1 Quand Jésus vit la foule, il gravit la montagne. Il s'assit, et ses disciples s'approchèrent.
2 Alors, ouvrant la bouche, il se mit à les instruire. Il disait :
3 « Heureux les pauvres de cœur :
le Royaume des cieux est à eux !
Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth). Tout artisan, quelle que soit sa profession, voit avec joie ce qui lui donne l’occasion d’exercer son art. Ainsi le charpentier, à la vue d’un arbre de bonne qualité, désire le couper pour l’employer à ses travaux ; de même le prêtre, en voyant une assemblée nombreuse, se réjouit dans son âme, et il est heureux de pouvoir lui enseigner des vérités utiles. C’est ainsi que le spectacle de cette grande multitude de peuple donna lieu au Seigneur de lui adresser ses divins enseignements : " Jésus voyant cette foule, monta sur la montagne ". — Saint Augustin.(de l’acc. des Ev., 1, 19). On peut dire aussi qu’il voulut éviter cette grande multitude et qu’il se retira sur cette montagne pour s’entretenir avec ses seuls disciples. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 5 sur S. Matth). Il s’assoit non au milieu des villes et des places publiques, mais sur une montagne et dans la solitude, et il nous apprend ainsi à ne rien faire par ostentation et à fuir les réunions tumultueuses, surtout lorsque nous devons traiter de choses d’une haute importance. — Rémig. Nous voyons dans l’Évangile que Notre-Seigneur avait trois lieux particuliers de retraite, la barque, la montagne et le désert, et qu’il se retirait dans l’une ou l’autre de ces retraites, lorsqu’il était accablé par la foule.
Saint Jérôme. Quelques-uns de nos frères croient dans leur simplicité que Notre-Seigneur a tenu ce discours sur la montagne des Oliviers, ce qui ne peut être, car ce qui précède et ce qui suit nous montre clairement que cette montagne est située dans la Galilée, et nous pensons que c’est le mont Thabor, ou quelque autre montagne élevée.
Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth). Il monte sur cette montagne, d’abord pour accomplir cette prophétie d’Isaïe : " Montez sur le sommet de la montagne " ; ensuite pour nous apprendre qu’il faut habiter le sommet des vertus spirituelles pour être digne d’enseigner ou d’écouter les oracles de la justice de Dieu, car si l’on reste habituellement dans la vallée, on ne peut parler du haut de la montagne ; si vous restez sur la terre, parlez des choses de la terre ; si vous voulez parler du ciel, élevez-vous jusqu’au ciel. Ou bien il monte sur la montagne pour nous avertir que tout homme qui veut pénétrer les mystères de la vérité, doit monter sur cette montagne de l’Église dont le prophète a dit : " La montagne de Dieu est une montagne fertile " (Ps 67, 16). Saint Hilaire. (can. 4 sur S. Matth). Ou bien encore, il monte sur la montagne, parce que c’est des hauteurs de la majesté qu’il occupe avec son Père qu’il nous impose les célestes enseignements de la vie chrétienne.
Saint Augustin. (serm. 7 sur la mont. liv. 1, chap. 1). Ou bien enfin il monte sur la montagne, pour nous faire comprendre que les commandements que Dieu avait donnés par les prophètes au peuple juif, peuple qu’il fallait retenir par la crainte, étaient moins parfaits que les lois qu’il allait donner par son Fils à un peuple qu’il voulait affranchir par l’amour.
" Et lorsqu’il fut assis, ses disciples s’approchèrent de lui ". Saint Jérôme. Il parle assis et non debout, parce qu’ils étaient incapables de le comprendre dans l’éclat de sa majesté. — Saint Augustin.(serm. sur la mont). Ou bien, il parle étant assis, parce que sa dignité de docteur et de maître l’exigeait. Ses disciples s’approchèrent de lui ; c’est ainsi que ceux dont le cœur était plus près de l’accomplissement de ses préceptes, se trouvaient aussi plus rapprochés corporellement de sa personne. — Raban Maure. Dans le sens mystique, le Seigneur assis est la figure de son incarnation, car s’il ne s’était pas incarné, le genre humain n’aurait pu approcher de lui. — Saint Augustin. (de l’acc. des Evang., 1, 19). Il paraît surprenant que saint Matthieu prête ce discours au Sauveur assis sur la montagne, tandis que saint Luc (Lc 7, 17) le lui fait tenir lorsqu’il était debout dans la plaine. Cette diversité dans leur récit est une preuve qu’il s’agit de deux discours différents ; car qui s’oppose à ce que Notre-Seigneur ait répété ici ce qu’il avait dit précédemment et qu’il fasse de nouveau des actions qu’il avait déjà faites auparavant ? On peut dire encore que le Sauveur était sur le point le plus élevé de la montagne avec ses seuls disciples, quand il choisit parmi eux ses douze apôtres. Il descendit ensuite avec eux non de la montagne, mais de cette hauteur dans une espèce de plaine, c’est-à-dire sur un plateau situé sur le flanc de la montagne, et qui pouvait contenir un grand nombre de personnes ; il attendit dans ce lieu que la multitude se fût rassemblée autour de lui ; puis s’étant assis, ses disciples se rapprochèrent et, là devant eux et en présence du peuple il aurait fait ce discours que saint Matthieu et saint Luc racontent d’une manière différente, mais dont la substance est absolument la même.
Saint Grégoire le Grand. (Moral., 4, 5). Avant que le Sauveur formule sur la montagne ces sublimes et admirables préceptes, l’Évangéliste les fait précéder de ces paroles : " Ouvrant sa bouche, il les enseignait ". Lui qui avait autrefois ouvert la bouche des prophètes. — Rémig. Toutes les fois qu’il est dit que le Seigneur ouvrit la bouche, il faut nous rendre attentifs, car ce préambule annonce de grandes choses. Saint Augustin. (serm. sur la mont). Ou bien peut-être ces mots : " ouvrant la bouche ", nous avertissent que le discours qui va suivre sera plus long que d’habitude. — Saint Jean Chrysostome.(hom. 15) Ou enfin ces paroles nous apprennent que le Seigneur enseignait tantôt en ouvrant la bouche, tantôt en faisant entendre la voix non moins instructive de ses œuvres.
Saint Augustin. (serm. sur la mont). Si on veut étudier ce discours dans un esprit de religion et de prudence, on y trouvera la règle parfaite de la vie chrétienne pour la direction des mœurs. Aussi Notre-Seigneur le conclut en disant : " Tout homme qui écoute les paroles que je viens de dire et les met en pratique sera comparé à un homme sage ".
Saint Augustin. (Cité de Dieu, 19, 1). La philosophie ne peut avoir d’autre raison d’être que la fin du bien lui-même. Or la fin du bien, c’est de nous rendre heureux, et c’est pour cela que Jésus-Christ commence son discours par la promesse de la béatitude : " Bienheureux les pauvres d’esprit ". — Saint Augustin. (serm. sur la mont., 1, 2). La présomption d’esprit est un signe d’orgueil et d’arrogance. Or, on dit souvent des orgueilleux qu’ils ont un esprit étendu ; c’est avec raison, Car esprit est synonyme de vent, et qui ne sait qu’on dit aussi des orgueilleux qu’ils sont enflés, comme s’ils étaient gonflés par le vent. C’est pour cela qu’il faut entendre ici par pauvres d’esprit, les humbles qui craignent Dieu et qui n’ont pas cet esprit qui enfle. — Saint Jean Chrysostome. (homél. 15).Ou bien le mot esprit signifie ici orgueil et volonté. Que des hommes soient humiliés malgré eux et par la force des circonstances, il n’y a ni mérite ni gloire ; aussi Notre-Seigneur ne proclame bienheureux que ceux qui s’humilient par le choix de leur volonté. Il veut ici couper et arracher jusqu’aux dernières racines de l’orgueil, comme étant lui-même la racine et la source de tous les maux. Il lui oppose l’humilité comme un fondement inébranlable sur lequel on lient bâtir avec solidité, tandis que si elle vient à crouler, tous les biens que vous aurez amassés tombent avec elle. — Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth). Notre-Seigneur dit ouvertement : " Bienheureux les pauvres d’esprit ", et il désigne par là les âmes humbles qui demandent toujours à Dieu l’aumône de sa grâce. Aussi on lit dans le grec : " Bienheureux les mendiants ou les nécessiteux ". Il en est plusieurs, en effet, qui sont naturellement humbles, mais qui ne le sont point par un principe de foi, parce qu’ils n’implorent pas le secours de Dieu. Le Sauveur ne veut parler ici que de ceux qui sont humbles en vertu de la foi. — Saint Jean Chrysostome. (homél. 15). Peut-être ici par les pauvres d’esprit, Notre-Seigneur entend-il ceux qui sont saisis de crainte et qui tremblent en présence des commandements de Dieu, comme Dieu le recommande par le prophète Isaïe. Mais qu’ont-ils de plus que ceux qui sont simplement humbles ? Ils possèdent la vertu d’humilité à un plus haut degré. — Saint Augustin. Que les orgueilleux désirent les royaumes de la terre, le royaume des cieux est pour les humbles. — Saint Jean Chrysostome. (Sur S. Matth). De même, en effet, que tous les vices conduisent à l’enfer, mais principalement l’orgueil, aussi toutes les vertus nous conduisent aux cieux, mais surtout l’humilité, car c’est une des récompenses propres à l’humilité que celui qui s’humilie soit élevé. — Saint Jérôme. Ou bien encore les pauvres d’esprit sont ceux qui par l’inspiration de l’Esprit saint embrassent la pauvreté volontaire. — Saint Ambroise. (des Offices, liv. 1, chap. 16). Au jugement de Dieu, le bonheur commence là où au jugement des hommes on ne trouve que misère et affliction. — La Glose. C’est avec justice que les richesses du ciel sont ici promises à ceux qui sont pauvres dans la vie présente.
4 Heureux les doux :
ils obtiendront la terre promise !
Saint Ambroise. (sur S. Luc, liv. 9, Tit. des béatit). Lorsque je serai parvenu à me contenter de la médiocrité, à être exempt de toutes sortes de maux, j’aurai encore à établir la règle dans mes mœurs. Que me servirait-il de renoncer aux biens de la terre, si je ne pratique pas la douceur ? Aussi le Sauveur ajoute-t-il : " Bienheureux ceux qui sont doux ". — Saint Augustin. (Serm. sur la mont., liv 1, chap. 3). Les hommes doux sont ceux qui cèdent devant les injustes dont ils sont victimes, qui ne font pas de résistance au mal, mais triomphent du mal par le bien. — Saint Ambroise.(sur S. Luc, liv. 4). Modérez donc les mouvements de votre âme, pour ne pas vous mettre en colère, ou du moins pour ne pas vous livrer à une colère coupable. Il est beau de soumettre à la raison les saillies du cœur, et il ne faut pas moins de vertu pour contenir la colère qui est souvent l’indice d’une âme énergique, que pour ne pas la ressentir du tout, ce qui ordinairement est le propre d’un caractère sans vigueur.
Saint Augustin. (serm. sur la mont). Que ceux qui ne connaissent pas la douceur, se querellent et soient en contestation pour les choses de la terre et du temps, mais " bienheureux ceux qui sont doux, parce qu’ils posséderont la terre ", d’où on ne pourra les arracher, cette terre dont il est dît au Ps 141 : " Mon partage est dans la terre des vivants ", c’est-à-dire dans un héritage permanent, éternel, où l’âme se repose par une sainte affection, comme dans le lieu qui lui est propre, de même que le corps se repose dans la terre, et où elle s’y nourrit de son aliment comme le corps se nourrit de la terre ; cet héritage est le repos et la vie des saints. — Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth). Ou bien cette terre, suivant l’opinion de quelques-uns est la terre des morts tant qu’elle reste dans l’état actuel, parce qu’elle est assujettie à la vanité, mais lorsqu’elle sera délivrée de la corruption, elle deviendra la terre des vivants et les mortels la recevront comme un héritage libre des atteintes de la mort. J’ai lu une autre explication, d’après laquelle le ciel que doivent habiter les saints est appelé terre des vivants, en ce sens que c’est le ciel par rapport à la région inférieure, et la terre comparativement au ciel supérieur. D’autres prétendent que cette terre c’est notre corps ; tant qu’il est soumis à la mort, c’est la terre des morts, mais il sera la terre des vivants, lorsqu’il deviendra semblable au corps glorieux de Jésus-Christ.
Saint Hilaire. (Can. 4 sur S. Matth). Ou bien Notre-Seigneur promet à ceux qui sont doux l’héritage de la terre, c’est-à-dire l’héritage de ce corps qu’il a choisi lui-même pour y habiter ; et puisque c’est à cause de la douceur de notre âme que le Christ habite en nous, il nous revêtira aussi de cet éclat dont son corps glorieux sera environné (Ph 3, 21).
Saint Jean Chrysostome. (hom. 15). Ou bien encore, le Christ mêle ici les promesses temporelles aux promesses spirituelles. Celui qui fait profession de douceur passe aux yeux du monde pour perdre tout ce qu’il possède. Jésus-Christ lui promet donc ici le contraire en l’assurant que celui qui est doux possède en sûreté ce qui lui appartient, tandis que celui qui est arrogant perd bien souvent et son âme et l’héritage de ses pères. Or, le Sauveur emprunte ici pour les mêler à son discours ces paroles du Roi prophète : " Ceux qui sont doux auront la terre en héritage ".
La Glose. Les hommes doux qui ont su se posséder eux-mêmes, posséderont plus tard l’héritage du Père céleste. Or, c’est une plus grande récompense de posséder cette terre que d’avoir simplement le royaume des cieux, car que de choses nous perdons dès que nous les avons.
5 Heureux ceux qui pleurent :
ils seront consolés !
Saint Ambroise. (sur S. Luc). Lorsque vous aurez acquis la pauvreté d’esprit et la douceur, souvenez-vous que vous êtes pécheurs, et pleurez vos péchés ; c’est la troisième des béatitudes : " Bienheureux ceux qui pleurent ". Il est juste, en effet, que la troisième bénédiction soit pour celui qui pleure ses péchés, puisque c’est la Trinité qui les pardonne. — Saint Hilaire. (Can. 4 sur S. Matth). Ceux dont il est ici question ne sont pas ceux qui pleurent les pertes, les injures ou les dommages qu’ils ont soufferts, mais ceux qui pleurent leurs péchés passés. — Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth). Ceux qui pleurent leurs propres péchés sont heureux, mais d’un bonheur limité ; beaucoup plus heureux sont ceux qui pleurent les péchés des autres, et tels devraient être tous ceux qui sont les maîtres et les docteurs de leurs frères. — Saint Jérôme. Les morts qu’il faut ici pleurer ne sont pas ceux qui ont payé le tribut à la commune loi de la nature, mais ceux qui sont comme ensevelis dans leurs péchés et dans leurs vices. C’est ainsi que Samuel pleura Saül (1 R 16) et saint Paul ceux qui n’avaient pas fait pénitence de leurs impuretés (cf. Ep 2, 15 ; Rm 6, 2 ; 1 P 2, 24).
Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth). La consolation de ceux qui pleurent, c’est que leurs larmes cessent de couler, et voilà pourquoi ceux qui pleurent leurs péchés seront consolés par le pardon que Dieu leur accordera. — Saint Jean Chrysostome. (homél. 15). Bien que ce pardon dût leur suffire, Dieu ne borne pas sa récompense à la rémission des péchés, mais il répand sur eux l’abondance de ses consolations, ici-bas et dans la vie future, car les récompenses divines surpassent toujours beaucoup les travaux qui les ont méritées.
Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth). Quant à ceux qui pleurent les péchés des autres, ils seront aussi consolés ; car lorsqu’ils verront dans l’autre vie se dérouler devant eux les desseins de la Providence divine, et qu’ils comprendront que ceux qui ont péri n’appartenaient pas à Dieu, dont la main ne se laisse jamais ravir ce qu’elle tient, ils cesseront de les pleurer, et trouveront leur joie dans leur propre bonheur. — Saint Augustin. (serm. sur la mont). Le deuil c’est la tristesse que nous fait éprouver la perte de ceux qui nous sont chers ; or ceux qui se convertissent à Dieu perdent ce qui leur était cher dans le monde, leurs joies changent alors de nature et d’objet ; mais tant que l’amour des choses éternelles ne vit pas dans leur cœur, il est comme blessé par je ne sais quelle tristesse. Ils seront donc consolés par l’Esprit saint qui s’appelle pour cela Paraclet, c’est-à-dire consolateur, et qui au moment où ils perdent une joie passagère, les enrichit d’une joie éternelle, qu’expriment ces paroles : " Ils seront consolés ".
La Glose. Par ce deuil on peut encore entendre deux sortes de tristesse, ayant pour cause, l’une les misères de ce monde, l’autre le désir du ciel : c’est en figure de cette vérité que la fille de Caleb demanda des champs qui fussent arrosés en haut et en bas (Jos 15, 19 ; Jg 1, 15). Cette tristesse n’est propre qu’à celui qui a l’esprit de pauvreté et de douceur, et qui n’aimant pas le monde, reconnaît sa misère, et par cette connaissance s’élève jusqu’au désir du ciel. C’est avec raison que la consolation est promise à ceux qui pleurent, et il est juste que la joie de l’autre vie compense la tristesse et les larmes de la vie présente. Or la récompense de celui qui pleure est plus grande que celle qui est donnée aux pauvres d’esprit et à ceux qui sont doux, car il vaut mieux se réjouir dans le royaume que de l’avoir et de le posséder simplement. Que de choses en effet nous avons et que nous possédons au milieu de la douleur !
Saint Jean Chrysostome. (hom. 15). Remarquez que c’est avec dessein que dans l’énoncé de cette béatitude, Notre Seigneur ne dit pas : " ceux qui sont dans la tristesse ", mais plus énergiquement " ceux qui pleurent, ceux qui sont dans les larmes ", et en cela il nous donne une leçon de haute sagesse, car si ceux qui pleurent la mort de leurs enfants ou des autres personnes qui leur sont chères, cessent pendant ce temps de désirer les richesses ou les honneurs, et sont insensibles aux outrages ou aux atteintes des passions, à combien plus forte raison doit-on voir ces heureux effets dans ceux qui pleurent leurs péchés.
6 Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice :
ils seront rassasiés !
Saint Ambroise. (sur S. Luc, liv. 4). Après que j’ai pleuré mes péchés, je commence à ressentir la faim et la soif de la justice, car ce n’est point au milieu d’une maladie grave qu’on éprouve cette faim. Notre-Seigneur ajoute donc : " Bienheureux ceux qui ont faim et soif de la justice ". — Saint Jérôme. Il ne nous suffit pas de vouloir la justice, mais il nous faut souffrir la faim de la justice, expression figurée qui doit nous faire comprendre que nous ne serons jamais assez justes, et que nous devons désirer toujours plus ardemment les œuvres de la justice. — Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth). Tout bien que les hommes ne font point par l’amour du bien lui-même n’a point de valeur aux yeux de Dieu. Or on a faim de la justice lorsqu’on désire vivre selon les règles de la justice divine ; on a soif de la justice lorsqu’on désire acquérir la science de Dieu.
Saint Jean Chrysostome. (hom. 15). La justice dont il est ici question est, ou la justice universelle, ou la justice particulière opposée à l’avarice. Le Sauveur va parler de la miséricorde, il nous enseigne par avance comment nous devons l’exercer ; ce ne doit pas être avec les produits de l’avarice ou du vol. C’est pour cela qu’il donne à la justice les caractères de l’avarice, la faim et la soif.
Saint Hilaire. (Can. 4 sur S. Matth). À ceux qui ont faim et soif de la justice, il promet le bonheur, et nous apprend ainsi que la pieuse avidité des Saints pour la doctrine divine sera complètement rassasiée dans les cieux ; c’est le sens de ces paroles : " Parce qu’ils seront rassasiés ". — Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth). Ils seront rassasiés de l’abondance des libéralités de Dieu, car les récompenses qu’il accorde aux Saints dépassent de beaucoup leurs désirs. — Saint Augustin. (serm. sur la mont). Ou bien peut-être ils seront rassasiés dans la vie présente de cette nourriture dont le Seigneur a dit : " Ma nourriture est de faire la volonté de mon Père ", (qui est la justice), et de cette eau dont il est dit qu’elle deviendra en celui qui l’aura bue une source d’eau qui rejaillit jusque dans la vie éternelle.
Saint Jean Chrysostome. (hom. 15). Peut-être même s’agit-il ici de récompense terrestre. Comme on pense communément que c’est l’avarice qui satisfait abondamment nos désirs, Notre-Seigneur attribue au contraire cet effet à la justice, car celui qui la désire possède tous les biens sans crainte de les perdre.
7 Heureux les miséricordieux :
ils obtiendront miséricorde !
La Glose. La justice et la miséricorde doivent être tellement unies ensemble, qu’elles se tempèrent mutuellement l’une par l’autre. La justice sans la miséricorde n’est que cruauté, et la miséricorde sans justice n’est que faiblesse. C’est pour cela que le Sauveur fait venir la miséricorde après la justice en disant : " Bienheureux les miséricordieux ". — Rémig. Le mot miséricordieux veut dire qui a pour ainsi parler le cœur des malheureux, parce que l’homme miséricordieux regarde comme sienne la misère d’autrui, et s’en afflige comme si elle lui était personnelle. — Saint Jérôme. Par miséricorde, il faut entendre ici celle qui non seulement se répand en aumônes, mais qui s’étend aux fautes de nos frères, et nous fait porter mutuellement les fardeaux les uns des autres. — Saint Augustin. (serm. sur la mont. liv. 1, chap. 2). Il proclame heureux ceux qui viennent au secours de l’infortune, et qui reçoivent en récompense la délivrance de leurs propres maux, comme il le déclare lui-même : " Parce qu’ils obtiendront eux-mêmes miséricorde ". — Saint Hilaire. (can. 4). Dieu se plaît tellement à voir en nous ce sentiment de bienveillance pour tous nos frères, qu’il ne promet sa miséricorde qu’à ceux-là seuls qui sont miséricordieux.
Saint Jean Chrysostome. (hom. 15). La récompense paraît ici être simplement égale au mérite, mais elle lui est bien supérieure, car il n’y a point de comparaison entre la miséricorde des hommes et la miséricorde de Dieu. — La Glose. C’est donc avec raison que Dieu fait miséricorde aux miséricordieux, et bien au-dessus de leurs mérites. Aussi de même que celui dont les désirs sont comblés et au delà, reçoit beaucoup plus que celui qui est simplement rassasié, ainsi la gloire des miséricordieux l’emporte sur la gloire des béatitudes précédentes.