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II. SPIRITUALITÉ SACERDOTALE
La spiritualité du prêtre consiste principalement en une profonde relation d’amitié avec le Christ qui l’appelle à venir auprès de lui (cf. Mc 3,13). Dans la vie du prêtre, Jésus aura toujours la prééminence sur tout. Chaque prêtre agit dans un contexte historique particulier avec ses défis et exigences. Pour cette raison, la garantie de la fécondité du ministère plonge ses racines dans une profonde vie intérieure. Si le prêtre ne compte pas avant tout sur le primat de la grâce, il ne pourra relever les défis de son époque, et tout plan pastoral, aussi élaboré qu’il soit, sera voué à l’échec.
2.1 Contexte historique actuel
Savoir interpréter les signes des temps
45. La vie et le ministère des prêtres se développent toujours dans le contexte historique, empreint de problèmes nouveaux et de solutions inédites, dans lequel vit l’Église en pèlerinage dans le monde.
Le sacerdoce ne naît pas de l’histoire, mais de la volonté immuable du Seigneur. Cependant, il affronte les circonstances historiques et – bien que restant toujours identique – il s’exprime aussi, dans les choix concrets, à travers une évaluation évangélique des “signes des temps”. Aussi, les prêtres ont le devoir d’interpréter ces “signes” à la lumière de la foi et de les soumettre à un discernement prudent. En aucun cas ils ne pourront les ignorer, surtout s’ils veulent orienter leur vie de manière efficace et pertinente afin que leur service et leur témoignage soient toujours plus féconds pour le Royaume de Dieu.
Dans l’étape actuelle de la vie de l’Église, dans un contexte social marqué par une intense sécularisation, après qu’ait été reproposé à tous un “haut degré” de la vie chrétienne ordinaire, celle de la sainteté[185] les prêtres sont appelés à vivre avec profondeur leur ministère, comme des témoins de l’espérance et de la transcendance, compte tenu des exigences d’ordre non seulement pastoral mais aussi social et culturel auxquelles ils doivent faire face, celles-ci étant chaque fois plus profondes, nombreuses et délicates.[186]
Les prêtres sont donc aujourd’hui engagés dans divers champs d’apostolat qui demandent la générosité et un don de soi complet, une préparation intellectuelle certaine, et surtout une vie spirituelle mûre et profonde, enracinée dans la charité pastorale. De cette manière, s’ils s’efforcent de vivre pleinement leur consécration – en demeurant unis au Christ et en se laissant pénétrés de son Esprit – malgré leurs limites, ils pourront réaliser leur ministère, soutenus par une grâce à laquelle ils pourront pleinement se fier. C’est donc à elle qu’ils doivent recourir, « sachant que, ainsi, ils peuvent tendre à la perfection, avec l’espérance de progresser toujours davantage dans la sainteté ».[187]
L’exigence de la conversion pour l’évangélisation
46. Le prêtre est par conséquent tout particulièrement impliqué dans l’engagement de l’Église pour l’évangélisation. Partant de sa foi en Jésus Christ, Rédempteur de l’homme, elle sait trouver en Lui une « richesse inscrutable » (Ep 3, 8), qu’aucune époque ni aucune culture ne peut épuiser, et grâce à laquelle tous les hommes peuvent s’enrichir.[188]
Le moment est donc venu de renouveler notre foi en Jésus Christ, qui est le même « hier, aujourd’hui et toujours » (He 13, 8). Par conséquent, « l’appel à la nouvelle évangélisation est avant tout un appel à la conversion »[189]. En même temps, il s’agit d’un appel à l’espérance, « qui s’appuie sur les promesses de Dieu, sur la fidélité à sa Parole, et sur la certitude indestructible de la résurrection du Christ, de sa victoire définitive sur le péché et la mort, première annonce et source de toute évangélisation, fondement de toute promotion humaine, principe de toute culture chrétienne authentique ».[190]
Dans ce contexte, le prêtre doit avant tout raviver sa foi, son espérance et son amour sincère envers le Seigneur, pour pouvoir L’offrir à la contemplation des fidèles et de tous les hommes tel qu’il est véritablement : une Personne vivante, fascinante, qui nous aime plus que quiconque puisqu’il a donné sa vie pour nous. « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime » (Jn 15, 13).
Aussi le prêtre devra agir dans un esprit d’accueil et de joie, fruit de son union avec Dieu dans la prière et le sacrifice, élément essentiel de sa mission évangélisatrice, et se faire tout à tous (cf. 1Co 9, 19-23) afin de les gagner au Christ. De la même manière, conscient de la miséricorde imméritée de Dieu dans sa vie et celle de ses confrères, il doit cultiver l’humilité et la miséricorde envers tout le peuple de Dieu, en particulier envers ceux qui se sentent étrangers à l’Église. Le prêtre, conscient que toute personne, chacune à sa manière, est en quête d’un amour capable de lui faire dépasser les limites de la faiblesse, de l’égoïsme, et surtout de la mort, proclamera que Jésus Christ est la réponse à toutes ces attentes.
Dans la nouvelle évangélisation, le prêtre est appelé à devenir un héraut de l’espérance[191]parce qu’il est conscient d’avoir été touché lui-même, en premier, par le Seigneur. Il vit la joie intime du salut que Jésus lui a offerte. Il s’agit d’une espérance non seulement intellectuelle, mais également du cœur, parce que le prêtre a été touché par l’amour du Christ : « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis » (Jn 15,16).
Le défi des sectes et des nouveaux cultes
47. La prolifération des sectes et des nouveaux cultes, ainsi que leur diffusion parmi les fidèles catholiques, constituent un défi particulier pour le ministère pastoral. Des motivations complexes sont à la base d’un tel phénomène. Dans tous les cas, le ministère des prêtres doit répondre avec promptitude et décision à cette recherche du sacré et quête d’une authentique spiritualité. Par conséquent, il est indispensable que le prêtre soit un homme de Dieu et un maître de prière. En même temps, s’impose la nécessité que la communauté confiée aux soins pastoraux du prêtre soit réellement accueillante, pour qu’aucun de ses membres ne puisse s’y sentir anonyme ou objet d’indifférence. Il s’agit d’une responsabilité qui appartient certainement à tous les fidèles, mais au prêtre de manière toute particulière, puisqu’il est l’homme de la communion. S’il sait accueillir avec respect et considération tous ceux qui l’approchent, en appréciant leur personnalité, il créera alors une ambiance de charité authentique qui deviendra contagieuse et s’étendra graduellement à toute la communauté.
Pour relever le défi posé par les sectes et les nouveaux cultes, il est particulièrement important, – outre le désir du salut éternel de ses fidèles qui habite le cœur de tout prêtre – de mettre en place une catéchèse mûre et complète. Elle requiert aujourd’hui un effort spécial de la part du ministre de Dieu, pour que tous ses fidèles connaissent réellement la signification de la vocation chrétienne et de la foi catholique. En ce sens, « la mesure la plus simple, la plus évidente et la plus urgente à prendre, et qui serait probablement aussi la plus efficace, serait de tirer meilleur parti des richesses de l’héritage spirituel chrétien ».[192]
De manière particulière, les fidèles doivent être éduqués à bien connaître le rapport qui existe entre leur vocation spécifique en Jésus Christ et leur appartenance à son Église qu’ils doivent apprendre à aimer filialement et sans faiblir. Tout cela se réalisera si le prêtre, dans sa vie et dans son ministère, évite tout ce qui peut provoquer la tiédeur, la froideur ou une adhésion partielle à la doctrine et aux normes de l’Église. Sans aucun doute, « à tous ceux qui traversent la grande place du marché aux propositions religieuses, l’appel du christianisme se manifestera avant tout par le témoignage des membres de l’Église, par leur espérance, leur calme, leur patience, leur gaieté, et par l’amour tangible qu’ils portent à leur prochain. Ce sont là les fruits d’une vie de foi nourrie dans la prière personnelle authentique ».[193]
Lumières et ombres de l’activité ministérielle
48. Il est encourageant de remarquer aujourd’hui qu’une immense majorité de prêtres de tous les âges exercent leur ministère sacré dans un engagement plein de joie, souvent fruit d’un héroïsme silencieux, travaillant jusqu’au bout de leurs forces et sans voir parfois les fruits de leur labeur.
Pour cette raison, ils constituent aujourd’hui une annonce vivante de cette grâce divine qui, répandue au moment de l’ordination, continue de donner une force toujours nouvelle à l’activité ministérielle.
À côté de ces lumières qui éclairent la vie du prêtre, les ombres ne manquent pas qui tendent à en ternir la beauté et à rendre moins efficace l’exercice du ministère : « Dans le monde d’aujourd’hui, on doit faire face à tant de tâches, on est pressé par tant de problèmes divers – et réclamant souvent une solution rapide – qu’on risque plus d’une fois d’aboutir à la dispersion. Les prêtres, eux, sont engagés dans les multiples obligations de leur fonction, ils sont tiraillés, et ils peuvent se demander, non sans angoisse, comment faire l’unité entre leur vie intérieure et les exigences de l’action extérieure ».[194]
Le ministère pastoral est une entreprise fascinante mais ardue, toujours en butte à l’incompréhension et à la marginalisation, et aujourd’hui surtout, à la fatigue, à la désillusion d’autrui, à l’isolement et parfois à la solitude.
Pour vaincre les défis que la mentalité sécularisée oppose au prêtre, celui-ci prendra soin de réserver la primauté absolue à la vie spirituelle, pour demeurer toujours aux côtés du Christ et vivre avec générosité la charité pastorale, en intensifiant la communion avec tous, et en premier lieu avec les autres prêtres. Comme le rappelait Benoît XVI aux prêtres, « la relation avec le Christ, le dialogue personnel avec le Christ est une priorité pastorale fondamentale, c’est la condition pour notre travail pour les autres ! Et la prière n’est pas une chose marginale : c’est réellement une “profession” pour le prêtre de prier, également comme représentant des personnes qui ne savent pas prier ou qui ne trouvent pas le temps de prier ».[195]
2.2 Demeurer avec le Christ dans la prière
Primauté de la vie spirituelle
49. Le prêtre a été, pour ainsi dire, conçu lors de la longue prière où le Seigneur Jésus a parlé au Père de ses apôtres et, sans aucun doute, de tous ceux qui participeraient de Sa mission au cours des siècles (cf. Lc 6, 12 ; cf. Jn 17, 15-20)[196]. La prière même de Jésus à Gethsémani (cf. Mt 26, 36-44), tendue vers le sacrifice sacerdotal du Golgotha, nous donne l’exemple de la manière dont « notre sacerdoce doit être profondément lié à la prière : enraciné dans la prière ».[197]
Nés de ces prières et appelés à renouveler de manière sacramentelle et sans effusion de sang un sacrifice qui en est inséparable, les prêtres maintiendront vivant leur ministère par une vie spirituelle à laquelle ils accorderont une prééminence absolue, en évitant de la négliger du fait de leurs activités. C’est justement pour pouvoir exercer fructueusement son ministère pastoral que le prêtre a besoin d’entrer dans une union particulière et profonde avec le Christ, le Bon Pasteur qui seul demeure le protagoniste principal de toute action pastorale. « C’est donc lui (le Christ) qui demeure toujours la source et le principe d’unité de leur vie. Les prêtres réaliseront cette unité de vie en s’unissant au Christ dans la découverte de la volonté du Père, et dans le don d’eux-mêmes pour le troupeau qui leur est confié. Assumant ainsi le rôle du Bon Pasteur, ils trouveront dans l’exercice de la charité pastorale le lien de la perfection sacerdotale qui assure l’unité de leur vie et de leur action ».[198]
Moyens de la vie spirituelle
50. De fait, parmi les graves contradictions de la culture relativiste on constate aujourd’hui une authentique désintégration de la personnalité causée par l’obscurcissement de la vérité sur l’homme. Le danger du dualisme dans la vie sacerdotale est toujours aux aguets.
Cette vie spirituelle doit s’incarner dans l’existence de chaque prêtre par la liturgie, la prière personnelle, le style de vie et la pratique des vertus chrétiennes, qui contribuent à la fécondité de l’action ministérielle. L’identification au Christ exige du prêtre qu’il cultive un climat d’amitié et de rencontre personnelle avec le Seigneur Jésus et qu’il se mette au service de l’Église, son Corps, envers lequel le prêtre manifestera son amour en accomplissant fidèlement et sans défaillance les devoirs de son ministère pastoral.[199]
Il est donc nécessaire que le prêtre organise sa vie de prière pour que n’y manque jamais : la célébration eucharistique quotidienne,[200]unie à une préparation et une action de grâces adéquates ; la confession fréquente[201]et la direction spirituelle déjà pratiquée au séminaire ; et souvent auparavant[202]la célébration complète et fervente de la Liturgie des Heures,[203]à laquelle il est quotidiennement tenu ;[204]l’examen de conscience ;[205]l’oraison mentale proprement dite ;[206]la lectio divina ;[207]des moments prolongés de silence et de colloque divin, principalement durant les exercices spirituels et les récollections périodiques ;[208]les expressions précieuses de la dévotion mariale comme le chapelet ;[209]le chemin de Croix et les autres exercices de piété ;[210]la fructueuse lecture hagiographique[211]etc. La bonne organisation de son temps, pour l’amour de Dieu et de l’Église, permettra certainement au prêtre de conserver une solide vie de prière. En effet, on conseille au prêtre, avec l’aide de son directeur spirituel, de respecter avec constance ce programme de vie qui lui permettra de grandir intérieurement dans un contexte où les nombreuses exigences de la vie pourraient l’induire fréquemment à l’activisme et à négliger la dimension spirituelle.
Que chaque année, comme manifestation d’un désir durable de fidélité, durant la Messe chrismale, les prêtres renouvellent devant l’évêque et avec lui les promesses faites au moment de l’ordination.[212]
Le soin porté à la vie spirituelle qui éloigne la tiédeur, son ennemi, doit être ressenti par le prêtre lui-même comme un joyeux devoir, mais aussi comme un droit des fidèles qui cherchent en lui, consciemment ou inconsciemment, l’homme de Dieu, le conseiller, le médiateur de paix, l’ami fidèle et prudent, le guide sûr à qui se confier dans les moments les plus durs de la vie afin de trouver réconfort et sécurité.[213]
Benoît XVI présente dans son magistère un texte très significatif sur la lutte contre la tiédeur spirituelle pour guider ceux qui, en vertu de leur ministère, sont plus proches du Seigneur. « Personne n’est aussi proche de son seigneur que le serviteur qui a accès à la dimension privée de sa vie. En ce sens, “servir” signifie proximité, exige de la familiarité. Cette familiarité comporte également un danger : que le sacré avec lequel nous sommes quotidiennement en contact devienne pour nous une habitude. Ainsi s’affaiblit la crainte révérencielle. Conditionnés par les habitudes, nous ne percevons pas le fait le plus nouveau, le plus surprenant, qu’Il soit lui-même présent, qu’Il nous parle, qu’Il se donne à nous. Contre cette accoutumance à la réalité extraordinaire, contre l’indifférence du cœur nous devons lutter sans trêve, en reconnaissant toujours davantage notre insuffisance et la grâce qu’il y a dans le fait qu’Il se remette entre nos mains ».[214]
Imiter le Christ qui prie
51. À cause de charges nombreuses provenant surtout de l’activité pastorale, la vie des prêtres est exposée, aujourd’hui plus que jamais, à une série de sollicitations qui pourraient la conduire vers un activisme croissant, la soumettant à un rythme parfois frénétique et vertigineux.
Contre cette tentation, il ne faut pas oublier que la première intention de Jésus fut de convoquer autour de lui des apôtres pour qu’avant tout, « ils demeurent avec lui » (Mc 3,14).
Le Fils de Dieu lui-même a voulu aussi nous laisser un témoignage de sa prière. Avec une grande fréquence, en effet, les Évangiles nous présentent le Christ en prière : dans la révélation de sa mission de la part du Père (cf. Lc 3, 21-22), avant l’appel des Apôtres (cf. Lc 6, 12), dans l’action de grâces à Dieu lors de la multiplication des pains (cf. Mt 14, 19 ; 15, 36 ; Mc 6, 41 ; 8, 7 ; Lc 9, 16 ; Jn 6, 11), durant la transfiguration sur la montagne (cf. Lc 9, 28-29), quand il soigne le sourd-muet (cf. Mc 7, 34) et ressuscite Lazare (cf. Jn 11, 41ss.), avant la confession de Pierre (cf. Lc 9,18), quand il apprend aux disciples à prier (cf. Lc 11,1), et quand ceux-ci reviennent après avoir accompli leur mission (cf. Mt 11,25ss. ; Lc 10,21ss.), quand il bénit les enfants (cf. Mt 19, 13), et quand il prie pour Pierre (cf. Lc 22, 32), etc.
Toute son activité quotidienne avait son origine dans la prière. Ainsi, il se retirait dans le désert ou sur la montagne pour prier (cf. Mc 1, 35 ; 6, 46 ; Lc 5, 16 ; Mt 4, 1 ; Mt 14, 23), il se levait tôt le matin (cf. Mc 1, 35) et passait la nuit entière en priant Dieu (cf. Mt 14, 23.25 ; Mc 6, 46-48 ; Lc 6, 12).
Jusqu’à la fin de sa vie, à la dernière Cène (cf. Jn 17, 1-26), durant l’agonie (cf. Mt 26, 36-44) et sur la Croix (cf. Lc 23, 34. 46 ; Mt 27, 46 ; Mc 15, 34), le Maître divin a montré que la prière animait son ministère messianique et son exode pascal. Ressuscité d’entre les morts, il vit pour toujours et prie pour nous (cf. He 7, 25).[215]
Par conséquent, la priorité fondamentale pour le prêtre est sa relation personnelle avec cette personne vivante qu’est le Christ Seigneur dans de nombreux moments de silence et de prière pour cultiver et approfondir cette relation. En suivant l’exemple de Joseph, le silence du prêtre « ne manifeste pas un vide intérieur, mais au contraire la plénitude de foi qu’il porte dans son cœur, et qui guide chacune de ses pensées et chacune de ses actions ».[216] Un silence qui, comme celui du saint patriarche, « conserve la Parole de Dieu, connue à travers les Écritures Saintes, en la confrontant en permanence avec les événements de la vie de Jésus ; un silence tissé de prière constante, prière de bénédiction du Seigneur, d’adoration de sa sainte volonté et de confiance sans réserve à sa providence ».[217]
Dans la communion avec la sainte Famille de Nazareth, le silence de Joseph s’harmonisait au recueillement de Marie, « réalisation la plus parfaite » de l’obéissance de la foi[218] qui « conservait toutes les “grandes choses” du Tout-Puissant et les méditait dans son cœur ».[219]
De cette manière, les fidèles verront dans le prêtre un homme passionné du Christ, qui porte en lui le feu de son amour ; un homme qui se sait appelé par le Seigneur et est plein d’amour pour les siens.
Imiter l’Église qui prie
52. Pour demeurer fidèle à son engagement “de demeurer avec Jésus”, il est nécessaire que le prêtre sache imiter l’Église qui prie. En dispensant la Parole de Dieu qu’il a lui-même reçue avec joie, le prêtre se souviendra de l’exhortation que l’évêque lui a adressée le jour de son ordination : “C’est pourquoi, en faisant de la Parole l’objet de ta réflexion continuelle, crois toujours ce que tu lis, enseigne ce que tu crois, vis ce que tu enseignes. De cette manière, en même temps que la doctrine, tu donneras un aliment au Peuple de Dieu, et avec le bon exemple de ta vie, tu lui seras un réconfort et un soutien, tu deviendras constructeur du temple de Dieu qu’est l’Église”. De même, sur la célébration des sacrements, et en particulier de l’Eucharistie : « Sois donc conscient de ce que tu fais, imite ce que tu as accompli et, puisque tu célèbres le mystère de la mort et de la résurrection du Seigneur, porte la mort du Christ dans ton corps et marche dans la nouveauté de sa vie ». Et enfin, à propos de la direction pastorale du Peuple de Dieu, pour qu’il le conduise jusqu’au Père, par le Christ et dans l’Esprit Saint : « C’est pourquoi, ne cesse jamais d’avoir le regard tourné vers le Christ, Bon Pasteur, qui est venu non pas pour être servi mais pour servir, et pour chercher et sauver ceux qui se sont égarés ».[220]
Prière comme communion
53. Fort du lien spécial qui l’associe au Seigneur, le prêtre saura affronter les moments où il pourrait se sentir seul au milieu des hommes en renouvelant avec force son union avec le Christ dans l’Eucharistie, lieu réel de la présence du Seigneur.
Comme Jésus qui, lorsqu’il était seul, était toujours avec le Père (cf. Lc 3, 21 ; Mc 1, 35), le prêtre lui aussi doit être l’homme qui, dans le silence, le recueillement et la solitude trouve la communion avec Dieu.[221] C’est pourquoi il pourra dire avec saint Ambroise : « Je ne suis jamais moins seul que lorsque je suis seul ».[222]
C’est auprès du Seigneur que le prêtre trouvera la force et les instruments pour rapprocher les hommes de Dieu, provoquer la foi, et susciter l’action et le partage.
2.3 Charité pastorale
Manifestation de la charité du Christ
54. La charité pastorale, intimement liée à l’Eucharistie, constitue le principe intérieur et dynamique qui unifie les multiples et diverses activités pastorales du prêtre pour porter les hommes à la vie de la grâce.
L’activité ministérielle doit être une manifestation de la charité du Christ dont le prêtre sera le reflet. Il saura exprimer les attitudes et le comportement du Seigneur jusqu’au don total de soi en faveur du troupeau qui lui a été confié.[223] Il sera particulièrement proche de ceux qui souffrent, des petits, des enfants, des personnes en difficulté, des laissés-pour-compte et des pauvres. À tous il portera l’amour et la miséricorde du Bon Pasteur.
Assimiler la charité pastorale du Christ pour en pénétrer sa vie est un but qui exige du prêtre une vie eucharistique intense ainsi que des efforts et des sacrifices continuels. Cette charité ne s’improvise pas, elle ne connaît pas de repos ni ne peut être acquise une fois pour toutes. Le ministre du Christ se sentira toujours et partout obligé à vivre et à témoigner de cette réalité, même si, en raison de l’âge, il est déchargé de responsabilités pastorales concrètes.
Au-delà du fonctionnalisme
55. Aujourd’hui, la charité pastorale court spécialement le risque d’être vidée de son sens par ce qu’on pourrait appeler le fonctionnalisme. Il n’est pas rare en effet, de constater aussi chez certains prêtres l’influence d’une mentalité qui tend à tort à réduire le sacerdoce ministériel aux seuls aspects fonctionnels. “Faire” le prêtre, rendre des services spécifiques et garantir quelques prestations serait toute la raison d’être de son existence sacerdotale. Mais le prêtre n’exerce pas seulement un “travail” qui, une fois terminé, lui laisserait du temps libre. Cette conception réductrice de l’identité et du ministère sacerdotal risque de mener la vie des prêtres vers un vide souvent compensé par des formes de vie non conformes à leur ministère.
Le prêtre, qui se sait ministre du Christ et de l’Église, qui agit habité par sa passion pour le Christ et met toutes ses forces au service de Dieu et des hommes, trouvera dans la prière, dans l’étude et dans la lecture spirituelle, la force nécessaire pour vaincre également ce danger.[224]
2.4 L’obéissance
Fondement de l’obéissance
56. L’obéissance est une vertu de première importance, étroitement unie à la charité. Comme l’enseignait le serviteur de Dieu, Paul VI, dans « la charité pastorale »¸ on peut surmonter « le rapport d’obéissance juridique, afin que l’obéissance elle-même soit plus généreuse, loyale et sûre ».[225]Le sacrifice même de Jésus sur la Croix tire sa valeur et son sens rédempteur de son obéissance et de sa fidélité à la volonté du Père. Il fut « obéissant jusqu’à la mort, et à la mort sur une Croix » (Ph 2, 8). L’épître aux Hébreux souligne aussi que Jésus « apprit, de ce qu’il souffrit, l’obéissance » (He 5, 8). On peut donc dire que l’obéissance au Père est au cœur du Sacerdoce du Christ.
Comme pour le Christ, pour le prêtre aussi l’obéissance exprime sa disponibilité totale et joyeuse d’accomplir la volonté de Dieu. C’est pourquoi il reconnaît que cette volonté lui est manifestée à travers ses supérieurs légitimes. Cette disponibilité envers ces derniers doit être comprise comme une œuvre véritable de liberté personnelle, conséquence d’un choix constamment mûri en présence de Dieu dans la prière. La vertu de l’obéissance, intrinsèquement requise par le sacrement et par la structure hiérarchique de l’Église, est clairement l’objet de la promesse que prononce le clerc dans le rite de l’ordination diaconale d’abord, puis dans celui de l’ordination presbytérale. Par cette promesse, le prêtre renforce sa volonté de communion, entrant ainsi dans la dynamique de l’obéissance du Christ, qui s’est fait serviteur obéissant jusqu’à la mort sur une Croix (cf. Ph 2, 7-8).[226]
La culture contemporaine souligne l’importance de la subjectivité et de l’autonomie de la personne, comprises comme inhérentes à sa dignité. Cette réalité, en soi positive, prend une dimension négative, quand elle est absolutisée et revendiquée hors de son contexte légitime.[227] Ceci peut également se manifester à l’intérieur de l’Église et dans la vie du prêtre, quand les activités menées au service de la communauté sont réduites à un fait purement subjectif.
En réalité, le prêtre, par la nature de son sacerdoce, est au service du Christ et de l’Église. Il se rendra par conséquent disponible à accueillir les justes indications de ses Supérieurs et tout particulièrement, s’il n’en est pas légitimement empêché, il devra accepter et remplir fidèlement la charge qui lui est confiée par son Ordinaire.[228]
Le décret Presbyterorum Ordinis décrit les fondements de l’obéissance des prêtres à partir de l’action divine à laquelle ils sont appelés en définissant le cadre de cette obéissance :
- Le mystère de l’Église : « le ministère sacerdotal étant le ministère de l’Église elle-même, on ne peut s’en acquitter que dans la communion hiérarchique du Corps tout entier ».[229]
- La fraternité chrétienne : « C’est donc la charité pastorale qui pousse les prêtres, au nom de cette communion, à consacrer leur volonté propre par l’obéissance au service de Dieu et de leurs frères, à accueillir et à exécuter en esprit de foi les ordres et les conseils du Souverain Pontife, de leur évêque et de leurs autres supérieurs, à dépenser volontiers tout et à se dépenser eux-mêmes dans toutes les charges qui leur sont confiées, si humbles et si pauvres soient-elles. Par ce moyen, ils maintiennent et renforcent l’indispensable unité avec leurs frères dans le ministère, et surtout avec ceux que le Seigneur a établis comme dirigeants visibles de son Église ; par ce moyen, ils travaillent à l’édification du Corps du Christ, qui grandit grâce à toutes sortes de jointures ».[230]
Obéissance hiérarchique
57. Le prêtre est tenu à une « obligation spéciale de respect et d’obéissance » à l’égard du Souverain Pontife et de son ordinaire.[231]En vertu de son appartenance à un presbyterium déterminé, il travaille au service d’une Église particulière qui trouve le principe et le fondement de son unité dans l’Évêque,[232]qui exerce sur elle toute la potestas ordinaire, propre et immédiate, nécessaire à son office de pasteur.[233]La subordination hiérarchique requise par le sacrement de l’Ordre se réalise ecclésiologiquement et structurellement dans le lien à l’évêque et au Souverain Pontife, qui détient le primat (principatus) du pouvoir ordinaire sur toutes les Églises particulières.[234]
L’obligation d’adhérer au Magistère, en matière de foi et de morale, est intrinsèquement liée à toutes les fonctions que le prêtre doit remplir dans l’Église[235]. Le dissentiment dans ce domaine doit être jugé grave, puisqu’il produit le scandale et désoriente les fidèles. L’appel à la désobéissance, surtout vis-à-vis du magistère définitif de l’Église, n’est pas un chemin pour la renouveler.[236] Suivre le Maître, obéissant jusqu’à la croix et à la mission duquel on collabore « avec la joie de la foi, la radicalité de l’obéissance, la dynamique de l’espérance et la force de l’amour »,[237] est la source du dynamisme inépuisable de l’Église.
Personne plus que le prêtre n’est conscient de la nécessité de normes pour protéger de manière adéquate les dons que l’Esprit Saint à confié à l’Église. En effet, parce que la structure hiérarchique et organique est visible, l’exercice des fonctions que Dieu lui a confiées, et spécialement celles de guider le Peuple et de célébrer les sacrements, doit être organisé de manière adéquate.[238]
En tant que ministre du Christ et de son l’Église, le prêtre assume généreusement l’engagement d’observer fidèlement toutes et chacune des normes, en évitant toutes les formes d’adhésion partielle sur base de critères subjectifs qui créent des divisions et ont des répercussions néfastes sur les fidèles laïcs et l’opinion publique au détriment de la pastorale. En effet, « les lois canoniques, par leur nature même, exigent d’être observées » et requièrent « que tout ce qui est commandé par la tête soit observé par les membres ».[239]
En obéissant à l’autorité constituée, le prêtre favorisera entre autres la charité mutuelle au sein du presbyterium et l’unité fondée sur la vérité.
Autorité exercée avec charité
58. Afin que l’observance de l’obéissance soit réelle et qu’elle puisse nourrir la communion ecclésiale, tous ceux qui sont constitués en autorité (les Ordinaires, les Supérieurs religieux, les Modérateurs des Société de vie apostolique) doivent nécessairement offrir un exemple personnel constant. De plus, ils doivent exercer avec charité leur charisme institutionnel, en suscitant ou en demandant l’adhésion à toutes les dispositions dans le domaine du Magistère et de la discipline, suivant les modalités et les délais nécessaires.[240]
Cette adhésion est source de liberté, puisqu’elle n’empêche pas mais stimule la spontanéité mature du prêtre, qui saura adopter une attitude pastorale sereine et équilibrée, en créant l’harmonie dans laquelle les dons de la personnalité de chacun se fondent dans une unité supérieure.
Respect des normes liturgiques
59. Parmi les divers aspects actuels du problème de l’obéissance, celui de l’amour et du respect convaincus des normes liturgiques mérite d’être mis en évidence.
La liturgie est l’exercice du sacerdoce de Jésus Christ,[241] « le sommet vers lequel tend l’action de l’Église, et en même temps la source d’où découle toute sa vertu ».[242] Elle est donc un domaine où le prêtre doit avoir particulièrement conscience d’être ministre, c’est-à-dire serviteur et de devoir obéir fidèlement à l’Église. « Le gouvernement de la liturgie dépend uniquement de l’autorité de l’Église : il appartient au Siège apostolique et, dans les règles du droit, à l’évêque ».[243] C’est pourquoi le prêtre n’ajoutera, n’enlèvera ne changera rien de sa propre initiative en ce domaine.[244]
Cette norme vaut spécialement pour la célébration des sacrements, qui sont par excellence des actes du Christ et de l’Église, et que le prêtre administre pour le bien des fidèles in persona Christi Capitis et in nomine Ecclesiae.[245]Les fidèles ont un vrai droit à participer aux célébrations liturgiques comme le veut l’Église, et non pas suivant les goûts personnels de chaque ministre ou suivant des particularismes rituels non approuvés, expressions de groupes qui tendent à se fermer à l’universalité du Peuple de Dieu.
Unité dans les plans pastoraux
60. Dans l’exercice de leur ministère, les prêtres non seulement participeront de manière responsable à la définition des plans pastoraux que l’évêque détermine avec la collaboration du conseil presbytéral,[246] mais ils harmoniseront les réalisations pratiques de leur communauté avec ces derniers.
La sage créativité et l’esprit d’initiative propres à la maturité des prêtres n’en seront pas amoindris, mais au contraire pourront croître opportunément au bénéfice de la fécondité pastorale. Prendre des chemins séparés dans ce domaine pourrait signifier affaiblir l’œuvre même d’évangélisation.
Importance et obligation de l’habit ecclésiastique
61. Dans une société sécularisée et qui tend au matérialisme, où les signes extérieurs des réalités sacrées et surnaturelles s’estompent souvent, on ressent, particulièrement aujourd’hui, la nécessité pour le prêtre – homme de Dieu, dispensateur de ses mystères – d’être reconnaissable par la communauté, également grâce à l’habit qu’il porte, signe sans équivoque de son dévouement et de son identité de détenteur d’un ministère public.[247] Le prêtre doit être reconnu avant tout par son comportement mais aussi par sa façon de se vêtir, pour rendre immédiatement perceptible à tout fidèle et même à tout homme[248] son identité et son appartenance à Dieu et à l’Église.
L’habit ecclésiastique est le signe extérieur d’une réalité intérieure : « En effet, le prêtre n’appartient plus à lui-même, mais, par le sceau sacramentel reçu (cf. Catéchisme de l’Église catholique, 1563 ; 1582), il est “propriété” de Dieu. Ce fait “d’être à un Autre” doit devenir reconnaissable par tous, à travers un témoignage transparent. Dans la manière de penser, de parler, de juger les faits du monde, de servir et d’aimer, de se mettre en relation avec les personnes, même dans l’habit, le prêtre doit trouver la force prophétique de son appartenance sacramentelle ».[249]
Pour cette raison, le prêtre comme le diacre ordonné en vue du sacerdoce, doit[250] :
a) Porter soit la soutane ou « un habit ecclésiastique digne, selon les normes indiquées par la conférence épiscopale et selon les coutumes locales légitimes ».[251] Lorsque l’habit n’est pas la soutane, il doit être différent de la manière de se vêtir des laïcs, et conforme à la dignité et à la sacralité du ministère. La coupe et la couleur doivent en être établies par la conférence épiscopale.
b) À cause de leur incohérence avec l’esprit de cette discipline, les pratiques contraires ne contiennent pas de fondements suffisants pour devenir des coutumes[252] légitimes et doivent être supprimées par l’autorité compétente.[253]
À l’exception de certaines situations, ne pas utiliser l’habit ecclésiastique peut manifester chez le clerc un faible sens de son identité de pasteur entièrement disponible au service de l’Église.[254]
En outre, la soutane – dans sa forme, couleur et dignité – est particulièrement indiquée car elle distingue les prêtre des laïcs et fait mieux comprendre le caractère sacré de leur ministère en rappelant au prêtre lui-même qu’il est toujours et en tout moment prêtre, ordonné pour servir, pour enseigner, pour guider et pour sanctifier les âmes, principalement par la célébration des sacrements et la prédication de la Parole de Dieu. Porter un habit clérical est, en outre, une sauvegarde pour la pauvreté et la chasteté.
2.5 Prédication de la Parole
Fidélité à la Parole
62. Le Christ a confié aux Apôtres et à l’Église la mission de prêcher la Bonne Nouvelle à tous les hommes.
Transmettre la foi c’est préparer un peuple pour le Seigneur, dévoiler, annoncer et approfondir la vocation chrétienne, c’est-à-dire l’appel que Dieu adresse à chaque homme en lui manifestant le mystère du salut, et en même temps la place qu’il lui revient d’occuper en relation avec ce mystère, comme fils d’adoption dans le Fils.[255] Ce double aspect est exprimé de manière synthétique dans le Symbole de la Foi, qui est l’une des expressions les plus autorisées de la foi par laquelle l’Église a toujours répondu à l’appel de Dieu.[256]
Deux exigences se présentent au ministère du prêtre. En premier lieu, vient le caractère missionnaire de la transmission de la foi. Le ministère de la parole ne peut être séparé ou éloigné de la vie des hommes ; au contraire, il doit faire directement référence au sens de la vie de l’homme, de tout homme, et donc entrer dans les problèmes les plus aigus qui se posent à la conscience humaine.
D’autre part, il y a une exigence d’authenticité, de conformité avec la foi de l’Église, gardienne de la vérité sur Dieu et sur l’homme qui doit être vécue avec un grand sens des responsabilités et la conscience qu’il s’agit d’une question de la plus haute importance, puisque sont en jeu la vie de l’homme et le sens de son existence.
Pour que le ministère de la parole soit fructueux, et en tenant compte de ce contexte, le prêtre donnera la primauté au témoignage de vie qui fait découvrir la puissance de l’amour de Dieu et rend persuasive sa parole. Il ne négligera pas, en outre, la prédication explicite du mystère du Christ aux croyants, aux non-chrétiens et aux non-croyants ; par la catéchèse, qui est l’exposition ordonnée et organique de la doctrine de l’Église ; et l’application de la vérité révélée à la solution des cas concrets.[257]
La conscience de la nécessité absolue de “demeurer” fidèlement ancré dans la Parole de Dieu et dans la Tradition pour être vraiment des disciples et pour connaître la vérité (cf. Jn 8, 31-32) a toujours accompagné l’histoire de la spiritualité sacerdotale. Cette idée a été reprise avec autorité par le Concile œcuménique Vatican II.[258] « L’antique pratique de la lectio divina, ou “lecture spirituelle” des Saintes Écritures » est de grande utilité. « Celle-ci consiste à s’attarder longuement sur un texte biblique, le lisant et le relisant, en le “ruminant” presque, comme disent les Pères, et à en extraire, pour ainsi dire, tout le “suc”, afin qu’il nourrisse la méditation et la contemplation et parvienne à irriguer, comme la sève, la vie concrète ».[259]
Dans la société contemporaine marquée dans de nombreux pays, par le matérialisme théorique et pratique, par le subjectivisme et le relativisme culturel, il est d’autant plus nécessaire que l’Évangile soit présenté comme « la puissance de Dieu pour sauver ceux qui croient » (Rm 1, 16). Les prêtres, se souvenant que « la foi naît de la prédication, et la prédication, à son tour, se fonde sur la Parole du Christ » (Rm 10,17), emploieront toutes leurs énergies pour correspondre à cette mission qui est primordiale dans leur ministère. Ils sont en effet non seulement des témoins mais aussi des messagers et des propagateurs de la foi.[260]
Ce ministère – vécu dans la communion hiérarchique – les habilite à annoncer avec autorité la foi catholique et à témoigner la foi au nom de l’Église. Le Peuple de Dieu en effet, « est rassemblé d’abord par la Parole du Dieu vivant qu’il convient d’attendre tout spécialement de la bouche des prêtres ».[261]Pour être authentique, la Parole doit être transmise sans ambigüité et sans aucune falsification, mais en manifestant la vérité face à Dieu(cf. 2 Co 4, 2). Le prêtre évitera avec une maturité responsable de contrefaire, réduire, déformer ou édulcorer le contenu du message divin. Sa tâche en effet, « n’est pas d’enseigner sa propre sagesse, mais la Parole de Dieu, et d’inviter tous les hommes avec insistance à la conversion et à la sainteté ».[262] Ainsi, ses paroles, et plus encore ses choix et ses attitudes seront toujours plus transparents à l’Évangile, l’annonceront et en rendront témoignage. C’est seulement “en demeurant” dans la Parole que le prêtre deviendra parfait disciple du Seigneur, connaîtra la vérité et sera vraiment libre ».[263]
Par conséquent, la prédication ne peut se réduire à la communication d’idées personnelles, au témoignage de sa propre expérience, à des explications de caractère psychologique,[264]sociologique ou philanthropique. Elle ne peut pas non plus, céder excessivement à l’attrait de la rhétorique, si fréquente dans la communication de masse. Il s’agit d’annoncer une Parole dont on ne peut disposer à son gré, puisqu’elle a été confiée à l’Église pour qu’elle la garde, la médite et la transmette fidèlement.[265] De toute manière il est nécessaire pour le prêtre de préparer sa prédication avec soin, par la prière, l’étude sérieuse et actualisée et la volonté de l’appliquer concrètement aux conditions des destinataires. En outre, comme le rappelle Benoît XVI, « il paraît opportun, à partir du lectionnaire triennal, de proposer aux fidèles, avec discernement, des homélies thématiques qui, tout au long de l’année liturgique, traiteront les grands thèmes de la foi chrétienne, puisant à ce qui est proposé avec autorité par le Magistère dans les quatre “piliers” du Catéchisme de l’Église catholique et dans le récent Abrégé : la profession de foi, la célébration du mystère chrétien, la vie dans le Christ, la prière chrétienne ».[266] Les homélies, les catéchèses, entre autres, deviendront ainsi un réel soutien pour aider les fidèles à progresser dans leur vie et leur relation à Dieu et aux autres.
Parole et vie
63. Pour le prêtre, la conscience de sa mission de prédicateur de l’Évangile comme instrument du Christ et du Saint Esprit, devra toujours davantage se concrétiser pastoralement. Il pourra ainsi vivifier à la lumière de la Parole de Dieu les situations et les milieux divers où il exerce son ministère.
Pour être efficace et crédible, il est important que le prêtre – dans la perspective de la foi et de son ministère – connaisse, avec un sens critique constructif, les idéologies, le langage, les brassages culturels, les idées courantes diffusées par les moyens de communication et qui conditionnent en grande partie les mentalités.
Stimulé par l’Apôtre qui s’écrie : « Malheur à moi si je ne prêchais pas l’Évangile ! » (1Co 9, 16), il saura utiliser tous les moyens de transmission que les sciences et la technique moderne lui offrent.
Certainement, tout ne dépend pas de ces moyens ou des capacités humaines : la grâce divine peut produire son effet indépendamment de l’œuvre des hommes. Mais dans le plan de Dieu, la prédication de la Parole est normalement la voie privilégiée pour la transmission de la foi et la mission évangélisatrice.
À cause de tant d’hommes qui, aujourd’hui, sont éloignés ou à l’écart de l’annonce du Christ, le prêtre vivra comme particulièrement urgente et actuelle cette interrogation dramatique : « Comment pourront-ils croire sans en avoir entendu parler ? Et comment pourront-ils en entendre parler s’il n’y a personne qui prêche ? » (Rm 10, 14).
Pour répondre à ces interrogations, il sentira personnellement le devoir d’écouter particulièrement la Sainte Écriture grâce à l’étude d’une saine exégèse surtout patristique, et grâce à la méditation selon les diverses méthodes éprouvées par la tradition spirituelle de l’Église, de manière à en obtenir une compréhension pleine d’amour.[267] Il est particulièrement important en effet d’enseigner à cultiver cette relation personnelle avec la Parole de Dieu déjà pendant les années du séminaire où les candidats au sacerdoce sont appelés à étudier les Écritures pour devenir « plus conscients du mystère de la Révélation divine et alimenter une attitude de réponse priante au Seigneur qui parle. D’autre part, une authentique vie de prière ne pourra que faire grandir dans l’âme du candidat le désir de connaître toujours plus le Dieu qui s’est révélé dans sa Parole comme amour infini ».[268]
64. Dans ce but, le prêtre ressentira le devoir de réserver une attention particulière à la préparation lointaine ou prochaine de ses homélies liturgiques, à leur contenu, qui doit être un écho des textes liturgiques, en particulier de l’évangile, à l’équilibre entre la théorie et la pratique, à la pédagogie et à la technique d’exposition, mais aussi à une diction qui convienne à la dignité du sermon et de ses destinataires.[269] En particulier « il évitera les homélies vagues et abstraites, qui occultent la simplicité de la Parole de Dieu, comme aussi les divagations inutiles qui risquent d’attirer l’attention plus sur le prédicateur que sur la substance du message évangélique. Il doit être clair pour les fidèles que ce qui tient au cœur du prédicateur, c’est de montrer le Christ, sur lequel l’homélie est centrée ».[270]
Parole et catéchèse
65. De nos jours où l’on constate dans de nombreux milieux la diffusion d’un analphabétisme religieux et où les éléments fondamentaux de la foi sont toujours moins connus, la catéchèse se révèle comme une partie essentielle de cette mission évangélisatrice parce qu’elle est instrument privilégié de l’enseignement et de la maturation de la foi.[271]
Le prêtre, en tant que collaborateur et mandataire de l’évêque a la responsabilité d’animer, de coordonner et de diriger l’activité catéchétique de la communauté qui lui est confiée. Il est important qu’il sache intégrer cette activité dans un projet organique d’évangélisation garantissant surtout la communion de la catéchèse de sa communauté avec la personne de l’évêque, avec l’Église particulière et avec l’Église universelle.[272]
En particulier, il saura susciter une responsabilité juste et opportune, une collaboration dans la catéchèse, tant parmi les membres des Instituts de vie consacrée et des Sociétés de vie apostolique, que des fidèles laïcs,[273] adéquatement préparés, et manifestera à tous sa reconnaissance et son estime pour cette tâche catéchétique.
Il prendra particulièrement soin de la formation initiale et permanente des catéchistes, des associations et des mouvements. Dans la mesure du possible, le prêtre devra être le catéchiste des catéchistes, formant avec ces derniers une véritable communauté de disciples du Seigneur, qui puisse servir de référence pour les élèves du catéchisme. Il leur enseignera de la sorte que le service du ministère de l’enseignement doit se mesurer sur la Parole de Jésus Christ et non sur des théories et opinions privées : « mais sur la foi de l’Église dont nous sommes des serviteurs »[274]
Maître[275] et éducateur de la foi,[276] le prêtre veillera à ce que la catéchèse occupe une place privilégiée dans l’éducation chrétienne au sein de la famille, dans l’enseignement religieux, dans la formation des mouvements apostoliques, etc. Il veillera également à ce que la catéchèse s’adresse à toutes les catégories de fidèles : enfants, adolescents, jeunes, adultes et personnes âgées. En outre, il saura transmettre l’enseignement catéchétique en ayant recours aux pédagogies et aux moyens de communication les plus efficaces à même d’aider les fidèles à assimiler de façon plus parfaite la doctrine chrétienne et de la mettre en œuvre en tenant compte de leurs capacités, de leur âge et conditions de vie.[277]
À cette fin, le prêtre ne manquera pas d’avoir comme principal point de référence le Catéchisme de l’Église catholique et son Compendium. Ces textes, en effet, constituent une norme sûre et authentique de l’enseignement de l’Église.[278]Il faut donc en encourager la lecture et l’étude. Ils doivent toujours constituer les points d’appui irremplaçables pour « l’enseignement des contenus fondamentaux de la foi qui trouvent dans le Catéchisme de l’Église Catholique leur synthèse systématique et organique ».[279] Comme le rappelle d’ailleurs le Saint-Père Benoît XVI en parlant du Catéchisme, « ici, en effet, émerge la richesse d’enseignement que l’Église a accueilli, gardé et offert au cours de ses deux mille ans d’histoire. De la Sainte Écriture aux Pères de l’Église, des maîtres de théologie aux saints qui ont traversé les siècles, le Catéchisme offre une mémoire permanente des nombreuses façons dans lesquelles l’Église a médité sur la foi et produit un progrès dans la doctrine pour donner certitude aux croyants dans leur vie de foi ».[280]
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