DISCOURS DU PAPE JEAN-PAUL II
À LA COMMUNAUTÉ POLONAISE DE PARIS
Esplanade du Champ-de-Mars, Paris
Samedi 31 mai 1980
Mes chers compatriotes, Frères et Sœurs,
Je suis heureux de rencontrer ce très nombreux groupe des Polonais de France, mes compatriotes vivant sur la terre de la France, et d’autres qui sont venus des pays voisins, car je sais qu’ils sont également présents.
Dieu vous bénisse pour cette présence en un moment si particulier. Cette rencontre a été le besoin de mon cœur en même temps que notre commun devoir envers notre Patrie. Je vous salue cordialement, chers Frères et Sœurs, et à travers vous je salue tous les Fils et Filles de notre Patrie que le destin a dirigés en France et unis à elle.
Je désire donc dans cette rencontre rendre témoignage au Christ devant vous, je désire rendre témoignage à vous-mêmes, chers Frères et Sœurs, et à toutes les générations passées qui ont eu à vivre, agir, travailler, lutter et mourir ici, sur cette terre de France. Et je désire également accueillir ce témoignage du passé et votre témoignage du moment présent.
J’ai dit dans un de mes discours que Paris est un lieu d’où l’on voit le monde entier. Je puis dire ici qu’il est également un lieu d’où l’on voit d’une manière particulière la Pologne, son histoire, ou du moins, les grands épisodes de celle-ci, très dramatiques, où c’est son destin qui a été en jeu, son « être ou ne pas être » sur la carte du monde. Moments dramatiques qui déchiraient les cœurs des générations qui les vivaient, mais en même temps moments qui fortifiaient et, parfois aussi, rendaient un sentiment de dignité. Ils consolidaient et creusaient le sens de l’identité nationale : ils ont été un appel lancé à nous-mêmes et aux étrangers pour le droit d’un peuple d’exister à l’intérieur des frontières légitimes et dans le cadre d’une existence étatique.
Le peuple français qui a toujours attaché un grand prix à sa propre liberté, a su être attentif aux autres lorsqu’ils se trouvaient dans des situations difficiles. Aussi est-ce sur cette terre, dans une grande mesure, dans cette ville, que s’élaborait notre réflexion nationale qui fut en même temps une réflexion sur la foi. Et bien que ces nobles désirs, ces grands desseins et visions ne se soient pas toujours réalisés, c’est ici que, dans bien des moments de l’histoire, renaissait notre pensée nationale et se dessinaient les contours d’un nouveau profil de la Patrie et de la nation. Ici trouvaient asile les réfugiés politiques, patriotes, penseurs, prophètes, écrivains, artistes. Ici sont nés plusieurs chefs-d'œuvre parmi les plus grands de notre culture. Ces faits sont connus, et point n’est besoin d’en parler en détail, mais comment, en un moment pareil, ne pas au moins les mentionner ? Est-il possible de ne pas évoquer avec émotion la Grande Émigration et ceux qui la constituaient et qui l’animaient ? Comment ne pas parler de Mickiewicz, Norwid, Chopin ? Excusez-moi de n’en avoir mentionné que quelques-uns. Est-il possible de ne pas rappeler en ce moment que c’est ici, à Paris, que naquit la Congrégation des Pères de la Résurrection pour porter un soutien moral à l’émigration et bâtir une Pologne catholique, suivant son programme ? Ils comprenaient tous leur séjour à Paris comme le service à la Patrie et à la Nation. Ce fut le but de leur activité créatrice, politique, religieuse et leur raison d’être. Ici, dans un climat de liberté, le passé chrétien de la nation, notre tradition chrétienne ont été préservés selon les besoins d’un moment, d’une situation concrète. Ici ont été lus, pour ainsi dire, les signes des temps d’alors, et ils l’ont été à la lumière des paroles du Christ : « L’Esprit donne la vie. » (Jn 6, 63) Et c’est précisément cet esprit qui donne la vie à l’homme, à la nation, à la patrie que ces hommes réveillaient, en maintenant, en développant et en créant les chefs-d'œuvre de la culture polonaise, dans le domaine de la prose, de la poésie, de la musique, de l’art, en fondant des centres, des bibliothèques (la Bibliothèque Polonaise à Paris, malgré de nombreuses difficultés auxquelles elle fait face, continue ces traditions et est un important poste culturel à l’Occident), des institutions pédagogiques et religieuses.
Mais ce n’est pas uniquement dans des moments difficiles que les Polonais prenaient la route vers la France, vers Paris. Les créateurs de notre culture, aussi bien les grands que les moins grands, venaient toujours volontiers ici et y trouvaient l’inspiration et le climat propres à leur activité. Ici renaissait moralement l’émigration, en approfondissant la conscience de sa mission, afin de servir la Patrie. Il en fut ainsi à l’origine, il faut qu’il en soit ainsi toujours, car la pensée de l’émigration, son activité créatrice, son apport à la foi, à la culture et au développement de l’homme, de la Pologne…, du monde, sont un complément inestimable et nécessaire. Sans cela, sans cette voix et cet apport, c’est un élément essentiel qui aurait manqué à cette si complexe et difficile totalité. Et si la Pologne vit son existence propre, si elle a conservé sa culture, sa souveraineté et son identité nationale, la liberté spirituelle, si elle a sa place au monde, et si aujourd’hui, ici à Paris, capitale de la France, c’est un Pape polonais qui vous parle, le mérite en revient également à tous ces hommes qui, avec la foi en la puissance des paroles du Christ : « L’Esprit donne la vie », ont su défendre et développer les valeurs humaines et divines qui sont le fondement de notre existence nationale et chrétienne.
Pardonnez-moi de n’avoir cité que quelques noms, quelques faits. Il y a eu bien d’autres noms, non moins importants. Je les porte tous dans mon cœur, tous et chacun sans exception. Et non seulement les grands. Je pense à ces foules de vos ancêtres, hommes simples, honnêtes, courageux, assidus à la tâche, qui ont été obligés de chercher du pain à l’étranger, ce pain que leur patrie ne leur avait pas donné. Ils y trouvèrent ce pain, ou du moins ils en avaient plus que leur propre terre n’a pu leur en offrir, mais c’est aussi un destin difficile et un dur labeur qui a été leur lot. Ils se sont trouvés déracinés, étrangers sur une terre étrangère. Par leur assiduité et leur honnêteté, ils y gagnèrent pourtant la confiance et l’estime. Plusieurs parmi ceux qui sont présents ici, portent ces expériences en eux. Elles sont inscrites dans vos âmes et sur vos corps. Ce furent d’abord des travailleurs saisonniers qui frayèrent le chemin à des ouvriers réguliers et qui ont été à l’origine de l’émigration agricole polonaise. Ce fut donc le travail aux champs, dans des fermes, les plantations (la Société d’émigration polonaise a eu ses postes à Paris, Soissons, Nancy). Ce fut aussi l’émigration ouvrière, les mineurs d’origine polonaise, les ouvriers d’usines qui s’établissaient principalement dans le Nord et là-bas, dans les mines, qui abordaient avec courage la dure réalité en pensant à la Patrie et à la famille, aux proches qui y sont restés ; ils assumaient le fardeau d’un labeur quotidien dans les mines et les usines, en songeant à un lendemain meilleur. Dans les départements du Pas-de-Calais et dans le Nord principalement, mais aussi dans d’autres (Seine, Meurthe-et-Moselle, Seine-et-Oise, Aisne, etc.), il existe à ce jour de nombreux groupements polonais, vous y êtes nombreux. Et tout comme vos pères, vous y constituez un important potentiel actif de l’économie de ces pays, vous participez d’une manière considérable à son développement et à son progrès, à sa puissance économique et spirituelle. Et ce, suivant les paroles du prophète Jérémie : « Ayez soin de la prospérité du pays dans lequel je vous ai conduits ; priez pour lui votre Dieu, car c’est de sa prospérité que dépend la vôtre. » (29, 7.)
Je pense à la génération qui a été jetée hors de la Patrie par suite des terribles événements de la Seconde Guerre mondiale, à cette génération qui n’a pas perdu courage dans cette tragique heure de l’histoire.
Je pense avec reconnaissance à ces prêtres polonais qui, bon an mal an, avec sacrifice et abnégation, servaient et servent toujours l’émigration. Ils ont le mérite d’avoir sauvegardé la foi au sein de l’émigration. Ce sont eux qui, dans une large mesure, veillaient, malgré tant de difficultés et tant d’obstacles, à la préservation de l’identité, de la langue et du lien avec la mère patrie, en puisant l’inspiration et en cherchant l’appui dans la culture catholique, chrétienne, polonaise. Comment ne pas citer ici le Séminaire Polonais, rue des Irlandais, qui, dans son ministère pastoral, dans la préparation des prêtres polonais et dans le maintien de l’esprit polonais, joue un rôle important ? À cette occasion, je désire exprimer ma reconnaissance à l’Église d’Irlande qui, avec une telle compréhension, est venue au-devant des besoins de l’équipe pastorale polonaise à l’étranger et qui a laissé à leur disposition un immeuble.
Je pense à toutes les organisations et associations pour l’émigration qui, dans la foi en Dieu, cherchent et trouvent l’inspiration pour leur activité. L’une d’elles, l’Association Catholique de la Jeunesse Polonaise, célèbre justement son 50e anniversaire. Avec un amour tout particulier, mais aussi avec inquiétude — car je connais vos difficultés — je pense à vous, les jeunes, à vous tous, filles et garçons, et je vous dis ce que j’ai déjà, à maintes occasions, dit à tant de jeunes : vous êtes l’espoir de l’Église et son avenir, vous êtes l’espoir du monde, du pays dans lequel vous vivez, vous êtes l’espoir de l’émigration, de votre Patrie, vous êtes mon espoir. Ne vous laissez pas miner par des complexes, ne vous coupez pas de cette souche qui vous a permis de croître. Sachez lire ce qui est en vous et autour de vous. Sachez lire, discerner et choisir. L’intégration est certes un processus important pour tous et nécessaire. Aujourd’hui personne ne peut s’enfermer dans son ghetto. Vous vous devez de servir le pays dans lequel vous vivez, de travailler pour lui, de l’aimer et de contribuer à son développement par votre propre enrichissement, celui de votre humanité, de ce qui est en vous, de ce qui constitue votre substance, sans rien défigurer, sans couper les fils qui vous relient au passé et, à travers les générations, à celles de vos parents et des précédentes, qui vous ramènent à une réalité à bien des égards plus pauvre, plus humble que celle dans laquelle vous vivez, mais combien grande, combien précieuse ! Ne vous laissez pas obnubiler par des slogans trop faciles, des lieux communs, des opinions de surface. Lisez la réalité, apprenez-la, aimez-la, transformez-la et donnez-lui une dimension nouvelle, contemporaine. Le fait de la connaître et de vivre avec elle quotidiennement permet de comprendre mieux soi-même et les autres, d’être plus près de Dieu par la foi et l’amour.
L’homme est la mesure des choses et des faits dans un monde créé. Mais c’est Dieu qui est la mesure de l’homme. C’est pourquoi l’homme doit revenir à cette source, à cette mesure unique qu’est Dieu incarné, Jésus-Christ. Il doit s’y reporter constamment s’il veut être homme et s’il veut que son monde soit humain. C’est précisément à cette vérité fondamentale et la plus importante que je désire rendre témoignage par ma visite en France et ma rencontre de ce jour avec vous, mes chers Frères et Sœurs. Revenez à cette vérité, méditez-la et retrouvez en elle vous-mêmes, les autres et toutes les choses qui constituent l’ensemble de la vie humaine, de votre vie concrète et de vos tâches dans tous les domaines. Le Christ ne nous appartient que dans la mesure où nous faisons nôtre son enseignement, son message salvifique d’amour. Croissez, accomplissez-vous dans la foi, dans l’espérance et dans l’amour. C’est cet appel et cette demande que je vous adresse aujourd’hui avec une force particulière.
Et maintenant, permettez que tous, vous et moi, nous tournions nos pensées et nos cœurs vers Jasna Gora, vers la Mère du Christ et de chaque homme, vers notre Mère et Reine de Pologne, et que nous lui confiions nous-mêmes vos familles, vos mères et vos pères, époux et épouses, fils et filles, vos prêtres et vos paroisses, vos proches, l’Église dans votre Patrie et dans le monde, la France à laquelle Dieu a lié votre vie. De tout cœur je vous donne ma bénédiction, à vous tous ici présents, à vos familles et à tous ceux qui s’unissent à nous par le cœur, par la pensée et par la prière.
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DISCOURS DE JEAN-PAUL II AUX RELIGIEUSES
DANS LE JARDIN DE RUE DU BAC
Paris (France)
Samedi, 31 mai 1980
Mes chères Sœurs,
1. Au cours de mes voyages apostoliques, j'éprouve un bonheur très profond et toujours nouveau à rencontrer les religieuses, dont l’existence consacrée par les trois vœux évangéliques “appartient inséparablement à la vie et à la sainteté de l’Église”[
1]. Bénissons ensemble le Seigneur qui a permis cette rencontre! Bénissons-le pour les fruits qui en résulteront dans vos vies personnelles, dans vos Congrégations, dans le peuple de Dieu! Merci d’être venues si nombreuses de tous les quartiers de Paris et de la région parisienne, et même de la province! Je suis heureux de vous exprimer, à vous qui êtes ici, comme à toutes le religieuses de France, mon estime, mon affection, mes encouragements.
Ce rassemblement, presque champêtre me fait penser à ces moments de pause et de respiration que le Christ lui-même réservait à ses premiers disciples au retour de certaines tournées apostoliques. Vous aussi, mes chères Sœurs, vous arrivez de vos lieux et tâches d’évangélisation: dispensaires ou maisons-hospitalières, écoles ou collèges, centres de catéchèse ou aumôneries de jeunes, services paroissiaux ou insertions dans les milieux pauvres. Il me plaît de vous redire les paroles du Seigneur: “Venez à l’écart... et reposez-vous un peu”[
2]. Ensemble, nous méditerons sur le mystère et le trésor évangélique de votre vocation.
2. La vie religieuse n’est pas votre propriété, pas plus qu’elle n’est la propriété d’un Institut. Elle est “
le don divin que l’Église a reçu de son Seigneur et que, par grâce, elle conserve fidèlement”[
3].
En somme, la vie religieuse est un héritage, une réalité vécue en Église depuis des siècles, par une multitude d’hommes et de femmes. Et l’expérience profonde qu’ils en ont faite transcende les différences socioculturelles qui peuvent exister d’un pays à un autre, dépasse aussi les descriptions qu’ils en ont laissées, et se situe au-delà de la diversité des réalisations et des recherches d’aujourd’hui. Il importe de respecter et d’aimer ce riche patrimoine spirituel. Il importe d’écouter et d’imiter ceux et celles qui ont le mieux incarné l’idéal de la perfection évangélique, et qui furent si nombreux à sanctifier et illustrer la terre de France.
Jusqu’au soir de votre vie, demeurez dans l’émerveillement et l’action de grâces pour l’appel mystérieux qui retentit un jour au fond de votre cœur: “Suis-moi”[
4]; “Vends tout ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans les cieux; puis viens, suis-moi”[
5]. Vous avez d’abord porté cet appel comme un secret, puis vous l’avez soumis au discernement de l’Église.
C’est en effet un bien grand risque de tout laisser pour suivre le Christ. Mais déjà vous sentiez - et vous avez expérimenté depuis - qu’Il était capable de combler votre cœur. La vie religieuse est une amitié, une intimité d’ordre mystique avec le Christ. Votre itinéraire personnel doit être comme une réédition originale du célèbre poème du Cantique des Cantiques. Chères Sœurs, dans le cœur à cœur de l’oraison, absolument vitale pour chacune de vous, comme à l’occasion de vos divers engagements apostoliques écoutez le Seigneur vous murmurer le même appel: “Suis-moi”.
L’ardeur de votre-réponse vous maintiendra dans la fraîcheur le votre première oblation. Vous irez ainsi de fidélité en fidélité!
3. Suivre le Christ est bien autre chose que l’admiration d’un modèle, même si vous avez de bonnes connaissances des Écritures et de la théologie. Suivre le Christ est quelque chose d’existentiel. C’est vouloir l’imiter au point de se laisser configurer à Lui, assimiler à Lui, au point de lui être - selon les paroles de Sœur Élisabeth de la Trinité - “une humanité de surcroît”. Et cela dans son mystère de chasteté, de pauvreté et d'obéissance.
Un tel idéal dépasse l’entendement et dépasse les forces humaines! Il n’est réalisable que grâce à des temps forts de contemplation silencieuse et ardente du Seigneur Jésus. Lès religieuses dites “actives” doivent être à certaines heures des “contemplatives”, à l’exemple des moniales auxquelles je m’adresserai à Lisieux.
La chasteté religieuse, mes Sœurs, c’est véritablement vouloir être comme le Christ; toutes les raisons que l’on peut avancer par ailleurs s’évanouissent devant cette raison essentielle: Jésus était chaste. Cet état du Christ était non seulement un dépassement de la sexualité humaine, préfigurant le monde futur, mais également une manifestation, une “épiphanie” de l’universalité de son oblation rédemptrice.
L’Évangile ne cesse de montrer comment Jésus a vécu la chasteté. Dans ses relations humaines, singulièrement élargies par rapport aux traditions de son milieu et de son époque, il rejoint parfaitement la personnalité profonde de l’autre. Sa simplicité, son respect, sa bonté, son art de susciter le meilleur dans le cœur des personnes rencontrées, bouleversent la Samaritaine, la femme adultère et tant d’autres gens.
Puisse votre vœu de virginité consacrée - approfondi et vécu dans le mystère de la chasteté du Christ - et qui transfigure déjà vos personnes, vous pousser à rejoindre en vérité vos frères et sœurs en humanité, dans les situations concrètes qui sont les leurs!
Tant de gens, dans notre monde, sont comme égarés, écrasés, désespérés! Dans la fidélité aux règles de prudence, faites-leur sentir que vous les aimez à la manière du Christ, en puisant dans son cœur la tendresse humaine et divine qu’il leur porte.
Vous avez également promis au Christ d’être pauvres avec Lui et comme Lui. Certes, la société de production et de consommation pose des problèmes complexes à la pratique de la pauvreté évangélique. Ce n’est pas le lieu et le moment d’en débattre. Il me semble que toute Congrégation doit voir dans ce phénomène économique une invitation providentielle à donner une réponse, à la fois traditionnelle et toute nouvelle au Christ pauvre. C’est en le contemplant souvent et longuement dans sa vie radicalement pauvre, c’est en fréquentant assidûment les humbles et les pauvres, qui sont aussi son visage, que vous serez capables de donner tout ce que vous êtes et tout ce que vous avez. L’Église a besoin d’être comme entraînée par votre témoignage. Mesurez votre responsabilité.
Quant à l’obéissance de Jésus, elle occupe une place centrale dans son œuvre rédemptrice. Vous avez souvent médité les pages où saint Paul parle de la désobéissance initiale, qui fut comme la porte d’entrée du péché et de la mort dans le monde, et il parle du mystère de l’obéissance du Christ qui amorce la remontée de l’humanité vers Dieu.
La dépossession de soi-même, l’humilité sont plus difficiles à notre génération éprise d’autonomie et même de fantaisie. On ne peut cependant imaginer une vie religieuse sans obéissance aux supérieures, qui sont gardiennes de la fidélité à l’idéal de l’Institut. Saint Paul souligne le lien de cause à effet entre l’obéissance du Christ jusqu’à la mort de la croix[
6] et sa gloire de Ressuscité et de Seigneur de l’univers. De même l’obéissance de toute religieuse - qui est toujours un sacrifice de la volonté, par amour - porte d’abondants fruits de salut pour le monde entier.
4. Vous avez donc accepté de suivre le Christ et de limiter de plus près, pour manifester son véritable visage à ceux qui le connaissent déjà comme à ceux qui ne le connaissent pas. Et cela, à travers toutes ces activités apostoliques aux quelles je faisais allusions au début de notre rencontre.
A ce plan des engagements, étant sauve la spiritualité particulière de vos Instituts, je vous exhorte vivement à vous intégrer dans l’immense réseau des tâches pastorales de l’Église universelle et des diocèses[
7]. Je sais que des Congrégations ne peuvent - faute de sujets - répondre à tous les appels qui leur viennent des évêques et de leurs prêtres. Faites pourtant l’impossible afin d’assurer les services vitaux des paroisses et des diocèses.Que des religieuses dûment préparées collaborent à la pastorale des réalités nouvelles qui sont nombreuses.
En un mot, investissez au maximum tous vos talents naturels et surnaturels dans l’évangélisation contemporaine. Soyez toujours et partout présentes au monde sans être du monde[
8]. Ne craignez jamais de laisser clairement reconnaître votre identité de femmes consacrées au Seigneur. Les chrétiens et ceux qui ne le sont pas on droit de savoir qui vous êtes. Le Christ, notre Maître à tous, a fait de sa vie un dévoilement courageux de son identité[
9].
Courage et confiance, mes chères Sœurs! Je sais que depuis des années vous avez beaucoup réfléchi sur la vie religieuse, sur vos Constitutions. Le temps est venu de vivre, dans la fidélité au Seigneur et à vos tâches apostoliques. Je prie de tout cœur pour que le témoignage de vos vies consacrées et le visage de vos Congrégations religieuses éveillent dans le cœur de nombreux jeunes le projet de suivre, comme vous, le Christ. Je vous bénis ainsi que toutes les religieuses de France œuvrant sur le sol de la patrie ou sur d’autres continents. Et je bénis tous ceux que vous portez dans votre cœur et votre prière.
[
4] Cfr.
Matth. 9, 9;
Io. 1, 43.
[
7] Cfr.
Perfectae Caritatis, 20.
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DISCOURS DE JEAN-PAUL II DANS LA
CHAPELLE DE LA MÉDAILLE MIRACULEUSE
Paris (France)
Samedi, 31 mai 1980
Je vous salue, Marie,
pleine de grâce, le Seigneur est avec vous,
vous êtes bénie entre toutes les femmes,
et Jésus,
le fruit de vos entrailles,
est béni.
Sainte Marie, Mère de Dieu,
priez pour nous, pauvres pécheurs,
maintenant et à l’heure de notre mort.
Amen.
O Marie, conçue sans péché,
priez pour nous qui avons recours à vous.
Telle est la prière que tu as inspirée, ô Marie, à sainte Catherine Labouré, en ce lieu même, voilà cent cinquante ans; et cette invocation, désormais gravée sur la médaille, est maintenant portée et prononcée par tant de fidèles dans le monde entier!
En ce jour où l’Eglise célèbre la visite que tu fis à Elisabeth alors que le Fils de Dieu avait déjà pris chair en ton sein, notre première prière sera pour te louer et te bénir! Tu es bénie entre toutes les femmes! Bienheureuse, toi qui as cru! Le Puissant fit pour toi des merveilles! La merveille de ta maternité divine! Et en vue d’elle, la merveille de ton Immaculée Conception! La merveille de ton fiat!
Tu as été associée si intimement à toute l’œuvre de notre Rédemption, associée à la croix de notre Sauveur; ton Cœur en a été transpercé, à côté de son Cœur. Et maintenant, dans la gloire de ton Fils, tu ne cesses d’intercéder pour nous, pauvres pécheurs. Tu veilles sur l’Eglise dont tu es la Mère. Tu veilles sur chacun de tes enfants. Tu obtiens de Dieu, pour nous, toutes ces grâces que symbolisent les rayons de lumière qui irradient de tes mains ouvertes. A la seule condition que nous osions te les demander, que nous nous approchions de toi avec la confiance, la hardiesse, la simplicité d’un enfant. Et c’est ainsi que tu nous mènes sans cesse vers ton divin Fils.
En ce lieu béni, j’aime te redire moi-même, aujourd’hui, la confiance, l’attachement très profond, dont tu m’as toujours fait la grâce. Totus tuus. Je viens en pèlerin, après tous ceux qui sont venus dans cette chapelle depuis cent cinquante ans, comme tout le peuple chrétien qui se presse ici chaque jour pour te dire sa joie, sa confiance, sa supplication. Je viens comme le bienheureux Maximilien Kolbe: avant son voyage missionnaire au Japon, voilà juste cinquante ans, il était venu ici chercher ton soutien particulier pour propager ce qu’il appela ensuite “la Milice de l’Immaculée” et entreprendre son œuvre prodigieuse de rénovation spirituelle, sous ton patronage; avant de donner sa vie pour ses frères.
Le Christ demande aujourd’hui a son Eglise une grande œuvre de rénovation spirituelle. Et moi, humble Successeur de Pierre, c’est cette grande œuvre que je viens te confier, comme je l’ai fait à Jasna Gora, à Notre-Dame de Guadalupe, à Knoch, à Pompei, à Ephèse, comme je le ferai l’an prochain à Lourdes.
Nous te consacrons nos forces et notre disponibilité pour servir le dessein du salut opéré par ton Fils. Nous te prions pour que, grâce à l’Esprit Saint, la foi s’approfondisse et s’affermisse dans tout le peuple chrétien, pour que la communion l’emporte sur tous les germes de division, pour que l’espérance soit ravivée chez ceux qui se découragent.
Nous te prions spécialement pour ce peuple de France, pour l’Eglise qui est en France, pour ses Pasteurs, pour les âmes consacrées, pour les pères et mères de familles, pour les enfants et les jeunes, pour les hommes et les femmes du troisième âge.Nous te prions pour ceux qui souffrent d’une détresse particulière, physique ou morale, qui connaissent la tentation d’infidélité, qui sont ébranlés par le doute dans un climat d’incroyance, pour ceux aussi qui subissent la persécution à cause de leur foi.
Nous te confions l’apostolat des laïcs, le ministère des prêtres, le témoignage des religieuses. Nous te prions pour que l’appel de la vocation sacerdotale et religieuse soit largement entendu et suivi, pour la gloire de Dieu et la vitalité de l’Eglise en ce pays, et celle des pays qui attendent toujours une entraide missionnaire.
Nous te recommandons particulièrement la multitude des Filles de la Charité, dont la Maison Mère est établie en ce lieu et qui, dans l’esprit de leur fondateur saint Vincent de Paul et de sainte Louise de Marillac sont si promptes à servir l’Eglise et les pauvres dans tous les milieux et dans tous les pays. Nous te prions pour celles qui habitent cette Maison et qui accueillent, au cœur de cette capitale fièvreuse, tous les pèlerins qui savent le prix du silence et de la prière.
Je vous salue, Marie,
pleine de grâce, le Seigneur est avec vous,
vous êtes bénie entre toutes les femmes,
et Jésus,
le fruit de vos entrailles,
est béni.
Sainte Marie, Mère de Dieu,
priez pour nous, pauvres pécheurs,
maintenant et à l’heure de notre mort.
Amen.
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