DISCOURS DU PAPE JEAN-PAUL II
AUX REPRÉSENTANTS DES AUTRES CONFESSIONS CHRÉTIENNES
Paris (France)
Samedi, 31 mai 1980
Chers Frères dans le Christ,
Je vous remercie de cette rencontre que je désirais avoir avec vous durant ma première visite en France. Très cordialement je salue d’abord nos frères orthodoxes, venus principalement de différentes régions de l’Orient, pour vivre dans ce pays qui les accueillait, continuant ainsi une longue tradition dont saint Irénée fut l’un des premiers exemples. Je n’oublie pas non plus le représentant de l’Église anglicane. Et je me tourne maintenant vers les représentants du protestantisme français ici présents.
A ce moment de l’effort que nous faisons en commun pour restaurer entre tous le chrétiens l’unité voulue par le Christ, il faut en effet que nous prenions conscience des exigences que le fait d’être chrétien comporte pour nous aujourd’hui.
Tout d’abord, et dans la dynamique du mouvement vers l’unité, il faut purifier notre mémoire personnelle et communautaire du souvenir de tous les heurts, les injustices, les haines du passé.
Cette purification s’opère par le pardon réciproque, du fond du cœur, condition de l’épanouissement d’une vraie charité fraternelle, d’une charité qui n’entretient pas de rancune et qui excuse tout[
1] . Je le dis ici car je sais les cruels événements qui, dans le passé, ont marqué en ce pays les relations des catholiques avec les protestants.
Être chrétien aujourd’hui nous demande d’oublier ce passé pour être tout entiers disponibles à la tâche à laquelle le Seigneur nous appelle maintenant[
2] . Vous êtes affrontés à cette tâche et je me réjouis particulièrement de la qualité de la collaboration qui existe entre vous, notamment en ce qui concerne le service de l’homme, service compris dans toute sa dimension et qui requiert de manière urgente et dès maintenant un témoignage de tous les chrétiens sur la nécessité duquel j’ai déjà insisté dans l’encyclique “
Redemptor Hominis”.
Mais, aujourd’hui plus que jamais peut-être, le premier service à rendre à l’homme est de témoigner de la vérité, de toute la vérité, “alithevondes en agapi”, “en confessant la vérité dans l’amour”[
3]. Nous ne devons avoir de cesse que nous ne soyons de nouveau capables de confesser ensemble toute la vérité, toute cette vérité dans laquelle l’Esprit nous guide[
4]. Je sais combien franche est aussi votre collaboration en ce domaine, et les échanges qui eurent lieu lors de l’assemblée du protestantisme français en 1975 sont un exemple de cette franchise. Il faut que nous parvenions à confesser ensemble toute la vérité pour pouvoir vraiment témoigner en commun de Jésus-Christ, le seul en qui et par qui l’homme peut être sauvé[
5].
J’ai voulu vous dire brièvement quelques-uns des sentiments qui m’animent en cet instant, mais je n’ai pas voulu m’étendre davantage pour éviter de diminuer le temps disponible pour les échanges plus personnels, et pour la prière qui conclura notre rencontre.
Mais avant de passer à cette prière, je veux vous remercier très vivement pour vos interventions, vos introductions; dans ces introductions, on peut le dire, je retrouve des interrogations, mais je retrouve aussi un fruit. Car cela, c'est déjà un fruit : vous avez bien souligné que c'est un fruit des échanges qui durent déjà depuis quelque temps. Evidemment les échanges vont créer des interrogations. Et c'est juste, on ne peut pas faire autre ment, on ne peut pas avancer autrement.
Il faut bien considérer que nous avons maintenant à refaire des siècles, et refaire des siècles ne peut pas s'effectuer en quelques années, du moins d'après les critères humains. Mais le travail même, le fait qu'on se rencontre, le fait qu'on dialogue, qu'on se pose des questions, qu'on cherche à répondre, qu'on cherche à scruter sa propre vérité, c'est déjà un fruit, oui, c'est déjà un fruit, et on ne peut rien faire d'autre que continuer, continuer.
Je dois dire que je vis profondément l'anniversaire que vous vivez cette année, je veux dire le 450e anniversaire de la « confessio augustana », oui, profondément. Je le vis d'une manière pour moi incompréhensible parce que c'est quelqu'un qui le vit en moi. « Quelqu'un te conduira! » : je pense que ces paroles que le Seigneur disait à Pierre sont, peut-être, les plus importantes de toutes les paroles qu'il a entendues : « Quelqu'un te conduira! ».
Je dois aussi dire que ma visite fraternelle au Patriarche œcuménique de Constantinople m'a donné beaucoup d'espérance. Je me suis trouvé très bien dans cette atmosphère, dans ce milieu qui évidemment constitue une grande réalité spirituelle. Une réalité complémentaire : on ne peut pas respirer en chrétien, je dirai plus, en catholique, avec un seul poumon; il faut avoir deux poumons, c'est-à-dire oriental et occidental. Ceci pour évoquer seulement cette visite à Constantinople.
Je pense que dans cette grande question de l'unité à retrouver, il y a évidemment un moment historique, et si nous nous interrogeons, entre nous, c'est un autre qui nous interroge davantage encore, parce que évidemment nous nous trouvons devant une négation radicale de tout ce que nous sommes, de ce que nous croyons, de ce que nous prêchons, de ce que nous témoignons. On ne peut répondre autrement à cette interrogation foncière que par un témoignage : témoignage de la foi, témoignage de l'unité, témoignage dans le Christ. C'est le moment historique où nous nous trouvons, et ce moment est accompagné de nos efforts.
Je pense qu'ici, nous sommes — on peut dire — en règle, nous avons reconnu les signes des temps et nous cherchons à y répondre, en nous-mêmes, avec nos forces, nos forces humaines, nous cherchons tous à y répondre. Mais il y a, comme vous l'avez souligné aussi dans vos discours, un autre élément qui est beaucoup plus important que nos efforts, c'est le temps. Le temps, c'est-à-dire l'espérance. Nous espérons que le Seigneur nous donnera ce jour où nous nous retrouverons unis, et peut-être, ce jour-là, nous aurons — on peut être sûr que nous aurons — une autre vision des difficultés que nous envisageons aujourd'hui comme telles. Une vision des approches différentes de la même source, de la même vérité du même Jésus-Christ, du même Evangile.
Je suis convaincu que le Seigneur nous prépare cela, et c'est pour cela qu'il a inspiré l'esprit de nos prédécesseurs — je dis prédécesseurs au sens ménique — en particulier évidemment je parle de Jean XXIII qui se trouvait ici comme Nonce et qui continue à être présent à nos esprits.
Et c'est pour cela que nous devons prier toujours. Je pense, je suis convaincu que la fonction, la tâche fondamentale des communautés chrétiennes, des Eglises, la tâche fondamentale de tous les croyants reste toujours la prière. La prière... et c'est le Seigneur qui nous a enseigné à prier depuis longtemps, mais spécialement à prier pour cette unité parce que c'est lui-même qui a prié pour cette unité dans un moment qu'on peut dire le sommet de sa mission.
Et à cause de cela, en vous remerciant pour tout ce que vous disiez tout à l'heure, je suis reconnaissant au Seigneur et à vous-mêmes de pouvoir me trouver avec vous, et de pouvoir entendre de vous ces paroles que j'ai entendues, parce que je pense : qu'est-ce que cela veut dire, des « Frères »? Cela ne veut pas dire seulement des personnes qui se disent toujours : oui, oui, je t'aime, mais cela veut dire aussi des personnes qui se disputent parfois; mais si elle se disputent pour un bien commun, pour un bien supérieur, alors cela va.
Pour ne pas augmenter le retard, parce que je vois que les organisateurs nous pressent déjà, nous pourrions maintenant passer à la prière qui doit couronner évidemment notre rencontre. Avant de dire la prière du Seigneur, nous pourrions nous remettre ensemble devant le dessein salvifique de Dieu en méditant la magnifique confession de l'apôtre Paul dans l'hymne de sa lettre aux Ephésiens.
« Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus-Christ: il nous a bénis de toute bénédiction spirituelle dans les cieux en Christ. Il nous a choisis en lui avant la fondation du monde pour que nous soyons saints et irréprochables sous son regard dans l’amour.
« Il nous a prédestinés à être pour lui des fils adoptifs par Jésus-Christ; ainsi l’a voulu sa bienveillance à la louange de sa gloire et de la grâce dont il nous a comblés en son Bien-Aimé.
« En lui par son sang, nous sommes délivrés, en lui nos fautes sont pardonnées, selon la richesse de sa grâce. Dieu nous l’a prodiguée; nous ouvrant à toute sagesse et intelligence.
« Il nous a fait connaître le mystère de sa volonté, le dessein bienveillant qu’il a d’avance arrêté en lui-même pour mener les temps à leur accomplissement: réunir l’univers entier sous un seul chef, le Christ, ce qui est dans les cieux et ce qui est sur la terre.
« En lui aussi, nous avons reçu notre part, suivant le projet de celui qui mène tout au gré de sa volonté: nous avons été prédestinés pour être à la louange de sa gloire ceux qui ont d’avance espéré dans le Christ.
« En lui, encore, vous avez entendu la parole de vérité, l’Évangile qui vous sauve.
« En lui encore vous avez cru, et vous avez été marqués du sceau de l’Esprit promis, l’Esprit Saint, acompte de notre héritage jusqu’à la délivrance finale où nous en prendrons possession, à la louange de sa gloire
»[6].
Notre Père qui es aux cieux,
que ton nom soit sanctifié,
que ton règne vienne,
que ta volonté soit faite
sur la terre comme au ciel.
Donne-nous aujourd’hui
notre pain de ce jour.
Pardonne-nous nos offenses,
comme nous pardonnons aussi
à ceux qui nous ont offensés.
Et ne nous soumets pas à la tentation,
mais délivre-nous du Mal. Amen.
* * *
Avant la prière, le Pape a improvisé le discours ci-après qui reprend quelques-uns des sujets abordés dans les allocutions qui lui avaient été adressées :
Mais avant de passer à cette prière, je veux vous remercier très vivement pour vos interventions, vos introductions ; dans ces introductions, on peut le dire, je retrouve des interrogations, mais je retrouve aussi un fruit. Car cela, c’est déjà un fruit : vous avez bien souligné que c’est un fruit des échanges qui durent déjà depuis quelque temps. Évidemment les échanges vont créer des interrogations. Et c’est juste, on ne peut pas faire autrement, on ne peut pas avancer autrement. Il faut bien considérer que nous avons maintenant à refaire des siècles, et refaire des siècles ne peut pas s’effectuer en quelques années, du moins d’après les critères humains. Mais le travail même, le fait qu’on se rencontre, le fait qu’on dialogue, qu’on se pose des questions, qu’on cherche à répondre, qu’on cherche à scruter sa propre vérité, c’est déjà un fruit, oui, c’est déjà un fruit, et on ne peut rien faire d’autre que continuer, continuer.
Je dois dire que je vis profondément l’anniversaire que vous vivez cette année, je veux dire le 450e anniversaire de la « confessio augustana » oui, profondément. Je le vis d’une manière pour moi incompréhensible parce que c’est quelqu’un qui le vit en moi. « Quelqu’un te conduira »: je pense que ces paroles que le Seigneur disait à Pierre sont, peut-être, les plus importantes de toutes les paroles qu’il a entendues : « Quelqu’un te conduira. »
Je dois aussi dire que ma visite fraternelle au Patriarcat œcuménique de Constantinople m’a donné beaucoup d’espérance. Je me suis trouvé très bien dans cette atmosphère, dans ce milieu qui évidemment, constitue une grande réalité spirituelle. Une réalité complémentaire : on ne peut pas respirer en chrétien, je dirai plus, en catholique, avec un seul poumon ; il faut avoir deux poumons, c’est-à-dire oriental et occidental. Ceci pour évoquer seulement cette visite à Constantinople.
Je pense que dans cette grande question de l’unité à retrouver, il y a évidemment un moment historique, et si nous nous interrogeons, entre nous, c’est un autre qui nous interroge davantage encore, parce que, évidemment, nous nous trouvons devant une négation radicale de tout ce que nous sommes, de ce que nous croyons, de ce que nous prêchons, de ce que nous témoignons. On ne peut répondre autrement à cette interrogation foncière que par un témoignage : témoignage de la foi, témoignage de l’unité, témoignage dans le Christ. C’est le moment historique où nous nous trouvons, et ce moment est accompagné de nos efforts.
Je pense qu’ici, nous sommes — on peut dire — en règle, nous avons reconnu les signes des temps et nous cherchons à y répondre, en nous-mêmes, avec nos forces, nos forces humaines, nous cherchons tous à y répondre. Mais il y a, comme vous l’avez souligné aussi dans vos discours, un autre élément qui est beaucoup plus important que nos efforts, c’est le temps. Le temps, c’est-à-dire l’espérance. Nous espérons que le Seigneur nous donnera ce jour où nous nous retrouverons unis, et, peut-être, ce jour-là, nous aurons — on peut être sûr que nous aurons — une autre vision des difficultés que nous envisageons aujourd’hui comme telles. Une vision des approches différentes de la même source, de la même vérité, du même Jésus-Christ, du même Évangile. Je suis convaincu que le Seigneur nous prépare cela, et c’est pour cela qu’il a inspiré l’esprit de nos prédécesseurs — je dis prédécesseurs au sens œcuménique — en particulier, évidemment, je parle de Jean XXIII qui se trouvait ici comme nonce et qui continue à être présent à nos esprits.
Et c’est pour cela que nous devons prier toujours. Je pense, je suis convaincu que la fonction, la tâche fondamentale des communautés chrétiennes, des Églises, la tâche fondamentale de tous les croyants, reste toujours la prière. La prière… et c’est le Seigneur qui nous a enseigné à prier depuis longtemps, mais spécialement à prier pour cette unité parce que c’est lui-même qui a prié pour cette unité dans un moment qu’on peut dire le sommet de la mission. Et à cause de cela, en vous remerciant pour tout ce que vous disiez tout à l’heure, je suis reconnaissant au Seigneur et à vous-même de pouvoir me trouver avec vous, et de pouvoir entendre de vous ces paroles que j’ai entendues, parce que je pense : qu’est-ce que cela veut dire, des « Frères » ? Cela ne veut pas dire seulement des personnes qui se disent toujours : « oui, oui, je t’aime », mais cela veut dire aussi des personnes qui se disputent parfois ; mais si elles se disputent pour un bien commun, pour un bien supérieur, alors cela va.
Pour ne pas augmenter le retard, parce que je vois que les organisateurs nous pressent déjà, nous pourrions maintenant passer à la prière qui doit couronner, évidemment, notre rencontre. Avant de dire la prière du Seigneur, nous pourrions nous remettre ensemble devant le dessein salvifique de Dieu en méditant la magnifique confession de l’apôtre Paul dans l’hymne de sa lettre aux Éphésiens.
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RENCONTRE DE JEAN-PAUL II
AVEC LES REPRÉSENTANTS DE LA
COMMUNAUTÉ JUIVE FRANÇAISE
Paris
Samedi, 31 mai 1980
Chers Frères,
C’est une joie pour moi de recevoir les représentants de la nombreuse et vivante communauté juive de France. Cette communauté a en effet une longue et glorieuse histoire. Est-il besoin de rappeler ici les théologiens, les exégètes, les philosophes et les hommes publics qui l’ont distinguée dans le passé et la distinguent toujours?
Il est vrai aussi, et je tiens à la mentionner, que votre communauté a eu beaucoup à souffrir pendant les années obscures de l’occupation et de la guerre. Je rends hommage à ces victimes dont nous savons que le sacrifice n’est pas resté infructueux. C’est de là qu’est vraiment parti, grâce au courage et à la décision de quelques pionniers, dont Jules Isaac, le mouvement qui nous a conduits jusqu’au dialogue et à la collaboration présents, inspirés et promus par la Déclaration “Nostra Aetate” du Concile Vatican II.
Ce dialogue et cette collaboration sont très vivants et très actifs ici en France. Je m’en félicite. Entre le judaïsme et l’Église, il y a un rapport, comme je l’ai dit en une autre occasion à des représentants juifs, un rapport “au niveau même de leurs respectives identités religieuses” [
1]. Ce rapport doit être encore approfondi et enrichi par l’étude, la connaissance mutuelle, l’enseignement religieux de part et l’autre, et l’effort pour surmonter les difficultés encore existantes.
Cela nous permettra d’œuvrer ensemble pour une société libre de discriminations et de préjugés, où puissent régner l’amour et non la haine, la paix et non la guerre, la justice et non l’oppression. C’est vers cet idéal biblique qu’il nous convient de regarder toujours, puisqu’il nous unit si profondément.Je profite de cette heureuse occasion pour le réaffirmer encore devant vous et vous exprimer mon espoir de le poursuivre ensemble.
[
1] Ioannis Pauli PP. II
Allocutio, die 12 mar. 1979:
Insegnamenti di Giovanni Paolo II, II (1979) 529.
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RENCONTRE DE JEAN-PAUL II
AVEC LES REPRÉSENTANTS DE LA
COMMUNAUTÉ MUSULMANE DE FRANCE
Paris
Samedi, 31 mai 1980
C’est avec une grande joie que je vous adresse mon salut, a vous Musulmans, nos frères dans la foi au Dieu unique. A travers vous, je salue tous vos frères et sœurs qui vivent aussi dans ce pays.
Si le motif qui vous a portés à quitter vos patries respectives, que ce soit le travail ou l’étude, donne à votre démarche un caractère de dignité incontestable, il n’en est pas moins vrai que votre condition d’émigrés vous pose, comme elle pose à ce pays d’accueil, des problèmes sociaux, culturels et religieux importants.
Je sais que des efforts ont été entrepris pour comprendre vos problèmes et pour rechercher des solutions satisfaisantes, et je pense ici en particulier aux nombreuses organisations socioprofessionnelles et culturelles sensibilisées à votre situation ainsi qu’à celle des autres immigrés vivant en France.
L’Église aussi en est consciente. Je mentionnerai seulement deux initiatives qu’elle a prises: la Déclaration conciliaire du 28 octobre 1965, où elle a affirmé sa volonté non seulement de rechercher de dialogue avec l’Islam, mais de “promouvoir ensemble pour tous les hommes, la justice sociale, les valeurs morales, la paix et la liberté”, et la création le 19 mai 1964 du “Secrétariat pour les non-chrétiens”. J’ai réaffirmé récemment cette volonté de l’Église au cours de mon voyage en Afrique, en rencontrant les représentants de l’Islam à Nairobi et à Accra. Un tel souci sur le plan de l’Église universelle trouve une expression plus proche de vous dans le “Secrétariat pour les relations avec l’Islam”, mis en place par l’Église en France.
Tous vos problèmes ne sont pas résolus pour autant, j’en suis conscient, pas plus d’ailleurs que ceux des autres travailleurs dans le monde, pas plus que ceux des nombreux chrétiens qui vivent et travaillent dans un certain nombre de pays musulmans. Mais nous sommes persuadés que la bonne volonté, l’effort sincère de compréhension et la recherche commune des solutions dans un réel désir de conciliation peuvent, avec l’aide du Dieu Unique auquel tous nous croyons, aider à trouver les solutions satisfaisantes.
Notre idéal commun est une société dans laquelle les hommes se reconnaissent comme des frères qui marchent à la lumière de Dieu dans l’émulation pour le bien.
Soyez remerciés de votre présence ici.
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SALUT DE JEAN-PAUL II
AU MAIRE DE PARIS
30 mai 1980
Monsieur le Maire,
J’ai été très sensible aux paroles de bienvenue que vous venez de m’adresser, au nom du Peuple de Paris, de ses élus, et en votre nom personnel. Invité de la France pour quelques jours - et avec quelle joie! - c’est dans sa prestigieuse capitale que j’effectuerai l’essentiel de mon séjour. A plusieurs reprises déjà, j’ai eu le bonheur d’y venir au cours des années passées, la découvrant chaque fois plus grande, plus belle aussi grâce aux efforts accomplis pour la mettre en valeur. C’est vraiment l’une des capitales du monde.
Aujourd’hui, le Successeur de Pierre la retrouve non sans émotion. Et sur cette Place située á deux pas de la Cité, le berceau de la ville, en ces lieux qui furent les témoins de grandes heures et en même temps des principales vicissitudes de son histoire, en ces lieux si symboliques à tant d’égards, il vient saluer la population parisienne avec toute l’affection de son cœur et tout le respect mérité par les pages glorieuses qu’elle a inscrites dans le registre des temps.
Ville lumière, comme on l’appelle à juste titre, je lui souhaite de le demeurer et pour son pays et pour le monde. Elle le peut sans doute par le rayonnement de sa culture, et elle le fait. Elle le peut par la fidélité à son patrimoine historique et artistique. De bien des côtés on regarde vers elle avec autant d’admiration que d’envie; dans ma patrie d’origine aussi, on sait ce que l’on doit à Paris.
Mais le passé n’est pas tout. Il y a le présent, et le présent ce sont des questions très concrètes. Et il y a aussi l’avenir à préparer. Il y a ces multiples problèmes d’aménagement, d’organisation, qui sont le lot des grandes métropoles. Mais aucun de ces problèmes, même sous l’aspect technique, n’est dépourvu d’une composante humaine. Paris, c’est d’abord des hommes, des femmes, des personnes entraînées par le rythme rapide du travail dans les bureaux, les lieux de recherche, les magasins, les usines; une jeunesse en quête de formation et d’emploi; des pauvres aussi, qui vivent souvent leur détresse, ou même leur indigence, avec une dignité émouvante, et que nous ne pouvons jamais oublier; un va-et-vient incessant de population souvent déracinée; des visages anonymes où se lit la soif de bonheur, du mieux-être et, je le crois aussi, la soif du spirituel, la soif de Dieu.
Ma visite en France est une visite pastorale, vous le savez. Évêque de Rome, je suis affronté personnellement chaque jour, dans mon propre diocèse, à des situations similaires, même si le contexte peut différer en certains points. J’essaye ainsi de comprendre les préoccupations de ceux qui ont en charge, à différents titres, les problèmes d’une ville jumelée avec la mienne, et je pense y parvenir, du moins je l’espère.
Recevez, Monsieur le Maire, les souhaits fervents de votre hôte, pour la lourde tâche que les élus parisiens ont à assumer. Je demande au Seigneur de vous assister dans tous les efforts qui seront entrepris au service du bien commun, afin que le Peuple de Paris si cher à mon cœur trouve toujours davantage les conditions de son épanouissement, et fasse ainsi toujours davantage notre fierté.
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MESSAGE RADIOPHONIQUE DE JEAN-PAUL II
AUX FRANÇAIS
Cathédrale de Notre-Dame (Paris)
Samedi 30 mai 1980
Ce soir, après avoir célébré la Messe au cœur de la capitale française devant Notre-Dame de Paris, je pense à tous ceux qui auraient aimé participer à ce rassemblement autour du Pape ou aux célébrations qui suivront, mais qui sont retenus chez eux: aux malades, à tous ceux qui sont sur leur lit d’hôpital, auxquels je souhaite réconfort et paix; aux handicapés et à leurs familles; aux prisonniers, que je visite en esprit et auxquels je souhaite la foi en la miséricorde de Dieu, l’espérance et le soutien fidèle de leurs familles; aux travailleurs auxquels l’horaire de leur emploi ou leur tour de service public ne permettent pas facilement de s’associer à de telles manifestations; à tous ceux enfin qui, pour d’autres raisons, ne pourront satisfaire leur désir de voir ou d’entendre le Pape. A tous, chers amis, je vous dis mon estime, je vous assure de ma prière et de mes vœux cordiaux pour vos familles.
Bonsoir à tous!
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ARRIVÉE DE JEAN-PAUL II À PARIS
Vendredi, 30 mai 1980
Monsieur le Président,
Je suis particulièrement touché des paroles que vous venez de m’adresser, dès mon arrivée sur le sol de France. Je vous en remercie vivement. Vous l’avez fait en votre nom personnel, vous l’avez fait au nom du Peuple Français auquel, en votre personne, je voudrais adresser mon premier message.
1. Loué soit Jésus-Christ! Oui, c’est bien ainsi, par ces mots emplis de ferveur et d’action de grâce, que j’ai voulu, dès le soir de mon élection comme Évêque de Rome et Pasteur universel, inaugurer mon ministère de prédication de l’Évangile. Ce salut, je l’ai porté en premier à mes diocésains des bords du Tibre, qui venaient de m’être confiés pour les guider selon les desseins de la divine Providence. Je l’ai porté ensuite à d’autres peuples, à d’autres Églises locales, avec tout le contenu d’estime, de sollicitude pastorale, d’espérance aussi dont il est chargé.
Ce même salut, je viens le porter maintenant à la France, avec tout mon cœur, avec toute mon affection, en lui disant: je suis profondément heureux de te visiter en ces jours, et de te montrer mon désir de te servir en chacun de tes Enfants. Le message que je veux te livrer est un message de paix, de confiance, d’amour et de foi. De foi en Dieu, bien sûr, mais également, si je puis m’exprimer ainsi, de foi en l’homme, de foi dans les merveilleuses possibilités qui lui ont été données, afin qu’il en use avec sagesse et dans le souci du bien commun, pour la gloire du Créateur.
A tous les Fils et à toutes les Filles de cette grande Nation, à tous le Pape offre ses vœux les plus cordiaux, au nom du Seigneur. La France symbolise pour le monde un pays à l’histoire très ancienne, très dense aussi. Un pays au patrimoine artistique et culturel incomparable, dont le rayonnement n’est plus à décrire. Combien de peuples ont bénéficié du génie français, qui a marqué leurs propres racines, et constitue encore pour eux un motif de fierté en même temps, on peut l’affirmer, qu’une sorte de référence!
Le rôle de la France se poursuit dans la communauté internationale, au niveau qui est le sien, mais avec un esprit d’ouverture et un souci d’apporter une contribution à la fois aux principaux problèmes internationaux, et aux situations de contrées moins favorisées. Au cours de mes précédents voyages, j’ai pu constater la place qu’elle tient sous d’autres cieux. Mais plus qu’à l’ampleur des moyens mis en œuvre, forcément limités, c’est à son Peuple qu’elle doit sa place, à des hommes et à des femmes héritiers de sa civilisation.
2. Ce sont ces hommes et ces femmes, l’âme de la France, que je rencontrerai en ces jours.
Comment ne pas être touché de l’accueil que vous me réservez ici, dans votre capitale? Beaucoup d’entre vous m’ont écrit avant cette visite, et vous êtes très nombreux ce soir à me souhaiter la bienvenue. Je ne puis malheureusement remercier chacun en particulier, ni serrer toutes les mains que vous aimerez me tendre. Mais devant vous, aux représentants de la souveraineté nationale, je voudrais témoigner ma vive gratitude.
Monsieur le Président, vous que vos compatriotes ont désigné pour assumer la plus haute responsabilité de l’État, daignez par conséquent accepter l’hommage reconnaissant que j’adresse au Peuple Français tout entier. J’ajouterai des sentiments de satisfaction pour la disponibilité extrême dont on fait preuve personnellement Votre Excellence, et aussi Monsieur le Premier Ministre et le Gouvernement, dès que leur fut connu mon projet.
De ce voyage, vous avez d’emblée compris la nature propre: un voyage pastoral avant tout, pour visiter et encourager les catholiques de France; un voyage qui veut également traduire mon estime et mon amitié pour l’ensemble de la population, et je pense ici en particulier aux membres des autres confessions chrétiennes, de la communauté judaïque et de la religion islamique. Mon désir était que ce voyage pût s’accomplir dans la simplicité et la dignité, en ménageant aussi, chaque fois que possible, des contacts et des rencontres. Vous avez prêté tout votre concours à la réalisation du programme, et j’y suis d’autant plus sensible qu’il fallait une préparation minutieuse. Je pense enfin aux personnes auxquelles ces événements occasionnent un surcroît de travail. Tout cela fait partie de l’hospitalité, unè vertu dont la France peut s’honorer à juste titre. Vraiment, j’exprime à tous un cordial merci.
3. Je vous salue très spécialement, chers catholiques de France, mes Frères et mes Sœurs dans le Christ, mes amis. Vous m’avez invité à constater, quinze cents ans ou presque après le baptême de votre Nation, que la foi y est toujours vivante, jeune, dynamique, que la générosité ne manque pas chez vous. Elle se traduit même par un bouillonnement d’initiatives, de recherches, de réflexions. Il vous faut en effet affronter des problèmes souvent nouveaux, ou tout au moins des problématiques nouvelles. Le contexte dans lequel vous vivez évolue rapidement, en fonction de mutations culturelles et sociales qui ne sont pas sans influer progressivement sur les mœurs, sur les mentalités.
C’est une multitude d’interrogations qui se posent à vous. Que faire? Comment répondre aux besoins fondamentaux de l’homme contemporain, qui révèlent finalement un immense besoin de Dieu?
En union avec vos évêques, et en particulier avec le cher Cardinal archevêque de Paris et le Président de la Conférence épiscopale française, je suis venu vous encourager dans la voie de l’Évangile, une voie étroite certes, mais la voie royale, sûre, éprouvée par des générations de chrétiens, enseignée par les saints et les bienheureux dont s’honore votre patrie, la voie sur laquelle, tout comme vous, vos frères dans l’Église universelle s’efforcent de cheminer.
Cette voie ne passe pas par la résignation, les renoncements ou les abandons. Elle ne se résout pas à l’affadissement du sens moral, et elle souhaiterait que la loi civile elle-même aide à élever l’homme. Elle ne cherche pas à s’enterrer, à demeurer inaperçue, mais elle requiert au contraire l’audace joyeuse des Apôtres. Elle bannit donc la pusillanimité, tout en se montrant parfaitement respectueuse à l’égard de ceux qui ne partagent pas le même idéal. Si l’Église revendique en effet pour elles-mêmes la liberté religieuse, et si elle a de multiples raisons de se féliciter d’en jouir en France, il est normal qu’elle respecte aussi les convictions des autres. Elle demande, pour sa part, qu’on lui permette de vivre, de témoigner publiquement et de s’adresser aux consciences.
“Reconnais, ô chrétien, ta dignité”, disait le grand Pape saint Léon. Et moi, son indigne successeur, je vous dis à vous, mes Frères et Sœurs catholiques de France: Reconnaissez votre dignité! Soyez fiers de votre foi, du don de l’Esprit que le Père vous a fait! Je viens parmi vous comme un pauvre, avec la seule richesse de la foi, pèlerin de l’Évangile. Donnez à l’Église et au monde l’exemple de votre fidélité sans faille et de votre zèle missionnaire. Ma visite chez vous veut être, en même temps qu’un témoignage de solidarité à l’égard de vos pasteurs, un appel à un élan nouveau devant les tâches nombreuses qui s’offrent à vous.
Je sens que, dans le fond de vos cœurs, vous entendrez cette exhortation. Je l’adresse, dès mon arrivée sur le sol de la France, à tous ceux qui m’écoutent, et j’aurai ensuite l’occasion de la reprendre ces jours-ci en m’entretenant avec les évêques, les prêtres, les religieux et les religieuses, les laïcs engagés dans l’apostolat, en rencontrant le monde du travail et celui des jeunes, les hommes de pensée et de science. Un moment tout à fait spécial sera réservé à l’UNESCO, qui a son siège dans votre capitale: il m’a semblé très important, en effet, de répondre à sa courtoise invitation, pour saluer un aréopage exceptionnel de témoins de la culture de notre temps, et apporter le propre témoignage de l’Église.
Il faut achever à présent ce premier contact. Je vais me rendre à la basilique Notre-Dame, la Mère des églises de ce diocèse, et l’un des plus vénérables édifices religieux de cette Nation. Je veux y confier au Seigneur et à la Vierge très sainte les souhaits que je forme a l’intention du Peuple Français tout entier. Que Dieu bénisse la France!
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