Ressources Catholiques Bible

précédent

Leçon 2 – Mt 26, 17‑25

[26, 17]

2635. LE PREMIER JOUR DES AZYMES. [Matthieu] traite alors de l’institution du sacrement et, parce que les réalités nouvelles succèdent aux anciennes (comme il est dit en Lv 26, 10 : Lorsque des réalités nouvelles arriveront, vous rejetterez les anciennes), il traite d’abord de l’ancien et, en second lieu, du nouveau.

À propos du premier point, il fait deux choses : premièrement, la préparation de la Pâque est présentée ; deuxièmement, l’annonce anticipée d’un traître est présentée, en cet endroit : TANDIS QU’ILS MANGEAIENT, etc. [26, 21].

À propos du premier point, [Matthieu] indique d’abord le temps ; en second lieu, la préparation du repas ; en troisième lieu, l’institution du sacrement.

2636. [Matthieu] dit donc : LE PREMIER JOUR DES AZYMES. Ici pourrait être soulevée une objection, car ce jour était le premier jour de la Pâque, et il semble que cela s’oppose à ce qui est dit en Jn 13, 1 : Avant le jour de la Pâque, etc. Les Grecs disent que Matthieu, Luc et Marc se sont trompés et que Jean les a corrigés, car [la préparation] se fit avant le jour de la Pâque. Ils disent donc que le Seigneur a souffert à la quatorzième lune et qu’il fit le repas à la treizième. Ils disent ainsi que le Seigneur a [utilisé] non pas du pain azyme, mais du pain avec du levain. Et ils essaient de justifier cela par de nombreux arguments. Premièrement, il est dit, en Jn 18, 28, qu’ils n’entrèrent pas afin de ne pas être contaminés et de pouvoir manger la Pâque, de sorte qu’ils devaient manger la Pâque le jour de la passion. Un autre de leurs arguments est que les femmes préparèrent les aromates ; ainsi, etc. Mais cela ne peut pas être le cas, car le Seigneur n’a pas enfreint les cérémonies : en effet, on ne trouve pas qu’il ait anticipé la Pâque, mais on trouve que celle-ci ait été prolongée. Et à supposer qu’elle ait été anticipée, cela ne va pas dans le sens des Grecs, car il est écrit que la Pâque devait être mangée avec des azymes et des herbes des champs. Si donc il avait agi autrement, il aurait agi contre la loi. Ainsi donc, selon ce que disent les trois évangiles, cela a eu lieu à la quatorzième lune, et il était alors nécessaire de manger la Pâque.

2637. Que faut-il donc répondre à ce que dit Jean : Avant la fête de la Pâque ? Il faut dire que c’était la coutume qu’on fasse débuter le jour à partir du soir [précédent], et ainsi le jour de la Pâque commençait le soir [précédent]. On lit ceci en Ex 12, 18 : Le quatorzième jour, le soir, vous célébrerez la Pâque. Et, à partir de ce moment-là, on ne trouvait plus de pain avec du levain dans les maisons des Juifs jusqu’au vingt et unième jour. De sorte que si nous comptons à partir du soir de la quatorzième lune, la préparation fut faite avant le jour de la Pâque, mais c’était cependant la quatorzième lune. Jean appelle donc ce jour [le jour] des azymes, et le jour de Pâque, la quinzième lune.

2638. Si tu dis en second lieu qu’ils n’entrèrent pas au prétoire, etc., Chrysostome en apporte ainsi la solution : il dit que le Seigneur n’a rien omis des observances de la loi. Il a donc mangé la Pâque à la quatorzième lune. Mais ces grands [prêtres] désiraient ardemment tuer le Christ ; pour cette raison, ils reportèrent [de manger la Pâque]. Ils ne [la] célébrèrent donc pas, et cela, à l’encontre de la loi. Ou bien, par la Pâque, on entend les pains azymes, ce qu’on disait à propos des femmes, selon Augustin, parce qu’elles faisaient beaucoup de solennités. Mais le sabbat était une célébration plus solennelle. C’est pourquoi il n’était pas permis de préparer des aliments le jour du sabbat, ce qui était cependant permis aux autres fêtes, mais non pas le jour du sabbat. Ainsi, il arriva alors que la fête de la Pâque tomba un vendredi, puis suivit le sabbat. Ils [la] préparèrent donc et ils se reposèrent le jour du sabbat. Nous pouvons donc dire que [le Seigneur] célébra la Pâque à la quatorzième lune.

2639. La préoccupation des disciples suit : LES DISCIPLES S’APPROCHÈRENT DE LUI ET LUI DIRENT : « OÙ VEUX-TU QUE NOUS TE PRÉPARIONS DE QUOI MANGER LA PÂQUE ? » Premièrement, l’interrogation est présentée ; deuxièmement, l’ordre [de Jésus] ; troisièmement, l’accomplissement [de l’ordre].

[Matthieu] dit : LES DISCIPLES S’APPROCHÈRENT. Mais quels disciples ? Rémi dit que Judas [s’approcha] docilement afin de cacher sa trahison. Toutefois, le pape Léon dit que les autres aussi. « OÙ VEUX-TU QUE NOUS TE PRÉPARIONS DE QUOI MANGER LA PÂQUE ? » Par cela, il est indiqué que le Christ n’avait pas là de maison, ni aucun membre de son entourage ; sa pauvreté est donc signalée. Ainsi, plus haut, 8, 20 : Le Fils de l’homme n’a aucun endroit où poser sa tête.

[26, 18]

2640. IL DIT. Ici est présenté l’ordre [de Jésus] : premièrement, il annonce l’hôte ; deuxièmement, la passion ; troisièmement, il demande un endroit pour tenir le repas.

[Le Seigneur] dit donc : ALLEZ À LA VILLE, CHEZ UN TEL. Vous devez remarquer qu’il n’était pas reçu dans une ville, mais à Béthanie. Mais que veut dire : UN TEL ? Augustin dit que le Seigneur a donné un nom précis, mais parce qu’il n’était pas nécessaire de le nommer, Matthieu a omis de le nommer. Chrysostome dit que [le Seigneur] dit : « Allez chez un tel », c’est-à-dire chez n’importe qui, car il voulait montrer sa puissance afin que [les disciples] ne soient pas troublés par [sa] passion. En effet, sa renommée était si répandue qu’il était déjà décidé que celui qui le recevrait le ferait en-dehors de la synagogue. Il voulait donc laisser entendre qu’on ne le recevrait pas sans changer son cœur. Pr 21, 1 : Le cœur du roi est dans la main du Seigneur, et celui-ci l’orientera dans le sens qu’il voudra.

2641. ET DITES-LUI, etc. Il annonce d’avance la passion afin que [les disciples] ne soient pas troublés. C’est pourquoi il dit : [MON] TEMPS, non pas n’importe lequel, mais celui qui a été déterminé par le Père. Il parle de cette manière en Jn 7, 6 : Mon temps n’est pas encore venu, mais votre temps est toujours prêt. « C’EST CHEZ TOI QUE JE VAIS FAIRE LA PÂQUE », c’est-à-dire que je célébrerai le repas pascal chez toi. Et il ajoute : AVEC MES DISCIPLES, pour montrer qu’il ne le ferait pas d.une manière cachée, mais publique. Selon Chrysostome, il dit cela parce qu’il voulait qu’on prépare suffisamment de nourriture pour lui-même et les disciples.

Mais pourquoi lui-même a-t-il célébré [la Pâque], alors que nous ne devons pas la célébrer ? Parce qu’il est dit en Jn 13, 15 : Je vous ai donné un exemple afin que ce que j’ai fait, vous le fassiez vous aussi. À cela Augustin répond que, « de même que le Christ a souffert afin de nous racheter de la mort, de même a-t-il a voulu observer la loi afin de nous délier de la loi ».

[26, 19]

2642. LES DISCIPLES FIRENT COMME JÉSUS LE LEUR AVAIT ORDONNÉ, etc. On trouve quelque chose de semblable en Ex 24, 3 : Nous ferons tout ce que le Seigneur a ordonné.

[26, 20]

2643. Ensuite, il est question du repas : LE SOIR VENU, IL ÉTAIT À TABLE AVEC SES DOUZE DISCIPLES. Il est dit : LE SOIR, parce que, comme l’ordonne Ex 12, 18 : À la quatorzième lune, le soir, vous célébrerez la Pâque. Ou bien, LE SOIR, parce que [Jésus] allait vers son couchant, Za 14, 7 : Et au moment du soir, il y aura de la lumière. Ou bien, la véritable mort du Christ est indiquée, c’est-à-dire sa fin : en effet, le soir est la fin du jour.

[26, 21]

2644. ET TANDIS QU’ILS MANGEAIENT, IL DIT…, etc. Ici est présentée l’annonce anticipée de celui qui le trahirait : premièrement, il le désigne par son entourage ; deuxièmement, d’autorité ; troisièmement, de sa propre voix. Le second point [se trouve] en cet endroit : IL RÉPONDIT, etc. [26, 23] ; le troisième, en cet endroit : TU L’AS DIT [26, 25].

À propos du premier point, l’annonce anticipée est présentée ; deuxièmement, l’effet : ILS FURENT ATTRISTÉS [26, 22].

Il dit donc : ALORS QU’ILS MANGEAIENT, IL LEUR DIT : « EN VÉRITÉ, JE VOUS LE DIS, L’UN DE VOUS ME LIVRERA. » EN VÉRITÉ : il affirme, car il disait quelque chose d’important : « L’UN DE VOUS, que j’ai choisis pour être les colonnes de l’Église. » Si 6, 10 : L’ami partage la table, et il n’est pas là au jour du besoin. Et en Jr 9, 4 : Ne fais confiance à aucun de tes frères.

[26, 22]

2645. Puis vient ensuite l’effet, et il y a un double effet : la tristesse et le doute. Pour ce qui est de la tristesse, [Matthieu] dit : ILS FURENT ATTRISTÉS. Pourquoi ? Ils s’attristaient de la mort du Christ, car il était amer pour eux d’être privés d’un tel chef, d’un tel patron. Ils s’attristaient aussi d’un tel crime à venir. Jr 9, 1 : Qui donnera une fontaine de larmes à mes yeux ?

Ensuite est présenté le doute : CHACUN SE MIT À DIRE. Mais pourquoi doutaient-ils ? Est-ce que chacun n’était pas certain de lui-même ? Réponse : les disciples avaient reçu l’enseignement que les hommes sont très prompts au péché. Ainsi l’Apôtre dit en 1 Co 10, 12 : Celui qui est debout, qu’il prenne garde de tomber ! Ils doutaient aussi parce qu’ils croyaient davantage en lui qu’en leur propre conscience. Cela ressemble à ce qui est dit en 1 Co 4, 4 : Ma conscience ne me reproche rien, mais je ne suis pas justifié pour autant.

[26, 23]

2646. IL RÉPONDIT : « CELUI QUI MET LA MAIN DANS LE PLAT, CELUI-LÀ ME TRAHIRA. » Ici est présentée l’annonce anticipée sous forme de prophétie. Premièrement, [Matthieu] présente l’annonce prophétique anticipée ; deuxièmement, la nécessité de la passion ; troisièmement, la condamnation du traître.

2647. [Matthieu] dit donc : IL RÉPONDIT. On peut interpréter ainsi Ps 40[41], 10 : Celui qui mangeait mon pain a accumulé contre moi les manœuvres. CELUI QUI MET LA MAIN DANS LE PLAT [paropsis]. Marc dit : Dans le bassin. On appelle « plat » [paropsis] un contenant carré, ayant pour ainsi dire des côtés égaux [paria]. Le « bassin » est un récipient de terre cuite pour recueillir les breuvages. Ainsi, dans les « bassins » étaient déposés les breuvages, et dans les « plats », les [aliments] solides. Les deux pouvaient donc se trouver là. Ou bien, l’on parlait d’un plat, qu’on appelait bassin en raison de sa fonction.

2648. Et pourquoi dit-il : CELUI QUI MET LA MAIN DANS LE PLAT ? Il faut dire que c’était la coutume chez les anciens que plusieurs mangent dans un même plat, et peut-être utilisaient-ils un récipient. Étonnés, tous retirèrent donc la main, sauf Judas, afin de se disculper davantage. C’était donc une façon de parler qui prêtait au doute, car il mettait la main en même temps que tous les autres. [Le Seigneur] ne voulut donc pas le mettre à découvert de crainte qu’il ne devienne davantage pécheur. Ou bien, on peut dire qu’ils étaient assis deux à deux, et que [Judas] s’était placé près de lui pour l’amener. Mais plusieurs ne sont pas amenés par l’amitié.

2649. LE FILS DE L’HOMME S’EN VA COMME IL EST ÉCRIT DE LUI. « Pourquoi dis-tu que tu l’as livré ? » [Le Seigneur] dit : « LE FILS DE L’HOMME S’EN VA », à savoir, de sa propre volonté. Il s’est offert parce qu’il l’a voulu, comme il est écrit en Is 53, 7. La passion avait donc été prédite par les prophètes, comme on le lit en Lc 24, 27 : En commençant par Moïse et tous les prophètes, il leur expliqua toutes les Écritures qui parlaient de lui. Et ainsi, rien ne nuit au Fils de l’homme, car il arrive ce qu’il a lui-même décidé. Mais on dira : « S’il s’en va de sa propre volonté, il ne faut donc pas l’imputer à Judas. » Bien au contraire, faut-il répondre, car il faisait par une volonté mauvaise ce que le Fils faisait volontairement.

2650. C’est pourquoi viennent ensuite les peines : MALHEUR À L’HOMME PAR QUI LE FILS DE L’HOMME EST LIVRÉ ! Comme plus haut, 17, 7 : Il est nécessaire qu’arrivent des scandales, mais malheur à l’homme par qui le scandale arrive ! La grandeur de la peine est abordée : IL AURAIT MIEUX VALU QU’IL NE FÛT PAS NÉ. De cela vient une occasion d’erreur. En effet, certains disent qu’une peine n’est pas imposée à qui n’existe pas ; ils disent donc qu’il aurait été tout simplement mieux qu’il n’existe pas, ce qui va à l’encontre de l’Apôtre, Rm 9. De sorte que, selon Jérôme, il faut dire que [le Seigneur] parle selon la manière commune de parler : il aurait moins nui, il subirait un moindre tourment s’il n’était pas né. Cela semble correspondre à ce qui est dit en Qo 4, 2 : J’ai fait l’éloge des morts plutôt que des vivants. Mais cela va à l’encontre d’Augustin, dans le livre Sur le libre arbitre. Du fait qu’il n’y a rien, cela ne peut être choisi. De même, le fait que nous choisissions est plus proche de la félicité. Mais le fait qu’on n’existe pas n’est pas plus proche de la félicité.

2651. Que faut-il donc dire ? Est-ce que quelqu’un peut choisir plutôt de ne pas exister que d’être soumis à une peine ? Ne pas exister peut donc s’entendre de deux façons : en soi ou par comparaison à autre chose. En soi, je dis que cela ne peut être choisi, comme le dit Augustin, mais par comparaison à autre chose, cela peut être choisi, comme le dit Jérôme. En effet, [ne pas exister] n’est pas quelque chose [qui existe] par nature, mais est perçu comme quelque chose par la perception de l’âme, comme le fait de ne pas être assis. Or, le choix porte sur ce qui est perçu. De sorte qu’être privé d’un mal est perçu comme un bien. Ainsi, si on choisit [cela] non pas en soi, mais en tant que cela exclut le mal, on choisit donc, comme le dit le Philosophe. Par cela, la réponse au second point est claire. [Le Seigneur] dit donc que ce qui s’éloigne le plus du mal est perçu comme plus rapproché de la félicité. Ainsi, pour un homme pris de fièvre, être exempt de fièvre semble être une félicité, car il semble ne pas être dans les souffrances. Il est donc mieux de ne pas être que d’être dans les souffrances.

[26, 25]

2652. JUDAS, CELUI QUI LE TRAHISSAIT, LUI RÉPONDIT : « SERAIT-CE MOI, MAÎTRE ? » Il faut remarquer qu’il dit cela par simulation ; ainsi, en tardant à poser la question, il avait indiqué qu’il était triste, mais il simulait. De même, les autres l’appellent « Seigneur », mais lui, « Maître ». Toutefois, [Jésus] était les deux, Jn 13, 13 : Vous m’appelez Maître et Seigneur, et vous avez raison, car je le suis.

[LE SEIGNEUR] LUI RÉPONDIT : « TU L’AS DIT. » Remarquez la mansuétude du Seigneur. Plus haut, 11, 29 : Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur, et cela, afin de nous donner un exemple de mansuétude. Il dit donc : « TU L’AS DIT », à savoir : « Tu l’as confessé. » Ou bien : « Tu dis cela, je ne l’affirme pas ; mais toi, tu le dis. » Ce n’est donc pas la parole de qui affirme. En effet, il ne voulait pas le dévoiler, comme s’il disait : « Je ne l’affirme pas, mais toi, tu le dis. »

 

Leçon 3 – Mt 26, 26

[26, 26]

2653. Plus haut, l’évangéliste a présenté la célébration de l’ancienne Pâque ; ici, l’institution du sacrement de l’autel est présentée : premièrement, le sacrement est institué ; deuxièmement, le scandale à venir des disciples [est présenté], en cet endroit : ALORS JÉSUS LEUR DIT : « VOUS TOUS, VOUS ALLEZ SUCCOMBER À CAUSE DE MOI » [26, 31].

À propos du premier point, il fait deux choses : premièrement, le sacrement pascal est institué ; deuxièmement, [il prononce] l’hymne d’action de grâce, en cet endroit : APRÈS AVOIR DIT L’HYMNE, ILS PARTIRENT VERS LE MONT DES OLIVIERS [26, 30].

À propos du premier point, il fait deux choses : premièrement, l’institution du sacrement est présentée sous l’espèce du pain ; deuxièmement, sous l’espèce du vin, en cet endroit : PRENANT UNE COUPE, IL RENDIT GRÂCE, etc. [26, 27].

2654. À propos du premier point, [Matthieu] aborde d’abord les gestes du Christ ; en second lieu, ses paroles, en cet endroit : PRENEZ ET MANGEZ : CECI EST MON CORPS [26, 26].

Pour ce qui est des gestes, cinq choses doivent être notées : premièrement, le moment est présenté ; deuxièmement, la matière [du sacrement] est désignée ; troisièmement, la bénédiction ; quatrièmement, la fraction ; cinquièmement, la communion ou distribution.

2655. Le moment est abordé lorsqu’il dit : TANDIS QU’ILS MANGEAIENT, etc., c’est-à-dire tandis qu’ils étaient en train de prendre le repas du soir, qu’ils dînaient. Et pourquoi l’a-t-il institué durant le repas lui-même, et non avant ? Il y a une double raison. Parce que le Seigneur voulait que celui-ci succède à l’ancien sacrement, comme la vérité à la figure. C’est pourquoi il a institué le nouveau [sacrement] après l’institution de l’ancien sacrement. Lv 26, 10 : À l’arrivée du neuf vous rejetterez l’ancien. C’était aussi pour une autre raison : il voulait qu’il soit fixé dans [leur] mémoire. En effet, ce qu’on entend au dernier moment se fixe plus nettement dans la mémoire. Lm 3, 19 : Souviens-toi de ma pauvreté et de ma faute, de l’absinthe et du fiel.

2656. Pourquoi donc l’Église a-t-elle établi que les hommes devaient recevoir ce sacrement à jeun ? Il faut dire que c’est par respect pour le sacrement. En effet, il est convenable qu’il soit reçu avant la nourriture. Et cela doit s’entendre du même jour. En effet, comme le jour commence au milieu de la nuit, on ne doit rien prendre depuis le milieu de la nuit jusqu’à la réception de ce sacrement. Mais certains se sont demandé si, en entrant dans la bouche, quelque chose empêche l’absorption du sacrement, par exemple, si l’on boit de l’eau. Il faut comprendre qu’il y a un double jeûne : le jeûne de l’Église et le jeûne naturel. Boire de l’eau ne rompt pas le jeûne de l’Église, mais rompt le jeûne naturel, car même si l’eau ne nourrit pas par elle-même, elle nourrit avec d’autres choses. Et vous devez comprendre qu’on prend de l’eau et on boit si on se lave la bouche et avale une goutte par accident. Il ne faut cependant pas la rejeter pour cette raison ; elle est plutôt considérée comme de la salive.

À propos de la nourriture, je dis la même chose : si l’on mange de l’anis et qu’il en reste quelque chose entre les dents, et si on l’avale par accident, il ne faut pas pour autant le rejeter. De même, certains se font une obligation de conscience de ne pas le recevoir s’ils n’ont pas dormi. Cela n’a pas sa place, car cela ne vient pas d’une disposition de l’Église. Aussi cela n’a-t-il pas d’importance qu’on dorme ou qu’on ne dorme pas.

2657. JÉSUS PRIT DU PAIN, etc. Ici est touchée la matière [du sacrement]. Il faut remarquer que, sous un aspect, ce sacrement se rattache à l’Ancien Testament comme la vérité à la figure. Le sacrement [de l’Ancien Testament] était pris comme nourriture parce que le commandement était qu’on devait manger un agneau ; le sacrement [nouveau], qui est pris à sa place, doit se prendre comme une nourriture. De même que cet agneau-là était une véritable nourriture, de même cet agneau-ci [l’est-il]. Jn 6, 56 : Ma chair est vraiment une nourriture. L’opinion de ceux qui affirmaient que le Christ n’était là que sous un signe est donc fausse, car, s’il en était ainsi, qu’est-ce que ce signe aurait de plus qu’un autre ? Le signe [de l’Ancien Testament] n’était qu’un signe, mais celui-ci est à la fois figure et vérité.

2658. Mais n’est-ce pas un manque de respect de la part de quelqu’un de manger le corps du Christ ? Il faut dire que cette nourriture diffère des autres nourritures, car les autres nourritures sont changées en notre corps ; ce serait donc un manque de respect si le Christ était ainsi changé. Mais il n’en est pas ainsi ; c’est plutôt le contraire, comme dit Augustin : « Tu ne me changeras pas en toi, mais tu seras changé en moi. »

Ce sacrement est donc la fin et la perfection de tous les sacrements. La raison en est que l’être par essence est la fin et la perfection des choses qui existent par participation : les autres sacrements contiennent le Christ par participation, mais dans celui-ci le Christ existe selon sa substance. C’est pourquoi Denys dit qu’il n’y a aucun sacrement qui ne soit accompli dans l’eucharistie. Si un adulte est baptisé, on doit lui donner l’eucharistie. [Le Christ] doit être pris en nourriture afin que la vérité réponde à la figure.

2659. Et pourquoi [n’est-il] pas pris sous sa propre espèce ? Une raison tient au mérite de la foi, car la foi à laquelle la raison humaine apporte l’expérience n’a pas de mérite. C’est aussi pour que soient épargnés ceux qui le prennent, car ce n’est pas la coutume de manger de la chair humaine. De même, c’est pour le défendre contre la dérision des infidèles.

Et pourquoi sous une telle espèce ? Parce qu’il a voulu qu’il soit célébré par tous partout dans le monde. Il a donc voulu leur donner une matière qui soit commune à tous. Or, la nourriture commune des hommes est le pain, et la boisson commune est le vin. C’est ainsi que le pain et le vin constituent la nourriture principale, et qu’une autre [nourriture] est plutôt comme une préférence particulière. De même, en est-il pour les autres sacrements : pour l’onction, on ne prend pas n’importe quelle huile, mais [une huile] commune, qu’on dit être l’huile de plusieurs oliviers. Ainsi l’unité de l’Église [se réalise-t-elle] par la multitude des fidèles. Il apparaît aussi que nos sacrements sont plus anciens que les sacrements de l’ancienne loi, car les sacrements de l’ancienne loi ont débuté avec Moïse et Aaron, mais les sacrements de la nouvelle loi ont débuté avec Melchisédech, qui offrit à Abraham du pain et du vin. C’est pourquoi on dit que le Christ est devenu prêtre selon l’ordre de Melchisédech, Ps 109[110], 4.

2660. Ensuite, il est question de la bénédiction, et cette bénédiction porte sur trois choses : sur la matière, car il a béni le fruit de la terre, par quoi est signifié que la malédiction d’Adam a été annulée par le Christ, alors que [le Seigneur] lui avait dit, Gn 3, 17 : Que la terre soit maudite pour ton travail…Elle te donnera des épines et des chardons. De même porte-t-elle sur ce qui était contenu [dans ce sacrement], c’est-à-dire le Christ, plus haut, 21, 9 : Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Elle porte encore sur le fruit du sacrement, car par lui seront bénis les fidèles, et l’on passe ainsi de la tête aux membres. Pr 10, 6 : La bénédiction du Seigneur descend sur la tête du juste.

2661. Ensuite est abordée la fraction [du pain] : IL LE ROMPIT, et cela signifie trois choses. Premièrement, cela signifie le mystère de la passion à venir, car, dans la passion, les membres ont été percés, conformément à Ps 21[22], 17 : Ils ont percé mes mains et mes pieds, ils ont compté tous mes os. Et ceci a eu lieu parce qu’il l’a lui-même voulu. Is 53, 7 : Il a été immolé parce qu’il l’a voulu. Cela signifie aussi que, rompue, [la matière] passe de l’unité à la multiplicité ; elle signifie donc l’incarnation, car, alors que le Verbe de Dieu était simple, il est venu dans cette multiplicité, sans abandonner sa simplicité. De même indique-t-il l’effet qu’il entraîne pour chacun, car, selon l’Apôtre, 1 Co 12, 4, les grâces sont réparties, mais l’Esprit est unique.

2662. La distribution est aussi présentée : IL LE DONNA À SES DISCIPLES. Si 29, 33 : Avec ce que tu as en main, nourris chacun. Et il dit : [SES] DISCIPLES, car ce sacrement ne doit être donné à personne qui ne soit baptisé. De même que ne l’accomplirait pas un prêtre s’il n’était consacré, de même [ce sacrement] ne doit-il être administré qu’à un baptisé. Aussi ne doit-il être donné qu’aux fidèles ; bien plus, il ne doit pas être permis aux infidèles de voir ce sacrement. C’est ainsi que, dans l’Église primitive, alors que les catéchumènes étaient nombreux, ils étaient accueillis dans l’église jusqu’à l’évangile, puis ils en étaient renvoyés.

2663. De même, lorsqu’il dit : À SES DISCIPLES, on se demande si Judas y était. Tous disent que [le Seigneur] le donna en même temps à tous, même à Judas, et cela afin de le ramener du péché par sa douceur. C’était aussi afin de donner à l’Église l’enseignement que, aussi longtemps qu’un pécheur est occulte, il ne doit pas être empêché de recevoir ce sacrement : en effet, les hommes n’ont pas à juger des choses occultes. Hilaire dit ici que Judas n’était pas là, puisqu’il était déjà parti. Il veut le démontrer par ce qui est dit en Jn 13, 25, lorsque les disciples demandèrent : Qui te trahira ? [Jésus] leur répondit : Celui à qui je donnerai la bouchée que je trempe. [Hilaire] montre donc que [Judas] était déjà parti. Mais il faut plutôt accepter ce que les autres disent.

2664. IL DIT : « PRENEZ ET MANGEZ, CECI EST MON CORPS. » Ici sont présentées les paroles, et par ces paroles, il fait trois choses : premièrement, il exhorte à recevoir ; deuxièmement, à manger ; troisièmement, il fait connaître la vérité.

[Le Seigneur] dit : PRENEZ ET MANGEZ. Ce qu’il dit : PRENEZ, doit être mis en rapport avec la réception spirituelle, car [ce sacrement] ne doit être pris qu’avec foi et charité. Jn 6, 55 : Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi en lui. Il incite aussi à manger : MANGEZ, non seulement spirituellement, mais aussi sacramentellement. Ct 5, 1 : Amis, mangez et buvez ! Il indique aussi la réalité : CECI EST MON CORPS. La forme du sacrement est contenue dans ces paroles, qui sont des paroles du Seigneur, car le sacrement se réalise par les paroles du Seigneur. De sorte que si la parole d’Élie a eu une telle puissance qu’elle fit descendre le feu du ciel, à bien plus forte raison la parole de Dieu pourra-t-elle changer un corps en un autre.

2665. On se demande alors si la puissance se trouve dans les paroles. Il n’est pas douteux qu’il en soit ainsi. Aussi est-il dit en Ps 57[58], 34 : Il a fait de sa voix une voix puissante. Qo 8, 4 : Sa parole est remplie de puissance. Le prêtre agit donc au nom du Christ et n’emploie pas [ces] paroles en son nom propre, mais au nom du Christ. Mais quelle est cette efficacité ? Comment est-elle si grande ? Certains disent qu’il n’y a là aucune efficacité, mais seulement la puissance du Christ, qui est là présent. Mais il ne semble pas, car les sacrements de la loi nouvelle réalisent ce qu’ils représentent. Mais quelle efficacité a-t-il exercée ? Il faut dire qu’il existe une cause active principale, qui agit par une efficacité qui se trouve en elle-même. Il existe aussi une cause instrumentale, et celle-ci n’agit pas par une efficacité qui se trouve en elle-même, mais [par une efficacité] qui passe en elle à partir d’un autre. Ainsi les sacrements sont des causes, non pas comme des causes principales, mais comme des causes instrumentales par lesquelles passe [la puissance] d’un autre.

2666. Mais alors se pose une question sur ce qui est accompli : est-ce que ce PRENEZ ET MANGEZ fait partie de la forme du sacrement ? Il faut dire que seulement CECI EST MON CORPS fait partie de la forme du sacrement. Il faut donc comprendre qu’il en va autrement de ce sacrement et des autres sacrements, car la consécration de la matière fait parfois nécessairement partie du sacrement, et parfois non. Ainsi, dans le baptême, la consécration de la matière ne fait pas nécessairement partie du baptême, mais, dans le cas des onctions, aucune onction n’est pratiquée sans que l’huile ait été bénite. Dans les autres sacrements, le sacrement n’est pas reçu par le fait de bénir, mais de répandre, car l’huile et l’eau, puisqu’elles sont inanimées, ne contiennent pas la grâce. De sorte que, puisque la grâce est la fin du sacrement, celle-ci ne peut être apportée que par la réception du sacrement. Mais, dans le sacrement [de l’eucharistie], celui qui est la plénitude de la grâce est contenu. Il ne s’accomplit donc pas en nous, mais par la consécration de la matière. Ainsi, à supposer que personne ne le reçoive, ce ne serait pas moins un sacrement. Son usage découle donc [de la réalité du sacrement] et n’en fait pas nécessairement partie. Ainsi, dans les autres [sacrements], ce qui se rapporte à l’usage fait partie de la forme ; mais [le sacrement de l’eucharistie] ne se rapporte pas à l’usage, mais à la sainteté de la matière. De sorte que ce qui est dit : PRENEZ ET MANGEZ, qui se rapporte à l’usage, ne fait pas partie de la forme.

2667. De même, on a l’habitude de soulever la question de savoir si le Seigneur a réalisé le sacrement par ces paroles. Il semble que non, car il est dit en cet endroit : IL PRIT DU PAIN, LE BÉNIT. Il semble donc qu’il l’ait consacré par la bénédiction. Certains ont donc dit qu’il ne l’avait pas consacré d’abord principalement par les paroles, mais par une efficacité spirituelle. Et il a pu faire cela en raison de sa puissance d’excellence, car il pouvait conférer la réalité du sacrement sans le sacrement, puisqu’il n’avait pas lié sa puissance aux sacrements. Il pouvait donc faire cela par sa puissance d’excellence. D’autres disent qu’il a dit [les paroles] d’abord de manière cachée et, par la suite, en public. Il est mieux de dire qu’il [les] a dites une seule fois, et non deux, et qu’il a consacré par ces paroles. Il faut donc lire que ce qui est dit : IL DIT : « PRENEZ ET MANGEZ », se rapporte à ce qui précède. Parlant ainsi, il dit : CECI EST MON CORPS.

2668. Ici on se demande ce qu’indique ce pronom : CECI. Certains ont dit qu’il montre, non pas pour les sens, mais pour l’intelligence, car cela ne se rapporte qu’à la substance du pain et qu’en vue de la signification. Le sens est donc : CECI EST MON CORPS, c’est-à-dire ce qui est désigné par cela est mon corps. Et cela n’est pas acceptable, car les sacrements de la loi nouvelle réalisent ce qu’ils signifient. Il ne fait donc rien d’autre que ce qu’il désigne, et il désigne le corps du Christ. Et ainsi, il n’y a que le corps du Christ sous le signe.

2669. D’autres disent que le CECI indique la substance même du corps. Mais comment cela peut-il être ? Est-ce le corps du Christ dès qu’il dit : CECI ? Il est clair que non, car si le prêtre mourait, [le pain] ne serait pas consacré à moins qu’il n’ait terminé. C’est pourquoi certains disent que le CECI retarde sa signification et indique ce qui existera après que ce mot : MON [CORPS] aura été proféré. Cela non plus ne convient pas, car, de la sorte, il semblerait dire la même chose que s’il disait : « Mon corps est mon corps. » Et cela ne convient pas à Dieu.

D’autres disent que les paroles sont proférées matériellement, mais non selon [leur] sens. Et cela n’est pas acceptable, car Augustin dit : « La parole atteint l’élément, et le sacrement apparaît. »

2670. De quoi s’agit-il donc ? Il faut dire que [ces paroles] dont dites sous forme de récit et, simultanément, sous forme de récit et selon [leur] sens. Pourquoi ? Parce que le prêtre] parle au nom du Christ et agit comme si le Christ était présent ; autrement, [ses] paroles n’atteindraient pas leur propre matière. De quoi donc s’agit-il ? Il faut dire qu’il en va autrement dans les paroles sacramentelles et dans les autres paroles humaines, car la parole humaine ne fait qu’indiquer le sens, mais la [parole] divine indique le sens et le réalise. De sorte que les paroles sacramentelles ont une efficacité divine en vertu de la puissance divine. Ainsi, elle dit et, par la puissance divine, elle réalise. C’est pourquoi cette parole n’indique pas seulement un sens, mais est réalisatrice. Elle réalise d’abord, puis signifie. En effet, dans une réalisation matérielle, il se fait que quelque chose de commun préexiste à toute transmutation, et ce qui est commun se retrouve sous un terme de la transmutation et, à la fin, sous un autre. Par exemple, supposons que de noire une chose devienne blanche : lors de cette transmutation, il existait un corps, mais, au départ, il se trouvait sous le noir et, par la suite, sous la blancheur. Ainsi, pour une part, elle est semblable, à savoir qu’il y a quelque chose de commun ; mais [elle est aussi] dissemblable, car [elle n’existe pas] de la même façon. Car, dans les autres transmutations matérielles, le sujet est commun et la forme, différente. Mais, ici, c’est le contraire, car l’accident est commun et la substance est différente. La substance est donc changée, l’accident commun demeure. Qu’indique donc le CECI ? Il faut dire que le sens est : CECI EST MON CORPS, c’est-à-dire que mon corps est contenu sous l’accident. Ou bien, il se fait que ce qui est contenu sous les accidents est mon corps. C’est pourquoi à la fin [le Seigneur] a employé le nom, mais, au début, le pronom, qui signifie une substance indéterminée, alors que par le nom [est signifiée] une forme déterminée. Ainsi, au départ, il n’y a pas de forme, mais [il y en a] à la fin.

2671. Mais comment le corps du Christ est-il là ? Il y a eu une opinion selon laquelle, en même temps que le corps du Christ, la substance du pain demeurait. De sorte que lorsqu’il dit : CECI EST MON CORPS, cela se rapporte au seul corps. D’autres disent que la substance du pain passe dans la matière préexistante, et qu’apparaît là le corps du Christ en raison du fait que la substance du pain est transformée dans le corps du Christ. Ceci est écarté de la manière suivante : il semble ainsi que commence à exister une réalité qui n’existait pas auparavant, ce qui ne peut se produire que s’il y a changement selon le lieu ou si quelque chose est changé en elle. Comme si on disait : « Il n’y a pas de feu ici. Si donc il y en a par la suite, cela ne peut être que parce que quelqu’un l’y a apporté ou que quelque chose qui était là a été changé en feu. » Mais, selon cette opinion, le mode de la conversion est écarté. Il ne reste donc que le changement local. Or, il est impossible que le même corps soit dans des lieux différents. Ainsi donc, etc.

Il faut donc dire autre chose, à savoir que le corps commence à y être, non par mouvement local, mais par conversion d’un autre en lui-même, et, en celui-ci, la forme demeure, mais le sujet change. Le changement se produit donc d’un sujet à [un autre] sujet, qui est le principe d’individuation, non pas parce que le corps du Christ existe en même temps que la substance du pain ou qu’est annihilée la substance du pain, mais par le fait qu’elle est changée en lui par conversion.

2672. Mais comment cela peut-il se faire en un si petit espace ? Il faut dire que quelque chose se trouve là par l’efficacité du sacrement, et il s’agit principalement [du corps du Christ], mais quelque chose s’y trouve par concomitance. S’y trouve par l’efficacité du sacrement ce à quoi aboutit la conversion. Et parce que le pain est converti en corps du Christ, ce qui est signifié est le corps du Christ, et celui-ci n’existe pas sans âme ni divinité. Toutefois, le pain n’est pas non plus converti en âme et en divinité, mais [ces réalités] sont là par concomitance. De sorte que si quelqu’un avait célébré durant le triduum [pascal], alors que l’âme [du Christ] était séparée de [son] corps, l’âme n’y serait pas. En effet, dans le pain, il y a deux choses : la substance et les accidents. Les accidents demeurent, la substance change. Cela donc s’y trouve principalement à quoi aboutit la conversion. Or, elle aboutit à la substance. La substance s’y trouve donc principalement, mais les accidents [s’y trouvent] par concomitance. Or, les dimensions sont des accidents. Et le corps du Christ dans le sacrement ne se compare pas au lieu par ses dimensions propres, mais par les dimensions du pain préexistant.

2673. De même, IL LE ROMPIT. Mais est-ce que tout le corps se trouve en chaque parcelle ? Je dis que oui. Vous devez comprendre qu’on dit que [le corps du Christ] est présent dans un lieu d’une manière différente de celle d’un objet dans un lieu, car l’objet se compare au lieu par ses dimensions, mais ce n’est pas le cas [pour le corps du Christ]. C’est pourquoi il faut remarquer que partout où il y a une différence de quantité, cela ne fait pas de différence pour la substance ; mais s’il existe quelque chose qui découle de la quantité, cela se divise selon la quantité. Mais l’âme ne reçoit pas de la quantité de recevoir sa totalité, mais elle reçoit sa totalité en chacune de ses parties. Donc, le corps du Christ ne se compare pas à ce corps [que sont les parcelles] selon la quantité, mais seulement selon la substance. De même donc que l’âme existe dans toutes les parties du corps, de même le Christ [existe-t-il] dans chaque parcelle d’hostie. Qu’arrivera-t-il de ces accidents ? Il faut dire qu’ils demeurent sans sujet par la puissance divine. Et comment cela peut-il se produire, puisque les accidents dépendent de la substance ? Il faut dire que Dieu est le principe de l’être. Il peut donc produire un effet séparé d’un sujet et sans [ses] principes. Ainsi, comme le principe de la substance est de conserver les accidents dans l’existence, Dieu peut [les] conserver sans leurs principes. Si tu demandes si cela est vrai de tous les accidents, il faut dire que tous les accidents se rapportent à la substance par l’intermédiaire des dimensions, par lesquelles ils sont d’une certaine manière individués. C’est pourquoi les dimensions existent sans sujet, mais la qualité existe dans les dimensions comme dans un sujet.

Le sens est donc : CECI, à savoir, ce qui est contenu sous ces accidents, lesquels accidents demeurent avec leurs dimensions, car la substance, qui était d’abord sous-jacente à ces accidents, est transformée en corps du Christ.

 

suivant