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DISCOURS DU PAPE JEAN-PAUL II
AU NOUVEL AMBASSADEUR DE LA RÉPUBLIQUE SOCIALISTE
FÉDÉRATIVE DE YOUGOSLAVIE PRÈS LE SAINT-SIÈGE*
Jeudi 19 décembre 1985

Monsieur l’Ambassadeur,
Soyez cordialement remercié de l'adresse que vous venez de prononcer au nom de Monsieur le Président de la Présidence de la République Socialiste Fédérative de Yougoslavie, qui vous a choisi pour représenter cet Etat auprès du Siège Apostolique. En outre, je suis reconnaissant à Votre Excellence d’avoir évoqué les dispositions qui vous animent et vous inspireront toujours dans votre charge diplomatique.
En prenant la relève de votre prédécesseur, Son Excellence Monsieur Zvonimir Stenek, vous entrez dans la grande famille des Ambassadeurs accrédités auprès du Saint-Siège. Tous les Etats qui ont bien voulu établir des relations diplomatiques avec lui contribuent à la vitalité de cette famille diplomatique, dont le but est de favoriser, d’approfondir, de concrétiser des rapports d’estime et de compréhension, d’amitié et de collaboration entre les Gouvernements et le Saint-Siège.
Comme mes prédécesseurs, le Pape Paul VI en particulier, j’ai souvent eu l’occasion de mettre en relief la grande importance du dialogue bilatéral entre l’Eglise et les Etats. L’Eglise, en acceptant un tel dialogue et en veillant bien à respecter les domaines qui ne sont point de son ressort, ne fait que donner une expression visible, parmi d’autres formes plus spécifiques, à sa mission universelle. Répandue de fait dans toutes les régions du monde, l’Eglise a conscience de détenir un message qui transcende les générations et les civilisations. C’est pourquoi elle est convaincue de contribuer au bonheur de l’humanité en proposant aux nations et à leurs gouvernements le trésor de ses valeurs relatives à l’homme, à son développement intégral, à sa vie en société. L’Eglise ne peut être étrangère aux problèmes dans lesquels les hommes se débattent. Si, par endroits et pour diverses raisons, elle rencontre des obstacles passagers ou de longue durée au rôle qui est le sien, elle a le courage de demeurer humblement enracinée dans la réalité globale du pays où elle vit. Entre autres moyens, par sa diplomatie, le Saint-Siège a le sentiment d’être uni à chaque peuple par des liens juridiques particuliers dont les effets dépassent fort heureusement l’aspect formel des textes d’accord. C’est aussi la raison pour laquelle les représentants diplomatiques accrédités près le Saint-Siège ne peuvent éprouver - même s’ils ne partagent pas la foi catholique - l’impression d’être isolés ou étrangers dans la Maison du Pasteur universel de l’Eglise. Le Pape lui-même, lorsqu’il visite les nombreux pays qui l’invitent et l’accueillent, a pour ainsi dire l’évidence réconfortante de se trouver en famille. Ma gratitude à l’égard de ces populations et de leurs dirigeants qui me permettent de rencontrer chez elles tant de communautés chrétiennes ne peut se mesurer.
Les contacts avec les Ambassadeurs que je reçois au Vatican, ou que je vois dans leur propre pays à l’occasion de mes voyages apostoliques, comme mes conversations avec leurs Gouvernants, sont d’abord des contacts d’écoute attentive. Il m’apparaît comme important d’entendre leurs informations, de connaître leurs préoccupations, leurs désirs. Ces contacts sont aussi pour moi une occasion et un devoir de conscience de proposer aux représentants diplomatiques et, éventuellement, aux responsables de la vie politique et sociale, une coopération sincère et désintéressée dans les graves questions qui touchent la vie de l’humanité, telles que la paix locale ou la concorde internationale, la justice et les droits des personnes, les moyens de surmonter les fléaux endémiques, et, plus largement, les exigences du bien commun.
Certes, vous le savez, Monsieur l’Ambassadeur, la diplomatie du Saint-Siège, comme toutes les entreprises de ce niveau, ne parvient pas toujours aux résultats espérés. Le labeur diplomatique exige beaucoup de ténacité et de modestie, de compréhension et de patience. L’Eglise, lucide sur les difficultés, se veut messagère d’espérance. Elle sait que, demain et après-demain, il lui faudra recommencer le dialogue avec tel ou tel Gouvernement, rechercher des solutions nouvelles et correspondant aux possibilités du moment. L’efficacité n’est pas le critère de la valeur du message qu’elle détient et dispense au monde. L’Eglise a choisi et doit sans cesse choisir la voie sûre de la fidélité à Dieu et de la fidélité aux hommes. En notre temps, affronté aux défis, aux risques, aux antagonismes idéologiques et économiques que nous savons tous, le Saint-Siège, par ses diverses institutions et en l’occurrence par sa diplomatie, veut pouvoir agir en faveur de relations internationales plus justes et pacifiques, et contribuer ainsi à l’humanisation de la famille humaine et de l’histoire.
Voilà une quinzaine d’années que votre cher pays et le Siège Apostolique de Rome ont renoué des relations diplomatiques. Je souhaite que votre mission soit une heureuse contribution à leur développement, dans tous les domaines possibles, et spécialement celui de la liberté religieuse, si importante pour les communautés chrétiennes établies sur le territoire de la République Socialiste Fédérative de Yougoslavie. Les croyants qui se voient respectés dans tous leurs droits et donc traités avec équité et bienveillance, sont d’autant mieux disposés a être des citoyens loyaux et courageux vis-à-vis de l’Etat et de leur patrie.
Au cours de cette année, ma pensée s’est tournée spécialement vers votre pays, pour honorer les deux célèbres frères de Thessalonique, Cyrille et Méthode, et célébrer le XIème centenaire de la mort de ce dernier. Dans une encyclique datée du 2 juin, j’ai attiré l’attention de l’Eglise entière sur l’œuvre remarquable qui fut la leur, à savoir l’évangélisation des peuples slaves de toute la Moravie. C’est à partir de chez vous qu’ils contribuèrent à l’essor de la langue et de la culture des Slaves en inventant l’alphabet correspondant, de manière à exprimer la foi selon leur génie et les traditions de la région. Le Cardinal Secrétaire d’Etat a pu présider les cérémonies jubilaires, le 5 juillet à Djakovo, comme Légat pontifical, en présence d’une représentation des Autorités Yougoslaves. J’estime que ces deux grandes figures doivent demeurer l’honneur de votre pays, des nations slaves et de la Grèce. Elles constituent pour les hommes de ce temps un exemple remarquable d’une alliance fructueuse entre la culture d’une part, et la foi et l’esprit missionnaire d’autre part, alliance accomplie dans le respect des personnes et dans un esprit de paix.
Au terme de cet entretien, je prie Votre Excellence de transmettre à Monsieur le Président de la République Socialiste et Fédérative de Yougoslavie mes respectueuses salutations et mes voeux pour le progrès économique, social et moral du pays. Tout le peuple yougoslave demeure très présent à ma pensée et à ma prière.
A vous, Monsieur l’Ambassadeur, j’exprime mes souhaits les meilleurs pour le fructueux déroulement de votre haute mission, en vous donnant l’assurance que vous trouverez toujours, ici, auprès de moi comme de la part de mes dévoues collaborateurs, l’accueil et le soutien que vous êtes en droit d’espérer. Je confie à Dieu votre personne, votre famille, vos nouvelles responsabilités et votre pays.

*AAS 78 (1986), p.610-613.
Insegnamenti di Giovanni Paolo II, vol. VIII, 2 pp. 1544-1547.
L’Osservatore Romano 20.12.1985 p.4.
L'Osservatore Romano. Edition hebdomadaire en langue française n.53 p.7.

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Ad quosdam Vietnamiae episcopos occasione oblata « ad limina » visita­tionis coram admissos.*
Je désire avant tout exprimer la joie que je ressens à vous recevoir avec Monseigneur Paul Huynh dông Cac, Evêque de Qui-Νhon.
Selon une antique norme canonique de l'Église, vous êtes venus à Rome visiter les tombeaux des Apôtres Pierre et Paul, et rencontrer le Successeur de Pierre afin de lui confier vos préoccupations pas-torales, de le mettre au courant des activités et des projets apos­toliques de vos communautés, exprimant ainsi, d'une manière encore plus complète, le profond lien de communion qui vous unit au Pape et, à travers lui, à toute l'Église catholique.
Je suis certain que les deux Apôtres, « colonnes et fondement » de l'Église de Rome, auront accueilli les expressions de votre foi for­mulées dans le secret de vos coeurs, vos préoccupations, vos souffrances les plus cachées ainsi que l'amour sincère et concret que vous nour­rissez envers votre Peuple.
Je suis persuadé également que vous vous êtes faits les interprètes fidèles de tous vos Confrères dans l'Épiscopat, auxquels n'a pas été donnée la possibilité de se joindre à nous pour partager ce moment de joie et de communion fervente avec l'Église universelle.
En cette circonstance, je désire confier à Votre Eminence, en sa qualité de Président de la Conférence Episcopale du Vietnam, le soin
* Die 13 m. Decembris a. 1985.
d'exprimer à tous les Évêques l'affection que je nourris pour chacun d'entre eux.
Votre Eminence voudra bien leur dire que le Pape est proche d'eux dans leur ministère délicat et qu'il sait bien avec quel zèle et quel dévouement ils guident leur troupeau, bien souvent d'ailleurs au milieu des épreuves et des souffrances, mais toujours convaincus que, dans la mesure od ils participent aux souffrances du Christ, ils en par­tageront, lors de la révélation de Sa gloire, la joie et l'allégresse.'
A tous, vous aurez à coeur de transmettre mes sentiments d'admi­ration pour la fidélité manifestée, en tant d'occasιons, au Christ et au Successeur de Pierre, ainsi que pour l'humble fierté qu'ils démon-trent constamment d'appartenir à l'Église du Christ.
Je désirais ardemment pouvoir rencontrer en cette occasion — rendue encore plus significative puisqu'il y a vingt-cinq ans exactement qu'était érιgée la hιérarchie au Vietnam — chacun des Évêques de votre Pays. Vous devinez sans peine combien m'afflige le fait qu'il ne leur ait pas été donné de réaliser un désir de leur coeur de Pasteurs et de se con-former à une norme qui oblige, de manière identique, tous les Évêques de l'Église.
En outre, comment ne ραs rappeler ¡ci que je n'ai ραs encore eu la joie de les connaître tous personnellement puisque un certain nombre d'entre eux n'ont même ραs pu venir Rome en 1980, année de la der­nière vιsite (( ad limína », encore qu'alors plus de vingt Prélats avaient été en mesure de se rendre dans la Ville Éternelle.
Je veux aujourd'hui me souvenir de chacun de ces Pasteurs viet­namiens qui me sont particulièrement chers. Je voudrais ainsi que leur soit davantage manifestes notre affection et notre proximité dans la prιère, qui s'étendent bleu évidemment aux prêtres, relιgieux et fidèles confiés à leurs soins.
De la province ecclésiastique de Hanoι, dont Votre Eminence est le vénéré Archevêque métropolitain, je nomme :
Mgr Paul Joseph Pham Dinh Tung, Évêque de Bac-Ninh ; Mgr Do­minique Marie Le Huu Cung, Évêque de Bui-Chu, et son Coadjuteur Mgr Joseph Vu Duy Nhat; Mgr Joseph Nguyen Tung Cuong, Évêque de Hai-Phong ; Mgr Joseph Phan The Hinh, Évêque de Hung-Hoa ; Mgr Vincent Pham Van Du, Évêque de Lang-Son; Mgr Paul Bui Chu Tao, Évêque de Phαt-Diem ; Mgr Joseph Dinh Binh, Évêque de

'Cf.2P4,13-14.
Thai-Binh ; Mgr Pierre Pham Tan, Évêque de Thanh-Hoa ; Mgr Pierre Tran Xuan Hap, Évêque de Vinh ; et Mgr François-Xavier Nguyen Van Sang, votre Auxiliaire.
Pour la Province ecclésiastique du centre, à c.té de l'Archevêque de Hué, Mgr Philippe Nguyen Kim Diem, dont le zèle apostolique et le courage me sont bien connus, je veux mentionner :
Mgr Pierre Nguyên Huy ^aí, Évêque de Ban Mê Thuôt, et son Coadjuteur Mgr Joseph Trinh Chinh Truc; Mgr Pierre Marie Pham Ngoc Chi, Évêque de Da-Nang, et son Coadjuteur Mgr François-Xavier Nguyen Quang Sach ; Mgr Alexis Pham Van Loc, Évêque de Kontum, et son Coadjuteur, Mgr Pierre Tran Thanh Chung; Mgr Paul Nguyen Van Hoa, Évêque de Nha-Trang; Mgr Paul Huynh Dong Cαc, Évêque de Qui-Nhon ici présent, et sοη Coadjuteur Mgr Joseph Phan Van Hoa.
De la province ecclésiastique de Hochiminhville, confiée aux soins pastoraux du zélé Archevêque, Mgr Paul Nguyen Van Binh, aujourd'hui absent mais que j'ai déjà rencontré personnellement, je désire évoquer : Mgr Jacques Nguyen Ngoc Quang, Évêque de Can-Tho, et sοη Coad­juteur Mgr Emmanuel Le Phong Thuan ; Mgr Barthélemy Nguyen Son Lam, Évêque de Dalat ; Mgr Michel Nguyen Khac Ngu, Évêque de Long-Xuyen, et son Coadjuteur Mgr Jean-Baptiste Bui Tuan; Mgr Joseph Tran Van Thien, Évêque de My-Tho, et son Coadjuteur Mgr André Nguyen Van Nam ; Mgr Nicolas Huynh Van Nghi, Évêque de Phan-Thiet ; Mgr Joseph Pham Van Thien, Évêque de Phu-Chung, et sοη Coadjuteur Mgr Louis Ha Kim Danh ; Mgr Jacques Nguyen Van Mau, Évêque de Vinh-Long, et sοη Coadjuteur Mgr Raphaël Nguyen Van Diep ; Mgr Dominique Nguyen Van Lang, Évêque de Xuan-Loc, et sοη Coadjuteur Mgr Paul Nguyen Minh Nhat; et Mgr Louis Pham Van Nam, Auxiliaire de Hochiminhville.
Je ne puis pas ne ραs rappeler ící, avec une affection spéciale, le cher Mgr François-Xavier Nguyen Van Thuan, dont je connais la fidélité au Seigneur et l'amour persévérant envers l'Église.
C'est à tous ces Prélats que je désire faire parvenir un salut affec­tueux, accompagné d'une pensée particulière pour ceux qui, parvenus à un âge avancé ou éprouvés par la maladie et les souffrances inté­rieures, trouvent une occasion pour se découvrir toujours plus pro­fondément semblables à Jésus Christ, Prêtre Éternel.
Votre Eminence qui, en tant que Président de la Conférence épis-copale vietnamienne, a pris part αυx travaux du Synode extraordinaire des Évêques peine achevé, en y apportant la précieuse con­tribution de son ample expérience pastorale inspirée aux sources mêmes de l'Évangile, pourra communiquer à ses Confrères dans l'Epιscopat la beauté et la valeur de l'expérience pastorale acquise au contact des Représentants des divers Epìscopats et dans le travail commun. Votre Emιnence ne manquera pas non plus de faire part à tous le catholiques avec quels intérêt, affection et admiration les Pasteurs des autres Églises particulières suivent la vie des communautés chrétiennes au Vietnam comme ailleurs, surtout quand elles sont appelées à rendre témoignage au Seigneur Jésus dans des situations exigeant abnégation et courage.
Vous voudrez bien rappeler encore à vos Confères, Monsieur le Car­dinal, que tous leurs efforts doivent tendre à offrir à leurs concitoyens, avec un généreux dévouement, l'annonce de la foi, de l'espérance et de la charité que l'Église ne cesse de proposer à tout homme pour l'amener à découvrir que Jésus est « voie, vérité et vie D.
Je suis convaincu que dans cette importante et délicate mission, ces Pasteurs pourront compter sur la collaboration généreuse et cohérente des prêtres, des religieuses, des catéchistes et de tous les fidèles.
Le Concile Vatican II, comme ont eu à coeur de le rappeler les Pères synodaux dans leur récent message au Peuple de Dieu, « doit être toujours mieux entendu avec un coeur ouvert et disponible » et ne pourra porter tous ses fruits que « grâce à un effort persévérant et soutenu dans le temps D.
C'est avec une affection toute particulière que je m'adresse éga­lement αυx prêtres que le Seigneur a appelés à servir avec vous le Peuple de Dieu. Qu'ils veuillent continuer, dans la fidélité et la con-fiance, à accompagner les communautés qui leur ont été confiées dans l'approfondissement des exigences concrètes du mystère de l'Église et de sα communion ! Qu'ils se considèrent toujours comme les servi­teurs de leurs frères, et spécialement des plus pauvres, des petits, de ceux qui souffrent et des humbles ! Je les encourage paternellement, ainsi que vous-mêmes, à parcourir courageusement, malgré les obstacles, le chemin qui mène à une société transformée par l'amour en con-servant en même temps l'unité ecclésiale autour des Pasteurs quē vous êtes. En réalité, comme le rappelait mon prédécesseur le Pape Paul VI, cc lα force de l'évangélisation se trouvera bien diminuée sí ceux qui annoncent l'Evangile sont divisés entre eux ».2
Mon ultime pensée, Monsieur le Cardinal, se tourne vers le Peuple vietnamien tout entier que j'aime profondément et dont j'admire la la courageuse ténacité avec laquelle il sait vaincre, dans les circons­tances les plus diverses, de graves et douloureuses difficultés. Je lui souhaite un avenir de sérénité et de paix.
Vous saurez trouver, j'en suis sûr, le moyen de faire savoir tous et à chacun que le Pape les suit avec affection et les accompagne de sα
prière dans leurs généreux efforts pour le progrès et la prospérité de leur pays.
Alors que je vous salue tous cc in vinculo paeis » 3 et cc ín osculo caritatis »,4 je vous confie de grand coeur, νουs Pasteurs et Peuple fidèle, Marie, Mère de l'Eglise. Je le fais animé d'une immense confiance, certain qu'elle saura accueillir vos projets, vos espérances les plus cachées comme votre labeur.
Son intercession puissante et maternelle saura obtenir pour l'Eglise qui est au Vietnam une nouvelle effusion de l'Esprit qui se traduira en une foi plus solide et courageuse, en une espérance sans limite et en une charité vécue dans le contexte d'une communion ecclésiale plus intense.
Mon affectueuse Bénédiction νουs accompagne !

x Evangelii nuntiandi, n. 77. 'Ep4, 3.
4 1 P 5, 14.

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DISCOURS DU PAPE JEAN-PAUL II
AUX PARTICIPANTS À LA IIIème ASSEMBLÉE PLÉNIÈRE 
DU CONSEIL PONTIFICAL POUR LA FAMILLE
Vendredi 13 décembre 1985

Monsieur le Cardinal,
Chers Frères et Soeurs,
1. Je suis heureux de vous accueillir à l’occasion de votre Assemblée plénière, qui est le temps fort de l’activité de votre Conseil pontifical, grâce en particulier à l’apport des foyers membres venus de tous les horizons.
Nous venons de terminer le Synode extraordinaire réuni à l’occasion du vingtième anniversaire de la clôture du Concile Vatican II. Nous avons cherché, avec les Présidents des Conférences épiscopales et les autres Pères synodaux, à en évaluer les fruits spirituels, tout en renouvelant notre volonté d’être dociles à l’action de l’Esprit Saint qui pousse son Eglise à prendre toujours mieux conscience du mystère de son identité, par rapport au Christ, et de la responsabilité qui lui incombe devant le monde et devant les hommes d’aujourd’hui.
Nous avons, depuis un mois, commémoré plusieurs documents conciliaires, approuvés et publiés il y a juste vingt ans. L’un des documents principaux était la constitution pastorale “Gaudium et Spes”, adoptée le 7 décembre 1965. Elle présente une vision chrétienne de l’homme et de la société, et l’interaction de l’Eglise, comme peuple de Dieu, et des communautés humaines. Elle traite de nombre de problèmes qui sont d’une importance cruciale pour le monde d’aujourd’hui et au premier rang desquels il faut mentionner la doctrine sur le mariage et la famille.
Ces deux thèmes ont été depuis lors l’objet d’une attention spéciale de la part du Magistère de l’Eglise. L’encyclique “Humanae Vitae” de mon prédécesseur Paul VI, le Synode sur la mission de la famille et l’exhortation apostolique “Familiaris Consortio”, tout comme les catéchèses que j’ai consacrées aux aspects concrets de la doctrine chrétienne sur le mariage, sans compter beaucoup de documents pastoraux de mes Frères dans l’épiscopat, ont indiqué aux fidèles le juste ordre humain et chrétien de l’union qui leur fait partager le mystère sacramentel du mariage.
Le Comité de la Famille - devenu le Conseil pontifical pour la Famille - a été institué pour mieux contribuer à exposer et à divulguer la doctrine sur le mariage et la famille, et aussi pour apporter une aide directe et adéquate à la pastorale spécifique des diverses situations qui affectent la vie familiale. Vous êtes donc, vous tous qui appartenez de plein droit à ce Dicastère de l’Eglise, coopérateurs du Pape dans sa sollicitude pour toutes les Eglises. Je vous remercie vivement de votre collaboration. Votre mission se réfère à la fois à la doctrine et à la pastorale des foyers.
2. Il vous faut donc d’abord vous référer à la vérité que l’Eglise expose et transmet sur le mariage. Le Magistère de l’Eglise ne crée pas la doctrine, il enseigne les exigences de l’ordre moral afin qu’à sa lumière le jugement de la conscience puisse être vrai. Le fidèle a le droit de recevoir du Magistère l’enseignement sur la vérité morale. Et l’on ne peut pas dire que le Magistère de l’Eglise s’oppose aux “droits de la conscience”. Si la raison humaine et le Magistère fondé sur la Révélation ont accès, bien que de manière différente, à la vérité qui est fondée en Dieu, la conscience éclairée par la raison ne verra pas dans cette autre lumière qui lui vient à travers le Magistère une simple conception parmi d’autres, mais le soutien apporté par la Providence divine à notre nature humaine, dans sa condition faible et limitée.
Le Magistère de l’Eglise ne remplace donc pas la conscience morale des personnes; il l’aide à se former, à découvrir la vérité des choses, le mystère et la vocation de la personne humaine, le sens profond de ses actes et de ses relations. Car la conscience ne peut jamais se livrer à l’arbitraire; elle peut se tromper en s’orientant vers ce qui lui paraît raisonnablement un bien; mais son devoir est de s’orienter vers le bien selon la vérité.
Il n’est pas étonnant que le mariage et les relations conjugales soient l’un des domaines où le désordre intérieur, conséquence du péché originel et des péchés personnels de Chacun, a largement répandu les brouillards de la désorientation et du doute. C’est précisément un point où le Magistère de l’Eglise doit exposer la vérité en étant particulièrement attentif à promouvoir le bien des personnes et de la société humaine, si étroitement dépendant de cette cellule de base qu’est la famille.
En exposant les lois morales qui entourent la vérité du don des conjoints, l’Eglise ne promeut pas seulement la rectitude morale de chacun des conjoints, mais elle défend la vérité du mariage lui-même, origine et garantie de la famille. C’est pourquoi la constitution pastorale “Gaudium et Spes”, en exposant les critères objectifs - “tirés de la nature même de la personne et de ses actes” - qui déterminent la moralité de la vie intime des conjoints, les appellent “critères qui respectent, dans un contexte d’amour véritable, la signification totale d’une donation réciproque et d’une procréation à la mesure de l’homme”. Mais, en même temps, cette donation mutuelle totale et la procréation humaine ne sont pas autres choses, dans la vie conjugale, que le fidèle reflet de la nature du mariage. Logiquement, les liens essentiels entre la nature du mariage lui-même, le don de soi mutuel et l’ouverture à la vie, déterminent la vérité des actes spécifiques du mariage, conditionnant en même temps le fait qu’ils soient bons ou non.
En ce sens, on peut dire que le rappel de la doctrine de l’Eglise est une façon profonde d’exercer la charité: un amour qui ne se limite pas à promouvoir des “solutions”, peut-être faciles et d’un effet immédiat, mais qui, comme le bon médecin, cherche à soigner les causes du désordre, même lorsque, parfois, on ne voit pas tout de suite les résultats. Or, là où abonde le désordre de la vie conjugale, les fondements de l’institution du mariage et de la stabilité de la famille sont mines, et il faut préparer des remèdes profonds, à la mesure du mal.
Mais il importe de bien exposer la doctrine, avec des arguments et des exemples qui soient de nature à mieux toucher et convaincre nos contemporains.
Par ailleurs, les problèmes de la famille sont loin de se limiter à ceux que je viens d’évoquer touchant l’union des époux. Ils sont multiples. Ils ne concernent pas seulement la procréation, mais l’éducation, et toute l’ambiance de vie des familles.
Enfin les progrès scientifiques, notamment ceux qui concernent l’embryon, sont en train de poser beaucoup de questions nouvelles et graves. Il faut que l’Eglise les regarde en face. Votre Conseil y a sa part, et doit y demeurer attentif, tout en admettant que Ses réponses complexes du Magistère seront le fruit de la collaboration de plusieurs Dicastères, utiliseront la réflexion d’experts très qualifiés, ainsi que le jugement théologique et moral des divers théologiens et de leurs Pasteurs. C’est là encore un service que l’Eglise doit apporter aux consciences et à la société.
3. L’activité apostolique de votre Conseil, s’appuyant sur la doctrine, doit viser une meilleure pastorale familiale, permettant aux fidèles de mieux accueillir cette vérité et de la faire entrer dans leur propre vie, comme dans les moeurs de la société. C’est le deuxième aspect de votre mission, inséparable du premier. Vous avez d’ailleurs réfléchi durant votre Assemblée sur la façon de préparer les agents de la pastorale familiale.
Votre contribution demeure très précieuse et particulière. Car vous êtes au sein de la Curie, en relation directe avec le Pape; l’horizon de votre sollicitude est l’Eglise universelle; et la composition même du Conseil, avec des couples chrétiens de différents pays qui ont assimilé la doctrine familiale de l’Eglise et cherchent à en vivre, prédispose à cet apostolat.
Mais vous êtes conscients de l’immensité de l’œuvre. C’est l’ensemble des laïcs vivant la vocation du mariage qui sont appelés à cet apostolat, aidés de leurs prêtres. Il faut souhaiter que de multiples initiatives soient prises en ce sens dans les Eglises locales, et que les associations familiales, les mouvements, les centres spécialisés apportent une collaboration qualifiée et généreuse, inspirée de l’esprit chrétien, en fidélité à la doctrine de l’Eglise. Sur place, les évêques sont directement responsables de l’authenticité chrétienne et de l’opportunité de cette action. Ils comptent sur votre compréhension et votre encouragement.
Un tel apostolat prendra en considération la formation et les conditions particulières des personnes pour les amener à mieux comprendre les exigences du mariage chrétien et à progresser dans l’amour conjugal et parental tel que le veut le Seigneur. S’il n’est pas permis de parler de “gradualité de la loi”, comme si la loi était plus ou moins exigeante suivant les situations concrètes, il n’est pas moins nécessaire de tenir compte de la “loi de gradualité”, car tout bon pédagogue, sans infirmer les principes, est attentif à la situation personnelle de ses interlocuteurs pour leur permettre un meilleur accueil de la vérité. Ceux qui conforment leur vie à ces exigences, ou qui au moins s’efforcent de les vivre de manière cohérente, sont mieux à même d’en communiquer les valeurs.
Outre cette cohérence chrétienne avec la vérité, toutes les sciences en relation avec la pédagogie, celles qui aident à mieux connaître la personne et qui favorisent la communication, seront certainement d’une grande utilité.
Mais si nécessaire que soit ce travail de formation doctrinale, le témoignage de vie des époux chrétiens est d’une valeur tout à fait unique. Le Magistère de l’Eglise ne présente pas des vérités impossibles à vivre. Certes, les exigences de la vie chrétienne dépassent les possibilités de l’homme s’il n’est pas aidé par la grâce. Mais ceux qui se laissent vivifier par l’Esprit de Dieu font l’expérience que l’accomplissement de la loi du Christ est possible, qu’il s’agit même d’un “joug qui est doux” et que cette fidélité procure de grands bienfaits. Le témoignage de cette expérience constitue alors pour les autres couples de bonne volonté, souvent désorientés et insatisfaits, un puissant motif de crédibilité et d’entraînement; comme le sel dont parle l’Evangile, elle leur donne le goût de vivre ainsi. Le sacrement de mariage rend les époux chrétiens capables de ce charisme. Ils manifestent alors que les valeurs chrétiennes couronnent et fortifient les valeurs humaines. La vérité plénière du Christ, loin d’amoindrir le véritable amour, le garantit et le protège; elle est à la source du bien propre des époux; elle suscite pour la société des foyers qui seront les ferments d’une humanité meilleure.
Beaucoup de responsables de la société civile, prenant conscience des mutations profondes et de la crise qui affectent si largement la vie familiale, la stabilité des foyers, l’épanouissement des époux et des enfants, sont sans doute prêts à prendre en considération l’importance de cette contribution spécifique, inspirée des principes moraux naturels et chrétiens, offerte loyalement et humblement.
Voilà, en tout cas, ce qu’il nous faut promouvoir dans l’Eglise avec lucidité et courage, en liaison avec les forces vives qui travaillent déjà pour la pastorale familiale.
Le prochain Synode sur la mission des laïcs fortifiera sans nul doute cette prise de conscience et cet appel, déjà avivés par le précédent Synode ordinaire, car la famille est l’un des domaines spécifiques où il revient aux laïcs d’imprégner la société humaine de l’Esprit du Christ.
Je vous remercie encore de votre service particulier de l’Eglise, dans le cadre de ce Conseil pontifical; je souhaite qu’il soit toujours plus fructueux.
Je recommande à Dieu votre travail, et aussi les intentions qui vous tiennent à cœur, particulièrement le bonheur et le rayonnement de vos familles - dont je salue avec affection les enfants - et aussi les situations difficiles des foyers dont vous connaissez la détresse et qui comptent sur vous. Je vous souhaite déjà la paix et la joie de Noël, en vous donnant ma Bénédiction Apostolique.

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