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Leçon 4 – Mt 26, 27‑29

[26, 27]

2674. Plus haut, il a été question de l’institution d’un sacrement nouveau pour ce qui est du sacrement du corps du Seigneur. Ici, il est question de l’institution du même [sacrement] pour ce qui est du sacrement du sang. À ce sujet, [Matthieu] fait deux choses : premièrement, les gestes du Christ sont présentés ; deuxièmement, [ses] paroles, en cet endroit : BUVEZ-EN TOUS.

À propos du premier point, trois gestes sont présentés : premièrement, il prend la coupe ; deuxièmement, il rend grâce ; troisièmement, il la donna à ses disciples.

2675. [Matthieu] dit donc : PUIS PRENANT UNE COUPE, etc. Il est indiqué par cela que [le sacrement] ne fut pas institué pour être réalisé sous une seule espèce, mais sous deux. Et quelle est la raison de cela ? Une raison est qu’il y a trois choses dans le sacrement : l’une, le sacrement seul ; une autre, la réalité seule ; une autre, le sacrement et la réalité. Le sacrement seul, ce sont les espèces du pain et du vin. La réalité seule, c’est l’effet spirituel. La réalité et le sacrement, c’est le corps contenu [dans le sacrement].

2676. Si donc nous considérons le sacrement seul, il convient tout à fait que le corps soit ainsi signifié sous l’espèce du pain et le sang sous l’espèce du vin, car ils sont signalés comme une indication de la réfection spirituelle. Or, la réfection relève à proprement parler de la nourriture et de la boisson. Donc, etc. De même, si l’on considère la réalité et le sacrement, il revient à ce sacrement de rappeler la passion du Seigneur. Et il ne pouvait mieux la signifier qu’en indiquant que le sang était répandu et séparé du corps. De même, si on l’envisage sous l’aspect de la réalité seule, car le sang est en rapport avec l’âme, non pas que le sang soit l’âme, mais parce que la vie est conservée par le sang. Il est donc indiqué que, puisque ce sacrement est destiné au salut des fidèles, le pain soit offert pour le salut du corps, mais le vin pour le salut de l’âme. Pr 9, 5 : Venez manger mon pain et boire le vin que j’ai mêlé pour vous, car cette réfection se trouve dans le pain et dans le vin.

2677. Il y a aussi une autre raison, car tout le Christ est contenu dans le corps. Pourquoi donc est-il nécessaire que le sang soit à part ? Il faut donc comprendre ce qui a été dit plus haut, à savoir qu’une chose s’y trouve directement par l’efficacité du sacrement, et une autre en vertu d’une concomitance naturelle. Sous l’espèce du pain, le corps du Christ est contenu par l’efficacité du sacrement, mais le sang par concomitance. Mais, dans le sang, c’est l’inverse, car le sang s’y trouve par l’efficacité du sacrement, mais le corps par concomitance. De sorte que si on avait célébré le sang du Christ répandu à terre, il ne se serait agi que du sang considéré séparément. Comme certains n’ont pas compris cela, ils ont donc dit que ces formules se répètent sans interruption. Ils disent donc que, lorsque le corps est consacré, le sang n’y est pas avant que le vin ne soit consacré. Mais tel n’est pas le cas, car si le prêtre mourait avant d’avoir consacré le vin, il y aurait dans l’hostie et le corps et le sang.

2678. [Matthieu] dit aussi : PRENANT UNE COUPE, et il ne dit pas : Prenant du vin. Pour cette raison, certains ont dit qu’il devait faire cela avec de l’eau. Mais cela est exclu, car vient ensuite : JE NE BOIRAI DU PRODUIT DE LA VIGNE, etc. [26, 29]. En second lieu, il est clair qu’il s’agissait de vin et d’eau mêlés. La raison de cela vient du sacrement, car il doit être célébré comme le Seigneur l’a institué. Or, dans les pays chauds, c’est la coutume que le vin ne soit pas bu sans eau. Il ne faut donc pas croire que [le Seigneur] l’a fait avec du vin seulement. Cela convient aussi à ce qui est contenu [dans le sacrement], car ce sacrement est un mémorial de la passion du Seigneur. Or, du côté du Christ, sont sortis du sang et de l’eau, comme on le lit en Jn 19, 34. C’était aussi pour signifier les effets, et cela de deux façons : parce que [ce sacrement] signifie le rappel de la passion du Christ, il doit donc entraîner en nous les effets de la passion du Christ. Or, l’effet est double : laver et racheter. Il nous a rachetés par son sang. Ap 5, 9 : Il nous a rachetés pour Dieu dans son sang. Il a aussi lavé nos souillures. Ap 1, 5 : Il nous a aimés et nous a lavés de nos péchés dans son sang. Or, l’eau et le sang étaient nécessaires pour laver et racheter. L’ablution est signifiée par l’eau et la rédemption par le vin. De même, par l’eau est signifié le peuple. Ap 17, 1 : Les grandes eaux, un peuple nombreux. Or, par ce sacrement, le peuple est uni au Christ. Ainsi, par ce mélange, on signifie que le peuple est uni au Christ. Mais que devient cette eau ? Certains disent qu’elle demeure. D’autres disent qu’elle est changée en vin, car lorsqu’on en ajoute un peu, l’espèce est changée, et ainsi l’ensemble est changé. Et, de cette façon, cela se rapporte au mystère, car en cela l’unité de l’Église est contenue.

2679. De même, par le fait que [Matthieu] dit : IL PRIT, il indique qu’il a souffert la passion volontairement. Ainsi, en Ps 115[116], 13 : Je prendrai la coupe du salut et j’invoquerai le nom du Seigneur. De même, IL RENDIT GRÂCE. Et pour quoi ? Pour deux choses : pour le signe et pour ce qui est signifié. Pour le signe, car [il rendit grâce] pour [son] effet ; pour ce qui est signifié, car [il rendit grâce] pour [sa] passion. Par cela est indiqué que nous devons rendre grâce non seulement pour les biens, mais aussi pour les maux et pour l’adversité. 1 Th 5, 18 : Rendant grâce en toutes choses. Rm 8, 28 : Tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu. Il rendit aussi grâce pour l’institution de ce sacrement, parce qu’il faisait cela par la puissance divine. Ainsi, en Jn 5, 30 : Je ne fais rien de moi-même. Il rend ainsi grâce à Dieu, le Père. Jn 11, 41 : Je te rends grâce parce que tu m’as écouté. Par cela, un exemple nous est donné, car si le Christ rend grâce, lui qui était égal au Père, nous devons nous aussi rendre grâce. Il rend aussi grâce pour l’effet, car cet effet est le salut du monde. Et il ne peut faire cela qu’en vertu de [sa] divinité. Jn 6, 64 : C’est l’Esprit qui vivifie, mais la chair ne sert à rien.

2680. Vient ensuite : IL LEUR DONNA, afin qu’ils participent au sacrement. Et par cela il signifiait que les fruits de sa passion devaient être distribués aux autres par d’autres. Les apôtres peuvent donc être ainsi comparés aux petits de l’aigle, dont on dit en Dt 32, 11 : Comme un aigle qui incite ses petits à voler en voletant au-dessus d’eux.

Puis, il en ordonne l’usage. Premièrement, il en propose l’usage ; deuxièmement, [il propose] les paroles de la consécration du sang ; troisièmement, il annonce à l’avance [sa] résurrection. Il dit donc : BUVEZ-EN TOUS. Ct 5, 1 : Buvez et enivrez-vous, mes très chers. Il est indiqué par là que les chrétiens peuvent communier dans l’espace et dans le temps.

[26, 28]

2681. CAR CECI EST MON SANG, etc. Ce sont les paroles de la consécration. Et remarquez qu’il y a une différence entre ces paroles et celles qu’utilise l’Église. L’Église ajoute : Ceci est la coupe. De même, là où il dit : DE LA NOUVELLE ALLIANCE, l’Église ajoute : De l’alliance nouvelle et éternelle. De même, là où il dit : QUI [SERA RÉPANDU POUR UN GRAND NOMBRE, l’Église ajoute : Qui [sera répandu] pour un grand nombre, etc. D’où l’Église tient-elle cette forme ? Il faut dire, comme le dit Denys, que ce n’était pas l’intention des évangélistes de transmettre les formes des sacrements, mais de les garder secrètes ; ils n’avaient donc comme but que de raconter l’histoire. D’où l’Église les tient-elle donc ? D’une décision des apôtres. C’est ainsi que Paul dit, 1 Co 11, 34 : Pour le reste, lorsque je viendrai, j’en déciderai.

2682. Mais une question se pose. Pourquoi dit-il : CECI EST MON CORPS, ou : CECI EST MON SANG ? Pourquoi ne dit-il pas : « Ceci est changé en mon corps ou en mon sang, etc. ? » Il y a une double raison. La première est que les formes des sacrements doivent signifier ce qu’elles réalisent. Ce qu’elles réalisent, c’est que cela soit changé en corps du Christ. Mais l’effet ultime est que cela devienne le corps [du Christ]. Il faut donc que l’effet ultime soit indiqué. Il faut ainsi qu’il soit indiqué que cela est le corps, et non que cela est changé en corps [du Christ]. Mais, dans cette forme, il y a quelque chose de semblable avec [le sacrement] ancien, et quelque chose de dissemblable. De semblable par le fait que, comme on le lit en Ex 24, 8, lorsque Moïse eut lu la loi, il immola des veaux et en offrit le sang en disant : Voici le sang de l’alliance du Seigneur. De même le sang [du Seigneur] fut-il offert pour le salut du peuple. En He 9, 7, il est dit : Une fois par an, le grand prêtre seul entrait avec du sang qu’il offrait à cause de son ignorance et de celle du peuple.

2683. Mais la différence est montrée sur quatre points. Premièrement, par le fait que le sang était alors celui de veaux, mais ici c’est le sang du Christ. Celui-ci est donc efficace pour remettre [les péchés]. He 9, 13 : En effet, si le sang des boucs et des taureaux et les cendres des veaux répandues sanctifiaient les pécheurs par la purification de la chair, à combien plus forte raison le sang du Christ purifiera-t-il notre conscience des œuvres de mort afin qu’elles servent Dieu ! De même, on disait que le sang [d’autrefois] était le sang de l’alliance, mais le sang [du Christ] est l’alliance. De même, on entend alliance au sens général et au sens propre. Au sens général, [on l’entend] de n’importe quel geste, car c’était la coutume que, pour tout geste, on présente des témoins. Au sens propre, on parle d’alliance lorsque quelque chose est légué à la mort, conformément à ce que dit l’Apôtre, que l’alliance est confirmée à la mort du testateur. Cela s’applique ici dans les deux sens, car l’alliance avait été contractée alors, et elle se réalisait dans le sang, parce que, lors d’une alliance de paix, on présentait autrefois du sang ; c’est pourquoi on parlait du sang de l’alliance. [Cela s’applique aussi] au sens où en parle pour les morts. Il existait ainsi une certaine alliance entre Dieu et les hommes sous l’ancienne et sous la nouvelle loi, mais de manière différente : dans le premier cas, celui de l’ancienne loi, elle portait sur des réalités temporelles, comme on voit clairement que [Dieu] leur avait promis le pays des Amorréens. Elle était ainsi ancienne, car les hommes n’en étaient pas renouvelés, mais plutôt vieillis. Mais l’alliance présente porte sur les réalités célestes et d’en haut. [On lit] ainsi plus haut, 4, 17 : Repentez-vous, car le royaume des cieux est proche. Il dit donc : DE LA NOUVELLE ALLIANCE. On disait autrefois : « Voici le sang de l’alliance que le Seigneur a contractée avec vous par toutes ces paroles, etc. » Jr 31, 31 : Fête pour la maison d’Israël et pour la maison de Judas que cette nouvelle alliance !

[26, 28]

2684. Ainsi donc : CAR CECI EST MON SANG, CELUI D’UNE ALLIANCE NOUVELLE, c’est-à-dire consacré pour une alliance nouvelle, dans laquelle nous devons mettre notre confiance. He 10, 19 : Nous mettons notre confiance dans le sang du Christ. Cela convient aussi pour la mort [du Christ], car, par la mort du Christ, la promesse a été accomplie. Il existe aussi une autre différence, car [l’Église] ajoute : De l’alliance nouvelle et éternelle, qui peut être mis en rapport soit avec l’héritage éternel, soit avec le Christ, qui est éternel. Une autre différence est que [dans l’alliance ancienne], on lit : Que j’ai contractée avec vous. Cette alliance se limitait donc seulement à eux. Mais celle-ci [concerne] toutes les nations. Is 52, 15 : Celui-ci asperge de son sang de nombreuses nations. POUR UN GRAND NOMBRE et pour tous, car, si l’on envisage la capacité [du Christ], il est lui-même propitiation pour nos péchés, et non pas seulement pour les nôtres, mais aussi pour ceux du monde entier. Mais si nous en considérons l’effet, elle n’a d’effet que pour ceux qui sont sauvés, et cela par la faute des hommes. Mais l’Église ajoute : Pour vous, c’est-à-dire pour les apôtres, car il sont eux-mêmes ministres de ce sang et, à travers eux, il parvient à toutes les nations. Il est aussi dit : EN RÉMISSION DES PÉCHÉS, parce que [le sang de l’ancienne alliance] ne pouvait remettre les péchés.

[26, 29]

2685. JE VOUS LE DIS. Ici est présentée une consolation, selon Chrysostome. Parce que [le Seigneur] avait parlé du sang, par lequel était indiquée la passion, il console donc [ses disciples] et [leur] annonce sa gloire à l’avance.

On peut interpréter cela de quatre façons. Chrysostome en donne l’interprétation suivante : parce que le Seigneur avait annoncé à l’avance [sa] passion, il veut donc leur donner de la joie. JE NE BOIRAI PLUS DÉSORMAIS DU PRODUIT DE LA VIGNE, c’est-à-dire de vin, JUSQU’AU JOUR OÙ…, etc. Il appelle ce royaume le royaume de la résurrection. Il a alors reçu un royaume nouveau, c’est-à-dire d’une nouvelle manière. Qu’il ait bu avec eux par la suite, cela apparaît clairement en Ac 10. Mais pourquoi parle-t-on de nouvelle manière ? Parce qu’auparavant, il mangeait par nécessité ; mais, après la résurrection, [il n’a pas mangé] par nécessité, mais afin de démontrer la réalité de la résurrection.

2686. Jérôme parle ainsi : par la vigne est indiqué le peuple des Juifs. Is 5, 7 : La vigne du Seigneur des armées, c’est la maison d’Israël. Jr 2, 21 : Je t’ai planté comme un cep de choix, tout entier d’excellente semence. JE VOUS DIS QUE JE NE BOIRAI PLUS, c’est-à-dire que mon âme ne se réjouira plus à cause de ce peuple, JUSQU’AU JOUR OÙ JE LE BOIRAI DE NOUVEAU AVEC VOUS DANS LE ROYAUME DE MON PÈRE. Le ROYAUME désigne l’Église présente. NOUVEAU, c’est-à-dire renouvelé par la foi, car alors [les Juifs] se convertiront, et alors je me réjouirai avec eux. En effet, beaucoup ont été convertis et beaucoup se convertiront.

2687. Rémi donne l’interprétation suivante et dit que cela doit être mis en rapport avec les cérémonies pascales : « Je ne célébrerai plus ces cérémonies jusqu’à l’établissement de l’Église, alors que je me réjouirai du renouvellement de l’Église. »

Augustin l’interprète de la manière suivante : en disant NOUVEAU, on l’oppose à l’ancien. La vétusté est double : celle de la peine et celle de la faute, et celle-ci découle d’Adam, comme on le lit en Rm 5, 12s. Or, le Christ a connu la vétusté de la peine, mais non celle de la faute. De sorte que ce qui est simple chez lui remet ce qui est double chez nous. Il dit donc : JE NE BOIRAI PLUS, de la vétusté de la peine, JUSQU’AU JOUR, etc., parce qu’il devait déposer ce corps et a reçu par la résurrection un corps glorieux, et il promet aux apôtres qu’eux-mêmes en recevront [un semblable]. Et il indique que [ces corps] ne sont pas de nature différente, car le corps qu’il prendra sera d’une même nature, mais d’une gloire différente.

 

Leçon 5 – Mt 26, 30‑46

[26, 30]

2688. Une fois présentée l’institution du sacrement nouveau, [le Seigneur] annonce ici à l’avance le scandale des disciples. Premièrement, le lieu est indiqué à l’avance ; deuxièmement, son annonce à l’avance, en cet endroit : ET IL LEUR DIT. Et cela convient à ce qui a été dit auparavant et à ce qui suit, de sorte qu’on peut le mettre en rapport avec les deux.

2689. [Matthieu] dit donc : APRÈS LE CHANT DE L’HYMNE. Par là, il nous donne un double exemple. La cène a d’abord eu lieu ainsi que le repas matériel, après lequel nous devons rendre grâce à Dieu et le louer. Ps 21, 27 : Les pauvres mangeront et seront rassasiés, et ceux qui le cherchent loueront le Seigneur. De même, après ce repas, il y eut une cène sacramentelle, après laquelle nous devons aussi rendre grâce. Aussi [le Seigneur] a-t-il récité un hymne après ce [repas]. C’est ainsi que ce qui est dit à la messe après la communion représente cet hymne. Les fidèles doivent donc attendre jusqu’à la fin de la messe afin d’entendre cet hymne. C’est ce qui est dit en Jn 17, 1 : Père, glorifie ton Fils afin que ton Fils te glorifie.

2690. Cela dit, ILS PARTIRENT POUR LE MONT DES OLIVIERS. Le mont des Oliviers signifie l’abondance, car les olives sont riches. Il signifie donc l’abondance spirituelle. Gn 49, 20 : Son pain est abondant. Il indique par conséquent l’abondance de la grâce et de la gloire vers laquelle il est élevé. Ps 47[48], 16 : La montagne du Seigneur est une montagne généreuse. L’huile repose les membres fatigués, apaise la douleur, alimente le feu et lui donne son éclat. Ainsi en sera-t-il dans cette gloire, car tout labeur et toute peine auront disparu, et tout sera éclatant. De même, le fait que [Matthieu] dise : VERS LE MONT DES OLIVIERS, convient à l’annonce anticipée. La miséricorde est désignée par l’huile : en effet, de même que [celle-ci] flotte sur les autres liquides, de même en est-il de la miséricorde. Ps 144[145], 9 : Sa compassion s’étend à toutes ses œuvres. De même, le scandale est montré par le mont, comme la miséricorde est indiquée par ce qui précède. Lorsque le juste tombera, il ne se brisera pas, car le Seigneur le soutient de sa main, Ps 36[37], 24.

[26, 31]

2691. ALORS IL LEUR DIT… : « VOUS TOUS, VOUS ALLEZ SUCCOMBER À CAUSE DE MOI. » Ici est présenté le scandale : premièrement, d’une manière générale ; deuxièmement, d’une manière particulière, en cet endroit : PRENANT LA PAROLE, PIERRE DIT [26, 33].

À propos du premier point, [le Seigneur] fait deux choses : premièrement, il annonce à l’avance ; deuxièmement, afin que cela ne paraisse pas dû au hasard, il apporte une autorité, en cet endroit : EN EFFET, IL A ÉTÉ ÉCRIT : « JE FRAPPERAI LE PASTEUR, ET LES BREBIS SERONT DISPESÉES » [26, 31].

2692. Par cette parole, le péché des disciples est aggravé pour plusieurs raisons. Premièrement, en raison de son caractère universel : VOUS TOUS. Is 1, 6 : De la plante des pieds au sommet de la tête, il ne se trouve rien de sain en lui, etc. De même, l’objet [du scandale] est abordé. 1 Co 1, 23 : Nous prêchons un Christ crucifié, scandale pour les Juifs. Parce qu’ils ne recherchaient que la faiblesse de la chair, les Juifs étaient sujets au scandale. De même, le péché est aggravé par l’approche du moment, car c’était après tant d’avertissements et après qu’ils eurent reçu le sacrement. Ils oubliaient donc déjà ce qu’il avait fait pour eux. C’est donc à juste titre qu’ils ont été comparés à un homme qui regarde dans un miroir le visage qu’il a reçu à la naissance : Il s’est regardé, puis s’en est allé et a aussitôt oublié qui il était, Jc 1, 24. De même, parce que c’était pendant la nuit, car ceux qui sont ivres s’endorment pendant la nuit, 1 Th 5, 7. Il en est de même de ceux qui sont scandalisés.

2693. Il ajoute alors une autorité : EN EFFET, IL EST ÉCRIT : « JE FRAPPERAI LE PASTEUR, ET LES BREBIS SERONT DISPERSÉES. » Il est écrit en Za 13, 7 et il est dit là : Frappe le pasteur, et les brebis seront dispersées ; mais ici on dit : JE FRAPPERAI, et de manière assez juste, car le prophète désirait que ceci arrive. C’est pourquoi il a dit : JE FRAPPERAI LE PASTEUR. Mais le Christ parle de lui-même et, ce jour-là, il annonce à l’avance d’abord sa passion et, en second lieu, le scandale [des disciples], lorsqu’il dit : JE FRAPPERAI LE PASTEUR. Ce pasteur est le Christ. Jn 10, 11 : Je suis le bon pasteur. Et 1 P 2, 25 : Vous vous êtes tournés vers le pasteur et le surveillant de vos âmes. Et celui-ci a été frappé parce que Dieu l’a livré, car Il n’a pas épargné son propre Fils, Rm 8, 32, et cela, à cause de nos péchés. Is 53, 8 : Je l’ai frappé à cause du crime de mon peuple. Il annonce aussi à l’avance le scandale : ET LES BREBIS SERONT DISPERSÉES. Les brebis sont les fidèles. Jn 10, 27 : Mes brebis entendent ma voix. Ainsi Dieu a-t-il enduré qu’elles soient dispersées afin de les rassembler par la suite. Ps 146[147], 2 : Il rassemblera [les tribus] dispersées d’Israël. Jn 10, 16 : J’ai d’autres brebis qui ne font pas partie de ce bercail, et il me faut les y amener.

[26, 32]

2694. Puis, il annonce à l’avance les joies de la résurrection : MAIS APRÈS MA RÉSURRECTION, JE VOUS PRÉCÉDERAI EN GALILÉE, car, bien que le Père l’ait ressuscité, comme il est dit ailleurs (Ac 2, 24 : Lui que Dieu a ressuscité, en l’arrachant aux douleurs de l’enfer), il est cependant ressuscité par sa propre puissance, puisque la puissance du Père est la puissance du Fils. 2 Co 13, 4 : Mais s’il a été crucifié à cause de notre faiblesse, il vit cependant par la puissance de Dieu. De même, par opposition à ce qu’il avait dit : LES BREBIS SERONT DISPERSÉES, il dit : JE VOUS PRÉCÉDERAI EN GALILÉE. En effet, les brebis suivent le pasteur ; c’est ainsi que le pasteur les rassemble en les appelant chacune par leur nom. Il dit donc : JE VOUS PRÉCÉDERAI. Ou bien, on peut mettre cela en rapport avec ce qu’il dit : APRÈS MA RÉSURRECTION. Parce que certains pourraient croire qu’il se passera beaucoup de temps jusqu’à sa résurrection, il dit donc qu’il ne s’en passera pas beaucoup, car JE VOUS PRÉCÉDERAI EN GALILÉE. Il lui était coutumier de résider peu de temps en Judée, mais de passer en Galilée. Il veut donc dire : « Avant que je ressuscite pour que vous puissiez venir en Galilée », afin de montrer qu’il serait bien celui qui leur apparaîtrait. Ils pouvaient donc être suffisamment rassurés. De même, le fait qu’il dise qu’il [les] précéderait donne de l’assurance. Parce qu’ils supportaient la persécution en Judée, il dit donc qu’il [les] précéderait en Galilée afin de les soustraire à la crainte. Chrysostome dit qu’il ne faut pas comprendre qu’il apparaîtrait d’abord en Galilée, mais qu’il est apparu là, bien que non en premier, puisque ce fut à Jérusalem. Pourquoi donc dit-il : EN GALILÉE ? Galilée veut dire « passage ». Cela signifie donc que, par la résurrection, nous passerons de la vie mortelle à [une vie] immortelle, et que dans celle-ci il nous précède, car le Christ est le premier de ceux qui se sont endormis. De même, le passage des disciples aux Gentils est indiqué et, en cela, le Christ [les] a précédés en motivant le cœur de [ceux-ci].

[26, 33]

2695. PRENANT LA PAROLE, PIERRE [LUI DIT]. Ici est annoncé à l’avance le scandale de Pierre : premièrement, l’occasion en est présentée ; deuxièmement, l’annonce à l’avance ; troisièmement, la protestation [de Pierre]. Le second point [se trouve] en cet endroit : JÉSUS LUI DIT, etc. [26, 34] ; le troisième, en cet endroit : PIERRE LUI DIT, etc. [26, 35].

2696. Ici se pose une question à propos du texte, car il semble que Pierre ait dit cela après qu’ils eurent quitté le cénacle ; mais Luc 22, 34-39 semble dire que ce fut avant qu’ils ne l’eussent quitté, et Jean 13, 36-38 est d’accord avec cela. Augustin donne la solution : Pierre dit cela trois fois, et ainsi tous sont d’accord, etc., car si nous considérons le récit, il dit cela pour plusieurs raisons. Ici, il fut poussé par le fait que [Jésus] avait annoncé à l’avance le scandale. Le Seigneur avait dit, selon Lc 22, 32 : Pierre, j’ai prié pour que ta foi ne défaille pas, puis Pierre avait dit : Seigneur, je suis prêt à te suivre jusqu’en prison et à aller jusqu’à la mort. Mais, en Jean, cela fut dit pour une autre raison, car, en Jn 13, 33, le Seigneur dit : Là où je vais, vous ne pouvez venir maintenant. Alors Pierre dit : J’exposerai ma vie pour toi. C’est pourquoi il répéta cela par trois fois. Il se peut donc qu’il l’ait dit deux fois dans le cénacle, mais qu’il l’ait dit une seule fois à l’extérieur, comme on le dit ici. Et il se peut qu’il l’ait dit par ferveur et sans tenir compte de ses capacités. Toutefois, il a manqué en trois choses. Premièrement, parce qu’il n’a pas davantage accordé foi au Seigneur qu’à lui-même, alors qu’il est cependant écrit en Rm 3, 4 : Seul Dieu dit la vérité, tout homme est menteur. De même, il se mit de l’avant par rapport aux autres. Il dit ainsi : MÊME SI LES AUTRES SONT SCANDALISÉS À CAUSE DE TOI, MOI, JE NE SERAI JAMAIS SCANDALISÉ. Il se considérait donc comme plus solide, et il tomba dans ce qui est dit en Lc 18, 11 : Je ne suis pas comme les autres hommes, etc. De même, il s’attribuait ce qu’il ne devait pas, alors qu’il était écrit en Jn 15, 5 : Sans moi vous ne pouvez rien faire. Parce qu’il avait parlé de manière arrogante, [le Seigneur] permit donc qu’il tombe plus lourdement. Et Dieu fait cela, car Dieu porte une grande haine à l’orgueil. Jb 40, 6 : Il jette un regard sur tous les arrogants et les humilie.

[26, 34]

2697. JÉSUS LUI DIT : « EN VÉRITÉ, JE TE LE DIS, EN CETTE NUIT MÊME, AVANT QUE LE COQ NE CHANTE, TU ME RENIERAS TROIS FOIS. » « Car tu aurais pu penser que je disais cela en menace. Je te dis donc : “EN VÉRITÉ, c’est-à-dire, je te dis avec [mon] cœur, EN CETTE NUIT MÊME, AVANT QUE LE COQ NE CHANTE, TU ME RENIERAS TROIS FOIS.” » Et sa faute est aggravée par l’approche du moment, car, EN CETTE NUIT. Elle est de même aggravée par le nombre, car TROIS FOIS : comme il s’était montré présomptueux trois fois, ainsi a-t-il nié par trois fois après sa présomption. Jb 31, 27 : Si mon cœur s’est réjoui en secret.

2698. Mais une question se pose à propos de : AVANT QUE LE COQ NE CHANTE, TU ME RENIERAS TROIS FOIS, car, en Mc 14, 30, on lit que, avant que le coq ne chante, il l’aura renié deux fois. Selon Augustin, cela peut être résolu par le fait que, selon l’histoire, ce que Marc dit est vrai. Et ce que Matthieu dit peut être ainsi résolu : on dit qu’un homme accomplit [quelque chose] lorsqu’il en a l’intention, comme plus haut, 5, 28 : Celui qui regarde une femme et la désire a déjà commis l’adultère dans son cœur. Ainsi, en intention, Pierre a renié trois fois ou même plusieurs fois, d’où lui vint la crainte qu’il suffisait de protester trois fois ou plus. [Matthieu] dit donc qu’il nia par trois fois parce qu’il avait conçu de renier trois fois ou plus. Ainsi, Matthieu a dit ce dont [Pierre] avait l’intention intérieurement, mais Marc, ce qu’il a accompli extérieurement. Ou bien, l’on peut dire que lorsque je dis : « Je ferai cela avant tel délai », il n’est pas nécessaire que cela soit fait à l’intérieur de ce délai, mais il suffit que cela soit commencé. Ainsi, lorsque [le Seigneur] dit que [Pierre] allait le renier trois fois, il n’était pas nécessaire que cela soit accompli avant le chant du coq.

[26, 35]

2699. Vient ensuite la protestation de Pierre : PIERRE LUI DIT, etc. Pierre se justifie [en disant] : DUSSÉ-JE MOURIR AVEC TOI, JE NE TE RENIERAI PAS. Et cependant, il eut peur, car il renia après avoir entendu la servante. Jérôme dit qu’il ne savait pas ce qu’il disait, car seul le Christ devait mourir afin d’être le seul rédempteur. Is 63, 3 : J’ai foulé seul le pressoir.

Ensuite, [Matthieu] présente l’affirmation des autres : TOUS LES DISCIPLES PARLÈRENT DE MÊME. Ils dirent donc la même chose que Pierre ; cependant, les autres avaient une meilleure raison que Pierre de protester, car les autres [le faisaient] sans avoir affirmé.

[26, 36]

2700. ALORS JÉSUS SE DIRIGEA AVEC EUX VERS UN DOMAINE APPELÉ GETHSÉMANI. Dans cette section, la préparation [de la passion] est présentée, car elle se fait par trois choses. [Matthieu] fait donc trois choses : premièrement, l’intention [de Jésus] de prier est présentée ; deuxièmement, la nécessité de prier ; troisièmement, la différence. Le second point [se trouve] en cet endroit : ET PRENANT AVEC LUI PIERRE, etc. [26, 37] ; le troisième, en cet endroit : ÉTANT ALLÉ UN PEU PLUS LOIN, IL TOMBA FACE CONTRE TERRE [26, 39].

À propos du premier point, [Matthieu] fait deux choses : premièrement, le lieu est présenté ; deuxièmement, [le Seigneur] annonce à l’avance son intention : ET IL DIT À SES DISCIPLES [26, 38].

2701. [Matthieu] dit donc : ALORS JÉSUS SE DIRIGEA AVEC EUX VERS UN DOMAINE APPELÉ GETHSÉMANI. Le contraire semble être dit en Jn 18, 1, [à savoir] que Jésus, après être sorti, traversa le torrent du Cédron. Il faut donc remarquer que ce domaine se trouvait au pied du mont des Oliviers et que l’endroit était le même. Il vint là après le repas comme pour se promener. Puis, il annonça à l’avance son intention de prier : ET IL DIT À SES DISCIPLES : « RESTEZ ICI PENDANT QUE J’IRAI LÀ-BAS POUR PRIER. » On lit la même chose en Gn 22, 5 : Abraham dit à ses enfants : « Attendez ici avec l’âne ; moi et l’enfant irons là-bas afin d’adorer, puis nous reviendrons vers vous. »

2702. Mais [Jean] Damascène soulève ici une question. La prière est une ascension vers Dieu. Or, l’intellect du Christ était uni à Dieu. Comment donc Dieu, qui était à l’œuvre, avait-il besoin [de s’élever vers Dieu] ? Disons qu’il priait non pas pour lui-même, mais pour notre utilité. Et celle-ci est double, car il a prié pour nous donner l’exemple que, dans les tribulations, nous devons recourir au Seigneur. Ps 119[120], 1 : J’ai crié vers le Seigneur dans mes tribulations. [Il l’a fait] aussi afin de montrer qu’il venait d’un autre et qu’il était ce qu’il était par un autre. C’est pourquoi il dit : Le Fils ne peut rien faire de lui-même. Et au même endroit, [Mt] 8, 28 : Je ne fais rien de moi-même. C’était aussi afin d’écarter l’erreur, car certains disaient que la puissance du Père et du Fils n’était pas la même. Jn 8, 49 : Moi, j’honore mon Père.

2703. Il donne donc l’exemple de la prière et de la manière de prier. En effet, la première condition de la prière est que ce doit être une prière humble, ce qui est signifié par le fait qu’il se dirigea vers une vallée. Jdt 9, 16 : La prière des humbles et des doux t’a toujours plu. [La prière] doit aussi être dévote ; c’est pourquoi [il se dirigea] vers Gethsémani, à savoir, vers un domaine riche. Ps 62[63], 6 : Que mon âme soit comblée de graisse et d’abondance ! Il faut aussi qu’elle soit solitaire, comme [il a été dit] plus haut, 6, 6 : Entre dans ta chambre et, après avoir fermé la porte, prie ton Père.

[26, 37]

2704. ET PRENANT AVEC LUI PIERRE ET LES DEUX FILS DE ZÉBÉDÉE, etc. Ici, il annonce à l’avance la nécessité de la prière, et [cette nécessité] était la tristesse. Premièrement, [Matthieu] présente les témoins de la tristesse ; deuxièmement, il montre la tristesse ; troisièmement, il l’écarte. Le second point [se trouve] en cet endroit : IL COMMENÇA À RESSENTIR TRISTESSE ET ANGOISSE [26, 37] ; le troisième, en cet endroit : DEMEUREZ ICI ET VEILLEZ AVEC MOI [26, 38].

2705. Il dit donc : ET PRENANT AVEC LUI PIERRE ET LES DEUX FILS DE ZÉBÉDÉE, etc. [Le Seigneur] en prit trois avec lui. Et pourquoi ceux-ci plutôt que d’autres ? Une raison est que ceux-ci étaient plus solides et que la faiblesse [du Seigneur] les scandalisait tous. Il voulut donc montrer sa faiblesse à ceux-ci plutôt qu’aux autres. De même, il leur avait montré [sa] gloire. Il voulait donc que, de même qu’ils avaient vu sa gloire, de même ils voient aussi sa faiblesse, afin qu’ils sachent que ni la faiblesse n’absorberait la gloire, ni la gloire la faiblesse.

Vient ensuite la manifestation de [sa] faiblesse : premièrement, par un geste ; deuxièmement, par la parole. Et, en rapport avec cela, [Matthieu] fait trois choses : premièrement, il indique selon quoi le Christ était attristé ; deuxièmement, pourquoi il était attristé ; troisièmement, comment il était attristé.

2706. Premier point : IL COMMENÇA À RESSENTIR TRISTESSE ET ANGOISSE. Ici, deux erreurs doivent être évitées, car certains ont dit qu’il a été attristé selon [sa] divinité. Or, cela ne peut pas être le cas, car il a été attristé parce qu’il était susceptible de souffrir. Or, la divinité n’est pas susceptible de souffrir. De même, l’erreur des ariens ou d’Eunomius voulait que le Christ n’eût pas d’âme, mais que le Verbe tînt lieu d’âme. Et pourquoi [Arius] disait-il cela ? Afin que tout ce qui se rapportait à un manque soit mis en rapport avec le Verbe, en montrant ainsi que celui-ci était inférieur au Père. Cela est faux. [Le Christ] a donc souffert selon qu’il pouvait souffrir, c’est-à-dire dans son âme.

[26, 38]

2707. ALORS IL LEUR DIT : « MON ÂME EST TRISTE À EN MOURIR, etc. » Il ne dit pas : « Je suis triste », car le mot « je » indique la personne. Or, il n’était pas triste en tant que Verbe, mais dans son âme. L’erreur d’Arius comme celle d’Apollinaire est donc écartée ; de même, celle de Manès, qui affirmait qu’il n’avait pas vraiment souffert. On voit donc clairement selon quoi il était attristé.

2708. Mais pourquoi était-il attristé ? Les interprétations des saints varient. Hilaire et plusieurs autres ont dit qu’il n’était pas triste à cause de lui-même, ni à cause de sa mort, mais à cause du scandale de ses disciples. Et il veut démontrer cela par le fait qu’il les prit avec lui. [Jean] Damascène dit qu’il s’attristait sur lui-même. Et pourquoi ? Parce que la tristesse nous habite lorsque nous fait défaut ce que nous aimons naturellement. L’âme veut naturellement être unie au corps, et cela habitait l’âme du Christ, car il a mangé, bu et a eu faim. La séparation [de son âme] allait donc contre le désir naturel. La séparation lui causait donc de la tristesse. Toutefois, nous pouvons comprendre qu’une chose existe dans l’âme selon ce qu’est [cette chose], et une chose existe dans l’âme selon qu’on la compare à autre chose. Ainsi, une potion amère, considérée en elle-même, est douloureuse, mais, mise en rapport avec la fin qu’est notre santé, elle est cause de joie, comme quelque chose appartient à la raison en tant que nature, et quelque chose [appartient] à la raison en tant qu’elle est raison. Ainsi, cette mort du Christ était un sujet de tristesse selon qu’elle était considérée en elle-même ; mais, selon qu’elle était mise en rapport avec [sa] cause, en la mettant en rapport avec [sa] fin, [le Christ] s’en réjouissait. Les paroles d’Hilaire et de Jérôme se comprennent donc par rapport à la fin [de la mort].

2709. On se demande aussi comment la tristesse s’est abattue sur le Christ. Il faut donc remarquer que parfois la tristesse survient comme une passion, parfois, comme une propassion. Comme une passion, lorsqu’on est affecté et changé ; mais lorsqu’on est affecté sans être changé, on a alors une propassion. Mais parfois les choses de ce genre nous affectent au point que la raison est changée, et alors il s’agit de passions complètes ; mais parfois la raison n’est pas changée, et alors il s’agit d’une propassion. Or, dans le Christ, la raison ne fut jamais changée. Il s’agissait donc de propassion, et non de passion. C’est pourquoi l’évangéliste dit d’une manière spécifique : IL COMMENÇA À RESSENTIR DE LA TRISTESSE.

2710. Augustin dit aussi que nous connaissons la tristesse en tant qu’elle a été contractée, mais le Christ [l’a connue] en tant qu’elle est assumée. En effet, on contracte ce qu’on reçoit d’origine en naissant, mais le Christ a assumé notre nature comme il l’a voulu. Ainsi, il n’était pas nécessaire qu’il reçoive la capacité de souffrir, telle la tristesse, mais [il l’a assumée] volontairement. Il faut aussi remarquer ce que dit [Jean] Damascène : chez nous, le mouvement de la passion vient avant la raison, car il y a parfois en nous passion et parfois propassion. Mais, dans le Christ, il n’y avait que propassion, et jamais un mouvement des puissances inférieures de l’âme ne s’est produit chez le Christ ; bien au contraire, les puissances inférieures étaient entièrement soumises à la raison et, lorsqu’il le voulait, il permettait aux puissances inférieures d’agir comme il leur était naturel. Ainsi, un autre évangéliste a dit qu’il se troubla, car ces mouvements n’auraient pu se produire que dans la mesure où il l’a voulu.

2711. ALORS IL LEUR DIT : « MON ÂME EST TRISTE À EN MOURIR. » Remarquez qu’il dit : « À EN MOURIR, par quoi je réparerai ce scandale et les autres. » Ou bien, selon une autre interprétation : « Ne croyez pas que cela doive durer éternellement, mais aussi longtemps que [mon] corps sera susceptible de souffrir, c’est-à-dire jusqu’à la mort MON ÂME EST TRISTE, puis elle sera glorifiée. »

Puis, il écarte les autres : DEMEUREZ ICI ET VEILLEZ AVEC MOI.

[26, 39]

2712. ÉTANT ALLÉ UN PEU PLUS LOIN, IL TOMBA FACE CONTRE TERRE EN FAISANT CETTE PRIÈRE. Plus haut, on a abordé la cause de la tristesse ; ici, il s’agit du déroulement de la prière du Christ. Et parce qu’il a prié par trois fois, cette section se divise donc en trois parties selon les trois prières.

À propos de la première, [Matthieu] présente la prière de celui qui prie ; deuxièmement, [le Christ] reproche aux disciples leur faute, en cet endroit : ET IL VINT VERS LES DISCIPLES, etc. [26, 40].

Dans la première partie, [Matthieu] présente d’abord la condition de celui qui prie ; deuxièmement, le contenu de sa prière.

Une triple condition est mise en évidence, car, en premier lieu, [Matthieu] relève sa préoccupation ; en second lieu, son humilité ; troisièmement, sa dévotion.

2713. [Il relève] sa préoccupation : IL S’EN ALLA UN PEU PLUS LOIN, car il se sépara même de ceux qu’il avait choisis. Plus haut, 6, 6 : Lorsque tu pries, entre dans ta chambre et, après avoir fermé la porte, prie ton Père dans le secret. Mais remarquez [que Matthieu dit qu’il ne s’est pas éloigné] beaucoup, mais UN PEU, afin de souligner qu’il n’est pas loin de ceux qui l’invoquent. Ps 144[145], 18 : Le Seigneur est proche de tous ceux qui l’invoquent. De même, [c’était] afin qu’ils le voient prier et en apprennent la manière. C’est pourquoi l’humilité vient ensuite : IL TOMBA FACE CONTRE TERRE, par quoi il donna un exemple d’humilité. En premier lieu, en raison de l’humilité commune, car l’humilité est nécessaire à la prière. Si 35, 21 : La prière de celui qui s’humilie traversera les nuées. Aussi en raison d’une humilité particulière, à savoir, celle de Pierre, car celui-ci avait dit : DUSSÉ-JE MOURIR AVEC TOI, JE NE TE RENIERAI PAS. Le Seigneur se prosterne donc afin d’indiquer qu’il ne fallait pas avoir confiance en sa propre puissance, plus haut, 11, 29 : Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur. De même la piété ou la dévotion est indiquée comme condition, lorsqu’il dit : MON PÈRE. En effet, il est nécessaire pour celui qui prie de prier avec dévotion. C’est pourquoi il dit : MON PÈRE, car il est Fils d’une manière unique, et nous [le sommes] par adoption. Jn 21, 17 : Je monte vers mon Père et votre Père, comme s’il était mon Père d’une certaine manière, et votre Père d’une autre façon.

2714. Ensuite, [Matthieu] ajoute le contenu de la prière : S’IL EST POSSIBLE, QUE CETTE COUPE PASSE LOIN DE MOI. Cette prière peut être interprétée de trois façons et, de quelque façon qu’on l’interprète, il faut prendre deux choses en considération.

Premièrement, vous devez la considérer d’une manière générale et pour tous, car, selon [Jean] Damascène, « la prière est une ascension de l’esprit vers Dieu. La prière est donc le fait de l’esprit ou de la raison supérieure ; elle est cependant inférieure à Dieu, mais, toutefois, supérieure à la nature humaine, ou soumise à la volonté divine ». Que faut-il donc comprendre ? Que la prière est le fait de la raison supérieure qui descend vers ces choses, comme il convient ; toutefois, qu’elle est toujours soumise à la raison divine. Et cela est indiqué lorsqu’il est dit : CEPENDANT, NON PAS COMME JE VEUX, MAIS COMME TU VEUX, car la raison supérieure suit la volonté de la nature, mais, toutefois, non pas de manière absolue, à savoir que, si elle est en rapport avec [une nature] supérieure, elle ne s’y oppose pas. [Le Christ] veut donc dire : « Je veux que s’accomplisse ce que je veux si cela ne s’oppose pas à ta justice, car je veux que ta justice s’accomplisse. » Par cela, il donne un exemple de la manière dont nous devons mettre de l’ordre dans nos affections, car nous devons les ordonner de telle manière qu’elles ne soient pas en désaccord avec la règle divine. Il n’est donc pas grave que l’on fuie ce qui est lourd à porter par nature, dans la mesure où on l’ordonne par rapport à la volonté divine.

2715. Selon Chrysostome et Origène, on peut aussi donner l’interprétation suivante : par la coupe, la passion du Christ est signifiée, ce dont il est question en Ps 115[116], 13 : Je prendrai la coupe du salut, etc. Il est clair que le Christ a possédé la volonté naturelle de l’homme. Or, celle-ci est de fuir la mort. Afin de montrer qu’il était homme, [le Christ] demande donc que la coupe s’éloigne de lui. Cela est tellement naturel qu’il n’écarte pas de lui la demande. De même, il dit : « S’IL EST POSSIBLE, QUE LA COUPE PASSE [LOIN DE MOI], c’est-à-dire la passion ; je ne le dis cependant pas de manière absolue, mais si cela est possible. » Et parce qu’on pourrait croire que cela était possible pour Dieu, il montre donc que cela est possible, car tout est possible pour toi, Mc 14, 36.

2716. CEPENDANT, NON PAS COMME JE VEUX, MAIS COMME TU VEUX, c’est-à-dire : « Je le veux si cela est conforme à ta justice. » C’est pourquoi il dit : NON PAS COMME JE VEUX. Il touche donc à deux volontés : l’une qu’il tenait du Père comme Dieu, qu’il avait en commun avec le Père ; et par cela, l’erreur de beaucoup est confondue. De même, [il avait] une autre volonté en tant qu’homme, et il soumettait en tout cette volonté au Père, nous donnant en cela l’exemple que nous soumettions notre volonté à la volonté de Dieu. Jn 6, 38 : Je suis descendu du ciel, non pas pour faire ma volonté, mais la volonté de celui qui m’a envoyé, le Père.

2717. Selon Jérôme, il ne demandait pas de manière absolue que cette coupe s’éloigne de lui. Il voyait qu’il allait souffrir par les Juifs ; il voulait donc que [la coupe] passe, c’est-à-dire racheter le monde au point qu’il n’y aurait pas de faute de la part de Juifs. Rm 11, 11 : La faute des Juifs est le salut pour les Gentils. Mais Hilaire donne l’interprétation suivante : le Seigneur ne demande pas de ne pas mourir, mais il demande que la coupe passe aux autres, comme s’il disait : « Je prendrai la coupe avec confiance. Je demande que mes disciples la prennent sans méfiance. »

Mais pourquoi dit-il : S’IL EST POSSIBLE ? Car cela semble être contre nature qu’ils accueillent la mort sans douleur. Il veut donc dire : « Moi, je voudrais que les autres ne souffrent pas, si cela était possible ; mais qu’il soit fait comme Tu veux, c’est-à-dire comme Tu en as disposé. »

[26, 40]

2718. PUIS, IL VINT VERS SES DISCIPLES. Ici, [le Seigneur] reproche à ses disciples leur manquement. Premièrement, le manquement est présenté ; deuxièmement, le reproche ; troisièmement, l’avertissement ; quatrièmement, la raison de l’avertissement.

Après avoir prié, IL VINT VERS LES DISCIPLES ET LES TROUVA ENDORMIS. Cela était justifié selon le sens littéral, car déjà une partie de la nuit avait passé. [Les disciples] étaient donc lourds de sommeil. La cause en était aussi qu’ils étaient tristes, et que le sommeil surprend facilement ceux [qui sont dans cet état]. Pr 17, 22 : Un esprit triste dessèche les os. De même, il est indiqué qu’alors que le Christ montait vers sa passion pour nous, beaucoup dormaient, puisque toutes s’assoupirent et s’endormirent, plus haut, 25, 5.

ET IL DIT À PIERRE : « AINSI, VOUS N’AVEZ PAS PU VEILLER UNE HEURE AVEC MOI ? » Mais pourquoi s’est-il adressé plutôt à Pierre ? La raison en est que Pierre s’était davantage vanté qu’il l’aiderait dans le besoin. C’était donc déjà un présage de sa chute. VOUS N’AVEZ PAS PU VEILLER UNE HEURE AVEC MOI ? Et pour quelle raison s’est-il ensuite adressé à tous par après ? Parce que tous avaient promis en même temps que Pierre. C’est pourquoi il est dit plus haut : TOUS [LES DISCIPLES] EN DIRENT AUTANT.

[26, 41]

2719. VEILLEZ ET PRIEZ POUR NE PAS ENTRER EN TENTATION ! Dans cette section, un avertissement est ajouté : « Vous avez confiance en vous-mêmes ; mais vous devez chercher refuge dans les suffrages de la prière. Ainsi donc, PRIEZ POUR NE PAS ENTRER EN TENTATION ! » C’est pourquoi auparavant, 6, 13, dans la prière commune, il enseigne à demander cela : Ne nous induis pas en tentation. Et il fait précéder la préparation par la vigilance. Si 18, 23 : Avant de prier, prépare ton âme, c’est-à-dire que la prudence est nécessaire, plus haut, 10, 16 : Soyez prudents comme des serpents. CAR L’ESPRIT EST ARDENT, MAIS LA CHAIR EST FAIBLE, comme s’il disait : « Ce que vous promettez vient de l’empressement de l’esprit ; toutefois, la prière n’est pas nécessaire à cause de l’esprit, mais à cause de la chair qui est faible. Il faut donc veiller. » 2720. Cela ressemble à ce que l’Apôtre dit, Rm 8, 10 : Le corps est mort à cause du péché, mais l’esprit vit à cause de la justification. Mais il faut remarquer que la chair de tous est faible, mais que l’esprit de tous n’est pas empressé. Chez les méchants, l’esprit est aussi faible que la chair ; chez les bons, c’est le contraire, car ils ont un esprit empressé, et ainsi, lors de la résurrection, l’esprit revient avec empressement vers le corps. Ou bien, il peut exister une double faiblesse : l’une, mauvaise, qui incline au péché, ce pourquoi l’Apôtre dit en Rm 7, 18 : Le bien n’habite pas dans ma chair ; l’autre est une bonne faiblesse, par laquelle [l’homme] charnel cède rapidement, selon ce qui est dit en Ct 5, 8 : Dites à mon bien-aimé que je me languis d’amour. Pour cette raison, l’homme doit veiller, selon Origène, comme celui qui possède un grand trésor veille attentivement afin de le garder.

[26, 42]

2721. À NOUVEAU, POUR LA DEUXIÈME FOIS, IL S’EN ALLA PRIER. Ici, [le Christ] prie pour la deuxième fois. Selon Chrysostome, il prie pour la deuxième fois afin de montrer avec plus de fermeté la vérité de sa nature humaine. Ainsi, en Gn 41, 32 : Ce que tu as vu une deuxième fois est un signe qui confirme.

Ce qu’il dit : SI CETTE COUPE NE PEUT PASSER SANS QUE JE LA BOIVE, QUE TA VOLONTÉ SOIT FAITE !, peut être interprété de trois façons. La première [interprétation] est la suivante : auparavant, il avait demandé sous condition ; mais ici, parce qu’il avait reçu l’assurance qu’il ne pouvait pas ne pas la boire, il demande donc que la volonté [du Père] soit faite, comme s’il disait : « S’il n’est pas possible que je passe à la gloire de l’immortalité, bien que [ma] mortalité n’ait pas été contractée, mais assumée. » Ainsi, qu’il souffre ou non, il devait passer à la gloire de l’immortalité. Mais il ne pouvait s’éloigner de lui-même et de [ses] membres. S’il ne buvait pas [la coupe], il ne s’éloignerait donc pas de [ses] membres. Il veut donc dire : « Si cela ne peut être éloigné de moi et de mes membres, QUE TA VOLONTÉ SOIT FAITE ! » Ps 39[40], 9 : J’ai voulu faire ta volonté, mon Dieu.

2722. Jérôme interprète POUR LA DEUXIÈME FOIS de la manière suivante. « S’il n’est pas possible que la vérité passe aux Gentils sans que les Juifs s’égarent, QUE TA VOLONTÉ SOIT FAITE. » En effet, c’est à cause de la faute [des Juifs] que le salut est parvenu aux Gentils. Hilaire l’interprète ainsi : « S’il est impossible que les autres saints boivent la coupe de la passion sans mon exemple, QUE TA VOLONTÉ SOIT FAITE ! », car les autres saints ont pris exemple sur le Christ. Il veut donc dire : « S’il est impossible que cela passe de moi à mes disciples sans que je boive, afin qu’ils deviennent plus forts pour boire, QUE TA VOLONTÉ SOIT FAITE ! »

[26, 43]

2723. Ensuite est présenté le second endormissement des disciples : PUIS IL VINT ET LES TROUVA DE NOUVEAU ENDORMIS, CAR LEURS YEUX ÉTAIENT APPESANTIS de sommeil, c’est-à-dire par le sommeil et à cause de la tristesse. Ps 30, 10 : Mon œil a été troublé par la colère.

[26, 44]

2724. IL LES LAISSA ET S’EN ALLA DE NOUVEAU PRIER UNE TROISIÈME FOIS. Ici, il est question de la troisième prière, et [Matthieu] fait deux choses : il présente en premier lieu le déroulement de la prière ; en second lieu, la permission de dormir, en cet endroit : ALORS IL VINT VERS LES DISCIPLES, etc. [26, 45].

[Matthieu] dit : IL LES LAISSA ET S’EN ALLA DE NOUVEAU PRIER UNE TROISIÈME FOIS EN TENANT LE MÊME LANGAGE. Mais que signifie qu’il ait prié trois fois ? Il a prié trois fois pour nous libérer des maux passés, présents et à venir. Aussi, afin de nous enseigner à orienter notre prière vers le Père, le Fils et le Saint-Esprit. C’est pourquoi, dans les prières de l’Église, on dit toujours : « Gloire au Père, au Fils et au Saint-Esprit. » C’était aussi pour délivrer du triple reniement de Pierre par une triple prière. Lc 22, 32 : J’ai prié pour toi, Pierre, afin que ta foi ne défaille pas.

2725. Il a aussi prié contre les trois peurs. En effet, la crainte s’oppose à la concupiscence. Or, il existe trois concupiscences : celles de la curiosité, de l’orgueil et de la chair, et cette triple [concupiscence] est abordée en 1 Jn 2, 16 : Tout ce qui existe dans le monde est soit concupiscence de la chair, concupiscence des yeux ou orgueil de la vie. À cette triple concupiscence répond une triple crainte : à la concupiscence de la chair, la crainte de la souffrance ; à la concupiscence des yeux, la crainte de la pauvreté ; à la concupiscence de l’orgueil, la crainte du rejet et de l’humiliation. Et le Christ les a souffertes, non pas parce qu’il en avait besoin, mais pour nous.

[26, 45]

2726. ALORS IL VINT VERS SES DISCIPLES ET IL LEUR DIT. Premièrement, il [leur] permet de dormir ; deuxièmement, il les réveille, en cet endroit : LEVEZ-VOUS ! ALLONS ! [26, 46].

En premier lieu, il donne la permission [de dormir] ; en second lieu, il en indique la raison, en cet endroit : VOICI QUE’APPROCHE L’HEURE OÙ LE FILS DE L’HOMME SERA LIVRÉ [26, 45].

2727. Le Christ les a trouvés une première fois endormis et leur a adressé des reproches ; la seconde fois, il les a trouvés endormis et a gardé le silence ; la troisième fois, il les a trouvés endormis et leur a permis de dormir. Pour quelle raison ? La raison littérale est qu’il voulait donner au prélat une forme de correction, car, lorsqu’on vient vers quelqu’un et le trouve endormi, on ne sait si cela lui est arrivé par négligence ou par faiblesse. Et on peut le permettre. Aussi, parce que, après la résurrection, il les a trouvés endormis et le leur a reproché, Lc 24, 25 : Ô cœurs sans intelligence et lents à croire ! De même, il les a visités après qu’ils eurent reçu le Saint-Esprit, et alors il n’a rien dit, parce qu’ils étaient encore faibles, car ils observaient encore les [prescriptions] de la loi, comme le dit Pierre en Ga 2, 11. Mais il [les] visitera lors de son dernier avènement et les enverra à un repos saint et paisible. Ps 4, 9 : Je m’endormirai en lui et me reposerai.

2728. Selon Augustin, il le leur a permis alors qu’auparavant il le leur avait défendu. Mais il s’agit ici d’un autre sommeil qu’auparavant, car il s’agissait [auparavant] d’un sommeil d’accablement, et il en parle plus haut. Il dit donc, 26, 43 : LEURS YEUX ÉTAIENT APPESANTIS PAR LE SOMMEIL, et il faut blâmer cela. Mais ici, il s’agit d’un sommeil de repos, et celui-ci est permis. De même, il existe un sommeil troublé, et celui-ci est défendu. Il est dit de celui-ci en Ep 5, 14 : Debout, toi qui dors, lève-toi d’entre les morts ! En effet, il y a parfois un sommeil qui repose le corps, alors que l’âme veille : Je dors, mais mon cœur veille ! [Ct 5, 2]. Aussi, parce qu’ils allaient souffrir ; il fallait donc qu’ils soient apaisés.

2729. Ensuite, il indique la cause : VOICI QU’APPROCHE L’HEURE. Il n’avait pas à faire cela par nécessité, mais en vertu d’une disposition divine. Jn 7, 30 : Ils cherchaient à mettre la main sur lui, mais son heure n’était pas encore venue. Mais cette heure était venue. Jn 13, 1 : Jésus, sachant que l’heure était venue de passer de ce monde à son Père. Mais on pourrait dire : « Si l’heure relève d’une disposition divine, alors ceux qui le tuent ne pèchent pas. » C’est pourquoi il présente en même temps le péché : OÙ LE FILS DE L’HOMME SERA LIVRÉ AUX MAINS DES PÉCHEURS, c’est-à-dire qu’ils ne font pas cela en vertu d’une disposition divine, mais pour faire leur volonté. Jr 12, 7 : J’ai livré mon âme chérie aux mains de ses ennemis.

[26, 46]

2730. Ensuite, [Matthieu] présente le réveil : d’abord, il le présente, en cet endroit : VOICI, etc. Par le fait de dire : LEVEZ-VOUS !, [le Seigneur] montre son empressement. C’est ainsi qu’il est dit, en Jn 18, 3, qu’il vint vers eux. Et pourquoi ? VOICI QU’APPROCHE CELUI QUI ME LIVRERA ! Il était proche, non pas qu’il le vît de son œil corporel, mais par son esprit, à savoir, par l’œil de la divinité. Mais pourquoi leur dit-il : LEVEZ-VOUS !, alors qu’il leur avait permis de dormir ? Augustin donne la solution : il avait parlé en faisant un reproche, comme s’il disait : « Dormez tant que vous voulez, VOICI QU’APPROCHE L’HEURE, etc. » Et Augustin dit que cela suffirait, s’il n’arrivait rien de mieux. Il dit donc autre chose : ceux-ci avaient dormi un peu, et, alors qu’ils s’étaient endormis, il dit : LEVEZ-VOUS ! ALLONS !

 

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