2731. Plus haut, les événements préparatoires à la passion ont été présentés, à savoir, l’institution du sacrement et la prière du Christ ; mais ici, [Matthieu] présente la passion du Christ quant à ce qui est fait par les Juifs. Premièrement, il montre comment on s’empare [du Christ] ; deuxièmement, comment il est jugé ; troisièmement, comment il est condamné. Le second point [se trouve] en cet endroit : LES GRANDS PRÊTRES, etc. [26, 59] ; le troisième, en cet endroit : CEPENDANT, LES GRANDS PRÊTRES, etc. [27, 20].
À propos du premier point, [Matthieu] fait trois choses : premièrement, il traite de la trahison ; deuxièmement, de la capture ; troisièmement, de la manière dont il a été amené après la capture. Le second point [se trouve] en cet endroit : ALORS ILS S’APPROCHÈRENT [26, 50] ; le troisième, en cet endroit : MAIS EUX, SE SAISISSANT DE LUI, etc. [26, 51].
2732. À propos du premier point, il fait trois choses : premièrement, [Matthieu] décrit la personne du traître ; deuxièmement, le signe de la trahison ; troisièmement, il ajoute quelque chose. Le second point [se trouve] en cet endroit : OR CELUI QUI LE TRAHISSAIT, etc. [26, 48] ; le troisième, en cet endroit : ET AUSSITÔT, etc. [26, 49].
[Matthieu] décrit le traître par trois traits : premièrement, par son nom ; deuxièmement, par sa dignité ; troisièmement, par son entourage.
2733. Par son nom : COMME IL PARLAIT ENCORE, VOICI QUE JUDAS, etc. [26, 47]. Alors qu’il prononçait ces paroles, auxquelles il accordait foi, VOICI QUE JUDAS, qui veut dire « celui qui confesse ». Il y avait deux Judas, dont l’un était mauvais et l’autre bon, pour indiquer que certains confesseurs dans l’Église seraient bons, Rm 10, 10 : La confession de bouche est faite en vue du salut, et d’autres seraient mauvais, Tt 1, 16 : Ils confesseront qu’ils connaissent Dieu, mais ils le nient par leurs actes.
2734. Ensuite, [Judas] est décrit par sa dignité : L’UN DES DOUZE, car bien qu’il ait été établi dans une telle dignité, il a commis un aussi grand crime. L’exemple est ainsi donné que personne ne doit mettre sa confiance en son état. L’Apôtre [dit], 1 Co 10, 12 : Que celui qui est debout prenne garde de tomber ! Jn 6, 27 : Ne vous ai-je pas choisis, vous, les Douze, alors que l’un de vous est le Diable ? Et pourquoi l’a-t-il choisi, alors qu’il savait qu’il serait mauvais ? Une raison était de donner un exemple aux prélats, afin qu’ils ne se désolent pas.
2736. Il est ensuite question du signe de la trahison : OR, CELUI QUI LE TRAHISSAIT LEUR AVAIT DONNÉ CE SIGNE, EN DISANT, etc. Mais ici se pose une question. Comme [Jésus] était connu en Judée, pourquoi demandaient-ils un signe ? Il peut y avoir deux raisons. L’une, que Judas avait entendu dire que le Christ avait été transfiguré sur la montagne, et il croyait que cela s’était produit par l’art de la magie. Il voulut donc prévenir cela par le signe du baiser, avant qu’il ne puisse être transfiguré. Jérôme donne cette interprétation. Mais Origène dit ce qui suit : « De même que chacun goûtait la manne au désert selon l’opinion qu’il en avait, de même le Christ apparaissait à chacun selon l’opinion qu’on avait de lui. » Il était donc nécessaire que [Judas] donne un signe. Il donna un signe étonnant : CELUI À QUI JE DONNERAI UN BAISER, C’EST LUI ; ARRÊTEZ-LE ! Le signe de l’amitié devint le signe de la trahison. Pr 27, 6 : Les blessures données par l’ami sont meilleures que les baisers trompeurs de l’ennemi.
2737. ET IL S’APPROCHA AUSSITÔT DE JÉSUS EN DISANT : « SALUT, RABBI ! », ET IL L’EMBRASSA. Ici est présenté l’accomplissement de la trahison. Premièrement, [Judas] en donna des signes ; deuxièmement, il commença à agir.
Et il le montre par ce qu’il dit en premier lieu : « SALUT, RABBI ! » ; en second lieu, par un geste : ET IL L’EMBRASSA. On trouve quelque chose de semblable en 2 R [2 Sm] 10, 1, où Joab prit le menton d’Amasa et le tua. Mais pourquoi ne se dirigea-t-il pas tout de suite vers lui, mais le salua-t-il d’abord ? Une raison est le respect envers le maître. Il le salua donc d’abord parce qu’il craignait qu’avant de pouvoir le signaler, il pourrait auparavant se transfigurer.
2738. MAIS JÉSUS LUI DIT : « AMI, POURQUOI ES-TU VENU ? » Cela peut être lu comme une interrogation ou comme de l’indulgence. Si [on le lit] comme une interrogation, on peut alors lire que cela a été dit comme un reproche, comme s’il disait : « Tu manifestes de l’amitié par un baiser et tu es venu me perdre ? », conformément à Ps 27[28], 3 : Ils ont la paix à la bouche, mais le mal est dans leur cœur. Et [Le Seigneur] dit : « AMI ! » Chaque fois qu’il en appelle un autre : « Ami ! », il exprime un reproche. Ainsi a-t-il été dit plus haut, 22, 12 : Ami, comment es-tu entré ici sans porter le vêtement de noces ? Et ailleurs, 20, 13 : Ami, je ne te fais pas de tort, etc. 1 Jn 4, 19 : Ce n’est pas nous qui l’avons aimé en premier lieu, mais lui qui nous a d’abord aimés. Ou bien, on peut lire cela comme [une expression] d’indulgence. Il ne s’agit pas alors d’une parole de reproche, mais d’indulgence : AMI, POURQUOI ES-TU VENU ? Selon Jn 13, 27 : Ce que tu as à faire, fais-le vite ! Et il l’appelle « ami » pour ce qui le concerne, car avec ceux qui haïssaient la paix, j’ai été pacifique, Ps 119[120], 7. Et bien qu’il sût qu’il devait l’embrasser, il s’avança cependant vers lui.
2739. ALORS, S’AVANÇANT, ILS MIRENT LA MAIN SUR JÉSUS. Maintenant, il s’agit de la capture : premièrement, la rudesse de la capture est présentée ; deuxièmement, le témoignage ; troisièmement, le reproche adressé à un disciple.
À propos du premier point, [Matthieu] fait trois choses : premièrement, il dit comment les serviteurs s’emparèrent de lui ; deuxièmement, comment un disciple voulut l’empêcher ; troisièmement, comment le Christ le lui reprocha.
[Matthieu] dit donc : ALORS, S’AVANÇANT, ILS MIRENT LA MAIN SUR JÉSUS. Is 1, 15 : Vos mains sont pleines de sang. [Le Seigneur] se livra lui-même. Jr 12, 7 : J’ai livré mon âme chérie aux mains de ses ennemis.
2740. Puis, on présente comment un disciple s’en prit aux agresseurs : ET VOILÀ QU’UN DES COMPAGNONS DE JÉSUS, PORTANT LA MAIN À SON GLAIVE, LE SORTIT. Qui était celui-ci ? Il faut dire que c’était Pierre. Ainsi, comme il avait voulu auparavant, 16, 22, empêcher la passion du Christ, de même en est-il ici. Comment en eut-il l’occasion ? Du fait de ce qu’on lit en Lc 22, 36, où le Seigneur leur ordonna d’acheter des glaives, et qu’ils crurent comprendre que des glaives étaient nécessaires. Ils avaient ainsi des couteaux pour tuer l’agneau. C’est pourquoi Pierre en avait un.
2741. IL FRAPPA LE SERVITEUR DU GRAND PRÊTRE ET LUI AMPUTA L’OREILLE. Ne croyez pas qu’il ait eu le temps de décider qu’il lui amputerait l’oreille, mais il lui porta un coup et, alors qu’il voulait le frapper à mort, il arriva qu’il lui amputa l’oreille. Le nom de ce [serviteur] était Malchus, qui veut dire « roi ». Il indique l’enlèvement du royaume au peuple juif, et cependant il est devenu le serviteur des grands prêtres, c’est-à-dire des Romains. C’est à lui que Pierre a coupé l’oreille. Par l’oreille, on entend l’ouïe, et celle-ci est double : celle de droite, par laquelle est indiquée la vie éternelle ; celle de gauche, par laquelle [est indiquée la vie] temporelle. IL LUI AMPUTA L’OREILLE, car il enleva au peuple des Juifs l’enseignement spirituel. Ce fut l’occasion par laquelle les Gentils reçurent l’ouïe de droite, car Pierre prêcha d’abord aux Gentils et leur amputa ainsi celle de droite, en amenant les Gentils à la foi.
2742. ALORS JÉSUS LUI DIT : « REMETS TON GLAIVE À SA PLACE. » Ici est présenté le reproche : premièrement, il fait un reproche à Pierre ; deuxièmement, aux serviteurs : À CE MOMENT-LÀ, JÉSUS DIT AUX FOULES, etc. [26, 55].
En premier lieu, [le Seigneur] formule le reproche ; en second lieu, il donne la raison de l’avertissement : CAR TOUS CEUX QUI PRENNENT LE GLAIVE PÉRIRONT PAR LE GLAIVE.
Il est dit : ALORS JÉSUS LUI DIT : « REMETS TON GLAIVE À SA PLACE. » Il était venu pour souffrir volontairement ; il ne voulait donc pas être défendu. Par cela, il donnait aux martyrs souffrant pour le Christ l’exemple de ne pas se défendre eux-mêmes.
2743. Ensuite, il donne la raison : premièrement, à cause de la peine ; deuxièmement, en raison de la volonté du Christ ; troisièmement, à partir d’une autorité. Le second point [se trouve] en cet endroit : PENSES-TU QUE JE NE POURRAIS PAS FAIRE APPEL À MON PÈRE, etc. ? [26, 53] ; le troisième, en cet endroit : COMMENT ALORS S’ACCOMPLIRAIENT LES ÉCRITURES ? [26, 54].
2744. En premier lieu, [le Seigneur] radoucit [Pierre] en évoquant la crainte de la peine : TOUS CEUX QUI PRENNENT LE GLAIVE PÉRIRONT PAR LE GLAIVE. Mais Augustin soulève une question, car ce ne sont pas tous ceux qui portent le glaive qui périssent par le glaive, mais [ils périssent] parfois de la fièvre. On peut donc interpréter cela de trois façons, selon qu’il existe un triple glaive. [Un glaive] matériel, dont il est question en Ps 36, 14 : Les pécheurs ont sorti le glaive. Aussi, celui de la sentence divine, dont il est question en Jr 19, 7 : Je les renverserai par le glaive. Encore, celui de la parole divine : Ep 6, 17 : Prenez le glaive de l’esprit, qui est la parole de Dieu. Cela peut s’entendre de tous ces [glaives]. Du glaive matériel, car celui qui sort le glaive périra par le glaive, à savoir, le sien, et non celui d’un autre. Ainsi, Ps 36[37], 15 : Que leur glaive transperce leur cœur ! On peut aussi l’interpréter du glaive de la condamnation, dont il est dit, en Gn 3, 24, que le Seigneur plaça un glaive de feu à l’entrée du Paradis. Aussi, ceux qui condamnent les autres seront condamnés par le jugement divin. Ou bien, certains prennent de leur propre autorité ce qu’ils n’ont pas reçu d’une autre, et ceux-là périront par le glaive.
2745. PENSES-TU QUE JE NE POURRAIS PAS DEMANDER À MON PÈRE, etc. ? Ici, il donne la raison de radoucir l’âme de Pierre, en laissant entendre qu’il souffrait volontairement et qu’il aurait pu s’enfuir. Et parce qu’il voyait que [Pierre] prenait les devants, il dit donc : [PENSES-TU QUE] JE NE POURRAIS PAS DEMANDER À MON PÈRE ? Il ne dit pas : « Je peux faire appel ou faire venir », mais « demander » : en effet, il utilise des paroles d’homme, car il appartient à l’homme de prier. ET IL ME FOURNIRAIT IMMÉDIATEMENT PLUS DE DOUZE LÉGIONS D’ANGES. Cela a été dit à cause de la faiblesse de l’esprit de Pierre. Pierre se trouvait dans une telle situation qu’il devait le défendre et avait besoin de l’aide des hommes. C’est pourquoi [le Seigneur] veut dire que s’il avait besoin d’être défendu par l’aide des hommes, à combien plus forte raison par celle des anges ! Mais cela n’était pas nécessaire, car les anges sont plutôt maintenus dans l’existence par lui.
2746. Mais que veut dire : DOUZE LÉGIONS D’ANGES ? Il faut dire que « société », chez les Grecs, se dit « phalange », et, chez les Romains, « légion », et celle-ci comportait six mille hommes. De sorte que douze légions donnent soixante-douze mille [hommes], et tel est le nombre de langues chez les hommes, comme on le lit en Gn 11. Il veut donc dire : « Si tous les hommes se soulevaient contre moi, le Seigneur pourrait envoyer mille anges contre n’importe quelle langue » ; et si un seul ange en détruisait tant de milliers, comme il est clair en Is 37, à bien plus forte raison mille [anges] pourraient-ils détruire une seule langue ! Jb 25, 3 : Quel est le nombre de ses soldats ? Dn 7, 10 : Des milliers de milliers le servaient, et des dizaines de milliers de centaines de milliers l’aidaient. Rémi dit ce qui suit : « Tous ceux qui font la volonté de Dieu peuvent être appelés des anges, c’est-à-dire des messagers. » Is 18, 2 : Allez, anges rapides, vers une nation perturbée et déchirée. En effet, tous ceux qui servent Dieu sont appelés des anges. Ps 103[104], 4 : Lui qui a fait des esprits ses anges et de ses serviteurs un feu ardent.
2747. On peut encore entendre par « légion » la légion des Romains. Le Seigneur pourrait ainsi faire venir et appeler les légions des Romains afin de détruire les Juifs, comme cela est arrivé par la suite sous Titus et Vespasien. Par ce texte, certains ont démoli l’opinion de ceux qui disaient que le Seigneur ne pouvait faire que ce qu’il fait, car, s’il pouvait faire appel à des légions, auxquelles il n’avait pas fait appel, il est clair qu’il peut faire beaucoup de choses qu’il ne fait pas.
2748. COMMENT ALORS S’ACCOMPLIRAIENT LES ÉCRITURES ? Ici est présentée la troisième raison pour laquelle [Pierre] ne devait pas s’opposer, car les Écritures l’ont dit, et donc, il faut que cela s’accomplisse. [Le Seigneur] ne dit pas quelles Écritures parce que tous les prophètes l’ont dit de manière occulte ou claire. Ainsi, Lc 24, 26 : Ne fallait-il pas que le Christ souffrît pour entrer dans sa gloire ?
2749. À CE MOMENT-LÀ, JÉSUS DIT AUX FOULES. Dans cette partie, [le Seigneur] fait des reproches aux serviteurs, et il fait deux choses : premièrement, il rappelle un fait ; deuxièmement, le caractère déraisonnable du fait, lorsqu’il dit : VOUS ÊTES VENUS POUR VOUS EMPARER DE MOI AVEC DES GLAIVES ET DES BÂTONS COMME SI J’ÉTAIS UN BRIGAND. Jb 16, 10 : Il s’en est pris à moi avec ses dents, car ils étaient venus comme s’il était un brigand. Or, eux-mêmes venaient comme des brigands. Le brigand se cache pour ne pas être pris, mais le Christ s’offre ouvertement. Et les brigands, s’ils veulent nuire, ne nuisent pas en public. Or, le Christ s’offrait.
Il dit donc : CHAQUE JOUR, J’ÉTAIS PARMI VOUS DANS LE TEMPLE À ENSEIGNER, ET VOUS NE M’AVEZ PAS ARRÊTÉ. Vous êtes donc venus comme des brigands. En effet, afin de leur donner une occasion, il était sorti de la ville. CHAQUE JOUR, J’ÉTAIS PARMI VOUS DANS LE TEMPLE. Il y a quelque chose de semblable dans Jn 17, 20 : Je n’ai rien dit en secret. Et il dit : À ENSEIGNER DANS LE TEMPLE. C’était son habitude de toujours enseigner dans le temple. ET VOUS NE M’AVEZ PAS ARRÊTÉ. Il est donc clair que vous êtes venus comme des brigands.
2750. Ensuite un témoignage est présenté : OR, TOUT CECI ARRIVA POUR QUE S’ACCOMPLISSENT LES ÉCRITURES DES PROPHÈTES. [Matthieu] ne dit pas de quels [prophètes], car on le lit chez presque tous. Ps 21, 17 : Ils ont percé mes mains et mes pieds, et ils ont compté tous mes os. Et Is 53, 3 : Nous l’avons considéré comme le moindre des hommes, comme un homme de douleurs. Et [Matthieu] dit : AFIN QUE S’ACCOMPLISSENT. « Afin » peut être entendu comme une indication de cause, et tel n’est pas le sens ici ; ou bien, on peut l’entendre de manière consécutive, et tel est le sens ici. En effet, cela n’est pas arrivé parce que les prophètes l’ont dit, mais ils l’ont prédit parce que cela devait arriver. Le sens est donc : AFIN QUE S’ACCOMPLISSENT, c’est-à-dire que, de ce fait, s’est accompli ce qui avait été prédit par les prophètes.
2751. ALORS LES DISCIPLES L’ABANDONNÈRENT TOUS ET PRIRENT LA FUITE, pour que s’accomplît ce qui est dit en Ps 37[38], 12 : Mes amis et mes proches m’ont abandonné. Mais pourquoi ne l’ont-ils pas abandonné dès le début ? Jérôme répond qu’il est écrit en Jn 7, 30 : Ils le recherchaient, et personne ne mit la main sur lui, car son heure n’était pas venue. Ils croyaient donc qu’il pouvait se libérer et se défendre. Mais, lorsqu’ils virent qu’il avait été pris et qu’il ne voulait pas se défendre, ils s’enfuirent et l’abandonnèrent.
2752. Il a été question plus haut de la capture du Christ. Maintenant, il est question de l’endroit où il a été conduit. L’endroit ainsi que l’entourage de ceux qui rassemblèrent en ce lieu sont décrits.
2753. [Matthieu] dit donc : MAIS EUX, c’est-à-dire ceux qui l’avaient capturé, LE MENÈRENT À CAÏPHE. Ce Caïphe était grand prêtre cette année-là, d’après Jérôme, selon ce qui est dit en Jn 11, 49 : Alors qu’il était grand prêtre pour cette année-là. En effet, déjà, le sacerdoce n’était plus exercé selon le précepte de la loi. Le Seigneur avait ordonné qu’Aaron et ses fils soient prêtres par droit d’héritage, de sorte que, lorsqu’un prêtre mourait, un autre demeurait prêtre. Mais par la suite, en raison d’une ambition croissante, ils ne purent pas le supporter, mais, après la soumission de la Judée aux Romains, ce Caïphe avait acheté des Juifs le sacerdoce : il l’avait acheté de Pilate. C’était donc un grand [prêtre] injuste. Et il n’est pas étonnant qu’un juge injuste ou un grand [prêtre injuste] porte un jugement injuste. Cela s’accorde au mystère, car, de même que la passion du Christ était l’offrande du sacrifice véritable, de même le lieu devait convenir, de sorte que le Christ, qui est prêtre pour l’éternité, fût offert dans la maison du grand prêtre. Caïphe veut dire « chercheur », et cela peut être mis en rapport avec la méchanceté par laquelle il a condamné le Christ.
2754. Mais ici se pose une question, car il est dit en Jn 18, 13 que [le Christ] fut d’abord conduit chez Anne. Et on doit comprendre que cela est vrai : ils s’étaient rendus chez Anne et s’y étaient réunis. Par cela se manifeste leur méchanceté, car, alors qu’ils devaient assister à la célébration [de la Pâque], ils s’adonnaient à leur malice, de sorte que s’appliquait à eux ce qui est dit en Is 1, 14 : Mon âme a haï vos célébrations. Ainsi s’accomplit ce qui est dit en Ps 2, 2 : Ils se sont ligués contre Dieu et contre son Christ.
2755. MAIS PIERRE LE SUIVAIT DE LOIN. Il a été question du lieu. Maintenant, il est question de Pierre qui y accède. Premièrement, [le Christ] y est conduit ; deuxièmement, Pierre y arrive. [Matthieu] fait trois choses : premièrement, il aborde la manière ; deuxièmement, comment [Pierre] y arriva en suivant.
Qu’il y soit arrivé, cela fut le fait de la ferveur ; qu’[il ait suivi] de loin, cela fut le fait de la peur, car le Christ a souffert pour l’Église, et non pour lui-même ; mais Pierre et l’Église ont souffert pour eux-mêmes. De même, le lieu est abordé, car [Pierre le suivit] JUSQU’AU PALAIS DU GRAND PRÊTRE. En effet, il n’osa pas entrer dans la maison afin de ne pas paraître faire partie des disciples de Jésus. Comment il entra, Matthieu n’en parle pas, mais Jean 18, 15 le raconte, car un disciple était connu du grand prêtre et fit entrer Pierre.
2756. Vient ensuite l’entourage : IL PÉNÉTRA À L’INTÉRIEUR ET S’ASSIT AVEC LES SERVITEURS POUR VOIR LE DÉNOUEMENT. Il faisait cela soit par curiosité, soit par attachement. Et ces trois choses préparaient d’une certaine façon la chute de Pierre. Le fait qu’il suivait de loin y préparait, car cela signifiait qu’il n’était pas solide : en effet, celui qui est solide doit s’approcher. Ainsi est-il dit en Jc 4, 8 : Approchez-vous de Dieu, et il s’approchera de vous. Car, dans la maison de Dieu se trouve le trône de Dieu et de l’Agneau, Ap 22, 3. En effet, dans la maison, se trouve la charité parfaite. Pierre ne s’est donc pas approché de la charité du Christ. De même, il n’allait pas jusqu’à la méchanceté des Juifs. Il était donc tiède, et il lui arriva ce qui est dit en Ap 3, 16 : Parce que tu es tiède, je te cracherai de ma bouche. De même, les serviteurs étaient mauvais. Si 10, 2 : Comme est le juge du peuple, ainsi sera son serviteur. Il n’y a donc pas à s’étonner qu’il soit tombé, car il était en mauvaise compagnie. C’est pourquoi Ps 17[18], 16 [dit] : Tu seras saint avec les saints.
2757. Puis suit le procès du Christ : premièrement, selon les témoins ; deuxièmement, selon sa propre confession, en cet endroit : SE LEVANT ALORS, LE GRAND PRÊTRE LUI DIT, etc. [26, 62].
À propos du premier point, [Matthieu] fait trois choses : premièrement, les efforts pervers des grands prêtres sont indiqués ; deuxièmement, leur échec ; troisièmement, le faux témoignage.
2758. [Matthieu] dit donc : MAIS LES GRANDS PRÊTRES CHERCHAIENT UN FAUX TÉMOIGNAGE CONTRE JÉSUS, AFIN DE LE FAIRE MOURIR. Mais une question se pose : pourquoi ne le mirent-ils pas à mort sans faire appel à un témoignage ? Une raison est que les hypocrites recherchent ce qui paraît bien, mais ne recherchent pas la vérité. Ainsi, ceux-ci cherchaient à donner l’impression qu’ils ne le faisaient pas d’eux-mêmes. Ils agissaient donc contre la loi. Ex 20, 16 : Ne porte pas de faux témoignage contre ton prochain. S’il n’est pas permis d’en porter, il n’est pas [non plus permis] d’en rechercher. Une autre raison est qu’ils n’avaient pas le pouvoir de mettre à mort : ils cherchaient donc comment le livrer au gouverneur.
2759. ET ILS N’EN TROUVÈRENT PAS, BIEN QUE DE NOMBREUX FAUX TÉMOINS SE SOIENT PRÉSENTÉS. Voici leur échec, par lequel est indiquée l’innocence du Christ, de sorte qu’il puisse dire : Moi, j’ai marché comme l’innocent que je suis. En effet, ils ont toujours tendu des embûches au Christ, mais ils n’ont rien trouvé de mal. Il a donc accompli ce qu’on lit en 1 P 2, 5 : Ceux qui font le bien font taire l’imprudence des ignorants.
2760. Vient ensuite le faux témoignage : FINALEMENT, DEUX FAUX TÉMOINS SE PRÉSENTÈRENT, QUI DIRENT. Mais ici se pose une question : pourquoi les appelle-t-on des faux témoins ? Le Christ avait pourtant parlé ouvertement, Jn 2, 19. Selon Jérôme, on n’appelle pas seulement « faux » celui qui parle de ce qu’il ne connaît pas, mais qui met ce qui a été dit en rapport avec une mauvaise interprétation. CET HOMME A DIT : « JE PUIS DÉTRUIRE LE TEMPLE DE DIEU ET LE RELEVER EN TROIS JOURS. » Or, [Jésus] ne l’entendait pas du temple matériel, mais du temple de son corps. Ainsi, il ne s’agit pas seulement d’un faux témoignage pour ce qui est du sens, mais pour ce qui est des paroles, car [Jésus] avait dit : « Détruisez ce temple », et il n’avait pas dit : « Je peux détruire le temple de Dieu », comme s’il disait : « Vous les Juifs, détruisez le temple, à savoir, le Christ, et je le relèverai en trois jours. » Il n’a pas dit : « Je le rebâtirai dans trois jours », car « rebâtir » se rapporte plutôt à un temple matériel, mais « relever » [se rapporte] davantage au corps. Ainsi, les témoins étaient faux tant pour ce qui était des paroles que pour ce qui était du sens.
2761. Il y a aussi une [autre] question : pourquoi ne l’accusent-ils pas d’avoir enfreint le sabbat ? Chrysostome répond que souvent ils l’ont accusé de cela, mais il s’était toujours justifié et avait confirmé sa justification par des miracles. Ils pensaient donc que cela ne leur serait pas favorable. De plus, le juge n’était pas juif ; ils savaient donc qu’il n’accepterait pas cette accusation.
2762. Suit alors le procès par sa propre confession. Premièrement, on présente l’interrogation sur les témoignages ; deuxièmement, sur la question principale. Le second point [se trouve] en cet endroit : ALORS LE GRAND PRÊTRE LUI DIT, etc. [26, 65].
[Matthieu] dit donc : SE LEVANT, LE GRAND PRÊTRE LUI DIT : « TU NE RÉPONDS RIEN À CE QUE CES GENS ATTESTENT CONTRE TOI ? » Qu’il se soit levé, cela fut le fait de l’impatience et de la colère [du grand prêtre] qui comprenait que le Christ n’était pas convaincu [de ce dont on l’accusait]. Ce qu’il dit : TU NE RÉPONDS RIEN, etc. ?, il ne le dit pas pour l’excuser, mais pour le prendre au piège de son discours. Is 32, 6 : L’insensé racontera des choses dénuées de sens, et son cœur commettra l’injustice.
2763. MAIS JÉSUS SE TAISAIT. Mais pourquoi se taisait-il ? Pour trois raisons. Afin de nous enseigner la prudence : en effet, il savait que quoi qu’il dise, cela serait transformé en calomnie, et, dans une telle situation, il faut se taire devant ceux qui tendent des pièges. Ps 38[39], 2 : J’ai gardé ma bouche, lorsque le pécheur m’assiégeait. Une autre raison était que ce n’était pas le temps d’enseigner, mais d’avoir de la patience. Ainsi s’accomplit ce qui est dit en Is 53, 7 : Comme un agneau devant celui qui le tond, il se tait et n’ouvre pas la bouche. La troisième raison, c’était pour nous enseigner la constance, lorsque nous sommes injustement accusés. Is 51, 7 : Ne craignez pas l’outrage des hommes.
2764. Vient ensuite la question sur le point principal : LE GRAND PRÊTRE LUI DIT : « JE T’ADJURE PAR LE DIEU VIVANT DE ME DIRE SI TU ES LE CHRIST, LE FILS DE DIEU. » Premièrement, l’enquête est présentée ; deuxièmement, la réponse du Seigneur.
Le grand prêtre, voyant qu’il ne pouvait pas le piéger, l’adjura, et cela, afin de le piéger par la parole. On lit cela en Jn 10, 24 : Jusqu’à quand vas-tu nous tenir en haleine ? Si tu es le Christ, dis-le-nous maintenant. Chez les Juifs, on accorde beaucoup d’importance à l’adjuration, car, adjurer, c’est imposer un serment. En effet, comme les chrétiens ne doivent pas jurer sans nécessité, de même ne doivent-ils pas recourir à l’adjuration, mais, plutôt qu’à l’adjuration, ils doivent recourir à la prière.
2765. Suit alors la réponse : JÉSUS LUI DIT : « TU L’AS DIT. » Remarquez que lorsque quelque chose lui était contraire, il s’est tu ; mais aussitôt qu’on recourut à une adjuration mettant en cause le pouvoir de son Père, il répond. Il a donc toujours cherché la gloire de son Père. Jn 8, 50 : Moi, je ne recherche pas ma gloire. À ce propos, [Jésus] donne d’abord sa réponse ; en second lieu, il l’explique.
[Matthieu] dit donc : JÉSUS LUI DIT : « TU L’AS DIT. » Cela peut s’interpréter comme si le Christ n’affirmait pas, mais laissait planer un doute, plus haut, 7, 6 : Ne donnez pas aux chiens une chose sainte. Ou bien, on peut lire cela d’une manière affirmative : TU L’AS DIT, c’est-à-dire : « Cela est vrai. » Et cela est clair, car il est dit en Mc 14, 62 : Je le suis.
2766. [Jésus] en donne ensuite l’explication : D’AILLEURS, JE VOUS LE DÉCLARE : VOUS VERREZ BIENTÔT LE FILS DE L’HOMME SIÉGEANT À LA DROITE DE LA PUISSANCE DE DIEU. Il veut manifestement montrer qu’il est lui-même le Fils de Dieu en recourant à deux autorités. L’une se trouve dans Ps 109[110], 1 : Le Seigneur a dit à mon Seigneur : « Siège à ma droite. » Par celle-ci, il avait montré auparavant, 22, 42‑46, que le Christ était le Fils de Dieu. L’autre [autorité] est Dn 7, 7 : Je vis comme une vision nocturne. Et voici que le fils de l’homme venait sur les nuées, etc. « Je dis donc qu’il l’a dit, à savoir : TU L’AS DIT, mais tu ne reconnais pas la vérité. » Remarque que la vérité sera manifestée, car VOUS VERREZ LE FILS DE L’HOMME SIÉGEANT À LA DROITE DE LA PUISSANCE DE DIEU. Parce qu’il a dit : SIÉGEANT À LA DROITE, Chrysostome explique que s’asseoir à la droite dénote une dignité royale. Is 9, 7 : Il siégera sur le trône de David et sur son royaume. Ou bien, siéger à la droite, c’est être en pleine jouissance d’une puissance ou de biens plus importants : en effet, la droite est la partie la plus noble ; elle signifie donc une plus grande dignité, non pas parce qu’elle a une plus grande puissance, mais [une puissance] égale, plus loin, 28, 18 : Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. [Le Christ] dit encore au sujet de sa puissance : VENANT SUR LES NUÉES DU CIEL.
2767. Mais que veut-il dire lorsqu’il dit : VOUS VERREZ BIENTÔT, etc. ? Il faut remarquer que ce qu’il dit : SUR LES NUÉES, peut se rapporter au dernier avènement ou à [l’avènement] quotidien. Le dernier avènement se fera sur une nuée. Ac 1, 11 : Comme vous l’avez vu monter au ciel, et il est dit plus haut, [Mt] 24, qu’il viendra sur les nuées. On peut l’interpréter autrement de l’avènement quotidien, dont il est question en Jb 9, 11 : S’il vient à moi, je ne le verrai pas. Et cet avènement se fait sur les nuées, c’est-à-dire par les apôtres et par les saints docteurs. Il en est question en Is 60, 8 : Quels sont ceux-ci qui volent comme des nuées ? Ceux-ci sont appelés « nuées » parce qu’ils s’élèvent dans les hauteurs. De même, les nuées sont fécondes. Le premier point se rapporte à l’élévation de [leur] vie ; le second, à la fécondité de [leur] enseignement. Et ce sont des NUÉES DU CIEL, c’est-à-dire célestes, parce qu’ils ont apporté une image céleste.
2768. Que veut dire : VOUS VERREZ BIENTÔT ? [Cela veut dire] qu’immédiatement après la passion, il en a converti certains à la foi, et d’autres par le témoignage des œuvres. Ainsi certains ont été convertis à cause de leur foi, d’autres à cause de leurs bonnes actions. De même, si on met cela en rapport avec le dernier avènement, Origène dit : « L’ensemble du temps du monde, comparé à l’éternité, n’est rien : il est comme un instant. » Ps 89[90], 4 : Mille ans à tes yeux sont comme hier qui est passé. Il dit donc : BIENTÔT, car, en regard de l’éternité, le temps qui précède le jugement n’est rien. « Cependant, après que vous vous serez éloignés de moi, il ne vous reste plus qu’à me reconnaître, car je viendrai sur les nuées du ciel. Et alors vous saurez que je suis le Fils de l’homme. » On trouve une manière semblable de parler plus haut, 23, 39 : Bientôt, vous ne me verrez plus, jusqu’à ce que vous disiez : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! »
2769. ALORS LE GRAND PRÊTRE DÉCHIRA SES VÊTEMENTS. Ici est présentée la condamnation. Premièrement, on présente comment [Jésus] a été condamné ; deuxièmement, comment il a été renié par un disciple.
En premier lieu, il est question de la condamnation ; en second lieu, de la dérision.
À propos du premier point, [Matthieu] fait deux choses : premièrement, le grand prêtre le condamne ; deuxièmement, il s’enquiert de la sentence.
2770. Celui qui [le] condamne montre sa faute par le geste et par la parole : par le geste, car il déchire ses vêtements. Il a déchiré ses vêtements avec la même fureur qui le fit plus tôt se lever de son trône : c’était en effet la coutume que ceux qui entendaient un blasphème déchirent leurs vêtements pour montrer qu’ils ne voulaient pas écouter. Il est vrai qu’en faisant ces deux choses il signifiait quelque chose : par le fait de se lever de son trône, il montrait qu’il abandonnait le sacerdoce ; et par le fait de déchirer ses vêtements, il signifiait que [le sacerdoce] devait être transféré. He 7, 12 : Une fois transféré le sacerdoce, il est nécessaire que la loi soit transférée. Le vêtement du Christ ne fut pas déchiré. Jn 19, 24 : Ne le séparons pas, mais tirons-le au sort pour savoir à qui il appartiendra. Cela signifie donc l’abolition [du sacerdoce et de la loi]. Et cela est indiqué en 1 R [1 Sm] 15, 28 : Aujourd’hui, le Seigneur a séparé de toi le royaume d’Israël. Ainsi [le sacerdoce] a-t-il été séparé des Juifs et donné aux membres du Christ.
2771. Ensuite, [le grand prêtre] l’inculpe : IL A BLASPHÉMÉ ! Parce que [Jésus] avait dit cela, il estimait qu’il était un blasphémateur. Ainsi, Jn 10, 33 : Nous ne te lapidons pas à cause de ta bonne action, mais à cause de ton blasphème, car, d’homme que tu es, tu t’es fait Fils de Dieu. Or, un tel [coupable] méritait la mort.
Ensuite, le grand prêtre met la faute en évidence : QU’AVONS-NOUS ENCORE BESOIN DE TÉMOINS ?
2772. Ensuite, il s’enquiert de la sentence : QUE VOUS EN SEMBLE ? ILS RÉPONDIRENT : « IL MÉRITE LA MORT ! », au jugement de la loi. Et cela serait vrai s’il était un blasphémateur. Mais il ne l’était pas. Ils ont donc porté un mauvais jugement, car ils condamnent à mort l’auteur de la vie. 1 Co 15, 22 : En effet, comme la mort est venue à tous les hommes par Adam, de même la vie par Jésus.
2773. ALORS, ILS LUI CRACHÈRENT AU VISAGE, etc. Après la condamnation du Christ, il est question de la dérision. Et cela convient assez, car le Christ a porté nos péchés, comme [le dit] Is 53. Or, l’homme a été livré à la mort par le péché lorsqu’il lui a été dit, Gn 2, 17 : Dès que vous en aurez mangé, vous serez condamnés à la mort. Aussi a-t-il perdu son propre honneur, car l’homme, alors qu’il possédait l’honneur, n’a pas compris ; il est devenu semblable aux animaux sans raison, Ps 48[49], 13. C’est pourquoi le Christ rédempteur a d’abord supporté la mort et l’opprobre par des gestes ; en second lieu, par la parole, en cet endroit : FAIS-LE PROPHÈTE POUR NOUS, CHRIST ! [26, 68].
2774. En premier lieu, on crache sur lui et on le gifle ; en second lieu, on le frappe au visage. À propos du premier point, on dit : ILS LUI CRACHÈRENT ET LE FRAPPÈRENT AU VISAGE. Comme on le voit par les paroles, cela eut lieu pour montrer le mépris du commandement de Dieu. On lit ainsi en Dt 25, 5s, que si quelqu’un ne voulait pas prendre la femme de son frère, on lui crachait au visage. [C’était aussi pour montrer] le mépris du commandement paternel. Tel fut le cas de Marie, la sœur de Moïse : on lui cracha au visage parce qu’on estimait qu’elle blasphémait. Is 1, 6 : Je n’ai pas détourné le visage de ceux qui m’insultaient et crachaient sur moi. De même, ILS LE GIFLÈRENT, comme un homme ivre ou insensé. Is 53, 3 : Nous l’avons considéré comme le dernier des hommes, c’est-à-dire qu’il semblait méprisé comme s’il était le dernier de tous les hommes. D’AUTRES LE GIFLÈRENT par irrespect. Lm 3, 30 : Il offrait sa joue à celui qui le frappait.
2776. Ils [lui] adressent ensuite des insultes en paroles : FAIS LE PROPHÈTE POUR NOUS, CHRIST ! QUI T’A FRAPPÉ ? Ils disaient cela pour rire de lui, car aucun d’eux ne le considérait comme un prophète, et cela n’était pas nécessaire, car leur infamie était évidente. Aussi [le Christ] n’a-t-il pas voulu leur répondre. Jb 16, 11 : En l’insultant, ils le frappaient au visage.
2777. CEPENDANT PIERRE ÉTAIT ASSIS DEHORS. Ici, il s’agit du reniement de Pierre. Lc 19, 53 suit un autre ordre, car il présente le reniement de Pierre avant la dérision à l’endroit du Christ ; mais Matthieu fait le contraire. Il ne s’agit pas là d’une contradiction, car, alors qu’on riait du Christ, [le reniement] avait lieu simultanément. Cela n’a donc pas d’importance qu’on le présente avant ou après.
Il faut noter que, pendant que [le Christ] était amené, [Pierre] ne [le] renie pas ; mais [il le fait] lorsqu’on rit [du Christ]. [Pierre] renie afin de signifier que certains craignent davantage l’humiliation que les coups, à l’encontre de Is 51, 7 : Ne craignez pas les insultes des hommes et ne redoutez pas leurs blasphèmes !
2778. À ce propos, le reniement est d’abord présenté ; en second lieu, le repentir de Pierre : ET AUSSITÔT UN COQ CHANTA. ET PIERRE SE SOUVINT DE LA PAROLE QUE JÉSUS AVAIT DITE [26, 74‑75].
La première partie est divisée en trois, selon les trois reniements. La seconde [se trouve] en cet endroit : COMME IL SORTAIT DE LA PORTE, etc. [26, 71] ; la troisième, en cet endroit : PEU APRÈS, CEUX QUI SE TENAIENT LÀ, etc. [26, 73].
Premièrement, le lieu est présenté ; deuxièmement, l’occasion ; troisièmement, le reniement.
2779. [Matthieu] dit donc : CEPENDANT PIERRE ÉTAIT ASSIS DEHORS, à savoir, en dehors de l’endroit où le Christ souffrait. En effet, ceux qui s’éloignent du Christ sont aussitôt confondus. Jr 17, 13 : Seigneur, tous ceux qui t’abandonnent seront confondus. En sens contraire, Ps 33[34], 6 : Approchez-vous de lui et vous serez illuminés, et vos visages ne seront pas confondus. Car celui qui est à l’extérieur de la passion du Christ tombe facilement.
2780. Ensuite une incitation au reniement est présentée : UNE SERVANTE S’APPROCHA DE LUI EN DISANT : « TOI AUSSI, TU ÉTAIS AVEC JÉSUS LE GALILÉEN ! » Et la chute de Pierre se rapproche de celle du premier homme. Si 25, 33 : Le péché a commencé par une femme. De même, Pierre a-t-il renié le Christ en entendant une femme. Par cela, le Seigneur a voulu rabaisser sa présomption, car [il n’a pas renié] en entendant un homme, mais une femme. TOI AUSSI, TU ÉTAIS AVEC JÉSUS LE GALILÉEN ! Cela était d’habitude un titre de gloire pour lui, mais maintenant cela est un sujet de crainte.
2782. COMME IL SORTAIT DE LA PORTE, UNE AUTRE SERVANTE LE VIT ET DIT À CEUX QUI ÉTAIENT LÀ : « CELUI-LÀ ÉTAIT AVEC JÉSUS LE NAZARÉEN. » Et [Pierre] nia de nouveau. Ici est présenté le deuxième reniement : premièrement, le lieu est présenté ; deuxièmement, l’incitation ; troisièmement, le reniement.
Pour ce qui est de l’histoire, selon Mc 14, 66, le coq chanta après le premier reniement, puis [Pierre] franchit la porte, une servante le vit, et il nia. Mais Marc semble dire le contraire des autres, car les autres semblent dire que ce furent ceux qui étaient assis qui parlèrent, et Lc 22, 55 dit que ce fut l’un de ceux qui étaient assis. Pourquoi donc dit-on ici que ce fut une servante ? Selon Augustin, il faut remarquer qu’après avoir nié, [Pierre] sortit, et alors qu’il était en train de sortir, une servante lui dit, etc., puis il nia. En entendant cela, Pierre revint à l’intérieur. Alors ceux qui avaient entendu la servante posèrent la même question. Et il se peut que quelqu’un qui le connaissait ait insisté davantage auprès de lui.
2783. ET DE NOUVEAU IL NIA AVEC SERMENT : « JE NE CONNAIS PAS CET HOMME », à l’encontre de Si 23, 9 : N’habitue pas ta bouche à jurer.
2784. Vient ensuite le troisième reniement : premièrement, le moment est décrit ; deuxièmement, l’incitation ; troisièmement, le reniement.
[Matthieu] dit donc : PEU APRÈS. Luc dit qu’il se passa un intervalle d’environ une heure. Le Diable faisait en sorte que [Pierre] ne puisse pas souffler. Ils lui disent donc : TOI AUSSI, TU EN ES ! Et ils le prouvent : D’AILLEURS TON LANGAGE TE TRAHIT. Or, il est clair que tous étaient juifs. Comment donc dit-on : D’AILLEURS TON LANGAGE TE TRAHIT ? Jérôme répond en disant que, dans une même langue, il y a souvent des manières différentes de parler, comme on le voit clairement en France, en Picardie et en Bourgogne, et cependant il s’agit d’une seule langue. Ainsi les Galiléens différaient-ils des gens de Jérusalem. On peut donc dire à chacun : D’AILLEURS TON LANGAGE TE TRAHIT. En effet, comme il est dit en Lc 6, 45 : La bouche parle de l’abondance du cœur, car lorsqu’un homme est charnel, il s’adonne aussitôt à des discours charnels, mais lorsqu’il est spirituel, à des discours spirituels.
2785. ALORS IL SE MIT À JURER AVEC FORCE IMPRÉCATIONS, etc. Il y en a qui veulent excuser Pierre en disant qu’il n’a pas péché. Ainsi, lorsqu’il dit : JE NE CONNAIS PAS CET HOMME, il est vrai qu’il s’agit d’un homme, mais d’un homme et de Dieu. Et cela n’est pas bien, car il attribue un mensonge au Christ, car le Christ avait dit : Tu me renieras. Il est donc mieux de dire que Pierre a menti, plutôt que le Christ. Il faut aussi noter qu’il n’a pas seulement renié le Christ, mais a nié qu’il était chrétien. Ainsi, en un seul reniement, il a dit : JE NE LE CONNAIS PAS, c’est-à-dire que je ne suis pas un chrétien. Il faut encore noter que celui qui ne se rétracte pas s’oriente vers pire encore. Si 19, 1 : Celui qui néglige les petites choses décline peu à peu. Ainsi a-t-il ajouté le parjure au reniement et le blasphème au parjure. Grégoire [dit] : « Le péché qui n’est pas éliminé par la pénitence entraîne vers un autre par son propre poids. »
2786. De même faut-il remarquer que la triple tentation par laquelle un homme est tenté est signalée. Celui-ci est tenté par la concupiscence de la chair. Jc 1, 14 : Chacun est tenté par ce qu’il désire. Il est tenté aussi par la cupidité à l’égard des [biens] terrestres. Sg 14, 2 : Car cela a été conçu par la soif du gain. De même [est-il tenté] par les démons, et cela est indiqué par cette dénégation où il est dit : PEU APRÈS, CEUX QUI ÉTAIENT LÀ S’APPROCHÈRENT. Ep 6, 12 : Ce n’est pas contre des adversaires de chair et de sang que nous avons à lutter, mais contre les Principautés et les Puissances, contre les Princes de ce monde de ténèbres, contre les esprits du mal qui habitent les espaces célestes. On lit à propos de ces trois choses, en 1 Jn 2, 6 : Tout ce qui est dans le monde est soit concupiscence de la chair, soit concupiscence des yeux, soit orgueil de la vie.
2787. Ou bien, selon Augustin, il faut dire que, par ces trois reniements, l’erreur de tous les hérétiques est indiquée. En effet, certains niaient la divinité du Christ, comme Photin ; mais d’autres, son humanité, comme Eunomius ; et certains, les deux, comme Arius, qui disait que le Fils n’est pas égal au Père. De même, selon Origène, la persécution que devait connaître l’Église est signalée. La première fut le fait des Juifs : dans celle-là, beaucoup moururent. La seconde vint des Gentils : dans celle-là, beaucoup sont devenus martyrs. La troisième est venue des hérétiques, qui en ont séduit beaucoup ; certains même en sont morts.
2788. Il faut encore noter qu’il existe certains écrits qui semblent excuser Pierre, qui n’aurait pas péché mortellement, car Bernard dit : « Chez lui, la charité était assoupie, mais non éteinte. » Il faut dire qu’il a péché mortellement. Ce ne fut cependant pas par malice, mais par crainte de la mort. C’est ce qu’a voulu dire Bernard, que « sa charité était assoupie, etc. ».
2789. ET AUSSITÔT UN COQ CHANTA. Il s’agit ici du repentir de Pierre. Premièrement, le motif en est présenté ou l’incitation ; deuxièmement, son repentir, en cet endroit : ET, SORTANT DEHORS, IL PLEURA AMÈREMENT [26, 75].
Deux choses sont abordées qui contribuèrent à l’incitation. Premièrement, un coq chanta : ET AUSSITÔT UN COQ CHANTA. Par le coq, le prédicateur est indiqué, qui incite les hommes au repentir. Ainsi l’Apôtre [dit], 1 Co 15, 34 : Veillez, vous les justes, et ne péchez pas ; et Ep 5, 14 : Éveille-toi, toi qui dors, et lève-toi d’entre les morts, et le Christ l’illuminera.
2790. Le second point est le souvenir de Pierre : ET PIERRE SE SOUVINT DE LA PAROLE QUE JÉSUS AVAIT DITE, etc. Ps 21[22], 28 : Ils se souviendront, et tous les confins de la terre se tourneront vers le Seigneur. Et ces deux choses se produisent souvent à l’appel du prédicateur, car celui qui oublié Dieu par les péchés revient par la voix du prédicateur. Il est question de ce coq en Jb 38, 36 : Qui a donné l’intelligence au coq ?
Luc ajoute aussi une troisième chose : Le Seigneur regarda Pierre. L’Apôtre [dit] en Rm 3, 24 : [Vous avez été] justifiés gratuitement par sa grâce. Lm 5, 21 : Convertis-nous à toi, Seigneur, et nous serons convertis.
2791. Ensuite, il est question du repentir de Pierre : ET, SORTANT DEHORS, IL PLEURA AMÈREMENT. C’est un repentir louable pour trois raisons. Premièrement, il se produit immédiatement, car dès que [Pierre] fut sorti. Si 5, 8 : Ne tarde pas à te convertir au Seigneur. Il est aussi prudent, car il s’est écarté de la compagnie des autres qui l’avaient incité à nier. Les pécheurs doivent ainsi éviter l’occasion de pécher. 2 Co 6, 17 : Écartez-vous d’eux, et vous serez mis à part, dit le Seigneur ; ne touchez pas à ce qui est impur, et je vous accueillerai. Aussi, [ce repentir] a été effectif et vrai. Jr 6, 26 : Pleure d’une plainte amère comme pour un fils unique. Is 38, 15 : Je te rappellerai toutes mes années dans l’amertume de mon âme.
Leçon 1 [Matthieu 27, 1‑26] 27, 1 Le matin étant arrivé, tous les grands prêtres et les anciens du peuple tinrent un conseil contre Jésus, en sorte de le faire mourir. 27, 2 Et, après l’avoir ligoté, Jésus fut emmené en présence de Pilate le gouverneur. 27, 3 Alors Judas, qui l’avait livré, voyant qu’il avait été condamné, fut pris de repentir. Il rapporta les trente deniers aux grands prêtres et aux anciens : 27, 4 « J’ai péché, dit-il, en livrant un sang innocent. » Mais ceux-ci dirent : « Que nous importe ? À toi de voir ! » 27, 5 Jetant alors les pièces dans le Temple, il s’en alla se pendre. 27, 6 Ayant ramassé l’argent, les grands prêtres dirent : « Il n’est pas permis de le verser dans le trésor, car c’est le prix du sang. » 27, 7 Après délibération, ils achetèrent avec cet argent le « champ du potier » comme lieu de sépulture pour les étrangers. 27, 8 Voilà pourquoi ce champ-là s’est appelé jusqu’à ce jour le « Champ du sang. » 27, 9 Alors s’accomplit ce qui a été dit par le prophète Jérémie : Et ils prirent les trente pièces d’argent, le prix du Précieux qu’ont apprécié des fils d’Israël, 27, 10 et ils les donnèrent pour le champ du potier, ainsi que me l’a ordonné le Seigneur.
27, 11 Jésus fut amené en présence du gouverneur et le gouverneur l’interrogea : « Tu es le Roi des Juifs ? » Jésus lui dit : « Tu le dis. » 27, 12 Il ne répondit rien. 27, 13 Alors Pilate lui dit tandis qu’il était accusé par les grands prêtres et les anciens : « N’entends-tu pas tout ce qu’ils attestent contre toi ? » 27, 14 Et il ne lui répondit sur aucun point, si bien que le gouverneur était fort étonné.
27, 15 À chaque fête, le gouverneur avait coutume de relâcher pour le peuple un prisonnier, celui qu’elle voulait. 27, 16 On avait alors un prisonnier fameux, nommé Barabbas. 27, 17 Après les avoir rassemblés, Pilate dit aux gens : « Qui voulez-vous que je vous relâche : Barabbas, ou Jésus que l’on appelle Christ ? » 27, 18 En effet, il savait que c’était par jalousie qu’ils l’avaient livré. 27, 19 Alors qu’il siégeait au tribunal, sa femme lui fit dire : « Ne t’occupe pas de ce juste ; car aujourd’hui j’ai été très affectée par un songe à cause de lui. » 27, 20 Cependant, les grands prêtres et les anciens persuadèrent les foules de demander Barabbas et de perdre Jésus. 27, 21 Prenant la parole, le gouverneur leur dit : « Lequel des deux voulez-vous que je vous relâche ? » Ils dirent : « Barabbas. » 27, 22 Pilate leur dit : « Que ferai-je donc de Jésus que l’on appelle Christ ? » Ils disent tous : « Qu’il soit crucifié ! » 27, 23 Il reprit : « Quel mal a-t-il donc fait ? » Mais ils criaient plus fort : « Qu’il soit crucifié ! » 27, 24 Pilate, voyant alors qu’il n’aboutissait à rien, mais qu’il s’ensuivait plutôt du tumulte, prit de l’eau et se lava les mains en présence de la foule, en disant : « Je suis innocent du sang de ce juste ; à vous de voir ! » 27, 25 Et tout le peuple répondit : « Que son sang soit sur nous et sur nos enfants ! » 27, 26 Alors il leur relâcha Barabbas ; quant à Jésus, après l’avoir fait flageller, il le livra pour être crucifié.
Leçon 2 [Matthieu 27, 27‑56] 27, 27 Alors les soldats du gouverneur prirent avec eux Jésus dans le prétoire et ameutèrent sur lui toute la cohorte. 27, 28 L’ayant dévêtu, ils lui mirent une chlamyde écarlate, 27, 29 puis, ayant tressé une couronne avec des épines, ils la placèrent sur sa tête. Ils placèrent un roseau dans sa main droite. Et, s’agenouillant, ils se moquaient de lui en disant : « Salut, roi des Juifs ! » 27, 30 Et, crachant sur lui, ils prenaient le roseau et en frappaient sa tête. 27, 31 Puis, quand ils se furent moqués de lui, ils lui ôtèrent la chlamyde, lui remirent ses vêtements et l’emmenèrent pour le crucifier.
27, 32 En sortant, ils trouvèrent un homme de Cyrène, nommé Simon, et le requirent pour porter sa croix. 27, 33 Ils arrivèrent à un endroit appelé Golgotha, lieu dit du Calvaire, 27, 34 ils lui donnèrent à boire du vin mêlé de fiel ; et lorsqu’il eut goûté, il n’en voulut point boire. 27, 35 Quand ils l’eurent crucifié, ils se partagèrent ses vêtements en tirant au sort. 27, 36 Puis, s’étant assis, ils restaient là à le garder. 27, 37 Ils placèrent au-dessus de sa tête le motif de sa condamnation ainsi libellé : « Celui-ci est Jésus, le roi des Juifs. » 27, 38 Alors furent crucifiés avec lui deux brigands, un à droite et un autre à gauche. 27, 39 Mais les passants l’injuriaient. Ils hochaient la tête : 27, 40 « Alors, toi qui détruis le Temple de Dieu en trois jours et le rebâtis, sauve-toi toi-même, si tu es fils de Dieu, et descends maintenant de la croix ! » 27, 41 De même, les grands prêtres se gaussaient et disaient avec les scribes et les anciens : 27, 42 « Il en a sauvé d’autres mais il ne peut se sauver lui-même ! Il est roi d’Israël : qu’il descende maintenant de la croix et nous croirons en lui ! 27, 43 Il a compté sur Dieu ; que Dieu le délivre maintenant, s’il le veut ! Il a bien dit : “Je suis fils de Dieu !” »
27, 44 Même les brigands crucifiés avec lui l’insultaient de la sorte. 27, 45 À partir de la sixième heure, l’obscurité se fit sur toute la terre, jusqu’à la neuvième heure. 27, 46 Et vers la neuvième heure, Jésus poussa un grand cri : « Éli, Éli, lema sabachtani ? », c’est-à-dire : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » 27, 47 Certains de ceux qui se tenaient là disaient en l’entendant : « Il appelle Élie, celui-ci ! » 27, 48 Aussitôt l’un d’eux courut prendre une éponge qu’il imbiba de vinaigre et, l’ayant mise au bout d’un roseau, il lui donnait à boire. 27 49 Mais les autres lui dirent : « Laisse ! Que nous voyions si Élie va venir le sauver ! » 27, 50 Or, Jésus, poussant de nouveau un grand cri, rendit l’esprit.
27, 51 Et voilà que le voile du Temple se déchira en deux, du haut en bas ; la terre trembla, les rochers se fendirent, 27, 52 les tombeaux s’ouvrirent et les corps de saints qui dormaient ressuscitèrent, 27, 53 et, sortant des tombeaux après sa résurrection, ils entrèrent dans la Ville sainte et apparurent à beaucoup des gens. 27, 54 Mais le centurion et ceux qui avec lui gardaient Jésus, en voyant le tremblement de terre et ce qui arrivait, furent saisis d’une grande crainte et dirent : « Vraiment celui-là était fils de Dieu ! » 27, 55 Il y avait là de nombreuses femmes qui regardaient à distance, elles l’avaient suivi depuis la Galilée en le servant, 27, 56 parmi lesquelles se trouvaient Marie Madeleine et Marie, mère de Jacques et de Joseph, et la mère des fils de Zébédée.
Leçon 3 [Matthieu 27, 57‑66] 27, 57 Le soir venu, il vint un homme riche d’Arimathie, du nom de Joseph, qui s’était fait, lui aussi, disciple de Jésus. 27, 58 Il alla trouver Pilate et réclama le corps de Jésus. Alors Pilate ordonna qu’on le lui remît. 27, 59 Joseph prenant le corps, l’enveloppa dans un linceul propre 27, 60 et il le mit dans un tombeau neuf, en pierre, qu’il s’était fait tailler ; puis il roula une grande pierre à l’entrée du tombeau et s’en alla. 27, 61 Or, il y avait là Marie Madeleine et l’autre Marie, assises en face du sépulcre. 27, 62 Le lendemain, qui était le jour après la Parascève, alors les grands prêtres et les Pharisiens se rendirent en corps chez Pilate 27, 63 et lui dirent : « Seigneur, nous nous sommes souvenus que cet imposteur a dit, de son vivant : “Je ressusciterai le troisième jour !” 27, 64 Ordonne donc que le tombeau soit gardé jusqu’au troisième jour, de crainte que ses disciples ne viennent, ne le volent et ne disent au peuple : “Il est ressuscité des morts !” Cette dernière imposture serait pire que la première. » 27, 65 Pilate leur dit : « Vous avez une garde ; allez et prenez vos sûretés comme vous l’entendez. » 27, 66 Ils partirent donc et s’assurèrent du sépulcre, en scellant la pierre et en postant des gardes.