PARTIE V LA CATÉCHÈSE DANS L’ÉGLISE PARTICULIÈRE
La catéchèse dans l’Église particulière
"
Puis il gravit la montagne et il appelle à lui ceux qu’il voulait. Ils vinrent à lui, et il en institua Douze pour être ses compagnons et pour les envoyer prêcher, avec pouvoir de chasser les démons " (
Mc 3,13-15) .
"
Tu es heureux, Simon, fils de Jonas, car cette révélation t’est venue, non de la chair et du sang, mais de mon Père qui est dans les cieux. Eh bien ! Moi je te dis : tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église " (
Mt 16,17-18) .
L’Église de Jérusalem, mue par l’Esprit Saint, engendre les Églises : " Église de Jérusalem " (Ac 8,1) ; " L’Église de Dieu établie à Corinthe " (1Co 1,2) ; " Les Églises d’Asie " (1Co 16,19) ; " Les Églises de Judée " (Ga 1,22) ; " Les sept Églises : Éphèse, Smyrne, Pergame, Thyatire, Sardes, Philadelphie, Laodicée " (
Ap 2,1-3) .
Sens et but de cette partie
215 Tout ce que les parties précédentes ont exposé au sujet de la catéchèse, de son contenu, de sa pédagogie et de ses destinataires débouche sur la pastorale catéchétique qui s’accomplit dans l’Église particulière.
Cette cinquième partie en présente les principaux éléments.
216 Le premier chapitre propose une réflexion sur le ministère de la catéchèse et ses agents. La catéchèse est une responsabilité commune mais différenciée. Les évêques, les prêtres, les diacres, les religieux et les fidèles laïcs s’y engagent selon leur degré de responsabilité et leurs charismes respectifs.
La formation des catéchistes, dont il est question au deuxième chapitre, joue un rôle déterminant dans l’activité catéchétique. Car s’il est important de doter la catéchèse d’instruments adéquats, il est bien plus important de préparer de bons catéchistes.
Le troisième chapitre analyse les lieux où s’exerce, de fait, la catéchèse.
Le quatrième chapitre examine les aspects concernant plus particulièrement l’organisation de la catéchèse : les organismes responsables, la coordination de la catéchèse, et quelques tâches spécifiques du service catéchétique.
Les orientations et les suggestions présentées dans cette partie ne peuvent être appliquées de façon immédiate et simultanée dans toutes les parties de l’Église. En effet, en ce qui concerne les nations ou régions où l’activité catéchétique n’est pas encore suffisamment développée, ces orientations et suggestions ne signalent qu’une série d’objectifs à atteindre progressivement.
CHAPITRE I : Le ministère de la catéchèse dans l’Église particulière et ses agents
L’Église particulière
[129]
217 L’Église particulière
[130] ou diocèse
[131] est le lieu où l’Évangile est annoncé, transmis et vécu. L’Église particulière est constituée par la communauté des disciples de Jésus-Christ
[132] établie dans un espace socio-culturel déterminé. L’Église universelle est présente dans chaque Église particulière " avec tous ses éléments essentiels ".
[133] L’Église universelle, dont la première cellule fut fécondée par l’Esprit Saint le jour de la Pentecôte, " donne naissance aux Églises particulières comme à ses propres filles : elle s’exprime en elles ".
[134] L’Église universelle, Corps du Christ, se manifeste ainsi comme " Corps des Églises ".
[135]
218 L’annonce de l’Évangile et de l’Eucharistie sont les deux piliers sur lesquels s’édifie l’Église particulière et autour desquels elle se rassemble. Comme l’Église universelle, l’Église particulière " existe pour évangéliser ".
[136]
La catéchèse est une activité évangélisatrice de base en chaque Église particulière. Par elle, le diocèse propose à tous ses membres et à ceux qui désirent s’approcher de Jésus-Christ un parcours de formation qui leur permet de connaître, de célébrer, de vivre et d’annoncer l’Évangile dans leur propre milieu culturel. Ainsi, la profession de la foi - objectif de la catéchèse - peut être proclamée par les disciples du Christ " dans leurs langues ".
[137] Comme à la Pentecôte, aujourd’hui également l’Église du Christ, " présente et agissante "
[138] dans les Églises particulières, " parle toutes les langues "
[139] car, tel un arbre qui grandit, elle propage ses racines dans toutes les cultures.
Le ministère de la catéchèse dans l’Église particulière
219 Dans l’ensemble des ministères et des services par lesquels l’Église particulière accomplit sa mission d’évangélisation, le ministère de la catéchèse occupe une place de choix.
[140] En voici quelques aspects :
a) Dans le diocèse, la catéchèse est un service unique,
[141] accompli conjointement par les prêtres, les diacres, les religieux et les laïcs, en communion avec l’évêque. Toute la communauté chrétienne doit se sentir responsable de ce service. Même si les prêtres, religieux et laïcs exercent en commun la catéchèse, ils le font de manière différenciée, chacun selon sa condition particulière dans l’Église (ministres ordonnés, personnes consacrées, fidèles chrétiens).
[142] Par eux et selon le rôle de chacun, le ministère de la catéchèse offre, d’une façon complète, la Parole et le témoignage de la réalité de l’Église. Si une de ces formes de présence venait à manquer, la catéchèse perdrait une partie de sa richesse et de sa signification.
b) Il s’agit d’autre part d’un service ecclésial indispensable pour la croissance de l’Église. Ce n’est pas une action susceptible d’être accomplie dans la communauté à titre privé, ou en vertu d’une initiative purement personnelle. On agit au nom de l’Église, en vertu de la mission confiée par elle.
c) Dans l’ensemble des ministères et services d’Église, le ministère catéchétique a son caractère propre, qui lui vient de la spécificité de l’action catéchétique dans le processus d’évangélisation. Le rôle du catéchiste, en tant qu’éducateur de la foi, diffère de celui des autres agents de la pastorale (liturgique, caritative, sociale.), même s’il devra évidemment agir en lien avec eux.
d) Pour être fructueux, le ministère de la catéchèse dans le diocèse doit pouvoir compter sur d’autres agents, pas nécessairement des catéchistes, qui soutiennent l’activité de la catéchèse en accomplissant des tâches indispensables comme : la formation des catéchistes, l’élaboration du matériel, la réflexion, l’organisation et la planification. Ces agents, avec les catéchistes, sont au service d’un unique ministère diocésain de la catéchèse, même si tous n’exercent pas les mêmes rôles ni au même titre.
Les agents " servent " dans ce ministère et agissent " au nom de l’Église ". Cette " ecclésialité " de la catéchèse a de grandes implications théologiques, spirituelles et pastorales.
La communauté chrétienne et la responsabilité de la catéchèse
220 La catéchèse est une responsabilité qui relève de toute la communauté chrétienne. L’initiation chrétienne en effet " doit être l’œuvre non pas des seuls catéchistes ou des seuls prêtres mais celle de toute la communauté des fidèles ".
[143] De même, l’éducation permanente de la foi relève de toute la communauté. Par conséquent, la catéchèse est une activité éducative que chaque membre de la communauté exerce au titre de sa responsabilité particulière dans un contexte ou milieu communautaire riche de relations qui aideront les catéchumènes et les catéchisés à s’insérer dans la communauté et à participer activement à sa vie.
La communauté chrétienne suit le développement des processus catéchétiques, que ce soit avec les enfants, avec les jeunes ou avec les adultes, comme quelque chose qui l’implique et l’engage directement.
[144] C’est encore la communauté chrétienne qui, au terme du processus catéchétique, accueille les catéchisés dans un milieu fraternel " où ils pourront vivre le plus pleinement possible ce qu’ils ont appris ".
[145]
221 Si la communauté chrétienne apporte beaucoup au groupe des catéchisés, elle reçoit également beaucoup en retour. Les nouveaux convertis, surtout les jeunes et les adultes, par leur adhésion à Jésus-Christ, apportent à la communauté qui les accueille une nouvelle richesse humaine et religieuse. Ainsi la communauté grandit et se développe, car la catéchèse conduit non seulement à la maturité de la foi des catéchisés, mais à celle de la communauté en tant que telle.
Même si toute la communauté chrétienne est responsable de la catéchèse et si tous ses membres doivent témoigner la foi, seuls quelques uns reçoivent le mandat ecclésial pour être catéchistes. Accompagnant la mission originelle des parents à l’égard de leurs enfants, l’Église confie officiellement à certains membres du Peuple de Dieu, spécifiquement appelés, la mission délicate de transmettre de façon organique la foi au sein de la communauté.
[146]
L’évêque, premier responsable de la catéchèse dans l’Église particulière
222 Le Concile Vatican II souligne la grande importance de l’annonce et de la transmission de l’Évangile dans le ministère épiscopal : " Parmi les charges principales des évêques, la prédication de l’Évangile est la première ".
[147] Dans l’accomplissement de cette tâche, les évêques sont, avant tout, les " hérauts de la foi "
[148] qui cherchent à gagner au Christ de nouveaux disciples et ils sont, en même temps les " docteurs authentiques "
[149] qui transmettent au peuple qui leur est confié la foi à professer et à vivre. Dans le ministère prophétique des évêques, l’annonce missionnaire et la catéchèse sont deux aspects étroitement unis. Pour exercer cette fonction, les évêques reçoivent " un charisme certain de vérité ".
[150]
Les évêques sont " les tout premiers responsables de la catéchèse, les catéchistes par excellence ".
[151] On sait le rôle éminent, dans l’histoire de l’Église, de grands et saints évêques dont les initiatives et les écrits ont marqué la période la plus florissante de l’institution du catéchuménat. Ils concevaient la catéchèse comme l’une des tâches fondamentales de leur ministère.
[152]
223 Ce souci de l’activité catéchétique conduira l’évêque à assumer " la haute direction de la catéchèse "
[153] dans l’Église particulière, ce qui mène notamment à :
- Garantir que dans son Église la
priorité effective est donnée à une catéchèse active et efficace, " en mettant en œuvre les personnes, les moyens et aussi les ressources nécessaires ".
[154]
- Avoir le souci de promouvoir la catéchèse en
intervenant directement dans la transmission de l’Évangile aux fidèles ; veiller en même temps sur l’authenticité de la profession de la foi et sur la qualité des textes et des instruments qui doivent être utilisés.
[155]
- " Susciter et maintenir une véritable
passion de la catéchèse ; une passion qui s’incarne dans une organisation adaptée et efficace ",
[156] profondément convaincu de l’importance que revêt la catéchèse dans la vie chrétienne d’un diocèse.
- Travailler à ce que "
les catéchistes soient préparés convenablement à leur charge ; qu’ils connaissent en profondeur la doctrine de l’Église et qu’ils apprennent dans la théorie et la pratique les lois de la psychologie et les matières pédagogiques ".
[157]
- Établir dans le diocèse un projet global de catéchèse, articulé et cohérent, qui réponde aux vrais besoins des fidèles et soit convenablement situé dans les plans pastoraux diocésains. Ce projet peut être coordonné, dans sa mise en œuvre, avec les plans de la conférence des évêques.
Les prêtres, pasteurs et éducateurs de la communauté chrétienne
224 La fonction propre du prêtre dans la catéchèse découle du sacrement de l’Ordre qu’il a reçu. Par le sacrement de l’Ordre les prêtres, en vertu de l’onction du Saint-Esprit, sont configurés au Christ-prêtre, comme ministres de la Tête, pour construire et édifier tout son Corps qui est l’Église, en tant que coopérateurs de l’Ordre épiscopal.
[158] De par cette configuration ontologique au Christ, le ministère des prêtres est un service qui modèle la communauté, qui coordonne et renforce les autres services et charismes. En ce qui concerne la catéchèse, les prêtres, en vertu du sacrement de l’Ordre, sont des " éducateurs dans la foi ".
[159] Ils œuvrent donc pour que les fidèles de la communauté soient formés convenablement et atteignent la maturité chrétienne.
[160] Par ailleurs, conscients que leur " sacerdoce ministériel "
[161] est au service du " sacerdoce commun des fidèles ",
[162] les prêtres stimulent la vocation et le travail des catéchistes en les aidant à accomplir une fonction qui vient du Baptême et qui est exercée en vertu d’une mission que l’Église leur confie. Les prêtres mettent en œuvre ainsi la recommandation du Concile Vatican II qui leur demande " de reconnaître et de faire progresser la dignité des laïcs et leur rôle propre dans la mission de l’Église ".
[163]
Telles sont les tâches propres du prêtre, et plus particulièrement du curé,
[164] dans la catéchèse :
- susciter dans la communauté chrétienne le sens de la responsabilité commune à l’égard de la catéchèse - une tâche qui engage tous les fidèles - ainsi que reconnaître et apprécier les catéchistes et leur mission ;
- soigner
l’organisation fondamentale de la catéchèse et sa programmation adéquate en y faisant participer activement les catéchistes eux-mêmes et en veillant à ce que la catéchèse soit " bien structurée et bien orientée " ;
[165]
- susciter et discerner des vocations au service de la catéchèse et, en tant que catéchiste des catéchistes, veiller à leur formation en consacrant à cette tâche le plus grand soin ;
- intégrer l’activité catéchétique dans le projet d’évangélisation de la communauté et soigner en particulier le lien entre catéchèse, sacrements et liturgie ;
- assurer que la catéchèse de sa communauté soit liée aux plans pastoraux diocésains, en aidant les catéchistes à collaborer activement à un projet diocésain commun.
L’expérience témoigne que la qualité de la catéchèse d’une communauté dépend, en très grande partie, de la présence et de l’action du prêtre.
Les parents, premiers éducateurs de la foi de leurs enfants
[166]
226 Le témoignage de vie chrétienne donné par les parents au sein de la famille arrive aux enfants enrobé l’entourage de la tendresse et du respect maternels et paternels. Ainsi, les enfants perçoivent et vivent joyeusement la proximité de Dieu et de Jésus manifestée par les parents ; cette première expérience chrétienne les marque souvent pour toute la vie. L’éveil religieux dans l’enfance, au sein de la famille, a un caractère " irremplaçable ".
[167]
Cette première initiation se consolide quand, à l’occasion de certains événements familiaux ou de fêtes, " on prend soin d’expliciter en famille le contenu chrétien ou religieux de ces événements ".
[168] Et cette initiation s’approfondit si les parents commentent et aident à intérioriser la catéchèse plus méthodique que leurs enfants reçoivent dans la communauté chrétienne en grandissant. En effet, " la catéchèse familiale précède, accompagne, enrichit toute autre forme de catéchèse ".
[169]
227 Les parents reçoivent dans le sacrement de Mariage la grâce et la responsabilité de l’éducation chrétienne de leurs enfants,
[170] devant lesquels ils portent témoignage tout en leur transmettent les valeurs humaines et religieuses. Cette activité éducative, à la fois humaine et religieuse, est un " véritable ministère ",
[171] par lequel l’Évangile est transmis et rayonne à tel point que la vie familiale devient un itinéraire de foi et une école de vie chrétienne. Au fur et à mesure que les enfants grandissent, l’échange devient réciproque et " dans un tel dialogue catéchétique chacun reçoit et donne ".
[172]
C’est pourquoi la communauté chrétienne portera une attention très spéciale aux parents. Par des contacts personnels, des rencontres, des cours et aussi par une catéchèse des adultes destinée aux parents, ceux-ci seront aidés dans l’accomplissement d’une tâche, aujourd’hui particulièrement délicate : l’éducation de leur enfants à la foi. Cela est notamment urgent dans les endroits où la législation civile ne permet pas ou rend difficile une libre éducation dans la foi.
[173] Dans ces cas, " l’Église domestique "
[174] reste l’unique milieu où enfants et jeunes peuvent recevoir une authentique catéchèse.
Les religieux dans la catéchèse
228 L’Église convoque pour l’activité catéchétique particulièrement les personnes consacrées et souhaite " que les communautés religieuses consacrent le maximum de leurs capacités et de leurs possibilités à l’œuvre spécifique de la catéchèse ".
[175]
La contribution particulière à la catéchèse qu’apportent les religieux, les religieuses et les membres des Sociétés de vie apostolique vient de leur condition spécifique. La profession des conseils évangéliques qui caractérise la vie religieuse est un don pour toute la communauté chrétienne. Dans l’activité catéchétique diocésaine, leur contribution originale ne pourra être remplacée ni par celle des prêtres ni par celle des laïcs. Cet apport original vient du témoignage public de leur consécration qui en fait des signes vivants de la réalité du Royaume : " C’est la profession de ces conseils, dans un état de vie stable reconnu par l’Église, qui caractérise la vie consacrée à Dieu ".
[176] Même si chaque chrétien est appelé à vivre les valeurs évangéliques, les personnes consacrées " incarnent l’Église désireuse de se livrer au radicalisme des béatitudes ".
[177] Le témoignage des religieux, uni au témoignage des laïcs, montre l’unique visage de l’Église qui est le signe du Royaume de Dieu.
[178]
229 " Bien des familles religieuses, masculines et féminines, sont nées pour l’éducation chrétienne des enfants et des jeunes, surtout des plus abandonnés ".
[179] Fidèles au charisme de leurs fondateurs, de nombreux religieux et religieuses collaborent aujourd’hui à la catéchèse diocésaine des adultes. Au cours de l’histoire, " les religieux et les religieuses se sont trouvés très engagés dans l’activité catéchétique de l’Église ".
[180]
Lorsqu’ils se consacrent à la catéchèse, les religieux ne mettent pas de côté leurs charismes de fondation.
[181] Sans rien ôter au caractère spécifique de la catéchèse, les charismes des diverses communautés religieuses impriment à cette tâche leurs propres connotations, souvent d’une grande profondeur religieuse, sociale et pédagogique. L’histoire de la catéchèse manifeste la vitalité que ces charismes ont apportée à l’activité éducative de l’Église.
Les catéchistes laïcs
230 L’activité catéchétique des laïcs tient son caractère particulier de leur condition dans l’Église : " le caractère séculier est propre et particulier aux laïcs ".
[182] Les laïcs exercent la catéchèse à partir de leur insertion dans le monde, en partageant toutes les formes d’engagement avec les autres hommes et femmes, et en apportant à la transmission de l’Évangile une sensibilité et des marques spécifiques : " cette évangélisation acquiert une certaine note spécifique et une particulière efficacité du fait qu’elle s’accomplit dans les conditions communes du siècle ".
[183]
En effet, en partageant le mode de vie de ceux qu’ils catéchisent, les catéchistes laïcs ont une sensibilité spéciale pour incarner l’Évangile dans la vie concrète des hommes. Les catéchumènes et les catéchisés peuvent trouver en eux un modèle chrétien, dans lequel projeter leur avenir de croyants.
231 La vocation du laïc à la catéchèse découle du sacrement de Baptême et est renforcée par la Confirmation, ces sacrements par lesquels il participe à " l’office sacerdotal, prophétique et royal du Christ ".
[184] En plus de la vocation commune à l’apostolat, certains laïcs se sentent appelés intérieurement par Dieu à assumer la charge de catéchistes. L’Église suscite et discerne cette vocation divine et confère la mission de catéchiser. Le Seigneur Jésus invite ainsi des hommes et des femmes, d’une manière spéciale, à Le suivre, Lui le Maître et formateur des disciples. Cet appel personnel de Jésus-Christ et le rapport avec Lui sont le vrai moteur de l’action du catéchiste. " De cette connaissance amoureuse du Christ jaillit le désir de L’annoncer, d’évangéliser et de conduire d’autres au ‘oui’ de la foi en Jésus-Christ ".
[185]
Se sentir appelé à être catéchiste et recevoir de l’Église la mission de le faire peut comporter divers degrés de dévouement, selon les caractéristiques de chacun. Parfois le catéchiste collabore au service de la catéchèse pour un temps limité ou même parfois de manière occasionnelle ; son service et sa collaboration n’en restent pas moins précieuses. Cependant, étant donné l’importance du ministère de la catéchèse, il est souhaitable que, dans le diocèse, un certain nombre de religieux et de laïcs se consacrent de manière stable et avec générosité à la catéchèse ; reconnus officiellement, en communion avec les prêtres et l’évêque, ils contribuent à donner à ce service diocésain la configuration ecclésiale qui lui est propre.
[186]
Divers types de catéchistes particulièrement nécessaires aujourd’hui
232 La catéchèse devant répondre à des besoins divers, le type ou la figure du catéchiste dans l’Église présente diverses modalités.
- "
Les catéchistes en terre de mission "
[187] portent par excellence le titre de catéchistes. " Des Églises aujourd’hui florissantes ne se seraient pas édifiées sans eux ".
[188] Certains ont " la tâche spécifique de la catéchèse " ;
[189] et d’autres " collaborent aux diverses formes d’apostolat ".
[190]
- Certaines Églises de vieille chrétienté, avec grand manque de clergé, requièrent un type de catéchiste analogue, d’une certaine façon, à celui des terres de mission, car il s’agit de faire face à des besoins urgents : l’animation communautaire de
petites populations rurales qui manquent de la présence assidue du prêtre ; la convenance d’une présence et d’une pénétration missionnaire " dans les quartiers populaires de
grandes métropoles ".
[191]
- Dans les pays de tradition chrétienne qui réclament une " nouvelle évangélisation ",
[192] la figure du
catéchiste des jeunes et celle du
catéchiste des adultes deviennent indispensables pour animer les processus de catéchèses d’initiation. Ils doivent se consacrer aussi à la catéchèse permanente. Dans ces tâches, le rôle du prêtre sera également fondamental.
- La figure du
catéchiste des petits enfants, des enfants et des adolescents reste à la base. Il a la mission délicate de donner " les premières notions de catéchisme et de préparer au sacrement de la réconciliation, à la première communion et à la confirmation ".
[193] Cette tâche est encore plus urgente aujourd’hui quand les petits enfants et les adolescents " ne reçoivent pas dans leur foyer une formation religieuse convenable ".
[194]
- Un type de catéchiste dont il faut assurer la formation est
le catéchiste pour les rencontres de préparation aux sacrements ; [195] il est destiné au monde des adultes, et plus particulièrement lors du baptême, de la première communion de leurs enfants, ou à l’occasion de leur mariage sacramentel. Cette tâche a son originalité, en elle convergent les dimensions de l’accueil et de la première annonce, avec l’occasion de se faire compagnon de route dans la recherche de la foi.
- D’autres types de catéchistes sont demandés avec urgence pour des catégories à la sensibilité particulière :
les personnes du troisième âge,
[196] qui ont besoin d’une présentation de l’Évangile adaptée à leurs conditions ;
les inadaptés et les handicapés qui ont besoin d’une pédagogie catéchétique spéciale,
[197] en plus d’être intégrés pleinement à la communauté ;
les migrants et les personnes marginalisées par l’évolution moderne.
[198]
- D’autres types de catéchistes peuvent être conseillés. Chaque Église particulière découvrira, après avoir examiné sa situation culturelle et religieuse, ses propres nécessités et envisagera, avec réalisme, les types de catéchistes dont elle a besoin. Sa tâche fondamentale sera d’orienter et organiser la formation des catéchistes.
CHAPITRE II : La formation pour le service de la catéchèse
La pastorale des catéchistes dans l’Église particulière
233 Pour le bon fonctionnement du ministère catéchétique dans l’Église particulière, il est très important de pouvoir compter sur une pastorale des catéchistes adaptée. Dans cette pastorale il faut tenir compte de divers aspects. Il faut essayer notamment de :
- Susciter dans les paroisses et dans les communautés chrétiennes des
vocations à la catéchèse. Actuellement, alors que les besoins de la catéchèse sont de plus en plus différenciés, il faut promouvoir divers types de catéchistes. " Des catéchistes spécialisés sont nécessaires ".
[199] À ce sujet il faudra déterminer des critères de choix.
- Assurer un certain nombre de
catéchistes à plein temps, qui se consacrent de manière plus intense et plus stable à la catéchèse,
[200] en sus du soutien aux
catéchistes à temps partiel, qui généralement seront les plus nombreux.
- Établir une répartition plus équilibrée des catéchistes parmi les secteurs de destinataires. La prise de conscience de la nécessité d’une catéchèse des jeunes et des adultes, par exemple, conduira à l’établissement d’un plus grand équilibre par rapport au nombre des catéchistes qui se consacrent à l’enfance et à l’adolescence.
- Promouvoir des
animateurs responsables de l’action catéchétique qui assument des responsabilités au niveau du diocèse, du doyenné et de la paroisse.
[201]
- Organiser convenablement la formation des catéchistes, aussi bien la formation de base que la formation permanente.
- Soigner l’attention personnelle et spirituelle aux catéchistes et au groupe des catéchistes en tant que tel. Cette tâche est principalement du ressort des prêtres, dans les communautés chrétiennes respectives.
- Coordonner les catéchistes avec les autres artisans de la pastorale dans les communautés chrétiennes, en vue d’exercer une activité d’évangélisation cohérente et pour que le groupe des catéchistes ne reste pas isolé et en marge de la vie de la communauté.
Importance de la formation des catéchistes
234 Toutes ces tâches sont dictées par la conviction que toute activité pastorale qui ne bénéficie pas du concours de personnes vraiment formées et préparées, compromet sa qualité. Les instruments de travail eux-mêmes ne seraient d’aucun secours s’ils n’étaient utilisés par des catéchistes bien formés. C’est pourquoi,
la formation appropriée des catéchistes ne saurait être négligée au profit du renouvellement des textes ou d’une meilleure organisation de la catéchèse.
[202]
Aussi la pastorale diocésaine de la catéchèse accordera la priorité absolue à la formation des catéchistes laïcs. En même temps - comme élément réellement décisif -, il faudra veiller à la formation catéchétique des prêtres, aussi bien dans les plans d’étude de la formation au séminaire que lors de la formation permanente. On demande aux évêques de veiller à ce que cette formation soit scrupuleusement assurée.
Le but et la nature de la formation des catéchistes
235 La formation vise à habiliter les catéchistes à transmettre l’Évangile à ceux qui souhaitent se confier à Jésus-Christ. La finalité de la formation exige donc que le catéchiste soit le plus possible rendu capable de réaliser un acte de communication : " le but essentiel de la formation catéchétique est d’habiliter à la communication du message chrétien ".
[203]
La finalité christocentrique de la catéchèse, qui tend à favoriser la communion du converti avec Jésus-Christ, marque profondément toute la formation des catéchistes.
[204] Celle-ci ne vise en effet qu’à conduire le catéchiste à animer efficacement un itinéraire catéchétique dans lequel, en passant par les étapes nécessaires, il annonce Jésus-Christ, il en fait connaître la vie en la situant dans toute l’histoire du Salut ; il explique le mystère du Fils de Dieu qui s’est fait homme pour notre salut ; il aide enfin le catéchumène ou le catéchisé à s’identifier à Jésus-Christ par les sacrements de l’initiation.
[205] Dans la catéchèse permanente, le catéchiste ne fait qu’approfondir ces aspects fondamentaux.
Cette perspective christologique influence directement l’identité du catéchiste et sa préparation.
" L’unité et l’harmonie du catéchiste doivent être considérées dans une vision christocentrique et construites dans une familiarité profonde avec le Christ et avec le Père, dans l’Esprit ".
[206]
236 La formation qui vise à rendre le catéchiste apte à transmettre l’Évangile au nom de l’Église a, par là-même, une nature ecclésiale. La formation des catéchistes n’est autre qu’une aide pour qu’ils aient de l’Évangile la même conscience vivante et actuelle qu’en a l’Église, s’habilitant ainsi à le transmettre en son nom.
Plus concrètement, dans sa formation, le catéchiste entre en communion avec le désir de l’Église qui, comme épouse, " conserve intègre et pure la foi donnée à son Époux "
[207] et, comme " mère et maîtresse ", veut transmettre l’Évangile dans toute son authenticité, en l’adaptant à toutes les cultures, âges et situations. Cette
nature ecclésiale de la transmission de l’Évangile imprègne toute la formation des catéchistes.
Critères de la formation des catéchistes
237 Pour concevoir convenablement la formation des catéchistes, il faut tenir compte au préalable de certains critères qui inspireront cette formation avec différents accents.
- Il s’agit tout d’abord de former des catéchistes pour répondre aux
besoins d’évangélisation du temps actuel, avec ses valeurs, ses défis et ses ombres. Pour cette tâche, il faut des catéchistes qui aient une foi profonde,
[208] une claire identité chrétienne et ecclésiale
[209] et une grande sensibilité sociale.
[210] Tout projet de formation doit tenir compte de ces aspects.
- Dans la formation, il faudra aussi tenir compte du
concept de catéchèse que défend l’Église aujourd’hui. Il s’agit de former des catéchistes pour qu’ils soient en mesure de donner non seulement un enseignement mais également une formation chrétienne intégrale, par la promotion de " tâches d’initiation, d’éducation et d’enseignement ".
[211] Autrement dit, des catéchistes qui soient, à la fois, des maîtres, des éducateurs et des témoins.
-
Le moment catéchétique que vit l’Église est une invitation à préparer des catéchistes capables de dépasser les " tendances unilatérales divergentes "
[212] et d’offrir une catéchèse pleine et complète, des catéchistes qui sachent conjuguer la dimension de vérité et celle porteuse de sens de la foi, l’orthodoxie et l’orthopraxie, le sens ecclésial et le sens social. Leur formation devra contribuer à ce que les éléments de ces couples, qui peuvent subir des tensions, se fécondent mutuellement.
- La formation des catéchistes laïcs ne peut ignorer le
caractère propre du laïc dans l’Église et ne doit pas être conçue comme une pure synthèse de la formation reçue par les religieux ou les prêtres. Au contraire, il faudra se rappeler que " leur formation apostolique reçoit une note spéciale du caractère séculier propre au laïcat, ainsi que de leur forme de vie spirituelle " (
AA 29) .
- Enfin, la pédagogie adoptée dans cette formation a une importance fondamentale. Comme critère général, il faut souligner la nécessité d’une cohérence entre la pédagogie globale de la formation des catéchistes et la pédagogie propre à un processus catéchétique. Dans son activité, le catéchiste aurait beaucoup de mal à improviser un style et une sensibilité auxquels il n’aurait pas été initié pendant sa formation.
Les dimensions de la formation : l’être, le savoir et le savoir-faire
238 La formation des catéchistes revêt plusieurs dimensions. La plus profonde a trait à l’
être du catéchiste, à sa dimension humaine et chrétienne. La formation doit en effet l’aider à mûrir, avant tout, comme personne, comme croyant et comme apôtre. Puis, il y a ce que le catéchiste doit
savoir pour bien accomplir sa tâche. Cette dimension marquée par la double fidélité au message et à la personne humaine, exige que le catéchiste connaisse bien à la fois le message qu’il transmet et celui qui le reçoit ainsi que le contexte social dans lequel il vit. Enfin, il y a la dimension du
savoir faire, puisque la catéchèse est un acte de communication. La formation tend à faire du catéchiste un " éducateur de l’homme et de la vie de l’homme ".
[213]
Maturité humaine, chrétienne et apostolique des catéchistes
239 À partir d’une
maturité humaine initiale,
[214] l’exercice de la catéchèse, sans cesse revu et évalué, permettra au catéchiste de croître dans l’équilibre affectif, le sens critique, l’unité intérieure, la capacité de relations et de dialogue, l’esprit constructif et le travail d’équipe.
[215] Il cherchera avant tout à développer ces qualités par respect et amour envers les catéchumènes et les catéchisés : " Quelle est cette affection ? Bien plus que celle d’un pédagogue, elle est celle d’un père ; et plus encore : celle d’une mère. C’est cette affection que le Seigneur attend de chaque prédicateur de l’Évangile, de chaque bâtisseur de l’Église ".
[216]
La formation veillera en même temps à ce que l’exercice de la catéchèse alimente la foi du catéchiste en le faisant grandir comme croyant. Aussi la vraie formation alimentera surtout la
spiritualité du catéchiste,
[217] afin que son activité naisse vraiment de son témoignage de vie. Chacun des thèmes catéchétiques qu’il dispense doit nourrir en premier lieu la foi du catéchiste. On catéchise les autres en se catéchisant d’abord soi-même.
Pour finir, la formation alimentera constamment la conscience apostolique du catéchiste, son sens de l’évangélisation. Ainsi devra-t-il connaître et vivre le projet concret d’évangélisation de son Église diocésaine et celui de sa paroisse, pour se mettre au diapason de la conscience que l’Église particulière a de sa propre mission. La meilleure manière d’alimenter cette lucidité apostolique est de s’identifier avec la personne de Jésus-Christ, maître et formateur de ses disciples, en cherchant à faire sien le zèle qu’il a manifesté pour le Royaume. Grâce à l’exercice de la catéchèse, la vocation apostolique du catéchiste - soutenue par une formation permanente - mûrira peu à peu.
La formation biblique et théologique du catéchiste
240 Le catéchiste doit non seulement être un témoin, mais aussi un maître qui enseigne la foi. Une formation biblique et théologique lui permettra d’avoir une connaissance organique du message chrétien, articulé autour du mystère central de la foi, Jésus-Christ.
La formation doctrinale doit contenir toutes les parties d’un projet organique de catéchèse :
- les trois grandes étapes de l’histoire du salut : l’Ancien Testament, la vie de Jésus-Christ et l’histoire de l’Église ;
- les grands noyaux du message chrétien : symbole, liturgie, vie morale et prière.
À son niveau d’enseignement théologique, le contenu de la formation doctrinale d’un catéchiste est le même que celui que la catéchèse doit transmettre. Quant à l’Écriture Sainte, elle devra être " comme l’âme de cette formation ".
[218] Le Catéchisme de l’Église catholique sera la référence doctrinale fondamentale, en même temps que le catéchisme de l’Église particulière ou locale.
Cette formation biblique et théologique doit avoir certaines qualités :
a) Tout d’abord, elle doit avoir le caractère synthétique du message à transmettre, où les divers éléments de la foi chrétienne apparaissent, bien structurés et en harmonie entre eux, dans une vision organique qui respecte la " hiérarchie des vérités ".
b) Cette synthèse de foi sera telle qu’elle aidera le catéchiste à mûrir dans sa foi, et en même temps, l’habilitera à rendre raison de l’espérance au temps de la mission. " La formation doctrinale des fidèles se révèle de nos jours de plus en plus urgente, du fait non seulement du dynamisme naturel d’approfondissement de la foi, mais aussi de la nécessité de rendre raison de l’espérance qui est en eux en face du monde et de ses problèmes graves et complexes ".
[219]
c) Cette formation théologique sera très proche de l’expérience humaine, capable de faire le lien entre les différents aspects du message chrétien et la vie concrète des hommes et des femmes, " pour l’inspirer ou pour la critiquer, à la lumière de l’Évangile ".
[220] Tout en restant un enseignement théologique, elle doit adopter, en quelque sorte, un style catéchétique.
d) Enfin, cette formation sera telle que le catéchiste " pourra non seulement transmettre exactement le message évangélique, mais encore rendre les catéchisés capables de recevoir ce message de manière active ; il pourra également discerner dans l’itinéraire spirituel des catéchisés ce qui est en accord avec la foi ".
[221]
Les sciences humaines dans la formation du catéchiste
242 Le catéchiste apprend à connaître l’homme et la réalité dans laquelle il vit en utilisant aussi les sciences humaines, qui de nos jours ont rejoint un point extraordinaire de développement. " Que dans la pastorale, on ait une connaissance suffisante non seulement des principes de la théologie, mais aussi des découvertes scientifiques profanes, notamment de la psychologie et de la sociologie, et qu’on en fasse usage : de la sorte, les fidèles, à leur tour, seront amenés à une plus grande pureté et maturité dans leur vie de foi ".
[222]
Il est nécessaire que le catéchiste soit mis au contact d’au moins quelques notions fondamentales de psychologie : les dynamismes psychologiques de l’homme ; la structure de sa personnalité ; les besoins et les attentes les plus profondes du cœur humain ; la psychologie évolutive et les étapes du cycle de vie de l’homme ; la psychologie religieuse et les expériences qui ouvrent l’homme au mystère du sacré.
Les sciences sociales permettent de connaître le contexte socio-culturel dans lequel l’homme vit, et qui l’influence puissamment. C’est pourquoi, dans la formation du catéchiste " on analysera les conditions sociologiques, culturelles et économiques, puisque ces données de la vie collective peuvent avoir une grande influence sur le développement de l’évangélisation ".
[223]
En même temps que ces sciences, explicitement recommandées par le Concile Vatican II, d’autres doivent faire partie, d’une manière ou d’une autre, de la formation des catéchistes, notamment les sciences de l’éducation et de la communication.
Quelques critères pour l’usage des sciences humaines dans la formation des catéchistes
a) Le respect de l’autonomie des sciences : " l’Église affirme
l’autonomie légitime de la culture et particulièrement celle des sciences ". [224]
b) Le discernement évangélique des différentes tendances ou écoles psychologiques, sociologiques et pédagogiques : leurs valeurs et leurs limites.
c) L’étude des sciences humaines n’est pas une fin en soi dans la formation du catéchiste. On prend conscience de la situation existentielle, psychologique, culturelle et sociale de l’homme en regardant vers la foi à laquelle on doit l’éduquer.
[225]
d) La théologie et les sciences humaines, dans la formation des catéchistes, doivent se féconder réciproquement. Il faut donc éviter que ces sciences deviennent la seule norme pour la pédagogie de la foi, sans tenir compte des critères théologiques qui dérivent de la pédagogie même de Dieu. Il s’agit de disciplines fondamentales, nécessaires, mais toujours au service d’une activité évangélisatrice qui n’est pas seulement humaine.
[226]
La formation pédagogique
244 En même temps que l’être et le savoir, la formation du catéchiste doit comprendre aussi le
savoir faire. Le catéchiste est un éducateur qui facilite la maturation de la foi que le catéchumène ou le catéchisé réalisent avec l’aide de l’Esprit Saint.
[227]
La première chose dont il faut tenir compte dans ce secteur décisif de la formation, est le respect de la pédagogie originale de la foi. Le catéchiste se prépare en effet à faciliter la croissance d’une expérience de foi dont il n’est pas le dépositaire. C’est Dieu qui l’a déposée au cœur de l’homme et de la femme. La tâche du catéchiste se borne à cultiver ce don, à l’offrir, à l’alimenter et à l’aider à croître.
[228]
La formation cherchera à développer chez le catéchiste la capacité éducative qui comprend : une faculté d’attention aux personnes, l’habileté pour interpréter et répondre à la demande d’éducation, l’esprit d’initiative pour mettre en route des processus d’apprentissage, et l’art de conduire un groupe humain vers la maturité. Comme pour tous les arts, le plus important est que le catéchiste acquiert son propre style de catéchiser, en adaptant à sa personnalité les principes généraux de la pédagogie catéchétique.
[229]
Plus concrètement, le catéchiste, et tout particulièrement celui qui se consacre à la catéchèse à plein temps, sera habilité à programmer, au sein du groupe de catéchistes, l’activité éducative, en tenant compte des circonstances, en élaborant un plan réaliste, et après l’avoir réalisé, en en faisant une évaluation critique.
[230] Le catéchiste doit être capable d’animer un groupe en faisant usage avec discernement des techniques de l’animation de groupe qu’offre la psychologie.
Cette capacité éducative et ce
savoir faire, avec les connaissances, les attitudes et les techniques qu’ils comportent, " peuvent être mieux assimilées si elles sont données en cours de travail, par exemple au cours de sessions où l’on prépare et critique des leçons de catéchèse ".
[231]
L’idéal serait que les catéchistes soient les artisans de leur apprentissage, c’est-à-dire que leur formation soit créative et pas seulement l’assimilation de règles extérieures. C’est pourquoi la formation doit être très proche de la pratique : il faut partir de la pratique pour arriver à la formation.
[232]
La formation des catéchistes au sein des communautés chrétiennes
246 Parmi les lieux de formation du catéchiste, le premier est sa propre communauté chrétienne. C’est en elle que le catéchiste fait l’expérience de sa vocation et développe sans cesse son sens apostolique. Pour assurer sa maturation progressive de croyant et de témoin, la figure du prêtre a un rôle fondamental.
[233]
247 Une communauté chrétienne peut réaliser plusieurs types d’actions formatrices envers ses catéchistes :
a) L’une d’elles consiste à alimenter sans cesse la vocation ecclésiale des catéchistes, en maintenant vive leur conscience d’avoir été envoyés par leur propre Église.
b) Il est non moins important de procurer la maturation de la foi de ses catéchistes à travers la voie ordinaire, celle par laquelle la communauté chrétienne éduque dans la foi ses agents pastoraux et les laïcs les plus engagés.
[234]
Lorsque la foi des catéchistes n’a pas encore atteint sa maturité, leur participation à un cheminement de type catéchuménal pour jeunes et adultes est à conseiller. Il peut s’agir du cheminement ordinaire de leur communauté ou d’un autre créé spécialement pour eux.
c) La préparation immédiate à la catéchèse, effectuée avec le groupe de catéchistes, est un excellent moyen de formation, surtout s’il est accompagné d’une évaluation de toutes les expériences faites lors des sessions de catéchèse.
d) Dans le cadre de la communauté, il peut y avoir d’autres activités de formation : cours de sensibilisation à la catéchèse, par exemple au début de l’année pastorale ; retraites et rencontres lors des temps forts de l’année liturgique ;
[235] cours monographiques sur des thèmes plus nécessaires et plus urgents ; une formation doctrinale plus systématique, par exemple, l’étude du Catéchisme de l’Église catholique.
Il s’agit d’activités de formation permanente qui, avec le travail personnel du catéchiste, semblent très adaptées.
[236]
Écoles pour catéchistes et Centres supérieurs pour les experts en catéchèse
248 La fréquentation d’une
École pour catéchistes [237] est une
étape importante dans la formation d’un catéchiste. En divers endroits, ces
Écoles sont organisées à deux niveaux : pour les " catéchistes ordinaires "
[238] et pour les " responsables de la catéchèse ".
École pour catéchistes ordinaires
249 Ces écoles visent une formation catéchétique de base, organique et systématique. On mettra en évidence, pendant une période suffisamment prolongée, les dimensions plus spécifiquement catéchétiques de la formation : le message chrétien, la connaissance de l’homme et du contexte socio-culturel et la pédagogie de la foi.
Les avantages de cette formation sont considérables et concernent :
- son aspect systématique, du moment qu’il s’agit d’une formation moins centrée sur l’activité immédiate ;
- sa qualité, garantie par des formateurs spécialisés ;
- l’intégration de catéchistes d’autres communautés, qui renforce la communion ecclésiale.
Écoles pour responsables
250 Afin de favoriser la formation des responsables de la catéchèse dans les paroisses ou les doyennés, ou encore pour les catéchistes qui se consacreront à la catéchèse de manière plus stable et pleine,
[239] il est utile de promouvoir, au niveau diocésain ou interdiocésain, des écoles pour responsables.
Naturellement, ces écoles seront d’un niveau plus exigeant. À côté d’un programme de base commun, elles fourniront les spécialisations catéchétiques que le diocèse jugera plus nécessaires pour ses conditions particulières.
Pour économiser les moyens et les ressources, il peut être opportun que ces écoles soient destinées davantage aux responsables des diverses activités pastorales et deviennent des centres de formation des agents de la pastorale. À partir d’une formation de base commune (doctrinale et anthropologique), les spécialisations s’organiseront autour des exigences des diverses activités pastorales ou apostoliques qui seront confiées à ces agents.
Centres supérieurs pour experts en catéchèse
251 Une formation catéchétique supérieure à laquelle peuvent accéder aussi des prêtres, des religieux et des laïcs, est d’une importance vitale pour la catéchèse. C’est pourquoi on renouvelle le vœu " d’entretenir ou de fonder des instituts supérieurs de pastorale catéchétique, dans le but de préparer des catéchistes capables d’animer la catéchèse dans le cadre diocésain ou au sein des activités auxquelles sont vouées les Congrégations religieuses. Ces instituts supérieurs pourront être nationaux ou même internationaux. Pour les études, ils doivent prendre modèle sur les universités, en ce qui concerne le cycle des études, le temps consacré aux cours et les conditions d’admission ".
[240]
En plus de la formation de ceux qui devront assumer des fonctions de responsabilité dans la catéchèse, ces instituts prépareront les professeurs de catéchétique pour les Séminaires, les Maisons de formation ou les Écoles pour catéchistes. Ces Instituts se consacreront également à la promotion de la recherche catéchétique.
252 Ce niveau de formation est très indiqué en vue d’une collaboration fructueuse entre les Églises : " c’est ici également que l’aide matérielle offerte par les Églises plus aisées à leurs sœurs plus pauvres pourra manifester sa plus grande efficacité : qu’est-ce qu’une Église peut apporter de meilleur à l’autre sinon de l’aider à croître par elle-même comme Église ? ".
[241] Il est évident que cette collaboration doit être fondée sur le respect des conditions particulières des Églises plus pauvres et de leur responsabilité propre.
Dans le domaine diocésain ou interdiocésain, il faut prendre conscience de la nécessité de former des personnes à ce niveau supérieur, comme on prend soin de le faire pour les autres activités ecclésiales ou pour l’enseignement d’autres disciplines.
CHAPITRE III : Les lieux et les voies de la catéchèse
La communauté chrétienne comme foyer de catéchèse
[242]
253 La communauté chrétienne est l’expression, dans l’histoire, du don de la " communion " (
koinonia),
[243] qui est un fruit de l’Esprit.
La " communion " exprime le noyau profond de l’Église universelle et des Églises particulières, qui constituent la communauté chrétienne de référence. Celle-ci se fait proche et est rendue visible dans la grande variété des communautés chrétiennes immédiates, au sein desquelles les chrétiens naissent à la foi, sont éduqués en elle et la vivent : la famille, la paroisse, l’école catholique, les associations et mouvements chrétiens, les communautés ecclésiales de base. Ce sont là les " lieux " de la catéchèse, c’est-à-dire les espaces communautaires où se réalisent la catéchèse d’inspiration catéchuménale et la catéchèse permanente.
[244]
254 La communauté chrétienne est l’origine, le lieu et le but de la catéchèse. C’est toujours d’elle que naît l’annonce de l’Évangile pour inviter les hommes et les femmes à se convertir et à suivre le Christ. C’est encore cette communauté qui accueille ceux qui désirent connaître le Seigneur et s’engager dans une vie nouvelle. Elle accompagne les catéchumènes et les catéchisés dans leur itinéraire catéchétique et, avec une sollicitude maternelle, les fait participer à son expérience de foi et les incorpore en son sein.
[245]
La catéchèse est toujours la même. Mais ces " lieux "
[246] de catéchisation la marquent, chacun avec ses traits originaux. Il est important de connaître le rôle de chacun d’eux envers la catéchèse.
La famille comme milieu ou moyen de croissance dans la foi
255 Les parents sont les premiers éducateurs dans la foi. Et avec eux, dans certaines cultures notamment, tous les membres de la famille ont un rôle actif dans l’éducation des membres plus jeunes. Mais il faut déterminer plus concrètement en quel sens la communauté chrétienne familiale est " lieu " de catéchèse.
La famille a été définie comme " Église domestique " ;
[247] cela signifie que, en chaque famille chrétienne, doivent se retrouver les divers aspects ou fonctions de la vie de l’Église entière : mission, catéchèse, témoignage, prière, etc. En effet la famille, comme l’Église, est " un espace où l’Évangile est transmis et d’où l’Évangile rayonne ".
[248] La famille comme " lieu " de catéchèse a une prérogative unique : transmettre l’Évangile en l’enracinant dans un ensemble de profondes valeurs humaines.
[249] Sur cette base humaine, l’initiation à la vie chrétienne est plus profonde : l’éveil au sens de Dieu, les premiers pas dans la prière, l’éducation de la conscience morale et la formation du sens chrétien de l’amour humain, conçu comme le reflet de l’amour de Dieu créateur et Père. Il s’agit en somme d’une éducation chrétienne plus témoignée qu’enseignée, plus occasionnelle que systématique, plus permanente et quotidienne que structurée selon des périodes. Dans cette catéchèse familiale, l’apport des grands-parents devient toujours plus important. Leur sagesse et leur sens religieux sont très souvent décisifs pour favoriser un climat vraiment chrétien.
Le catéchuménat baptismal des adultes
[250]
256 Le catéchuménat baptismal est un
lieu typique de catéchèse, institutionnalisé par l’Église pour préparer les adultes qui souhaitent devenir chrétiens à recevoir les sacrements de l’initiation.
[251] C’est en effet dans le catéchuménat que se réalise " cette formation spécifique par laquelle l’adulte, converti à la foi, est conduit jusqu’à la profession de la foi baptismale pendant la veillée pascale ".
[252]
La catéchèse dans le catéchuménat baptismal est étroitement liée à la communauté chrétienne.
[253] Dès leur entrée au catéchuménat, l’Église entoure les catéchumènes " de son affection et de ses soins comme s’ils étaient déjà ses fils : ils appartiennent en effet à la famille du Christ ".
[254] C’est pourquoi la communauté chrétienne aide les " candidats et les catéchumènes pendant tout le processus d’initiation, du pré-catéchuménat au catéchuménat, au temps de la mystagogie ".
[255]
Cette présence continue de la communauté chrétienne s’exprime de diverses manières, décrites avec précision dans le
Rituel de l’initiation chrétienne des adultes.
[256]
La paroisse comme milieu de catéchèse
257 La paroisse est, sans aucun doute, le lieu le plus significatif dans lequel la communauté chrétienne se forme et se manifeste. La paroisse est appelée à être une maison familiale, fraternelle et accueillante, où les chrétiens prennent conscience qu’ils sont le Peuple de Dieu.
[257] La paroisse, en effet, rassemble dans l’unité tout ce qui se trouve en elle de diversités humaines et elle les insère dans l’universalité de l’Église.
[258] D’autre part, elle constitue le milieu où d’ordinaire les hommes naissent et grandissent dans la foi. Elle est donc un espace communautaire très adapté où le ministère de la Parole se fait à la fois enseignement, éducation et expérience de vie.
La paroisse subit de nos jours, en beaucoup de pays, des transformations profondes. Les changements sociaux ont de fortes répercussions sur elle. Dans les grandes villes " elle a été comme ébranlée par le phénomène de l’urbanisation ".
[259] Malgré cela, elle " demeure une référence majeure pour le peuple chrétien, même pour les non-pratiquants ".
[260] Elle doit cependant demeurer l’animatrice de la catéchèse et son " lieu privilégié ",
[261] même si l’on reconnaît qu’elle ne peut être le centre de gravité de toute la fonction ecclésiale de catéchisation, et qu’elle doit s’adjoindre à d’autres institutions.
258 Pour être pleinement efficace dans la mission évangélisatrice de la paroisse, la catéchèse doit respecter certaines conditions :
a. La catéchèse des adultes
[262] doit devenir de plus en plus
une priorité. Il s’agit de promouvoir " une catéchèse post-baptismale sous forme de catéchuménat, consistant à proposer de nouveau certains éléments du Rituel de l’initiation chrétienne des adultes, de façon à faire accueillir et vivre les richesses immenses et extraordinaires du baptême reçu, ainsi que les responsabilités qui en découlent ".
[263]
b. Il faut envisager, avec un courage renouvelé, l’annonce pour
ceux qui sont loin de la foi ou pour ceux qui vivent dans des situations d’indifférence religieuse. [264] Dans cet engagement, les rencontres de préparation aux sacrements (mariage, baptême et première communion des enfants.) peuvent avoir une importance fondamentale.
[265]
c. Comme point de référence solide pour la catéchèse paroissiale, on a besoin d’un noyau communautaire formé de chrétiens mûrs, déjà initiés à la foi, auxquels on réservera une attention pastorale adaptée et différenciée. Un objectif qui sera atteint plus facilement par la promotion, dans les paroisses, de petites communautés ecclésiales.
[266]
d. Si ces conditions, rapportées principalement aux adultes, sont respectées, la catéchèse des petits enfants, des adolescents et des jeunes - qui reste indispensable - en tirera de grands bénéfices.
L’école catholique
259 L’école catholique
[267] est un
lieu d’une importance considérable pour la formation humaine et chrétienne : La déclaration
Gravissimum educationis du Concile Vatican II " marque un changement décisif dans l’histoire de l’école catholique : le passage de l’école-institution à l’école-communauté ".
[268]
L’école catholique tout autant que les autres écoles, poursuit des fins culturelles et la formation humaine des jeunes. Mais il lui appartient en propre :
- " de créer dans la communauté scolaire une atmosphère animée d’un esprit évangélique de liberté et de charité,
- d’aider les adolescents à développer leur personnalité en faisant en même temps croître cette créature nouvelle qu’ils sont devenus par le baptême,
- et finalement d’ordonner toute la culture humaine à l’annonce du salut ".
[269]
Le projet éducatif de l’école catholique est tenu de se développer sur la base de cette conception proposée par le Concile Vatican II.
Ce projet éducatif se réalise au sein de la communauté scolaire dont font partie tous ceux qui y sont directement impliqués : " les enseignants, les directeurs, le personnel de l’administration, les auxiliaires, les parents qui jouent un rôle primordial en tant qu’éducateurs naturels et irremplaçables de leurs enfants, et les élèves co-participants, premiers acteurs responsables et vrais sujets actifs du processus d’éducation ".
[270]
260 Lorsque les élèves de l’école catholique appartiennent en majorité à des familles qui se lient à cette école en raison de son caractère catholique, le ministère de la parole peut s’y exercer sous de multiples formes : première annonce, enseignement religieux scolaire, catéchèse, homélie. Deux de ces formes revêtent cependant dans l’école catholique une importance particulière : l’enseignement scolaire de la religion et la catéchèse, dont le caractère propre a déjà été souligné.
[271]
Lorsque les élèves et leurs familles fréquentent l’école catholique en raison de la qualité de l’éducation qu’elle offre, ou pour d’autres motifs, l’activité catéchétique y est nécessairement limitée et l’enseignement religieux - quand il est possible - accentue le caractère culturel. L’apport de cette école demeure toujours " un service de très haute valeur pour les hommes "
[272] et un élément de l’œuvre d’évangélisation de l’Église.
Étant donné la pluralité des circonstances socio-culturelles et religieuses dans lesquelles l’école catholique exerce son activité dans les divers pays, il sera bon que les évêques et les conférences épiscopales précisent les modalités de l’activité catéchétique que l’école catholique doit réaliser.
Associations, mouvements et groupes de fidèles
261 Les diverses " associations, mouvements et groupements de fidèles "
[273] qui se développent dans l’Église particulière, ont comme objectif d’aider les disciples du Christ à accomplir leur mission de laïcs dans le monde et dans l’Église elle-même. Au sein de ces groupements, les chrétiens se consacrent " à la pratique de la piété, à l’apostolat direct, à la charité et à l’assistance, à la présence chrétienne dans les réalités temporelles ".
[274]
Dans toutes ces associations et mouvements, en vue de cultiver en profondeur ces dimensions fondamentales de la vie chrétienne, on donne d’une façon ou d’une autre une formation nécessaire : " Ils ont, en effet, chacun avec leurs méthodes propres, la possibilité d’offrir une formation profondément ancrée dans l’expérience même de la vie apostolique ; ils ont également l’occasion de compléter, de concrétiser et de spécifier la formation que leurs membres reçoivent d’autres maîtres ou d’autres communautés ".
[275]
La catéchèse est toujours une dimension fondamentale de la formation de chaque laïc. C’est pourquoi ces associations et mouvements réservent d’ordinaire des " temps catéchétiques ".
[276] La catéchèse n’est donc pas une alternative à la formation chrétienne qu’ils dispensent mais elle en est une dimension essentielle.
262 Quand la catéchèse s’exerce au sein de ces associations et mouvements, il faut considérer certains aspects. En particulier :
a) Il faut respecter la " nature propre "
[277] de la catéchèse
en développant toute la richesse de son concept, avec la triple dimension de parole, de mémoire et de témoignage (de doctrine, de célébration et d’engagement dans la vie).
[278] Quel que soit le " lieu " où elle s’exerce, la catéchèse est avant tout une formation de base et organique de la foi. Par conséquent, elle doit inclure " une étude sérieuse de la doctrine chrétienne "
[279] et constituer une sérieuse formation religieuse " ouverte à toutes les composantes de la vie chrétienne ".
[280]
b) Cela n’empêche pas que la finalité propre des associations et des mouvements puisse exprimer - avec leurs charismes propres -, avec des accents particuliers une catéchèse qui, de toute façon devra rester fidèle à son caractère propre. L’éducation par la proposition de la spiritualité d’une association ou mouvement - qui est toujours une grande richesse pour l’Église - se fera typiquement après la formation chrétienne de base, celle-ci étant la même pour tout chrétien. Il convient de former d’abord à ce qui est commun à tous les membres de l’Église plutôt que de former à ce qui est particulier ou qui différencie.
c) De même, il faut affirmer que les mouvements et les associations, en matière de catéchèse, ne sont pas une alternative ordinaire à la paroisse, celle-ci restant la communauté éducative de référence proprement dite.
[281]
Les communautés ecclésiales de base
263 Les communautés ecclésiales de base ont connu une grande diffusion au cours des dernières décennies.
[282] Il s’agit de groupes de chrétiens " qui naissent du besoin de vivre plus intensément encore la vie de l’Église ; ou du désir et de la recherche d’une dimension plus humaine, que des communautés ecclésiales plus grandes peuvent difficilement offrir. ".
[283]
Les communautés ecclésiales de base sont un " signe de la vitalité de l’Église ".
[284] Les disciples du Christ s’y rassemblent pour une écoute attentive de la Parole de Dieu, pour une recherche de rapports plus fraternels, pour célébrer dans leur vie les mystères chrétiens et pour s’engager en vue de transformer la société. À ces dimensions typiquement chrétiennes viennent s’ajouter des valeurs humaines importantes : l’amitié et le respect de l’autre, l’esprit de co-responsabilité, la créativité, la réponse à la vocation, l’intérêt pour les problèmes du monde et de l’Église. Cela peut être l’occasion d’une expérience communautaire enrichissante, " une authentique expression de communion et un moyen pour construire une communion plus profonde ".
[285]
Pour être authentique " toute communauté doit vivre dans l’unité avec l’Église particulière et l’Église universelle, dans une communion sincère avec les Pasteurs et le Magistère, dans un engagement à se faire missionnaire en évitant tout repli et toute exploitation idéologique ".
[286]
264 Les communautés ecclésiales de base peuvent être le lieu de développement d’une catéchèse très féconde :
- Le climat fraternel qui les caractérise crée un milieu adéquat pour une catéchèse intégrale, à condition que soient respectés la nature et le caractère propre de la catéchèse.
- La catéchèse sert d’autre part à approfondir la vie communautaire puisqu’elle assure les fondements de la vie chrétienne des fidèles. Sans elle, les communautés ecclésiales de base ne seraient pas très solides.
- Enfin, la petite communauté est un lieu adapté pour accueillir ceux qui ont achevé un parcours de catéchèse.
CHAPITRE IV : L’organisation de la pastorale catéchétique dans l’Église particulière
Organisation et exercice des responsabilités. Le service diocésain de la catéchèse
265 L’organisation de la pastorale catéchétique a comme point de référence l’évêque et le diocèse. Le secrétariat diocésain de la catéchèse (
Officium catechisticum) est " l’organisme par lequel l’évêque, responsable de la communauté et maître de doctrine, dirige et conduit l’ensemble des activités catéchétiques du diocèse ".
[287]
Les principales tâches du Secrétariat diocésain sont les suivantes :
a) Effectuer une analyse de la situation
[288] de l’éducation de
la foi dans le diocèse. Cette analyse devrait préciser, entre autres, les besoins réels du diocèse en ce qui concerne l’activité catéchétique.
b) Elaborer un programme d’action
[289] qui détermine des objectifs clairs, propose des orientations et envisage des actions concrètes.
c) Promouvoir et former les catéchistes. Des instituts seront créés si on le juge opportun.
[290]
d) Elaborer ou du moins signaler aux paroisses et aux catéchistes les instruments nécessaires pour le travail catéchétique : catéchismes, directoires, programmes pour les différents âges, guides pour les catéchistes, matériel pour les catéchisés, moyens audio-visuels.
[291]
e) Renforcer et promouvoir les institutions proprement catéchétiques du diocèse (
catéchuménat baptismal, catéchèse paroissiale, groupe de responsables de la catéchèse) qui constituent les " cellules de base "
[292] de l’activité catéchétique.
f) Veiller surtout à améliorer les ressources en personnel et en
matériel aussi bien au niveau du diocèse qu’à celui de la paroisse ou des vicariats forains. [293]
g) Collaborer avec la commission pour la liturgie, vu l’importance essentielle de celle-ci pour la catéchèse, spécialement la catéchèse initiatique et catéchuménale.
267 Pour accomplir ces tâches, le secrétariat de la catéchèse doit compter sur " un groupe de personnes possédant une compétence spécifique. L’étendue et la diversité des questions à traiter exigent que les responsabilités soient réparties entre plusieurs personnes vraiment capables ".
[294] Il convient que ce service diocésain soit composé, ordinairement, de prêtres, de religieux et de laïcs.
La catéchèse est une activité si importante dans la vie d’une Église particulière qu’" aucun diocèse ne peut se passer d’un Office Catéchistique ".
[295]
Services de collaboration inter-diocésaine
268 Cette collaboration est de nos jours extraordinairement féconde. Pour des raisons de proximité géographique mais aussi d’homogénéité culturelle, un travail catéchétique commun est souhaitable. En effet, " il convient que les divers diocèses associent leurs actions particulières, mettant en commun expériences et entreprises, compétences et ressources, afin que les diocèses les mieux pourvus viennent en aide aux autres et que l’on puisse élaborer un programme d’action commun à caractère régional ".
[296]
Le service de la conférence des Évêques
269 " Auprès de la conférence des Évêques, un office catéchétique peut être institué, dont la fonction principale sera de fournir une aide à chaque diocèse en matière de catéchèse ".
[297]
Cette possibilité envisagée par le Code de Droit Canonique est déjà une réalité auprès de la plupart des conférences épiscopales. L’office catéchétique ou centre national de la catéchèse auprès de la conférence des Évêques se propose une double tâche :
[298]
- Être au service des besoins de la catéchèse dans tous les diocèses du territoire ; s’occuper des publications qui ont une portée nationale, des congrès nationaux, des rapports avec les médias et, en général, de tous les travaux et tâches qui dépassent les possibilités du diocèse ou de la région.
- Être au service des diocèses et des régions pour faire circuler les informations et les projets de catéchèse, coordonner l’activité et aider les diocèses les moins équipés en matière de catéchèse.
Si l’épiscopat le juge opportun, l’office catéchétique ou centre national peut également être compétent pour coordonner son activité avec celle des autres offices nationaux de l’épiscopat et d’autres instituts de la catéchèse ; de même, il peut collaborer aux activités catéchétiques au niveau international, toujours en tant qu’organisme d’aide aux évêques de la conférence épiscopale.
Le service du Saint-Siège
270 " Le commandement du Christ de prêcher l’Évangile à toute créature les atteint (les évêques) premièrement et directement, avec Pierre et en dépendance de Pierre ".
[299] Le ministère du Successeur de Pierre - dans ce mandat collégial de Jésus d’annoncer et de transmettre l’Évangile - a un rôle fondamental. Il doit être vu, en effet, " non seulement comme un service
global qui atteint toute Église
de l’extérieur, mais comme appartenant déjà à l’essence de toute Église particulière
de l’intérieur ".
[300]
Dans la catéchèse, le ministère de Pierre s’exerce de façon éminente par ses enseignements. En matière de catéchèse, le Pape agit de façon immédiate et particulière par l’intermédiaire de la Congrégation pour le Clergé, qui assiste " le Pontife Romain dans l’exercice de sa charge suprême de pasteur ".
[301]
" Conformément à sa tâche, la Congrégation pour le Clergé :
- veille à la promotion de la formation religieuse des fidèles de tout âge et de toute condition ;
- édicte les normes opportunes afin que l’enseignement de la catéchèse soit donné de manière convenable ;
- veille à ce que la formation catéchétique soit menée correctement ;
- concède l’approbation du Saint-Siège prescrite pour les catéchismes et les autres documents concernant l’instruction catéchétique, avec l’assentiment de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi ;
[302]
- assiste les offices catéchétiques et suit les initiatives concernant la formation religieuse et à caractère international, en coordonne l’activité et leur vient en aide si nécessaire ".
[303]
La coordination de la catéchèse. Importance d’une coordination effective de la catéchèse
272 La
coordination de la catéchèse est une tâche importante au sein d’une Église particulière. Elle peut être envisagée :
- au sein de la catéchèse même, entre ses diverses formes, destinées aux différents âges et milieux sociaux ;
- en référence aux rapports de la catéchèse avec les autres formes du ministère de la Parole et avec d’autres activités d’évangélisation.
La coordination de la catéchèse n’est pas une question purement stratégique visant une plus grande efficacité de l’activité évangélisatrice, mais elle a une dimension théologique fondamentale. L’activité évangélisatrice doit être bien coordonnée car elle vise l’unité de la foi qui soutient toutes les activités de l’Église.
273 Dans cette section, on envisage :
- la coordination interne de la catéchèse, afin que l’Église particulière offre un service de catéchèse unitaire et cohérent ;
- le lien entre l’activité missionnaire et l’action catéchuménale - l’une impliquant l’autre - dans le contexte de la mission
ad gentes [304] ou d’une " nouvelle évangélisation " ;
[305]
- la nécessité d’une pastorale de l’éducation bien coordonnée, face au grand nombre d’éducateurs qui s’adressent aux mêmes destinataires, surtout petits enfants, enfants et adolescents.
Le Concile Vatican II a vivement recommandé la coordination de toute l’activité pastorale afin que resplendisse toujours plus l’unité de l’Église particulière.
[306]
Un projet diocésain de catéchèse articulé et cohérent
274 Le
Projet diocésain de catéchèse est l’offre catéchétique globale d’une Église particulière qui intègre, d’une manière articulée, cohérente et coordonnée, les divers processus de catéchèse proposés par le diocèse aux destinataires des différents âges.
[307]
Ainsi, chaque Église particulière doit offrir, surtout en vue de l’initiation chrétienne, au moins deux services :
a) Un processus d’initiation chrétienne, unitaire et cohérent, destiné aux petits enfants, enfants, adolescents et jeunes, en lien intime avec les sacrements de l’initiation déjà reçus ou à recevoir, et relié à la pastorale de l’éducation.
b) Un processus de catéchèse pour adultes, offert aux chrétiens qui ont besoin de donner un fondement à leur foi, en complétant l’initiation chrétienne commencée avec le Baptême, ou en réalisant cette initiation en vue du Baptême à venir.
Dans de nombreux pays, la nécessité apparaît aujourd’hui d’un processus catéchétique pour les personnes âgées, proposé aux chrétiens qui, parvenus au troisième et dernier âge de la vie, souhaitent, peut-être pour la première fois, assurer un fondement solide à leur foi.
275 Ces divers processus de la catéchèse, adaptés aux différentes conditions socio-culturelles, ne doivent pas être organisés séparément, comme s’il s’agissait " de domaines étanches et sans communication ".
[308] C’est pourquoi l’offre catéchétique de l’Église particulière doit être bien coordonnée. " Il importe de favoriser la parfaite complémentarité "
[309] des diverses formes de catéchèses.
Comme cela a déjà été souligné, le
principe organisateur qui assure la cohérence entre les divers processus de catéchèse offerts par une Église particulière est l’attention à la catéchèse des adultes. Elle est l’axe porteur autour duquel gravite la catéchèse du premier et du troisième âge, qui s’inspirent d’elle.
[310]
Offrir divers processus de catéchèse au sein d’un unique projet diocésain de catéchèse ne veut pas dire que le destinataire soit obligé de les parcourir l’un après l’autre. Si un jeune arrive au seuil de l’âge adulte avec une foi bien enracinée, il n’a pas besoin d’une catéchèse d’inspiration catéchuménale pour adultes, mais d’autres aliments plus consistants, qui l’aident à mûrir sa foi en permanence. La situation est la même pour les personnes qui atteignent le troisième âge en ayant déjà une foi solide.
À côté de cette offre, absolument irremplaçable, de processus d’initiation, l’Église particulière doit offrir également différents processus de catéchèse permanente pour les chrétiens adultes.
L’activité de la catéchèse dans le contexte de la nouvelle évangélisation
276 En définissant la catéchèse comme
moment du processus total de l’évangélisation, on pose nécessairement le problème de la coordination de l’activité catéchétique avec l’action missionnaire qui la précède, et avec l’action pastorale qui la prolonge. Il y a en effet des éléments qui " préparent la catéchèse ou en découlent ".
[311]
En ce sens, le lien entre l’annonce missionnaire, qui cherche à susciter la foi, et la catéchèse d’initiation, qui cherche à poser les fondements, est déterminant dans l’évangélisation.
D’une certaine façon, cette connexion est plus évidente dans la situation de la mission
ad gentes.
[312] Les adultes convertis par la première annonce entrent dans le catéchuménat où ils sont catéchisés.
Dans la situation qui requiert une " nouvelle évangélisation ",
[313] la coordination devient plus complexe : on prétend parfois donner une catéchèse ordinaire à des jeunes et des adultes qui ont besoin, au préalable, d’un temps d’annonce et de réveil de leur adhésion au Christ ; des problèmes analogues se présentent en ce qui concerne la catéchèse des enfants et la formation de leurs parents.
[314] D’autres fois, on propose des formes de catéchèse permanente à des adultes qui auraient plutôt besoin d’une vraie catéchèse d’initiation.
277 La situation actuelle de l’évangélisation postule que les deux actions, l’annonce missionnaire et la catéchèse d’initiation, soient conçues de manière coordonnée, et soient offertes dans l’Église particulière à travers un projet d’évangélisation
à la fois missionnaire et catéchuménal. Aujourd’hui, la catéchèse doit être perçue avant tout comme la conséquence d’une annonce missionnaire efficace. L’indication du décret
Ad gentes - qui situe le catéchuménat dans le contexte de l’action missionnaire de l’Église - est un critère de référence très valable pour la catéchèse.
[315]
La catéchèse dans la pastorale de l’éducation
278 La
pastorale de l’éducation dans l’Église particulière doit assurer la coordination nécessaire entre les différents " lieux " de l’éducation de la foi. Il est extrêmement important que tous ces canaux catéchétiques " convergent réellement vers une même confession de foi, vers une même appartenance à l’Église, vers des engagements dans la société vécus dans le même esprit évangélique ".
[316]
La coordination de l’éducation concerne fondamentalement les petits enfants, les enfants, les adolescents et les jeunes. Il convient que l’Église particulière intègre en un unique projet de pastorale éducative les divers secteurs et milieux qui sont au service de l’éducation chrétienne de la jeunesse. Tous ces lieux sont complémentaires, tandis qu’aucun d’eux, pris séparément, ne peut réaliser la totalité de l’éducation chrétienne.
Puisque les diverses activités éducatives sont destinées à la seule et même personne, qu’il s’agisse du petit enfant ou du jeune, il importe que les différentes influences aient la même inspiration de fond. Toute contradiction entre ces activités est nocive en tant que chacune a sa spécificité et son importance.
C’est pourquoi il est de la plus haute importance pour une Église particulière de fournir un projet d’initiation chrétienne qui intègre les diverses tâches éducatives et tienne compte des exigences de la nouvelle évangélisation.
Quelques tâches propres du service catéchétique. Analyse de la situation et des besoins
279 Lorsqu’elle organise l’activité de la catéchèse, l’Église particulière doit partir de l’
analyse de la situation. " L’objet de cette recherche est complexe. Il embrasse, en effet, l’examen de l’activité pastorale et l’analyse de la situation religieuse ainsi que des conditions sociologiques, culturelles et économiques, puisque les données de la vie collective peuvent avoir une grande influence sur le développement de l’évangélisation ".
[317] Il s’agit de la prise de conscience de la réalité en ce qui concerne la catéchèse et ses nécessités.
Plus concrètement :
- Dans l’" examen de l’activité pastorale ", il importe d’avoir une conscience claire de l’état de la catéchèse : sa place réelle dans le processus d’évangélisation ; l’équilibre et l’articulation entre les secteurs distincts de la catéchèse (petits enfants, enfants, adolescents, jeunes, adultes.) ; la coordination de la catéchèse avec l’éducation chrétienne dans la famille, avec l’éducation scolaire, avec l’enseignement de la religion à l’école, et avec les autres formes d’éducation de la foi ; sa qualité interne ; les contenus enseignés et la méthodologie utilisée ; les caractéristiques des catéchistes et leur formation.
- L’analyse de la situation religieuse porte principalement sur trois niveaux étroitement liés entre eux : le sens du sacré, c’est-à-dire les expériences humaines qui, de par leur profondeur, ouvrent au mystère ; le sens religieux, à savoir les modes concrets par lesquels un peuple déterminé conçoit Dieu et communique avec Lui ; et les situations de foi, avec les divers types de croyants. Enfin, en lien avec ces niveaux, la situation morale vécue, avec les valeurs qui se dégagent et les ombres ou les contre-valeurs les plus diffuses.
-
" L’analyse socio-culturelle " dont il a été question au sujet des sciences humaines dans la formation des catéchistes,
[318] est également nécessaire. Il faut préparer les catéchumènes et les catéchisés à une présence chrétienne dans la société.
280 L’analyse de la situation, à tous ces niveaux, " doit également convaincre ceux qui se consacrent au ministère de la Parole que les situations humaines sont ambivalentes, en ce qui concerne l’activité pastorale. C’est pourquoi il faut que les ouvriers de l’Évangile apprennent à discerner les possibilités qui s’ouvrent à leur action dans une situation nouvelle et variée. Un processus de transformation est toujours possible qui ouvre un chemin à la foi ".
[319]
Cette analyse de la situation est un premier instrument de travail offert par le service de la catéchèse aux pasteurs et aux catéchistes pour leur information.
Programme d’action et orientations catéchétiques
281 Une fois la situation examinée avec soin, il est nécessaire de formuler un
programme d’action qui détermine les objectifs, les instruments de la pastorale de la catéchèse et les normes qui la régissent, en tenant bien compte des besoins locaux et, en même temps, en pleine harmonie avec les finalités et les normes de l’Église universelle.
Le programme ou plan d’action doit être opérationnel, puisqu’il se propose d’orienter l’action catéchistique diocésaine ou inter-diocésaine. De par sa nature, on le conçoit d’ordinaire en vue d’un temps déterminé à la fin duquel il est renouvelé avec de nouvelles accentuations, de nouveaux objectifs et de nouveaux moyens.
L’expérience montre que le programme d’action est très utile pour la catéchèse car, dans la définition de certains objectifs communs, il conduit à unir les efforts et à travailler dans une perspective d’ensemble. C’est pourquoi sa première condition doit être le réalisme, uni à la simplicité, à la concision et à la clarté.
282 En même temps que ce programme d’action - centré surtout sur les options de travail -, divers épiscopats élaborent au niveau national des instruments plus portés sur la réflexion et l’orientation, qui fournissent les critères d’une catéchèse judicieuse et adaptée. Ils portent des noms différents :
Directoire catéchétique, Orientations catéchétiques, Document de base, Texte de référence, etc. Destinés principalement aux responsables et aux catéchistes, ils éclaircissent le concept de catéchèse : sa nature, finalité, tâches, contenus, destinataires, méthode. Ces directoires ou textes d’orientations générales, établis par les conférences des Évêques ou publiés sous leur autorité, doivent suivre le même processus d’élaboration et d’approbation prévu pour les catéchismes. C’est-à-dire qu’avant d’être promulgués, ils doivent être soumis à l’approbation du Siège Apostolique.
[320]
Ces lignes directrices ou orientations catéchétiques constituent habituellement une profonde source d’inspiration pour la catéchèse des Églises locales. Aussi leur élaboration est-elle recommandée et opportune, d’autant qu’elles constituent un point de référence important pour la formation des catéchistes. Ce type d’instruments est intimement et directement relié à la responsabilité épiscopale.
Élaboration d’instruments et moyens didactiques pour l’acte catéchétique
283 À côté des instruments destinés à l’orientation et à la programmation de l’ensemble de l’activité catéchétique
(analyse de la situation, programme d’action et directoire catéchétique), il y a des instruments de travail d’usage immédiat, utilisés au cours même de l’acte catéchétique. Il faut dénombrer tout d’abord les
textes didactiques,
[321] mis directement dans les mains des catéchumènes et des catéchisés. Les
guides pour les catéchistes - et pour les parents dans le cas de la catéchèse des enfants - sont aussi des instruments utiles.
[322] Enfin il convient de souligner l’importance des
moyens audio-visuels en usage dans la catéchèse et face auxquels il faut faire preuve d’un certain discernement.
[323]
Le critère qui doit inspirer ces instruments de travail est celui de la double fidélité à Dieu et à la personne humaine, loi fondamentale pour toute la vie de l’Église. Il s’agit de savoir conjuguer une parfaite fidélité doctrinale avec une profonde accommodation à l’homme, en tenant compte de la psychologie de son âge et du contexte socio-culturel dans lequel il vit.
En bref, il faut dire que ces instruments catéchétiques doivent :
- s’attacher " à la vie concrète de la génération à laquelle ils s’adressent, connaissant de près ses inquiétudes et ses interrogations, ses combats et ses espoirs " ;
[324]
- s’efforcer de " trouver le langage compréhensible à cette génération " ;
[325]
- viser " vraiment à provoquer chez ceux qui doivent s’en servir une plus grande connaissance des mystères du Christ, en vue d’une vraie conversion et d’une vie toujours plus conforme au vouloir de Dieu ".
[326]
DGC (1971) 120 définit ainsi les Textes didactiques : " Les textes didactiques sont des aides offertes à la communauté chrétienne à qui incombe la catéchèse. Aucun texte ne peut remplacer la communication vivante du message chrétien. Cependant, les textes ont une grande importance, parce qu’ils servent d’appui à une explication plus large des enseignements de la tradition chrétienne et des éléments qui favorisent l’activité catéchétique ".
L’élaboration des catéchismes locaux : responsabilité immédiate du ministère épiscopal
284 Dans l’ensemble des instruments pour la catéchèse, les catéchismes ont une place privilégiée.
[327] Leur importance vient de ce que le message qu’ils transmettent est reconnu comme authentique et comme propre aux Pasteurs de l’Église.
Si l’ensemble de l’action catéchétique doit toujours être dirigée par l’évêque, la publication des catéchismes est une responsabilité qui concerne de manière très directe le ministère épiscopal. Les catéchismes nationaux, régionaux ou diocésains, élaborés avec la participation des agents de la catéchèse, dépendent en dernier ressort de la responsabilité des évêques, catéchistes par excellence dans les Églises particulières.
Dans la rédaction d’un catéchisme, il faut surtout bien respecter ces deux critères :
a) le parfait accord avec le catéchisme de l’Église catholique,
" texte de référence sûr et authentique. pour la composition des catéchismes locaux " ; [328]
b) la considération attentive des normes et des critères de présentation du message de l’Évangile proposés par le Directoire général pour la catéchèse, lui aussi " norme de référence "
[329] pour la catéchèse.
285 L’"
approbation préalable du Siège apostolique "
[330] - requise pour les catéchismes émanant des conférences des Évêques - doit être comprise dans le sens qu’il s’agit de documents par lesquels l’Église universelle, dans les divers contextes socio-culturels auxquels elle est envoyée, annonce et transmet l’Évangile, et donne naissance aux Églises particulières en qui elle s’exprime.
[331] Approuver un catéchisme, c’est reconnaître qu’il est un texte de l’Église universelle pour une situation et une culture déterminées.
Notes :
CONCLUSION
286 Dans la formulation de ces orientations et de ces directives, aucun effort n’a été épargné afin que chaque réflexion ait sa source et son fondement dans les enseignements du Concile Vatican II et dans les principales interventions du magistère de l’Église qui ont suivi. En outre, une attention vigilante a été accordée aux expériences d’Église vécues entre-temps par les divers peuples. La fidélité à l’Esprit de Dieu a servi de lumière pour le discernement nécessaire, en ayant toujours en vue le renouveau de l’Église et le meilleur service de l’évangélisation.
Le Directoire Général pour la Catéchèse est proposé à tous les Pasteurs de l’Église, à leurs collaborateurs et aux catéchistes, dans l’espoir qu’il les encouragera dans le service que l’Église et l’Esprit leur confient : favoriser la croissance de la foi chez ceux qui ont cru.
Les orientations contenues ici ne veulent pas seulement indiquer ou éclairer la nature de la catéchèse, ainsi que les normes et les critères qui commandent ce ministère évangélisateur de l’Église ; elles entendent également nourrir l’espérance, par la force de la Parole et l’action intérieure de l’Esprit, chez ceux qui se donnent du mal dans ce domaine privilégié de l’activité de l’Église.
L’efficacité de la catéchèse est et sera toujours un don de Dieu, à travers l’œuvre de l’Esprit du Père et du Fils.
Cette totale dépendance de la catéchèse envers l’intervention de Dieu, l’Apôtre Paul l’enseigne aux Corinthiens, lorsqu’il leur rappelle : "
Moi, j’ai planté, Apollos a arrosé ; mais c’est Dieu qui donnait la croissance. Ainsi donc, ni celui qui plante n’est quelque chose, ni celui qui arrose, mais celui qui donne la croissance : Dieu " (
1Co 3,6-7) .
Il n’y aura jamais de catéchèse ni d’évangélisation sans l’action de Dieu qui agit par son Esprit.
[332] Dans la pratique catéchétique, ni les techniques pédagogiques les plus avancées, ni le catéchiste doté de la personnalité humaine la plus captivante ne remplaceront l’action silencieuse et discrète de l’Esprit Saint.
[333] C’est Lui, " le vrai protagoniste de toute la mission ecclésiale " ;
[334] c’est Lui le premier catéchiste ; c’est Lui le " maître intérieur " de ceux qui grandissent vers le Seigneur.
[335] En effet, c’est Lui " le principe inspirateur de toute l’œuvre catéchétique et de ceux qui l’accomplissent ".
[336]
289 Que la patience habite donc au cœur de la spiritualité du catéchiste, ainsi que cette confiance que c’est Dieu lui-même qui fait naître, grandir et fructifier la semence de sa Parole, semée dans une bonne terre et travaillée avec amour ! Saint Marc est le seul des évangélistes à présenter la parabole dans laquelle Jésus explique - l’une après l’autre - les étapes du développement graduel et constant de la semence répandue : "
Il en est du Royaume de Dieu comme d’un homme qui aurait jeté du grain en terre : qu’il dorme et qu’il se lève, nuit et jour, la semence germe et pousse, il ne sait comment. D’elle-même, la terre produit d’abord l’herbe, puis l’épi. Et quand le fruit s’y prête, aussitôt il y met la faucille, parce que la moisson est à point " (
Mc 4,26-29) .
- L’Église, qui a la responsabilité de catéchiser ceux qui croient, invoque l’Esprit du Père et du Fils, le suppliant de faire fructifier et de renforcer intérieurement les innombrables travaux qui, partout, sont entrepris pour faire progresser la foi et la marche à la suite de Jésus-Christ Sauveur.
- C’est à la Vierge Marie, qui a vu son Fils grandir en "
sagesse, en âge et en grâce " (
Lc 2,52), que les agents de la catéchèse recourent aujourd’hui encore, confiants en son intercession. Ils trouvent en Marie le modèle spirituel pour poursuivre et consolider le renouveau de la catéchèse contemporaine, dans la foi, dans l’espérance et dans la charité. Par l’intercession de " la Vierge de la Pentecôte ",
[337] que naisse dans l’Église une force nouvelle pour engendrer des fils et des filles dans la foi et pour les éduquer à la plénitude dans le Christ.
Sa Sainteté le Pape Jean-Paul II, le 15 août 1997, a approuvé le présent Directoire Général pour la catéchèse et en a autorisé la publication.
+ Dario Castrillon Hoyos
Archevêque émérite de Bucaramanga
Pro-Préfet
+ Crescenzio Sepe
Archevêque tit. de Grado
Secrétaire