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3 SPIRITUALITE DIACONALE
Dans la situation actuelle
43 L’Église, rassemblée par Jésus Christ et conduite par l’Esprit Saint selon le dessein de Dieu le Père, est " présente dans le monde, tout en étant en pèlerinage " [173] vers la plénitude du Royaume ; [174] elle vit et annonce l’Évangile dans des circonstances historiques concrètes. " Le monde qu’elle a ainsi en vue est celui des hommes, la famille humaine tout entière avec l’univers au sein duquel elle vit. C’est le théâtre ou se joue l’histoire du genre humain, le monde marqué par l’effort de l’homme, ses défaites et ses victoires. Pour la foi des chrétiens, ce monde a été fondé et demeure conservé par l’amour du Créateur ; il est tombé, certes, sous l’esclavage du péché, mais le Christ, par la croix et la résurrection, a brisé le pouvoir du Malin, et l’a libéré pour qu’il soit transformé selon le dessein de Dieu et qu’il parvienne à son accomplissement ". [175]
Le diacre, membre et ministre de l’Église, doit en tenir compte dans sa vie et dans son apostolat ; il doit connaître les cultures, les aspirations et les problèmes de son temps, car c’est dans ce contexte qu’il est appelé à être un signe vivant du Christ Serviteur, et tout à la fois à faire sienne la tâche de l’Église de " scruter les signes des temps et de les interpréter à la lumière de l’Évangile ; pour qu’elle puisse répondre, de façon adaptée à chaque génération, aux questions éternelles des hommes sur le sens de la vie présente et future et sur leur relation mutuelle ". [176]
Vocation à la sainteté
44 La vocation universelle à la sainteté a sa source dans le " baptême de la foi ", qui nous a rendus " vraiment enfants de Dieu et participants de la nature divine, donc réellement saints ". [177]
Par le sacrement de l’Ordre, les diacres " sont consacrés à Dieu d’une manière nouvelle, (...) consacrés par l’onction du Saint-Esprit et envoyés par le Christ " [178] au service du Peuple de Dieu, " en vue de construire le Corps du Christ " (Ep 4,12).
" De là jaillit la spiritualité diaconale, qui a sa source dans ce que le Concile Vatican II appelle "la grâce sacramentelle du diaconat". [179] Non seulement elle est une aide précieuse dans l’accomplissement des diverses fonctions, mais elle imprègne profondément l’âme du diacre, l’incitant à l’offrande, au don de toute sa personne pour le service du Royaume de Dieu dans l’Église. Comme l’indique le mot lui-même de diaconat, ce qui caractérise les sentiments et la volonté de celui qui reçoit ce sacrement, c’est l’esprit de service. Par le diaconat, on tend à réaliser ce que Jésus a déclaré au sujet de sa mission : "Le Fils de l’Homme n’est pas venu pour être servi mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude" (Mc 10,45 Mt 20,28). [180] Ainsi le diacre vit par et dans son ministère la vertu d’obéissance : quand il accomplit fidèlement les tâches qui lui sont confiées, il sert l’épiscopat et le presbytérat dans les " munera " de la mission du Christ. Et c’est le ministère pastoral lui-même qu’il accomplit, pour le bien des hommes.
45 De cela découle la nécessité pour le diacre d’accueillir avec reconnaissance l’invitation à suivre le Christ Serviteur, et de s’appliquer à lui être fidèle dans toutes les circonstances de sa vie. Le " caractère " reçu dans l’ordination réalise une configuration au Christ à laquelle il lui faut consentir et qu’il doit faire croître dans toute sa vie.
La sanctification est une exigence commune à tous les fidèles ; [181] chez le diacre, elle se fonde ultérieurement sur la consécration spéciale reçue. [182] Elle comporte la pratique des vertus chrétiennes et des divers préceptes et conseils d’origine évangélique, selon son propre état de vie. Le diacre est appelé à vivre saintement car, par les sacrements du Baptême et de l’Ordre, l’Esprit de Dieu l’a déjà rendu saint, il l’a constitué ministre de l’œuvre par laquelle l’Église du Christ sert et sanctifie l’homme. [183]
Pour les diacres, la vocation à la sainteté consiste plus particulièrement à " suivre Jésus dans son attitude d’humble serviteur, qui ne s’exprime pas seulement par les œuvres de charité mais investit et modèle toute la manière de penser et d’agir ". [184] " Si leur ministère est en harmonie avec cet esprit, ils mettent davantage en lumière ce trait spécifique du visage du Christ : le service ", [185] pour ne pas être seulement " serviteurs de Dieu ", mais aussi serviteurs de Dieu en la personne de leurs frères. [186]
Corrélations crées par le Sacrement de l’Ordre
46 L’ordination sacrée confère au diacre, à travers des dons sacramentels spécifiques, une participation spéciale à la consécration et à la mission de Celui qui s’est fait serviteur du Père par la rédemption de l’homme ; elle l’introduit, d’une façon nouvelle et particulière, dans le mystère du Christ, de l’Église et du salut de tous les hommes. C’est pourquoi la vie spirituelle du diacre doit approfondir et développer cette triple relation, selon les principes d’une spiritualité communautaire par laquelle on s’attache à témoigner que l’Église est, par nature, une communion.
47 La relation au Christ, qui a pris la condition de serviteur par amour pour le Père et pour ses frères les hommes, est la première et la plus fondamentale des relations. [187] En vertu de son ordination, le diacre est véritablement appelé à agir en conformité au Christ Serviteur.
Le Fils éternel de Dieu " s’est dépouillé lui-même en prenant la condition de serviteur " (Ph 2,7) et Il a vécu cette condition dans l’obéissance au Père (cf. Jn 4,34) et dans l’humble service de ses frères (cf. Jn 13,4-15). En tant que serviteur du Père dans l’œuvre de rédemption des hommes, le Christ devient le chemin, la vérité et la vie de chaque diacre dans l’Église.
Toute l’activité ministérielle n’aura de sens que si elle contribue à mieux faire connaître, aimer et suivre le Christ dans sa diaconie. Il est donc nécessaire que les diacres s’emploient à conformer leur vie à Jésus-Christ qui, par son obéissance au Père " jusqu’à la mort, et la mort sur la croix " (Ph 2,8), a racheté l’humanité.
48 L’Église est inséparablement associée à cette relation fondamentale. [188] Le Christ l’aime, il la purifie, il la nourrit et il prend soin d’elle (cf. Ep 5,25-29). Le diacre ne pourrait vivre fidèlement sa configuration au Christ sans partager son amour de l’Église : " Pour elle, il ne peut que nourrir un profond attachement, étant donné sa mission et son institution divine ". [189]
Le rite de l’ordination met en relief le lien qui s’établit entre l’évêque et le diacre : seul l’évêque impose les mains à celui qui a été choisi, en appelant sur lui l’effusion de l’Esprit Saint. Chaque diacre trouve donc la référence de son ministère dans la communion hiérarchique avec son évêque. [190]
L’ordination diaconale souligne encore un autre aspect ecclésial : le diacre reçoit une participation ministérielle à la diaconie du Christ, par laquelle le Peuple de Dieu, guidé par le Successeur de Pierre et par les autres évêques en communion avec lui, avec la coopération des prêtres, poursuit l’œuvre de la Rédemption des hommes. Le diacre est donc appelé à nourrir son esprit et son ministère par un amour ardent et actif de l’Église, et par un désir sincère d’être en communion avec le Saint-Père, avec son évêque et avec les prêtres de son diocèse.
49 Il ne faut pas perdre de vue enfin que la diaconie du Christ est destinée à l’homme, à tout homme [191] qui dans son esprit et dans son corps porte la marque du péché, mais qui est appelé à la communion avec Dieu. " Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle " (Jn 3,16). Le Christ s’est fait le serviteur de ce dessein d’amour en prenant notre chair ; et l’Église est dans l’histoire l’instrument et le signe de cette diaconie.
Ainsi, en vertu du sacrement, le diacre est destiné à servir ses frères, qui ont besoin du salut. Et si, dans le Christ Serviteur, dans ses paroles et ses actes, l’homme peut découvrir en plénitude l’amour déployé par le Père pour le sauver, il doit pouvoir trouver aussi cette charité dans la vie du diacre. La tâche essentielle de la vie spirituelle du diacre sera d’imiter toujours davantage l’amour du Christ pour l’homme, qui dépasse les limites de toute idéologie humaine.
À ceux qui désirent être admis à la formation diaconale, on demande " un esprit naturellement enclin à servir la hiérarchie sacrée et la communauté chrétienne " : [192] il ne faut pas l’entendre " au sens d’une simple spontanéité des dispositions naturelles (...) Il s’agit d’une propension de la nature animée par la grâce, avec un esprit de service qui conforme le comportement humain à celui du Christ. Le sacrement du diaconat développe cette propension : il rend le sujet plus intimement participant à l’esprit de service du Christ, il pénètre sa volonté par une grâce spéciale, il fait en sorte que le diacre, dans tout son comportement, soit animé d’une propension nouvelle au service de ses frères ". [193]
Moyens de la vie spirituelle
50 Les relations précédemment évoquées font apparaître la primauté de la vie spirituelle. Le diacre doit donc se rappeler que vivre la diaconie du Seigneur dépasse toute capacité naturelle ; il lui faut donc correspondre, en pleine conscience et en toute liberté, à cet appel du Christ : " Demeurez en moi, comme moi en vous. De même que le sarment ne peut de lui-même porter du fruit s’il ne demeure pas sur la vigne, ainsi vous non plus, si vous ne demeurez pas en moi " (Jn 15,4).
Suivre le Christ dans le ministère diaconal est une aventure fascinante mais ardue : elle est remplie de satisfactions et de fruits, mais parfois, elle fait aussi traverser les difficultés et les peines des vrais disciples du Seigneur Jésus Christ. Pour réussir, le diacre a besoin de demeurer avec le Christ, pour que ce soit Lui qui porte la responsabilité de son ministère ; il a besoin de réserver la première place à la vie spirituelle, de vivre généreusement la diaconie, de concilier son ministère et ses obligations familiales – s’il est marié – ou professionnelles, de façon à adhérer toujours davantage à la personne et à la mission du Christ Serviteur.
51 L’accomplissement fidèle et inlassable du ministère, dans une unité de vie raisonnée et sans cesse à rechercher, est sans aucun doute la source première du progrès dans la vie spirituelle. [194] Accompli de manière exemplaire, loin de s’opposer à la vie spirituelle, le ministère contribue au développement des vertus théologales, il accroît le propos de se donner au service de ses frères et il favorise la communion hiérarchique. Avec les adaptations nécessaires, ce qui est dit des prêtres vaut aussi pour les diacres : " Ils sont ordonnés à la perfection de la vie par les actions sacrées quotidiennes elles-mêmes, comme aussi par leur ministère tout entier (...). Quant à la sainteté, (...) elle contribue beaucoup à rendre fructueux le ministère qu’ils accomplissent ". [195]
52 Le diacre aura toujours présent à l’esprit l’exhortation de la liturgie d’ordination : " Recevez l’Évangile du Christ, que vous avez la mission d’annoncer. Soyez attentif à croire à la Parole que vous lirez, à enseigner ce que vous aurez cru, à vivre ce que vous aurez enseigné ". [196]
Pour proclamer la Parole de Dieu dignement et avec fruit, le diacre doit " par une lecture sacrée assidue et par une étude approfondie, s’attacher aux Écritures, de peur qu’il ne devienne "un vain prédicateur de la Parole de Dieu au-dehors, lui qui ne l’écouterait pas au-dedans de lui", [197] alors qu’il doit faire part aux fidèles qui lui sont confiés, spécialement au cours de la sainte liturgie, des richesses sans mesure de la Parole divine ". [198]
Sous la conduite de ceux qui dans l’Église sont les maîtres authentiques de la vérité divine et catholique, [199] il devra en outre approfondir cette Parole pour en éprouver l’attrait et la puissance salvifique (cf. Rm 1,16). Sa sainteté se fonde sur sa consécration et sa mission également en ce qui concerne la Parole : il prendra conscience d’en être le ministre. Comme membre de la hiérarchie, ses actes et ses déclarations engagent l’Église : il est donc essentiel pour sa charité pastorale qu’il vérifie l’authenticité de ce qu’il enseigne, sa communion effective et explicite avec le Souverain Pontife, avec l’ordre épiscopal et avec son évêque, non seulement en ce qui concerne le symbole de la foi, mais aussi l’enseignement du Magistère ordinaire et la discipline, dans l’esprit de la profession de foi qu’il prononce avant l’ordination et du serment de fidélité. [200] Car " la force et la puissance que recèle la Parole de Dieu sont si grandes qu’elles constituent, pour l’Église, son point d’appui et sa vigueur et, pour les enfants de l’Église, la force de leur foi, la nourriture de leur âme, la source pure et permanente de leur vie spirituelle ". [201] Plus le diacre fréquentera la Parole de Dieu, plus il aura envie de la communiquer à ses frères. Dans l’Écriture, c’est Dieu qui parle à l’homme, [202] dans la prédication le ministre sacré favorise cette rencontre de salut. Il se consacrera donc avec un soin tout particulier à la prédication inlassable de la Parole, afin que les fidèles n’en soient pas privés à cause de l’ignorance ou de la paresse du ministre ; il sera intimement persuadé que l’exercice du ministère de la Parole ne se réduit pas à la prédication.
53 De même, quand il baptise, quand il distribue le Corps et le Sang du Seigneur ou quand il sert dans la célébration des autres sacrements et des sacramentaux, le diacre réalise son identité dans la vie de l’Église : il est ministre du Corps du Christ, corps mystique et corps ecclésial ; il se rappellera que, vécues dans la foi et le respect, ces actions de l’Église contribuent à sa croissance spirituelle et à l’édification de la communauté chrétienne. [203]
54 Dans leur vie spirituelle, les diacres accorderont toute l’importance qu’ils méritent aux sacrements de la grâce, qui " ont pour fin de sanctifier les hommes, d’édifier le Corps du Christ, enfin de rendre culte à Dieu ". [204]
Ils participeront surtout, avec une foi particulière, à la célébration quotidienne du sacrifice eucharistique, [205] en exerçant si possible leur propre munus liturgique ; ils ne se lasseront pas d’adorer le Seigneur présent dans le Sacrement, [206] puisque l’Eucharistie, source et sommet de toute l’évangélisation, " contient tout le trésor spirituel de l’Église ". [207] Elle sera pour eux une véritable rencontre du Christ, qui, par amour de l’homme, s’est fait victime expiatoire, nourriture de vie éternelle, et ami compatissant à toute souffrance.
Conscients de leur faiblesse et confiants dans la miséricorde divine, ils auront régulièrement recours au sacrement de la réconciliation : [208] le pécheur y rencontre le Christ rédempteur, il y reçoit le pardon de ses fautes et se trouve entraîné vers la plénitude de la charité.
55 Dans les engagements caritatifs que l’évêque lui aura confiés, le diacre se laissera toujours conduire par l’amour du Christ pour tous les hommes, et non par ses intérêts personnels ou par les idéologies qui contredisent l’universalité du salut ou nient la vocation transcendante de l’homme. Que le diacre se souvienne aussi que la diaconie de la charité conduit nécessairement à promouvoir la communion à l’intérieur de l’Église particulière. La charité est, en effet, l’âme de la communion ecclésiale. Le diacre s’investira pour favoriser la fraternité, la coopération avec les prêtres et la communion sincère avec l’évêque.
56 Que les diacres sachent toujours, quels que soient le contexte et les circonstances, demeurer fidèles au précepte du Seigneur : " Veillez et priez sans cesse, pour pouvoir échapper à tout ce qui doit arriver et comparaître devant le Fils de l’homme " (Lc 21,36 cf. Ph 4,6-7)
La prière est ce dialogue personnel avec Dieu ou leur seront conférées la lumière et la force nécessaires pour suivre Jésus-Christ et pour servir leurs frères dans leurs diverses vicissitudes. Forts de cette certitude, que les diacres cherchent à se laisser modeler par les diverses formes de prière : la célébration de la Liturgie des Heures, selon les modalités établies par la conférence des Évêques, [209] caractérise toute leur vie de prière ; en tant que ministres, ils intercèdent pour toute l’Église. Cette prière se prolonge dans la lectio divina, l’oraison mentale assidue, la participation aux retraites spirituelles selon les dispositions du droit particulier. [210]
Les diacres auront également à cœur la vertu de pénitence et les autres moyens de sanctification, qui aident tant à rencontrer Dieu personnellement. [211]
57 Pour le diacre, participer au mystère du Christ Serviteur oriente nécessairement le cœur vers l’Église et vers celle qui en est la Mère très sainte. On ne peut en effet séparer le Christ de l’Église, qui est son Corps. La réalité de l’union avec la Tête suscitera un véritable amour pour le Corps. Et cet amour permettra au diacre de collaborer efficacement à la construction de l’Église, en se consacrant aux devoirs de son ministère, dans la fraternité et la communion hiérarchique avec son évêque et le presbytérium. Toute l’Église doit être dans le cœur du diacre : l’Église universelle, qui trouve en la personne du Pape, en tant que successeur de Pierre, le principe et le fondement perpétuel et visible de son unité ; [212] l’Église particulière, qui " adhérant à son pasteur et par lui rassemblée dans le Saint-Esprit grâce à l’Évangile et à l’Eucharistie (...) (rend) vraiment présente et agissante l’Église du Christ, une, sainte, catholique et apostolique ". [213]
L’amour du Christ et de l’Église est étroitement lié à celui pour la Vierge Marie, l’humble servante du Seigneur, qui, au titre unique et admirable de " mère ", a été l’associée généreuse de la diaconie de son divin Fils (cf. Jn 19,25-27). L’amour pour la Mère du Seigneur, fondé sur la foi, exprimé dans la prière quotidienne du chapelet, l’imitation de ses vertus et le fait de s’en remettre à elle avec confiance, donnera leur sens à des manifestations de vraie dévotion filiale. [214]
Chaque diacre aura les yeux tournés vers Marie, avec respect et dans une profonde affection ; car " la Vierge Mère a été parmi toutes les créatures celle qui aura le mieux vécu la pleine vérité de la vocation : personne n’a répondu avec autant d’amour à l’immense amour de Dieu ". [215] Cet amour particulier envers la Vierge servante du Seigneur, né de la Parole et totalement enraciné dans la Parole, deviendra une imitation de sa vie. Ce sera une façon d’introduire dans l’Église cette dimension mariale si proche de la vocation du diacre. [216]
58 Enfin, la direction spirituelle régulière sera pour le diacre d’une très grande utilité. L’expérience montre tous les bienfaits qui peuvent être retirés d’un dialogue sincère et humble avec un directeur sage, non seulement pour résoudre les doutes et les problèmes inévitables de la vie, mais pour réaliser le discernement nécessaire et pour parvenir à une meilleure connaissance de soi, afin de suivre enfin le Christ dans une fidélité grandissante.
Spiritualité du diacre et états de vie. Unité dans la diversité
59 À la différence de ce qui est demandé pour le presbytérat, on peut admettre au diaconat permanent d’abord des hommes célibataires, mais aussi des hommes qui vivent dans le sacrement du mariage, ainsi que des veufs. [217]
60 L’Église reconnaît avec gratitude le magnifique don du célibat que Dieu accorde à certains de ses membres. Sous des formes variées, tant en Orient qu’en Occident, elle l’a lié au ministère ordonné, auquel il est toujours remarquablement approprié. [218] Elle sait bien que ce charisme, accepté et vécu par amour du Royaume des Cieux (cf. Mt 19,12), oriente toute la personne du diacre vers le Christ qui, dans la virginité, se consacra lui-même pour servir le Père et conduire les hommes à la plénitude du Royaume. Aimer Dieu et servir ses frères par ce choix de totalité, loin de s’opposer au développement personnel du diacre, le favorise, car la charité est la véritable perfection de tout homme. Or dans le célibat, l’amour se présente comme signe d’une consécration totale au Christ, dans un cœur sans partage, dans une plus libre consécration au service de Dieu et des hommes ; [219] ceci justement parce que le choix du célibat ne signifie pas le mépris du mariage, ni une fuite du monde, mais plutôt une façon privilégiée de servir les hommes et le monde.
Les hommes de notre temps, si souvent plongés dans l’éphémère, sont très sensibles au témoignage de ceux qui proclament l’éternité par leur propre vie. Les diacres ne se priveront pas de donner ce témoignage à leurs frères, par la fidélité à leur célibat, afin de les inciter à chercher les valeurs qui manifestent la vocation de l’homme à la transcendance. " Le célibat "en vue du Royaume" n’est pas seulement un signe eschatologique, mais il a aussi une grande signification sociale, dans la vie présente, pour le service du peuple de Dieu ". [220]
Pour mieux conserver durant toute leur vie le don qu’ils ont reçu de Dieu, pour le bien de l’Église entière, les diacres ne s’appuieront pas de manière excessive sur leurs propres forces, mais garderont toujours un esprit d’humble prudence et de vigilance, se rappelant que " l’esprit est prompt mais la chair est faible " (Mt 26,41). Ils seront aussi fidèles à la vie de prière et aux devoirs du ministère.
Envers les personnes dont la familiarité pourrait compromettre leur chasteté ou provoquer le scandale, ils se comporteront avec prudence. [221]
Enfin, ils seront conscients que la société pluraliste actuelle les oblige à un discernement attentif dans l’usage des médias.
61 Le sacrement du mariage, qui sanctifie l’amour des conjoints et le rend signe efficace de l’amour par lequel le Christ se donne à l’Église (cf. Ep 5,25), est aussi un don de Dieu et doit nourrir la vie spirituelle du diacre marié. Puisque la vie conjugale et familiale, et le travail professionnel, réduisent inévitablement le temps que l’on peut consacrer au ministère, il faut un engagement particulier pour atteindre l’unité de vie nécessaire, y compris à travers la prière commune. Dans le mariage, l’amour prend la forme d’un don interpersonnel, d’une fidélité mutuelle, source de vie nouvelle, soutien dans les moments de joie et d’épreuves ; en un mot, l’amour se fait service. Vécu dans la foi, ce " service familial " est pour les autres fidèles un exemple d’amour dans le Christ, et le diacre marié doit le mettre à profit pour stimuler sa diaconie dans l’Église.
Le diacre marié doit percevoir particulièrement qu’il a la responsabilité d’offrir le témoignage évident de la sainteté du mariage et de la famille. Plus le diacre et son épouse grandiront dans l’amour mutuel, plus forte sera leur donation envers leurs enfants et plus significatif sera leur exemple pour la communauté chrétienne. " L’enrichissement et l’approfondissement de l’amour-sacrifice réciproque entre mari et femme est peut-être l’implication la plus significative que la femme du diacre puisse avoir dans le ministère public de son mari dans l’Église ". [222] Cet amour grandit grâce à la vertu de chasteté, qui fleurit toujours – y compris à travers l’exercice de la paternité responsable – dans l’apprentissage du respect pour le conjoint et dans la pratique d’une certaine continence. Cette vertu favorise une maturité de donation qui se traduit rapidement dans le ministère : elle permet d’échapper aux attitudes possessives, à l’idolâtrie de la réussite professionnelle et à l’incapacité d’organiser son temps ; elle favorise au contraire des relations personnelles authentiques, la délicatesse, la capacité à donner à chaque chose la place qui lui revient.
Des initiatives opportunes seront prises pour faire croître dans toute la famille le sens du ministère diaconal. La femme du diacre, qui a donné son consentement au choix de son mari, [223] devra être aidée et soutenue pour vivre son rôle avec joie et discrétion, pour pouvoir apprécier tout ce qui concerne l’Église, et en particulier les engagements confiés à son mari. Pour cette raison, il est bon qu’elle soit informée des activités de son mari, évitant cependant tout envahissement indu : de façon à établir et mettre en place un rapport équilibré et harmonieux entre la vie familiale, professionnelle et ecclésiale. Les enfants du diacre également, s’ils sont bien préparés, pourront apprécier le choix de leur père et s’engager avec un intérêt particulier dans l’apostolat et dans un témoignage de vie cohérent.
En conclusion, la famille du diacre marié, comme d’ailleurs toute famille chrétienne, est invitée à prendre une part active et responsable à la mission de l’Église dans la situation du monde actuel. " Le diacre et sa femme doivent être un exemple de la fidélité et de l’indissolubilité du mariage chrétien, face au monde qui exprime son besoin de tels signes. Affrontant avec un esprit de foi les défis de la vie conjugale et les exigences de la vie quotidienne, ils renforcent la vie familiale, non seulement dans la communauté ecclésiale, mais aussi dans toute la société. Ils montreront aussi comment les obligations familiales, professionnelles, pastorales peuvent être harmonisées au service de la mission de l’Église. Les diacres, leurs femmes et leurs enfants peuvent beaucoup encourager tous ceux qui travaillent à promouvoir la vie de famille ". [224]
62 Il faut réfléchir sur la situation qui résulte de la mort de l’épouse d’un diacre. C’est un moment de l’existence qui doit être vécu dans la foi et dans l’espérance chrétiennes. Le veuvage ne doit pas anéantir le dévouement pour les enfants, s’il y en a ; il ne doit pas non plus conduire à une tristesse sans espérance. Cette étape de la vie, aussi douloureuse qu’elle puisse être, est un appel à la purification intérieure, une incitation à croître dans la charité, dans le service des siens et de tous les membres de l’Église. C’est aussi un appel à grandir dans l’espérance, puisque l’accomplissement fidèle du ministère est un chemin pour rejoindre dans la gloire du Père le Christ et ceux que nous aimons.
Mais il faut reconnaître que cet événement introduit, dans la vie de la famille, une situation nouvelle qui influe sur les rapports humains et qui amène souvent des difficultés économiques. Le diacre devenu veuf devra donc être aidé avec une grande charité : il doit discerner et accepter cette nouvelle situation personnelle, il ne doit négliger ni son devoir d’éduquer les enfants éventuels, ni les nouveaux besoins de sa famille.
Plus spécialement, le diacre veuf devra être aidé à garder la continence parfaite et perpétuelle à laquelle il est tenu, [225] et à comprendre les profondes raisons ecclésiales qui rendent impossible son remariage (cf. 1Tm 3,12), en conformité avec la discipline constante de l’Église d’Orient comme de celle d’Occident. [226] Un dévouement plus intense aux autres dans le ministère, pour l’amour de Dieu, peut aider à y parvenir ; l’aide fraternelle des autres ministres et des fidèles, ainsi que la proximité de l’évêque, seront d’un grand réconfort.
Si c’est la femme du diacre qui reste veuve, que les ministres et les fidèles ne la laissent jamais seule face à ses besoins, selon ce qui sera possible.
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