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Marc 6, 14-16

 

14 Comme le nom de Jésus devenait célèbre, le roi Hérode en entendit parler. On disait : « C'est Jean le Baptiste qui est ressuscité d'entre les morts, et voilà pourquoi il a le pouvoir de faire des miracles. »

15 Certains disaient : « C'est le prophète Élie. » D'autres disaient encore : « C'est un prophète comme ceux de jadis. »

16 Hérode entendait ces propos et disait : « Celui que j'ai fait décapiter, Jean, le voilà ressuscité ! »

 

La Glose. Le récit de la prédication des Apôtres et des miracles que le Sauveur opérait, amène naturellement l'Évangéliste à parler de la réputation de Jésus qui se répandait parmi le peuple : " Or, le roi Hérode entendit parler de lui. " — Saint Jean Chrysostome. Cet Hérode était le fils du premier Hérode, sous le règne duquel Joseph avait emmené Jésus en Égypte. Saint Matthieu et saint Luc lui donnent le nom de tétrarque, parce qu'il n'avait plus à gouverner que la quatrième partie du royaume de son père, les Romains, après la mort d'Hérode, son père, ayant divisé son royaume en quatre parties. Saint Marc, au contraire, lui donne le titre de roi, en se conformant à l'usage des Juifs qui l'appelaient ainsi, parce qu'ils avaient donné ce nom à son père, ou parce qu'ils savaient que cela lui était agréable. — Saint Jérôme. " Car son nom était devenu célèbre. " II n'est pas permis en effet de cacher la lampe sous le boisseau, " Et Hérode, disait : Jean-Baptiste, est ressuscité d'entre les morts ; c'est pourquoi des miracles sont opérés par lui. " Nous pouvons voir ici combien grande fut l'envie des Juifs. Jean-Baptiste n'a fait aucun miracle, au témoignage de saint Jean l'Évangéliste, et les Juifs, sans aucune preuve, croient qu'il est ressuscité ; mais pour Jésus, au contraire, que Dieu avait rendu célèbre par tontes sortes de prodiges, de miracles, et à la résurrection duquel les anges, les apôtres, les hommes et les femmes avaient rendu témoignage, plutôt que de croire à sa résurrection, ils ont mieux aimé se l'expliquer en disant qu'on avait secrètement enlevé son corps. Ils attribuent à Jean-Baptiste ressuscité d'entre les morts l'opération des miracles, et en cela ils ont une juste idée de la résurrection qui doit revêtir les saints d'une plus grande puissance que celle qu'ils avaient sur la terre, lorsqu'ils étaient encore sous le poids de l'infirmité de la chair.

" Mais d'autres disaient : C'est Élie. " En effet, Jean-Baptiste n'avait pas craint d'adresser de vifs reproches à un grand nombre de ceux qui venaient le trouver, en les appelant race de vipères. " Et d'autres : C'est un prophète, " c'est-à-dire l'un des anciens prophètes. — Saint Jean Chrysostome. Ils veulent ici parler de ce prophète dont Moïse a dit : " Dieu vous suscitera un prophète du milieu de vos frères. " Cette idée était juste ; mais les Juifs ne tenaient ce langage que parce qu'ils craignaient d'avouer ouvertement que Jésus était le Christ. Ils invoquent le témoignage de Moïse comme pour couvrir le soupçon qu'ils avaient de la divinité de Jésus-Christ, par crainte de ceux qui étaient à leur tête. " Ce qu'Hérode ayant entendu, il dit : Jean, que j'ai décapité, est ressuscité d'entre les morts. " Hérode parle ainsi par ironie.—Théophylacte. On peut encore dire qu'Hérode, sachant qu'il avait fait mettre à mort Jean-Baptiste sans raison et malgré son innocence, pouvait croire qu'il était ressuscité et qu'il avait reçu par sa résurrection même le pouvoir de faire des miracles.

Saint Augustin. (De l'ace, des Evang., 2, 34.) Saint Luc vient confirmer ici le récit de saint Marc, en ce sens qu'il attribue aussi à d'autres qu'à Hérode lui-même ces paroles : " Jean est ressuscité d'entre les morts. " (Lc 9) Mais comme il nous présente Hérode d'abord dans l'hésitation, et puis s'exprimant de la sorte : " J'ai fait décapiter Jean-Baptiste, quel est donc celui dont j'entends dire de telles choses ? il faut admettre qu'après ce premier moment d'hésitation Hérode fut convaincu de ce qu'il entendait dire aux autres, lorsqu'il dit à ses serviteurs, selon le récit de saint Matthieu (Mt 14) : " Celui-ci est Jean-Baptiste ; c'est lui qui est ressuscité des morts. " On peut dire aussi que ces paroles expriment encore un reste d'hésitation, d'autant plus que saint Marc, qui avait prêté à d'autres qu'à Hérode ces paroles : " Jean est ressuscité d'entre les morts, " finit par faire dire à Hérode lui-même : " Celui que j'ai décapité est ressuscité d'entre les morts. " Or, ces paroles peuvent s'entendre de deux manières, ou comme l'expression d'une conviction certaine, ou comme le langage d'un homme qui hésite et doute encore.

 

Marc 6, 17-19

 

17 Car c'était lui, Hérode, qui avait fait arrêter Jean et l'avait mis en prison. En effet, il avait épousé Hérodiade, la femme de son frère Philippe,

18 et Jean lui disait : « Tu n'as pas le droit de prendre la femme de ton frère. »

19 Hérodiade en voulait donc à Jean, et elle cherchait à le faire mettre à mort. Mais elle n'y arrivait pas

 

Théophylacte. Saint Marc prend occasion de ce qu'il vient de dire pour raconter la mort du saint précurseur : " Hérode avait envoyé prendre Jean et l'avait fait mettre en prison, " etc. — Saint Bède. Un historien ancien rapporte que Philippe, fils d'Hérode le Grand, sous le règne duquel Notre-Seigneur s'enfuit en Égypte, et frère de cet Hérode sous lequel eut lieu la passion du Sauveur, épousa Hérodiade, fille du roi Aretas. Plus tard, son beau-père, à la suite de quelques différends qui s'étaient élevés entre lui et son gendre, donna Hérodiade, en haine de son premier mari, à Hérode, ennemi de Philippe. Ce que Jean-Baptiste reprochait à Hérode, c'est donc cette union criminelle, puisqu'il n'est pas permis d'épouser la femme de son frère, du vivant même de son frère. — Théophylacte. La loi faisait un devoir au frère de celui qui était mort sans enfants d'épouser sa veuve ; mais ici Hérodiade avait une fille, et sous tous rapports ce mariage était un crime.

" Aussi Hérodiade lui tendait des embûches, " etc. — Saint Bède. Hérodiade craignait qu'Hérode ne vint à se repentir ou qu'il ne se réconciliât avec son frère, et qu'un divorce ne vînt dissoudre cette union scandaleuse.

" Hérode, sachant que Jean-Baptiste était un homme juste et saint, le craignait " — La Glose. Il le craignait, parce qu'il le vénérait ; car il savait qu'il était juste aux yeux des hommes et saint devant Dieu. " Et il le protégeait, " contre les embûches d'Hérodiade qui en voulait à sa vie. " II faisait beaucoup de choses d'après ses conseils, " parce qu'il le regardait comme parlant sous l'inspiration de l'Esprit saint, " Il l'écoutait volontiers, parce que ses discours lui paraissaient pleins des leçons les plus utiles. " — Théophylacte. Voyez à quels excès peut se porter la violence de la concupiscence. Hérode est plein de crainte et de vénération pour Jean-Baptiste, et il oublie tout pour ne penser qu'à sa passion. — Rémig. (sur S. Matth.) Son inclination voluptueuse le força de faire charger de chaînes celui dont il connaissait la justice et la sainteté, et nous pouvons apprendre de là qu'une faute moins grande conduit à une faute plus grave, selon cette parole de l'Apocalypse : " Que celui qui est souillé se souille encore davantage. "

" Or, un jour favorable s'étant présenté, et Hérode ayant donné un grand repas pour l'anniversaire de sa naissance, " etc. — Saint Bède. Nous ne voyons dans l'Écriture que deux hommes, Pharaon (Gn 40, 22) et Hérode, qui aient célébré par des fêtes le jour de leur naissance, et tous deux ont inauguré ces fêtes sous de fâcheux auspices en souillant de sang le jour anniversaire de celui où ils étaient nés. Mais l'impiété d'Hérode surpasse d'autant plus celle de Pharaon qu'il a mis à mort le docteur de la vérité, dont la sainteté et l'innocence lui étaient connues, et qu'il commit ce crime pour satisfaire au désir et à la demande d'une danseuse : " Elle dansa et plut tellement à Hérode et à ceux qui étaient à table avec lui, que le roi dit à la jeune fille : Demandez-moi ce que vous voulez, et je vous le donnerai. " — Théophylacte. Pendant que le repas s'achève, c'est Satan lui-même qui danse dans la personne de cette jeune fille, et qui inspire à Hérode ce serment criminel : " Et il ajouta avec serment : Quoi que ce soit que vous me demandiez, je vous le donnerai. " — Saint Bède. Ce serment ne l'excuse pas d'homicide, car peut-être ne l'a-t-il fait que pour avoir l'occasion de mettre à mort le saint précurseur. Et en effet, si Hérodiade lui eût demandé la mort de son père et de sa mère, nul doute qu'Hérode la lui eût refusée. — " Étant sortie, elle dit à sa mère : Que demanderai-je ? Celle-ci lui répondit : La tête de Jean-Baptiste. " À une action aussi digne que la danse, il faut du sang pour juste récompense.

" Aussitôt revenant près du roi en grande hâte, elle lui fit cette demande, " etc. Cette méchante femme demande qu'on lui donne aussitôt et sur l'heure la tête de Jean-Baptiste, tant elle craint qu'Hérode ne vienne à changer de résolution. " — suite. " Le roi en fut centriste. " Les écrivains sacrés ont coutume, dans l'appréciation d'un fait, de se conformer à l'opinion générale qui régnait alors ; c'est ainsi que Marie elle-même appelle Joseph le père de Jésus (Lc, 2, 48) ; de même l'Évangéliste nous dit qu'Hérode fut contristé, c'est-à-dire que c'était la pensée des convives. Cet hypocrite raffiné affectait un visage triste, alors que son âme était dans la joie, et il cherche à excuser son crime par le serment qu'il vient de faire, comme pour commettre l'action la plus impie sous le masque de la piété : " Néanmoins à cause de son serment, et à cause de ceux qui étaient à table avec lui, il ne voulut pas l'affliger d'un refus. " — Théophylacte. Hérode ne se possède plus, et la passion qui le domine lui fait accomplir son serment et mettre le juste à mort. Cependant le parjure eût été ici mille fois préférable à un si grand crime. — Saint Bède. L'auteur sacré ajoute : " Et à cause de ceux qui étaient à table avec lui, " c'est-à-dire qu'il les veut rendre tous complices de son crime, en leur faisant servir des mets sanglants dans un festin où l'impureté et la débauche faisaient tous les frais : " Et il envoya un de ses gardes, et lui commanda d'apporter la tète de Jean-Baptiste dans un bassin. " — Théophylacte. Le mot spiculator, que nous traduisons par garde ou satellite, veut dire bourreau, dont le métier est de mettre les hommes à mort. —Saint Bède. Hérode n'eut point honte de placer sous les yeux des convives la tète d'un homme qu'il venait de tuer ; nous ne lisons pas que Pharaon se soit jamais laissé aller à de pareils excès. Quoi qu'il en soit, ces deux exemples nous apprennent qu'il nous est bien plus utile de nous rappeler souvent le jour de notre mort, et de vivre ainsi dans la crainte et dans la chasteté, que de célébrer par des débauches le jour de notre naissance. L'homme, en effet, vient au monde pour le travail, et les élus ne parviennent au repos qu'en sortant du monde par la mort.

" Et il lui trancha la tête dans la prison, " etc. — Saint Grégoire le Grand. (Moral., 3, 5.) Je ne puis considérer sans un profond étonnement cet homme rempli de l'esprit de prophétie dès le sein de sa mère, le plus grand de tous ceux qui sont nés des femmes, et qui est jeté en prison par des hommes pervers, décapité pour payer la danse d'une courtisane, et mis à mort, lui d'une vie si austère, pour égayer des hommes voluptueux et infâmes. Pourrions-nous penser qu'il y eût dans cette vie si humble et si pénitente une seule tache que cette mort dût effacer ? Comment aurait-il pu pécher par intempérance, lui qui ne se nourrissait que de sauterelles et de miel sauvage ? Quelle faute dans ses rapports avec le monde, lui qui ne quitta jamais son désert ? Comment le Dieu tout puissant peut-il abandonner d'une manière si terrible en ce monde ceux qu'il a choisis par une vocation si sublime avant tous les siècles ? Donnons-en une raison évidente pour la piété des vrais fidèles, c'est que Dieu éprouve ainsi ses élus dans cette vie si fragile et si courte, parce qu'il sait comment il doit les récompenser dans les hauteurs des cieux ; et il les laisse tomber extérieurement dans le mépris et l'abjection, parce qu'il les conduit intérieurement jusqu'aux biens incompréhensibles et immortels. Concluons de là combien souffriront dans la vie future ceux que Dieu réprouve, s'il abandonne à des tourments si cruels ceux qu'il aime.

" Ce que les disciples de Jean ayant appris, ils vinrent prendre son corps, et le déposèrent dans un sépulcre. " — Saint Bède. L'historien Josèphe raconte que Jean-Baptiste fut amené chargé de chaînes dans la forteresse de Macheronte, et qu'il y fût décapité, et l'histoire ecclésiastique ajoute qu'il fut enseveli dans Sébaste, ville de Palestine, qui était autrefois appelée Samarie. La décapitation de saint Jean signifie la diminution de cette croyance répandue parmi le peuple qu'il était le Christ, de même que l'élévation de Jésus-Christ sur la croix figurait le progrès toujours croissant de la foi ; et en effet, celui que la multitude ne regardait que comme un prophète, fut bientôt reconnu par tous comme le Fils de Dieu. Et c'est peut-être pour cela que Jean-Baptiste, dont la réputation devait décroître, est né à cette époque de l'année, où la lumière du jour commence à décroître, tandis que Nôtre-Seigneur est venu au monde à l'époque où les jours commencent à croître.

Théophylacte. Dans le sens mystique, Hérode, dont le nom signifie qui est de peau, représente le peuple juif, qui avait aussi une épouse, c'est-à-dire la vaine gloire dont la fille danse et s'agite encore aujourd'hui autour de l'esprit des Juifs, je veux parler de la fausse interprétation des Écritures. Ils ont décapité Jean, c'est-à-dire la parole des prophètes, et ils ont cette parole privée, de Jésus-Christ qui est son chef. — Saint Jérôme. Ou bien encore dans un autre sens : La tête de la loi, c'est-à-dire Jésus-Christ, est retranchée de son corps, c'est-à-dire du peuple juif, et elle est donnée aune jeune fille, qui vient des Gentils, c'est-à-dire à l'Église romaine, et la jeune fille la donne à sa mère qui vit dans l'adultère, c'est-à-dire à la synagogue, qui doit embrasser la foi à la fin du monde. Le corps de Jean est enseveli, sa tête est mise dans un bassin ; la lettre qui vient des hommes, est recouverte, et l'Esprit reçoit sur l'autel l'adoration des fidèles, et devient leur nourriture.

 

Marc 6, 30-35

 

30 Les Apôtres se réunissent auprès de Jésus, et lui rapportent tout ce qu'ils ont fait et enseigné.

31 Il leur dit : « Venez à l'écart dans un endroit désert, et reposez-vous un peu. » De fait, les arrivants et les partants étaient si nombreux qu'on n'avait même pas le temps de manger.

32 Ils partirent donc dans la barque pour un endroit désert, à l'écart.

33 Les gens les virent s'éloigner, et beaucoup les reconnurent. Alors, à pied, de toutes les villes, ils coururent là-bas et arrivèrent avant eux.

34 En débarquant, Jésus vit une grande foule. Il fut saisi de pitié envers eux, parce qu'ils étaient comme des brebis sans berger. Alors, il se mit à les instruire longuement.

35 Déjà l'heure était avancée ; ses disciples s'étaient approchés et lui disaient : « L'endroit est désert et il est déjà tard.

 

La Glose. Après le récit de la mort de Jean-Baptiste, l'Évangéliste raconte ce que firent Jésus-Christ et ses disciples après que le saint Précurseur fût mort : " De retour près de Jésus, les Apôtres lui rendirent compte, " etc. — Saint Jérôme. Les fleuves reviennent au lieu d'où ils sont sortis (Qo, 1, 7) ; et les envoyés de Dieu lui rendent toujours grâces des bienfaits qu'ils en ont reçus.— Théophylacte. Apprenons nous aussi, lorsqu'on nous envoie remplir quelque ministère, à ne pas trop nous étendre, à ne pas outrepasser l'objet de notre mission, mais à revenir à celui qui nous l'a donnée, pour lui rendre compte de tout ce que nous avons fait et enseigné. — Saint Bède. Il ne suffit pas d'enseigner, il faut encore agir. Or, les Apôtres ne rapportent pas seulement au Seigneur ce qu'ils avaient fait et enseigné, mais encore ce que Jean-Baptiste avait souffert pendant qu'ils étaient occupés du ministère de la prédication ; et ici, comme le rapporte saint Matthieu, les disciples de Jean se joignent à eux pour informer le Sauveur de la mort de leur maître.

" Et il leur dit : Venez à l'écart, " etc. — Saint Augustin. (de l'ace, des Evang. 2, 45.) L'Évangéliste nous raconte ce fait comme ayant immédiatement suivi la mort de Jean-Baptiste ; ce n'est donc qu'après, qu'il faut placer les faits racontés précédemment, et qui impressionnent Hérode au point de lui faire dire : " Celui-ci est Jean à qui j'ai fait trancher la tête. " — Théophylacte. Jésus se retire dans le désert par un sentiment d'humilité ; et il invite ses disciples à prendre un peu du repos, pour apprendre aux supérieurs ecclésiastiques que ceux qui sont livrés aux œuvres extérieures et à la prédication, ne peuvent continuellement travailler, et qu'ils ont droit à prendre quelques instants de repos.

Saint Bède. Quelle était la raison qui rendait ce repos nécessaire aux disciples , la voici : " II y avait un tel concours de personnes qui venaient et s'en allaient, que les Apôtres n'avaient pas même le temps de manger. " Heureux temps, où tous rivalisaient ainsi de zèle et de fatigues, les uns pour enseigner, les autres pour être instruits. "Et étant montés dans une barque, " etc. Les disciples ne montent pas seuls dans cette barque, ils prennent le Seigneur avec eux pour gagner le désert, comme le raconte saint Matthieu (Mt 14). Le Sauveur veut par là éprouver la foi de la multitude ; car en se rendant dans un lieu désert, il veut s'assurer de sa fidélité à le suivre. Or, tout ce peuple en le suivant, sans aucun moyen de transport, et malgré les fatigues d'une longue marche à pied, fait voir le zèle qu'elle a pour son salut. " Mais beaucoup de gens, les ayant vus partir, et ayant connu leur dessein, y accoururent à pied, " etc. Puisque cette multitude, qui suit à pied Nôtre-Seigneur, le précède, il est évident que le Sauveur et ses disciples n'abordèrent point à une rive opposée de la mer et du Jourdain, mais qu'ils s'arrêtèrent dans un lieu voisin de celui d'où ils étaient partis, et où ils furent devancés par ceux qui s'y étaient rendus à pied. — Théophylacte. À leur exemple, n'attendez pas que Jésus-Christ vous appelle, mais hâtez-vous de le devancer.— " Et étant sorti de la barque, il vit une grande multitude, et il en eut compassion, " etc. Les pharisiens, ces loups ravisseurs, loin de nourrir le peuple, le dévoraient ; aussi se presse-t-il en foule autour de Notre-Seigneur, le vrai pasteur qui lui distribue la nourriture spirituelle de la parole de Dieu : " Et il commença à leur enseigner beaucoup de choses. " Il voit dette multitude que la vue de ses miracles attire à sa suite malgré les fatigues d'une longue route, il en a compassion, et il satisfait à son désir en l'instruisant. — Saint Bède. Saint Matthieu (Mt 14) rapporte qu'il guérit ceux qui étaient malades ; en effet, la vraie compassion pour les pauvres, est de leur ouvrir par l'enseignement la voie de la vérité, et de les délivrer de leurs souffrances corporelles.

Saint Jérôme. Dans le sens mystique, Nôtre-Seigneur emmène à l'écart ceux qu'il a choisis pour ses disciples, de peur qu'en vivant au milieu des méchants, ils ne soient exposés à imiter leurs exemples ; ainsi que Loth le fût dans Sodome (Gn 19), Job dans la terre de Hus (Jb 1), et Abdias dans la maison d'Achah. (3 R 18.) — Saint Bède. Après avoir abandonné la synagogue dans le désert, les prédicateurs de l'Église que les Juifs accablaient sous le poids des tribulations, trouvent le repos au milieu des Gentils auxquels ils ont communiqué la grâce de la foi. — Saint Jérôme. Toutefois, ce repos des saints sur la terre est de courte durée, le travail est long, mais après cette vie, il leur sera dit : " Qu'ils se reposent de leurs travaux. " (Ap 14, 13.) Nous voyons arriver dans l'Église ce qui se passa autrefois dans l'arche de Noé ; les animaux qu'elle contenait étaient envoyés dehors, et ceux qui étaient dehors étaient reçus au dedans (Gn 8). Ainsi Judas se retire de l'Église, mais le bon larron y entre, et toutefois, lorsqu'un de ses enfants abandonne la vraie foi, le repos de l'Église n'est pas sans amertume : c'est Rachel qui pleure ses enfants, et ne veut pas de consolation (Jr 31 ; Mt 11) Ce n'est pas encore ce festin où l'on servira du vin nouveau, où des hommes nouveaux chanteront aussi un nouvel hymne, lorsque ce corps mortel sera revêtu d'immortalité. (1 Co 15) Alors que Jésus-Christ s'avance vers le désert des nations, il est suivi d'une multitude innombrable de fidèles qui ont abandonné les habitudes de leur vie ancienne.

 

Marc 6, 35-44

 

35 Déjà l'heure était avancée ; ses disciples s'étaient approchés et lui disaient : « L'endroit est désert et il est déjà tard.

36 Renvoie-les, qu'ils aillent dans les fermes et les villages des environs s'acheter de quoi manger. » Il leur répondit :

37 « Donnez-leur vous-mêmes à manger. » Ils répliquent : « Allons-nous dépenser le salaire de deux cents journées pour acheter du pain et leur donner à manger ? »

38 Jésus leur demande : « Combien avez-vous de pains ? Allez voir. » S'étant informés, ils lui disent : « Cinq, et deux poissons. »

39 Il leur ordonna de les faire tous asseoir par groupes sur l'herbe verte.

40 Ils s'assirent en rond par groupes de cent et de cinquante.

41 Jésus prit les cinq pains et les deux poissons, et, levant les yeux au ciel, il prononça la bénédiction, rompit les pains, et il les donnait aux disciples pour qu'ils les distribuent. Il partagea aussi les deux poissons entre eux tous.

42 Tous mangèrent à leur faim.

43 Et l'on ramassa douze paniers pleins de morceaux de pain et de poisson.

44 Ceux qui avaient mangé les pains étaient au nombre de cinq mille hommes.

 

Théophylacte. Notre-Seigneur, après avoir donné à cette multitude ce qui est le plus utile, la nourriture de la parole de Dieu, lui distribue aussi la nourriture corporelle, et l'Évangéliste commence ainsi le récit de ce miracle : " Et comme l'heure était déjà fort avancée, ses disciples s'approchèrent de lui, et lui dirent : Ce lieu est désert, " etc. — Saint Bède. Cette heure avancée c'était le soir et la nuit qui approchait, comme saint Luc le dit clairement (Lc 9) : " Le jour commençait à baisser. " — Théophylacte. Voyez le progrès des disciples dans l'amour du prochain ; pleins de compassion pour cette multitude, ils s'approchent de Jésus et le prient de venir à son secours ; mais le Sauveur veut les éprouver et savoir par expérience s'ils lui reconnaissent une assez grande puissance pour nourrir un si grand nombre de personnes : " Et il leur répondit : Donnez-leur vous-mêmes à manger. " — Saint Bède. Il presse les Apôtres de leur donner à manger, afin que l'aveu qu'ils feront de leur impuissance, rende plus éclatant le miracle qu'il doit opérer.

Théophylacte. L'observation que les disciples font au Sauveur, suppose qu'il ignorait la quantité de pain nécessaire pour nourrir une si grande multitude, et ils lui répondent avec une espèce de trouble : " Irons-nous donc acheter pour deux cents deniers de pain, afin de leur donner à manger. " — Saint Augustin. (de l'acc. des Evang., 2, 46.) Dans saint Jean, c'est Philippe qui fait cette réponse (Jn 6), saint Marc la place dans la bouche de tous les disciples, et veut nous faire entendre que Philippe l'avait faite au nom de tous les autres, quoiqu'il ait très-bien pu employer le pluriel pour le singulier, selon l'usage fréquent de la sainte Écriture (Lc 22). " Et il leur demanda : " Combien avez-vous de pains ? Allez et voyez. " Les autres Évangélistes n'ont point fait mention de cette dernière circonstance. " Et s'en étant instruits, ils vinrent lui dire : " Cinq pains et deux poissons. " La réponse que saint Jean prête à André au sujet des cinq pains et des deux poissons, est attribuée à tous les disciples par les autres Évangélistes qui emploient le pluriel pour le singulier. — " Et il leur commanda de les faire tous asseoir, " etc. Saint Luc rapporte qu'on les fit asseoir par groupes de cinquante ; saint Marc, par groupes de cinquante et de cent, il n'y a en cela aucune contradiction, l'un n'a mentionné qu'une partie, et l'autre le tout. Celui qui parle, des groupes de cent, a suppléé à ce que l'autre avait omis. — Théophylacte. L'Évangéliste nous donne ainsi à entendre que toute cette multitude fut distribuée par groupes ; car dans le texte grec, cette expression, par troupes, par sociétés, se trouve répétée, comme s'il y avait : " Par groupes et par groupes.

" Et Jésus prit les cinq pains et les deux poissons, " etc. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 50 sur S. Matth. ) II lève les yeux au ciel dans une intention toute de sagesse ; les Juifs, avant de recevoir la manne dans le désert, avaient osé dire : " Est-ce que Dieu pourra nous donner du pain ? " (Ps 67, 20.) C'est pour bannir de leur esprit ce doute injurieux, qu'avant d'opérer ce miracle, il rapporte à Dieu l'action qu'il allait faire. — Théophylacte. Il lève encore les yeux au ciel, pour nous apprendre à demander à Dieu notre nourriture, et non au démon, comme ceux qui se nourrissent injustement aux dépens des travaux d'autrui. Il prouve encore à cette multitude qu'il n'était pas ennemi de Dieu, puisqu'il l'invoquait. Il charge ses disciples de distribuer le pain au peuple, afin qu'en tenant ce pain dans leurs mains, il ne leur reste aucun doute sur la réalité du miracle : " Et ils mangèrent tous, et ils furent rassasiés, " etc. Mais ce miracle parut bien plus éclatant aux yeux de tout ce peuple, lorsqu'il vit douze corbeilles pleines de morceaux qui restaient, et chacun des apôtres rapportant sur ses épaules une de ces corbeilles. C'était l'œuvre, en effet, d'une puissance qui n'est point restreinte, non-seulement de nourrir une si grande multitude, mais encore de faire en sorte qu'on recueillit une si grande quantité de morceaux qui restaient. Moïse avait bien donné la manne au peuple de Dieu " mais il n'en donnait à chacun que le nécessaire, et ce qui dépassait cette mesure était aussitôt corrompu par les vers. (Ex 16) Elle, que Dieu avait chargé de nourrir la veuve de Sarepta, ne le faisait également que dans la mesure du nécessaire (3 R 17) ; Jésus seul donne en maître et avec une libéralité surabondante.

Saint Bède. Dans le sens mystique, le Sauveur nourrit cette multitude affamée vers le déclin du jour, parce qu'en effet c'est aux approches de la fin des temps, ou lorsque le soleil de justice (Ml 4, 2) s'est couché dans le tombeau, que nous avons été délivré des suites de la disette spirituelle. Il charge ses Apôtres de rompre le pain au peuple, pour leur apprendre qu'ils doivent tous les jours donner à nos âmes la nourriture dont elles ont besoin, autant par leurs exemples que par leurs écrits. Or, les cinq pains figurent les cinq livres de la loi, et les deux poissons, les psaumes et les prophètes. —Théophylacte. Ou bien, les deux poissons sont les écrits des pêcheurs, c'est-à-dire l'Évangile et les Epîtres. — Saint Bède. L'homme a cinq sens extérieurs, et ces cinq mille hommes qui suivent le Seigneur représentent ceux qui, tout en vivant encore au milieu du monde, savent cependant faire un bon usage des choses extérieures. — Saint Grégoire le Grand. (Moral., 16, 23) Les divers groupes assis sur l'herbe sont la figure des diverses Églises du monde, qui ne font entre elles qu'une seule Église catholique. Le nombre cinquante a ici une signification mystérieuse : il figure le repos du jubilé, et ce nombre cinquante se trouve répété pour former le nombre cent. Ils s'assoient donc par groupes de cinquante et de cent, et ils figurent ainsi le premier repos, qui consiste à s'abstenir du mal, et le repos plus complet est où l'âme jouira de la pleine connaissance de Dieu. — Saint Bède. Ce n'est qu'après qu'ils sont assis sur l'herbe que le Seigneur les nourrit de ce pain miraculeux, et ils représentent ainsi ceux qui, après avoir foulé aux pieds la concupiscence par la pratique de la chasteté, s'appliquent tout entiers à écouter et à observer la parole de Dieu. Le Sauveur ne tire pas du néant de nouveaux aliments, parce qu'en effet, en venant sur la terre revêtu de notre chair, il n'a point annoncé d'autres vérités que celles qui avaient été prédites ; mais il a fait voir que la loi et les prophètes portaient comme dans leur sein, et étaient prêts à enfanter les mystères de la grâce. Il leva les yeux au ciel, pour nous apprendre que c'est là qu'il faut chercher la lumière. Il rompt le pain et le donne à ses disciples, pour qu'ils le distribuent à la foule ; c'est ce qu'il a fait encore en découvrant aux saints docteurs les secrets mystérieux des prophéties, qu'ils devaient eux-mêmes faire connaître à tout l'univers. Les disciples recueillent les restes que laisse la foule, c'est-à-dire qu'il ne faut pas laisser perdre négligemment les vérités plus augustes que les esprits grossiers ne peuvent comprendre, mais les recueillir et les approfondir avec soin pour les âmes plus parfaites. Ainsi, ces douze corbeilles sont la figure des douze Apôtres et des docteurs qui sont venus après eux. De même que les corbeilles sont destinées aux usages, les plus communs, ils ont extérieurement peu d'apparence aux yeux des hommes, mais ils sont remplis au dedans des restes précieux de la nourriture du salut. — Saint Jérôme. Ou bien encore, ils recueilleront ces douze corbeilles pleines de morceaux, lorsqu'ils s'assoiront sur douze trônes, pour juger les douze tribus d'Israël (Mt 19, 28), qui sont comme les restes d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, alors que les restes d'Israël seront sauvés (Rm 11, 5).

 

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