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5. — Premiers conflits de Jésus avec les Pharisiens et les Scribes.

Mc 2.1–3.6.

Après les manifestations de l’amour, viennent les manifestations hostiles. Nous allons en effet assister aux premiers conflits de Jésus avec ses ennemis, les Scribes et les Pharisiens. L’Évangéliste va raconter successivement, dans ce second chapitre et dans les six premiers versets du troisième, quatre épisodes qui décriront l’origine de la lutte en Galilée et les premiers combats.

a. Le paralytique et le pouvoir de remettre les péchés.

Mc 2.1-12. — Parall. Mt 9.1-8 ; Lc 5.17-26.

Quelques jours après, il entra de nouveau dans Capharnaüm ;
Et iterum intravit Capharnaum post dies,
Καὶ πάλιν είση̃λθεν είς Καπερναοὺμ δι’ ήμερω̃ν Καὶ ήκούσθη ότι είς οί̃κον έστίν

2.1. — Et iterum… Cet « iterum » fait allusion au V. 21 du chapitre précèdent. Jésus, après la grande course apostolique esquissée plus haut, regagne donc son centre d’action. Mais Capharnaüm se transforme aussitôt pour lui en un champ de bataille. — Post dies ; en grec δι’ ήμερω̃ν, la préposition διὰ ayant le sens de « post ». Cette formule est très vague et indique simplement, sans rien préciser, qu’un certain nombre de jours s’étaient écoulés depuis que Jésus avait quitté sa ville d’adoption. Elle équivaut à la phrase latine « interjectis diebus ». C’est par suite d’une interpolation évidente que plusieurs manuscrits grecs et latins portent : Après huit jours. Ce serait une contradiction avec les détails donnés plus haut, 1.38,39.

et on apprit qu’il était dans une maison, et il s’y rassembla un si grand nombre de personnes, que l’espace même qui était devant la porte ne pouvait les contenir ; et il leur prêchait la parole.
et auditum est quod in domo esset, et convenerunt multi, ita ut non caperet neque ad januam, et loquebatur eis verbum.
καὶ εύθὲως συνήχθησαν πολλοὶ ώστε μηκέτι χωρει̃ν μηδὲ τὰ πρὸς τὴν θύραν καὶ έλάλει αύτοι̃ς τὸν λόγον

2.2. — Auditum est… Selon sa coutume, saint Marc, avant de raconter le fait principal, décrit d’abord en peu de mots les circonstances préliminaires. Il est vraiment dramatique dans ce verset, ou plutôt il l’est dans toute cette narration, car il dépasse saint Luc lui-même par la vivacité des couleurs. — Bien que Jésus eût affecté de voyager depuis quelque temps en secret, Mc 1.45, et qu’il eût probablement choisi la nuit pour rentrer à Capharnaüm, le bruit de son arrivée ne tarda pas à se répandre. Un parfum peut-il rester caché ? — Quod in domo esset. Plusieurs manuscrits grecs ont έν οίκω̣ (B, D. L, Sinaït.) ; la plupart ont néanmoins έις οίκόν avec l’accusatif, et telle est selon toute apparence la leçon primitive. C’est là une sorte de construction prégnante équivalant à « quod in domum rediisset[188] » Les classiques employaient aussi cette tournure, et les Allemands disent de même : Et ist in’s Haus. — La maison en question était celle de saint Pierre, ou bien celle que Jésus, d’après divers exégètes, aurait louée à Capharnaüm pour y demeurer dans l’intervalle de ses voyages. — Convenerunt multi. Un grand concours se forme en un instant dans l’intérieur et aux abords de la maison. Un trait graphique, particulier au second Évangile, montre d’une manière saisissante jusqu’à quel point l’assemblée ainsi formée était nombreuse : Ita ut non caperet… La pensée est claire, bien que la phrase de la Vulgate soit à peu près incompréhensible dans ce passage. L’Évangéliste veut dire que non seulement les appartements intérieurs furent bientôt envahis par la foule, mais que les alentours de la porte, à l’extérieur, regorgeaient eux-mêmes de visiteurs. Voici maintenant le texte grec : ώστε μηκέτι χωρει̃ν μηδὲ τὰ πρὸς τὴν θύραν, « ita ut jam non caperent nec quæ ad januam », ou plus littéralement encore en français : À tel point que les environs mêmes de la porte ne pouvaient plus contenir personne. L’expression τὰ πρὸς τὴν θύραν (sous-entendu μέρη) est synonyme de τα πρόθυρα, et désigne, d’après les anciens auteurs, le vestibule extérieur des maisons, une sorte de cour habituellement murée qui les séparait de la rue (« quæ sunt ante ianuas vestibula[189] » ; « locus ante januam domus vacuus per quem a via aditus accessusque ad ædes est[190] »). Il y a donc dans la description un « a fortiori » très énergique ; car si la cour extérieure était elle-même complètement remplie par la foule, à coup sûr il ne devait pas y avoir une seule place libre dans les appartements. Comme Jésus était alors aimé de ce bon peuple ! — Loquebatur eis verbum ; en grec, τόν λόγον avec l’article, la parole, c’est-à-dire la parole par excellence, l’Évangile. Et l’auditoire toujours grossissant écoutait avec ravissement.

Alors quelques-uns vinrent, lui amenant un paralytique, qui était porté par quatre hommes.Et comme ils ne pouvaient le lui présenter à cause de la foule, ils découvrirent le toit de la maison où il était, et y ayant fait une ouverture, ils descendirent le grabat sur lequel le paralytique était couché.
Et venerunt ad eum ferentes paralyticum, qui a quatuor portabatur.Et cum non possent offerre eum illi præ turba, nudaverunt tectum ubi erat : et patefacientes submiserunt grabatum in quo paralyticus jacebat.
καὶ έρχονται πρὸς αύτὸν παραλυτικὸν φέροντες αίρόμενον ύπὸ τεσσάρων καὶ μὴ δυνάμενοι προσεγγίσαι αύτω̣̃ διὰ τὸν όχλον άπεστέγασαν τὴν στέγην όπου η̃ν καὶ έξορύξαντες χαλω̃σιν τὸν κράϐϐατον έφ’ ώ̃ ό παραλυτικὸς κατέκειτο

2.3 et 4. — Après la mise en scène, nous passons à l’épisode proprement dit. Quatre hommes (détail omis par les autres Évangélistes) s’avancent, portant sur leurs épaules une couchette, sur laquelle est étendu un pauvre paralytique dont ils viennent demauder la guérison au divin Thaumaturge. Mais l’entrée de la maison est entièrement obstruée par la foule ; il leur est impossible de pénétrer jusqu’auprès de Jésus. Que faire ? Attendre que la multitude se soit dispersée ? Non, leur foi et celle du malade leur suggère un moyen plus rapide. — Nudaverunt tectum. Pour comprendre cette opération et celles qui vont suivre, il faut se souvenir que la scène se passe en Orient, et que les maisons orientales diffèrent notablement de nos habitations européennes. D’abord les toits sont plats et communiquent avec la rue par un escalier ou par une échelle. Ils sont formés d’une litière de roseaux ou de branchages étendus sur la charpente, d’une couche de terre jetée par dessus cette couche végétale, et enfin, le plus souvent du moins, quoiqu’il y ait des exceptions à cette règle, d’une garniture de briques reliées ensemble avec de l’argile ou du mortier. Ajoutons qu’habituellement ils sont peu élevés au-dessus du sol. Cela posé, il est facile de concevoir 1° comment les porteurs purent hisser le paralytique sur le toit ; 2° la manière dont ils réussirent, sans faire de bien grands dégâts, à y percer une ouverture suffisante pour que le malade, toujours étendu sur son grabat, pût passer à travers ; 3° comment il leur fut possible de descendre leur ami jusqu’aux pieds de Jésus[191]. On lit dans le Talmud de Babylone[192], qu’un Rabbin étant mort, on ne put faire passer son cercueil par la porte de la maison. On fut contraint de le monter sur le toit, d’où on le descendit ensuite dans la rue. C’est le rebours de notre histoire, dont la possibilité se trouve par là-même confirmée. — Ubi erat. On a pensé parfois que ces mots désignaient l’ύπερώον ou chambre haute de la maison, parce que les Rabbins choisissaient volontiers cet appartement pour y donner leurs leçons ; mais c’est une conjecture peu probable, soit parce que toutes les habitations n’étaient pas munies d’une chambre haute, soit parce qu’il est plus conforme au contexte de dire que Jésus était alors au rez-de-chaussée. — Patefacientes : le grec est plus énergique, έξορύξαντες, « quum effodissent ». — Submiserunt, mieux « submittunt », χαλω̃σι, au temps présent aimé de saint Marc. — Grabatum. En grec κράϐϐατον : c’est une de ces expressions latines grécisées par saint Marc, dont nous avons parlé dans la Préface, § IV, 3. Les anciens appelaient grabat « un lit petit et bas du genre le plus commun[193], semblable à ceux dont se servait le pauvre peuple, n’ayant qu’un réseau de cordes étendu sur un châssis[194] pour supporter le matelas[195] ».

Jésus, ayant vu leur foi, dit au paralytique : « Mon fils, tes péchés te sont remis ».
Cum autem vidisset Jesus fidem illorum, ait paralytico : Fili, dimittuntur tibi peccata tua.
ίδὼν δὲ ό 'Iησου̃ς τὴν πίστιν αύτω̃ν λέγει τω̣̃ παραλυτικω̣̃ Τέκνον άφέωνται σοι αί άμαρτίαι σου

2.5. — Quum vidisset… fidem eorum. Cette foi était vive et profonde, comme venait de le montrer la conduite qu’elle avait inspirée. Elle avait renversé tous les obstacles ; aussi Jésus lui accorde-t-il aussitôt la récompense qu’elle méritait. — Fili, τέκνον, douce parole qui dût aller au cœur du malade, et lui annoncer que ses vœux étaient exaucés. Elle ne prouve pas qu’il fût plus jeune que Jésus, car elle est prise ici au moral, de même qu’en un grand nombre de passages classiques. « Sæpius τέκνον est blandientis et excitantis vocabulum[196] ». Le mot de saint Luc, άνθρωπε, est plus froid ; saint Matthieu a τέκνον, comme saint Marc. — Dimittuntur tibi peccata. Voir dans l’Évang. selon saint Matthieu, Mt 9.2, le motif spécial pour lequel Jésus tint au paralytique ce langage, qui semble tout d’abord ne pas se rapporter à la situation. Les anciens étaient d’ailleurs portés à regarder le mal si terrible et si soudain de la paralysie comme le châtiment de péchés secrets ou publics. — Ces mots du Sauveur forment le nœud de l’épisode, car ce sont eux qui vont occasionner le conflit avec les Scribes.

Or, il y avait là quelques scribes assis, qui pensaient dans leurs coeurs :« Pourquoi cet homme parle-t-il ainsi ? Il blasphème. Qui peut remettre les péchés, si ce n’est Dieu seul ? »
Erant autem illic quidam de scribis sedentes, et cogitantes in cordibus suis :Quid hic sic loquitur ? blasphemat. Quis potest dimittere peccata, nisi solus Deus ?
η̃σαν δέ τινες τω̃ν γραμματέων έκει̃ καθήμενοι καὶ διαλογιζόμενοι έν ται̃ς καρδίαις αύτω̃ν Τί ού̃τος ούτως λαλει̃ βλασφημὶας τίς δύναται άφιέναι άμαρτίας εί μὴ εί̃ς ό θεός

2.6 et 7. — Erant autem illic… D’après saint Luc, il y avait aussi des Pharisiens dans l’assemblée, indépendamment des Scribes. De plus, ils étaient venus les uns et les autres « ex omni castello Galilææ et Judææ et Jerusalem », Lc 5.17. Ils étaient donc là d’une manière pour ainsi dire officielle, en vue d’épier le Sauveur. — Cogitantes in cordibus suis. Ils formèrent tous le même jugement téméraire ; toutefois, il ne l’exprimèrent pas au-dehors. La promptitude avec laquelle Jésus répondit à leurs pensées les plus secrètes ne leur laissa pas le temps de se les communiquer. Cf. le V. 8. La locution « Cogitare in corde » est un hébraïsme : d’après la psychologie des anciens Hébreux, le cœur était regardé comme le siège et le centre des opérations intellectuelles. — Quid hic sic loquitur, ού̃τος ούτω. « Hic » est dédaigneux ; « sic » est pris en mauvaise part : de cette manière coupable. — Blasphemat. Les Rabbins juifs, s’appuyant sur Lv 24.15,16, distinguaient deux sortes de blasphème : le plus grief, qui était puni de mort, supposait une profanation ouverte du nom divin ; l’autre existait toutes les fois qu’on avait dit quelque chose d’outrageant pour Dieu, mais sans prononcer son saint nom[197]. C’est de ce dernier blasphème qu’ils durent accuser Jésus, puisqu’il n’avait proféré aucun des noms divins.

Jésus, connaissant aussitôt, par son esprit, qu’ils pensaient ainsi en eux-mêmes, leur dit : « Pourquoi avez-vous ces pensées dans vos coeurs ?
Quo statim cognito Jesus spiritu suo, quia sic cogitarent intra se, dicit illis : Quid ista cogitatis in cordibus vestris ?
καὶ εύθὲως έπιγνοὺς ό 'Iησου̃ς τω̣̃ πνεύματι αύτου̃ ότι ούτως διαλογίζονται έν έαυτοι̃ς εί̃πεν αύτοι̃ς Τί ταυ̃τα διαλογίζεσθε έν ται̃ς καρδίαις ύμω̃ν

2.8. — Quo statim cognito. Le Sauveur se plaint d’abord de l’injustice de ses adversaires. Pourquoi formez-vous sans raisons de tels jugements ? leur demande-t-il. Il ne l’ignorait point, le raisonnement qu’ils appuyaient sur ses paroles n’était nullement inspiré par un vrai zèle pour la gloire de Dieu, mais par la jalousie et le mauvais vouloir. — Spiritu suo. Expression emphatique : « per se, non alio eum docente », Patrizi. Saint Marc a l’intention évidente de montrer que Jésus lisait au fond des cœurs et qu’il y découvrait les impressions les plus cachées. Les Prophètes avaient parfois une science semblable, mais elle leur était communiquée par l’Esprit de Dieu. Jésus la possède au contraire par son propre esprit : donc il est Dieu.

Lequel est le plus aisé de dire au paralytique : Tes péchés te sont remis ; ou de dire : Lève-toi, prends ton grabat, et marche ?Or, afin que vous sachiez que le Fils de l’homme a sur la terre le pouvoir de remettre les péchés (il dit au paralytique) :Je te l’ordonne, lève-toi, prends ton grabat, et va dans ta maison ».
Quid est facilius dicere paralytico : Dimittuntur tibi peccata : an dicere : Surge, tolle grabatum tuum, et ambula ?Ut autem sciatis quia Filius hominis habet potestatem in terra dimittendi peccata (ait paralytico),tibi dico : Surge, tolle grabatum tuum, et vade in domum tuam.
τί έστιν εύκοπώτερον είπει̃ν τω̣̃ παραλυτικω̣̃ Άφέωνταί σοί αί άμαρτίαι ή είπει̃ν ̋Eγειραι καὶ ά̃ρον σου τὸν κράϐϐατον καὶ περιπάτει ίνα δὲ είδη̃τε ότι έξουσίαν έχει ό υίὸς του̃ άνθρώπου άφιέναι έπὶ τη̃ς γη̃ς άμαρτίας λέγει τω̣̃ παραλυτικω̣̃ Σοὶ λέγω έγειραι καὶ ά̃ρον τὸν κράϐϐατον σου καὶ ύπαγε είς τὸν οί̃κόν σου

2.9-11. — Le divin Maître fait maintenant une argumentation invincible contre les Scribes. Ceux-ci lui ont fourni la majeure de son syllogisme : Qui, à part Dieu, est capable de remettre les péchés ? Il pose lui-même la mineure : Moi, je puis remettre les péchés ; et il la prouve par un grand miracle. Là conclusion est évidente, bien qu’elle ne soit pas exprimée : Donc, j’agis au nom de Dieu, ou mieux encore : Donc, je suis Dieu[198]. Pour l’explication des détails, voir Mt 9.4-6, et le commentaire. — Quid est facilius… Voici une excellente pensée de Victor d’Antioche sur les paroles de Jésus : « Quel est le plus facile ? dire ou agir ? Le premier, évidemment, attendu que le résultat n’est soumis à aucun contrôle. Eh bien ! puisque vous refusez d’ajouter foi à une simple assertion, j’y vais associer les faits, qui serviront de preuve à ce qui ne tombe pas sous les sens ». — Filius hominis. Cette expression importante et mystérieuse est employée quatorze fois par le second Évangéliste. Son origine et sa signification ont été discutées dans l’Évangile selon saint Matthieu, p. 161 et s.[199] — Ait paralytico. Parenthèse ouverte par saint Marc entre deux paroles de Jésus, afin de mieux éviter toute amphibologie. Le pronom tibi du V. 11 est ainsi nettement déterminé. Le Sauveur, qui s’était adressé aux Scribes dans les versets précédents, se retourne tout à coup vers le malade, pour prononcer la parole de salut que celui-ci attendait avec foi.

Et aussitôt il se leva, et ayant pris son grabat, il s’en alla en présence de tous, de sorte qu’ils furent tous dans l’admiration, et qu’ils rendaient gloire à Dieu, en disant : « Jamais nous n’avons rien vu de semblable ».
Et statim surrexit ille : et, sublato grabato, abiit coram omnibus, ita ut mirarentur omnes, et honorificent Deum, dicentes : Quia numquam sic vidimus.
καὶ ήγέρθη εύθὲως, καὶ άρας τὸν κράϐϐατον έξη̃λθεν έναντίον πάντων ώστε έξίστασθαι πάντας καὶ δοξάζειν τὸν θεὸν λέγοντας ότι ούδέποτε Ούτως είδομεν

2.12. — Et statim surrexit… La scène est pour ainsi dire photographiée, tant elle est vivante et détaillée. On voit le paralytique se dresser sur son séant, sauter promptement à bas de sa couchette, la charger sur ses épaules et s’en aller coram omnibus. Comme tous les regards devaient être rivés sur lui ! — Ita ut mirarentur… L’admiration est universelle, ou plutôt, suivant l’énergie du texte grec (ώστε έξίστασθαι πάντας, cf. Lc 5.26), c’est une sorte d’extase qui s’empare de toute l’assistance, tant le miracle a été frappant dans ses différentes circonstances ! — Et glorificarent Deum. Du fait surnaturel dont elle vient d’être témoin, la pieuse foule remonte aussitôt à Dieu, l’auteur de tout don parfait. Ainsi donc, les Scribes accusaient Jésus de blasphème, et voilà qu’au contraire il avait porté le peuple à glorifier le Seigneur. — Les Juifs se sont autrefois excusés, dans leur Talmud, de n’avoir pas cru en Jésus parce qu’il n’avait pas le pouvoir de remettre les péchés : « Penes eum non erat potestas remittendi peccata nostra, nos ergo eum repudiavimus[200] ». L’excuse est-elle bien valable ? — Voyez d’anciennes représentalions artistiques de la guérison du paralytique[201].

b. Vocation de saint Matthieu.

Mc 2.13-22. — Parall. Mt 9.9-17 ; Lc 5.27-39.

Les trois synoptiques insistent sur ce fait, à cause de sa grande importance au point de vue du salut messianique. Il contenait une profonde leçon soit pour les juifs, soit pour les païens. Un publicain, un excommunié, Apôtre de Jésus ! Personne ne doit donc désespérer d’être sauvé. — À la vocation de Lévi, saint Marc, de même que les auteurs du premier et du troisième Évangile, rattache un nouvel exemple de l’opposition maligne des Pharisiens contre Jésus. Il nous montre ces adversaires acharnés cherchant et trouvant partout des occasions de conflit.

1) Le publicain Lévi appelé par Jésus.
Mc 2.13-14.

Jésus, étant de nouveau sorti du côté de la mer, toute la foule venait à lui, et il les enseignait.
Et egressus est rursus ad mare, omnisque turba veniebat ad eum, et docebat eos.
Καὶ έξη̃λθεν πάλιν παρὰ τὴν θάλασσαν· καὶ πα̃ς ό όχλος ήρχετο πρὸς αύτόν καὶ έδίδασκεν αύτούς

2.13. — Egressus est rursus. Jésus sort de Capharnaüm où nous l’avions vu entrer au début de ce chapitre, V. 4. L’adverbe « rursus » retombe sur les mots suivants, ad mare, et nous rappelle qu’une fois déjà (cf. Mc 1.16) Notre-Seigneur était allé sur le rivage du lac. Celte nouvelle sortie aura le même résultat que la première, car elle aboutira, elle aussi, au choix d’un nouvel apôtre. Il n’est question de la mer que dans le récit de saint Marc : le concours du peuple auprès de Jésus, les intructions que le divin Maître lui donna avec son zèle accoutumé, sont également des traits intéressants qui appartiennent en propre à notre Évangéliste.

Et tandis qu’il passait, il vit Lévi, fils d’Alphée, assis au bureau du péage, et il lui dit : « Suis-moi ». Et se levant, il le suivit.
Et cum præteriret, vidit Levi Alphæi sedentem ad telonium, et ait illi : Sequere me. Et surgens secutus est eum.
καὶ παράγων εί̃δεν Λευὶν τὸν του̃ ̔Αλφαίου καθήμενον έπὶ τὸ τελώνιον καὶ λέγει αύτω̣̃ Άκολούθει μοι καὶ άναστὰς ήκολούθησεν αύτω̣̃

2.14. — Et cum præteriret. Le sermon fini, Jésus continue sa promenade sur les bords du lac, et il fait en un clin d’œil la conquête d’un Apôtre. — Vidit. Les hommes s’étudient mutuellement avant de s’unir par des liens durables ; à Jésus un regard suffit, ses yeux pénétrants jusqu’au fond des coeurs ! — Levi Alphæi, c’est-à-dire fils d’Alphée, selon le sens ordinaire de cette tournure hébraïque. La mention du père de Lévi est encore une particularité que nous devons à saint Marc. Qu’était cet Alphée ? On l’ignore totalement : il paraît certain du moins qu’il ne faut pas le confondre, comme on l’a fait quelquefois, avec le père de saint Jacques le Mineur[202]. Quant à Lévi, dont le nom était si célèbre chez les Hébreux (לוי, intimité, cf. Gn 27.34), on a toujours généralement admis qu’il ne diffère pas de saint Matthieu[203]. L’identité des deux personnages n’a été que très rarement contestée dans l’antiquite : elle l’est à peine de nos jours. Cf. Mt 9.9 et le Commentaire. Lévi était l’ancien nom, Matthieu fut la dénomination nouvelle, qui indique le grand changement par lequel le publicain avait été transformé tout d’un coup en Apôtre du Christ. — Sequere me ! Jésus, dit admirablement Victor d’Antioche, reconnaît la perle qui gît dans la boue, il la ramasse et fait admirer au monde son éclat. — Secutus est eum. La perle, dirons-nous pour continuer cette belle image, se laisse volontiers enchâsser par le divin joaillier.