35 Comme il parlait encore, des gens arrivent de la maison de Jaïre pour annoncer à celui-ci : « Ta fille vient de mourir. À quoi bon déranger encore le Maître ? »
36 Jésus, surprenant ces mots, dit au chef de la synagogue : « Ne crains pas, crois seulement. »
37 Il ne laissa personne l'accompagner, sinon Pierre, Jacques, et Jean son frère.
38 Ils arrivent à la maison du chef de synagogue. Jésus voit l'agitation, et des gens qui pleurent et poussent de grands cris.
39 Il entre et leur dit : « Pourquoi cette agitation et ces pleurs ? L'enfant n'est pas morte : elle dort. »
40 Mais on se moquait de lui. Alors il met tout le monde dehors, prend avec lui le père et la mère de l'enfant, et ceux qui l'accompagnent. Puis il pénètre là où reposait la jeune fille.
41 Il saisit la main de l'enfant, et lui dit : « Talitha koum », ce qui signifie : « Jeune fille, je te le dis, lève-toi ! »
42 Aussitôt la jeune fille se leva et se mit à marcher -elle avait douze ans. Ils en furent complètement bouleversés.
43 Mais Jésus leur recommanda avec insistance que personne ne le sache ; puis il leur dit de la faire manger.
Théophylacte. Les serviteurs du chef de la synagogue ne voyaient dans Jésus-Christ qu'un prophète, et ils regardaient comme nécessaire qu'il vînt prier sur la jeune fille mourante pour la guérir. Mais comme elle venait d'expirer, ils conclurent que tonte prière était inutile : " Il parlait encore, lorsque les gens du chef de la synagogue vinrent lui dire : Votre fille est morte, pourquoi fatiguer davantage le Maître ? " Mais Nôtre-Seigneur veut amener le père de cette jeune fille à reconnaître la puissance de Dieu : " Jésus, ayant entendu cette parole, dit au chef de la synagogue : Ne craignez rien, et croyez seulement. " — Saint Augustin. (De l'accord des Evang., 2, 28.) Nous ne lisons pas que cet homme ait partagé les sentiments des gens de sa maison qui s'opposaient à ce que le Maître vînt chez lui, et ces paroles que Jésus lui adresse : " Ne craignez point, croyez seulement, " ne sont point un reproche de défiance, mais tendent simplement à rendre sa foi plus forte et plus robuste. Mais si saint Marc avait mis dans la bouche du chef de la synagogue les paroles des gens de sa maison, qu'il fallait cesser de fatiguer Jésus, ces paroles seraient eu contradiction avec le langage que lui prête saint Matthieu lorsqu'il lui fait annoncer à Jésus que sa fille était morte.
" Et il ne permit à personne de le suivre, si ce n'est à Pierre, à Jacques et à Jean, frère de Jacques. " — Théophylacte. Car le Sauveur, plein d'humilité, n'a voulu rien faire par ostentation.
" En arrivant à la maison du chef de la synagogue, il vit une troupe confuse de gens qui pleuraient et qui poussaient de grands cris. " — Saint Jean Chrysostome. Mais pour lui, il leur défend ces pleurs et ces cris, comme si la jeune fille n'était pas morte, mais simplement endormie : " Et étant entré, il leur dit : Pourquoi vous troubler et pleurer de la sorte ? " — Saint Jérôme. On est venu dire à Jaïre : " Votre fille est morte ; " Jésus, au contraire, dit : " Elle n'est pas morte, mais elle dort. " Ces deux manières de parler sont également vraies, car Jésus semble dire : " Elle est morte à vos yeux, mais pour moi elle ne fait que dormir."— Saint Bède. Elle était morte, en effet, pour les hommes qui ne pouvaient la ressusciter, mais elle dormait aux yeux de Dieu, dans le sein duquel son âme vivait d'une vie immortelle, et dont la Providence veillait sur sa chair qui reposait dans l'attente de la résurrection, et c'est de là qu'est venue chez les chrétiens la coutume d'appeler ceux qui dorment les morts dont la résurrection est pour eux certaine (1 Th 4).
" Et ils se moquaient de lui. " — Théophylacte. Ils se moquent de lui, comme s'il ne pouvait rien faire de plus ; mais il leur prouve ainsi par leur propre témoignage, que s'il la ressuscite, ce sera littéralement des bras de la mort, et que cette résurrection sera vraiment miraculeuse.— Saint Bède. Mais comme au lieu de croire aux paroles de celui qui a le pouvoir de ressusciter, ils ont mieux aimé s'en moquer, Nôtre-Seigneur les fait justement sortir et les juge indignes d'être témoins de la puissance de celui qui ressuscite, et de la résurrection mystérieuse de cette jeune fille : " Mais lui, les ayant tous renvoyés, " etc. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 32 sur S. Matth.) Ou bien, c'est pour éviter toute apparence d'ostentation qu'il ne permet pas à tous de rester avec lui ; mais il retient les trois principaux d'entre ses disciples pour rendre plus tard témoignage à sa puissance divine, et le père et la mère de la jeune fille, comme plus nécessaires que tous les autres. C'est en touchant de la main cette jeune fille et en lui adressant la parole qu'il lui rend la vie : " Et prenant la main de la jeune fille, il lui dit : Thabitha cumi, " que l'on interprète ainsi : Jeune fille, je vous le commande, levez-vous ; car la main de Jésus étant elle-même pleine de vie, rend la vie à ce cadavre, et sa parole la soulève de son lit de mort : " Et aussitôt, ajoute l'Évangéliste, la jeune fille se leva, et se mit à marcher. " — Saint Jérôme. (Du meilleur mode d'interprét. à Pammach., let. 101.) Il s'en trouvera peut-être qui accuseront d'erreur l'Évangéliste pour avoir ajouté : " Je vous le dis, " alors que dans la langue hébraïque Thabitha cumi veut dire simplement : " Jeune fille, levez-vous ; " mais cette addition, dans l'esprit de l'Évangéliste, a uniquement pour objet d'exprimer la pensée de celui qui appelle cette jeune fille et le commandement qu'il lui fait.
" Et elle était âgée de douze ans. " — La Glose. L'Évangéliste ajoute cette circonstance pour montrer que cette jeune fille était dans l'âge de marcher. Or, en marchant, elle prouvait à tous non-seulement qu'elle était ressuscitée, mais que sa guérison était entière et parfaite. — suite. " Et ils furent tous frappés de stupeur, " etc., et Jésus ordonna de lui donner à manger. " — Saint Jean Chrysostome.(hom. 32 sur S. Matth.) Nouvelle preuve que sa résurrection était véritable et non pas seulement apparente.
Saint Bède. Dans le sens allégorique, la fille du chef de la synagogue dont ou vient annoncer la mort, au moment où cette femme était guérie d'une perte de sang, est la figure de la synagogue qui, lorsque l'Église formée des nations est purifiée des souillures de ses vices, et reçoit le nom de fille à cause du mérite de sa foi, succombe victime de sa perfidie et de son envie ; de sa perfidie, parce qu'elle a refusé de croire en Jésus-Christ ; de sa jalousie, parce qu'elle a vu avec peine que l'Église embrassait la foi. Ce langage des serviteurs du chef de la synagogue est encore aujourd’hui sur les lèvres de ceux qui regardent la synagogue comme entièrement abandonnée de Dieu, sans espérance aucune de rétablissement, et qui pensent qu'il est mutile de demander à Dieu sa résurrection. Mais si le chef de la synagogue, c'est-à-dire si l'assemblée des docteurs de la loi veut embrasser la foi, la synagogue qui lui est soumise sera sauvée. Remarquez qu'elle est étendue morte au milieu de cette multitude qui pleure et pousse des cris, parce que son incrédulité lui a fait perdre la joie qu'elle goûtait dans la présence du Seigneur. Le Sauveur ressuscite cette jeune fille en lui prenant la main, pour nous apprendre que la synagogue frappée de mort ne peut ressusciter, si les Juifs ne purifient d'abord leurs mains pleines de sang (Is 1). La guérison de l'hémorroïsse et la résurrection de cette jeune fille sont la figure du salut du genre humain, pour lequel Dieu a établi cet ordre : que quelques-uns du peuple d'Israël embrasseraient d'abord la foi, puis la plénitude des nations entrerait dans l'Église, et ensuite tout Israël serait sauvé (Rm 11). Cette jeune fille était âgée de douze ans, et cette femme avait souffert douze ans entiers, parce que les péchés des Juifs incrédules ne furent découverts que lorsque les premiers fidèles embrassèrent la foi selon ces paroles de l'Écriture : " Abraham crut à la parole de Dieu, et sa foi lui fut imputée à justice. "
Saint Grégoire le Grand. (Moral., 4, 25.) Au sens moral, voici ce que représentent cette jeune fille ressuscitée dans la maison, le jeune homme rendu à la vie hors des portes de la ville, et Lazare rappelé du sépulcre où il était depuis quatre jours. Celui qui est étendu sans vie dans l'intérieur de la maison, c'est celui dont le péché reste encore caché ; celui que l'on conduit hors des portes de la ville, c'est le pécheur dont l'iniquité pousse la démence jusqu'à s'afficher en public ; celui enfin qui est comme comprimé sous la pierre du sépulcre figure le pécheur, qui à force de commettre le mal se trouve comme accablé sous le poids de l'habitude.
Saint Bède. Remarquez encore que les fautes plus légères et que nous commettons tous les jours peuvent être effacées par une pénitence moins sévère ; c'est ainsi que le Seigneur n'emploie que cette parole simple et facile : " Jeune fille, levez-vous, " pour ressusciter cette jeune fille qui était encore dans son lit. Mais lorsqu'il fallut arracher aux horreurs du tombeau ce mort de quatre jours, il frémit en son esprit, il se troubla lui-même, il répandit des larmes (Jn 11). Plus donc la mort de l'âme est grave et profonde, et plus aussi la pénitence doit être sévère et fervente. Remarquez encore qu'à des fautes publiques il faut un remède public, et c'est pour cela que Lazare sort du tombeau aux yeux de tout le peuple qui est présent, tandis que les fautes légères n'ont besoin pour être effacées que d'une pénitence secrète ; ainsi cette jeune fille, étendue sur son lit, ressuscite devant un petit nombre de témoins, et encore leur recommande-t-on de n'en rien dire. Nôtre-Seigneur chasse même dehors la foule qui remplissait la maison avant de ressusciter cette jeune fille, parce qu'en effet l'âme frappée de mort spirituelle ne peut revenir à la vie qu'après avoir chassé des parties les plus secrètes de son cœur la multitude des préoccupations du siècle. Elle se met à marcher aussitôt qu'elle est ressuscitée, parce que l'âme qui sort de la mort du péché ne doit pas seulement se séparer des souillures de ses crimes, mais marcher dans la pratique des bonnes œuvres. Elle doit aussi se hâter de se nourrir du pain céleste, c'est-à-dire de la parole divine et de la participation du sacrement de l'autel.
1 Jésus est parti pour son pays, et ses disciples le suivent.
2 Le jour du sabbat, il se mit à enseigner dans la synagogue. Les nombreux auditeurs, frappés d'étonnement, disaient : « D'où cela lui vient-il ? Quelle est cette sagesse qui lui a été donnée, et ces grands miracles qui se réalisent par ses mains ?
3 N'est-il pas le charpentier, le fils de Marie, et le frère de Jacques, de José, de Jude et de Simon ? Ses sœurs ne sont-elles pas ici chez nous ? » Et ils étaient profondément choqués à cause de lui.
4 Jésus leur disait : « Un prophète n'est méprisé que dans son pays, sa famille et sa propre maison. »
5 Et là il ne pouvait accomplir aucun miracle ; il guérit seulement quelques malades en leur imposant les mains.
6 Il s'étonna de leur manque de foi. Alors il parcourait les villages d'alentour en enseignant.
Théophylacte. Après les miracles que l'Évangéliste vient de raconter, le Seigneur revient dans son pays, bien qu'il sût qu'il y serait l'objet du mépris de ses concitoyens ; mais il voulait leur ôter tout prétexte de dire : Si vous étiez venu parmi nous, nous eussions cru en vous. " Et étant parti de là, il vint dans son pays, " etc. — Saint Bède. L'Évangéliste appelle Nazareth le pays du Sauveur, parce qu'il y avait été élevé. Mais quel est l'aveuglement extraordinaire dans les habitants de Nazareth que de mépriser, à cause de l'obscurité de sa famille, celui que ses paroles aussi bien que ses actions auraient dû leur faire reconnaître pour le Christ ? " Or, un jour de sabbat étant venu, il commença à enseigner, " etc. Cette sagesse qu'ils admirent, c'est sa doctrine, et les merveilles, qui sont également l'objet de leur admiration, ce sont les guérisons et les miracles qu'il opérait.
" N'est-ce pas là ce charpentier, fils de Marie ? " — Saint Augustin. (De l'accord des Evang., 2, 22.) D'après le récit de saint Matthieu, ils l'appelèrent le fils du charpentier, et il n'y a en cela rien d'étonnant, puisqu'ils ont pu dire l'un et l'autre, d'autant plus qu'ils ne le croyaient charpentier lui-même que parce qu'ils pensaient qu'il était fils du charpentier. — Saint Jérôme. Jésus est appelé fils du charpentier, mais de ce divin charpentier qui a fait l'aurore et le soleil (Ps 73, 16), c'est-à-dire la première et la seconde Église, l'Église juive et l'Église chrétienne, qui sont figurées dans la femme et dans la jeune fille guéries par Nôtre-Seigneur. — Saint Bède. Car bien qu'on ne puisse comparer les choses humaines aux choses divines, la figure cependant est ici parfaite, parce que le Père du Christ opère par le feu et par l'Esprit.
" Est-ce qu'il n'est pas le frère de Jacques, de Joseph, de Jude et de Simon ? Et ses sœurs ne sont-elles pas ici parmi nous ? " Ils attestent que les frères et les sœurs de Jésus sont avec lui ; gardons-nous de voir dans ces frères et dans ces sœurs les enfants de Marie, comme le veulent les hérétiques, ce sont simplement ses parents, suivant la manière de s'exprimer de l'Écriture ; c'est ainsi qu'Abraham et Loth sont appelés frères (Gn 13), parce que Loth était le fils du frère d'Abraham. ce Et ils se scandalisaient de lui. " Le scandale et l'erreur des Juifs sont pour nous une occasion de salut, et, pour les hérétiques, un sujet de condamnation. Leur mépris pour Nôtre-Seigneur Jésus-Christ allait jusqu'à l'appeler charpentier et fils de charpentier : " Mais Jésus leur disait : Un prophète n'est sans honneur que dans sa patrie, " etc. Nôtre-Seigneur Jésus-Christ est souvent appelé prophète dans les Écritures, au témoignage de Moïse, qui prédisant l'Incarnation future du Fils de Dieu, s'exprime de la sorte : " Le Seigneur vous suscitera un prophète du milieu de vos frères. " Et ce n'est pas seulement le Seigneur des prophètes, mais Élie, mais Jérémie, et les autres prophètes, qui ont été moins considérés dans leur pays que parmi les étrangers, tant il est naturel aux concitoyens de se jalouser entre eux. Ils n'ont aucune considération pour les œuvres actuelles d'un homme, et ne se souviennent que des faiblesses de son enfance. — Saint Jérôme. Souvent, d'ailleurs, l'origine d'un homme est obscure, et donne lieu à ce langage : " Qu'est-ce que le fils d'Isaï ? " (1 R 25, 10) parce qu'en effet le Seigneur regarde les choses basses et ne voit que de loin celles qui sont hautes (Ps 137). — Théophylacte. Bien plus, alors même qu'un prophète aurait des parents illustres, considérés, ses concitoyens ne laisseraient pas de les haïr et de lui refuser tout honneur. " Et il ne put faire là aucun miracle, " etc. Quand l'Évangéliste dit qu'il ne put faire aucun miracle, il faut entendre qu'il ne consentit pas, qu'il ne voulut pas ; ce n'était pas impuissance de sa part, leur incrédulité seule en était la cause. Si donc il ne fait point de miracles au milieu d'eux, c'est par ménagement pour des gens qui, en refusant de croire à ces miracles, encourraient un jugement bien plus sévère. On peut encore donner cette raison que, pour faire des miracles, à la puissance de celui qui les opère, il faut joindre la foi de celui qui en est l'objet. Or, cette foi faisait ici défaut, et c'est pourquoi Nôtre-Seigneur ne voulut faire aucun miracle en cet endroit.
" Et il s'étonnait de leur incrédulité. " —Saint Bède. Il s'étonne de leur incrédulité, non pas comme d'une chose inopinée et imprévue pour lui, puisqu'il connaît toutes choses avant même qu'elles existent ; mais bien qu'il pénètre les secrets des cœurs, lorsqu'il veut qu'une chose produise en nous un sentiment d'étonnement, il affecte d'en paraître étonné lui-même devant les hommes. Il veut donc que nous soyons étonnés de l'aveuglement des Juifs, qui n'ont voulu croire ni à leurs prophètes qui leur annonçaient le Christ, ni au Christ lui-même qui était né parmi eux. Dans le sens mystique, Jésus est l'objet du mépris dans sa famille et dans son pays, c'est-à-dire au milieu du peuple juif. Il ne fait parmi eux qu'un petit nombre de miracles, pour qu'ils ne soient pas entièrement excusables ; mais il fait tous les jours des miracles plus fréquents et plus considérables au milieu du peuple des Gentils, miracles qui ont moins pour objet la guérison des corps que le salut des âmes.
7 Jésus appelle les Douze, et pour la première fois il les envoie deux par deux. Il leur donnait pouvoir sur les esprits mauvais,
8 et il leur prescrivit de ne rien emporter pour la route, si ce n'est un bâton ; de n'avoir ni pain, ni sac, ni pièces de monnaie dans leur ceinture.
9 « Mettez des sandales, ne prenez pas de tunique de rechange. »
10 Il leur disait encore : « Quand vous avez trouvé l'hospitalité dans une maison, restez-y jusqu'à votre départ.
11 Si, dans une localité, on refuse de vous accueillir et de vous écouter, partez en secouant la poussière de vos pieds : ce sera pour eux un témoignage. »
12 Ils partirent, et proclamèrent qu'il fallait se convertir.
13 Ils chassaient beaucoup de démons, faisaient des onctions d'huile à de nombreux malades, et les guérissaient.
Théophylacte. Nôtre-Seigneur ne prêchait pas seulement dans les villes, mais dans les bourgs et dans les villages, pour nous apprendre à ne pas mépriser ce qui est petit et à ne pas rechercher toujours les grandes villes, mais à semer la parole de Dieu dans les villages obscurs et de peu d'importance : " Et il parcourait les villages d'alentour, et il y enseignait. "
Saint Bède. Nôtre-Seigneur, maître plein de bonté et de douceur, n'envie point à ses serviteurs les miracles qu'ils pouvaient opérer, et il communique à ses Apôtres le pouvoir qu'il avait de guérir toute langueur et toute infirmité : " Alors, appelant les douze... il leur donna puissance sur les esprits impurs. " Mais il y a une grande différence entre donner et recevoir : tout ce que fait Nôtre-Seigneur il le fait en vertu de la puissance qui lui est propre, tandis que ses disciples, dans les miracles qu'ils opèrent, sont obligés de confesser leur faiblesse et la puissance du Seigneur, en disant comme saint Pierre : " Au nom de Jésus, lève-toi et marche. " (Ac 3)
Théophylacte. Il envoie les Apôtres deux à deux, pour leur inspirer plus d'ardeur et d'activité, car comme dit l'Ecclésiaste (Qo 4, 9) : " II vaut mieux être deux ensemble que d'être seul. " Si, au contraire, il les eût envoyé plus de deux ensemble, le nombre des Apôtres n'eût pas suffi pour tous les bourgs dans lesquels ils devaient prêcher l'Évangile. — Saint Grégoire le Grand. (hom. 17 sur les Evang.)Le Sauveur les envoie deux par deux, pour figurer que le précepte de la charité a un double objet : l'amour de Dieu et l'amour du prochain, et aussi parce qu'il faut deux termes pour que la charité puisse avoir lieu. Il nous enseigne encore par là que celui qui n'a pas la charité pour le prochain ne doit en aucune façon se charger du ministère de la prédication.
" Et il leur commanda de ne rien porter en chemin, " etc. — Saint Bède. Le prédicateur doit avoir dans la providence de Dieu une si grande confiance, que, sans se préoccuper de ce qui est nécessaire à l'entretien de la vie, il doit être assuré que rien ne lui manquera, car si son esprit se laisse prendre par les soucis des choses temporelles, il sera moins en état d'inspirer aux autres l'amour des biens éternels. — Saint Jean Chrysostome. En leur faisant cette recommandation, le Seigneur veut encore que leur extérieur seul fasse comprendre combien ils étaient éloignés du désir des richesses. — Théophylacte. Il leur enseigne encore à ne point rechercher les présents, afin qu'en ne possédant rien, ils donnent ainsi plus de force et d'efficacité à leurs prédications sur la pauvreté. — Saint Augustin. (De l'acc, des Evang., 2, 30.) Ou bien enfin, comme, d'après saint Matthieu, Nôtre-Seigneur ajoute aussitôt : " L'ouvrier est digne de son salaire, " nous voyons la raison pour laquelle il leur défend de posséder ou de porter rien avec eux. Ce n'est pas que toutes ces choses ne soient nécessaires à l'entretien de la vie ; mais en les envoyant ainsi dépourvus de tout, il voulait apprendre à ceux à qui ils prêchaient l'Évangile que c'était pour eux un devoir de subvenir à l'entretien des Apôtres. Toutefois, il est évident que le Seigneur n'impose pas ici à ses disciples l'obligation de ne vivre que des offrandes qui leur seraient faites par les fidèles qu'ils évangélisaient, ou bien, il faudrait dire que saint Paul s'est mis en contradiction aveu ce précepte en vivant du travail de ses mains (Ac 20, 34.35 ; 1 Co 4, 12 ; 1 Th 2, 1 ; 2 Th 3, 8.9) ; mais il donne à ses Apôtres un véritable pouvoir, et veut qu'ils soient convaincus qu'ils ont droit à ces offrandes. On se demande encore comment saint Matthieu et saint Luc rapportent que Nôtre-Seigneur avait défendu à ses disciples de porter même un bâton, tandis que nous lisons dans saint Marc : " II leur commanda de ne rien porter eu chemin qu'un bâton seulement. " Pour résoudre cette difficulté, il faut admettre que le bâton que les Apôtres peuvent porter avec eux, d'après saint Marc, doit être pris dans un autre sens que celui que le Sauveur leur défend de porter suivant le récit de saint Matthieu et de saint Luc. Nôtre-Seigneur a donc pu leur dire d'une manière abrégée : " Ne portez avec vous aucune des choses nécessaires à la vie, pas même un bâton ou rien qu'un bâton. " Ainsi en disant : " Pas même un bâton, " il exclut jusqu'aux moindres choses, et en ajoutant : " Rien qu'un bâton " il veut que l'on comprenne qu'en vertu du pouvoir qui leur est donné, et qui est figuré par le bâton, aucune des choses qu'il leur défend de porter ne leur fera défaut. Notre-Seigneur a donc exprimé ces deux pensées ; mais comme aucun des Évangélistes ne les a rapportées toutes deux à la fois, on est porté à croire que celui qui a parlé du bâton à porter dans un sens, est en contradiction avec celui qui rapporte la défense faite de porter même un bâton, pris dans un autre sens. L'explication que nous venons de donner fait disparaître toute contradiction. Ainsi, lorsque Nôtre-Seigneur, d'après saint Matthieu, défend à ses Apôtres d'emporter avec eux des chaussures, il leur défend la préoccupation qui les leur ferait emporter, dans la crainte qu'elles ne viennent à leur manquer. Il faut entendre, dans le même sens, la recommandation de ne point porter deux tuniques, Nôtre-Seigneur veut délivrer ses Apôtres de l'embarras d'en porter une autre que celle qui sert à les couvrir, puisque leur ministère leur donne le droit d'en recevoir, au besoin, une seconde. Donc, lorsque d'après saint Marc, le Sauveur leur recommande de chausser leurs sandales, il faut voir, dans ces sandales, une signification symbolique et mystérieuse, c'est-à-dire que la chaussure doit laisser le pied du prédicateur découvert par dessus et protégé par dessous, ce qui signifie que l'Évangile ne doit ni rester caché, ni s'appuyer sur les avantages de la terre. Que signifie encore la défense faite d'avoir et de porter deux tuniques, et la défense plus expresse de se vêtir de plus d'une tunique, si ce n'est que les Apôtres doivent marcher dans la simplicité, sans la moindre duplicité ? Et si quelqu'un pense que Nôtre-Seigneur n'a pu, dans un seul et même discours, mêler le sens figuré au sens propre et littéral, qu'il jette les yeux sur les autres discours du Sauveur, et il verra bientôt qu'il avance cette assertion avec autant de témérité que d'ignorance.
Saint Bède. Ces deux tuniques me paraissent indiquer deux vêtements distincts, car on ne peut admettre que, dans les contrées glaciales de la Scythie toujours couvertes de neige, on doive se contenter d'une seule tunique ; la tunique est donc prise ici pour le vêtement tout entier, et Nôtre-Seigneur nous défend d'en avoir un second en réserve, dans la crainte de ce qui peut arriver. — Saint Jean Chrysostome. Ou bien encore, au rapport de saint Matthieu et de saint Luc, Nôtre-Seigneur ne permet de porter ni chaussures, ni bâton, et c'est ce qu'il y a de plus parfait ; d'après saint Marc, au contraire, il autorise ses disciples à porter un bâton et des sandales, et c'est une simple permission qu'il leur donne.
Saint Bède. Dans le sens allégorique, la besace représente les charges et les embarras du siècle ; le pain, les délices de la terre, et l'argent dans la bourse la sagesse qui reste cachée. C'est qu'en effet celui qui est revêtu des fonctions de docteur ne doit ni plier sous le poids des affaires du siècle, ni se laisser amollir par les désirs de la chair, ni cacher le talent de la parole qui lui est confiée sous la négligence d'un corps livré à l'oisiveté : " Et il leur disait : En quelque maison que vous entriez, " etc. Il leur donne ici le précepte général de la persévérance dans l'observation des lois de l'hospitalité, et leur déclare qu'il est indigne d'un prédicateur du royaume des cieux d'aller de maison en maison. — Théophylacte. Il ne veut pas qu'en changeant ainsi de maison, ils donnent lieu au reproche de sensualité, " Et quant à ceux qui ne vous recevront point et ne vous écouteront point, lorsque vous sortirez, secouez la poussière de vos pieds, " etc. Le dessein du Sauveur, en leur faisant ce commandement, est de montrer aux peuples qu'ils évangélisent qu'ils ont entrepris une longue route dans l'intérêt de leurs âmes, ou qu'ils n'ont voulu rien recevoir d'eux, pas même la poussière ; et ils doivent secouer cette poussière, pour être on témoignage contre eux, c'est-à-dire une véritable accusation. — Saint Jean Chrysostome. Ou bien, pour être un témoignage des fatigues de la route qu'ils ont supportées pour eux, ou pour signifier que la poussière des péchés des prédicateurs retombe sur eux. " Étant donc partis, ils prêchaient aux peuples de faire pénitence, " etc. Saint Marc seul rapporte qu'ils oignaient d'huile les malades ; saint Jacques, dans son Epître canonique dit quelque chose de semblable (Jc 5). Or, l'huile repose le corps fatigué, et elle produit tout à la fois la lumière et la joie. L'huile de l'onction figure la miséricorde de Dieu, la guérison des infirmités, la lumière du cœur, toutes choses qui sont le fruit de la prière. — Théophylacte. L'huile représente encore la grâce de l'Esprit saint, qui nous fait passer des fatigues du travail à la lumière et à la joie de l'esprit. — Saint Bède. Aussi, il est admis comme certain que c'est des Apôtres eux-mêmes que l'Église a reçu la coutume d'oindre les énergumènes et les malades avec de l'huile consacrée par la bénédiction pontificale.