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PARTIE IV : LES DESTINATAIRES DE LA CATÉCHÈSE
Les destinataires de la catéchèse
" Je fais de toi la lumière des nations, pour que mon salut atteigne aux extrémités de la terre " (Is 49,6) .
"Il vint à Nazareth où il avait été élevé, entra, selon sa coutume le jour du sabbat, dans la synagogue, et se leva pour faire la lecture. On lui remit le livre du prophète Isaïe et, déroulant le livre, il trouva le passage où il était écrit : "L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu’il m’a consacré par l’onction, pour porter la bonne nouvelle aux pauvres. Il m’a envoyé annoncer aux captifs la délivrance et aux aveugles le retour à la vue, renvoyer en liberté les opprimés, proclamer une année de grâce du Seigneur". Il replia le livre, le rendit au servant et s’assit. Tous dans la synagogue tenaient les yeux fixés sur lui. Alors il se mit à leur dire : "aujourd’hui s’accomplit à vos oreilles ce passage de l’Écriture" " (Lc 4,16-21) .
Tous sont concernés par le Royaume [33]
163 Au début de son ministère, Jésus proclame qu’il a été envoyé pour annoncer la bonne nouvelle aux pauvres,[34] laissant entendre et confirmant ensuite par sa vie que le Royaume de Dieu est destiné à tous les hommes, à commencer par les moins favorisés. Il est le catéchiste du Royaume de Dieu pour tous les hommes sans distinction : grands et petits, riches et pauvres, bien-portants et malades, proches et lointains, juifs et païens, hommes et femmes, justes et pécheurs, peuple et autorités, individus et groupes. Il est attentif à chaque personne et se soucie de ses besoins - de l’âme et du corps, guérissant et pardonnant, corrigeant et encourageant, par les paroles et par les œuvres.
Jésus a achevé sa vie terrestre en appelant ses disciples à faire de même, à prêcher l’Évangile à toute créature,[35] à " tous les peuples " (Mt 28,19 Lc 24,47), " jusqu’aux extrémités de la terre " (Ac 1,8) et pour tous les siècles, " jusqu’à la fin du monde " (Mt 28,20) .
164 C’est l’œuvre que l’Église accomplit depuis deux mille ans, avec une immense variété d’expériences de l’annonce et de la catéchèse, sans cesse sollicitée par l’Esprit de Pentecôte pour remplir son devoir d’évangélisation " envers les Grecs comme envers les barbares, envers les savants comme envers les ignorants " (Rm 1,14) .
C’est ainsi que prend forme une pédagogie de la foi dans laquelle se conjuguent l’ouverture au monde de la catéchèse et son admirable incarnation dans le monde des destinataires.
Sens et but de cette partie
165 L’attention qui est due aux diverses situations de vie des personnes [36] oriente la catéchèse sur de multiples voies pour les rencontrer et adapter à leurs besoins le message chrétien et la pédagogie de la foi.[37]
Ainsi, lorsque l’attention se porte sur une situation de foi initiale, on ouvre la voie des catéchumènes et des néophytes ; lorsque l’attention se porte sur le développement de la foi des baptisés, on parle de catéchèse d’approfondissement ou de rattrapage pour ceux qui ont encore besoin d’orientations essentielles ; lorsque l’attention se porte sur le développement physique et psychique des catéchisés, la catéchèse s’organise selon les âges. Au contraire, lorsque l’attention se porte sur les contextes socio-culturels, on met en place une catéchèse par catégories.
Il est impossible de présenter tous les types de catéchèse. C’est pourquoi cette partie n’en traite que quelques aspects valables en toute situation :
- Aspects généraux de l’adaptation (chapitre 1)
- Catéchèse selon les âges (chapitre 2)
- Catéchèse pour des situations particulières (chapitre 3)
- Catéchèse selon les différents contextes (chapitres 4 et 5).
Le problème de l’inculturation est abordé sous l’aspect pratique, en référence aux contenus de la foi, aux personnes et au contexte culturel.
Il appartiendra aux Églises particulières, dans leurs directoires de catéchèse, nationaux et régionaux, de fournir des orientations plus précises selon les situations et les nécessités locales.
CHAPITRE I : L’adaptation au destinataire
Aspects généraux
Besoin et droit de tout croyant de recevoir une catéchèse solide [38]
167 Tout baptisé, parce qu’il est appelé par Dieu à la maturité de la foi, a besoin et a donc le droit de recevoir une catéchèse adaptée. C’est donc une tâche première pour l’Église que d’y pourvoir comme il se doit.
À ce sujet, il est bon de rappeler tout de suite que le destinataire de l’Évangile est " un homme concret, historique ",[39] enraciné dans une situation déterminée et sans cesse influencé,[40] par des conditionnements psychologiques, sociaux, culturels et religieux, qu’il en soit conscient ou non.
Dans la catéchèse, le destinataire doit pouvoir se manifester comme un sujet actif, conscient et coresponsable, et non comme un récepteur silencieux et passif.[41]
Besoin et droit de la communauté [42]
168 L’attention portée à l’individu ne doit pas faire oublier que la catéchèse est destinée à toute la communauté chrétienne comme telle et, en elle, à chaque personne. Si la catéchèse puise sa légitimité et sa force dans toute la vie de l’Église, il est tout aussi vrai que " la croissance intérieure de l’Église, sa correspondance avec le dessein de Dieu, dépendent essentiellement d’elle ".[43]
Aussi l’adaptation nécessaire de l’Évangile concerne et engage également la communauté.
L’adaptation exige que le contenu de la catéchèse soit comme une nourriture saine et adéquate [44]
169 L’adaptation de " la proclamation de la parole révélée doit demeurer la loi de toute l’évangélisation ".[45] Elle trouve sa motivation théologique profonde dans le mystère de l’Incarnation, répond à l’exigence pédagogique élémentaire d’une vraie communication humaine et reflète à ce que l’Église a pratiqué tout au long des siècles.
Cette adaptation doit être comprise comme l’admirable action maternelle de l’Église qui voit dans les hommes " le champ de Dieu " (1Co 3,9) qu’elle ne repousse pas mais qu’elle cultive dans l’espérance. Elle va à la rencontre de chacun, tient sérieusement compte des différentes situations et cultures et entretient la communion de tous les hommes dans l’unique Parole qui sauve. L’Évangile est ainsi transmis, dans son authenticité et dans toute sa saveur, comme une nourriture saine et adaptée. Ce critère doit guider les initiatives de chacun et la créativité personnelle du catéchiste.
L’adaptation tient compte des diverses circonstances
170 L’adaptation s’effectue selon les circonstances dans lesquelles est transmise la Parole de Dieu.[46] Ces circonstances sont déterminées par " les différences de cultures, d’âges, de maturité spirituelle, de situations sociales et ecclésiales de ceux à qui s’adresse la catéchèse ".[47] Une grande attention doit leur être portée.
Il faut également souligner que, dans le pluralisme des situations, l’adaptation prend toujours en compte la personne dans sa totalité et dans son unité, selon la vision qu’en a l’Église. Aussi la catéchèse ne s’arrête pas aux éléments extérieurs d’une situation donnée mais tient toujours compte du monde intime de la personne, de la vérité sur l’être humain, " première route et route fondamentale de l’Église ".[48] Ce qui provoque un processus d’adaptation qui ne sera tel que dans la mesure où l’on tiendra compte des interrogations, des attentes et des besoins profonds de la personne dans son monde intérieur.
CHAPITRE II : La catéchèse selon les âges
Indications générales
171 La catéchèse selon les différents âges est une nécessité essentielle pour la communauté chrétienne. En effet, d’un côté la foi participe au développement de la personne ; de l’autre, chaque étape de la vie est exposée au défi de la déchristianisation et doit surtout se mesurer avec les tâches toujours nouvelles de la vocation chrétienne.
C’est pourquoi on donne à bon droit des catéchèses diversifiées selon les âges et complémentaires, conformément aux besoins et aux capacités des destinataires.[49]
D’où l’importance de tenir compte de tous les éléments en jeu, tant anthropologiques et évolutifs que théologiques et pastoraux, en ayant recours également aux données récentes des sciences humaines et pédagogiques inhérentes à chaque âge.
On s’efforcera aussi d’intégrer sagement les diverses étapes du cheminement de foi, en veillant notamment à ce que la catéchèse des enfants se développe harmonieusement lors des étapes successives.
Pour cette raison également, il est efficace, sur le plan pédagogique, de faire référence à la catéchèse des adultes et, à sa lumière, d’orienter la catéchèse des autres moments de la vie.
Nous n’indiquerons ici, à titre d’exemple, que quelques éléments généraux, laissant les spécifications ultérieures aux directoires de catéchèse des Églises particulières et des conférences des Évêques.
La catéchèse des adultes [50]. Les adultes à qui s’adresse la catéchèse [51]
172 Lorsqu’on parle de la foi aux adultes, il faut tenir compte sérieusement des expériences de vie, des conditionnements et des défis qu’ils rencontrent dans leur existence. Leurs questions et leurs besoins de foi sont multiples et variés.[52]
Ainsi on peut distinguer :
- les adultes croyants, qui vivent avec cohérence leur option de foi et désirent sincèrement l’approfondir ;
- les adultes qui, bien que baptisés, n’ont pas été catéchisés comme il convient ou n’ont pas achevé leur itinéraire d’initiation chrétienne, ou se sont éloignés de la foi, au point d’être appelés des " presque catéchumènes " ; [53]
- les adultes non baptisés auxquels correspond le catéchuménat vrai et propre.[54]
Il faut mentionner également les adultes provenant de confessions chrétiennes qui ne sont pas en pleine communion avec l’Église catholique.
Éléments et critères propres à la catéchèse des adultes [55]
173 La catéchèse des adultes concerne des personnes qui ont le droit et le devoir de porter à maturité le germe de la foi que Dieu a mis en eux ; [56] elle s’adresse à des individus appelés à assumer des responsabilités sociales de tout genre, et elle vise des sujets exposés à des mutations et à des crises parfois très profondes. Aussi la foi de l’adulte doit être sans cesse éclairée, renforcée et protégée afin qu’il puisse acquérir la sagesse chrétienne qui donne sens, unité et espérance aux multiples expériences de sa vie personnelle, sociale et spirituelle. La catéchèse des adultes exige une identification attentive des traits typiques de la foi du chrétien adulte, afin de décider des objectifs et des contenus, de déterminer certaines constantes dans la proposition du message, de fixer les critères méthodologiques les plus efficaces, de choisir les formes et les modèles. Une attention particulière sera portée à la personne et à l’identité du catéchiste des adultes et à sa formation, ainsi qu’aux responsables de la catéchèse des adultes dans la communauté.[57]
Parmi les critères à suivre pour garantir authenticité et efficacité à la catéchèse des adultes, rappelons : [58]
- l’attention portée aux destinataires dans leur condition d’adultes, d’hommes et de femmes, à leurs problèmes et à leurs expériences, à leur bagage spirituel et culturel, dans le plein respect des différences ;
- l’attention à l’état laïc des adultes appelés, en vertu de leur Baptême, à " chercher le Règne de Dieu précisément à travers la gérance des choses temporelles qu’ils ordonnent selon Dieu ",[59] et à la sainteté ; [60]
- l’attention à la participation de la communauté afin qu’elle soit lieu d’accueil et de soutien de l’adulte ;
- l’attention à un projet organique de pastorale des adultes dans lequel la formation liturgique et le service de la charité soient intégrés à la catéchèse.
Tâches générales et particulières de la catéchèse des adultes [61]
175 Pour être en mesure de répondre aux attentes les plus profondes de notre temps, la catéchèse des adultes doit proposer la foi chrétienne dans son intégrité, son authenticité, sa cohérence, telle que l’Église la comprend ; elle mettra au premier plan l’annonce du salut, éclairera les nombreuses difficultés actuelles, confusions, malentendus, préjugés et objections ; elle dégagera la portée spirituelle et morale du message ; elle introduira à la lecture croyante de l’Écriture Sainte et à la pratique de la prière. La catéchèse trouvera un apport considérable dans le Catéchisme de l’Église catholique et - en référence à lui -, dans les catéchismes pour adultes des Églises particulières.
Voici en particulier les tâches de la catéchèse des adultes :
- Promouvoir la formation et la maturation de la vie dans l’Esprit du Christ ressuscité par des moyens adaptés : pédagogie sacramentelle, retraites, direction spirituelle.
- Éduquer à juger correctement, à la lumière de la foi, les mutations socio-culturelles de notre société. Le peuple chrétien pourra ainsi discerner les vraies valeurs mais aussi les dangers de notre civilisation et adopter les attitudes qu’il convient.
- Éclairer les questions religieuses et morales actuelles, c’est-à-dire les problèmes qui se posent aux hommes d’aujourd’hui, en ce qui concerne, par exemple, la morale publique et individuelle, les questions sociales, l’éducation des nouvelles générations.
- Expliquer les rapports entre l’activité temporelle et l’activité ecclésiale, en mettant en lumière les distinctions, les implications et leur inévitable interaction. Dans ce but, la doctrine sociale de l’Église fera partie intégrante de la formation des adultes.
- Développer les fondements rationnels de la foi. Une intelligence correcte de la foi doit manifester la conformité de l’acte de foi et des vérités à croire avec les exigences de la raison humaine. L’Évangile est toujours actuel et approprié, d’où la nécessité de promouvoir efficacement une pastorale de la pensée et de la culture chrétienne, ce qui permettra de dépasser certaines formes d’intégrisme et de fondamentalisme, et d’éviter les interprétations arbitraires et subjectives.
- Éduquer à la prise de responsabilité dans la mission de l’Église et au témoignage chrétien dans la société.
L’adulte apprendra à découvrir, à valoriser et à mettre en pratique ce qu’il a reçu de la nature et de la grâce aussi bien au sein de la communauté ecclésiale que de la communauté humaine. Il sera ainsi en mesure d’éviter les pièges de la massification et de l’anonymat, particulièrement nombreux dans la société actuelle et conduisant à la perte d’identité et au discrédit des qualités et des ressources de chacun.
Formes particulières de la catéchèse des adultes [62]
176 Il est des situations et des circonstances qui réclament des formes particulières de catéchèse :
- La catéchèse de l’initiation chrétienne ou catéchuménat des adultes, dont le plan est exposé par le RICA ;
- La catéchèse pour le Peuple de Dieu sous les formes traditionnelles dûment adaptées, pendant l’année liturgique, ou sous la forme extraordinaire des missions ;
- La catéchèse de perfectionnement, pour ceux qui ont une tâche de formation dans la communauté : les catéchistes ou ceux qui sont engagés dans l’apostolat des laïcs ;
- La catéchèse à l’occasion d’événements particulièrement significatifs de la vie : mariage, baptême des enfants et autres sacrements de l’initiation chrétienne, périodes plus délicates de l’éducation des enfants, maladie, etc. Des circonstances où les personnes sont le plus portées à s’interroger sur le vrai sens de la vie.
- La catéchèse lors d’expériences particulières de la vie : entrée dans le monde du travail, service militaire, migration. Ce sont là des changements qui peuvent être l’occasion d’un enrichissement spirituel mais aussi d’égarement et qui ont besoin d’être éclairés et soutenus par la Parole de Dieu ;
- La catéchèse concernant l’usage chrétien des loisirs, notamment à l’occasion des vacances et des voyages touristiques ;
- La catéchèse à l’occasion d’événements particuliers qui concernent la vie de l’Église et de la société.
Ces formes particulières de catéchèse et tant d’autres ne remplacent pas mais viennent s’ajouter aux cycles de catéchèse systématique, organique et permanente que toute communauté ecclésiale doit garantir aux adultes.
La catéchèse des petits enfants et des enfants [63]. Situation et importance de la petite enfance et de l’enfance [64]
177 Cette tranche d’âge, que l’on divise d’ordinaire en petite enfance ou âge pré-scolaire, et en enfance, possède, aux yeux de la foi et de la raison, la grâce des commencements de la vie. " À l’âge de l’enfance s’ouvrent de précieuses possibilités d’action, autant pour l’édification de l’Église que pour l’humanisation de la société ",[65] auxquelles il faut répondre. Fils de Dieu en vertu du Baptême, l’enfant est proclamé par le Christ membre privilégié du Royaume de Dieu.[66]
Pour des raisons diverses, l’enfant a le droit, aujourd’hui plus que dans le passé, d’être respecté et aidé dans son développement humain, également par la catéchèse ; celle-ci ne doit jamais manquer à l’enfant chrétien. Ceux qui lui ont donné la vie, en l’enrichissant par le don du Baptême, ont le devoir de la soutenir continuellement.
Caractéristiques de la catéchèse des petits enfants et des enfants [67]
178 La catéchèse des petits est nécessairement liée à leur situation et condition de vie ; elle est l’œuvre de divers facteurs éducatifs complémentaires dont certains ont une importance particulière et une étendue universelle :
- La petite enfance et l’enfance, chacune comprise et traitée selon ses caractéristiques propres, constituent la période de la première vie sociale et de l’éducation humaine et chrétienne dans le milieu familial, à l’école et à l’Église. Il faut considérer ces temps comme décisifs pour la vie future de la foi.
- Selon une tradition solide, c’est habituellement en cette période que s’achève l’initiation chrétienne commencée avec le Baptême. La réception des sacrements tend à la formation organique de la foi de l’enfant et à son introduction dans la vie de l’Église.[68]
- Au temps de l’enfance, le processus catéchistique sera par conséquent éminemment éducatif, attentif à développer les ressources humaines qui sont le fondement anthropologique de la vie de la foi, comme le sens de la confiance, de la gratuité, du don de soi, de l’invocation, de la participation joyeuse. L’éducation à la prière et l’initiation à l’Écriture Sainte sont des aspects centraux de la formation chrétienne des enfants.[69]
- Enfin, il est deux lieux d’éducation d’importance vitale : la famille et l’école. La catéchèse donnée en famille est en quelque sorte irremplaçable, en raison surtout du milieu positif et accueillant dans lequel elle s’exerce, grâce à l’exemple entraînant des adultes, et parce qu’elle est la première approche et la première pratique de la foi.
179 Aller à l’école est pour l’enfant l’entrée dans une société plus large que la famille où il pourra développer davantage ses facultés d’entendement, ses capacités affectives et comportementales. À l’école, il reçoit souvent un enseignement religieux spécifique.
Tout cela requiert une collaboration constante entre les catéchistes, les parents et les instituteurs.[70] Que les pasteurs sachent que, lorsqu’ils aident les parents et les éducateurs à bien accomplir leur mission, ils contribuent à l’édification de l’Église. Par ailleurs, ce travail offre une excellente occasion de catéchèse des adultes.[71]
Petits enfants et enfants sans soutien religieux en famille ou qui ne fréquentent pas l’école [72]
180 Le nombre d’enfants et de petits enfants augmente qui sont gravement désavantagés parce qu’ils n’ont pas un soutien religieux adéquat en famille, ou qu’ils n’ont pas une vraie famille, ou qu’ils ne fréquentent pas l’école, ou qu’ils souffrent d’instabilité sociale, d’inadaptation ou pour d’autres motifs dus au milieu ambiant. Beaucoup n’ont même pas été baptisés ; d’autres n’achèvent pas leur itinéraire d’initiation. Il appartient à la communauté chrétienne de les prendre en charge, dans un service de suppléance généreux, compétent et réaliste, en recherchant le dialogue avec les familles, en proposant des formes d’éducation scolaire appropriées, en donnant une catéchèse qui corresponde aux possibilités et aux nécessités concrètes des enfants.
La catéchèse des jeunes [73] Pré-adolescence, adolescence et jeunesse [74]
181 On constate généralement que les premières victimes de la crise spirituelle et culturelle qui affecte les sociétés [75] sont les jeunes générations. Or, c’est dans leur engagement que sont placés les plus grands espoirs d’un monde meilleur.
Cela doit encourager encore davantage l’Église à annoncer, avec courage et créativité, l’Évangile au monde des jeunes.
L’expérience a montré à ce sujet l’utilité pour la catéchèse de bien faire la distinction entre la pré-adolescence, l’adolescence et la jeunesse, en tenant dûment compte des résultats de la recherche scientifique et des conditions de vie dans les divers pays.
C’est dans les pays les plus développés que se pose davantage la question de la pré-adolescence : on ne tient pas assez compte des difficultés, des besoins, des ressources humaines et spirituelles des pré-adolescents, comme si cet âge n’était pas reconnu.
C’est l’âge où, souvent, le garçon (ou la fille), après avoir reçu le sacrement de la Confirmation mettant fin à l’itinéraire d’initiation sacramentelle, cesse presque totalement la pratique de la foi. Cette attitude doit être prise sérieusement en compte ; elle requiert une pastorale spécifique qui développe ce qui reste de la formation reçue lors de l’itinéraire d’initiation.
En ce qui concerne les deux autres catégories, il faut distinguer l’adolescence de la jeunesse, même s’il est difficile d’en définir la frontière. Globalement, il s’agit de la période de la vie précédant la prise de responsabilité qui est le propre des adultes.
La catéchèse des jeunes doit, elle aussi, être revue en profondeur et développée.
L’importance de la jeunesse pour la société et pour l’Église [76]
182 L’Église, qui met dans les jeunes son " espérance ", les perçoit aujourd’hui comme " un grand défi pour l’avenir de l’Église ".[77]
Le changement culturel et social, rapide et tumultueux, la croissance du nombre des jeunes, l’affirmation d’un long temps de jeunesse avant de s’engager dans les responsabilités propres aux adultes, la pénurie d’emplois et, en certains pays, les conditions de sous-développement permanent, les pressions de la société de consommation. autant de facteurs qui préfigurent le monde des jeunes comme un monde de l’attente, du désenchantement et souvent de l’ennui, et même de l’angoisse et de la marginalisation. La tendance à s’éloigner de l’Église, ou du moins une certaine méfiance à son égard, couve chez beaucoup. La cause en est souvent le manque de soutien spirituel et moral des familles et les faiblesses de la catéchèse reçue.
D’autre part, un grand nombre de jeunes sont fortement attirés par la recherche de sens, la solidarité, l’engagement social, et même par l’expérience religieuse.
183 Quelques conséquences en découlent en ce qui concerne la catéchèse.
Le service de la foi perçoit avant tout les lumières et les ombres de la condition concrète des jeunes dans les divers pays et milieux de vie.
Le cœur de la catéchèse est la proposition explicite du Christ au jeune homme de l’Évangile,[78] invitation qui est adressée à tous les jeunes, à leur mesure des, compte tenu de leurs problèmes. L’Évangile nous les présente comme les interlocuteurs directs du Christ qui leur révèle leur " richesse particulière " et en même temps les engage dans un processus de croissance personnelle et communautaire de grande valeur pour la destinée de la société et de l’Église.[79]
C’est pourquoi les jeunes ne doivent pas être considérés uniquement comme l’objet de la catéchèse, mais aussi comme " des sujets actifs qui prennent part à l’évangélisation et à la rénovation sociale ".[80]
Caractéristiques de la catéchèse des jeunes [81]
184 Étant donné l’étendue de la tâche, il appartiendra aux directoires de la catéchèse des Églises particulières et des conférences des Évêques nationales et régionales de décider, selon les contextes, ce qui convient le mieux à chaque milieu.
Signalons quelques lignes générales communes :
- La catéchèse tiendra compte de la situation religieuse dans sa diversité : il y a des jeunes qui n’ont même pas été baptisés, d’autres qui n’ont pas achevé leur initiation chrétienne ou connaissent une crise de la foi parfois grave, d’autres encore qui souhaitent faire ou ont déjà fait une option de foi et demandent à être aidés.
- Il ne faut pas oublier que la catéchèse gagne en efficacité si elle peut s’exercer au sein d’une plus vaste pastorale des enfants, des adolescents et des jeunes qui tienne compte de l’ensemble des problèmes concernant leur vie. Dans ce but, la catéchèse doit intégrer certains procédés comme l’analyse des situations, l’attention pour les sciences humaines et celles de l’éducation, la collaboration des laïcs et des jeunes eux-mêmes.
- Une activité de groupe bien organisée, l’appartenance à des associations de jeunes [82] et l’accompagnement personnel du jeune, dont la direction spirituelle est une forme éminente, sont des intermédiaires fort utiles pour une catéchèse efficace.
185 Parmi les diverses formes de catéchèse des jeunes, il faut prévoir, selon les cas, le catéchuménat des jeunes en âge scolaire, la catéchèse d’initiation chrétienne, la catéchèse sur des thèmes programmés, d’autres rencontres plus ou moins occasionnelles et informelles.
Plus globalement, on proposera la catéchèse des jeunes avec des parcours nouveaux, ouverts à la sensibilité et aux questions de cet âge, qui sont d’ordre théologique, éthique, historique, social. Une juste place sera accordée à l’éducation à la vérité et à la liberté selon l’Évangile, à la formation de la conscience, à l’éducation à l’amour, à la vocation, à l’engagement chrétien dans la société, à la responsabilité missionnaire dans le monde.[83] Il faut relever cependant que souvent, aujourd’hui, l’évangélisation des jeunes doit revêtir une dimension missionnaire plutôt que strictement catéchuménale. En effet, la situation oblige souvent à faire de l’apostolat auprès des jeunes une animation de nature humanisante et missionnaire, comme un premier pas nécessaire pour que mûrissent les dispositions les plus favorables à la catéchèse proprement dite. C’est pourquoi la réalité oblige bien des fois à intensifier l’activité pré-catéchuménale à l’intérieur d’un processus éducatif global.
L’un des nœuds à délier concerne la différence de " langage " (mentalité, sensibilité, goûts, styles, vocabulaire.) entre les jeunes et l’Église (catéchèse, catéchistes). C’est pourquoi l’accent est mis sur la nécessité d’" adapter la catéchèse aux jeunes " en sachant traduire dans leur langage " avec patience et sagesse, sans le trahir, le message de Jésus ".[84]
La catéchèse des personnes âgées [85] Le troisième âge, don de Dieu à l’Église
186 En divers pays du monde, l’accroissement du nombre des personnes âgées représente un nouveau et spécifique devoir pastoral pour l’Église. Considérées bien souvent comme des éléments passifs, plus ou moins embarrassantes, ces personnes doivent au contraire être regardées, à la lumière de la foi, comme un don de Dieu pour l’Église et pour la société ; elles ont droit et devoir comme tous les chrétiens à une catéchèse adaptée.
Il faut par conséquent tenir compte des différentes conditions personnelles, familiales et sociales, et notamment de l’épreuve de la solitude et du risque d’abandon. La famille joue un rôle primordial parce qu’en elle l’annonce de la foi peut se faire dans un climat d’accueil et d’amour qui, plus que tout autre, confirme la validité de la Parole.
Dans tous les cas, la catéchèse des personnes âgées associe au contenu de la foi la présence amicale du catéchiste et de la communauté croyante. C’est pourquoi il est souhaitable que les personnes âgées participent pleinement au cheminement catéchétique de la communauté.
Catéchèse de la plénitude et de l’espérance
187 La catéchèse des personnes âgées est attentive à des aspects particuliers de leur situation de foi. La personne âgée peut avoir atteint cette étape de sa vie avec une foi solide et complète : dans ce cas, la catéchèse conduit à sa plénitude le chemin accompli, en aidant à vivre dans une attitude d’action de grâce et d’attente confiante ; d’autres vivent une foi plus ou moins affadie et pratiquent peu : la catéchèse est alors l’occasion d’une lumière nouvelle et d’une expérience religieuse ; parfois, la personne arrive à un âge avancé, profondément blessée dans l’esprit et diminuée dans le corps : la catéchèse l’aide à vivre sa condition dans une attitude d’invocation, de pardon, de paix intérieure.
Dans tous les cas, la situation de la personne âgée réclame une catéchèse de l’espérance qui vient de la certitude de la rencontre définitive avec Dieu.
C’est toujours un grand bénéfice pour le croyant âgé et pour la communauté lorsqu’il témoigne d’une foi qui resplendit toujours plus au fur et à mesure qu’approche la grande heure de sa rencontre avec le Seigneur.
Sagesse et dialogue [86]
188 La Bible nous présente le croyant âgé comme le symbole de la personne riche de sagesse et de crainte de Dieu, et donc comme le dépositaire d’une grande expérience de vie ; ce qui en fait en quelque sorte le " catéchiste " naturel de la communauté. Il est le témoin de la tradition de foi, le maître de vie, l’artisan de charité. La catéchèse mettra en valeur ce don en aidant la personne âgée à redécouvrir ses richesses et ses possibilités, en l’encourageant à assumer des tâches de catéchèse pour les enfants - dont ils sont souvent les grands-parents appréciés - les jeunes et les adultes. On favorisera ainsi un dialogue fondamental entre les générations au sein de la famille et de la communauté.
CHAPITRE III : Catéchèse des situations, mentalités et milieux particuliers
La catéchèse des handicapés et des inadaptés [87]
189 Pour toute communauté chrétienne, les handicapés physiques et mentaux, ceux qui souffrent, et parmi eux surtout les enfants, sont l’objet d’un amour de prédilection de la part du Seigneur. De nos jours, grâce à une plus grande prise de conscience dans la société et dans l’Église et grâce aux progrès indéniables de la pédagogie spécialisée, la famille et d’autres lieux de formation sont à même de donner à ces personnes une catéchèse adaptée à laquelle elles ont droit parce que baptisées ; et celles qui ne sont pas baptisées y ont droit également parce qu’appelées au Salut. L’amour du Père pour ces fils plus faibles et la présence constante de Jésus et de son Esprit, confirment que toute personne est capable, malgré ses limites, de grandir en sainteté.
L’éducation à la foi qui engage tout d’abord la famille, requiert des itinéraires adéquats et personnalisés ; elle tient compte des indications de la recherche pédagogique et elle s’exerce avec profit dans le contexte d’une éducation globale de la personne. D’autre part, il faut éviter qu’une catéchèse qui est nécessairement spécialisée ne finisse par s’exercer en marge de la pastorale communautaire. Pour que cela ne se produise pas, il faut sans cesse informer et engager la communauté. Pour répondre aux exigences spéciales de cette catéchèse, les catéchistes doivent être particulièrement compétents ; leur service n’en sera que plus méritoire.
La catéchèse des laissés-pour-compte
190 L’objectif est le même en ce qui concerne la catéchèse des personnes en situation ou proches de la marginalisation, ou qui sont déjà en marge de la société, tels les immigrés, les réfugiés, les nomades, les sans-domicile-fixe, les malades chroniques, les drogués, les prisonniers. La parole solennelle de Jésus qui prend sur Lui tout ce qui est fait " au plus petit d’entre mes frères " (Mt 25,40 Mt 25,45), garantir la grâce pour bien travailler en des milieux difficiles. Une catéchèse valide saura toujours distinguer les différentes situations, comprendre les besoins et les demandes de chacun ; elle misera beaucoup, avec patience et dévouement, sur la rencontre personnelle, elle procédera avec confiance et réalisme, en recourant souvent à des formes indirectes et occasionnelles de catéchèse. La communauté soutiendra fraternellement les catéchistes qui se consacrent à ce service.
La catéchèse des groupes diversifiés
191 Il est aujourd’hui des personnes de milieux professionnels et, dans un sens plus large, culturels, à l’égard desquelles la catéchèse doit adopter des itinéraires particuliers : monde ouvrier, professions libérales, artistes, hommes de science, jeunes universitaires. Il est vivement souhaitable que les catéchèses qui leur sont adressées soient insérées dans la marche commune de la communauté chrétienne.
Certes, ces secteurs requièrent une approche compétente et un langage adapté qui ne trahisse pas le message que l’on veut transmettre.[88]
La catéchèse des milieux de vie
192 Le service de la foi est aujourd’hui très attentif aux milieux ou contextes de vie, car c’est là que se déroule concrètement l’existence de l’homme, qu’il exerce ses responsabilités, subit des influences et influence à son tour.
Globalement, et à titre d’exemple, nous retiendrons deux milieux majeurs qui réclament des formes diversifiées de catéchèse : la campagne et la ville.
La catéchèse des milieux ruraux tient nécessairement compte des exigences propres à ce milieu, souvent liées à la pauvreté et à la misère, qu’accompagnent parfois la peur et la superstition, mais également une grande simplicité, une grande confiance dans la vie, le sens de la solidarité, la foi en Dieu, la fidélité aux traditions religieuses.
La catéchèse des milieux urbains doit tenir compte d’une variété parfois considérable de situations, allant des quartiers riches, exclusifs, aux quartiers pauvres et marginalisés. Les rythmes de vie y sont souvent stressants, la mobilité fréquente, les tentations d’évasion nombreuses, de même que les situations d’anonymat et de solitude.
Pour chacun de ces milieux, il faudra concevoir le service de la foi de manière appropriée, en faisant appel à des catéchistes préparés, en offrant l’aide opportune, en utilisant les moyens de communication sociale.
CHAPITRE IV : La catéchèse dans le contexte socio-religieux
La catéchèse en situation de pluralisme et de complexité [89]
193 De nombreuses communautés et individus vivent dans un monde pluraliste et sécularisé [90] où des formes d’incrédulité et d’indifférence religieuse côtoient des formes vivantes de pluralisme culturel et religieux ; on peut rencontrer chez beaucoup, d’une part, une grande soif de certitudes et de valeurs, et d’autre part, des formes de pseudo-religion et une adhésion peu convaincue à la foi. Devant une telle complexité, il arrive que des chrétiens se sentent perdus, troublés, ne sachent pas faire face aux situations ni juger les messages qui circulent, abandonnent la pratique religieuse régulière et vivent comme si Dieu n’existait pas, recourant souvent à des succédanés de religion. Leur foi est en butte aux épreuves et menacée ; elle risque de périr par asphyxie ou par inanition si elle n’est pas sans cesse alimentée et soutenue.
194 Dans ces cas, une catéchèse évangélisatrice est indispensable, à savoir " une catéchèse pleine de sève évangélique et munie d’un langage adapté aux temps et aux personnes ".[91] Elle éduquera les chrétiens au sens de leur identité de baptisés, de croyants et de membres de l’Église ouverts au monde et en dialogue avec lui. Elle leur rappellera les éléments fondamentaux de la foi, les stimulera à entreprendre un processus réel de conversion. Elle répondra aux objections théoriques et pratiques par un approfondissement de la vérité et de la valeur du message chrétien. Elle les aidera à comprendre et à vivre l’Évangile au quotidien, les préparera à rendre raison de l’espérance qui est en eux,[92] les encouragera à accomplir leur vocation missionnaire par le témoignage, le dialogue et l’annonce.
La catéchèse et la religiosité populaire [93]
195 On trouve dans les communautés chrétiennes des expressions particulières de la recherche de Dieu et de la vie religieuse, pleines de ferveur, riches d’une pureté d’intentions parfois émouvantes, qui sont une dimension vitale de la réalité catholique.
Elles méritent leur titre de " piété populaire ". Celle-ci " traduit une soif de Dieu que seuls les simples et les pauvres peuvent connaître. Elle rend capable de générosité et de sacrifice jusqu’à l’héroïsme, lorsqu’il s’agit de manifester la foi. Elle comporte un sens aigu d’attributs profonds de Dieu : la paternité, la providence, la présence amoureuse et constante. Elle engendre des attitudes intérieures rarement observées ailleurs au même degré : patience, sens de la croix dans la vie quotidienne, détachement, ouverture aux autres, dévotion ".[94] Il s’agit d’une réalité à la fois riche et faible ; la foi qui en est la base a besoin d’être purifiée et consolidée.
D’où la nécessité d’une catéchèse capable de recueillir les dimensions intérieures et les valeurs indéniables d’une telle ressource religieuse, en l’aidant à dépasser les risques du fanatisme, de la superstition, du syncrétisme et de l’ignorance religieuse. " Bien orientée, cette religiosité populaire peut être de plus en plus, pour nos masses populaires, une vraie rencontre avec Dieu en Jésus-Christ ".[95]
La vénération des fidèles pour la Mère de Dieu a elle-aussi revêtu de multiples formes selon les lieux et les temps, la sensibilité des peuples et leur tradition culturelle. Les modes selon lesquels cette piété mariale s’est exprimée sont sujets à l’usure du temps ; ils ont besoin d’une catéchèse renouvelée qui permette d’en retirer les éléments caducs, de mettre en valeur ceux qui sont immuables, et d’y incorporer les données doctrinales acquises par la réflexion théologique et proposées par le Magistère de l’Église.
Cette catéchèse est nécessaire au plus haut point. Il serait bon également qu’elle manifestât clairement la note trinitaire, christologique et ecclésiale qui est intrinsèque à la mariologie. Enfin, dans la révision ou la création de pratiques de piété mariale, il faut tenir compte des orientations bibliques, liturgiques, œcuméniques et anthropologiques.[96]
La catéchèse et l’œcuménisme [97]
197 Toute communauté chrétienne en tant que telle est portée par l’Esprit-Saint à vivre, là où elle se trouve, sa vocation à l’œcuménisme, en participant au dialogue œcuménique et aux initiatives en faveur de l’unité des chrétiens. La catéchèse aura donc partout et toujours une " dimension œcuménique ".[98] Elle se réalisera par l’exposition de toute la Révélation dont l’Église catholique a le dépôt, dans le respect de la hiérarchie des vérités.[99] La catéchèse mettra ensuite en évidence le lien de foi qui unit les chrétiens et, en même temps, elle expliquera les divisions qui demeurent et les mesures à prendre pour les surmonter. [100] Elle suscitera et alimentera un vrai désir de l’unité, notamment par l’amour pour l’Écriture Sainte. Enfin, elle s’efforcera de préparer les enfants, les jeunes et les adultes à vivre en contact avec des frères et sœurs d’autres confessions, en cultivant leur identité catholique dans le respect de la foi des autres.
198 En présence de diverses confessions chrétiennes, les évêques peuvent juger opportunes ou même nécessaires certaines expériences de collaboration dans le domaine de la catéchèse. Les catholiques continueront de recevoir cependant une catéchèse spécifiquement catholique. [101] De même, l’enseignement de la religion dans les écoles où sont présents des membres de diverses confessions chrétiennes, a aussi une importance œcuménique quand il présente avec loyauté la doctrine chrétienne. Il est une occasion de dialogue pouvant aider à surmonter l’ignorance, les préjugés et à mieux se comprendre.
La catéchèse et le judaïsme
199 La catéchèse doit porter une attention spéciale à la religion juive. [102] En effet, " l’Église, peuple de Dieu dans la Nouvelle Alliance, découvre, en scrutant son propre mystère, son lien avec le Peuple Juif à qui Dieu a parlé en premier ". [103]
" L’enseignement religieux, la catéchèse et la prédication doivent former non seulement à l’objectivité, à la justice et à la tolérance, mais également à la compréhension et au dialogue. Nos deux traditions sont trop liées pour s’ignorer. C’est pourquoi il faut encourager la connaissance réciproque à tous les niveaux ". [104] L’un des objectifs de la catéchèse est notamment le dépassement de toute forme d’antisémitisme. [105]
La catéchèse et les autres religions [106]
200 Aujourd’hui les chrétiens vivent pour la plupart dans un contexte multi-religieux dans lequel ils sont souvent minoritaires. Dans une telle situation, notamment en ce qui concerne l’islam, la catéchèse revêt une importance considérable ; elle est appelée à une grande responsabilité qui s’exerce dans plusieurs directions.
Tout d’abord, elle approfondit et renforce l’identité des croyants - surtout là où ils sont une minorité - par une adaptation ou une inculturation convenable ; elle confronte nécessairement l’Évangile de Jésus-Christ et le message des autres religions. Cela suppose bien-sûr des communautés chrétiennes solides et ferventes et des catéchistes autochtones bien préparés.
Ensuite, la catéchèse aide à prendre conscience de la présence d’autres religions. Elle rend les fidèles capables d’y discerner les éléments contraires à l’annonce chrétienne, mais elle leur enseigne aussi à saisir les semences évangéliques (semina verbi) qu’elles renferment et qui peuvent constituer une authentique préparation évangélique.
Enfin, la catéchèse ravive chez tous les croyants le sens missionnaire. Celui-ci se manifeste par un témoignage limpide de la foi, une attitude de respect et de compréhension réciproques, le dialogue et la collaboration en faveur des droits de la personne et en faveur des pauvres et, là où cela est possible, par l’annonce explicite de l’Évangile.
La catéchèse et les " nouveaux mouvements religieux " [107]
201 Dans le climat de relativisme religieux et culturel, et parfois à cause d’une mauvaise conduite des chrétiens, on assiste aujourd’hui à la prolifération de " nouveaux mouvements religieux ", appelés aussi sectes ou cultes. Leurs noms et tendances sont si nombreux qu’il est difficile de les classer de manière organique et précise. On peut cependant distinguer des mouvements d’origine chrétienne, d’autres qui dérivent de religions orientales, d’autres qui s’inspirent de traditions ésotériques. Ils sont préoccupants en raison de leurs doctrines et de leurs modes de vie qui ont souvent tendance à s’éloigner des contenus de la foi chrétienne.
Il est donc nécessaire de promouvoir en faveur des chrétiens dont la foi est menacée, " l’engagement en faveur d’une évangélisation et d’une catéchèse intégrales et systématiques accompagnées du témoignage de vie ". [108] Il s’agit de surmonter le piège de l’ignorance et des préjugés, d’aider les fidèles à une approche correcte de l’Écriture, en encourageant parmi eux des expériences vivantes de prière, en les protégeant des semeurs de fautes, en les éduquant à la responsabilité de la foi reçue, en répondant, par l’amour de l’Évangile, aux dangereuses situations de solitude, de pauvreté, de souffrance. En raison du besoin religieux que ces mouvements peuvent exprimer, ils sont un " aréopage à évangéliser ", où les questions les plus profondes peuvent trouver une réponse. " L’Église a en effet un patrimoine spirituel immense à offrir à l’humanité, dans le Christ qui se proclame "Chemin, Vérité et Vie" (Jn 14,6) ". [109]
CHAPITRE V : La catéchèse dans le contexte socio-culturel [110]
Catéchèse et culture contemporaine [111]
202 " De la catéchèse comme de l’évangélisation en général, nous pouvons dire qu’elle est appelée à porter la force de l’Évangile au cœur de la culture et des cultures ". [112] Nous avons déjà présenté les principes de l’adaptation et de l’inculturation de la catéchèse. [113] Il suffit donc de réaffirmer que toute catéchèse a son guide éminent dans la " règle de la foi " exposée par le Magistère et approfondie par la théologie. Il faut rappeler également que l’histoire de la catéchèse, surtout à l’époque des Pères de l’Église, est, sous de nombreux aspects, l’histoire de l’inculturation de la foi et mérite, comme telle, d’être étudiée et méditée ; une histoire qui, par ailleurs, n’est jamais achevée et qui demande un temps prolongé d’assimilation constante de l’Évangile.
Ce chapitre donne des indications sur les méthodes à suivre pour accomplir une tâche aussi nécessaire qu’exigeante, difficile, exposée aux risques du syncrétisme et d’autres malentendus. Ce thème, particulièrement important de nos jours, exige une réflexion plus approfondie, programmée et universelle en matière d’expérience catéchétique.
Tâches de la catéchèse en vue de l’inculturation de la foi [114]
203 Elles forment un tout organique que nous résumons ainsi :
- connaître en profondeur la culture des hommes et son degré de pénétration dans leur vie ;
- déceler la dimension culturelle de l’Évangile ; affirmer que celui-ci ne surgit de manière spontanée d’aucun terreau culturel ; reconnaître que l’Évangile n’est pas isolable de la culture dans laquelle il s’est d’abord inséré puis exprimé au cours des siècles ;
- annoncer le changement profond, la conversion que la force de l’Évangile - " partout transformatrice et régénératrice " [115] - engendre dans les cultures ;
- témoigner que l’Évangile transcende les cultures, ne s’asservit pas à la culture, mais en discerne les germes évangéliques qu’elle peut contenir ;
- promouvoir une nouvelle expression de l’Évangile selon la culture évangélisée en recherchant un langage de la foi qui soit le patrimoine commun des fidèles et donc un élément essentiel de communion ;
- maintenir l’intégrité des contenus de la foi de l’Église et faire en sorte que l’explication des formules doctrinales de la Tradition, les exemples à leur propos, soient proposés en tenant compte de la situation culturelle et historique des destinataires, en évitant toujours les mutilations et falsifications des contenus.
Processus méthodologique
204 La catéchèse qui doit certes éviter de manipuler la culture, ne peut cependant pas se contenter d’y juxtaposer tout simplement l’Évangile " de façon décorative " ; elle doit le proposer " de façon vitale, en profondeur " [116] et jusque dans les racines de la culture et des cultures de l’homme.
Cela détermine tout un processus dynamique et synergique : s’efforcer de percevoir dans la culture des peuples, comme l’écho (présage, invocation, signe.) de la Parole de Dieu ; y discerner les éléments authentiquement évangéliques ou au moins ouverts à l’Évangile ; purifier ce qui est sous le signe du péché (passions, structures du mal.) ou de la fragilité humaine ; ouvrir une brèche dans le cœur de l’homme pour le conduire progressivement à une conversion radicale à Dieu, au dialogue avec les autres, à la maturité intérieure.
La nécessité de l’évaluation et ses critères
205 Dans la phase d’évaluation, particulièrement nécessaire dans le cas d’une première tentative et/ou d’une mise en pratique, il faut veiller attentivement à ce que des éléments de syncrétisme ne se soient pas infiltrés dans le processus de la catéchèse. Dans ce cas, les tentatives d’inculturation sont dangereuses et faussées et elles doivent être rectifiées.
Une catéchèse authentique conduit non seulement à une assimilation intellectuelle du contenu de la foi, mais elle touche aussi le cœur et transforme le comportement. Elle engendre ainsi une vie dynamique et unifiée de la foi, comble le fossé entre ce que l’homme croit et ce qu’il vit, entre le message chrétien et le contexte culturel ; elle stimule des fruits de sainteté.
Les responsables du processus d’inculturation
206 " L’inculturation doit être l’affaire de tout le Peuple de Dieu et pas seulement de quelques experts, car on sait que le peuple reflète l’authentique sens de la foi qu’il ne faut jamais perdre de vue. Certes, elle doit être guidée et stimulée, mais pas forcée afin de ne pas provoquer de réactions négatives parmi les chrétiens : elle doit être l’expression de la vie communautaire, c’est-à-dire mûrir au sein de la communauté, et non pas le fruit exclusif de recherches érudites ". [117] L’œuvre d’incarnation de l’Évangile qui est l’objectif spécifique de l’inculturation exige que tous ceux qui vivent dans le même contexte culturel - prêtres, travailleurs pastoraux (catéchistes) et laïcs - prennent part à la catéchèse.
Les formes et les chemins privilégiés
207 Parmi les formes les plus aptes à l’inculturation de la foi, il faut signaler la catéchèse des jeunes et des adultes, avec les possibilités qu’elle offre d’unir plus profondément la foi et la vie. L’inculturation de la foi ne peut être négligée lors de l’initiation chrétienne des petits, en raison de ses remarquables implications culturelles : acquisition de nouvelles motivations de vie, éducation de la conscience, apprentissage du langage biblique et sacramentel, connaissance de la valeur historique du christianisme.
La catéchèse liturgique est un moyen privilégié en raison des nombreux signes par lesquels elle présente le message, et pour l’accès qu’elle permet à une si grande part du peuple de Dieu ; il faut également revaloriser les contenus des lectionnaires, la structure de l’année liturgique, l’homélie du dimanche et d’autres occasions de catéchèse particulièrement significatives (mariages, obsèques, visite des malades, fêtes des saints patrons, etc.) ; l’attention à la famille est capitale car c’est elle qui donne le coup d’envoi à une transmission incarnée de la foi ; la catéchèse revêt d’autre part un intérêt spécial dans les contextes multi-ethniques et multi-raciaux, car elle porte à mieux découvrir les ressources des divers groupes et à en tenir compte dans l’accueil et dans la nouvelle expression de la foi.
Le langage [118]
208 L’inculturation de la foi est sous certains aspects une question de langage. Il est du devoir de la catéchèse de respecter et de valoriser le langage propre du message, tout d’abord le langage biblique, mais aussi le langage historique et traditionnel de l’Église (Symbole, liturgie) et ce que l’on appelle le langage doctrinal (formules dogmatiques) ; il est également nécessaire que la catéchèse entre en communication avec des formes et des termes propres à la culture de la personne à laquelle elle s’adresse ; enfin la catéchèse encouragera de nouvelles expressions de l’Évangile dans la culture où il a été implanté.
Dans le processus d’inculturation de l’Évangile, la catéchèse ne doit pas craindre d’utiliser les formules traditionnelles et les termes techniques de la foi, mais elle doit en expliquer le sens et en faire ressortir la valeur existentielle ; d’autre part, il est du devoir de la catéchèse de " trouver le langage adapté aux enfants et aux jeunes de notre temps en général et à bien d’autres catégories de personnes : langage des étudiants, des intellectuels, des hommes de science ; langage des analphabètes ou des personnes de culture simple, langage des handicapés, etc. " [119]
Les moyens de communication
209 Les modes de communication sont étroitement liés au langage. L’un des plus efficaces et des plus répandus est celui des mass media. " L’évangélisation même de la culture moderne dépend en grande partie de leur influence ". [120]
Nous renvoyons aux passages de ce Directoire consacrés à ce thème, [121] en rappelant tout de même quelques indications utiles pour l’inculturation : une plus grande valorisation des médias selon leur qualité spécifique de communication, en équilibrant bien le langage de l’image et celui de la parole ; la sauvegarde du sens religieux authentique dans les formes d’expression choisies ; la promotion du sens critique des récepteurs et l’encouragement à l’approfondissement personnel de ce qui a été reçu des médias ; la production d’instruments catéchistiques pour la communication de masse ; une collaboration fructueuse entre agents pastoraux. [122]
210 L’instrument qui a une place centrale dans le processus d’inculturation est le catéchisme. Tout d’abord le Catéchisme de l’Église catholique dont il faut savoir " mettre en évidence la vaste gamme de services. également en vue de l’inculturation qui, pour être efficace, ne peut jamais cesser d’être vraie ". [123]
Le Catéchisme de l’Église catholique encourage la rédaction de catéchismes locaux appropriés où seront effectuées " les adaptations exigées par les différences de cultures, d’âges, de maturité spirituelle, de situations sociales et ecclésiales de ceux à qui s’adresse la catéchèse ". [124]
Milieux anthropologiques et tendances culturelles
211 L’Évangile demande une catéchèse ouverte, généreuse, qui ait le courage de rejoindre les hommes là où ils vivent et d’atteindre les centres de l’existence où ont lieu les premiers échanges culturels fondamentaux, comme la famille, l’école, le milieu de travail, les loisirs.
Il est également important que la catéchèse sache discerner et pénétrer ces milieux anthropologiques où les tendances culturelles influencent davantage la création ou la diffusion de modèles de vie, comme les zones urbaines, les flux touristiques et migratoires, le monde des jeunes et d’autres phénomènes socialement importants.
D’autres zones culturelles appelées " aréopages modernes " sont à " éclairer par la lumière de l’Évangile ", [125] comme les secteurs de la communication, des engagements civiques pour la paix, le développement, la libération des peuples, la sauvegarde de l’environnement ; le secteur de la sauvegarde des droits de l’homme, surtout des minorités, de la femme et de l’enfant, celui de la recherche scientifique et des relations internationales.
Intervention dans les situations concrètes
212 Le processus d’inculturation entrepris par la catéchèse se déroule toujours dans des situations concrètes, multiples et différentes. Signalons les plus importantes et les plus fréquentes.
Tout d’abord, il faut faire une distinction entre l’inculturation dans les pays de récente tradition chrétienne, où la première annonce missionnaire doit encore se consolider, et l’inculturation dans les pays de tradition chrétienne qui ont besoin d’une nouvelle évangélisation.
Ensuite, il faut tenir compte des situations exposées aux tensions et aux conflits en raison du pluralisme ethnique et des inégalités de développement parfois criantes, des conditions de vie urbaine et extra-urbaine, des systèmes dominants, influencés en certains pays par une sécularisation massive et en d’autres par une forte religiosité.
Enfin, il est nécessaire d’être attentif aux tendances du lieu, culturellement significatives, représentées par les diverses classes sociales et professionnelles, tels que les hommes de science et de culture, le monde ouvrier, les jeunes, les laissés-pour-compte, les étrangers, les handicapés.
Plus globalement, " la formation des chrétiens tiendra le plus grand compte de la culture humaine du lieu, qui contribue à la formation elle-même, et elle guidera dans le jugement des valeurs déjà contenues dans la culture traditionnelle et de celles qui se trouvent dans la culture moderne. Il faut donner l’attention requise aux différentes cultures qui peuvent coexister en un même peuple, en une même nation ". [126]
Tâches des Églises locales [127]
213 L’inculturation revient aux Églises particulières et concerne tous les domaines de la vie chrétienne. La catéchèse en est un aspect. Comme par nature l’inculturation se réalise dans des situations concrètes et spécifiques, " une légitime attention aux Églises particulières ne peut qu’enrichir l’Église. Elle est indispensable et urgente ". [128]
Dans ce but, les conférences des Évêques proposent très justement un peu partout des directoires de catéchèse (et des instruments analogues), des catéchismes et autres matériaux, des centres de recherche et de formation. À la lumière de ce qui est dit dans ce Directoire, une révision et une mise à jour des directives locales apparaissent nécessaires ; cela se fera en encourageant la collaboration des centres de recherche, en ayant recours à l’expérience des catéchistes, en favorisant la participation du Peuple de Dieu.
Des initiatives guidées
214 L’importance de la matière, ainsi que la phase indispensable de recherche et d’expérimentation requièrent des initiatives guidées par les pasteurs, à savoir :
- favoriser une catéchèse diffuse et capillaire qui permette de surmonter tout d’abord le plus gros obstacle à toute inculturation : l’ignorance ou la mauvaise information. Cela facilitera le dialogue et l’engagement direct des personnes qui indiqueront le mieux les voies les plus efficaces pour l’annonce ;
- réaliser des expériences-pilote d’inculturation de la foi au sein d’un programme établi par l’Église. La pratique du catéchuménat des adultes selon le RICA joue, à ce sujet, un rôle particulièrement important ;
- si un même territoire ecclésial compte de nombreux groupes ethnico-linguistiques, il est utile de disposer de guides et de directoires traduits dans les différentes langues, et de promouvoir, par l’intermédiaire des centres catéchétiques, un service de catéchèse adapté à chaque groupe ;
- instaurer un rapport d’écoute réciproque et de communion entre les Églises locales, et entre elles et le Saint Siège. Cela permettra d’évaluer les expériences, les critères, les itinéraires et les instruments de travail les plus efficaces pour l’inculturation.
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