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Matthieu 5, 8

 

8 Heureux les cœurs purs :

ils verront Dieu !

 

Saint Ambroise. (sur S. Luc). Celui qui fait miséricorde perd ses droits à la miséricorde divine, s’il n’a point agi avec un cœur pur, car s’il a cherché la vaine gloire dans les œuvres de miséricorde, il ne lui en revient aucun fruit ; aussi Notre-Seigneur ajoute : " Bienheureux ceux qui ont le cœur pur ". — La Glose. La pureté du cœur est placée convenablement en sixième lieu, car c’est le sixième jour que l’homme a été créé à l’image de Dieu, image qui avait été obscurcie en lui par le péché, et qui a été réparée par la grâce dans ceux qui ont le cœur pur. Cette béatitude vient parfaitement après les cinq premières, car sans les vertus qui précèdent, Dieu ne peut créer dans l’homme un cœur pur. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 45). Les cœurs purs dont parle ici le Sauveur sont ceux qui ont toutes les vertus et n’ont à se reprocher aucun mal, ou bien ceux dont la tempérance réprime les désirs sensuels, vertu absolument nécessaire pour voir Dieu, selon ces paroles de saint Paul (He 12) : " Efforcez-vous d’avoir la paix avec tout le monde, et de vivre dans la sainteté, sans laquelle personne ne peut voir Dieu ". Il en est beaucoup, en effet, qui sont miséricordieux, mais qui se livrent à l’impureté, et le Sauveur, pour leur montrer que la miséricorde ne suffit pas, exige de plus cette pureté du cœur.

Saint Jérôme. Dieu qui est pur, ne peut-être vu que par un cœur pur, car le temple de Dieu doit être sans souillure, c’est pour cela qu’il ajoute : Parce qu’ils verront Dieu ". — Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth). Celui qui veut et accomplit toute justice, voit Dieu des yeux de son âme, car la justice est l’image de Dieu, Dieu étant la justice par essence. Rappelons-nous donc que celui qui se sépare du mal et fait le bien, en vertu même de cet effort, voit Dieu plus ou moins, toujours ou par intervalles, autant qu’il est possible à la nature humaine. Mais dans l’autre vie, ceux qui ont le cœur pur verront Dieu face à face, et non pas comme ici-bas dans un miroir et sous des images obscures (cf. 1 Co 13, 12). — Saint Augustin. (serm. sur la mont). Il faut être insensé pour chercher à voir des yeux du corps Dieu qu’on ne peut voir que des yeux du cœur, ainsi qu’il est écrit ailleurs : " Cherchez-le dans la simplicité du cœur ", car le cœur simple, c’est le cœur pur. — Saint Augustin. (Cité de Dieu, liv. dern. chap. 29). Il est évident que si les yeux spiritualisés de notre corps n’ont pas plus de vertu que ceux que nous avons maintenant, ils ne pourront nous servir à voir Dieu.

Saint Augustin. (Liv. 1 de la Trinité, chap. 8 et 13). Cette vue de Dieu est la récompense de la foi, et c’est par la foi que Dieu nous y prépare en purifiant nos cœurs ainsi qu’il est écrit : " Purifiant leurs cœurs par la foi ". La preuve de cette vérité se trouve surtout dans cette maxime : " Bienheureux ceux qui ont le cœur pur, parce qu’ils verront Dieu ".

Saint Augustin. (sur la Genèse expliq. littéral., liv. 12, chap. 25). Aucun de ceux qui aspirent à voir Dieu ne doit vivre ici-bas de la vie périssable des sens ; s’il ne meurt radicalement à cette vie, soit en quittant tout-à-fait son corps, soit en devenant tellement étranger aux mouvements de la chair qu’il ne sache plus ainsi que l’apôtre, s’il est encore ou non avec son corps, il ne pourra jamais s’élever jusqu’à cette vision.

La Glose. La récompense est ici plus magnifique que dans les béatitudes précédentes ; c’est celle de l’homme qui non seulement est nourri dans la maison du roi, mais encore peut jouir de sa présence.

 

Matthieu 5, 9

 

9 Heureux les artisans de paix :

ils seront appelés fils de Dieu !

 

Saint Ambroise. (sur S. Luc, liv. 4). Lorsque vous aurez purifié votre intérieur de toutes les souillures du péché, commencez par établir la paix en vous, de sorte qu’il ne s’élève dans votre cœur ni dissensions ni troubles ; vous pourrez ainsi porter la paix plus facilement aux autres. C’est ce que signifient ces paroles : " Bienheureux les pacifiques ". — Saint Augustin. (Cité de Dieu, liv. 19, chap. 13). La paix est la tranquillité de l’ordre ; l’ordre est cette disposition qui donne aux choses ou semblables ou opposées la place qui leur convient. Il n’est personne qui ne désire le bonheur, personne aussi qui ne désire la paix ; et ceux mêmes qui veulent la guerre n’ont d’autre but que d’arriver par les armes à une paix glorieuse. — Saint Jérôme. Les pacifiques que le Sauveur proclame heureux sont ceux qui font régner la paix dans leur cœur, avant de la rétablir entre leurs frères divisés ; car que vous sert de pacifier les autres si vous souffrez que les vices se livrent mille combats dans votre âme ?

Saint Augustin. (serm. sur la mont. liv. 1, chap. 2 ou 3). Ceux qui sont pacifiques sont ceux qui règlent tous les mouvements de leur âme, les soumettent à la raison, tiennent sous le joug toutes les passions indomptées de la chair, et deviennent ainsi le royaume de Dieu. Dans ce royaume l’ordre y est tellement établi, que ce qu’il y a en nous de plus noble et de plus excellent commande à cette autre partie de nous-même qui résiste, et qui nous est commune avec les bêtes ; tandis que la partie supérieure, c’est-à-dire l’âme et la raison, est elle-même soumise à un être plus élevé, qui est la vérité et le Fils de Dieu. Nous ne pouvons commander à ce qui est au-dessous de nous, à moins d’être soumis à ce qui est au-dessus. Telle est la paix promise sur cette terre aux hommes de bonne volonté (Lc 2, 14). — Saint Augustin. (liv. 1, chap. 19). Personne cependant ne peut arriver en cette vie à détruire complètement dans ses membres cette loi qui combat contre la loi de l’esprit ; mais en domptant ici-bas les passions de la chair, les pacifiques se préparent à recevoir un jour la plénitude de la paix. — Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth). C’est se montrer pacifique envers les autres, non seulement de réconcilier les ennemis entre eux, mais encore d’oublier les injures par amour de la paix ; car la paix qui donne le bonheur n’est pas celle qui n’existe que sur les lèvres, mais celle qui repose dans le cœur, et ceux qui l’aiment sont vraiment les enfants de la paix.

Saint Hilaire. (Can. 12). Le bonheur des pacifiques, c’est la récompense de l’adoption que le Sauveur exprime par ces paroles : " Parce qu’ils seront appelés enfants de Dieu ". Dieu est le Père unique de tous les hommes, et nous ne serons dignes de faire partie de sa famille qu’en vivant ensemble dans la paix d’une charité toute fraternelle. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 15 sur Matth). Ou bien les pacifiques étant ceux qui ont horreur de la dispute, n’ont de haine contre personne, et de plus cherchent à réunir ceux qui sont divisés, c’est à juste titre qu’ils sont appelés fils de Dieu, car la mission propre du Fils unique de Dieu a été de réunir ce qui était dispersé et de pacifier les éléments les plus contraires. — Saint Augustin. (serm. sur la mont). Ou bien comme la perfection est dans la paix, là où rien ne résiste, les pacifiques sont appelés enfants de Dieu parce que rien ne résiste à Dieu ; d’ailleurs les enfants doivent ressembler à leur père. — La Glose. Les pacifiques sont donc revêtus d’une dignité qui surpasse toutes les autres, de même que le fils du roi est au-dessus de tous les autres dans la maison de son père. Cette béatitude est placée la septième, parce que c’est au jour du sabbat et du vrai repos que nous sera donnée la paix véritable lorsque les dix âges du monde seront écoulés.

 

Matthieu 5, 10

 

10 Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice :

le Royaume des cieux est à eux !

 

Saint Jean Chrysostome. (hom. 15). Notre-Seigneur voulant détruire cette pensée que c’est toujours un bien de rechercher pour soi la paix, ajoute : " Bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice, c’est-à-dire pour la vertu, pour la défense des autres, pour la piété ; car le Sauveur emploie ordinairement le mot justice pour exprimer toute vertu de l’âme. — Saint Augustin. (serm. sur la mont. liv. 1, chap. 2 ou 8). La paix une fois établie et affermie au-dedans de nous, quelles que soient les persécutions que soulève au dehors celui que nous avons chassé de notre âme (cf. Jn 12, 13), il ne fait qu’augmenter la gloire qui est selon Dieu. — Saint Jérôme. Le Sauveur ajoute cette expression significative : " Pour la justice ", car il en est beaucoup qui souffrent pour leurs péchés ; et qui sont loin d’être justes. Remarquez en même temps que cette huitième béatitude qui est comme l’octave de la vraie circoncision, a pour objet le martyre. — Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth). Il ne dit pas : " Bienheureux celui qui souffre persécution de la part des Gentils ", car vous pourriez penser que ce bonheur n’est promis qu’à celui qui est persécuté par les païens, parce qu’il refuse d’adorer leurs idoles. Celui donc qui souffre persécution de la part des hérétiques, pour défendre contre eux la vérité, a droit à ce bonheur parce qu’il souffre pour la justice. Et si un des puissants du monde qui sont chrétiens en apparence, vous persécute, parce que peut-être vous l’auriez repris de ses vices, estimez-vous heureux avec Jean-Baptiste. Car s’il est vrai que les prophètes mis à mort par leurs concitoyens ont été de vrais martyrs, on ne peut douter que celui qui souffre pour la cause de Dieu, bien que la persécution lui vienne des siens, ne reçoive aussi la récompense du martyre. Et c’est pourquoi l’Écriture n’a pas désigné la personne des persécuteurs, mais la cause seule de la persécution, afin que vous ne considériez pas quels sont ceux qui vous persécutent, mais la cause pour laquelle vous souffrez persécution.

Saint Hilaire. (Can. 4 sur S. Matth). Le Seigneur réserve donc pour la dernière béatitude, ceux dont le cœur est préparé à tout souffrir pour Jésus-Christ (qui est la justice). À eux aussi il promet le royaume des cieux, parce que le mépris du siècle les a rendus pauvres d’esprit. C’est pour cela qu’il ajoute : " Le royaume des cieux leur appartient ". — Saint Augustin. (serm. sur la mont., liv. 3,chap. 2 ou 9). Ou bien la huitième béatitude revient à la première comme à sa source, parce qu’elle la montre élevée à sa plus haute perfection. Aussi voyez, dans la première comme dans la huitième, se trouve nommé expressément le royaume des cieux. En effet les sept béatitudes sont les différents degrés de cette perfection ; la huitième lui donne le dernier trait et la montre dans tout son éclat, et la récompense de la première béatitude s’y trouve rappelée pour que ces deux degrés extrêmes communiquent leur perfection aux degrés intermédiaires. — Saint Ambroise. (sur S. Luc). Ou bien autrement, le royaume du ciel promis en premier lieu sera pour les saints l’affranchissement des liens du corps (cf. Ph 1, 25), le second qui suivra la résurrection, les réunira pour toujours à Jésus-Christ. C’est après la résurrection en effet, que vous commencerez à posséder la terre qui est à vous sans plus craindre la mort, et que vous trouverez la consolation dans cette possession paisible. Le plaisir suit la consolation, et il est suivi à son tour par la divine miséricorde, or Dieu ne peut faire miséricorde à quelqu’un sans l’appeler, et le fruit de cette vocation, c’est de voir Dieu qui nous appelle. Celui qui a vu Dieu a droit à son tour aux honneurs de la filiation divine, et c’est alors enfin que comme fils de Dieu il trouve sa joie dans les richesses du royaume des cieux. D’un côté donc le bonheur commence, de l’autre il est dans sa plénitude. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 15). Ne soyez pas surpris, si à chaque béatitude, il n’est pas fait mention du royaume des cieux, car ces expressions : " Ils seront consolés, ils obtiendront miséricorde ", et autres semblables, sont autant d’insinuations mystérieuses du royaume des cieux. En s’exprimant ainsi le Sauveur veut que l’objet de votre espérance n’ait rien de sensible, car on n’est pas heureux quand on n’a pour récompense que des choses qui passent avec cette vie.

Saint Augustin. (serm. sur la mont. liv. 1, chap. 3). Il faut étudier avec soin le nombre de ces béatitudes. Nous voyons en effet les sept opérations de l’Esprit saint décrites par Isaïe (Is 11), correspondre aux sept degrés des béatitudes, mais avec cette différence, que le prophète suit une marche opposée dans l’énumération, parce qu’il nous montre le Fils de Dieu descendant jusque dans l’abîme de notre misère, et qu’ici nous voyons l’homme montant de cet abîme jusqu’à la ressemblance de Dieu. Le premier des dons de l’Esprit saint est la crainte qui est le propre des âmes humbles dont il est dit : " Bienheureux les pauvres d’esprit ", c’est-à-dire ceux qui ne se nourrissent pas de hautes pensées, mais qui se tiennent dans la crainte (cf. Rm 11, 20 ; 12, 16). Le second est la piété qui convient à ceux qui sont doux, car celui qui cherche avec piété fait profession de respect, il ne s’érige pas en censeur, il ne résiste pas, ce qui constitue la vertu de douceur. Le troisième est la science, qui se rapporte à ceux qui pleurent, car ils savent dans quelle dure captivité les retiennent ces maux, qu’ils avaient demandés comme des biens. Le quatrième est la force, qui convient à ceux qui ont faim et soif, parce qu’en cherchant leur joie dans les véritables biens, ils font tous leurs efforts pour se détacher des choses de la terre. Le cinquième est le conseil, qui se rapporte aux miséricordieux, car l’unique remède pour échapper à tant de maux, c’est de pardonner et d’être charitable. Le sixième est l’intelligence qu’ont en partage ceux qui ont le cœur pur, et dont l’œil purifié pénètre ce qu’ils ne pouvaient voir auparavant. La septième est la sagesse, qui est le propre des pacifiques dans l’âme desquels n’existe aucun mouvement de révolte, mais ou tout est soumis à l’esprit. Il n’y a qu’une seule récompense, c’est le royaume des cieux qui reçoit diverses dénominations. Il est expressément nommé et avec raison dans la première béatitude qui est le commencement de la divine sagesse, comme s’il était dit : " Le commencement de la sagesse est la crainte du Seigneur ". À ceux qui sont doux est promis l’héritage, comme à des enfants dont la piété filiale cherche le testament de leur père ; à ceux qui pleurent la consolation, parce qu’ils savent ce qu’ils ont perdu, et dans quels maux ils sont plongés ; à ceux qui ont faim l’abondance, comme aliment réparateur, après les fatigues endurées pour le salut ; à ceux qui sont miséricordieux, la miséricorde parce qu’ils se sont ménagé sagement le bénéfice de l’indulgence dont ils ont fait preuve à l’égard des autres ; à ceux qui sont purs la faculté de voir Dieu, car, eux seuls ont un œil capable de voir et de comprendre les choses éternelles ; à ceux qui sont pacifiques, la ressemblance avec Dieu. Or toutes ces promesses peuvent s’accomplir en cette vie comme nous croyons qu’elles se sont réalisées dans les apôtres ; car aucune parole ne saurait exprimer l’objet des promesses éternelles.

 

Matthieu 5, 11-12

 

11 Heureux serez-vous si l'on vous insulte, si l'on vous persécute et si l'on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi.

12 Réjouissez-vous, soyez dans l'allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux ! C'est ainsi qu'on a persécuté les prophètes qui vous ont précédés.

 

Raban Maure. Les maximes précédentes avaient une application générale, Jésus-Christ s’adresse ici personnellement à ceux qui l’écoutent, et il leur prédit les persécutions qu’ils auraient à supporter pour son nom. " Vous serez heureux " leur dit-il, " lorsque les hommes vous maudiront et vous persécuteront et diront toute espèce de mal contre vous ". — Saint Augustin. (serm. sur la mont., liv. 1, chap. 3 ou 9). On peut demander quelle différence existe entre maudire et dire toute espèce de mal, parce que maudire c’est justement dire du mal ; nous répondrons qu’il y a une différence entre maudire et outrager quelqu’un en face, et déchirer sa réputation en son absence. Quant au mot persécuter, il signifie user de violence contre quelqu’un, ou lui tendre des embûches.

Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth). S’il est vrai que celui qui donne à son frère un verre d’eau ne perd pas sa récompense, par la même raison celui qui aura supporté la plus légère parole outrageante, ne peut manquer d’être récompensé. Mais pour que les imputations injurieuses lui donnent droit à ce bonheur, il faut deux choses, qu’elles soient fausses, et qu’il les souffre pour la cause de Dieu ; si l’une des deux conditions manque, il ne peut espérer la récompense de cette béatitude, aussi le Sauveur ajoute-t-il : " Mentant à cause de moi ". — Saint Augustin. (serm. sur la mont). Je présume que ces mots ont été ajoutés pour ceux qui veulent se glorifier des persécutions qu’ils souffrent et du déshonneur qui s’attache justement à leur réputation, et qui prétendent faire partie des disciples de Jésus-Christ, parce qu’ils sont en butte à mille discours injurieux. Mais c’est à tort, car ces discours ne sont que l’expression de la vérité quand ils ont pour objet leurs erreurs, et si parfois on les accuse à faux, ce n’est nullement pour Jésus-Christ qu’ils le souffrent.

Saint Grégoire le Grand. (sur Ézéchiel). Qui pourra donc nous nuire, si les hommes nous discréditent, et que nous n’ayons pour nous défendre que le témoignage de notre conscience ? Cependant si nous ne devons pas, de dessein prémédité, exciter contre nous la langue de ceux qui veulent entamer notre réputation, pour ne pas les pousser eux-mêmes à leur perte ; une fois que leur méchanceté les arme contre nous, il faut le supporter patiemment pour augmenter notre mérite, et c’est ce que le Sauveur nous recommande en ajoutant : " Réjouissez-vous et tressaillez de joie, parce que votre récompense est abondante dans les cieux ". — La Glose. Que votre âme se réjouisse, que votre corps lui-même tressaille d’allégresse. parce que votre récompense non seulement est grande comme celle des autres, mais parce qu’elle est abondante dans les cieux.

Saint Augustin. (serm. sur la mont). Je ne pense pas que les cieux désignent ici les parties supérieures de ce monde visible, car ce n’est pas dans les choses extérieures que nous devons placer notre récompense ; par les cieux il faut donc entendre ici le firmament spirituel qu’habite l’éternelle justice. On peut déjà pressentir cette récompense quand on place sa joie dans les biens spirituels, mais cette jouissance ne sera parfaite, que lorsque ce corps mortel aura revêtu l’immortalité. (1 Co 15, 54) — Saint Jérôme. Si nous voulons que notre récompense se prépare dans les cieux, nous devons donc nous réjouir et tressaillir d’allégresse, ce que ne pourra jamais faire celui qui est esclave de la vaine gloire. — Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth). En effet, autant on met sa joie dans les louanges des hommes, autant on s’attriste de leurs mépris ; mais celui qui ne désire que la gloire des cieux, ne craint nullement les opprobres de la terre. — Saint Grégoire le Grand. (sur Ézéchiel). Nous devons cependant mettre un frein quelquefois aux langues des calomniateurs, de peur qu’en répandant leur venin contre nous, ils ne viennent à corrompre les âmes innocentes que nous aurions pu porter au bien par nos discours.

La Glose. Ce n’est pas seulement par la perspective de la récompense, mais par la puissance de l’exemple qu’il les invite à la patience. " C’est ainsi ajoute-t-il qu’ils ont persécuté les prophètes qui étaient avant vous ". — Rémig. C’est une grande consolation en effet pour celui qui se trouve dans la tribulation, de se rappeler les souffrances de ceux qu’on lui donne comme un exemple de patience, c’est comme si le Sauveur disait : " Souvenez-vous que vous êtes les apôtres de celui dont ils furent les prophètes ". — Saint Jean Chrysostome. (hom. 15). Il déclare aussi par ces paroles qu’il est égal en honneur à son Père, car il semble dire : " De même qu’ils ont souffert pour mon Père, ainsi vous souffrirez pour moi ". En leur disant : " Les prophètes qui furent avant vous ", il leur apprend qu’ils sont devenus prophètes eux-mêmes. — Saint Augustin. (serm. sur la mont). La persécution est prise ici dans un sens général, et signifie tous les discours outrageants, et toutes les atteintes à la réputation.

 

Matthieu 5, 13

 

13 « Vous êtes le sel de la terre. Si le sel se dénature, comment redeviendra-t-il du sel ? Il n'est plus bon à rien : on le jette dehors et les gens le piétinent.

 

Saint Jean Chrysostome. (hom. 15). Après avoir donné à ses disciples d’aussi sublimes préceptes, le Sauveur prévient cette difficulté : comment pourrons-nous les observer, en les attirant par ses louanges et en leur disant : " Vous êtes le sel de la terre ". Par là il leur apprend que c’est une nécessité pour eux de garder ces préceptes, car ce n’est pas, leur dit-il, pour vous, ce n’est pas pour une seule nation, c’est pour le monde entier que je vous envoie. Si donc en le touchant au vif, vous en recevez des injures, réjouissez-vous, car c’est une des propriétés du sel de piquer tout ce qui est d’une nature tendre et molle ; la malédiction des hommes ne peut vous nuire en rien, elle atteste au contraire la vertu qui est en vous.

Saint Hilaire. (can. 4). Il nous faut ici chercher le sens propre des mots, et nous le trouverons dans la mission des apôtres, et dans la nature du sel. Le sel qui est d’un usage universel chez tous les peuples, communique l’incorruptibilité à tous les corps sur lesquels on le répand, et il est très propre à faire ressortir dans toutes choses leur saveur cachée. Or les apôtres sont les prédicateurs des choses célestes, et ils répandent sur toutes choses le sel de l’éternité. C’est à juste titre qu’ils sont appelés le sel de la terre, parce que la vertu de leur doctrine, comme un sel divin conserve les corps pour l’éternité.

Rémig. Le contact de l’eau, la chaleur du soleil, le souffle du vent, donnent au sel une autre nature ; ainsi les hommes apostoliques ont reçu une naissance toute spirituelle et ont été changés en d’autres hommes par l’eau du baptême, par le souffle de l’Esprit saint et par le feu de la charité. On peut dire encore que la sagesse céleste prêchée par les Apôtres, absorbe les humeurs des œuvres charnelles, fait disparaître l’odeur infecte et la corruption d’une mauvaise vie et le ver des pensées impures dont le prophète a dit : " Leur ver ne meurt pas " (Is 66, 24). — Rémig. Les Apôtres sont le sel de la terre, c’est-à-dire des hommes terrestres qui sont appelés terre, parce que toute leur affection est pour la terre. — Saint Jérôme. Ou bien encore les Apôtres sont appelés le sel de la terre, parce que c’est par eux que le genre humain est conservé. — Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth., homél. 10 de l’ouv. incompl). Dès qu’un docteur est orné de toutes les vertus dont nous avons parlé, il est comme un sel excellent, et son exemple comme sa parole sont pour tout le peuple un céleste assaisonnement.

Rémig. Sous l’ancienne loi, on ne pouvait offrir aucun sacrifice sans l’avoir assaisonné de sel, ce qui signifiait que personne ne peut offrit un sacrifice agréable à Dieu sans avoir en lui la saveur de la sagesse divine. — Saint Hilaire. Cependant comme l’homme est sujet au changement, après avoir appelé les Apôtres le sel de la terre, il leur apprend qu’ils doivent conserver la vertu de la puissance qui leur a été confiée, en ajoutant : " Si le sel perd sa force, avec quoi pourra-t-on le saler ? " — Saint Jérôme. C’est-à-dire si un docteur tombe dans l’erreur, par quel autre docteur pourra-t-il être repris ? — Saint Augustin. (serm. sur la mont) Et si vous, qui devez être comme l’assaisonnement des peuples, vous perdez le royaume des cieux par la crainte des persécutions temporelles, quels seront les hommes qui pourront vous guérir de vos erreurs ? Une autre version porte : " Si le sel est devenu insipide et comme insensé ", et elle signifie qu’il faut regarder comme des insensés, ceux qui par la recherche trop vive des biens temporels, ou par la crainte d’en être dépouillés, perdent les biens éternels que les hommes ne peuvent ni donner ni enlever.

Saint Hilaire. (can. 4). Or si les docteurs devenus insensés cessent d’avoir la vertu du sel, et si ne possédant plus le sens du goût qu’ils avaient reçu, ils ne peuvent rendre la vie à ce qui est corrompu, ils deviennent inutiles comme l’ajoute le Sauveur : " Il ne vaut plus rien qu’à être jeté dehors et foulé aux pieds par les hommes ". — Saint Jérôme. Cet exemple est emprunté à l’agriculture. Le sel ne sert absolument qu’à dessécher les viandes et à assaisonner les aliments. Aussi nous voyons dans l’Écriture le sel semé par la colère des vainqueurs sur des villes détruites, afin qu’aucune semence ne pût y fructifier. — La Glose. Lorsque ceux qui sont placés à la tête des autres viennent à faillir, ils ne sont bons qu’à être jetés dehors et privés du pouvoir d’enseigner. — Saint Hilaire.(can. 4). Il ne suffit pas même qu’ils soient chassés de l’office de l’Église, il faut qu’ils soient foulés aux pieds des passants. — Saint Augustin. (serm. sur la mont). Ce n’est pas celui qui souffre persécution qui est foulé aux pieds par les hommes, mais celui à qui la crainte de la persécution fait perdre le sens. On ne peut être foulé aux pieds que lorsqu’on est placé au-dessous. Or on n’est jamais au-dessous de personne, bien que le corps soit en butte sur la terre à de mauvais traitements, lorsque par le cœur on habite dans le ciel.

 

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