Discours au Centre de Nations Unies à Nairobi (Programme des Nations Unies pour l’environnement - Centre des Nations Unies pour les établissements humains)*
18 août 1985
1. C'est toujours un honneur pour moi de rendre visite à une agence des Nations Unies. L'importance sans cesse croissante de cette Organisation prestigieuse devient chaque année plus évidente. A aucun moment de l'histoire, il n'y a eu un plus grand besoin de dialogue et de collaboration au niveau international, ainsi que d'efforts conjoints des nations pour promouvoir le développement humain intégral et pour assurer la justice et la paix. Ce sont là précisément les buts que les Nations Unies se sont donnés.
Aussi suis-je très reconnaissant de votre invitation à me rendre à ce Centre aujourd'hui, invitation qui m'a été transmise par le Dr Mostafa K. Tolba, directeur exécutif du programme des Nations Unies pour l'environnement. En le saluant, je salue aussi la direction et tous ceux qui participent au travail de l'Agence. Je salue en même temps bien cordialement les responsables d'Habitat: le Centre des Nations Unies pour les établissements humains, qui a également son siège ici à Nairobi, et son directeur exécutif le Dr Alcot Ramachandron.
2. Depuis de nombreuses années maintenant, l'Église catholique a pris un vif intérêt aux questions concernant l'environnement. Une délégation du Saint-Siège a participé à la Conférence sur l'environnement qui s'est tenue à Stockholm en 1972, rencontre qui préparait la voie à l'établissement du programme des Nations Unies pour l'environnement. Mon prédécesseur, le Pape Paul VI, envoya un message à la conférence de Stockholm dans lequel il déclarait: "Nous voudrions dire, à vous-même et à tous les participants, l'intérêt avec lequel nous suivons cette grande entreprise. Le souci de préserver et d'améliorer le milieu naturel comme la noble ambition de stimuler un premier geste de coopération mondiale en faveur de ce bien nécessaire à tous, répondent à des impératifs profondément ressentis chez les hommes de notre temps". (1 juin 1972)
Le souci de l'Église pour la conservation et l'amélioration de notre environnement est lié à un commandement de Dieu. Dans les toutes premières pages de la Bible, nous lisons comment Dieu créa toutes choses et les confia ensuite au soin des êtres humains qui avaient été eux-mêmes créés à son image. Dieu dit à Adam et Ève: « Soyez féconds et multipliez-vous, remplissez la terre et soumettez-la. Soumettez les poissons de la mer et les oiseaux du ciel, ainsi que toute chose vivante qui se meut sur la terre» (Gn 1, 28.)
C'est une nécessité de notre dignité humaine, et donc une responsabilité sérieuse, de régner sur la création d'une manière telle que cela serve la famille humaine. L'exploitation des richesses de la nature doit se faire selon des critères qui prennent en compte non seulement les besoins immédiats des gens mais aussi les besoins des générations futures. De cette manière l'intendance envers la nature, confiée par Dieu à l'homme, ne sera pas guidée par des considérations à courte vue ou une recherche égoïste. Elle prendra plutôt en compte que tous les biens créés sont ordonnés au bien de toute l'humanité. L'usage des ressources naturelles doit viser le service du développement intégral des générations actuelles et futures. Le progrès dans le domaine de l'écologie et une conscience croissante du besoin de protéger et de conserver certaines ressources naturelles non renouvelables sont en harmonie avec les exigences d'une intendance véritable. Dieu est glorifié quand la création sert le développement intégral de la famille humaine tout entière.
3. Avec la rapide accélération du développement de la science et de la technologie au cours des décennies récentes, l'environnement a été soumis à des changements plus grands que jamais auparavant. Il en résulte que beaucoup de possibilités nouvelles de favoriser le développement et le progrès humain nous sont offertes: nous sommes maintenant capables de transformer grandement, et même de manière dramatique,, notre environnement, pour l'amélioration de la qualité de la vie. D'un autre côté, cette capacité nouvelle, à moins qu'elle ne soit employée avec sagesse et réflexion, peut causer un mal terrible, et même irréparable, dans les sphères écologiques et sociales. La capacité d'améliorer l'environnement et la capacité de le détruire augmentent énormément chaque année.
L'ultime facteur déterminant est la personne humaine. Ce ne sont pas la science et la technologie, ou les moyens accrus de développement économique et matériel, mais la personne humaine, et spécialement les groupes de personnes, les communautés et les nations qui choisissent librement d'affronter ensemble les problèmes qui, avec l'aide de Dieu, détermineront ce que sera l'avenir. C'est pourquoi tout ce qui fait obstacle à la liberté humaine ou la déshonore, comme le mal de l'apartheid et toutes les autres formes de préjugés et de discrimination, est un affront à la vocation de l'homme de façonner son propre destin. Cela pourra même avoir des répercussions dans tous les domaines où la liberté humaine est nécessaire et pourra alors devenir la principale pierre d'achoppement pour l'amélioration de l'environnement et de toute la société.
Nombreuses sont aujourd'hui les menaces contre l'environnement: déboisement, pollution de l'eau et de l'air, érosion du sol, désertification, pluies acides et bien d'autres choses. Les problèmes écologiques sont spécialement aigus dans les régions tropicales du monde et en particulier ici en Afrique. Presque toutes les nations qui sont affectées par ces problèmes sont des nations en voie de développement qui, avec de grandes difficultés, passent par des stades divers d'industrialisation. Une grave pénurie d'énergie et de ressources naturelles fait obstacle au progrès et a pour résultat de dures conditions de vie. Et les problèmes sont souvent compliqués par l'environnement tropical qui rend les gens particulièrement sujets à contracter de graves maladies endémiques.
Puisque chaque pays a ses problèmes particuliers et dispose de quantités diverses de ressources naturelles, il est facile de voir la différence entre les problèmes auxquels doivent faire face les nations en voie de développement et les problèmes des nations développées. Alors que l'industrie et la technologie modernes offrent de grands espoirs de progrès, des actions doivent être entreprises pour faire en sorte que le développement économique, matériel et social qui sont si importants prennent justement en considération l'impact sur l'environnement, à la fois immédiat et futur.
4. L'Église catholique aborde le souci de la protection de l'environnement à partir du point de vue de la personne humaine. C'est donc notre conviction que tous les programmes écologiques doivent respecter l'entière dignité et liberté de quiconque pourrait être affecté par ces programmes. On devrait voir les problèmes de l'environnement en relation avec les besoins des hommes et des femmes actuels, de leurs familles, de leurs valeurs, de leur héritage social et culturel unique. Car le but dernier des programmes pour l'environnement est de protéger la qualité de la vie humaine, de mettre la création le plus possible au service de la famille humaine.
5. Peut-être ne voyons-nous nulle part aussi clairement l'interrelation du monde aujourd'hui que dans les questions concernant l'environnement. L'interdépendance croissante entre les individus et entre les nations est clairement ressentie quand il est question de faire face aux désastres naturels comme la sécheresse, les typhons, les inondations et les tremblements de terre. Les conséquences de ces désastres vont bien au-delà des régions directement affectées. Et l'immensité et la complexité de bien des problèmes écologiques demandent non seulement une réponse concertée aux niveaux local et national, mais aussi une aide substantielle et une coordination de la part de la communauté internationale. Comme le Pape Paul VI l'écrivait a la Conférence de Stockholm: « A l'interdépendance doit désormais répondre la coresponsabilité, à la communauté de destin doit correspondre la solidarité. » Il serait difficile de surestimer le caractère international des problèmes écologiques ou les bienfaits internationaux de leur solution.
Ces problèmes requièrent souvent l'expertise et l'assistance de scientifiques et de techniciens de pays industrialisés. Cependant, ces derniers ne peuvent les résoudre sans la coopération à chaque étape de scientifiques et de techniciens des pays auxquels ils viennent en aide. Le transfert du savoir-faire technologique aux pays en développement n'aura pas de résultats, on peut s'y attendre, si une formation n'est pas donnée aux techniciens et aux scientifiques de ces pays eux-mêmes. La formation d'un personnel local rend possible l'adaptation de la technologie d'une manière qui respecte pleinement le tissu culturel et social des communautés locales. Les experts locaux possèdent les liens nécessaires avec leur peuple pour assurer sensibilité et équilibre à l'égard des valeurs et des besoins locaux. Ils peuvent juger de la valeur et de la permanence du savoir-faire technologique nouvellement transféré. C'est seulement quand ce personnel entraîné existe finalement localement que l'on peut parler d'une entière collaboration entre pays.
6. Je voudrais dire maintenant quelques mots à ceux qui prennent part au travail du Centre des Nations Unies pour les établissements humains, et à tous ceux qui s'efforcent d'améliorer les conditions de vie des pauvres et de donner un abri aux sans-logis. Ce travail est naturellement étroitement lié aux problèmes écologiques dont je viens de parler. En fait, il est au cœur même de ceux-ci. Comme le Pape Paul Vl l'a déclaré dans son message à la Conférence des Nations Unies sur les établissements humains à Vancouver en 1976: "Le foyer, c'est-à-dire ce centre de chaleur autour duquel se réunit une famille et devant lequel des enfants croissent dans l'amour, doit demeurer la préoccupation première de toute programmation relative au milieu humain " (24 mai 1976). Pour cette raison, la préoccupation essentielle de l'Église dans les problèmes de l'environnement est la personne humaine, et cela inclut les problèmes du logement et du foyer.
Ceux qui croient en Jésus-Christ ne peuvent oublier ses paroles: "Les renards ont leurs tanières et les oiseaux du ciel ont leurs nids. Mais le Fils de l'homme n'a pas où reposer la tête". (Mt 8, 20.) Aussi voyons-nous dans le visage de ceux qui sont sans foyer le visage du Christ notre Seigneur. Et nous nous sentons poussés, par amour pour lui et selon son généreux exemple de don de soi-même, à chercher à faire tout ce que nous pouvons pour aider ceux qui vivent dans des conditions indignes de leur dignité humaine. En même temps nous nous unissons avec joie à toutes les personnes de bonne volonté dans leurs louables efforts pour assurer un logement digne aux millions de personnes qui vivent dans le monde d'aujourd'hui dans un dénuement absolu. Nous ne pouvons pas non plus demeurer passifs ou indifférents alors que l'accroissement rapide de l'urbanisation et de l'industrialisation crée des problèmes complexes de logement et d'environnement. Je vous assure donc du grand intérêt de l'Église et de son soutien pour vos louables efforts en vue de donner un logement à ceux qui n'en ont pas et pour sauvegarder la dimension humaine de toutes les installations nouvelles.
7. Il y a cinq ans, à l'occasion de ma première visite pastorale en Afrique, je suis allé à Ouagadougou au cœur de la région du Sahel, et la j'ai lancé un appel solennel en faveur de tous ceux qui souffrent de la sécheresse dévastatrice (5). A la suite de cet appel, il y eut une réponse très généreuse, si généreuse en fait qu'il devint possible de mettre sur pied un programme spécial pour venir en aide à cette souffrance d'une manière plus officielle. Aussi, la Fondation Jean-Paul II pour le Sahel commença officiellement son œuvre en février 1984. Cette Fondation est un signe de l'amour de l'Église pour les hommes, les femmes, les enfants qui ont été frappés par cette tragédie qui se prolonge. Même si le projet semble petit et inadéquat face à de si vastes besoins, c'est néanmoins un effort concret pour aider ces populations et pour apporter une contribution, dans une certaine mesure, à l'avenir du continent africain, un avenir qui repose finalement dans les mains des peuples africains eux-mêmes.
Je veux saisir cette occasion pour renouveler mon appel solennel en faveur des populations du Sahel et d'autres régions critiques où la sécheresse persiste et où il y a à l'évidence besoin d'une aide internationale et de solidarité, de façon à assurer la nourriture, la boisson et le logement, et pour résoudre les conflits qui font obstacle aux efforts d'assistance. Aussi je répète ce que j'ai dit à Ouagadougou il y a cinq ans: "Je ne peux pas me taire quand mes frères et sœurs sont menacés. Je me fais ici la voix de ceux qui n'ont pas de voix, la voix des innocents qui sont morts parce que l'eau et le pain leur manquaient; la voix des pères et des mères qui ont vu leurs enfants mourir sans comprendre, ou qui verront toujours dans leurs enfants les séquelles de la faim qu'ils ont endurée. La voix des générations à venir, qui ne doivent plus vivre avec cette menace terrible pesant sur leur vie. Je lance un appel à tous. N'attendons pas que la sécheresse revienne, effroyable et dévastatrice! N'attendons pas que de nouveau le sable porte la mort ! Ne permettons pas que l'avenir de ces peuples reste à jamais menacé! " (10 mai 1980.) La solidarité que l'on a montrée dans le passé a prouvé, par son étendue et son efficacité, qu'il est possible de faire quelque chose. Que notre réponse soit maintenant encore plus généreuse et plus efficace.
Deux sortes d'aides sont nécessaires: l'aide qui répond aux besoins immédiats de nourriture et d'abri, et l'aide qui permettra aux populations qui souffrent actuellement d'assumer à nouveau leurs propres responsabilités, de récupérer leurs terres et de les rendre une fois encore capables de leur assurer un mode de vie stable et sain. De tels programmes à long terme doivent permettre aux populations de retrouver l'espoir pour l'avenir, ainsi qu'un sentiment de dignité de valeur personnelle.
8. Mesdames et Messieurs, en vous parlant aujourd'hui je me remémore les mots de Paul VI, désormais si connus: « Le développement est le nouveau nom de la paix" (Populorum progressio, 87.). Oui, en effet, le développement intégral est une condition de la paix, et les programmes d'environnement pour assurer nourriture et logement sont des moyens concrets de promouvoir la paix. Tout ce qui sert les besoins primordiaux du prochain est une pierre angulaire du grand édifice de la paix.
La paix se construit lentement par la bonne volonté, la confiance et un effort persévérant. Elle se construit par les Agences internationales et par les organisations gouvernementales et non gouvernementales quand elles font des efforts communs pour procurer nourriture et logement aux nécessiteux, et quand elles travaillent ensemble pour améliorer l'environnement.
La paix se construit par les chefs d'État et les hommes politiques quand ils s'élèvent au-dessus des idéologies de division et coopèrent par des efforts communs, exempts de préjugés, de discrimination, de haine et de revanche. La paix est le fruit de la réconciliation des gens en chaque pays pris en lui-même. Elle requiert la solidarité de tous les Africains, comme des frères et des sœurs au service de la famille africaine tout entière et au service du développement intégral de toute l'humanité.
La paix se construit quand les budgets nationaux se détournent finalement de la création d'armes plus puissantes et plus meurtrières pour procurer la nourriture et les matières premières nécessaires aux besoins humains essentiels. Et la paix se renforce année après année alors que l'emploi des armes nucléaires devient un souvenir qui s'affaiblit dans la conscience de l'humanité. Et aujourd'hui nous remercions Dieu à nouveau parce que quarante ans ont passé sans que soient employées ces armes qui anéantirent la vie humaine, en même temps que son environnement et ses maisons, à Hiroshima et Nagasaki. Quarante ans d'espoir et de détermination, quarante ans d'une nouvelle ère pour l'humanité.
La paix se construit par les hommes et par les femmes des moyens de communication sociale quand ils attirent l'attention du public sur ceux qui souffrent, sur les réfugies et les déshérités, quand ils éveillent dans les autres la volonté et la générosité pour venir en aide à tous ceux qui sont dans le besoin. Oui, «le développement » et «un cœur nouveau» sont les nouveaux noms de la paix. Et ceux qui font la paix et contribuent à établir les conditions de la paix seront pour toujours appelés enfants de Dieu !
*L'Osservatore Romano. Edition hebdomadaire en langue française n. 36 p. 9, 10.
La Documentation Catholique n.1903 p.936-939.
Copyright © Libreria Editrice Vaticana
DISCOURS DU PAPE JEAN-PAUL II
À LA CONFÉRENCE EPISCOPALE
Kinshasa (Zaïre)
Jeudi, 15 août 1985
Chers Frères dans l’épiscopat,
1. Notre rencontre couronne une journée véritablement historique pour l’Eglise au Zaïre. Je suis heureux de passer cette soirée avec vous, pour partager l’action de grâce des Pasteurs devant le don de Dieu manifesté par la béatification de votre sœur Marie-Clémentine Anwarite.
Votre Président, Monseigneur Monsengwo Pasinya, vient de dire votre joie fervente; je le remercie de ces paroles prononcées en votre nom à tous et je vous assure que je communie profondément à l’allégresse de ce jour où la bienheureuse Anwarite nous confirme dans l’espérance.
2. Oui, la première zaïroise élevée sur les autels nous inspire une profonde action de grâce. Voici présenté au regard de ses frères et de ses sœurs le fruit admirable du baptême de ce peuple. Voici qu’au terme de plus d’un siècle de patients efforts des bâtisseurs, l’édifice de l’Eglise sur cette terre se trouve consolidé. Les travaux de l’évangélisation, accomplis dans la patience et une générosité surnaturelle par tant d’hommes et de femmes venus d’ailleurs, aboutissent à la vitalité d’une communauté au sein de laquelle le Seigneur a appelé ses pasteurs. De grand cœur je m’associe à l’hommage que vous avez rendu aux missionnaires pionniers venus de loin et j’apprécie votre détermination à unir dans le même corps d’ouvriers apostoliques prêtres, religieux et religieuses, Africains ou non, car ils servent l’unique Seigneur et Sauveur Jésus Christ. N’est-il pas impressionnant qu’Anwarite ait été guidée dans la vie religieuse successivement par une maîtresse des novices venue de Belgique, puis par une supérieure originaire de son pays, tandis qu’un évêque missionnaire, qui la conseillait et l’écoutait avec confiance, fut dessaisi de sa propre vie quelques jours avant elle!
Toute proche des générations présentes, cette humble religieuse de la Jamaa Takatifu prend au cœur de son peuple le relais des saints qu’elle-même vénérait. Par sa vie religieuse équilibrée et généreuse, par sa fidélité jusqu’à la mort à la virginité offerte au Seigneur, Anwarite est parmi vous un signe providentiel de la présence de Dieu dans son Eglise: elle témoigne de la grandeur de la foi, elle montre quelle admirable transfiguration la grâce de Dieu accomplit dans l’être humain qui lui est uni dans le saint baptême. Ensevelie avec le Christ dans la mort et entrée avec lui dans la vie nouvelle de son Règne, puise-t-elle entraîner ses frères et ses sœurs dans son sillage de sainteté! Puisse cette martyre, élue de Dieu, rayonner vivement sa lumière sur tous vos diocèses!
3. Parmi vous, Anwarite rend particulièrement présent cet appel universel à la sainteté que déjà, lors du centenaire de l’évangélisation du Zaïre, nous avions médité. Vous vous rappelez sans doute souvent ce moment émouvant de votre ordination épiscopale où l’on invoque les saints Apôtres, Ses martyrs et tous les saints de l’histoire en faveur de celui qui, prostré à terre, se dispose à être chargé de la plénitude du sacerdoce. Evêques, nous sommes les premiers appelés à conduire le peuple de Dieu sur les routes de la sainteté; nous sommes nous mêmes appelés à nous conformer à la sainteté de l’Esprit qui consacre tout notre être. Que notre prière, que toute notre vie s’inspire de l’ardeur de l’Apôtre Paul, impatient de s’engager tout entier dans l’imitation du Christ: “Le connaître, lui avec la puissance de sa résurrection et la communion à ses souffrances, lui devenir conforme dans sa mort, afin de parvenir si possible à ressusciter d’entre les morts. Non que je sois déjà parvenu au but, ni devenu parfait; mais je poursuis ma course pour tacher de saisir, ayant été saisi moi-même par le Christ Jésus” (Phil. 3, 10-12).
Pasteurs, nous le sommes à la suite du Bon Pasteur qui “donne sa vie pour ses brebis” (Io. 10, 11), “avec la sainteté et la pureté qui viennent de Dieu” (2 Cor. 1, 12). Nous confions à l’intercession d’Anwarite, fidèle jusqu’à l’extrême, la sanctification de ceux qui ont reçu mission d’être pour son peuple les médiateurs de la sainteté qui vient de Dieu. Et, en ce jour de son Assomption, nous invoquons Marie, Mère de l’Eglise, à qui Jésus sur la croix a dit que nous étions ses fils; assurés de son appui, nous pouvons porter notre charge dans la paix.
4. Investi de la plénitude du sacerdoce, évêque accomplit l’acte central de sa mission lorsqu’il célèbre le sacrifice du Christ. Officiant majeur de l’Eglise locale, il lui est donné en vérité d’agir in persona Christi. Prêtre participant au sacerdoce du Christ, il unit son peuple au sacrifice et à l’action de grâce de Jésus, livrant tout son être au Père pour que la multitude soit réconciliée et sauvée. Successeur des Apôtres, évêque est celui qui permet à la communauté diocésaine de communier au pain de vie, d’être nourrie du Corps du Seigneur et ainsi intégrée à ce Corps unique aux membres innombrables dont le Christ est la Tète.
L’Eucharistie et l’ensemble des sacrements constituent le centre du service sacerdotal. Ils sont les signes véritables qui portent la vivante présence du Seigneur. Célébrer le baptême, la confirmation, la réconciliation, qui disposent les chrétiens à participer pleinement à l’Eucharistie, - sanctifier les couples par le mariage, réconforter les malades par la grâce de l’onction, - tous ces actes mettent en oeuvre les dons de la sainteté confiés par le Christ à son Eglise. C’est une tache admirable que de permettre aux fidèles la rencontre du Seigneur dans la liturgie sacramentelle. Il appartient d’abord à l’évêque d’aider les chrétiens à recevoir les sacrements et la liturgie de l’Eglise dans la fidélité à leur institution et aussi dans la beauté de la prière exprimée par le peuple avec toutes les richesses de son âme. La sainte liturgie est comme le nœud qui relie toutes les lignes diverses de l’action pastorale; car les sacrements jalonnent et réunissent les routes de la sainteté.
5. Votre ministère d’évêques se prolonge dans celui des prêtres qui y participent par l’ordination que vous avez la charge de leur conférer. Avec vous, ils assurent la cohésion de la communauté diocésaine, ils font entendre le même appel à la sainteté, ils préparent et permettent la rencontre des fidèles avec le Seigneur. Leur lien avec vous est fort, car c’est vous qui les envoyez en mission avec l’autorité dont vous êtes investis. Aussi est-ce une des premières et des plus belles taches de l’évêque que d’assurer l’unité du presbyterium, dans sa légitime diversité. La solidarité spirituelle se prolonge tout naturellement dans des relations humaines confiantes qui représentent un soutien nécessaire pour des prêtres qui ont une tache ardue. L’appui qu’ils trouvent auprès de leur évêque les rend libres et disponibles pour être eux-mêmes les pasteurs dévoués et les évangélisateurs assidus de la communauté où ils sont envoyés.
Il vous appartient de veiller comme un père à ce que les prêtres demeurent fidèles à leurs engagements, qu’ils disposent des moyens de ressourcement spirituel et intellectuel leur permettant d’avancer sans cesse dans le service désintéressé du Seigneur et de leurs frères. Dans votre pays, des jeunes nombreux répondent actuellement à la vocation au sacerdoce, et c’est un signe positif de vitalité de l’Eglise. Je sais les efforts que vous déployez pour opérer le discernement nécessaire et prévoir une formation solide. Vous qui avez la responsabilité de l’appel au sacerdoce, vous savez qu’il n’est rien de plus utile que de soutenir les candidats dans un approfondissement spirituel nourri par la prière, pour qu’ils assimilent une bonne synthèse du message évangélique éclairé par la Tradition de toute l’Eglise, pour qu’une vie exigeante les prépare aux renoncements nécessaires à leur fidélité. Le peuple de Dieu mérite des prêtres qui mettent en œuvre généreusement dans leur propre vie ce qu’ils accomplissent dans leur ministère, comme le demande le rituel de l’ordination.
6. Comment ne pas évoquer aussi votre responsabilité auprès des religieux et des religieuses, alors que nous venons de vivre la béatification d’Anwarite! Les personnes consacrées donnent un témoignage irremplaçable de la primauté de la prière, de la valeur de la virginité, du prix de la vie communautaire, du dévouement à l’Eglise, de la disponibilité à l’entraide vis-à-vis des plus pauvres et des plus désorientés des hommes. Tous et toutes manifestent par leur vie offerte et désintéressée la beauté de l’appel du Seigneur, les uns se vouant davantage au service de la louange et de l’intercession dans des monastères rayonnants, d’autres en faisant la part plus large aux services souvent humbles et discrets de la charité et de l’éducation. En respectant les charismes et les structures propres des instituts, à la suite des évêques fondateurs que vous avez vous-mêmes évoqués, veillez à ce que les religieux et les religieuses reçoivent tout l’appui spirituel et toute la formation qui peuvent leur permettre de répondre, par toute leur vie donnée sans partage, à la grandeur des vœux par lesquels ils se sont engagés envers le Seigneur dans l’Eglise.
7. Dans vos communautés diocésaines, les activités, les préoccupations, sont nombreuses. Des animateurs, prêtres, religieux ou laïcs, comme nous les avons rencontrés ensemble cet après midi à la cathédrale, poursuivent des objectifs complémentaires au sein de nombreux groupes ou mouvements. Vous avez exprimé plusieurs de vos soucis pastoraux à cet égard, en mettant en évidence l’étendue de vos responsabilités. Je garde cela très présent à ma pensée. D’ailleurs, nous avions abordé ensemble plusieurs de ces thèmes lors de nos rencontres de travail, il y a deux ans à Rome. Ce soir, je voudrais simplement dire qu’il revient à l’évêque de coordonner tous les efforts et de les orienter vers ce but premier qui est l’unité de toute la vie humaine transfigurée par la lumière de l’Evangile. Que l’on œuvre dans le domaine caritatif que l’on travaille à promouvoir la justice dans la société, que l’on se dévoue pour l’éducation des jeunes, que l’on soutienne la vie des familles, que l’on défende la dignité de toute personne humaine, l’éclairage premier de l’action des chrétiens c’est celui de l’Alliance que Dieu scelle avec les hommes par le don de son Fils, pour que son nom soit sanctifié et pour la sanctification de ceux qu’il aime. La doctrine sociale, la morale familiale, notamment, présentent les exigences nécessaires pour accomplir la volonté de Dieu. On ne peut renoncer à les exposer et à les expliquer, quand on a reconnu la beauté de l’homme uni au Christ qui le rend fort et soutient sa fidélité, à Celui qui est venu au nom du Seigneur pour chercher et sauver ce qui était perdu. “Oui, nous dit saint Paul, cherchez à imiter Dieu, comme des enfants bien-aimés, et suivez la voie de l’amour, à l’exemple du Christ qui nous a aimés et s’est livré pour s’offrant” (Eph. 4. 30-31). grâce mosaïque qu’ils prolongent sa mission dans le monde auprès de ceux qui, grâce à leur parole, croiraient en lui, afin que tous soient un (Cfr. Io. 17, 17-20).
8. Evêques d’aujourd’hui, vous êtes, au nom du Christ, les serviteurs de l’unité de l’Eglise qui poursuit et renouvelle l’œuvre de l’évangélisation. Solidaires de tous les successeurs des Apôtres à travers le monde, unis au successeur de Pierre comme le manifeste notre rencontre de ce soir, c’est votre mission et aussi votre charisme, d’unir l’Eglise qui est au Zaïre avec l’Eglise qui vit dans tous les continents. Votre Eglise a beaucoup reçu. Désormais elle est illuminée et soutenue par la sainteté de la première de ses filles présentée au monde comme un fruit inestimable de sa maturité. A votre Eglise, il est maintenant beaucoup demandé, pour qu’elle suive le Christ avec l’ardeur fidèle qu’Anwarite a montrée en communiant à la passion pour entrer dans la vie bienheureuse des rachetés.
Frères dans l’épiscopat, je prie avec vous pour que le Christ qui vous a choisis vous donne sa joie complète (Cfr. Io. 17, 13). Soyez les disciples porteurs de la Parole sainte, de la bonne nouvelle pour le monde; forts dans la foi, ardents dans la charité, témoins de l’espérance du Royaume à venir, en traversant courageusement les obscurités et les épreuves. Partageant avec vos frères l’inépuisable don de Dieu, soyez heureux de contribuer à la vraie réussite des hommes élevés à la dignité de fils de Dieu, réunis sous un seul chef, le Christ. J’invoque pour vous le Dieu vivant dans son insondable amour trinitaire, le Dieu miséricordieux et fidèle, pour qu’il vous comble de ses Bénédictions.
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