chacun de nous doit entrer dans sa conscience purifiée par la grâce et se dévouer au service de l'Évangile pour le salut des autres, en attendant le repos éternel avec Jésus-Christ. — Saint Grégoire le Grand. (Moral., 6, 17.) Lorsque nous avons reçu une faible partie seulement de la connaissance divine, nous éprouvons du dégoût pour revenir aux choses de ce monde, et nous cherchons le repos de la contemplation, mais l'ordre de Dieu est que nous ne parvenions aux douceurs de la contemplation que par les fatigues et les sueurs de l'action. — Saint Jérôme. Cet homme, après sa guérison, évangélise dans la Décapole ; et c'est ainsi que les Juifs, attachés à la lettre du Décalogue, sont aujourd'hui convertis par les prédicateurs qui partent de l'empire romain.

 

Marc 5, 21-34

 

21 Jésus regagna en barque l'autre rive, et une grande foule s'assembla autour de lui. Il était au bord du lac.

22 Arrive un chef de synagogue, nommé Jaïre. Voyant Jésus, il tombe à ses pieds

23 et le supplie instamment : « Ma petite fille est à toute extrémité. Viens lui imposer les mains pour qu'elle soit sauvée et qu'elle vive. »

24 Jésus partit avec lui, et la foule qui le suivait était si nombreuse qu'elle l'écrasait.

25 Or, une femme, qui avait des pertes de sang depuis douze ans... -

26 Elle avait beaucoup souffert du traitement de nombreux médecins, et elle avait dépensé tous ses biens sans aucune amélioration ; au contraire, son état avait plutôt empiré - ...

27 cette femme donc, ayant appris ce qu'on disait de Jésus, vint par derrière dans la foule et toucha son vêtement.

28 Car elle se disait : « Si je parviens à toucher seulement son vêtement, je serai sauvée. »

29 À l'instant, l'hémorragie s'arrêta, et elle ressentit dans son corps qu'elle était guérie de son mal.

30 Aussitôt Jésus se rendit compte qu'une force était sortie de lui. Il se retourna dans la foule, et il demandait : « Qui a touché mes vêtements ? »

31 Ses disciples lui répondaient : « Tu vois bien la foule qui t'écrase, et tu demandes : 'Qui m'a touché ?'«

32 Mais lui regardait tout autour pour voir celle qui avait fait ce geste.

33 Alors la femme, craintive et tremblante, sachant ce qui lui était arrivé, vint se jeter à ses pieds et lui dit toute la vérité.

34 Mais Jésus reprit : « Ma fille, ta foi t'a sauvée. Va en paix et sois guérie de ton mal. »

 

Théophylacte. Après le miracle de la délivrance de ce possédé, Notre-Seigneur en opère un autre en ressuscitant la fille du chef de la synagogue et l'Évangéliste commence de la sorte le récit de ce miracle : " Et lorsque Jésus fut remonté dans la barque pour aller au delà de la mer. " — Saint Augustin. (De l'accord des Evang., 2, 28.) Il faut donc entendre que la résurrection de la fille du chef de la synagogue eut lieu après que Jésus eut de nouveau repassé la mer ; mais combien de temps après, on ne le voit pas clairement. S'il n'y avait aucun intervalle, on ne saurait où placer le festin que saint Matthieu donna dans sa maison, et auquel succède immédiatement la résurrection de la fille du chef de la synagogue. En effet, cet Évangéliste a tellement lié les différentes parties de son récit, que la transition elle-même indique clairement que ce fait a eu lieu dans l'ordre qu'il lui assigne dans sa narration (Mt 9, 18).

" Et un chef de la synagogue, nommé Jaïre, vint le trouver. " — Saint Jean Chrysostome. L'Évangéliste donne le nom de cet homme, à cause des Juifs, pour qui ce nom devenait une preuve de plus du miracle qu'il allait opérer. — suite. " Et dès qu'il le vit, il se jeta à ses pieds, et il le suppliait avec de grandes instances, en lui disant : Ma fille est à l'extrémité. " D'après le récit de saint Matthieu, le chef de la synagogue apprend que sa fille est morte ; d'après le récit de saint Marc, qu'elle était gravement malade, et ce n'est que lorsque Jésus se préparait à le suivre, qu'on vient annoncer à cet homme que sa fille est vraiment morte. Le récit de saint Matthieu tend au même résultat qui était de prouver que Nôtre-Seigneur avait ressuscité cette fille lorsqu'elle était réellement morte, et c'est pour abréger qu'il dit tout d'abord qu'elle était morte, parce qu'il était certain qu'elle l'était lorsque Notre-Seigneur la rendit à la vie.— Saint Augustin. (De l'accord des Evang., 2, 28.) II s'attache moins aux paroles de cet homme qu'à la pensée qui remplissait son âme, car il avait tellement perdu tout espoir que ce qu'il désirait, c'était de la voir rendre à la vie, et il ne croyait pas que le Sauveur pût trouver encore vivante celle qu'il avait laissée presque mourante. — Théophylacte. Cet homme avait en partie la foi, puisqu'il tombe aux pieds de Jésus, mais cette foi n'était pas aussi grande qu'elle devait être, puisqu'il le suppliait de venir chez lui. Il devait simplement lui faire cette prière : " Dites une parole, et ma fille sera guérie. "

" Jésus s'en alla avec lui, et voici qu'une femme malade d'une perte de sang, " etc. — Saint Jean Chrysostome. Cette femme avait une espèce de célébrité et était connue de tous ; c'est pourquoi elle n'osait approcher publiquement du Sauveur, ni se présenter devant lui, parce que la loi la déclarait immonde. Elle s'approche donc par derrière et en secret, parce qu'elle n'osait le faire ouvertement, et encore ne touche-t-elle pas le vêtement, mais la frange du vêtement du Sauveur ; ce n'est pas du reste la frange du vêtement, mais ses dispositions intérieures qui ont été la cause de sa guérison.

" Car elle disait : Si je touche seulement son vêtement, je serai sauvée. "— Théophylacte. Voyez comme elle est pleine de foi : elle espère être guérie, si elle parvient à toucher seulement la frange du vêlement du Sauveur, et cette foi lui obtient sa guérison : " Et aussitôt la source du sang qu'elle perdait fut desséchée. " — Saint Jean Chrysostome. Jésus-Christ communique ses vertus et tous les dons de sa bienveillante volonté à tous ceux qui le touchent avec foi : " Et Jésus, connaissant en lui-même la vertu qui était sortie de lui, se retourna au milieu de la foule et dit : " Qui est-ce qui a touché mes vêtements ? " Les vertus du Sauveur sortent de sa personne divine, non d'une manière locale ou matérielle, et en cessant de demeurer en lui ; comme elles sont incorporelles, elles sortent de lui pour se communiquer aux autres ; mais sans cesser d'être dans celui d'où elles sont sorties, comme les connaissances que le docteur communique à ses disciples sans les perdre lui-même. Les paroles qui suivent : " Jésus connaissant en lui-même la vertu qui était sortie de lui, " nous apprennent que ce n'est pas à son insu que cette femme fut guérie, mais qu'il le savait fort bien. S'il fait cependant cette question : " Qui m'a touché ? " bien qu'il sut parfaitement que c'était cette femme, c'est pour faire connaître son action, proclamer sa foi, et graver dans l'esprit de tous le souvenir de cette action miraculeuse : " Et ses disciples lui disaient : Vous voyez cette foule qui vous presse de toutes parts et vous dites : Qui m'a touché ? " Le Sauveur avait demandé : " Qui m'a touché ? " c'est-à-dire par les sentiments du cœur et par la foi ; car cette foule qui me presse de toutes parts ne me touche pas véritablement, parce qu'elle ne s'approche de moi ni par l'esprit, ni par la foi.

" Et il regardait tout autour de lui pour voir celui qui l'avait touché. " Nôtre-Seigneur voulait faire connaître cette femme, d'abord pour donner des éloges à sa foi, puis pour inspirer au chef de la synagogue la confiance que sa fille serait guérie de la même manière, et dissiper en même temps la frayeur dont cette femme était saisie. Elle craignait, en effet, parce qu'elle venait pour ainsi dire de dérober sa guérison : " Et cette femme, saisie de crainte et de frayeur, " etc. — Saint Bède. La question faite par le Sauveur tendait donc à faire avouer à cette femme sa longue infidélité, sa foi soudaine et sa guérison instantanée, et il voulait ainsi la confirmer dans la foi, et la donner en exemple aux autres : " Et il lui dit : Ma fille, votre foi vous a guérie. Allez en paix et soyez délivrée de votre maladie. " Il ne lui dit pas : " Votre foi sera la cause de votre guérison, mais elle vous guérit à l'instant, c'est-à-dire : " Du moment que vous avez cru, vous avez été guérie. " — Saint Jean Chrysostome. Il l'appelle sa fille, parce que c'est la foi qui a été le principe de sa guérison, et que c'est la foi en Jésus-Christ qui nous fait enfants de Dieu. — Théophylacte. Il lui dit : " Allez en paix, " c'est-à-dire : Soyez en repos, comme s'il lui disait : Allez, jouissez maintenant de la paix et du repos, vous qui jusqu'ici avez été dans les angoisses et les tourments. — Saint Jean Chrysostome. Ou bien encore, par ces paroles : " Allez en paix, " le Sauveur veut l'établir dans celui qui est la fin et la réunion de tous les biens, c'est-à-dire en Dieu qui habite dans la paix, et il vous apprend en même temps que cette femme a été non-seulement guérie dans son corps, mais affranchie des causes de sa maladie, c'est-à-dire de ses péchés.

Saint Jérôme. Dans le sens mystique, Jaïre, chef de la synagogue, vient à Jésus après la guérison de cette femme, et il représente le peuple d'Israël qui sera sauvé, lorsque la plénitude des nations sera entrée dans l'Église (Rm 11). Le nom de Jaïre signifie qui illumine ou qui est illuminé, et il figure le peuple juif qui, sorti des ombres de la lettre, est inondé des lumières de l'Esprit saint, se prosterne aux pieds de Jésus-Christ (c'est-à-dire s'humilie devant l'incarnation du Verbe), et le prie de rendre la vie à sa fille, car celui qui a la vie en lui-même cherche à communiquer la vie aux autres. C'est ainsi qu'Abraham, Moïse et Samuel prient pour leur peuple frappé de mort spirituelle, et Jésus se rend à leurs prières.

Saint Bède. Pendant que Nôtre-Seigneur se dirige vers la maison de Jaïre pour guérir sa fille, la foule le presse de toutes parts ; et c'est ainsi qu'au moment où il donne au peuple juif les enseignements du salut, il est comme accablé sous le poids des habitudes coupables de ce peuple charnel. Cette femme qui est atteinte d'une perte de sang et que le Seigneur guérit, représente l'Église qui a été formée des nations réunies ; car cette perte de sang peut très-bien s'entendre des souillures du culte des idoles et de tous les crimes qui ont pour objet les plaisirs de la chair et du sang. Or, tandis que le Verbe de Dieu se disposait à sauver le peuple juif, le peuple des nations, plein d'une ferme espérance, dérobe pour ainsi dire le salut préparé et promis à d'autres. — Théophylacte. On peut encore, dans cette hémorroïsse, voir la nature humaine ; car le péché, en nous donnant la mort, coulait pour ainsi dire en répandant le sang de notre âme. Un grand nombre de médecins (c'est-à-dire les sages de ce monde) avaient inutilement cherché à guérir cette femme. La loi et les prophètes avaient été également impuissants ; mais dès qu'elle a touché le bord du vêtement (c'est-à-dire la chair) de Jésus-Christ, elle est aussitôt guérie ; car toucher le bord des vêtements du Sauveur, c'est croire au Fils de Dieu incarné. — Saint Bède. Jésus n'est touché que par une femme fidèle, alors que la foule le presse de toutes parts, c'est-à-dire qu'il est accablé sous le poids des fausses doctrines des hérétiques ou des mœurs perverses des mauvais chrétiens, tandis qu'il ne reçoit que de la seule Église catholique un culte fidèle. L'Église, formée des nations, s'approche de Jésus par derrière, car elle n'a pas vu le Seigneur dans sa chair, et ce n'est qu'après l'accomplissement des mystères de l'incarnation qu'elle est parvenue à la foi en Jésus-Christ ; et en méritant d'être guérie de ses péchés par la participation aux sacrements du Sauveur, elle a comme tari par le contact de ses vêtements la source du sang qui s'écoulait. Or, Nôtre-Seigneur regarde tout autour pour voir celle qui l'a touchée, parce qu'il juge dignes des regards de sa miséricorde tous ceux qui méritent la grâce du salut.

 

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