PARTIE III : LA PEDAGOGIE DE LA FOI
La pédagogie de la foi
" Et moi j’avais appris à marcher à Ephraïm, je le prenais par les bras. Je les menais avec des attaches humaines, avec des liens d’amour ; j’étais pour eux comme ceux qui soulèvent un nourrisson contre leur joue, je m’inclinais vers lui et le faisais manger " (
Os 11,3-4).
"
Quand il fut à l’écart, ceux de son entourage avec les Douze l’interrogeaient sur les paraboles. Et il leur disait : "À vous le mystère du Royaume de Dieu a été donné". "En privé, il expliquait tout à ses disciples" " (
Mc 4,11 Mc 4,34) .
"
Vous n’avez qu’un seul Maître, le Christ " (
Mt 23,10)
137 Jésus a soigné la formation des disciples qu’il a envoyés en mission. Il s’est proposé à eux à la fois comme l’unique Maître et comme l’ami patient et fidèle,
[476] il a exercé un véritable enseignement à travers toute sa vie ;
[477] en les stimulant par des questions appropriées,
[478] il leur a expliqué de manière approfondie ce qu’il annonçait à la foule ;
[479] il les a initiés à la prière,
[480] il les a envoyés faire un stage missionnaire,
[481] il leur a promis puis envoyé l’Esprit du Père pour qu’il les introduise dans la vérité tout entière
[482] et les soutienne dans les inévitables moments difficiles.
[483] Jésus-Christ est " le Maître qui révèle Dieu aux hommes et l’homme à lui-même ; le Maître qui sauve, sanctifie et guide, qui est vivant, qui parle, secoue, émeut, redresse, juge, pardonne, marche quotidiennement avec nous sur le chemin de l’histoire ; le Maître qui vient et qui viendra dans la gloire ".
[484] En Jésus, Seigneur et Maître, l’Église trouve la grâce transcendante, l’inspiration permanente, le modèle convaincant de toute communication de la foi.
Sens et finalité de cette partie
138 À l’école de Jésus, le Maître, le catéchiste unit étroitement son activité de personne responsable à l’action mystérieuse de la grâce de Dieu. La catéchèse est donc l’exercice d’une " pédagogie originale de la foi ".
[485]
La transmission de l’Évangile par l’Église reste avant tout et toujours l’œuvre de l’Esprit-Saint et elle trouve dans la révélation le témoignage et la norme fondamentale (chapitre 1).
Mais l’Esprit se sert de personnes qui reçoivent la mission d’annoncer l’Évangile et dont les compétences et les expériences humaines font partie de la pédagogie de la foi.
Il en ressort tout un ensemble de questions largement évoquées dans l’histoire de la catéchèse, concernant l’action catéchétique, les sources, les méthodes, les destinataires, le processus d’inculturation.
Le deuxième chapitre ne prétend pas présenter un exposé exhaustif de la pédagogie de la foi ; ne sont traités que les points apparaissant aujourd’hui particulièrement importants pour toute l’Église. Il reviendra aux divers directoires et autres instruments de travail de chaque Église d’aborder d’une manière appropriée les problèmes spécifiques.
CHAPITRE I : La pédagogie de Dieu, source et modèle de la pédagogie de la foi
[486]
La pédagogie de Dieu
139 " C’est en fils que Dieu vous traite. Et quel est le fils que ne corrige son père ? " (
He 12,7). Le salut de la personne, finalité de la Révélation, est aussi, dans l’histoire, le fruit d’une " pédagogie de Dieu " originale et efficace. Par analogie avec les usages des hommes et selon les catégories culturelles de l’époque, Dieu est présenté dans l’Écriture comme un père miséricordieux, un maître, un sage
[487] qui prend la personne - individu et communauté - dans la condition où elle se trouve, la délivre des chaînes du mal, l’attire à lui par des liens d’amour, la fait grandir peu à peu, patiemment, jusqu’à ce qu’elle atteigne la maturité d’un fils libre, fidèle et obéissant à sa parole. Dans ce but, en éducateur génial et clairvoyant, Dieu transforme les vicissitudes de la vie de son peuple en leçons de sagesse en s’adaptant aux différents âges et situations de vie.
[488] Il lui remet des paroles d’instruction et de catéchèse qui seront transmises de génération en génération,
[489] il exhorte en évoquant la récompense et le châtiment, il donne aux épreuves et aux souffrances elles-mêmes un caractère formateur.
[490] Faire vraiment rencontrer Dieu à une personne, ce qui est la tâche du catéchiste, c’est faire de sa relation avec Dieu une relation centrale et personnelle, pour se laisser guider par Lui.
La pédagogie du Christ
140 Quand vint la plénitude des temps, Dieu envoya à l’humanité son Fils, Jésus-Christ. Il apporta au monde le don suprême du salut, accomplissant sa mission de rédempteur dans un processus qui continuait la " pédagogie de Dieu " avec la perfection et l’efficacité propres à la nouveauté de sa personne. Les disciples ont fait l’expérience directe, à travers ses paroles, ses signes, ses œuvres, tout au long d’une vie brève mais intense, de ce que sont les traits fondamentaux de la " pédagogie de Jésus ", les faisant connaître ensuite dans les Évangiles : l’accueil de l’autre, notamment du pauvre, du petit, du pécheur, comme une personne que Dieu aime et recherche ; l’annonce franche du Royaume de Dieu comme la belle nouvelle de la vérité et de la consolation du Père ; un style d’amour, délicat et fort, qui délivre du mal et soutient la vie ; l’appel pressant à une conduite soutenue par la foi en Dieu, par l’espérance du royaume, et par la charité envers le prochain ; l’usage de toutes les ressources de la communication entre les personnes, telles que la parole, le silence, la métaphore, l’image, l’exemple, tant de signes divers, comme cela était le propre des prophètes bibliques. En invitant les disciples à le suivre totalement et sans regrets,
[491] le Christ leur remet sa pédagogie de la foi en signe de partage total de sa cause et de son destin.
La pédagogie de l’Église
141 Depuis ses origines, l’Église qui est " dans le Christ comme un sacrement ",
[492] a vécu sa mission comme la continuité visible et actuelle de la pédagogie du Père et du Fils. " Étant notre Mère, elle est aussi l’éducatrice de notre foi ".
[493]
C’est pour ces raisons profondes que la communauté chrétienne est en elle-même une catéchèse vivante. En vertu de ce qu’elle est, elle annonce, célèbre, agit et demeure toujours le lieu vital, indispensable et premier de la catéchèse.
L’Église a produit tout au long des siècles un trésor incomparable de pédagogie de la foi : tout d’abord le témoignage de saints et de saintes catéchistes. Mais aussi toute une variété de moyens et de formes originales de communication religieuse comme le catéchuménat, les catéchismes, les itinéraires de vie chrétienne ; un patrimoine précieux d’enseignements catéchétiques, de culture de la foi, d’institutions et de services de la catéchèse. Autant d’aspects qui font l’histoire de la catéchèse et qui entrent de plein droit dans la mémoire de la communauté et dans la pratique du catéchiste.
La pédagogie divine, action de l’Esprit-Saint en chaque chrétien
142 "
Heureux l’homme que tu reprends, Seigneur, et que tu enseignes par ta loi " (
Ps 94,12). À l’école de la parole de Dieu accueillie dans l’Église, grâce au don de l’Esprit-Saint envoyé par le Christ, le disciple grandit comme son Maître " en sagesse, en âge et en grâce devant Dieu et devant les hommes " (
Lc 2,52) et il est mis à même de développer en lui l’" éducation divine " reçue à travers la catéchèse et les ressources de la science et de l’expérience.
[494] Ainsi, en connaissant toujours plus le mystère du salut, en apprenant à adorer Dieu le Père et " en vivant dans la vérité selon la charité ", il cherche à " grandir de toutes manières vers Celui qui est la Tête, le Christ " (
Ep 4,15) .
La pédagogie de Dieu peut être considérée accomplie lorsque le disciple parvient " à l’état d’homme parfait, dans la force de l’âge, qui réalise la plénitude du Christ " (
Ep 4,13). Aussi est-il impossible d’être des maîtres et des pédagogues de la foi d’autrui sans être des disciples convaincus et fidèles du Christ dans son Église.
Pédagogie divine et catéchèse
143 La catéchèse, en tant que communication de la révélation divine, s’inspire radicalement de la pédagogie de Dieu telle qu’elle se déploie dans le Christ et dans l’Église ; elle en accueille les traits constitutifs, et, guidée par l’Esprit Saint, elle en réalise une sage synthèse, favorisant ainsi une véritable expérience de foi, une rencontre filiale avec Dieu. De cette façon la catéchèse :
- est une pédagogie qui s’insère et se met au service du " dialogue du salut " entre Dieu et la personne, en soulignant comme il se doit la destination universelle de ce salut ; en ce qui concerne Dieu, elle souligne l’initiative divine, sa motivation d’amour, sa gratuité, son respect de la liberté ; en ce qui concerne l’homme, elle met en évidence la dignité du don reçu et l’exigence de croître continuellement dans ce don ;
[495]
- elle accepte le principe du caractère progressif de la Révélation, la transcendance et le caractère mystérieux de la parole de Dieu, ainsi que sa capacité d’adaptation aux différentes personnes et cultures ;
- elle reconnaît la place centrale de Jésus-Christ, parole de Dieu faite homme ; cette centralité fait de la catéchèse une " pédagogie de l’Incarnation " ; c’est pourquoi l’Évangile est toujours à proposer pour la vie et dans la vie des personnes ;
- elle valorise l’expérience communautaire de la foi, propre au Peuple de Dieu, à l’Église ;
- elle s’enracine dans la relation interpersonnelle et fait sien le processus du dialogue ;
- elle se fait pédagogie de signes, où se mêlent événements et paroles, enseignement et expérience ;
[496]
- l’amour de Dieu étant la raison ultime de sa révélation, la catéchèse puise dans cet amour divin intarissable qu’est l’Esprit Saint, sa force de vérité et son engagement constant pour en témoigner.
[497]
La catéchèse se présente ainsi comme un processus, un itinéraire, une marche à la suite du Christ de l’Évangile, dans l’Esprit, vers le Père, entreprise pour atteindre la maturité de la foi " selon la mesure du don du Christ " (
Ep 4,7) et les possibilités et les besoins de chacun.
Pédagogie originale de la foi
[498]
144 La catéchèse, qui est donc une pédagogie en acte de la foi, ne peut pas, dans l’accomplissement de ses tâches, se laisser guider par des considérations idéologiques ou par des intérêts purement humains ;
[499] elle ne confond pas l’action salvifique de Dieu, qui est pure grâce, avec l’agir pédagogique de l’homme ; cependant, elle ne les oppose ni ne les sépare. C’est le dialogue que Dieu instaure amoureusement avec chaque personne qui devient son inspiration et sa norme ; de ce dialogue, elle se fait l’" écho " inlassable, en recherchant continuellement le dialogue avec les personnes, selon les grandes indications données par le Magistère de l’Église.
[500]
Des objectifs précis inspirent ses choix méthodologiques :
- promouvoir une synthèse progressive et cohérente de l’adhésion totale de l’homme à Dieu (fides qua) et des contenus du message chrétien (fides quae) ;
- développer toutes les dimensions de la foi de sorte qu’elle devienne une foi connue, célébrée, vécue, priée ;
[501]
- encourager la personne à s’abandonner " tout entière et librement " à Dieu :
[502] intelligence, volonté, cœur, mémoire ;
- l’aider à discerner la vocation à laquelle le Seigneur l’appelle.
La catéchèse accomplit de la sorte une œuvre tout à la fois d’initiation, d’éducation et d’enseignement.
Fidélité à Dieu et fidélité à la personne
[503]
145 Jésus-Christ est la relation vivante et parfaite de Dieu à l’homme et de l’homme à Dieu. La pédagogie de la foi reçoit de Lui " une loi fondamentale pour toute la vie de l’Église ", et donc pour la catéchèse : " celle de la fidélité à Dieu et de la fidélité à l’homme, dans une même attitude d’amour ".
[504]
Par conséquent, la catéchèse est authentique lorsqu’elle aide à saisir l’action de Dieu au long du chemin de formation, en favorisant un climat d’écoute, d’action de grâce et de prière,
[505] tandis qu’elle tend à susciter une réponse libre des personnes, en encourageant la participation active des catéchisés.
La " condescendance "
[506] de Dieu, école pour la personne
146 Voulant s’adresser aux hommes comme à des amis,
[507] Dieu manifeste notamment sa pédagogie en adaptant, avec des soins prévenants, son langage à notre condition d’ici-bas.
[508]
Cela implique, pour la catéchèse, la tâche jamais achevée de trouver le langage capable de communiquer la parole de Dieu et le Credo de l’Église, qui en est le développement, aux différentes situations des auditeurs ;
[509] en même temps la certitude demeure que cette tâche est réalisable avec la grâce de Dieu, et que l’Esprit-Saint donne la joie de le faire.
Par conséquent, les indications pédagogiques adaptées à la catéchèse sont celles qui permettent de communiquer la totalité de la parole de Dieu au cœur de l’existence des personnes.
[510]
Évangéliser en éduquant et éduquer en évangélisant
[511]
147 En s’inspirant sans cesse de la pédagogie de la foi, le catéchiste fait de son service un itinéraire éducatif qualifié : d’un côté, il aide la personne à s’ouvrir à la dimension religieuse de la vie, de l’autre, il lui propose l’Évangile de telle manière que celui-ci pénètre et transforme les attitudes de son intelligence, de sa conscience, de sa liberté, de son action, arrivant à faire de l’existence un don de soi, à l’exemple de Jésus-Christ.
Dans ce but, le catéchiste a recours aux sciences de l’éducation, comprises dans un sens chrétien.
CHAPITRE II : Eléments de méthodologie
La diversité des méthodes en catéchèse
[01]
148 Dans la transmission de la foi, l’Église n’a ni méthode propre ni méthode unique. À la lumière de la pédagogie de Dieu, elle discerne les méthodes existantes, retient, dans une grande liberté d’esprit, " tout ce qu’il y a de vrai, de noble, de juste, de pur, d’aimable, d’honorable et qui mérite éloge " (
Ph 4,8) ; autrement dit, tous les éléments qui ne sont pas incompatibles avec l’Évangile, elle les met à son service. Cela est admirablement confirmé dans l’histoire de l’Église où les nombreux charismes de service de la Parole ont engendré divers parcours méthodologiques. Ainsi, " la variété dans les méthodes est un signe de vie et une richesse " et, en même temps un signe de respect à l’égard des destinataires. Cette variété est requise par " l’âge et le développement intellectuel des chrétiens, leur degré de maturité ecclésiale et spirituelle et par beaucoup d’autres circonstances personnelles ".
[02]
L’objectif de la méthodologie de la catéchèse est l’éducation à la foi ; elle a recours aux sciences pédagogiques et de la communication appliquées à la catéchèse ; elle tient compte des acquis considérables de la catéchèse contemporaine.
Le rapport contenu-méthode dans la catéchèse
[03]
149 Le principe de " fidélité à Dieu et fidélité à l’homme " conduit à éviter toute opposition, séparation artificielle ou soi-disant neutralité entre la méthode et le contenu, affirmant plutôt leur corrélation et leur interaction. Le catéchiste sait que la méthode est au service de la Révélation et de la conversion
[04] et qu’il faut donc en faire usage. D’autre part, le catéchiste sait que le contenu de la catéchèse ne supporte pas n’importe quelle méthode mais qu’il exige un processus de transmission adapté à la nature du message, à ses sources et à ses langages, aux circonstances concrètes de la communauté ecclésiale, à la condition de chaque fidèle auquel est adressée la catéchèse.
De par leur importance même, aussi bien dans la Tradition et dans l’actualité de la catéchèse, certaines méthodes méritent d’être soulignées : la méthode d’approche de la Bible,
[05] la méthode ou " pédagogie du document " - du symbole notamment, car " la catéchèse est transmission des documents de la foi " -,
[06] la méthode des signes liturgiques et ecclésiaux, la méthode propre aux communications sociales.
Une bonne méthode catéchétique garantit la fidélité du contenu. Méthode inductive et déductive
[07]
150 La transmission de la foi dans la catéchèse est un événement de grâce, fruit de la rencontre entre la Parole de Dieu et l’expérience de la personne. Elle s’exprime par des signes sensibles et, à la fin, ouvre au mystère. Cela peut arriver par des voies différentes que nous ne connaissons pas toujours complètement.
On parle aujourd’hui de méthodes inductive et déductive. La méthode dite inductive consiste à présenter des faits, tels que les événements bibliques, les actes liturgiques, la vie de l’Église et la vie quotidienne, dans le but de discerner la signification qu’ils peuvent avoir dans le mystère de la Révélation. Cette méthode offre de gros avantages parce qu’elle est conforme à l’économie de la révélation ; elle répond à l’attente profonde du cœur de l’homme qui est de parvenir à la connaissance des choses intelligibles en partant des réalités visibles ; elle concorde également avec les caractéristiques de la connaissance de la foi qui est une connaissance par l’intermédiaire de signes.
La méthode inductive n’exclut pas mais appelle la méthode déductive qui, elle, explique les faits et les décrit en partant de leurs causes. Mais la synthèse déductive ne prendra toute sa valeur qu’une fois la démarche inductive accomplie.
[08]
151 Le sens à donner est autre lorsqu’il s’agit des chemins d’action : l’un est dit " kerygmatique " (ou
descendant), lorsqu’il part de l’annonce du message, exprimé dans les principaux documents de la foi (
Bible, liturgie, doctrine.) et le met en pratique dans la vie ; l’autre est dit " existentiel " (ou
ascendant) lorsqu’il part des problèmes et situations humaines et les éclaire à la lumière de la Parole de Dieu. Ce sont là deux approches légitimes, à condition de respecter tous les facteurs en jeu, le mystère de la grâce et les données humaines, la compréhension de la foi et le processus de rationalité.
L’expérience humaine dans la catéchèse
[09]
152 L’expérience joue divers rôles dans la catéchèse ; c’est pourquoi il faut sans cesse la mettre dûment en valeur.
a) Elle fait naître chez l’homme des intérêts, des interrogations, des espoirs et des anxiétés, des réflexions et des jugements qui éveillent un certain désir de changer la vie. Aussi la catéchèse prendra-t-elle soin de rendre les personnes attentives à leurs expériences personnelles et sociales les plus marquantes, d’éclairer par l’Évangile les questions et les besoins qui en découlent ; de même, elle aidera les hommes à transformer leur mode de vie. La personne adoptera ainsi une attitude active et responsable à l’égard du don de Dieu.
b) L’expérience favorise l’intelligibilité du message chrétien. Ce qui concorde bien avec la manière d’agir de Jésus qui s’est servi d’expériences et de situations humaines pour expliquer les réalités eschatologiques et transcendantes, et par là, enseigner l’attitude à adopter face à ces réalités. En ce sens, l’expérience sert à sonder et à comprendre les vérités qui constituent le contenu objectif de la révélation.
c) Il s’ensuit que l’expérience vécue à la lumière de la foi devient en quelque sorte un lieu de manifestation et d’accomplissement du salut, où Dieu, conformément à la pédagogie de l’Incarnation, atteint l’homme par sa grâce et le sauve. Le catéchiste doit aider l’homme à lire sa vie dans cette optique pour y saisir l’appel de l’Esprit Saint à la conversion, à l’engagement, à l’espérance, et découvrir ainsi le dessein de Dieu dans sa propre vie.
153 Éclairer et interpréter l’expérience par le donné de la foi devient une tâche permanente de la pédagogie de la catéchèse, difficile certes, mais qui ne peut être négligée sous peine de tomber dans des juxtapositions artificielles ou des interprétations intégristes de la vérité.
C’est possible en appliquant correctement la corrélation ou l’interaction entre les grandes expériences humaines
[10] et le message révélé, comme en témoignent l’annonce des prophètes, la prédication de Jésus et l’enseignement des apôtres, constituant le critère fondamental à suivre pour toute rencontre entre la foi et l’expérience humaine dans le temps de l’Église.
La mémorisation dans la catéchèse
[11]
154 La catéchèse fait partie de la " Mémoire " de l’Église qui garde vivante au milieu de nous la présence du Seigneur.
[12] L’exercice de la mémoire est donc un aspect constitutif de la pédagogie de la foi depuis les premiers temps du christianisme. Pour surmonter les risques d’un apprentissage mécanique, la mémorisation doit s’insérer harmonieusement parmi les divers rites de l’assimilation, tels que la réaction spontanée et la réflexion, le moment du dialogue et celui du silence, l’exposé oral et le travail écrit.
[13]
Il faut en particulier mémoriser les principales formules de la foi parce qu’elles en assurent l’exposé plus précis et garantissent un précieux patrimoine commun, doctrinal, culturel et linguistique. La possession sûre des langages de la foi est une condition indispensable pour vivre la foi elle-même.
Ces formules doivent être cependant proposées comme des synthèses au terme d’un chemin d’explication, et doivent être fidèles au message chrétien. En font partie quelques formules et textes plus importants tirés de la Bible, du dogme, de la liturgie, et les prières bien connues de la tradition chrétienne (
le Symbole des apôtres, le
Notre Père, l’
Ave Maria.).
[14]
" Ces fleurs, si l’on peut dire, de la foi et de la piété ne poussent pas dans les espaces désertiques d’une catéchèse sans mémoire. L’essentiel est que ces textes mémorisés soient en même temps intériorisés, compris peu à peu dans leur profondeur, pour devenir source de vie chrétienne personnelle et communautaire ".
[15]
155 Bien plus, l’apprentissage des formules de la foi et leur profession entrent dans le cadre de l’exercice traditionnel de la
" traditio " et " redditio " ; c’est ainsi qu’à la transmission de la foi dans la catéchèse
(traditio) correspond la réponse du sujet, lors du parcours catéchétique d’abord, puis dans la vie
(redditio).
[16]
Ce processus favorise une meilleure participation à la vérité reçue. Il facilite une réponse personnelle responsable qui respecte le sens originel du donné de la foi et comprend le langage utilisé pour le dire (biblique, liturgique, doctrinal.).
156 Aucune méthodologie, même si elle est confirmée par la pratique, ne dispense le catéchiste d’un travail personnel dans toutes les étapes du processus de catéchèse.
Le charisme donné par l’Esprit, une spiritualité solide, un témoignage de vie transparent, sont l’âme de toute méthode, et seules les bonnes qualités humaines et chrétiennes du catéchiste assurent le bon usage des textes et des autres instruments de travail.
Le catéchiste est, en soi, un médiateur qui facilite la communication entre les personnes et le mystère de Dieu, des personnes entre elles et avec la communauté. C’est pourquoi il doit faire en sorte que sa vision culturelle, sa condition sociale et son style de vie n’entravent pas le cheminement de la foi, en créant plutôt les conditions favorables à la recherche, à l’accueil et à l’approfondissement du message chrétien.
Il n’oublie pas que l’adhésion des personnes est le fruit de la grâce et de la liberté ; il agit donc de telle sorte que son activité soit toujours soutenue par la foi en l’Esprit Saint et par la prière.
Enfin, le rapport personnel entre le catéchiste et le catéchisé est extrêmement important. Il est caractérisé par l’amour de l’éducation, la créativité originale, l’adaptation, et en même temps, par le plus grand respect de la liberté et de la maturation de la personne.
Par ce sage accompagnement, le catéchiste accomplit l’un des services les plus précieux de l’activité catéchétique : il aide les personnes à discerner la vocation à laquelle Dieu les appelle.
L’activité et la créativité des catéchisés
[18]
157 La participation active des catéchisés à leur processus de formation est tout à fait conforme non seulement à toute communication humaine authentique, mais plus spécifiquement à l’économie de la Révélation et du Salut. Dans l’état ordinaire de la vie chrétienne, les croyants sont appelés à répondre activement, individuellement et en groupe, au don de Dieu par la prière, la participation aux sacrements et aux autres actions liturgiques, l’engagement ecclésial et social, l’exercice de la charité, la promotion des grandes valeurs humaines comme la liberté, la justice, la paix, la sauvegarde de la création.
Dans la catéchèse, les catéchisés s’engagent à s’entraîner aux activités de la foi, de l’espérance et de la charité, à acquérir capacité et rectitude de jugement, à renforcer la décision personnelle de conversion et de pratique chrétienne de la vie.
Les catéchisés, surtout s’ils sont adultes, peuvent contribuer activement au progrès de la catéchèse en indiquant les voies les plus aptes à favoriser la compréhension et l’expression du message, comme l’apprentissage par l’action, la recherche et le dialogue, l’échange de points de vue.
Communauté, personne et catéchèse
[19]
158 La pédagogie catéchistique n’est efficace que dans la mesure où la communauté chrétienne devient la référence concrète et exemplaire du cheminement de foi de chaque personne. Cela se produit si la communauté se propose comme la source, le lieu et le terme de la catéchèse. Elle devient alors concrètement le lieu visible du témoignage croyant, elle pourvoit à la formation de ses membres, les accueille en véritable famille de Dieu, en devenant ainsi le milieu vital et permanent de croissance de la foi.
[20]
À côté de la proclamation de l’Évangile sous forme publique et collective, la relation de personne à personne, à l’exemple de Jésus et des apôtres, demeure toujours indispensable. De la sorte, la conscience personnelle est plus facilement impliquée, le don de la foi parvient au catéchisé de vivant à vivant, - comme il est propre à l’action du Saint-Esprit -, et la force de persuasion se fait plus incisive.
[21]
L’importance du groupe
[22]
159 Le groupe joue un rôle important dans le processus de développement des personnes. Il en est de même dans la catéchèse. Chez les enfants, le groupe favorise l’éducation à la vie sociale ; chez les jeunes, il est une nécessité vitale pour la formation de leur personnalité ; chez les adultes, il favorise le dialogue, le sens du partage et de la coresponsabilité chrétienne.
Le catéchiste qui participe à la vie du groupe, qui perçoit et met en valeur ses énergies, reconnaît et exerce comme tâche première et spécifique d’être, au nom de l’Église, le témoin actif de l’Évangile, capable de communiquer aux autres les fruits de sa foi adulte et d’encourager judicieusement la recherche commune.
En plus de l’instruction religieuse, le groupe chrétien est appelé à fournir une expérience de communauté et une forme de participation à la vie ecclésiale, en trouvant dans la grande communauté eucharistique son aboutissement et sa pleine manifestation. Jésus dit : " Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux " (
Mt 18,20) .
La communication sociale
[23]
160 " Le premier aréopage des temps modernes est le monde de la communication, qui donne une unité à l’humanité. Les médias ont pris une telle importance qu’ils sont, pour beaucoup de gens, le moyen principal d’information et de formation ; ils guident et inspirent les comportements individuels, familiaux et sociaux ".
[24] De ce fait, en plus des nombreux moyens traditionnels, " l’usage des médias est devenu essentiel pour l’évangélisation et la catéchèse ".
[25] En effet, " l’Église se sentirait coupable devant son Seigneur si elle ne mettait pas en œuvre ces puissants moyens que l’intelligence humaine rend chaque jour plus perfectionnés ;. En eux, l’Église trouve une version moderne et efficace de la chaire. Grâce à eux, elle réussit à parler aux masses ".
[26]
Ces moyens sont variés : télévision, radio, presse, disques, bandes enregistrées, vidéo et audio-cassettes, cédéroms, tout le secteur de l’audio-visuel.
[27] Chaque moyen joue son propre rôle et requiert un usage spécifique ; il convient de respecter les exigences de chacun et d’en évaluer l’importance.
[28] Une catéchèse bien programmée ne peut pas se passer de tels moyens. Ainsi, promouvoir l’aide entre les Églises pour faire face aux frais d’acquisition et aux coûts de gestion - parfois très élevés -, est un vrai service rendu à la cause de l’Évangile.
Le bon usage des médias demande aux agents de la catéchèse un sérieux engagement au niveau de la connaissance, de la compétence et de l’usage qualifié et actualisé. Mais surtout, en raison de la forte influence exercée par les médias sur la culture, ils doivent être conscients qu’il " ne suffit pas de les utiliser pour assurer la diffusion du message chrétien et de l’enseignement de l’Église, mais qu’il faut intégrer le message dans cette "
nouvelle culture" créée par les moyens de communication moderne. avec de nouveaux langages, de nouvelles techniques et de nouveaux comportements ".
[29] Ce n’est qu’ainsi que le message de l’Évangile, avec la grâce de Dieu, a la capacité de pénétrer dans la conscience de chacun et de " recueillir en sa faveur une adhésion et un engagement tout-à-fait personnels ".
[30]
162 Les professionnels et les usagers de la communication doivent pouvoir recevoir la grâce de l’Évangile. D’où le devoir des catéchistes de ne pas négliger certaines catégories de personnes, comme les professionnels des médias, auxquels ils doivent présenter l’Évangile comme un large horizon de vérité, de responsabilité, d’inspiration ; les familles - si exposées à l’influence des moyens de communication - pour les défendre - mais surtout en vue de faire croître leur sens critique et leur capacité éducative ;
[31] les jeunes générations qui sont les usagers et les créateurs de la communication de masse. Il faut rappeler à tous qu’en ce qui concerne " l’utilisation des instruments de communication, qu’il s’agisse de la production des programmes ou de leur réception, il est urgent d’exercer d’une part, une activité éducative du sens critique, animé par la passion de la vérité, et d’autre part, une action visant à défendre la liberté et le respect de la dignité de la personne et à favoriser la culture authentique des peuples ".
[32]