EXHORTATION APOSTOLIQUE
POST-SYNODALE
ECCLESIA IN MEDIO ORIENTE
DU PAPE BENOÎT XVI
AUX PATRIARCHES, AUX ÉVÊQUES
AU CLERGÉ,
AUX PERSONNES CONSACRÉES
ET AUX FIDÈLES LAÏCS
SUR L’ÉGLISE AU MOYEN-ORIENT,
COMMUNION ET TÉMOIGNAGE
___________________
___________________
INTRODUCTION
01. L'Église au Moyen-Orient qui, depuis l’aurore de la foi chrétienne, pérégrine sur cette terre bénie, continue aujourd’hui avec courage son témoignage, fruit d’une vie de communion avec Dieu et avec le prochain.
Communion et témoignage ! Telle a été en effet la conviction qui a animé l’Assemblée spéciale du Synode des Évêques pour le Moyen-Orient, réunie autour du successeur de Pierre du 10 au 24 octobre 2010, sur le thème : L’Église catholique au Moyen-Orient, communion et témoignage. «
La multitude de ceux qui étaient devenus croyants avait un seul cœur et une seule âme » (
Ac 4, 32).
02. Au début de ce troisième millénaire, je souhaite confier cette conviction
qui puise sa force dans le Christ-Jésus, à la sollicitude pastorale de l’ensemble des Pasteurs de l’Église une, sainte, catholique et apostolique, et de manière plus particulière aux vénérés frères Patriarches, Archevêques et Évêques qui veillent ensemble, en union avec l’Évêque de Rome, sur l’Église catholique au Moyen-Orient. Dans cette région vivent des fidèles natifs appartenant aux vénérables Églises orientales catholiques
sui iuris : l’Église patriarcale d’Alexandrie des Coptes ; les trois Églises patriarcales d’Antioche : celle des Grecs-melkites, des Syriaques et des Maronites ; l’Église patriarcale de Babylone des Chaldéens et celle de Cilicie des Arméniens. Y vivent également des Évêques, des prêtres et des fidèles appartenant à l’Église latine. Sont présents aussi des prêtres et des fidèles venus d’Inde des Archevêchés majeurs d’Ernakulam-Angamaly des Siro-malabars et de Trivandrum des Siro-malankars, et des autres Églises orientales et latine d’Asie et d’Europe de l’Est, ainsi que de nombreux fidèles venus d’Éthiopie et d’Érythrée. Ensemble, ils témoignent de l’unité de la foi dans la diversité de leurs traditions. Je veux aussi confier cette conviction à tous les prêtres, religieux et religieuses, et fidèles laïcs moyen-orientaux, persuadé qu’elle animera le ministère ou l’apostolat de chacun dans son Église respective, selon le charisme qui lui a été accordé par l’Esprit, pour l’édification de tous.
03. Au regard de la foi chrétienne, « la communion est la vie même de Dieu qui se communique dans l’Esprit Saint, par Jésus-Christ ».
[01] Elle est un don de Dieu qui interpelle notre liberté et attend notre réponse. C’est justement en raison de son origine divine que la communion a une portée universelle. Si elle interpelle de façon impérative les chrétiens, en raison de leur foi apostolique commune, elle n’en demeure pas moins ouverte à nos frères juifs et musulmans, et à toutes les personnes, qui elles aussi, sous des formes diverses, sont ordonnées au Peuple de Dieu. L’Église catholique au Moyen-Orient sait qu’elle ne pourra pas manifester pleinement cette communion aux plans œcuménique et interreligieux si elle ne la ravive pas avant tout en elle-même et au sein de chacune de ses Églises, parmi tous ses membres : patriarches, évêques, prêtres, religieux, consacrés et laïcs. L’approfondissement de la vie de foi individuelle et le renouveau spirituel interne à l’Église catholique permettront la plénitude de la vie de grâce et la
theosis (la divinisation de l’homme).
[02]Ainsi crédibilité sera donnée au témoignage.
04. L’exemple de la première communauté de Jérusalem peut servir de modèle pour renouveler l’actuelle communauté chrétienne afin d’en faire un espace de communion pour le témoignage. En effet, les Actes des Apôtres livrent une première description, simple et saisissante, de cette communauté qui est née le jour de la Pentecôte : une multitude de croyants ayant un seul cœur et une seule âme. Il existe, dès l’origine, un lien fondamental entre la foi en Jésus et la communion ecclésiale indiqué par les deux expressions interchangeables : un seul cœur et une seule âme. La communion n’est donc point le résultat d’une construction humaine. Elle est générée avant tout par la force de l’Esprit-Saint qui crée en nous la foi opérant par la charité (cf.
Ga 5,6).
05. Selon les Actes, l’unité
des croyants se reconnaît au fait qu’« ils étaient assidus à l’enseignement des Apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières » (2, 42). L’unité des croyants se nourrit donc de l’enseignement des Apôtres (l’annonce de la Parole de Dieu) auquel ils répondent par une foi unanime, de la communion fraternelle (le service de la charité), de la fraction du pain (l’Eucharistie et l’ensemble des sacrements), et de la prière personnelle et communautaire. C’est sur ces quatre piliers que la communion et le témoignage se fondent au sein de la première communauté des croyants. Puisse l’Église, présente de manière ininterrompue au Moyen-Orient depuis les temps apostoliques jusqu’à nos jours, trouver dans l’exemple de cette communauté, les ressources nécessaires pour maintenir vifs en elle la mémoire et le dynamisme apostolique des origines !
06. Les participants de l’Assemblée synodale ont expérimenté l’unité au sein de l’Église catholique, dans la grande diversité des contextes géographiques, religieux, culturels et sociopolitiques. La foi commune se vit et se déploie admirablement bien dans la diversité de ses expressions théologique, spirituelle, liturgique et canonique. Comme mes prédécesseurs sur le Siège de Pierre, je renouvelle ici ma volonté de « conserver religieusement et [de] promouvoir les rites des Églises orientales qui sont patrimoine de l’Église du Christ tout entière, dans lequel resplendit la tradition qui vient des Apôtres par les Pères et qui affirme dans la variété la divine unité de la foi catholique »,
[03] et j’assure mes frères latins de mon affection attentive à leurs besoins et nécessités selon le commandement de la charité qui préside tout, et selon les normes du droit.
PREMIÈRE PARTIE
« Nous rendons grâces à Dieu à tout moment pour vous tous,
en faisant mention de vous sans cesse dans nos prières. »
(1 Th 1, 2)
07. Par cette action de grâce de saint Paul, je désire saluer les chrétiens qui vivent au Moyen-Orient les assurant de ma prière fervente et continue. L’Église catholique, et avec elle l’ensemble de la communauté chrétienne, ne les oublie pas et reconnaît avec gratitude leur noble et antique contribution à l’édification du Corps du Christ. Elle les remercie pour leur fidélité et les assure de son affection.
Le contexte
08. C’est avec émotion que je me souviens de mes voyages au Moyen-Orient. Terre choisie de manière particulière par Dieu, elle fut arpentée par les Patriarches et les Prophètes. Elle servit d’écrin de l’Incarnation du Messie, elle vit se dresser la croix du Sauveur, et elle fut témoin de la Résurrection du Rédempteur et de l’effusion de l’Esprit-Saint. Parcourue par les Apôtres, des saints et plusieurs Pères de l’Église, elle fut le creuset des premières formulations dogmatiques. Pourtant, cette terre bénie et les peuples qui y habitent, expérimentent de manière dramatique les convulsions humaines. Que de morts, que de vies saccagées par l’aveuglement humain, que de peurs et d’humiliations ! Il semblerait qu’il n’y ait pas de frein au crime de Caïn (cf.
Gn 4, 6-10 ;
1 Jn 3, 8-15) parmi les fils d’Adam et d’Ève créés à l’image de Dieu (cf.
Gn 1, 27). Le péché adamique consolidé par la faute de Caïn ne cesse de produire épines et chardons (cf. 3, 18) aujourd’hui encore. Qu’il est triste de voir cette terre bénie souffrir dans ses enfants qui s’entredéchirent avec acharnement, et meurent ! Les chrétiens savent que seul Jésus, étant passé par les tribulations et la mort pour ressusciter, peut apporter le salut et la paix à tous les habitants de cette région du monde (cf.
Ac 2, 23-24. 32-33). C’est lui seul, le Christ, le Fils de Dieu, que nous proclamons ! Repentons-nous donc et convertissons-nous « afin que les péchés soient effacés et qu’ainsi le Seigneur fasse venir le temps du répit » (
Ac 3, 19-20a).
09. Selon les Saintes Écritures, la paix n’est pas seulement un pacte ou un traité qui favorise une vie tranquille, et sa définition ne peut être réduite à une simple absence de guerre. La paix signifie selon son étymologie hébraïque : être complet, être intact, achever une chose pour rétablir l’intégrité. Elle est l’état de l’homme qui vit en harmonie avec Dieu, avec lui-même, avec son prochain et avec la nature. Avant d’être extérieure, la paix est intérieure. Elle est bénédiction. Elle est le souhait d’une réalité. La paix est tellement désirable qu’elle est devenue une salutation au Moyen-Orient (cf.
Jn 20, 19 ;
1 P 5, 14). La paix est justice (cf.
Is 32, 17) et saint Jacques dans sa Lettre ajoute : « Un fruit de justice est semé dans la paix pour ceux qui produisent la paix » (3, 18 ; cf.
Is 32, 17). Le combat prophétique et la réflexion sapientielle étaient une lutte et une exigence en vue de la paix eschatologique. C’est vers cette paix authentique en Dieu que le Christ nous conduit. Il en est la seule porte (
Jn 10, 9). C’est cette porte unique que les chrétiens désirent franchir.
10. C’est en commençant par se convertir soi-même à Dieu, par vivre le pardon dans son entourage proche et communautaire, que l’homme de bien pourra répondre à l’invitation du Christ à devenir « fils de Dieu » (cf.
Mt 5, 9). Seul l’humble goûtera les délices d’une paix insondable (cf.
Ps 37, 11 ;
Pr3, 2). En inaugurant pour nous l’être en communion avec Dieu, Jésus crée la véritable fraternité, non la fraternité défigurée par le péché.
[04]«C’est lui, le Christ, qui est notre paix : des deux … il a fait un seul peuple … il a fait tomber ce qui les séparait, le mur de la haine … » (
Ep 2, 14). Le chrétien sait que la politique terrestre de la paix ne sera efficace que si la justice en Dieu et entre les hommes en est la base authentique, et si cette même justice lutte contre le péché qui est à l’origine de la division. C’est pourquoi l’Église désire surmonter toute distinction de race, de sexe et de niveau social (cf.
Ga 3, 28 ;
Col 3, 11) sachant que tous ne font qu’un dans le Christ qui est tout en tous. C’est pourquoi aussi l’Église soutient et encourage tout effort en vue de la paix dans le monde et au Moyen-Orient en particulier. De diverses manières, elle ne ménage pas ses efforts pour aider les hommes à vivre en paix et elle favorise aussi l’arsenal juridique international qui la consolide. Les positions du Saint-Siège sur les différents conflits qui meurtrissent dramatiquement la région, et celle sur le Statut de Jérusalem et des Lieux saints sont largement connues.
[05] Cependant, l’Église n’oublie pas qu’avant tout, la paix est un fruit de l’Esprit (cf.
Ga 5, 22) qu’il ne faut cesser de demander à Dieu (cf.
Mt 7, 7-8).
La vie chrétienne et œcuménique
11. C’est dans ce contexte contraignant, instable et actuellement enclin à la violence, que Dieu a permis l’épanouissement de son Église. Elle y vit dans une multiformité remarquable. Avec l’Église catholique, sont présentes au Moyen-Orient de très nombreuses et vénérables Églises auxquelles se sont ajoutées des communautés ecclésiales d’origine plus récente. Cette mosaïque requiert un effort important et constant pour favoriser l’unité, dans le respect des richesses propres, afin de raffermir la crédibilité de l’annonce de l’Évangile et le témoignage chrétien.
[06] L’unité est un don de Dieu qui naît de l’Esprit et qu’il faut faire croître avec une patiente persévérance (cf.
1 P 3, 8-9). Nous savons qu’il est tentant, lorsque des divisions nous opposent, de ne faire appel qu’au seul critère humain oubliant les sages conseils de saint Paul (cf.
1 Co 6, 7-8). Il exhorte : « Appliquez-vous à conserver l’unité de l’Esprit par ce lien qu’est la paix » (
Ep 4, 3). La foi est le centre et le fruit du véritable œcuménisme.
[07] C’est elle qu’il faut commencer par approfondir. L’unité surgit de la prière persévérante et de la conversion qui fait vivre chacun selon la vérité et dans la charité (cf.
Ep 4, 15-16). Le Concile Vatican II a encouragé cet ‘œcuménisme spirituel’ qui est l’âme du véritable œcuménisme.
[08] La situation du Moyen-Orient est elle-même un appel pressant à la sainteté de vie. Les martyrologes attestent que des saints et des martyrs de toute appartenance ecclésiale, ont été – et certains le sont aujourd’hui – des témoins vivants de cette unité sans frontière dans le Christ glorieux, avant-goût de notre ‘être réunis’ comme peuple finalement réconcilié en Lui.
[09] C’est pourquoi à l’intérieur même de l’Église catholique, il faut consolider la communion qui donne un témoignage de l’amour du Christ.
12. Sur la base des indications du
Directoire œcuménique, [10] les fidèles catholiques peuvent promouvoir l’œcuménisme spirituel dans les paroisses, les monastères et les couvents, dans les instituts scolaires et universitaires, et dans les séminaires. Les pasteurs auront soin d’habituer les fidèles à être des témoins de la communion dans tous les domaines de leur vie. Cette communion n’est certes pas une confusion. Le témoignage authentique demande la reconnaissance et le respect de l’autre, une disposition au dialogue en vérité, la patience comme une dimension de l’amour, la simplicité et l’humilité de celui qui se reconnaît pécheur devant Dieu et le prochain, la capacité de pardon, de réconciliation et de purification de la mémoire, à un niveau personnel et communautaire.
13. J’encourage le travail des théologiens qui inlassablement œuvrent pour l’unité, tout comme je salue les activités des Commissions œcuméniques locales qui existent à différents niveaux, et l’activité de communautés diverses qui prient et agissent en faveur de l’unité tant désirée, en promouvant l’amitié et la fraternité. Dans la fidélité aux origines de l’Église et à ses traditions vivantes, il est important également de se prononcer d’une seule voix sur les grandes questions morales à propos de la vérité humaine, de la famille, de la sexualité, de la bioéthique, de la liberté, de la justice et de la paix.
14. Par ailleurs, il existe déjà un
œcuménisme diaconal dans le domaine caritatif et éducatif entre les chrétiens des différentes Églises, et ceux des Communautés ecclésiales. Et le Conseil des Églises du Moyen-Orient, qui regroupe les Églises des diverses traditions chrétiennes présentes dans la région, offre un bel espace à un dialogue qui pourra se dérouler dans l’amour et le respect réciproque.
15. Le Concile Vatican II indique que pour être efficace, le cheminement œcuménique doit se faire « par la prière d’abord, par l’exemple de vie, par une religieuse fidélité aux anciennes traditions orientales, par une meilleure connaissance mutuelle, par la collaboration et l’estime fraternelle des choses et des hommes ».
[11] Il conviendrait surtout que tous reviennent encore davantage vers le Christ lui-même. Jésus unit ceux qui croient en Lui et qui l’aiment en leur donnant l’Esprit de son Père ainsi que Marie, sa mère (cf.
Jn 14, 26 ; 16, 7 ; 19, 27). Ce double don, de niveau différent, peut aider puissamment et il mérite une attention plus grande de la part de tous.
16. L’amour commun pour le Christ « qui n’a commis aucune faute et en qui il n’y a aucune fourberie » (cf.
1 P 2, 22) et « les liens étroits »
[12] entre les Églises d’Orient qui ne sont pas en pleine communion avec l’Église catholique, pressent au dialogue et à l’unité. Dans divers cas, les catholiques sont liés aux Églises d’Orient qui ne sont pas en pleine communion par des origines religieuses communes. Pour une pastorale œcuménique renouvelée, en vue d’un témoignage commun, il est utile de bien comprendre l’ouverture conciliaire vers une certaine
communicatio in sacris pour les sacrements de la pénitence, de l’eucharistie et de l’onction des malades,
[13] qui n’est pas seulement possible, mais qui peut être recommandable dans certaines circonstances favorables, selon des normes précises et avec l’approbation des autorités ecclésiastiques.
[14] Les mariages entre fidèles catholiques et orthodoxes sont nombreux et ils demandent une attention œcuménique particulière.
[15] J’encourage les Évêques et les Éparques à appliquer, dans la mesure du possible, et là où ils existent, les accords pastoraux pour promouvoir peu à peu une pastorale œcuménique d’ensemble.
17. L’unité œcuménique n’est pas l’uniformisation des traditions et des célébrations. Avec l’aide de Dieu, je suis certain que, pour commencer, des accords pourront être trouvés pour une traduction commune de la Prière du Seigneur, le Notre Père, dans les langues vernaculaires de la région, là où cela est nécessaire.
[16] En priant ensemble avec les mêmes paroles, les chrétiens reconnaîtront leur enracinement commun dans l’unique foi apostolique, sur laquelle se fonde la recherche de la pleine communion. Par ailleurs, l’approfondissement commun de l’étude des Pères orientaux et latins comme celui des traditions spirituelles respectives, pourrait y aider puissamment dans l’application correcte des normes canoniques qui régulent cette matière.
18. J’invite les catholiques du Moyen-Orient à cultiver les relations avec les fidèles des diverses Communautés ecclésiales présentes dans la région. Différentes initiatives conjointes sont possibles. Une lecture ensemble de la Bible ainsi que sa diffusion pourraient, par exemple, ouvrir ce cheminement. Des collaborations particulièrement fécondes dans le domaine des activités caritatives et de la promotion des valeurs de la vie humaine, de la justice et de la paix pourraient, par ailleurs, se développer ou s’approfondir. Tout cela contribuera à une meilleure connaissance réciproque et à la création d’un climat d’estime, qui sont les conditions indispensables pour promouvoir la fraternité.
Le dialogue interreligieux
19. La nature et la vocation universelle de l’Église exigent qu’elle soit en dialogue avec les membres des autres religions. Ce dialogue est fondé au Moyen-Orient sur les liens spirituels et historiques qui unissent les chrétiens aux juifs et aux musulmans. Ce dialogue, qui n’est pas d’abord dicté par des considérations pragmatiques d’ordre politique ou social, repose avant tout sur des fondements théologiques qui interpellent la foi. Ils proviennent des Saintes Écritures et sont clairement définis dans la Constitution dogmatique sur l’Église,
Lumen gentium, et dans la Déclaration sur les relations de l’Église avec les religions non chrétiennes,
Nostra aetate.
[17] Juifs, chrétiens et musulmans, croient en Dieu Un, créateur de tous les hommes. Puissent les juifs, les chrétiens et les musulmans redécouvrir l’un des désirs divins, celui de l’unité et de l’harmonie de la famille humaine. Puissent les juifs, les chrétiens et les musulmans découvrir dans
l’autre croyant un frère à respecter et à aimer pour donner en premier lieu sur leurs terres le beau témoignage de la sérénité et de la convivialité entre fils d’Abraham. Au lieu d’être instrumentalisée dans des conflits répétés et injustifiables pour un croyant authentique, la reconnaissance d’un Dieu unique peut – si elle est vécue avec un cœur pur – contribuer puissamment à la paix de la région et à la cohabitation respectueuse de ses habitants.
20. Nombreux et profonds sont les liens entre les chrétiens et les juifs. Ils s’ancrent dans un précieux patrimoine spirituel commun. Il y a certes la foi en un Dieu unique, créateur, qui se révèle et se lie à l’homme pour toujours, et qui par amour veut la rédemption. Il y a aussi la Bible qui est en grande partie commune aux juifs et aux chrétiens. Elle est ‘Parole de Dieu’ pour les uns et les autres. La fréquentation commune de l’Écriture Sainte nous rapproche. Par ailleurs, Jésus, un fils du Peuple choisi, est né, a vécu et est mort juif (cf.
Rm 9, 4-5). Marie, sa mère, nous invite, elle aussi, à redécouvrir les racines juives du christianisme. Ces liens étroits sont un bien unique dont tous les chrétiens sont fiers et redevables au Peuple élu. Si la judaïté du
Nazaréen permet aux chrétiens de goûter avec bonheur au monde de la Promesse et les introduit de manière résolue dans la foi du Peuple choisi en les unissant à lui, la personne et l’identité profonde de ce même Jésus séparent, car les chrétiens reconnaissent en lui le Messie, le Fils de Dieu.
21. Il est bon que les chrétiens prennent davantage conscience de la profondeur du mystère de l’Incarnation pour aimer Dieu de tout leur cœur, de toute leur âme et de tout leur pouvoir (cf.
Dt 6, 5). Le Christ, le Fils de Dieu, s’est fait chair dans un peuple, dans une tradition de foi et dans une culture dont la connaissance ne peut qu’enrichir la compréhension de la foi chrétienne. Les chrétiens ont enrichi cette connaissance par l’apport spécifique donné par le Christ lui-même à travers sa mort et sa résurrection (cf. Lc 24, 26). Mais, ils doivent toujours être conscients et reconnaissants de leurs racines. Car pour que la greffe sur l’antique arbre puisse prendre (cf.
Rm 11, 17-18), elle a besoin de la sève qui vient des racines.
22. Les relations entre les deux communautés croyantes ont été marquées par l’histoire et par les passions humaines. Les incompréhensions et les méfiances réciproques ont été innombrables et répétées. Les persécutions insidieuses ou violentes du passé sont inexcusables et hautement condamnables ! Et pourtant, malgré ces tristes situations, les apports réciproques au cours des siècles ont été si féconds qu’ils ont contribué à la naissance et à l’épanouissement d’une civilisation et d’une culture appelées communément judéo-chrétiennes. Comme si ces deux mondes se disant différents
ou contraires pour diverses raisons, avaient décidé de s’unir pour offrir à l’humanité un noble alliage. Ce lien qui unit tout en les séparant juifs et chrétiens, doit les ouvrir à une responsabilité nouvelle les uns pour les autres, les uns avec les autres.
[18] Car, les deux peuples ont reçu la même Bénédiction, et des promesses d’éternité qui permettent d’avancer avec confiance vers la fraternité.
23. L’Église catholique, fidèle à l’enseignement du Concile Vatican II, regarde les musulmans avec estime, eux qui rendent un culte à Dieu, surtout par la prière, l’aumône et le jeûne, qui vénèrent Jésus comme prophète sans reconnaître toutefois sa divinité, et qui honorent Marie, sa mère virginale. Nous savons que la rencontre de l’islam et du christianisme a souvent pris la forme de la controverse doctrinale. Malheureusement, ces différences doctrinales ont servi de prétexte aux uns et aux autres pour justifier, au nom de la religion, des pratiques d’intolérance, de discrimination, de marginalisation et même de persécution.
[19]
24. Malgré ce constat, les chrétiens partagent avec les musulmans la même vie quotidienne au Moyen-Orient où leur présence n’est ni nouvelle ni accidentelle, mais historique. Faisant partie intégrante du Moyen-Orient, ils ont élaboré au long des siècles un type de relation avec leur entourage qui peut servir d’enseignement. Ils se sont laissés interpeller par la religiosité des musulmans, et ils ont continué, selon leurs moyens et dans la mesure du possible, à vivre et à promouvoir les valeurs de l’Évangile dans la culture ambiante. Il en résulte une symbiose particulière. C’est pourquoi, il est juste de reconnaître l’apport juif, chrétien et musulman dans la formation d’une culture riche propre au Moyen-Orient.
[20]
25. Les catholiques du Moyen-Orient dont la majorité sont des citoyens natifs de leur pays, ont le devoir et le droit de participer pleinement à la vie nationale en œuvrant à l’édification de leur patrie. Ils doivent jouir d’une pleine citoyenneté et ne pas être traités en citoyens ou en croyants mineurs. Comme par le passé où, pionniers de la renaissance arabe, ils ont été partie intégrante de la vie culturelle, économique et scientifique des diverses civilisations de la région, ils désirent aujourd’hui, encore et toujours, partager avec les musulmans leurs expériences en apportant leur contribution spécifique. C’est à cause de Jésus que le chrétien est sensible à la dignité de la personne humaine et à la liberté religieuse qui en découle. C’est par amour pour Dieu et pour l’humanité, glorifiant ainsi la double nature du Christ et par goût de la vie éternelle, que les chrétiens ont construit des écoles, des hôpitaux et des institutions de toutes sortes où tous sont reçus sans discrimination aucune (cf.
Mt 25, 31ss.). C’est pour ces raisons que les chrétiens portent une attention particulière aux droits fondamentaux de la personne humaine. Affirmer pour autant que ces droits ne sont que des droits chrétiens de l’homme, n’est pas juste. Ils sont simplement des droits exigés par la dignité de toute personne humaine et de tout citoyen quels que soient ses origines, ses convictions religieuses et ses choix politiques.
26. La liberté religieuse est le sommet de toutes les libertés. Elle est un droit sacré et inaliénable. Elle comprend à la fois, au niveau individuel et collectif, la liberté de suivre sa conscience en matière religieuse, et la liberté de culte. Elle inclut la liberté de choisir la religion que l’on juge être vraie et de manifester publiquement sa propre croyance.
[21] Il doit être possible de professer et de manifester librement sa religion et ses symboles, sans mettre en danger sa vie et sa liberté personnelle. La liberté religieuse s’enracine dans la dignité de la personne ; elle garantit la liberté morale et favorise le respect mutuel. Les juifs qui ont longtemps subi des hostilités souvent meurtrières, ne peuvent pas oublier les bienfaits de la liberté religieuse. Pour leur part, les musulmans partagent avec les chrétiens la conviction qu’aucune contrainte en matière religieuse, et encore moins par la force, n’est permise. Cette contrainte qui peut prendre des formes multiples et insidieuses aux plans personnel et social, culturel, administratif et politique, est contraire à la volonté de Dieu. Elle est une source d’instrumentalisation politico-religieuse, de discrimination et de violence qui peut conduire à la mort. Dieu veut la vie, non la mort. Il interdit le meurtre, même celui du meurtrier (cf.
Gn 4, 15-16 ; 9, 5-6 ;
Ex 20, 13).
27. La tolérance religieuse existe dans de nombreux pays, mais elle n’engage pas beaucoup car elle demeure limitée dans son champ d’action. Il est nécessaire de passer de la tolérance à la liberté religieuse. Ce pas n’est pas une porte ouverte au relativisme, comme l’affirment certains. Ce pas à franchir n’est pas une fissure ouverte dans la croyance, mais une reconsidération du rapport anthropologique à la religion et à Dieu. Il n’est pas une atteinte portée aux
vérités fondatrices de la croyance, car, en dépit des divergences humaines et religieuses un rayon de vérité illumine tous les hommes.
[22] Nous savons bien que la vérité hors de Dieu n’existe pas comme un
en soi. Elle serait alors une idole. La vérité ne peut se développer que dans l’altérité qui ouvre à Dieu qui veut faire connaître sa propre altérité à travers et dans mes frères humains. Ainsi, il ne convient pas d’affirmer de manière excluante : ‘
je possède la vérité’. La vérité n’est possédée par personne, mais elle est toujours un don qui nous appelle à un cheminement d’assimilation toujours plus profonde à la vérité. La vérité ne peut être connue et vécue que dans la liberté, c’est pourquoi, nous ne pouvons pas imposer la vérité à l’autre ; la vérité se dévoile seulement dans la rencontre d’amour.
28. Le monde entier fixe son attention sur le Moyen-Orient qui cherche sa voie. Puisse cette Région montrer que le vivre ensemble n’est pas une utopie et que la méfiance et le préjudice ne sont pas une fatalité. Les religions peuvent se mettre ensemble au service du bien commun et contribuer à l’épanouissement de chaque personne et à la construction de la société. Les chrétiens moyen-orientaux vivent depuis des siècles le dialogue islamo-chrétien. Pour eux, il s’agit du dialogue de et dans la vie quotidienne. Ils en connaissent les richesses et les limites. Ils vivent aussi le dialogue judéo-chrétien plus récent. Depuis longtemps existe également un dialogue bilatéral ou trilatéral d’intellectuels ou de théologiens juifs, chrétiens et musulmans. C’est là un laboratoire de rencontres et de recherches diverses qu’il faut promouvoir. Y contribuent efficacement tous les Instituts ou Centres catholiques divers – de philosophie, de théologie et d’autres encore –, qui sont nés au Moyen-Orient, il y a longtemps, et qui y travaillent dans des conditions parfois difficiles. Je les salue cordialement et les encourage à continuer leur œuvre de paix, sachant qu’il faut soutenir tout ce qui combat l’ignorance en favorisant la connaissance. L’union heureuse du dialogue de la vie quotidienne et de celui des intellectuels ou des théologiens contribuera certainement peu à peu, avec l’aide de Dieu, à améliorer la convivialité judéo-chrétienne, judéo-islamique, et islamo-chrétienne. C’est le souhait que je formule, et l’intention pour laquelle je prie.
Deux nouvelles réalités
29. Comme le reste du monde, le Moyen-Orient connaît deux réalités opposées : la laïcité avec ses formes parfois extrêmes, et le fondamentalisme violent qui revendique une origine religieuse. C’est avec grande suspicion que certains responsables politiques et religieux moyen-orientaux, toutes communautés confondues, considèrent la laïcité comme athée ou immorale. Il est vrai que la laïcité peut affirmer parfois de manière réductrice que la religion relève exclusivement de la sphère privée comme si elle n’était qu’un culte individuel et domestique situé hors de la vie, de l’éthique, de l’altérité. Dans sa forme extrême et idéologique, cette laïcité devenue sécularisme, nie au citoyen l’expression publique de sa religion et prétend que l’État seul peut légiférer sur sa forme publique. Ces théories sont anciennes. Elles ne sont plus seulement occidentales et elles ne peuvent pas être confondues avec le christianisme. La saine laïcité, en revanche, signifie libérer la croyance du poids de la politique et enrichir la politique par les apports de la croyance, en maintenant la nécessaire distance, la claire distinction et l’indispensable collaboration entre les deux. Aucune société ne peut se développer sainement sans affirmer le respect réciproque entre politique et religion en évitant la tentation constante du mélange ou de l’opposition. Le rapport approprié se fonde, avant toute chose, sur la nature de l’homme – sur une saine anthropologie donc – et sur le respect total de ses droits inaliénables. La prise de conscience de ce rapport approprié permet de comprendre qu’il existe une sorte d’unité-distinction qui doit caractériser le rapport entre le spirituel (religieux) et le temporel (politique), puisque tous deux sont appelés, même dans la nécessaire distinction, à coopérer harmonieusement pour le bien commun. Une telle laïcité saine garantit à la politique d’opérer sans instrumentaliser la religion, et à la religion de vivre librement sans s’alourdir du politique dicté par l’intérêt, et quelquefois peu conforme, voire même contraire, à la croyance. C’est pourquoi la saine laïcité (unité-distinction) est nécessaire, et même indispensable aux deux. Le défi constitué par la relation entre le politique et le religieux peut être relevé avec patience et courage par une formation humaine et religieuse adéquate. Il faut rappeler continuellement la place de Dieu dans la vie personnelle, familiale et civile, et la juste place de l’homme dans le dessein de Dieu. Et surtout à cette fin, il faut prier davantage.
30. Les incertitudes économico-politiques, l’habileté manipulatrice de certains et une compréhension déficiente de la religion, entre autres, font le lit du fondamentalisme religieux. Celui-ci afflige toutes les communautés religieuses, et refuse le vivre-ensemble séculaire. Il veut prendre le pouvoir, parfois avec violence, sur la conscience de chacun et sur la religion pour des raisons politiques. Je lance un appel pressant à tous les responsables religieux juifs, chrétiens et musulmans de la région, afin qu’ils cherchent par leur exemple et leur enseignement à tout mettre en œuvre afin d’éradiquer cette menace qui touche indistinctement et mortellement, les croyants de toutes les religions. « Utiliser les paroles révélées, les Écritures Saintes ou le nom de Dieu, pour justifier nos intérêts, nos politiques si facilement accommodantes, ou nos violences, est une faute très grave ».
[23]
Les migrants
31. La réalité moyen-orientale est riche par sa diversité, mais elle est trop souvent contraignante et même violente. Elle concerne l’ensemble des habitants de la région et tous les aspects de leur vie. Placés dans une position souvent délicate, les chrétiens ressentent de manière particulière, et parfois avec lassitude et peu d’espérance, les conséquences négatives de ces conflits et de ces incertitudes. Ils se sentent souvent humiliés. Par expérience, ils savent aussi qu’ils sont des victimes désignées lorsqu’il y a des troubles. Après avoir participé activement pendant des siècles à la construction des nations respectives et contribué à la formation de leur identité et à leur prospérité, les chrétiens sont nombreux à choisir des cieux plus propices, des lieux de paix où eux et leurs familles pourront vivre dignement et en sécurité, et des espaces de liberté où leur foi pourra s’exprimer sans être soumis à des contraintes diverses.
[24] Ce choix est déchirant. Il affecte gravement les individus, les familles et les Églises. Il ampute les nations et contribue à l’appauvrissement humain, culturel et religieux moyen-oriental. Un Moyen-Orient sans ou avec peu de chrétiens n’est plus le Moyen-Orient, car les chrétiens participent avec les autres croyants à l’identité si particulière de la région. Les uns sont responsables des autres devant Dieu. Il importe donc que les dirigeants politiques et les responsables religieux comprennent cette réalité et évitent une politique ou une stratégie communautariste qui tendrait vers un Moyen-Orient monochrome qui ne reflètera en rien sa riche réalité humaine et historique.
32. Les pasteurs des Églises orientales catholiques
sui iuris constatent, avec préoccupation et douleur, que le nombre de leurs fidèles se réduit sur les territoires traditionnellement patriarcaux et, depuis quelque temps, ils se voient obligés de développer une pastorale de l’émigration.
[25] Je suis certain qu’ils font leur possible pour exhorter leurs fidèles à l’espérance, à rester dans leur pays et à ne pas vendre leurs biens.
[26] Je les encourage à continuer à entourer d’affection leurs prêtres et leurs fidèles de la diaspora en les invitant à rester en contact étroit avec leurs familles et leurs Églises, et surtout à garder avec fidélité leur foi en Dieu grâce à leur identité religieuse construite sur des traditions spirituelles vénérables.
[27] C’est en conservant cette appartenance à Dieu et à leurs Églises respectives, et en cultivant un amour profond pour leurs frères et sœurs latins, qu’ils apporteront à l’ensemble de l’Église catholique un grand bénéfice. Par ailleurs, j’exhorte les pasteurs des circonscriptions ecclésiastiques qui accueillent les catholiques orientaux à les recevoir avec charité et estime comme des frères, à favoriser les liens de communion entre les émigrés et leurs Églises de provenance, à donner la possibilité de célébrer selon les propres traditions et à exercer des activités pastorales et paroissiales, là où cela est possible.
[28]
33. L’Église latine présente au Moyen-Orient tout en souffrant de l’hémorragie de nombreux de ses fidèles, expérimente une autre situation et se trouve confrontée à relever de nombreux et nouveaux défis pastoraux. Ses pasteurs doivent gérer l’arrivée massive et la présence dans les pays à économie forte de la région, de travailleurs de toute sorte venant d’Afrique, d’Extrême-Orient et du sous-continent indien. Ces populations constituées d’hommes et de femmes souvent seuls ou de familles entières, sont confrontées à une double précarité. Ils sont étrangers dans le pays où ils travaillent, et ils expérimentent trop souvent des situations de discrimination et d’injustice. L’étranger est l’objet de l’attention de Dieu et il mérite donc le respect. Son accueil sera pris en compte au Jugement dernier (cf.
Mt 25, 35 et 43).
[29]
34. Corvéables à merci sans pouvoir se défendre, ayant des contrats de travail plus ou moins limités ou légaux, ces personnes sont parfois victimes d’infractions des lois locales et des conventions internationales. Par ailleurs, elles subissent de fortes pressions et de graves limitations religieuses. La tâche de leurs pasteurs est nécessaire et délicate. J’encourage tous les fidèles catholiques et tous les prêtres quelle que soit leur Église d’appartenance, à la communion sincère et à la collaboration pastorale avec l’Évêque du lieu, et celui-ci à une compréhension paternelle envers les fidèles orientaux. C’est en collaborant ensemble et surtout en parlant d’une seule voix, que, dans cette situation particulière, tous pourront vivre et célébrer leur foi en s’enrichissant par la diversité des traditions spirituelles tout en demeurant en contact avec les communautés chrétiennes d’origine. J’invite aussi les gouvernants des pays qui reçoivent ces populations nouvelles à respecter et à défendre leurs droits, à leur permettre la libre expression de leur foi en favorisant la liberté religieuse et l’édification de lieux de culte. La liberté religieuse « pourrait faire l’objet d’un dialogue entre les chrétiens et les musulmans, un dialogue dont l’urgence et l’utilité ont été réaffirmées par les Pères synodaux ».
[30]
35. Alors que par nécessité, lassitude ou désespoir des catholiques natifs du Moyen-Orient se décident au choix dramatique de laisser la terre de leurs aïeux, leur famille et leur communauté croyante, d’autres, au contraire pleins d’espérance, font le choix de rester dans leur pays et dans leur communauté. Je les encourage à consolider cette belle fidélité et à demeurer fermes dans la foi. D’autres catholiques enfin, faisant un choix tout aussi déchirant que les chrétiens moyen-orientaux qui émigrent, et fuyant des précarités dans l’espoir de construire un avenir meilleur, choisissent les pays de la région pour y travailler et y vivre.
36. En tant que Pasteur de l’Église universelle, je m’adresse ici à l’ensemble des fidèles catholiques de la région, les natifs et les nouveaux arrivés, dont la proportion s’est rapprochée ces dernières années, car pour Dieu, il n’y a qu’un seul peuple, et pour les croyants, qu’une seule foi ! Cherchez à vivre respectueusement unis et en communion fraternelle les uns avec les autres dans l’amour et l’estime réciproques pour témoigner de manière crédible de votre foi dans la mort et la résurrection du Christ ! Dieu écoutera votre prière, bénira votre comportement et vous donnera son Esprit pour affronter le poids du jour. Car, « là où est l’Esprit du Seigneur, là est la liberté » (
2 Co 3, 17). Saint Pierre écrivait à des fidèles expérimentant des situations similaires, des paroles que je reprends volontiers pour vous les adresser en exhortation : « Et qui vous ferait du mal, si vous devenez zélés pour le bien ? […] N’ayez d’eux aucune crainte et ne soyez pas troublés. Au contraire, sanctifiez dans vos cœurs le Seigneur Christ, toujours prêts à la défense contre quiconque vous demande raison de l’espérance qui est en vous » (
1 P 3, 13. 14b-15).
| 01 | INTRODUCTION |
| 07 | PREMIÈRE PARTIE |
| 08 | Le contexte |
| 11 | La vie chrétienne et œcuménique |
| 19 | Le dialogue interreligieux |
| 29 | Deux nouvelles réalités |
| 31 | Les migrants |
| 37 | DEUXIÈME PARTIE |
| 39 | Les Patriarches |
| 41 | Les Évêques |
| 45 | Les prêtres, les diacres et les séminaristes |
| 51 | La vie consacrée |
| 55 | Les laïcs |
| 58 | La famille |
| 62 | Les jeunes et les enfants |
| 66 | TROISIÈME PARTIE |
| 68 | La Parole de Dieu, âme et source de la communion et du témoignage |
| 75 | La liturgie et la vie sacramentaire |
| 82 | La prière et les pèlerinages |
| 85 | L’évangélisation et la charité : mission de l’Église |
| 92 | La catéchèse et la formation chrétienne |
| 95 | CONCLUSION |