2905. Après avoir achevé les sacrements de la passion du Seigneur, l’évangéliste traite du triomphe de la résurrection du Seigneur. [Cette section comporte] des divisions : premièrement, il montre comment les disciples ont appris la résurrection par l’ouïe ; deuxièmement, comment [ils l’ont apprise] par la vue, de sorte que, par l’ouïe et la vue, ils en donnent un témoignage certain.
À propos du premier point, on présente comment [ils l’ont apprise] en écoutant les femmes ; deuxièmement, comment [ils l’ont apprise] des gardes. Le second point [se trouve] en cet endroit : TANDIS QU’ELLES S’EN ALLAIENT, VOICI QUE QUELQUES GARDES VINRENT EN VILLE [28, 11].
2906. À propos du premier point, [l’évangéliste] fait deux choses : premièrement, il dit comment les femmes l’ont apprise de l’ange ; deuxièmement, comment [elles l’ont apprise] en voyant le Christ, en cet endroit : ELLES SORTIRENT AUSSITÔT DU TOMBEAU [28, 8].
À propos du premier point, [Matthieu] fait trois choses : premièrement, les personnes à qui la révélation a été faite sont présentées ; deuxièmement, l’ange qui fait la révélation ; troisièmement, la révélation. Le second point [se trouve] en cet endroit : ET VOILÀ QU’IL SE FIT UN GRAND TREMBLEMENT DE TERRE [28, 2] ; le troisième, en cet endroit : MAIS L’ANGE RÉPONDIT ET DIT [28, 5].
En premier lieu, [l’évangéliste] indique le moment ; en second lieu, les personnes.
2907. [Il indique] le moment : LE SOIR DU SABBAT. À ce sujet, il existe un double doute. Le premier [porte] sur le fait que [l’évangéliste] dit : LE SOIR ; le second, sur le fait qu’il dit : [LE JOUR] COMMENÇAIT À POINDRE. Sur ce point, il y a un doute, car Matthieu et Jean semblent se contredire, puisque Jean dit qu’il faisait encore noir.
Que veut donc dire [Matthieu] par : LE SOIR DU SABBAT ? Il y a ici une triple solution. La première est celle de Jérôme : [les femmes] sont venues le soir et le matin. Que l’un dise : LE SOIR, et l’autre : LE MATIN, cela n’est pas le fait d’une discordance, mais de l’empressement des saintes femmes. Bède donne la solution suivante : [les femmes] se mirent en route le soir et arrivèrent le matin. Mais est-ce qu’il y avait une telle distance ? Il dit que non, mais on dit que quelqu’un fait [quelque chose] lorsqu’il se prépare à le faire. On lit cela en Lc 23, 55 : Voyant le tombeau et la façon dont le corps y reposait, elles revinrent préparer des aromates. Elles achetèrent les aromates à la Parascève, se reposèrent le jour du sabbat et, le soir, elles se préparèrent à [utiliser les aromates]. La troisième solution est celle d’Augustin : il dit que c’est la coutume dans la Sainte Écriture de prendre la partie pour le tout. On entend donc par : LE SOIR, toute la nuit du sabbat. Ainsi, LE SOIR DU SABBAT, c’est-à-dire [le soir] qui suivait le sabbat, donc, le soir qui est le commencement du jour qui suivait le sabbat. On lit quelque chose de semblable en Gn 1, 5, lorsqu’on rappelle les œuvres de Dieu : IL Y EUT UN SOIR ET IL Y EUT UN MATIN : PREMIER JOUR. Elles vinrent donc LE SOIR, car c’était la première partie de la nuit. C’est ce que veut dire : ALORS QUE LE JOUR COMMENÇAIT À POINDRE. Le jour ne point pas le soir, car, le soir, il fait noir. Elles vinrent donc lorsque le jour commença à poindre, c’est-à-dire à la première lueur du jour. Notez que les Juifs comptent tous les jours à partir du sabbat. Le jour après le sabbat était donc un dimanche. Et si tu demandes à Augustin pourquoi Matthieu utilise une telle façon de parler, il dit que, le soir, elles préparèrent les aromates et qu’elles vinrent le matin. Cela revient donc au même que [ce que dit] Bède. Mais, selon Jérôme, comment faut-il comprendre ce que [l’évangéliste] dit : ALORS QUE LE JOUR COMMENÇAIT À POINDRE ? Parce que le soir, il fait noir. Il faut savoir que, chez les Juifs, le jour commence le soir [précédent]. La raison en est qu’ils comptaient le jour à partir de la lune. Or, la lune commence à briller le soir. Ce jour commence donc le soir, mais il brille le jour qui suit le sabbat. [On trouve] la même façon de s’exprimer en Lc 23, 54 : Or, c’était la Parascève, et le sabbat pointait.
2908. Cette manière de parler est appropriée au mystère. Premièrement, [pour exprimer] la solennité de la résurrection du Seigneur, car cette nuit fut radieuse. Ps 138[139], 12 : Et la nuit brillera comme le jour. De même, cela convient au rétablissement de l’homme qui a été accompli par le Christ : en effet, dans le premier homme, on était passé du jour à la nuit, à savoir, celle du péché ; et son état a été changé, à savoir qu’il est passé de la nuit au jour. Ep 5, 8 : Vous étiez autrefois ténèbres, mais maintenant vous êtes lumière dans le Seigneur. Il est aussi indiqué que tout ce qui était obscur dans la loi et les prophètes a été totalement éclairé par la résurrection du Christ. Une eau ténébreuse dans les nuées de l’air, Ps 17, 12. Cela est éclairé par la résurrection, comme on le lit en Lc 24, 27 : En commençant par Moïse et tous les prophètes, il leur expliqua tout ce qui se rapportait à lui dans les Écritures.
2909. Ensuite, [l’évangéliste] traite des personnes : MARIE MADELEINE ET L’AUTRE MARIE (il faut comprendre : la mère de Jacques). Marc en ajoute une troisième : Et Salomé. Salomé est donc un nom de femme.
Mais ce ne fut pas sans mystère que deux du même nom vinrent [au tombeau]. [Le Seigneur] a donc voulu apparaître d’abord à une femme parce que, de cette manière, le sexe féminin était d’une certaine manière rétabli, car, de même que la femme avait été la première à entendre la mort dans le premier lieu de vie, de même, par une disposition divine, elle fut la première à voir la vie dans un lieu de mort. Si 25, 33 : Le péché est d’abord venu d’une femme. Elles portaient le même nom, car l’unité de l’Église est indiquée par elles : en effet, l’une était issue de Juifs, l’autre de païens, mais maintenant ils sont tous dans l’Église. Ct 6, 8 : Ma colombe est unique. Elles s’appellent aussi Marie : en effet, de même que Marie a conçu un enfant en son sein clos, de même celles-ci ont-elles mérité de voir [le Christ] sortir d’un tombeau fermé.
2910. [ELLES] VINRENT DONC VISITER LE TOMBEAU : par cela, leur dévotion est indiquée, car elles ne pouvaient apaiser leur soif. Comme elles ne pouvaient le voir, elles voulaient au moins voir le tombeau. Là où est ton trésor, là aussi est ton cœur, plus haut, 6, 21.
2911. ET VOILÀ QU’IL SE FIT UN GRAND TREMBLEMENT DE TERRE. Il est ici question de l’ange qui fait une révélation. Premièrement, la venue de l’ange est abordée ; deuxièmement, son action ; troisièmement, son attitude ; quatrièmement, l’effet. Le second point [se trouve] en cet endroit : IL S’APPROCHA ET ROULA LA PIERRE [28, 2] ; le troisième, en cet endroit : ET IL S’ASSIT SUR ELLE [28, 2] ; le quatrième, en cet endroit : EN LE VOYANT, LES GARDES FURENT SAISIS D’EFFROI [28, 4].
À propos du premier point, la venue de l’ange est d’abord indiquée ; deuxièmement, la cause de sa venue est abordée, en cet endroit : L’ANGE DU SEIGNEUR DESCENDIT DU CIEL [28, 2].
2912. [Matthieu] dit donc : ET VOILÀ QU’IL SE FIT UN GRAND TREMBLEMENT DE TERRE. Cela était approprié et était dû à une cause liée au texte. Selon Chrysostome, la raison était que [les femmes] étaient venues de nuit ; il se peut donc qu’elles se soient endormies. Pour les réveiller, IL SE FIT UN GRAND TREMBLEMENT DE TERRE, afin de les réveiller. Jérôme dit qu’on avait touché quelque chose de l’humanité [du Christ] ; il fallait donc toucher quelque chose de [sa] divinité. Ainsi, après qu’il a été question du tombeau, qui relève de [son] humanité, un tremblement de terre se fit afin d’indiquer que celui qui était mort ne pouvait pas être retenu sous terre. Il était libre parmi les morts, Ps 87[88], 6.
2913. Au sens mystique, il y eut deux tremblements de terre, afin que par le premier soit signifié le mouvement des cœurs, car nous avons été libérés du péché par [sa] mort, et par l’autre, le passage à la gloire. Rm 4, 25 : Il a été livré à cause de nos péchés, et il est ressuscité pour notre justification. Et en Ps 59[60], 4 : Tu as ébranlé la terre et tu l’as bouleversée. De même, la résurrection [du Christ] est une certaine préfiguration de la résurrection à venir, car, dans [la résurrection] à venir, la terre tremblera. Ps 75[76], 9 : La terre a tremblé puis s’est calmée, lorsque Dieu s’est levé pour juger.
2914. Et pourquoi ? On ajoute : L’ANGE DU SEIGNEUR DESCENDIT DU CIEL. Si la terre n’a pu supporter un ange, elle pourra encore moins [supporter] l’avènement du Christ pour le jugement. Et [Matthieu] dit : [L’ANGE] DESCENDIT, car, même si l’ange n’est par circonscrit dans un lieu, il est cependant défini par un lieu pour ce qui est de son action. Un certain mouvement lui convient donc. Il convient aussi que la résurrection soit annoncée par un ange, tant pour la gloire de celui par qui elle arrive, comme le dit Paul en Ac 13, 30 : Dieu l’a ressuscité des morts (car les anges sont des serviteurs), que pour indiquer la dignité de celui qui ressuscite. Il est dit de lui, plus haut, 4, 11, que les anges s’approchèrent et le servaient. Cela convient aussi, car, par la résurrection, les réalités célestes étaient unies aux réalités terrestres.
2915. Ensuite, l’action de l’ange est présentée : IL S’APPROCHA ET ROULA LA PIERRE. Et ceci, à la lettre, afin d’ouvrir la voie aux femmes, car, en réalité, le Christ était déjà ressuscité. En effet, de même qu’il était sorti d’un sein clos, de même [était-il sorti] d’un tombeau scellé. Cela a donc été fait pour que ce soit mis en évidence pour les femmes. IL ROULA donc, c’est-à-dire qu’il roula de nouveau, afin de montrer la gloire de celui qui ressuscitait. Ce roulement signifiait la manifestation de la loi, qui avait été écrite sur des tables de pierre.
2916. Ensuite, l’attitude [de l’ange] est présentée : premièrement, par sa position assise ; deuxièmement, par son aspect ; troisièmement, par son vêtement.
Par sa position assise, car IL S’ASSIT, non pas parce qu’il était fatigué, mais pour indiquer qu’il était le docteur de la résurrection du Seigneur. Être assis est aussi le propre de ceux qui se reposent. Par là est indiqué le repos que [le Christ] obtint par sa résurrection dans la gloire. Rm 6, 9 : Le Christ, ressuscité des morts, ne meurt plus : la mort n’aura plus de prise sur lui. De même, s’asseoir est le propre de celui qui domine. Ps 109[110], 1 : Le Seigneur dit à mon Seigneur : « Siège à ma droite. » Et cet [ange] s’assied SUR LA PIERRE, c’est-à-dire sur le Diable, pour indiquer que [le Christ] dominait déjà la mort et le Diable.
2917. IL RESSEMBLAIT À L’ÉCLAIR. Ici, [l’ange] est décrit par son aspect et, par là, il est clair qu’il est apparu sous la forme d’un corps qu’il avait pris. Mais pourquoi : À L’ÉCLAIR ? Parce que de même que l’éclair brille, de même les anges ont-ils la connaissance. Dn 10, 6 : Et ses yeux sont comme des torches. Or, c’est le Christ qui illumine tout homme qui vient dans ce monde, Jn 1, 9. Aussi, l’éclair est terrifiant ; de même en est-il de l’aspect de l’ange. Ainsi, en Lc 1, 9, il est dit que Zacharie fut effrayé à la voix de l’ange.
2918. Il est aussi décrit par son vêtement : SES VÊTEMENTS ÉTAIENT COMME LA NEIGE, par quoi [est signifiée] la pureté des justes. Au sens mystique, la gloire de la résurrection est indiquée. Ap 3, 5 : Le vainqueur sera revêtu de vêtements blancs. La pureté de la vie [est] aussi indiquée. Si 9, 8 : Ses vêtements sont toujours blancs. Remarque aussi que [Matthieu] dit que SON ASPECT RESSEMBLAIT À L’ÉCLAIR ET SES VÊTEMENTS À LA NEIGE, parce que, lors du jugement, il sera terrible pour les méchants et bienveillant pour les bons. Jn 16, 22 : Je vous verrai, et votre cœur se réjouira.
2919. EN LE VOYANT, LES GARDES FURENT SAISIS D’EFFROI. Ici est présenté l’effet de l’apparition, car la crainte s’est emparée de leur cœur, et à juste titre, car ils servaient avec une mauvaise conscience, et la malice est toujours craintive, Sg 17, 10. ET ILS DEVINRENT COMME MORTS, eux qui voulaient retenir le Christ dans la mort autant qu’ils le pouvaient. Is 33, 3 : Les gens s’enfuirent à la voix de l’ange.
2920. MAIS L’ANGE RÉPONDIT ET DIT AUX FEMMES, etc. Vient ensuite l’annonce de la résurrection. Premièrement, [l’ange] réconforte les femmes ; deuxièmement, il les loue de leurs efforts ; troisièmement, il indique la joie ; quatrièmement, il leur donne l’ordre d’annoncer [la résurrection].
2921. [Matthieu] dit donc : MAIS L’ANGE PRIT LA PAROLE, etc. Mais à quoi répond-il ? À l’intention des femmes. On ne lit pas qu’elles aient dit quoi que ce soit à cause de la crainte : en effet, il se fait que l’homme est toujours troublé par l’apparition d’un ange, que ce soit un ange bon ou un [ange] mauvais qui apparaisse, car la nature humaine est fragile. Mais comme le dit le bienheureux Antoine, si l’ange est bon, il laisse toujours l’homme consolé, comme il est clair, dans l’apparition à Zacharie et à la Vierge Marie, qu’il a été dit aux deux : Ne crains pas, Lc 1, 30. [L’ange] réconforte donc celles-ci de la même manière. Si [l’ange] laisse l’homme désolé, il est clair que ce n’était pas un ange bon.
2922. [L’ange] dit donc : NE CRAIGNEZ PAS, VOUS, comme s’il disait : « Vous n’avez pas à craindre, car vous aimez le Christ. » Vous n’avez pas reçu un Esprit de crainte, Rm 8, 15. En effet, [l’ange] ne réconforte pas les gardes parce qu’ils n’en étaient pas dignes. JE SAIS BIEN QUE VOUS CHERCHEZ JÉSUS, QUI A ÉTÉ CRUCIFIÉ. Mais est-ce que les anges connaissent les pensées ? Il semble que non. Jr 17, 9 : Le cœur de l’homme est mauvais et impénétrable : qui le connaîtra ? Moi, le Seigneur, qui scrute les reins et mets les cœurs à l’épreuve. Il faut dire que [les anges] ne connaissent pas [les pensées], sinon par une révélation divine ou par un signe, car on signale fréquemment sa volonté par des gestes corporels. VOUS CHERCHEZ JÉSUS. [L’ange] le nomme pour montrer qu’il s’agit du même. De même : QUI A ÉTÉ CRUCIFIÉ. Par là, il insinue leur peu de foi, car elles le cherchaient dans le lieu de sa mort, et elles croyaient qu’il pouvait être retenu par la mort.
2923. Alors, [l’ange] annonce la résurrection : IL EST RESSUSCITÉ, à savoir, par sa propre puissance. Ps 3, 6 : J’ai dormi et je me suis reposé, puis je me suis levé parce que le Seigneur m’a accueilli. [L’ange] prouve cela en rappelant la parole de Dieu : COMME IL L’A DIT, car, plus haut, 20, 19, il avait dit : Je ressusciterai le troisième jour. En effet, la parole du Seigneur ne peut faire défaut. [L’ange] [l’]indique aussi par la vue : VENEZ ET VOYEZ L’ENDROIT OÙ LE SEIGNEUR AVAIT ÉTÉ DÉPOSÉ. Elles virent donc la pierre qui avait été roulée, mais elles ne virent pas le Christ, parce qu’il était ressuscité, alors que le tombeau était fermé.
2924. Puis, [l’ange] leur confie la charge de l’annoncer : ALLEZ VITE DIRE À SES DISCIPLES QU’IL EST RESSUSCITÉ. Il indique trois choses : premièrement, qu’elles annoncent la résurrection [aux disciples] ; deuxièmement, l’endroit ; troisièmement, qu’elles promettent [aux disciples] qu’ils le verront.
2925. Et comme la première femme s’était d’abord adressée au Diable, de même la première s’est-elle adressée à l’ange, afin que tout soit rétabli. Deuxièmement, [l’ange] indique le lieu : IL VOUS PRÉCÉDERA EN GALILÉE. Et pourquoi d’abord en Galilée ? Car il n’a pas d’abord été vu en Galilée, mais à Jérusalem. Mais pourquoi [l’ange] parle-t-il plutôt de Galilée ? Pour montrer que [Jésus] était le même que celui qui avait eu l’habitude de vivre en Galilée. C’était aussi afin qu’ils soient délivrés de la crainte, car ils étaient plus en sécurité en Galilée qu’en Judée. Ou bien, au sens mystique, Galilée signifie « passage », et [la Galilée] peut indiquer le passage aux païens.
2926. VOUS LE VERREZ donc EN GALILÉE, c’est-à-dire que « vous annoncerez mon nom aux païens ». Ils n’auraient pas fait cela si [le Seigneur] ne les avait pas précédés. C’EST LÀ QUE VOUS LE VERREZ, COMME IL VOUS L’A ANNONCÉ. Ainsi, la parole du Seigneur est tellement puissante qu’il ne pouvait pas en être autrement.
2927. Mais ici se pose une question sur le texte, car on dit ici que [les femmes] virent [l’ange] assis sur la pierre ; chez un autre évangéliste, qu’après être entrées dans le tombeau, elles virent un jeune homme assis à droite. Augustin donne une solution : elle eurent deux fois la vision d’un ange. Il est donc possible qu’elles en aient vu un à l’extérieur et un autre à l’intérieur. Ou bien, on peut dire qu’il ne s’agit pas seulement d’une pierre taillée, mais qu’il y avait là un matériau qui faisait partie du tombeau. Ainsi, ce que dit Marc : Après être entrées dans le tombeau, ne doit pas s’entendre de la pierre [qui avait été roulée], mais de l’espace qui faisait partie [du tombeau]. Et cela est clair, car il est dit ici qu’ELLES QUITTÈRENT AUSSITÔT LE TOMBEAU DANS LA CRAINTE ET DANS LA JOIE, etc.
2928. Plus haut, la résurrection a été annoncée aux femmes ; ici, elle est confirmée par le Christ, et l’évangéliste fait trois choses : premièrement, les femmes sont décrites ; deuxièmement, l’arrivée du Christ ; troisièmement, la charge d’annoncer [la résurrection] est confiée. Le second point [se trouve] en cet endroit : ET VOICI QUE JÉSUS VINT À LEUR RENCONTRE [28, 9] ; le troisième, en cet endroit : NE CRAIGNEZ PAS, etc. [28, 10].
Dans la première partie, il faut relever trois choses dignes d’intérêt : premièrement, l’état des femmes ; deuxièmement, leurs sentiments ; troisièmement, leur intention.
2929. Leur état est abordé lorsqu’il est dit : ELLES QUITTÈRENT AUSSITÔT LE TOMBEAU. Pour ce qui est du sens littéral, le tombeau ne signifie pas une pierre taillée, mais un espace renforcé d’une certaine protection. Selon le sens mystique, le tombeau est le lieu des morts, et par là est indiqué l’état de péché. Ps 87[88], 6 : Blessés, ils dormaient dans les tombeaux. De sorte que quitter le tombeau, c’est sortir du péché. 2 Co 6, 17 : À cause de cela, éloignez-vous d’eux, etc. Et remarquez que [l’évangéliste] dit : AUSSITÔT, car il faut aussitôt sortir du péché. Si 5, 8 : Ne tarde pas à te convertir au Seigneur, et ne reporte pas de jour en jour.
2930. Un double sentiment est aussi touché : la crainte et la joie. La crainte, à cause de la vision de l’ange ; la joie, à cause de la résurrection. La crainte vient de la fragilité humaine, la joie, de la vision divine. Ps 29[30], 6 : Le soir, les pleurs se sont installés ; mais, au matin, la joie. Le pécheur doit ainsi craindre. Si 5, 5 : Ne sois pas sans craindre à la suite du péché pardonné. Mais il doit se réjouir de l’espérance de la résurrection. Ps 2, 11 : Servez le Seigneur dans la crainte, et exultez en tremblant.
2931. Puis, [Matthieu] aborde les sentiments [des femmes] : ELLES COURURENT PORTER LA NOUVELLE AUX DISCIPLES, etc. Et cela convient aux pécheurs, car ils doivent courir et se hâter de progresser dans le bien. 1 Co 9, 24 : Courez donc afin d’obtenir [la couronne]. Et He 4, 11 : Hâtons-nous d’entrer dans ce repos.
[Matthieu] aborde aussi leur bonne intention, car [le Seigneur] a voulu que ce qu’elles avaient reçu, elles le communiquent aux autres. 1 P 4, 10 : Que chacun communique aux autres la grâce qu’il a reçue.
2932. ET VOICI QUE JÉSUS VINT À LEUR RENCONTRE. Ici est présentée l’apparition du Christ : premièrement, l’apparition est présentée ; deuxièmement, la salutation ; troisièmement, la révérence des femmes.
2933. [Matthieu] dit donc : ET VOICI QUE JÉSUS VINT À LEUR RENCONTRE. C’est à juste titre qu’il dit : IL VINT À LEUR RENCONTRE, car il se présente sans qu’on l’ait espéré en donnant la grâce. Sg 6, 14 : Il s’établit d’avance chez ceux qui le désirent, afin de se montrer à eux en premier. Is 64, 5 : Tu es venu au-devant de celui qui se réjouissait et accomplissait la justice. [Jésus] les salue aussi : JE VOUS SALUE. En grec, « Je vous salue » [khairété] indique la joie. C’est ainsi qu’on a dit plus haut qu’elles allaient dans la joie. La joie spirituelle sera donc toujours accrue chez les justes, et cela, par la conversation spirituelle. Ps 84[85], 5 : J’écouterai ce que Dieu dira en moi. C’étaient là des paroles de consolation, car de même que la première femme avait entendu la malédiction, de même ces femmes ont-elles entendu la bénédiction, et la bénédiction répond à la malédiction.
2934. Puis, ELLES S’APPROCHÈRENT ET ÉTREIGNIRENT SES PIEDS EN SE PROSTERNANT DEVANT LUI. Elles s’approchèrent donc, étreignirent ses pieds et l’adorèrent. Ainsi, l’âme du pécheur ne doit pas recevoir la grâce de Dieu en vain, et cela est indiqué par le fait qu’ELLES S’APPROCHÈRENT. Ps 33[34], 6 : Approchez-vous de lui, et vous serez illuminés. Ils doivent aussi s’attacher à lui solidement, et cela est indiqué par le fait qu’ELLES ÉTREIGNIRENT SES PIEDS. Dt 33, 3 : Ceux qui s’approchent de ses pieds recevront son enseignement. [Matthieu] aborde aussi la révérence [des femmes] lorsqu’il dit : ELLES SE PROSTERNÈRENT DEVANT LUI, car elles le reconnurent comme Dieu. Ps 131[132], 7 : Nous nous prosternerons à l’endroit que ses pieds ont touché.
2935. Mais une question peut se poser, car, en Jn 21, 12, il est dit : Ne me touchez pas ! mais ici il est dit qu’ELLES ÉTREIGNIRENT SES PIEDS. Il faut donc comprendre qu’elles l’ont vu deux fois, et qu’une fois elles ont vu un seul ange, comme le dit Augustin, et, une autre fois, deux. Mais ce fut aussi le cas pour le Christ. En premier lieu, Marie Madeleine éplorée le vit, comme on le lit en Jn 20, 14. Mais, par la suite, il vint au-devant d’elles alors qu’elles s’approchaient. Mais Marie Madeleine n’a pas pu d’abord le tenir. Selon Augustin, c’est parce qu’elle douta d’abord et n’en était donc pas digne. Mais, une fois rassurée, elle devint digne de toucher le Christ, afin que son contact extérieur concorde avec [son contact] intérieur.
2936. Ensuite, [le Seigneur] leur confie la charge d’annoncer [sa résurrection]. Au moment où il fait cela, il inspire d’abord la crainte et, en second lieu, il confie la charge, en cet endroit : ALLEZ ANNONCER À MES FRÈRES [28, 10].
[Matthieu] dit donc : ALORS JÉSUS DIT : « NE CRAIGNEZ PAS. » Cela est arrivé de manière appropriée, car ceux qui sont assignés à la fonction de prêcher ne doivent pas craindre. Ainsi, en envoyant ses disciples, le Seigneur leur dit : NE CRAIGNEZ PAS. Il existe une double crainte : [la crainte] servile et [la crainte] initiale, et cette dernière est bonne. Ps 118[119], 120 : Perce ma chair de ta crainte. [Le Seigneur] dit donc : JE VOUS SALUE, afin d’accroître en eux la charité. Mais parce que la charité parfaite rejette la crainte, 1 Jn 4, 18, il dit donc : NE CRAIGNEZ PAS.
2937. En premier lieu, il confie la charge d’annoncer ; deuxièmement, il montre la charité parfaite qu’il a à leur endroit.
La charge d’annoncer [la résurrection] est confiée à des femmes de sorte que, comme la femme a apporté à l’homme des paroles de mort, en sens inverse, il convenait que la femme fût l’annonciatrice du salut. En premier lieu, l’annonce est abordée ; en second lieu, l’endroit de l’apparition.
2938. [Le Seigneur] dit donc : ALLEZ ANNONCER À MES FRÈRES. Et pourquoi dit-il : À MES [FRÈRES] ? Pour démonter la vérité de sa nature. En effet, comme il était sorti du tombeau et était apparu glorieux, on aurait pu croire qu’il n’avait pas pris une chair véritable. Il dit donc : À MES FRÈRES. C’était aussi en raison de la similitude de grâce, car il a voulu être notre frère en vue de notre justification. Rm 8, 29 : Afin qu’il soit le premier-né d’un grand nombre de frères. Frères, et donc cohéritiers : Héritiers de Dieu et cohéritiers du Christ. Rm 8, 17. Ainsi, une fois qu’ils ont acquis l’héritage, il les appelle frères.
2939. ILS DOIVENT SE RENDRE EN GALILÉE. Ces paroles semblent vouloir dire qu’il est d’abord apparu en Galilée. [Matthieu] ne mentionne pas les autres apparitions, mais Bède dit qu’il est apparu dix fois. [Il est apparu] cinq fois le jour même de la résurrection : en premier lieu, à Marie Madeleine, Jn 20, 14 ; en second lieu, les deux fois que Matthieu aborde ici ; en troisième lieu, il est apparu à Pierre : comment et quand, on ne le dit pas, mais le fait n’est pas passé sous silence, Lc 24, 12 ; en quatrième lieu, [il est apparu] aux deux disciples qui se rendaient à Emmaüs ; en cinquième lieu, il est apparu à tous les disciples, sauf Thomas. Après ces [apparitions], il y en eut encore cinq autres : la première après celles-là eut lieu lorsqu’il apparut le huitième jour [après la résurrection] à tous les disciples ainsi qu’à Thomas ; la seconde , lorsqu’il est apparu à l’occasion de la pêche, quand Pierre dit : Je vais pêcher, Jn 21, 3 ; une autre fois, dont il est fait mention ici ; une autre, lorsqu’il leur reproche leur manque de foi ; la dernière, au mont des Oliviers, lorsqu’il monta au ciel, Mc 16, 14. Il y eut cependant d’autres [occurrences], comme le raconte Paul en 1 Co 15, 5‑8.
2940. Mais que signifie le fait que l’ange comme le Christ disent : IL VOUS PRÉCÉDERA EN GALILÉE ? Chrysostome dit qu’il dit cela parce qu’ils avaient l’habitude de vivre là. C’était aussi pour qu’ils s’y sentent en sécurité et l’attendent en sécurité. Toutefois, Augustin dit que, selon le mystère, Galilée signifie « passage ». [Le Seigneur] indique donc le passage aux païens, ou [le passage] de ce monde à la gloire. L’Apôtre [dit] en 2 Co 5, 6 : Alors que nous sommes dans ce corps, nous cheminons loin du Seigneur.
2941. ALORS QU’ELLES S’EN ALLAIENT, VOICI QUE QUELQUES [HOMMES], etc. Il s’agit ici de l’annonce qui a été faite par les gardes. Premièrement, [Matthieu] présente l’annonce ; deuxièmement, l’empêchement, en cet endroit : ILS TINRENT UNE RÉUNION AVEC LES ANCIENS, etc. [28, 12].
[Matthieu] dit donc : ALORS QU’ELLES S’EN ALLAIENT, etc. Pourquoi [les gardes] attendirent-ils si longtemps ? Il faut dire ce qu’on a déjà dit : LES GARDES FURENT TERRIFIÉS DE PEUR. Peut-être le Seigneur a-t-il fait cela pour qu’ils ne molestent pas les femmes.
VOICI QUE QUELQUES GARDES VINRENT EN VILLE POUR ANNONCER AUX GRANDS PRÊTRES [CE QUI S’ÉTAIT PASSÉ]. Et pourquoi aux grands prêtres ? Parce qu’ils les connaissaient bien, et aussi parce qu’ils avaient été payés par eux. Néanmoins, ils portèrent la nouvelle à Pilate. À Pilate, etc. POUR ANNONCER. Il avait déjà été indiqué que la résurrection du Christ serait manifestée par la bouche des Gentils.
2942. Puis, la malice de ceux qui font obstacle est présentée. Premièrement, la malice des grands prêtres est présentée ; deuxièmement, la corruption des gardes ; troisièmement, celle du peuple.
À propos du premier point, quatre choses contribuent à accroître la malice [des grands prêtres]. Premièrement, leur réunion. [Matthieu] dit donc : CEUX-CI SE RÉUNIRENT AVEC LES ANCIENS, etc., car il n’y en pas seulement un seul. Dn 12, 5 : L’iniquité est venue des anciens du peuple. De même, leur malice est accrue par le fait qu’ils ne firent pas cela par faiblesse, mais par malice ou après avoir méchamment délibéré. Tel est le conseil des impies, dont parle Ps 1, 1 : Bienheureux l’homme qui ne s’est pas joint au conseil des impies. Ils ont aussi pratiqué la fraude, car ils ont dépensé l’argent offert en proférant un mensonge. Ils savaient donc ce [que dit] Qo 10, 19 : L’argent fait obéir tout le monde. Comme le dit Jérôme, ceux-ci sont semblables à ceux qui vendent les biens ecclésiastiques pour se donner du plaisir.
2943. [Ils ont aussi accru leur malice] en les persuadant de mentir : premièrement, ils les persuadent ; deuxièmement, ils leur promettent l’impunité.
Ils les persuadent de mentir : DITES : « SES DISCIPLES SONT VENUS DE NUIT ET L’ONT DÉROBÉ. » Jr 9, 5 : Ils ont enseigné à leur langue à mentir. Ps 26[27], 12 : L’iniquité se ment à elle-même. Et, à la vérité, comme le dit Jérôme, ils ont menti, car les disciples étaient tellement sous le choc qu’ils n’avaient pas osé se rendre [au tombeau]. De même, s’ils avaient dû s’y rendre, ils s’y seraient rendus le premier jour, alors qu’il n’y avait pas de gardes. Cela est aussi clair, puisqu’ils laissèrent le linceul : s’ils l’avaient dérobé, ils n’auraient pas laissé [le linceul]. Il apparaît aussi que, puisqu’il avait été enseveli avec des aromates, le linceul adhérait comme [sous l’effet] de la colle ; ils auraient donc pu difficilement l’enlever. De plus, la pierre était grande ; ils n’auraient donc pas la dégager sans beaucoup d’aide et beaucoup de bruit. Augustin argumente de la manière suivante : « Ou bien ils sont venus alors que vous étiez de garde, ou alors que vous dormiez. Si vous étiez de garde, pourquoi ne les avez-vous pas repoussés ? Si vous dormiez, comment les avez-vous vus ? » Il apparaît ainsi que c’était un mensonge.
2944. [Les grands prêtres] promettent ensuite l’impunité. [Les gardes] auraient pu dire : « Nous serons punis si le gouverneur en entend parler. » On dit donc : SI CELA VIENT AUX OREILLES DU GOUVERNEUR, NOUS L’AMADOUERONS ET NOUS VOUS ÉPARGNERONS TOUT ENNUI. Et comment pouvaient-ils faire cela ? Il faut dire que le gouverneur ne s’intéressait pas beaucoup [à cela]. Ils savaient aussi qu’il ne punirait [les gardes] que sur leur demande. Ils savaient donc, etc. Par là est indiquée la prévoyance du Diable.
2945. MAIS EUX, AYANT PRIS L’ARGENT, AGIRENT COMME ON [le] LEUR AVAIT DIT. Il n’est pas étonnant que les soldats aient été corrompus par l’argent, car un des disciples [du Seigneur] avait été corrompu. Si 10, 9 : Pour l’avare, rien n’est plus désirable que l’argent. ET CELA A ÉTÉ RAPPORTÉ : et non seulement jusqu’au moment où cela fut écrit, mais jusqu’à maintenant.
2946. QUANT AUX ONZE DISCIPLES, ILS SE RENDIRENT EN GALILÉE, etc. Plus haut, on a entendu comment les disciples avaient appris la résurrection par la révélation des femmes ; ici, [comment ils l’ont apprise] en voyant [le Seigneur]. Et [le texte] se divise, car, en premier lieu, l’apparition du Christ est présentée ; en second lieu, la consigne de celui qui apparaissait. Le second point [se trouve] en cet endroit : S’AVANÇANT, JÉSUS LEUR DIT [28, 18].
À propos du premier point, [Matthieu] fait trois choses : premièrement, l’endroit où la vision eut lieu est décrit ; en deuxième lieu, la vision ; en troisième lieu, la charge.
2947. [Matthieu] dit donc : QUANT AUX ONZE DISCIPLES, car, obéissant au Christ, ILS SE RENDIRENT EN GALILÉE. Il faut comprendre qu’il dit : ONZE, parce que Judas était parti. Jn 6, 71 : Je vous ai choisis, vous les Douze, et l’un d’entre vous est le Diable.
2948. Mais il faut remarquer deux choses : le Christ est vu en Galilée, et [il est vu] sur la montagne. La Galilée signifie « passage ». Il est indiqué par cela que personne ne peut voir Dieu à moins d’opérer un double passage : celui du vice à la vertu, plus haut, 5, 8 : Bienheureux les cœurs purs, car ils verront Dieu ; celui de la mortalité à l’immortalité, comme le dit l’Apôtre, Ph 1, 23 : Je suis partagé entre deux désirs : le désir de mourir et d’être avec le Christ. De même [le Seigneur] a-t-il été vu sur la montagne pour indiquer que celui qui veut voir Dieu doit tendre à l’élévation de la justice. Ps 83[84], 3 : Ils iront de vertu en vertu. Le fait que [le Seigneur] soit sur la montagne signifie aussi l’excellence à laquelle il a été élevé par sa résurrection, car, alors qu’il était dans le monde, il était dans la vallée de la mortalité, et il a escaladé la montagne de l’immortalité par la résurrection. Is 2, 2 : Il sera élevé sur le pic des montagnes, et les nations afflueront vers lui. Notez qu’il leur apparaît À L’ENDROIT QU’IL AVAIT DÉSIGNÉ, par quoi est indiquée l’obéissance, car seuls ceux qui obéissent accèdent à la vision divine. Jn 14, 15 : Si vous m’aimez, vous observerez mes commandements, puis vient ensuite : Et je vous aimerai, et je me manifesterai à vous. Ps 118[119], 104 : Tes commandements m’ont fait comprendre, c’est-à-dire grâce à l’observance des commandements. Ainsi, sous la loi ancienne, personne n’avait pu escalader cette montagne, mais la [loi] nouvelle compense. Et il était nécessaire qu’il leur apparût parce que, en tant que témoins, on devait en prendre un si grand soin. Mais [le Seigneur] a fourni des témoins qui non seulement ont entendu, mais ont vu. 1 Jn 1, 2 : Ce que nous avons vu, ce que nous avons entendu…, nous l’attestons.
2949. Mais une question se pose : quand cette apparition a-t-elle eu lieu ? Selon ce que dit Augustin, ce ne fut pas le premier jour où il est ressuscité, car, le soir, il y eut une vision à laquelle Thomas n’était pas présent. De même, ce ne fut pas au cours de l’octave ou le huitième jour, car [les disciples] demeurèrent à Jérusalem pendant huit jours. Nous ne pouvons pas dire non plus que ce fut aussitôt après les huit jours, car nous contredirions Jean, qui dit que, lorsqu’il se manifesta au lac de Tibériade, Jésus s’était déjà manifesté trois fois. Or, [l’apparition] présente n’est pas la troisième, mais elle a eu lieu après cette troisième [apparition].
2950. ET QUAND ILS LE VIRENT. Il faut remarquer que, parmi ceux qui contemplent les grandes œuvres de Dieu, il y en a deux sortes. Certains les considèrent avec respect. Ainsi Abraham dit, Gn 18, 27 : Je parlerai à mon Seigneur, même si je suis cendre et poussière. Et Jb 9, 14 : Qui suis-je pour lui répondre et parler avec lui avec mes mots ? Vient ensuite : Je me reprends donc, et je fais pénitence dans la poussière et dans la cendre. Ce respect se trouve aussi chez les anges. Ap 7, 1 : Tous les anges se prosternaient face contre terre devant son trône, et ils adoraient Dieu. Cela s’explique par le fait que, plus quelqu’un le connaît, plus il le révère. Mais certains se tournent vers l’infidélité : en effet, ils veulent que tout soit égal à leur intelligence, de sorte que ce qu’ils ne comprennent pas, ils le blasphèment.
Il en fut donc ainsi des disciples, car, QUAND ILS LE VIRENT, ILS SE PROSTERNÈRENT. Ps 31[32], 7 : Nous adorerons à l’endroit où ses pieds se sont posés. D’AUTRES CEPENDANT DOUTÈRENT, à savoir que le Seigneur se laissa toucher, comme il est dit en Lc 24, 39.
2951. S’AVANÇANT, JÉSUS LEUR DIT. Ici est présentée une instruction donnée par le Christ. Trois choses doivent être considérées : premièrement, il annonce son pouvoir ; deuxièmement, il leur confie une fonction ; troisièmement, il promet son aide à venir. Le second point [se trouve] en cet endroit : ALLEZ DONC FAIRE DES DISCIPLES DE TOUTES LES NATIONS [28, 19] ; le troisième, en cet endroit : VOICI QUE JE SUIS AVEC VOUS TOUS LES JOURS [28, 20].
2952. [Matthieu] dit donc : S’AVANÇANT, JÉSUS LEUR DIT. Les disciples étaient divisés, car certains révéraient [le Seigneur], mais d’autres doutaient. Ils avaient donc besoin des deux choses : qu’il se manifeste à eux et qu’il les réconforte. Il s’est ainsi avancé vers tout le peuple. Is 9, 2 : Le peuple des Gentils qui marchait dans les ténèbres a vu une grande lumière. [Le Seigneur] a aussi annoncé son pouvoir : TOUT POUVOIR M’A ÉTÉ DONNÉ AU CIEL ET SUR LA TERRE. Comme le dit Jérôme, « le pouvoir a été donné à celui qui avait auparavant été crucifié par le peuple ».
2953. Or, la puissance de Dieu n’est rien d’autre que sa toute-puissance, et celle-ci n’a pas été donnée au Christ, car elle ne convient pas au Christ selon son humanité. Quelque chose lui convient selon qu’il est homme et quelque chose selon qu’il est Dieu. Ainsi, dans le Christ, selon qu’il est homme, se trouvent la science, la volonté et le libre arbitre. De même en est-il selon qu’il est Dieu. Il y a donc une double volonté dans le Christ : [une volonté] créée et [une volonté] incréée. On peut donc soutenir qu’il existe en lui une double puissance, une double science, etc. La question est donc : pourquoi, alors que toute connaissance lui a été communiquée, la toute-puissance ne le [lui] a-t-elle pas été ?
2954. La raison est la suivante. La science et la connaissance se réalisent par l’assimilation de celui qui connaît à ce qui est connu, car il suffit que les espèces des choses connues soient d’une certaine manière dans celui qui connaît, soit qu’il les connaisse par leur essence, soit qu’elles soient infuses, soit qu’elles soient reçues des choses. Quel que soit le mode, cela suffit à la connaissance. Il n’est donc pas nécessaire que [celui qui connaît] soit l’essence de toutes choses, mais qu’il soit capable de toutes. Telle est la façon d’exister d’une réception infinie, comme c’est le cas de la matière première. Mais la puissance active suit l’acte, car elle agit dans la mesure où elle est en acte. Ainsi, celui qui possède la toute-puissance active possède une puissance portant sur l’acte de toutes choses. Or, cela n’existe pas à moins qu’il ait une puissance infinie, ce qui ne convient pas au Christ en tant qu’homme, mais seulement en tant qu’il est Dieu.
2955. Que veut-il donc dire lorsqu’il dit : TOUT POUVOIR M’A ÉTÉ DONNÉ AU CIEL ET SUR LA TERRE ? Il faut noter, selon Hilaire, que le don peut être interprété soit quant à la divinité, car le Père a de toute éternité communiqué son essence au Fils ; et parce que son essence est sa puissance, Il lui a donc donné sa puissance. Ou bien, [le don] peut être mis en rapport avec le Christ selon son humanité. Mais il faut comprendre que l’humanité du Christ a reçu quelque chose en vertu de la grâce de l’union, et toutes ces choses sont propres à Dieu ; mais elle a [aussi] reçu quelque chose qui découle de l’union, comme la plénitude de la grâce et les choses de ce genre, et cela est comme un effet de l’union. Jn 1, 14 : Nous l’avons vu, le Fils unique du Père plein de grâce et de vérité. Pour tout ce qui se trouve dans le Christ en vertu de la grâce de l’union, il ne faut donc pas qu’on parle de tout d’une manière double, mais [c’est le cas] des autres choses qui en découlent. Je dis donc que la puissance est donnée, non pas parce qu’une autre puissance [lui] a été donnée, mais parce qu’elle lui a été donnée selon qu’elle est unie au Verbe en tant que Fils de Dieu par nature, mais au Christ en vertu de la grâce de l’union.
2956. Mais pourquoi [le Seigneur] dit-il : TOUT POUVOIR M’A ÉTÉ DONNÉ, après la résurrection plutôt qu’avant la résurrection ? Il faut dire que, dans l’Écriture, on dit que quelque chose arrive lorsqu’on en prend connaissance pour la première fois. Ainsi donc, avant la résurrection, [sa] toute-puissance n’était pas aussi manifeste, bien qu’il l’eût possédée ; mais, [après la résurrection], elle fut manifestée au plus haut point, alors qu’il pouvait convertir le monde entier.
2957. Nous pouvons donner une autre interprétation : la puissance signifie un honneur lié à la préséance, comme nous le disons des hommes qui exercent les fonctions de podestats. La puissance s’entend ici de cette façon. Car il est clair que le Christ qui, depuis l’éternité, exerçait [sa] royauté sur le monde en tant que Fils de Dieu en a reçu la mise en œuvre par [sa] résurrection, comme s’il disait : « Maintenant, je la possède effectivement. » On lit à ce sujet en Dn 7, 26 : Il siégera en jugement, afin que la puissance disparaisse, qu’elle soit broyée et dépérisse jusqu’à la fin du monde. Que le règne, le pouvoir et l’élargissement du royaume soient donnés au peuple des saints du Très-Haut, dont le règne est éternel, et que tous les rois le servent et lui obéissent ! On comprend donc qu’il s’agit d’une présidence effective, comme si le Fils était élevé à l’exercice d’un pouvoir qu’il possédait naturellement. Ap 5, 12 : Parce qu’il a été immolé, l’Agneau est digne de recevoir la puissance et la divinité.
2958. ALLEZ DONC ENSEIGNER À TOUTES LES NATIONS. Ici, [le Seigneur] confie une charge, et il confie une triple charge : premièrement, celle d’enseigner ; deuxièmement, celle de baptiser ; troisièmement, la charge de former les mœurs.
2959. [Le Seigneur] dit donc : ALLEZ DONC ENSEIGNER À TOUTES LES NATIONS. Ceci s’enchaîne de la manière suivante, comme s’il disait : « Tout pouvoir m’a été donné par Dieu, afin que, non seulement les Juifs, mais aussi les Gentils soient convertis à moi. Puisque c’est maintenant le moment, ALLEZ DONC ENSEIGNER À TOUTES LES NATIONS. » Jn 20, 21 : Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie. Et Lc 22, 29 : Moi, je dispose pour vous du royaume comme mon Père en a disposé pour moi. Il dit : ALLEZ ENSEIGNER, car c’est la première chose dont nous devons être instruits, à savoir, la foi : en effet, sans la foi, il est impossible de plaire à Dieu, He 11, 6. De là vient que, dans l’Église, on catéchise d’abord ceux qui doivent être baptisés, c’est-à-dire qu’on les instruit de la foi. Après avoir reçu tout pouvoir, [le Seigneur] envoie [ses disciples] vers toutes les nations. C’est ce qu’il dit : ENSEIGNEZ TOUTES LES NATIONS. Is 49, 6 : Je t’ai donné comme lumière des nations, afin que tu sois mon salut jusqu’aux extrémités de la terre.
2960. Et après qu’ils ont été instruits de la foi, il donne la charge de les baptiser : EN LES BAPTISANT, etc., comme s’il disait : « Celui qui est promu à [cette dignité], il faut d’abord qu’on lui fasse connaître cette dignité, afin que, par la suite, il ait du respect à son endroit. » Ga 3, 27 : Vous tous qui avez été baptisés dans le Christ, revêtez le Christ. Mais quelle est la forme du baptême ? AU NOM DU PÈRE ET DU FILS ET DU SAINT-ESPRIT. Dans le Christ, il y a deux choses : l’humanité et la divinité. L’humanité est le chemin, et non la fin. Jn 14, 6 : Je suis le chemin, la vérité et la vie, la vérité, comme fin de la vie contemplative, la vie, comme fin de la vie active. « Je ne veux pas que vous vous arrêtiez en route, c’est-à-dire à l’humanité, mais que vous poursuiviez jusqu’à la divinité. » Il fallait donc que deux choses soient indiquées : l’humanité et la divinité. Par le baptême, l’humanité [était signifiée]. Rm 6, 4 : En effet, nous sommes ensevelis avec lui dans la mort par le baptême. Et par la forme des paroles, la divinité [est signifiée], en sorte que la sanctification se réalise par la divinité. C’est pourquoi il dit : « AU NOM DU PÈRE ET DU FILS ET DU SAINT-ESPRIT ».
2961. La raison en est que, par le baptême, s’opère une régénération et que, pour une régénération, trois choses sont nécessaires. Premièrement, pour qui elle se réalise ; deuxièmement, par qui [elle se réalise] ; troisièmement, comment [elle se réalise].
Pour qui ? Pour Dieu le Père, comme le dit l’Apôtre, Rm 8, 29 : Ceux qu’il a prédestinés, il a prédestiné qu’ils seraient conformes à l’image de son Fils. Et Jn 1, 12 : Il a donné le pouvoir de devenir fils de Dieu à ceux qui croient en son nom. Par qui ? Par le Fils. Ga 4, 4 : Il a envoyé son Fils…afin que nous recevions l’adoption des fils, car, par l’adoption, nous sommes fils à l’image de celui qui est Fils par nature. Comment ? Nous avons reçu le don de l’Esprit Saint. Rm 8, 15 : Nous n’avez pas reçu un Esprit de servitude pour retomber dans la crainte, mais vous avez reçu l’Esprit d’adoption des fils de Dieu. Il fallait donc que soient mentionnés le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Ceux-ci se trouvaient au baptême du Christ, car le Fils était celui par qui, le Père celui de qui, et le Saint-Esprit était [représenté] par la colombe.
2962. [Le Seigneur] dit : AU NOM, c’est-à-dire par l’invocation du nom et par la puissance du nom, car [celui-ci possède une puissance]. Jr 14, 9 : Car tu es en nous, Seigneur, et ton nom a été invoqué sur nous pour que tu ne nous abandonnes pas. Il dit aussi : AU NOM, et non : « Aux noms. » Sont ainsi confondues les hérésies qui n’accordent pas d’importance au fait qu’il dise : AU NOM DU PÈRE ET DU FILS. Or, Arius est confondu par le fait qu’il dise au singulier : AU NOM. Il faut noter que, dans l’Église primitive, on était baptisé au nom du Christ, et cela afin de rendre le nom vénérable. Mais est-ce que maintenant cela suffirait ? Je crois que non, car l’invocation expresse de la Trinité est requise. Dans le Christ, la Trinité est contenue implicitement. Il a ainsi introduit [cette formule] pour les instruire en vue du baptême.
2963. Mais l’Apôtre dit à l’encontre de cela que Dieu ne l’a pas envoyé baptiser, mais évangéliser, en baptisant par l’intermédiaire d’autres, comme le Christ ne baptisait pas [lui-même], mais [par] ses disciples.
2964. EN LEUR APPRENANT À OBSERVER TOUT CE QUE JE VOUS AI PRESCRIT. Mais suffit-il au salut de croire et d’être baptisé ? Non, car l’instruction portant sur les mœurs est aussi nécessaire. [Le Seigneur] dit donc : EN LEUR APPRENANT À OBSERVER TOUT CE QUE JE VOUS AI PRESCRIT. Ps 118[119], 4 : Tu as prescrit d’observer rigoureusement tes commandements. Et il dit : QUE JE VOUS AI PRESCRIT, et non : Que je vous ai conseillé. C’est ce qu’[il dit] plus haut, 10, 27 : Ce que je vous dis, je le dis pour tous.
2965. Puis il présente le troisième point : VOICI QUE JE SUIS AVEC VOUS TOUS LES JOURS JUSQU’À LA CONSOMMATION DU TEMPS. Ici il promet une aide, comme s’il répondait à eux qui disaient : « Tu ordonnes que nous enseignions à tous, mais nous ne suffisons pas. » « Ne craignez pas, JE SUIS AVEC VOUS. » Remarquez que, de même que l’ordre d’aller vers tous est formulé, de même une aide est-elle offerte, car il promet aux apôtres et aux autres qui font la même chose. Ainsi, lui-même dit en priant le Père : « Je ne le demande pas seulement pour eux, c’est-à-dire les disciples, mais aussi pour ceux qui croiront en moi à cause de leur parole. » Il promet donc d’une manière générale à tous, Jn 14, 12 : Celui qui croit en moi fera lui aussi les œuvres que je fais, et il en fera même de plus grandes.
2966. [Son aide s’étend] aussi à l’ensemble du temps ; c’est pourquoi il dit : TOUS LES JOURS JUSQU’À LA CONSOMMATION DU TEMPS. Il ne dit pas cela comme si, ensuite, il ne sera avec nous que jusqu’à la consommation du temps, mais parce que, par la consommation, nous serons alors dans la gloire. Ap 21, 3 : Voici la demeure de Dieu avec les hommes, et il habitera avec eux. Et ils seront son peuple, et Dieu lui-même sera leur Dieu. Ainsi est-il dit, en Is 7, 14, que son nom sera Emmanuel, qui veut dire « Dieu parmi nous », jusqu’à la consommation du temps, comme s’il disait : « La génération des fidèles est plus forte que le monde. » En effet, le monde ne périra pas avant que tout ne soit accompli, à savoir, que l’Église des fidèles soit achevée et que le nombre des élus soit complété par Dieu en vue de la vie éternelle, auquel [appartiennent] honneur et puissance dans tous les siècles des siècles. Amen.