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Leçon 2 – Mt 27, 27‑56

[27, 27]

2832. Après avoir parlé de la condamnation, ici il est question de la passion et de la mort ; en second lieu, de la sépulture, en cet endroit : LE SOIR VENU, etc. [27, 57].

À propos du premier point, [Matthieu] fait deux choses : premièrement, il raconte ce que [Jésus] a ignominieusement enduré ; deuxièmement, ce qu’il a accompli avec magnificence, en cet endroit : À PARTIR DE LA SIXIÈME HEURE, L’OBSCURITÉ SE FIT [27, 45].

La première partie [se divise] en trois : dans la première, il traite de la dérision par les soldats ; en second lieu, de la crucifixion ; en troisième lieu, de la dérision du crucifié par les Juifs. Le second point [se trouve] en cet endroit : ET QUAND ILS SE FURENT MOQUÉS DE LUI [27, 31] ; le troisième, en cet endroit : LES PASSANTS L’INJURIAIENT [27, 39].

2833. À propos du premier point, les moqueurs sont d’abord décrits ; en second lieu, leur moquerie.

[Matthieu] dit donc : LES SOLDATS RASSEMBLÈRENT ALORS TOUTE LA COHORTE. Un groupe de soldats s’appelle une cohorte, et tous ceux qui avaient un pouvoir judiciaire avaient une cohorte de soldats pour exercer la justice. On appelle prétoire l’endroit où s’exerce la justice. Ainsi donc, les Gentils et les Juifs se rassemblèrent autour de [Jésus], de sorte que personne ne soit épargné, car il devait les racheter tous. Ce qu’on lit en Rm 11, 32 est donc approprié : Dieu les a tous enfermés dans l’infidélité afin d’avoir pitié de tous. Et en Ps 117[118], 10 : Ils m’ont entouré comme des abeilles.

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2834. L’AYANT DEVÊTU, ILS LUI MIRENT UNE CHLAMYDE ÉCARLATE. Ici est décrite la dérision : premièrement, pour ce qui est du vêtement ; deuxièmement, de l’honneur ; troisièmement, de l’insulte. Le second point [se trouve] en cet endroit : ET S’AGENOUILLANT DEVANT LUI, ILS SE MOQUAIENT DE LUI [27, 29] ; le troisième, en cet endroit : EN SORTANT, ILS TROUVÈRENT UN HOMME DE CYRÈNE, NOMMÉ SIMON, etc. [27, 32].

2835. Il faut remarquer que, bien qu’ils l’eussent accusé de plusieurs choses, il n’eut cependant à subir la passion que parce qu’il se disait roi, comme on lit en Jn 19, 12 : Si tu le relâches, tu n’es pas l’ami de César » C’est donc cela que [Pilate] craignait le plus. Voulant donc rire de [Jésus], ils lui accordent les insignes du roi. C’était en effet la coutume que les rois portent la pourpre et, à la place de celle-ci, ils mirent à Jésus un vêtement écarlate. De même, [les rois] avaient coutume de porter une couronne et, à la place de celle-ci, ils lui firent une couronne d’épines. De plus, [les rois] avaient coutume de porter un sceptre et, à la place de celui-ci, ils lui donnèrent un roseau.

2836. [Matthieu] dit donc : ILS LUI MIRENT UNE CHLAMYDE ÉCARLATE, c’est-à-dire rouge. Mais que veut dire Marc, en 15, 17, [lorsqu’il dit] qu’ils le revêtirent de pourpre ? Augustin donne la réponse : il a dit cela à cause de la ressemblance de la couleur. Ou bien, on peut dire que, bien que [la chlamyde] ait été écarlate, elle comportait cependant un peu de pourpre. Par le fait qu’il ait été dépouillé de ses propres vêtements et qu’on lui en ait mis d’autres, sont réfutés les hérétiques qui ont dit qu’il n’était pas un homme véritable. Cette chlamyde peut signifier la chair du Christ ensanglantée par son propre sang : En effet, il a lui-même été transpercé à cause de nos fautes : il a été broyé à cause de nos crimes, Is 53, 5. Ou bien, elle signifie le sang des martyrs, qui ont lavé leurs tuniques dans le sang de l’Agneau. Ou bien, [elle signifie] le péché des Gentils.

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2837. PUIS, AYANT TRESSÉ UNE COURONNE D’ÉPINES, ILS LA PLACÈRENT SUR SA TÊTE. Ainsi, à la place de la couronne de gloire, ils lui mirent une couronne injurieuse. Is 22, 18 : Couronnez-le d’une couronne de tribulations. Par ces épines, sont signifiés les aiguillons des péchés par lesquels la conscience est blessée. Le Christ les a acceptés à notre place, car il est mort pour nos péchés. Ou bien, on peut mettre cela en rapport avec la malédiction d’Adam, lorsqu’il est dit : Il te donnera des épines et des chardons. Il a ainsi été indiqué que cette malédiction était écartée.

2838. Et, pour remplacer le sceptre, ILS PLACÈRENT UN ROSEAU DANS SA MAIN DROITE. Selon Origène, le pouvoir du Diable, que le Christ a arraché de leurs mains, est ainsi indiqué. 4 R [2 R] 18, 21 : Ne mets pas ta confiance dans une tige de roseau ! En effet, la futilité des païens, que le Christ a cependant assumée, peut être signalée. Ps 2, 8 : Demande-le-moi, et je te donnerai les nations en héritage. La comparaison avec un roseau est bonne, car, de même que le roseau est emporté à tous les vents, de même les païens le sont-ils par toutes les erreurs. Aussi, on utilisait le roseau pour écrire. De plus, [on l’utilisait] pour tuer ce qui était empoisonné. Ainsi le Christ attire-t-il à lui et s’attribue-t-il les fidèles, mais [il conduit] les persécuteurs à la mort.

2839. Puis, il est question de l’honneur dérisoire [rendu au Christ], et [les soldats] l’exprimaient par un geste. Il est donc dit : ET S’AGENOUILLANT, ILS SE MOQUAIENT DE LUI. Bien qu’ils aient fait cela pour se moquer, cela indiquait toutefois que tout genou devait fléchir devant lui. Ph 2, 10 : Que tout genou fléchisse au nom de Jésus ! Ils se moquaient encore de lui en paroles, en disant : SALUT, ROI DES JUIFS ! Par ceux-ci, sont indiqués ceux qui confessent en paroles qu’ils connaissent Dieu, mais le nient par leurs actes, Tt 1, 16.

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2840. De même, ils lui adressaient diverses insultes, car ils lui crachaient au visage. Is 1, 6 : Je n’ai pas détourné mon visage de ceux qui crachaient sur moi. DE MÊME, ILS LE FRAPPAIENT À LA TÊTE, comme s’il avait été un idiot. Et qui sont ceux qui frappent la tête du Christ ? La tête du Christ est Dieu, comme on le lit en 1 Co 11, 3. Ceux-là donc frappent la tête du Christ, qui blasphèment contre la divinité du Christ. La Sainte Écriture est indiquée par le roseau. Ceux-ci confirment leur erreur par la Sainte Écriture.

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2841. EN SORTANT, ILS TROUVÈRENT UN HOMME DE CYRÈNE, NOMMÉ SIMON. Après la dérision, il est question de la crucifixion, et, à ce propos, [Matthieu] fait deux choses : premièrement, il précise le lieu de la crucifixion ; deuxièmement, [il parle] de la tunique [de Jésus] et de ce qui a été fait à cet endroit.

En premier lieu, il raconte comment Jésus a été conduit à cet endroit ; en second lieu, comment la croix a été portée ; en troisième lieu, comment on arriva à la passion.

2842. ET, APRÈS S’ÊTRE MOQUÉS DE LUI, ILS LUI ENLEVÈRENT la chlamyde qu’ils lui avaient mise. Remarquez qu’on rit de lui alors qu’il porte le vêtement d’un autre, mais qu’il est emmené dans son propre [vêtement]. Par cela est indiqué qu’il ne lui revenait pas d’être ridiculisé, mais d’être tué, car, comme on le lit en Ph 2, 8, il s’est humilié, en se faisant obéissant jusqu’à la mort. Là en effet est apparue sa puissance. Ps 117[118], 16 : La droite du Seigneur a manifesté sa puissance. Is 53, 7 : Il sera emmené comme une brebis pour être tué.

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2843. EN SORTANT, ILS TROUVÈRENT UN HOMME DE CYRÈNE. Ici, il s’agit du transport de la croix. Il est indiqué par cela qu’il ne voulait pas souffrir dans la ville, mais en dehors. La raison en est donnée en He 13, 12, où il est dit : Pour cette raison, afin que Jésus sanctifie le peuple par son sang, il a souffert hors de la porte [de la ville]. Cela est approprié à la figure, car, comme on lit, en Lv 16, 19s, que le bouc, qui devait être immolé pour le péché, était envoyé en dehors des murs, de même [en fut-il pour] le Christ, parce qu’il était l’offrande pour le peuple. [Cela est aussi arrivé] pour notre édification. He 13 : Ils portaient ce qui lui était reproché. Il a aussi souffert en dehors de la porte afin que la puissance de sa passion ne soit pas limitée à une seule nation. Jn 11, 52 : Il est mort afin que toutes les nations soient rassemblées.

2844. ET ILS LE REQUIRENT POUR PORTER LA CROIX. Il semble y avoir ici une discordance, car, en Jn 19, 17, on lit que [Jésus] sortit en portant sa croix. Voici la réponse selon Jérôme : d’abord [Jésus] porta [la croix], mais, par la suite, alors qu’ils cheminaient, ils rencontrèrent Simon et le requirent, etc. Origène dit que c’est le contraire qui se produisit : Simon porta d’abord [la croix], et, par la suite, le Christ. Et il existe une raison mystique pour laquelle [Simon] porta d’abord la croix. Ainsi, plus haut, 16, 24 : Celui qui veut me suivre, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive, etc. Il faut noter que ce Simon était un étranger et qu’il indique le peuple des Gentils, qui a porté la croix du Christ. 1 Co 1, 18 : La parole de la croix est folie pour ceux qui se perdent, mais pour ceux qui sont sauvés, pour nous, elle est puissance de Dieu. Simon signifie « obéissant », et le peuple des Gentils a obéi. Ps 17[18], 45 : Le peuple que je ne connaissais pas m’a servi, il m’a obéi en m’entendant. Et il venait d’un village. « Village » se dit pagos en grec. Ainsi, celui-ci venait d’un village, parce qu’il venait du paganisme. Ce que dit [Matthieu], qu’il venait de Cyrène, est approprié, car [Cyrène] signifie « héritage précieux ». Ps 2, 8 : Demande-le-moi, et je te donnerai les nations en héritage. Lorsque [Matthieu] dit qu’ils le forcèrent, il indique ceux qui portent extérieurement la croix, mais la portent de force à l’intérieur, parce qu’[ils ne la portent] pas à cause de Dieu, mais du monde. Ga 5, 24 : Ceux qui appartiennent au Christ ont crucifié leur chair avec ses vices et ses désirs.

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2845. Ensuite, l’endroit est présenté : ILS ARRIVÈRENT À UN ENDROIT APPELÉ GOLGOTHA, LE LIEU DIT DU CALVAIRE. On parle de calvitie à propos des hommes chauves, comme on le voit clairement dans les cimetières. En grec, on dit donc cranios. Certains disent qu’Adam a été enterré en cet endroit. Jérôme repousse cela, car il a été enterré à Hébron, comme on le lit en Jos 14. Et pourquoi [le Christ] a-t-il subi là sa passion ? Il faut noter qu’en toute ville, il y a un endroit où l’on a l’habitude de supplicier les condamnés. C’était donc là l’endroit des condamnés.

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2846. Puis, on raconte ce qui est arrivé lors de sa crucifixion : premièrement, comment on le fit boire ; deuxièmement, sa crucifixion ; troisièmement, d’autres choses qui sont arrivées.

À propos du premier point, on présente d’abord ce qui lui est offert ; deuxièmement, comment [Jésus] se comporta par rapport à ce qu’on lui offrait.

2847. [Matthieu] dit donc : ILS LUI DONNÈRENT À BOIRE DU VIN MÊLÉ DE FIEL. On voulait que tous ses sens souffrent : la vue souffrit par les crachats et les veilles ; l’ouïe, par les blasphèmes et les paroles de dérision ; le toucher, parce qu’il fut flagellé. On voulut donc que le goût aussi souffre. Ce qui est dit en Ps 58[59], 22 s’est accompli : Ils m’ont donné du fiel comme nourriture, et ils m’ont donné du vinaigre pour apaiser ma soif. Et Jr 2, 21 : Comment es-tu devenue mauvaise, une vigne étrangère ?

2848. Mais une question se pose, car, en Mc 15, 23, on dit qu’on lui donna du vin assaisonné de myrrhe. Il faut dire que la myrrhe est très amère, et que le vin mêlé de fiel est amer. Or, on a coutume de donner à tout ce qui est amer le nom de fiel. À la vérité, le vin était donc assaisonné de myrrhe, mais on dit que cela ressemblait à du fiel. Par cela était signifié que [le Christ] portait l’amertume de nos péchés.

2849. Ensuite est présentée la manière dont [Jésus] se comporta : LORSQU’IL LUI EUT GOÛTÉ, IL NE VOULUT POINT LE BOIRE. Mais que veut dire Marc lorsqu’il dit qu’IL LE PRIT, alors que [Matthieu] dit qu’IL LE GOÛTA ? On peut dire qu’il ne le prit que pour le goûter. Cela indique qu’il a goûté à la mort : il est aussitôt ressuscité, il a donc à peine goûté à la mort, puisqu’il était libre parmi les morts, Ps 87[88], 6.

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2850. QUAND ILS L’EURENT CRUCIFIÉ, etc. Mais on peut se demander pourquoi il a plutôt voulu mourir de cette mort. Une raison vient de ceux qui le crucifiaient, car ils voulaient qu’il soit diffamé par cela, selon ce que dit Sg 2, 20 : Condamnons-le à la mort la plus honteuse, etc., et celle-ci est [la mort sur] la croix. Aussi, cela [vient] d’une disposition de Dieu, car le Christ a voulu être notre maître afin de nous donner un exemple de la manière de supporter la mort. Il a donc souffert la mort afin de nous libérer par la mort, comme on le lit en He 2, 14s. Or, nombreux sont ceux qui veulent endurer la mort, mais ils fuient une mort honteuse. C’est pourquoi le Seigneur a donné l’exemple afin qu’ils ne fuient aucun genre de mort. De même, cela était approprié à la rédemption, car c’était en satisfaction pour le péché du premier homme. Or, le premier homme a péché par le bois. Le Seigneur a donc voulu souffrir par le bois. Sg 14, 7 : Béni soit le bois par lequel est rétablie la justice ! De même, le Christ devait être élevé par sa passion. Il a donc voulu être élevé par la passion sur la croix. Il voulait aussi s’attirer nos cœurs. Jn 12, 32 : Lorsque je serai élevé de terre, j’attirerai tout à moi. C’était aussi afin que nos cœurs soient élevés.

2851. ILS SE PARTAGÈRENT SES VÊTEMENTS. Ici est présenté ce qui a été fait pour outrager le crucifié : premièrement, le partage de ses vêtements est présenté ; deuxièmement, l’apposition d’une inscription ; troisièmement, l’association [à des malfaiteurs].

À propos du premier point, [Matthieu] présente le fait ; deuxièmement, la prophétie.

Il dit donc : ILS SE PARTAGÈRENT. Chrysostome dit que c’était là une grande insulte. C’était en effet la coutume que le condamné ne soit pas dénudé, à moins qu’il ne s’agît d’un homme de la plus basse condition. Afin donc de lui infliger un grand outrage, ils le dépouillèrent, pour que nous recevions l’enseignement que nous devons nous dépouiller de tous les effets des actes charnels. Comment cela s’est-il fait, Matthieu glisse [sur la question], mais Jean raconte, 19, 23s, que chaque soldat reçut une partie d’un autre vêtement. Mais, pour ce qui est de la tunique sans couture, ils la tirèrent au sort. Puis la prophétie est présentée : Afin que s’accomplît ce qui est dit par le prophète. AFIN n’a pas un sens causal, mais consécutif, car, du fait que le Christ a souffert, il arrive que s’est accompli ce qui avait été dit.

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2852. PUIS, S’ÉTANT ASSIS, ILS RESTÈRENT LÀ À LE GARDER, etc., afin qu’il ne soit pas enseveli. Ps 21[22], 18 : Mais ils me regardaient et me surveillaient.

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2853. Puis vient ensuite l’inscription : ILS PLACÈRENT AU-DESSUS DE SA TÊTE LE MOTIF DE SA CONDAMNATION AINSI LIBELLÉ, etc. Et il faut remarquer que ce qu’ils avaient fait sur ordre pour sa honte a tourné à son honneur. Ainsi, ILS PLACÈRENT AU-DESSUS DE SA TÊTE LE MOTIF DE SA CONDAMNATION, c’est-à-dire la raison pour laquelle il subissait la passion. On trouve écrit en Ap 19, 16 : Roi des rois et Seigneur des seigneurs. Ce que [le gouverneur] dit : ROI DES JUIFS, est en rapport avec l’honneur [du Christ], car il allait devenir le roi de toutes les nations. Ps 2, 6 : Car moi, j’ai été établi par lui roi sur Sion, sa sainte montagne.

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2854. Ensuite est présentée l’association : ALORS FURENT CRUCIFIÉS AVEC LUI DEUX BRIGANDS. Tels furent ceux avec qui il fut associé, car il [se retrouva] entre deux brigands, comme un malfaiteur. Ainsi Is 53, 12 : Et il a été mis au rang des méchants. Mais il y en avait UN À DROITE, ET UN AUTRE À GAUCHE. Il accueillit la croix comme un juge : en effet, comme certains se trouvent à droite et d’autres à gauche lors d’un jugement, de même [en est-il] ici. Par cela est donc indiqué qu’il est le juge des vivants et des morts. Ph 2, 9 : C’est pourquoi Dieu l’a élevé, et il lui a donné un nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus, tout genou fléchisse au ciel, sur la terre et dans les enfers. Jb 36, 17 : Ta cause a été jugée comme si c’était celle d’un impie ; ta cause sera revue et tu recevras justice. De même, par le fait que l’un était à droite et l’autre à gauche, est-il indiqué que le Christ a souffert pour tous. Cependant, certains croient, et d’autres ne croient pas. 1 Co 1, 23 : Mais nous, nous annonçons le Christ crucifié, scandale pour les Juifs et folie pour les païens. Ou bien, on peut dire que certains supportent la croix pour Dieu, et ceux-là se trouvent à droite ; mais d’autres [ne la supportent] pas pour Dieu, mais pour le monde, et ceux-là sont à gauche.

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2855. Ensuite, il est question de la dérision à l’endroit du crucifié : MAIS LES PASSANTS L’INJURIAIENT. Premièrement, il est question de ce qui a été fait par le peuple ; deuxièmement, par les grands prêtres ; troisièmement, de ce qui [a été fait] par les brigands.

À propos du premier, [Matthieu] décrit d’abord ceux qui insultent ; deuxièmement, leurs insultes.

En premier lieu, il décrit donc LES PASSANTS, c’est-à-dire ceux qui passaient sur la route. Il est question de ceux-ci en Is 30, 11 : Écartez-vous de mon chemin, que le saint d’Israël s’éloigne de notre vue. Ils sont aussi décrits, car ILS HOCHAIENT LA TÊTE, et ils faisaient cela en dérision. La tête signifie la raison, les pieds, les sentiments. En premier lieu, [leurs] sentiments les ont donc poussés au mal ; ensuite, ils hochent la tête, car ils s’enorgueillissent de leurs péchés.

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2856. Ils rient de lui de trois manières : premièrement, en paroles ; deuxièmement, par les actes qu’ils ont posés ; troisièmement, par la dignité qu’ils se sont appropriée.

À propos du premier point, ils disent : ALORS, TOI QUI DÉTRUIS LE TEMPLE DE DIEU, etc. ALORS est [ici] une interjection de dérision. Cela avait déjà été révélé, et ils ne voulaient pas [le] croire. C’est d’eux que Jr 8, 5 dit : Ils ont accepté un mensonge, et ils n’ont pas voulu revenir. Comme s’ils disaient : « Si tu veux rebâtir le temple, rebâtis-toi ! » Mais [le Christ] ne pouvait [le] rebâtir s’il n’était pas d’abord détruit. Il voulut donc d’abord qu’il soit détruit, car c’est de son corps qu’il avait dit cela.

Ensuite, [ils rient de lui] par leurs actes : SAUVE-TOI-MÊME !, comme s’ils disaient : « Tu as sauvé les autres, sauve-toi toi-même ! Mais tu n’en as pas vraiment sauvé d’autres. Tu ne peux donc pas te sauver toi-même ! »

2857. [Ils rient aussi de lui] pour ce qui est de sa dignité : « SI TU ES LE FILS DE DIEU, DESCENDS MAINTENANT DE LA CROIX ! » Cette [proposition] conditionnelle n’est pas bonne, car, s’il est le Fils de Dieu, il doit plutôt obéir au Père. Car il s’est fait obéissant jusqu’à la mort, Ph 2, 8. Ils auraient donc plutôt dû dire : « Si tu es le Fils de Dieu, monte et ne descends pas ! » Jn 3, 13 : Personne ne monte au ciel que celui qui est descendu du ciel, le Fils de l’homme qui est au ciel. Ils emploient la même expression que le Diable a utilisée lorsqu’il le tentait, plus haut, 4, 6 : Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi en bas ! En effet, il n’appartient pas au Fils de Dieu de descendre. Ils parlaient donc sous l’incitation du Diable, et ils voulaient empêcher sa passion.

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2858. Puis vient ensuite la dérision des grands prêtres : DE MÊME, LES GRANDS PRÊTRES SE GAUSSAIENT, etc. Ainsi, non seulement le peuple, mais aussi les grands prêtres riaient de lui. On ne fait pas de cas d’être condamné par les plus petits, mais on ne peut supporter la dérision des grands. L’homme désire naturellement être honoré. Or, l’honneur vient du témoignage rendu à la vertu. La dérision est donc faite en vue de l’humiliation. Et ceux-ci sont décrits par leur autorité, car ils sont des grands. [Ils sont aussi décrits] par leur enseignement, car ils sont des scribes. [Ils sont encore décrits] par leur vie, car ils sont des Pharisiens, qui étaient éminents par leur vie. Jr 5, 5 : J’irai vers les grands et je leur parlerai, car ils ont connu la voie de Dieu et le jugement de leur Dieu. Mais voilà que ce sont plutôt eux qui ont secoué le joug et rompu leurs liens.

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2859. Ils disent trois choses : premièrement, ils repoussent les miracles qu’il a faits ; deuxièmement, sa dignité royale ; troisièmement, [ils lui reprochent] de s’être fait Fils de Dieu.

À propos du premier point, ils disent : IL EN A SAUVÉ D’AUTRES, MAIS IL NE PEUT SE SAUVER LUI-MÊME ! Ils voulaient dire : « S’il en a sauvé d’autres, il pourra se sauver. Mais il ne peut se sauver lui-même. Il n’a donc pas sauvé les autres. » Mais nous devons au contraire riposter : « Il en a sauvé d’autres, il peut donc se sauver lui-même. Or, il pouvait se sauver en ressuscitant. Il pouvait donc nous sauver, nous aussi. » He 5, 9 : Il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent principe de salut éternel. Ainsi, ceux-ci ne visaient que le salut temporel. Or, le Christ a voulu montrer que le salut éternel doit avoir préséance.

2860. Ils disent donc : IL EST ROI D’ISRAËL. QU’IL DESCENDE MAINTENANT DE LA CROIX ! Ici ils repoussent sa dignité royale et formulent une fausse promesse. Ils tirent ainsi une mauvaise conclusion, car s’il est le roi d’Israël, il ne doit pas descendre, mais il doit être élevé par la croix. Ps 95[96], 10 : Le Seigneur a régné par le bois, et Is 9, 6 : Le pouvoir, à savoir, la croix, a reposé sur ses épaules. De même, il a fait quelque chose de plus grand, car il a ressuscité du tombeau, et cependant ils n’ont pas cru. Ils étaient donc des menteurs. Jr 23, 16 : N’écoutez pas les paroles des prophètes qui prophétisent pour vous, et vous trompent, puis vient ensuite : Ils vous disent ce que voient leurs cœurs.

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2861. De même, ils lui reprochent de s’être dit le Fils de Dieu : IL A COMPTÉ SUR DIEU ; QUE DIEU LE DÉLIVRE S’IL LE VEUT ! Ps 21[22], 9 : Il a espéré dans le Seigneur. Qu’Il le délivre, qu’Il le sauve, s’Il le veut ! [Dieu] aurait pu le libérer s’il l’avait voulu. Mais il ne le voulait pas, car il voulait l’exposer à la mort pour un temps, afin de nous assurer le salut et de lui [rendre] honneur. Ainsi s’accomplit ce qui est dit en Jr 15, 10 : Tous ont mal parlé de moi.

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2862. MÊME LES BRIGANDS L’INSULTAIENT. Mais comment se fait-il qu’on dise ici que les deux brigands l’insultaient, mais, en Lc 23, 39, qu’un seul [le faisait] ? Augustin donne une solution : parfois, c’est la coutume, dans l’Écriture, d’employer le pluriel pour le singulier, comme en He 2, 33 : Ils ont fermé la gueule des lions, c’est-à-dire qu’il, à savoir, Daniel, [l’]a fermée. C’est une manière de parler, comme lorsque quelqu’un dit : « Ces campagnards m’embêtent ! », même si un seul l’embête. C’est la manière de parler de Matthieu. Ou bien, selon Jérôme, au départ les deux l’insultaient, mais l’un [des deux], voyant les miracles qu’il faisait, se repentit. Et cela, comme le dit Chrysostome, est arrivé par une disposition divine. Ils signifient donc ceux qui reviennent au Christ après de nombreuses fautes.

[27, 45]

2863. À PARTIR DE LA SIXIÈME HEURE, L’OBSCURITÉ SE FIT SUR TOUTE LA TERRE. Plus haut, l’évangéliste a raconté comment le Seigneur a subi la passion sur la croix ; ici, [il raconte] comment il a réalisé des choses grandioses. Premièrement, il présente ce qu’il a fait avant de mourir ; deuxièmement, après sa mort, en cet endroit : OR JÉSUS, POUSSANT DE NOUVEAU UN GRAND CRI, RENDIT L’ESPRIT [27, 50].

À propos du premier point, [Matthieu] fait deux choses : premièrement, il raconte l’obscurcissement qui s’est produit ; deuxièmement, le cri [de Jésus], en cet endroit : VERS LA NEUVIÈME HEURE, JÉSUS POUSSA UN GRAND CRI [27, 46].

2864. [Matthieu] dit donc : À PARTIR DE LA SIXIÈME HEURE, L’OBSCURITÉ SE FIT SUR TOUTE LA TERRE. Comme le raconte Origène, les païens, entendant que l’évangéliste racontait cela comme un miracle, riaient de lui, et disaient que cela s’était produit naturellement. Ils croyaient donc qu’il parlait comme un ignorant, puisque le soleil s’était caché naturellement.

2865. Mais ce ne fut pas une éclipse naturelle, mais miraculeuse. Si vous voulez comprendre, écoutez ce que Denys dit, alors qu’il avait vingt-quatre ans et étudiait les astres dans la ville d’Héliopolis. Lorsqu’ils virent [cela], lui-même et Apollonius furent étonnés, car il leur semblait que ce n’était pas [une éclipse] naturelle, et ils observèrent quatre miracles. Premièrement, en raison du moment, car alors que c’était le jour où la Pâque devait être célébrée, on était à la quinzième lune, alors que la lune est en opposition par rapport au soleil. Or, une éclipse naturelle se produit du fait de la conjonction de la lune par rapport au soleil. Le deuxième miracle fut que, alors que le soleil était au couchant, la lune devait être à l’orient. Or, ici le cours de la lune a été changé. De même, le troisième consiste dans le fait que l’obscurcissement commence toujours du côté du couchant, car toutes les planètes ont un double mouvement : l’un propre, l’autre commun. La lune, pour ce qui est de son mouvement propre, est plus rapide, et lorsqu’elle atteint le corps du soleil, elle vient du couchant. Mais, ici, il n’en était pas ainsi, car elle venait de l’orient. Le quatrième miracle est que l’obscurcissement débute dans la même partie où l’illumination revient. Or, il n’en fut pas ainsi alors, puisque [le soleil] a finalement quitté la partie qu’il avait d’abord occupée, car la lune a atteint le corps du soleil, puis elle a reculé, de sorte que cette première partie fut d’abord illuminée. Ainsi, observant cela, il se convertit à l’arrivée de Paul, puis convertit son compagnon. Le cinquième miracle, qui est plus grand, comme il le dit, est que, lorsqu’une éclipse est naturelle, elle dure peu de temps. En effet, le soleil n’est pas caché, mais il se produit un obscurcissement par interposition de la lune. Or, le corps de la lune n’est pas plus grand que celui du soleil. Cela ne dure donc pas longtemps. Mais [cette] éclipse a duré trois heures.

2866. Ce fut donc un grand miracle. Mais Origène pose la question : si ce fut un si grand miracle, pourquoi un des astrologues ne l’a-t-il pas décrit ? Il répond en disant que cet obscurcissement ne fut pas universel, mais se limita au territoire d’Israël. Ou bien, SUR TOUTE LA TERRE [signifie] la Judée. C’est une manière semblable de parler lorsqu’on dit : « La nation ou le royaume, etc. ». Il faut comprendre alors : « Cette nation. » Il en est de même ici. Mais Chrysostome dit que SUR TOUTE LA TERRE [veut dire] sur le monde entier, car [le Christ] mourait pour le monde entier. Il a donc voulu le faire savoir à tous par un signe de sa passion. Mais Denys dit qu’il était en Égypte et qu’il a lui-même vu [l’éclipse]. On pouvait ainsi comprendre qu’elle s’étendait jusqu’en Asie. Il faut donc lui accorder plus de crédit. Un astronome raconte une éclipse survenue à l’époque de Tibère, mais il ne dit pas quand ni combien de temps elle a duré, ni comment [elle s’est produite]. Toutefois, on peut dire que, comme ce n’était pas le moment d’une éclipse, on n’en a pas évalué le mode avec soin. Aussi certains disent-ils que des nuages épais se sont interposés entre nous et le soleil ; mais d’autres ont dit que le soleil a retiré ses rayons. Ainsi, en Am 8, 9 : Le soleil se coucha pour eux à l’heure du midi.

2867. Mais ici se pose une question, car il est dit ici que [le Christ] a été crucifié à la sixième heure. Or, Marc dit qu’il le fut à troisième heure, 15, 25. Il faut dire que Matthieu raconte l’histoire : il a été crucifié à la sixième heure et il est mort à la neuvième. Et cela est approprié au mystère, car, à l’heure du midi, le soleil est au milieu du ciel. Cela est donc approprié pour le Fils de Dieu, qui est le véritable soleil. Ml 4, 2 : Pour vous qui craignez le nom de Dieu, le soleil de justice se lèvera. Cela est approprié aussi à la transgression du premier homme, car Adam a péché après l’heure du midi, Gn 3, 8. Le Christ a donc voulu satisfaire pour cette heure. Pourquoi alors Marc parle-t-il de la troisième heure ? Il faut dire qu’il a été crucifié à la troisième heure par la langue des Juifs, mais à la sixième par les mains des soldats. De même, les ténèbres s’étendirent sur trois heures, et cela avait été indiqué en figure par ce qui est écrit en Ex 10, 22 : Moïse étendit les mains vers le ciel pendant trois heures, et les ténèbres s’étendirent sur tout le pays d’Égypte pendant trois jours. De même le Christ en croix a-t-il étendu ses mains et les ténèbres sont-elles apparues pendant trois heures, pour indiquer qu’on avait été privé de la lumière de la Trinité.

[27, 46]

2868. ET VERS LA NEUVIÈME HEURE, JÉSUS POUSSA UN GRAND CRI. Ici, [Matthieu] présente le cri du Christ. Premièrement, le cri est présenté ; deuxièmement, son effet, en cet endroit : CERTAINS DE CEUX QUI SE TENAIENT LÀ, etc. [27, 47].

[Matthieu] dit donc : ET VERS LA NEUVIÈME HEURE, JÉSUS POUSSA UN GRAND CRI. Selon Origène, le Christ pousse un grand cri et indique [par là] la multitude des mystères. Is 4, 3 : Les Séraphins se criaient les uns aux autres : « Saint, Saint, Saint, le Seigneur, le Dieu des armées ! » Ainsi, celui qui veut comprendre par cela qu’il a crié par dégoût de la mort n’a pas compris le mystère. Il ne faut donc pas l’entendre ainsi ; il a plutôt voulu laisser entendre qu’il était égal au Père. En hébreu, il a dit : ÉLI, ÉLI, LAMMA SABACTHANI ? Il a aussi voulu indiquer que [sa mort] avait été annoncée par les prophètes. Il a donc dit ce que dit le Ps 21[22], 2 : Mon Dieu, jette ton regard sur moi : pourquoi m’as-tu abandonné ? Jérôme dit donc que ceux-là sont impies qui veulent interpréter ce psaume autrement que de la passion du Christ.

2869. Remarquez que certains l’ont mal compris. Ainsi, vous devez savoir qu’il y a eu deux hérésies. L’une ne reconnaissait pas dans le Christ le Verbe uni [à la nature humaine], mais [affirmait] que le Verbe tenait la place de l’âme : c’est ce qu’affirmait Arius. D’autres [ont dit] que le Verbe n’était pas uni [à la nature humaine] selon la nature, mais par grâce, comme c’est le cas dans un juste, par exemple, chez les prophètes : c’est ce que Nestorius [affirmait]. Ils interprétaient donc : MON DIEU, MON DIEU, POURQUOI M’AS-TU ABANDONNÉ ? en disant que le Verbe de Dieu disait cela, et qu’il dit Dieu parce qu’il est la créature [de Dieu], et on en concluait qu’il fit s’unir à lui ce Verbe et, par la suite, l’abandonna. Mais cela est une interprétation impie, car il est toujours avec [ce Verbe]. Ainsi donc, [sa] divinité n’a abandonné ni la chair ni l’âme. Jn 7, 29 : Celui qui m’a envoyé est avec moi.

2870. De quoi s’agit-il donc ? Il faut dire que, par la manière même de parler, il est clair qu’il faut l’entendre du Christ. En effet, il est dit de lui, Jn 21, 17 : Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu. Il l’appelle Père parce qu’il est Dieu ; il l’appelle Dieu parce qu’il est homme. Ainsi, lorsqu’il dit : MON DIEU, MON DIEU, etc., il est clair qu’il parle comme homme. Il gémit donc afin d’indiquer la grandeur de son affection humaine. Lorsqu’il dit : [POURQUOI] M’AS-TU ABANDONNÉ ? il parle par mode de comparaison, car ce que nous avons, nous le tenons de Dieu. De même donc que, lorsque quelqu’un est exposé à un mal, on dit qu’il est abandonné, de même, lorsque le Seigneur abandonne l’homme qui tombe dans un mal de peine ou de faute, dit-on que [celui-ci] est abandonné. De sorte qu’on dit du Christ qu’il est abandonné non pas selon l’union, ni selon la grâce, mais quant à la souffrance. Is 54, 7 : Un court instant je t’ai délaissé.

2871. Et il dit : POURQUOI ? Non pas par dégoût, mais cela peut indiquer [sa] compassion envers les Juifs. C’est pourquoi il ne le dit qu’après que les ténèbres sont apparues. Il veut donc dire : « Pourquoi as-tu voulu que je sois livré à la passion et que ceux-ci soient couverts par les ténèbres ? » Il montre aussi de l’admiration, car la charité de Dieu est admirable. Rm 5, 8 : La preuve de la charité de Dieu à notre endroit, c’est que le Christ, alors que nous étions encore pécheurs, est mort pour nous.

[27, 47]

2872. Puis vient ensuite l’effet : CERTAINS DE CEUX QUI SE TENAIENT LÀ, etc. Premièrement, l’effet général est présenté ; deuxièmement, l’effet sur l’un d’entre eux, en cet endroit : ET AUSSITÔT L’UN D’EUX COURUT, etc. [27, 48].

[Matthieu] dit donc : CERTAINS DE CEUX QUI SE TENAIENT LÀ DISAIENT EN L’ENTENDANT : « IL APPELLE ÉLIE ! » Qui étaient-ils ? Jérôme croit que c’étaient les soldats, qui ne connaissaient pas l’hébreu et croyaient à cause de cela qu’il appelait Élie, car Élie était très célèbre puisqu’il avait été enlevé au ciel, comme on le lit en 4 R [2 R] 2, 11. Ou bien, on peut dire que ce sont les Juifs, et qu’ils veulent par là montrer que le Christ est un homme, et non Dieu, qui demande l’aide d’un autre.

[27, 48]

2873. Puis, on montre l’effet sur l’un d’entre eux : premièrement, on dit ce que celui-ci a fait ; deuxièmement, ce que les autres [ont fait].

[Matthieu] dit donc : ET AUSSITÔT L’UN D’EUX COURUT PRENDRE UNE ÉPONGE QU’IL IMBIBA DE VINAIGRE. Pourquoi il fit cela, on ne le dit pas ici, mais en Jn 19, 28, car Jésus, voyant que tout était consommé, dit : J’ai soif ! Voulant donc le soulager, celui-ci lui donna le breuvage des condamnés. Ainsi s’accomplit ce qui est dit en Ps 68[69], 22 : Ils m’ont donné du fiel comme nourriture, et alors que j’avais soif, ils m’ont donné du vinaigre. Il faut noter que c’était du vinaigre assaisonné de myrrhe, mais qu’on parle de fiel et de vinaigre parce que c’était amer.

Au sens mystique, par le vin assaisonné de myrrhe, sont signifiés ceux qui n’ont aucune foi. Ou bien, par le vinaigre, qui provient de la corruption du vin, est indiquée la corruption de la nature humaine, car le Christ a pris ce breuvage amer. Ou bien, par le vinaigre est indiquée la méchanceté des Juifs. Le vinaigre s’introduit dans l’éponge parce que celle-ci est trouée, et elle indique les ruses et les fourberies des Juifs.

Mais IL MIT [L’ÉPONGE] AU BOUT D’UN ROSEAU. Par le roseau, la Sainte Écriture est indiquée. Ils veulent donc confirmer leur méchanceté par l’Écriture.

[27, 49]

2874. Il se peut que celui-ci ait été mû par la compassion ; en faisant cela, il voulait donc venir en aide [à Jésus], mais les autres ne le voulaient pas. Ils disaient donc : LAISSE ! VOYONS SI ÉLIE LE LIBÉRERA !

[27, 50]

2875. OR JÉSUS, POUSSANT DE NOUVEAU UN GRAND CRI, RENDIT L’ESPRIT. Il s’agit ici de ce qui est arrivé après la mort [du Christ]. Premièrement, la mort du Christ est présentée ; deuxièmement, ce qui est arrivé ; troisièmement, l’effet. Le second point [se trouve] en cet endroit : VOILÀ QUE LE VOILE DU TEMPLE SE DÉCHIRA [27, 51] ; le troisième, en cet endroit : MAIS LE CENTURION, etc. [27, 54].

À propos du premier point, la mort est abordée et le mode de la mort

2876. La cause de la mort est triple. Une cause avait pour but de montrer à quel point il nous aimait. Augustin [écrit] : « Il n’y a pas de plus grande raison d’aimer que d’être précédé dans l’amour. » Rm 5, 8 : La preuve de la charité de Dieu pour nous, c’est que, alors que nous étions pécheurs, le Christ est mort pour nous. De même, c’était pour nous enseigner à mépriser la mort. Par la mort, il a détruit tous les péchés. C’était aussi pour enlever la peine du péché d’Adam, c’est-à-dire pour nous libérer du péché d’Adam. En effet, il avait été dit [à Adam], Gn 2, 17 : Dès que vous en aurez mangé, vous mourrez. [Le Christ] nous a libérés de cette mort. C’était aussi parce que le Diable, qui est fauteur de mort, s’était jeté sur lui, qui ne le méritait pas. [Le Christ] lui enleva ainsi [son] pouvoir sur les autres. Il livra donc son âme à la mort pour nous libérer.

2877. La condition de la mort est aussi indiquée : POUSSANT UN GRAND CRI, IL RENDIT L’ESPRIT. Certains ont dit que la divinité était morte, mais cela est faux, car la vie ne peut pas mourir. Or, Dieu est non seulement vivant, mais il est la vie. Certains ont dit que l’âme [du Christ] est morte avec le corps, ce qui est impossible, car elle ne pourrait alors posséder l’immortalité. Il faut aussi remarquer que tous meurent par nécessité, mais que le Christ [est mort] de sa propre volonté. [Matthieu] ne dit donc pas qu’il est mort, mais qu’IL RENDIT [SON ESPRIT], car [il le fit] de sa propre volonté. Et cela indique [sa] puissance, comme on le dit ailleurs, Jn 10, 18 : J’ai le pouvoir de déposer mon âme, et j’ai aussi le pouvoir de la reprendre. Et il voulut mourir dans un grand cri pour indiquer qu’il mourait volontairement, et non par nécessité. Il a donc déposé son âme lorsqu’il l’a voulu et l’a reprise lorsqu’il l’a voulu. Il a donc été plus facile pour le Christ de déposer son âme et de la reprendre que pour un autre de s’endormir et de se réveiller. Mais pourquoi [cette mort] leur a-t-elle été imputée ? Parce qu’ils ont fait ce qui était en leur pouvoir.

[27, 51]

2878. VOILÀ QUE LE VOILE DU TEMPLE SE DÉCHIRA, etc. Dans cette section, il s’agit de l’effet. Premièrement, il est question de ce qui est arrivé au temple ; deuxièmement, de ce qui [est arrivé] aux éléments ; troisièmement, de ce qui [est arrivé] aux hommes.

2879. Il faut voir que Matthieu raconte dans un ordre différent de celui de Luc. Augustin dit que Matthieu raconte selon le déroulement historique, et cela est clair, car il dit : VOILÀ QUE LE VOILE DU TEMPLE SE DÉCHIRA. Chez Luc, on ne trouve rien de tel. Il faut noter qu’il y avait un double voile dans le temple, comme dans un tabernacle, car il y avait un voile à l’intérieur du saint des saints, et il y avait un autre voile qui n’était pas dans le saint des saints. Ces deux [voiles] indiquaient une double dissimulation, car le voile qui était à l’intérieur signifiait la dissimulation des mystères célestes qui nous seront révélés : Alors, nous [lui] serons semblables, lorsqu’il apparaîtra dans sa gloire [1 Jn 3, 2]. L’autre [dissimulation], celle qui était à l’extérieur, signifiait la dissimulation des mystères qui concernent l’Église. Ainsi donc, [ce voile] fut déchiré, mais pas l’autre, pour indiquer que les mystères qui concernaient l’Église étaient manifestés ; mais l’autre [voile] ne fut pas déchiré parce que les secrets célestes demeurent encore voilés. L’Apôtre [dit] ainsi en 2 Co 3, 16 : Lorsque Israël sera converti à Dieu, le voile sera enlevé. Ainsi, par la passion, tous les mystères qui avaient été écrits dans la loi et les prophètes ont été dévoilés, comme on le lit en Lc 24, 27 : En partant de Moïse et de tous les prophètes, il leur montrait ce qui se rapportait à lui dans toutes les Écritures. Ou bien, [la déchirure du voile] signifie la dispersion du peuple des Juifs, et parce qu’ils mettaient leur gloire dans le voile, qui fut déchiré lors de la passion du Christ, il était ainsi signifié que toute gloire leur était enlevée.

2880. LA TERRE TREMBLA ET LES ROCHERS SE FENDIRENT, etc. On a présenté plus haut le miracle survenu dans [l’enceinte] sacrée du temple ; ici est présenté le miracle survenu dans les éléments. Cela est approprié premièrement pour ce qui est de la puissance de la passion ; deuxièmement, pour ce qui est de l’effet du salut ; troisièmement, pour ce qui est du pouvoir judiciaire que le Christ a mérité par sa passion.

Il était approprié que LA TERRE TREMBLE, etc., car elle ne pouvait soutenir la présence d’une si grande majesté sans tremblement. Ainsi, en Ps 103[104], 32 : Lui qui regarde la terre et la fait trembler. ET LES ROCHERS SE FENDIRENT, par quoi est indiqué qu’aucune puissance ne peut lui résister, 3 R [1 R] 19, 11 : Le Seigneur passe en renversant les montagnes et en broyant les pierres.

[27, 52]

2881. LES TOMBEAUX S’OUVRIRENT. Les tombeaux sont des enclos pour les corps morts. Il est ainsi indiqué que [le Christ] a brisé les liens de la mort. Os 13, 14 : Ô mort, je serai ta mort ! Ô enfer, je t’égorgerai ! De même, 1 Co 15, 54 : La mort a été absorbée dans [sa] victoire.

2882. Cela est aussi approprié pour ce qui est de l’effet. La terre tremble lorsque tout ce qui est terrestre est rejeté. Ps 59[60], 4 : Tu as fait trembler la terre et l’as bouleversée. Guéris ses blessures, car elle a été bouleversée. De même, les pierres se fendent lorsque la dureté des cœurs est émue par la compassion. Jr 23, 29 : Mes paroles, à savoir, [celles de] la passion, sont comme le feu et comme un marteau qui broie les pierres. De plus, par le fait que LES TOMBEAUX S’OUVRIRENT, il indique que ceux qui sont morts à cause de leurs péchés doivent ressusciter Ep 5, 14 : Réveille-toi, toi qui dors, et lève-toi d’entre les morts ! Cela est aussi approprié pour celui qui vient juger, car, lorsqu’il viendra, la terre tremblera. Ag 2, 7 : Encore un peu de temps, et je déplacerai le ciel et la terre. De même, les pierres se fendent, car toute élévation des hommes sera abaissée. De même, les tombeaux s’ouvriront, car les morts se présenteront au jugement. Jn 5, 28 : L’heure vient où tous ceux qui sont dans les tombeaux entendront la voix du Fils de Dieu.

2883. Ensuite le miracle pour ce qui est des hommes est abordé. Premièrement, [Matthieu] aborde la résurrection ; deuxièmement, la manifestation.

Il dit donc : ET LES CORPS DES SAINTS QUI DORMAIENT RESSUSCITÈRENT. À leur sujet, on a coutume de se demander si ceux qui sont ressuscités mourront de nouveau ou ne mourront pas. Il est clair que certains sont ressuscités et sont morts par la suite, comme Lazare. Mais de ceux [dont il est question ici] on peut dire qu’ils sont ressuscités pour ne plus mourir, car ils sont ressuscités pour manifester la résurrection du Christ. Or, il est certain que le Christ, ressuscité des morts, ne meurt plus. De même, s’ils étaient ressuscités [et devaient mourir], cela ne serait pas leur apporter un bienfait, mais plutôt un préjudice. Ils sont donc ressuscités pour entrer au ciel avec le Christ.

[27, 53]

2884. ET, SORTANT DES TOMBEAUX, ILS ENTRÈRENT DANS LA VILLE SAINTE. Il faut noter que, bien que ceci soit dit à l’occasion de la mort du Christ, il faut comprendre que cela a été dit par anticipation, car cela est arrivé après la résurrection [du Christ]. En effet, le Christ est le premier-né d’entre les morts, Ap 1, 5. ILS ENTRÈRENT DANS LA VILLE SAINTE, non pas qu’elle fût maintenant sainte, mais elle l’avait été. Is 1, 21 : Comment la ville fidèle est-elle devenue une prostituée, prête pour le jugement ? Ou bien, on l’appelle sainte parce que des choses saintes y étaient accomplies. Ou bien, selon Jérôme, DANS LA VILLE SAINTE, c’est-à-dire céleste, parce qu’ils ont accompagné le Christ dans la gloire. ET ILS APPARURENT À BEAUCOUP DE GENS. De même que le Christ a le pouvoir de se manifester à qui il veut, de même faut-il comprendre [la même chose] des corps des saints.

[27, 54]

2885. MAIS LE CENTURION, etc. Ici il s’agit de l’effet des miracles : premièrement, sur les païens ; deuxièmement, sur les femmes, en cet endroit : IL Y AVAIT DE NOMBREUSES FEMMES [27, 55].

À propos du premier point, [Matthieu] fait trois choses : premièrement, un examen attentif est présenté ; deuxièmement, une crainte ; troisièmement, une véritable confession de foi issue de la crainte.

2886. [Matthieu] dit donc : LE CENTURION ET CEUX QUI AVEC LUI GARDAIENT JÉSUS, EN VOYANT LE TREMBLEMENT DE TERRE ET CE QUI ARRIVAIT, FURENT SAISIS D’UNE GRANDE CRAINTE. Chez Luc, il est dit que cette frayeur venait du fait que le Christ avait expiré en criant. Ici, on dit que c’est EN VOYANT LE TREMBLEMENT DE TERRE. Augustin dit qu’il n’est pas facile d’apporter une solution, à moins qu’on ne dise : ET CE QUI ARRIVAIT. Ce [centurion] signifie le peuple païen qui, par suite d’une crainte salutaire, a confessé le Seigneur. Ainsi Os 2, 24 : Je dirai à celui qui n’était pas mon peuple : « Tu es mon peuple. » Et lui me dira : « Tu es mon Dieu. » Is 26, 18 : Devant ta face, Seigneur, nous avons conçu et engendré un esprit de salut.

2887. Puis une vraie confession est présentée, en cet endroit : VRAIMENT, CELUI-LÀ ÉTAIT LE FILS DE DIEU ! Par cela Arius est confondu, lui qui ne confesse pas que celui qui réside au ciel est vraiment le Fils de Dieu, lui que le centurion a confessé lors de sa mort. 1 Jn 5, 20 : Celui-ci est vraiment le Fils de Dieu et la vie éternelle.

[27, 55]

2888. Vient ensuite la dévotion des femmes : IL Y AVAIT LÀ DE NOMBREUSES FEMMES, etc. Elles sont d’abord décrites par référence au passé, puis, au présent.

À ce propos, il faut considérer qu’alors que les gens se retiraient, les femmes restèrent, si bien que s’accomplit ce qui est dit, Is 1, 2 : Il n’est pas resté un homme avec moi. Mais il fait remarquer qu’il est dit qu’elles restèrent loin. Jn 19, 25 dit qu’elles se tenaient près de la croix, etc. Augustin dit qu’il se peut qu’il y ait eu d’autres femmes qui se tenaient près et d’autres, loin, si ce n’était qu’il est dit aux deux endroits que Marie Madeleine en faisait partie. Il faut donc dire autre chose : de même qu’on parle de peu et de beaucoup de manière relative, de même [en est-il] pour ce qui est proche et éloigné, et de même qu’on peut parler de peu et de beaucoup par rapport à des choses diverses, de même [en est-il pour] ce qui est proche et éloigné. Il faut donc considérer que le centurion et les païens étaient proches de la croix, mais que les femmes venaient après eux, et les foules [étaient] beaucoup plus éloignées. Ainsi, selon qu’on les compare diversement, elles étaient [à la fois] proches et éloignées : éloignées, si on les compare au centurion et aux païens ; proches, si on les compare aux foules. Ou bien, on peut dire qu’elles se tinrent d’abord près, mais que, lorsque [Jésus] rendit l’esprit, elles se tinrent éloignées.

2889. Notez aussi que [Matthieu] dit qu’ELLES L’AVAIENT SUIVI DEPUIS LA GALILÉE EN LE SERVANT. En effet, lui, que les anges servaient, a permis que des femmes le servent. En cela, il a donné un enseignement aux apôtres qui viendraient après lui, qu’ils devaient recevoir des biens temporels de ceux à qui ils administraient des biens spirituels. Telle était anciennement la coutume que les docteurs reçoivent le nécessaire des gens bons à qui ils enseignaient. Mais Paul, parce qu’il prêchait aux païens, chez qui on ne trouvait pas cette coutume, afin de ne pas paraître prêcher pour de l’argent, ne voulut pas recevoir [de biens temporels].

[27, 56]

2890. PARMI LESQUELLES SE TROUVAIENT MARIE MADELEINE ET MARIE, MÈRE DE JACQUES, etc. Elvidius a pris occasion de ce texte pour errer, lui qui dit que Jésus était né de la semence de Joseph. À cela Jérôme répond qu’il y a eu deux Jacques : [Jacques] le Majeur, qui est appelé le frère de Jean, et [Jacques] le Mineur, qui était le fils d’Alphée, dont la mère était aussi la mère de Joseph. Ainsi, celle qui était la mère de Jacques le Majeur n’était pas la mère de Jacques le Mineur, car on ajoute aussitôt : ET LA MÈRE DES FILS DE ZÉBÉDÉE.

2891. Mais que veut dire : « Marie de Cléophas » et « Marie d’Alphée » ? Jérôme donne la solution : il se peut que cette Marie ait eu un mari qui portait deux noms ; il s’appelait donc Cléophas et Alphée. Ou bien, on peut dire que [Marie] épousa d’abord Cléophas et, après la mort de celui-ci, épousa Alphée. Ou bien, on peut dire que Cléophas était le père et que la mère était appelée Salomé, car Marc dit : Et de Salomé. Salomé est donc un nom de femme. L’erreur du maître dans la Glose sur [l’épître] aux Galates, chapitre 2, est donc claire, car il dit que c’est un nom d’homme, de même que [l’erreur] du maître de l’Histoire, car le grec porte Salômê, une terminaison féminine qui ne se rencontre nulle part au masculin.

 

Leçon 3 – Mt 27, 57‑66

[27, 57]

2892. LE SOIR VENU, etc. Dans cette section, il est d’abord question de la sépulture ; deuxièmement, de la vénération ; troisièmement, de la garde. Le second point [se trouve] en cet endroit : PRENANT LE CORPS, IL L’ENVELOPPA DANS UN LINCEUL PROPRE [27, 59] ; le troisième point, en cet endroit : LE LENDEMAIN, etc. [27, 62].

À propos du premier point, la condition de celui qui fit la sépulture est présentée ; deuxièmement, sa demande.

2893. Quatre traits sont présentés : LE SOIR VENU (car il fallait que [le corps] soit enlevé pour ne pas rester [sur la croix] le jour du sabbat), SE PRÉSENTA UN HOMME RICHE D’ARIMATHIE. Il est décrit par sa richesse, car il était riche. Si 31, 8 : Bienheureux le riche qui s’est trouvé sans tache, qui n’a pas couru après l’or et qui n’a pas mis son espérance dans des réserves d’argent ! Mais pourquoi [Matthieu] dit-il qu’il était RICHE ? Il faut dire qu’il ne le dit pas pour en faire l’éloge et par vantardise, mais parce qu’il pouvait ainsi obtenir de Pilate ce qu’un pauvre n’aurait pas pu [obtenir]. Il est aussi décrit par son lieu de naissance, car il était D’ARIMATHIE, qui est la même chose que Ramatha, qui était la ville de Samuel. Celle-ci indique ce qui est élevé, et [cet homme] était élevé. [Il est aussi décrit] par son nom, JOSEPH, qui signifie « celui qui grandit ». [Il est encore décrit] par sa religion : IL ÉTAIT LUI AUSSI UN DISCIPLE DE JÉSUS, car il n’avait pas abandonné la foi. Jn 13, 31 : Si vous demeurez dans ma parole, vous serez vraiment mes disciples.

[27, 58]

2894. Il est ensuite question de la demande : premièrement, la demande est présentée ; deuxièmement, l’exaucement.

IL ALLA TROUVER PILATE ET LUI RÉCLAMA LE CORPS DE JÉSUS. Il est félicité d’être allé trouver [Pilate].

Vient ensuite l’exaucement : ALORS PILATE ORDONNA QU’ON LUI REMÎT LE CORPS.

[27, 59]

2895. Suit la sépulture : JOSEPH PRIT DONC LE CORPS ET L’ENVELOPPA DANS UN LINCEUL PROPRE. Il est question du culte et de la sépulture. Du culte : ce fut un culte simple, car [il l’enveloppa] d’une simple linceul. Ainsi, selon Jérôme, un culte funéraire trop élaboré est blâmable.

Selon le mystère, trois choses sont indiquées par ce linceul. Premièrement, il est indiqué que la chair du Christ est pure. En effet, [ce linceul] était fait de lin, qui était blanchi à la suite de plusieurs passages au pressoir. De même, la chair du Christ est-elle parvenue à la pureté de la résurrection en passant par beaucoup de souffrances. Lc 24, 46 : Il fallait ainsi que le Christ souffre et ressuscite le troisième jour. Ou bien, il indique l’Église qui n’a ni tache ni ride [Ep 5, 27]. Et cela est indiqué par ce linceul qui est tissé de plusieurs fils. De même, [ce linceul] indique la conscience pure dans laquelle le Christ repose.

[27, 60]

2896. ET IL LE MIT DANS UN TOMBEAU NEUF. [Matthieu] dit quatre choses à propos de ce tombeau. Premièrement, il appartenait [à Joseph d’Arimathie]. Il était plutôt approprié que celui qui était mort pour les péchés des autres soit enseveli dans le tombeau des autres. [Matthieu] dit aussi : NEUF, car si d’autres corps y avaient été déposés, on n’aurait pas su qui était ressuscité. Il dit aussi qu’il était EN PIERRE, et non pas un tombeau construit de plusieurs pierres, afin que soit écartée toute calomnie. Mais pourquoi n’[était-il pas] sous terre ? C’était pour éviter qu’on ne crût que les disciples avaient retiré [le corps] en passant par des cavernes souterraines. Il dit encore qu’IL ROULA UNE GRANDE PIERRE : grande au point qu’elle ne pouvait être roulée par un petit nombre [de personnes], surtout alors que des gardes se trouvaient présents.

[27, 61]

2897. Vient ensuite la dévotion des femmes. Ainsi, les femmes, qui l’aimaient plus intensément, l’avaient suivi jusqu’au sépulcre. On dit donc : IL Y AVAIT LÀ MARIE MADELEINE ET UNE AUTRE MARIE. Marie de Zébédée, qui n’était pas là, n’est pas nommée, parce qu’elle ne [l’]aimait pas aussi intensément.

[27, 62]

2898. LE LENDEMAIN, etc. Ici, il est question de la garde du sépulcre. [Matthieu] fait trois choses : premièrement, la demande est formulée ; deuxièmement, la permission ; troisièmement, l’exécution.

À propos du premier point, le moment est présenté, la cause, puis la demande et le danger menaçant.

2899. Le moment est présenté : LE LENDEMAIN, QUI ÉTAIT LE JOUR APRÈS LA PARASCÈVE. Parascève veut dire « préparation ». Ainsi, parce que les Juifs ne faisaient rien durant le sabbat, ils faisaient la préparation le jour précédent, qu’on appelait donc « parascève ». De sorte que, même si elle avait un certain caractère solennel, c’était cependant une observance moins grande que le sabbat. Ils ne préparaient donc rien le jour du sabbat conformément au commandement, Ex 16, 22, par lequel le Seigneur ordonna de cueillir le vendredi de la manne pour deux jours.

2900. ALORS LES GRANDS PRÊTRES, etc. Ils étaient donc nombreux à vouloir le persécuter, car il ne leur suffisait pas de l’avoir persécuté jusqu’à la mort, mais aussi après la mort. Ils voulaient donc empêcher la résurrection.

[27, 63]

2901. Mais pourquoi SE RÉUNIRENT-ILS ? La cause vient ensuite : SEIGNEUR, NOUS NOUS SOMMES SOUVENUS QUE CET IMPOSTEUR. Ils l’appellent IMPOSTEUR. Jn 7, 12 : Certains parmi eux disaient qu’il était bon, mais les autres, non, qu’il séduisait les foules. JE RESSUSCITERAI LE TROISIÈME JOUR. Ils tenaient cela de ce que [Jésus] avait dit plus haut, 12, 40 : Comme Jonas a été pendant trois jours et trois nuits dans le ventre de la baleine, de même le Fils de l’homme sera-t-il trois jours et trois nuits au cœur de la terre. La partie est prise pour le tout, comme on l’a expliqué plus haut [des trois jours et des trois nuits].

[27, 64]

2902. Une demande est aussi présentée : ORDONNE DONC QUE LE TOMBEAU SOIT GARDÉ. Cette préoccupation des Juifs vient au service de notre certitude. Ainsi donc, plus ils avaient l’intention de nuire, plus cela profitait au salut des croyants. Jb 5, 13 : Il a emprisonné les sages dans leur astuce, parce que ce qu’ils projettent, le Seigneur le change en autre chose.

Ensuite, l’intention de la demande est présentée : DE CRAINTE QUE SES DISCIPLES NE VIENNENT, NE LE VOLENT ET NE DISENT AU PEUPLE : « IL EST RESSUSCITÉ DES MORTS. » En cela ils ont prophétisé. Ils ont donc davantage péché, car ils avaient vu des choses étonnantes, et cependant ils ne croyaient pas qu’il pouvait ressusciter.

[27, 65]

2903. Vient ensuite la permission : PILATE LEUR DIT : « VOUS AVEZ UNE GARDE », c’est-à-dire : « Placez une garde », comme s’il disait : « Il vous appartient de le garder. »

[27, 66]

2904. Suit l’exécution : ILS PARTIRENT DONC ET S’ASSURÈRENT DU SÉPULCRE EN SCELLANT LA PIERRE ET EN PLAÇANT DES GARDES. Il ne suffit donc pas qu’ils placent des gardes, mais il fallait qu’ils scellent [la pierre]. Et il ne leur suffisait pas que les soldats le fassent : il fallait qu’eux-mêmes scellent [la pierre]. Ps 21, 17 : Le conseil des méchants m’a assiégé.

 

CHAPITRE XXVIII

 

Leçon unique [Matthieu 28, 1‑20] 28, 1 Après le soir du sabbat, alors que le jour commençait à poindre, Marie Madeleine et l’autre Marie vinrent donc visiter le tombeau. 28, 2 Et voilà qu’il se fit un grand tremblement de terre : l’ange du Seigneur descendit du ciel. Il s’approcha et roula la pierre et il s’assit sur elle. 28, 3 Il ressemblait à l’éclair, et ses vêtements étaient comme la neige. 28, 4 En le voyant, les gardes furent saisis d’effroi et ils devinrent comme morts. 28, 5 Mais l’ange prit la parole et dit aux femmes : « Ne craignez pas, vous : je sais bien que vous cherchez Jésus, qui a été crucifié. 28, 6 Il n’est pas ici, car il est ressuscité comme il l’a dit. Venez et voyez l’endroit où le Seigneur avait été déposé, 28, 7 et allez vite dire à ses disciples qu’il est ressuscité. Il vous précédera en Galilée. C’est là que vous le verrez, comme il vous l’a annoncé. » 28, 8 Elles quittèrent aussitôt le tombeau, dans la crainte et dans la joie. Aussitôt, elles coururent porter la nouvelle aux disciples. 28, 9 Et voici que Jésus vint à leur rencontre : « Je vous salue », dit-il. Elles s’approchèrent et étreignirent ses pieds en se prosternant devant lui. 28, 10 Alors Jésus leur dit : « Ne craignez pas ; allez annoncer à mes frères qu’ils doivent se rendre en Galilée, et là ils me verront. »

28, 11 Tandis qu’elles s’en allaient, voici que quelques hommes de la garde vinrent en ville rapporter aux grands prêtres tout ce qui s’était passé. 28, 12 Ils tinrent une réunion avec les anciens et, après avoir délibéré, ils donnèrent aux soldats une forte somme d’argent, 28, 13 avec cette consigne : « Vous direz ceci : “Ses disciples sont venus de nuit et l’ont dérobé tandis que nous dormions.” 28, 14 Si cela vient aux oreilles du gouverneur, nous l’amadouerons et nous vous épargnerons tout ennui. » 28, 15 Mais eux, ayant pris l’argent, agirent comme on le leur avait dit et cela a été rapporté parmi les Juifs jusqu’à ce jour.

28, 16 Quant aux onze disciples, ils se rendirent en Galilée, à la montagne que Jésus leur avait désignée. 28, 17 Et quand ils le virent, ils se prosternèrent ; d’autres cependant doutèrent. 28, 18 S’avançant, Jésus leur dit : « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. 28, 19 Allez donc faire des disciples de toutes les nations, en les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, 28, 20 en leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit. Voici que je suis avec vous tous les jours jusqu’à la consommation du temps. »

 

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