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DISCOURS DU SAINT-PÈRE JEAN-PAUL II
À M. JOZSEF BRATINKA, NOUVEL AMBASSADEUR
D'HONGRIE PRÈS LE SAINT-SIÈGE*
 Lundi 6 février 1995

Monsieur l’Ambassadeur,
1. C’est avec joie que j’accueille Votre Excellence et que je Lui souhaite la bienvenue à Rome à l’occasion de la présentation des Lettres qui L’accréditent comme Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la République de Hongrie auprès du Saint-Siège.
2. Je vous remercie, Monsieur l’Ambassadeur, des sentiments cordiaux que vous venez de m’exprimer; je suis particulièrement sensible à vos paroles d’estime à l’égard de l’action du Siège Apostolique et du Successeur de Pierre dans la vie internationale. En cette circonstance solennelle, vous venez aussi de rappeler ma visite apostolique dans votre pays. Je garde dans la mémoire du cœur le souvenir très vif de mes rencontres avec les Autorités et le peuple hongrois, de même que des célébrations religieuses qui m’ont permis de m’unir à l’Église catholique de votre pays. Je vous saurais gré d’exprimer au Président de la République mes salutations déférentes et les vœux que je forme pour ceux qui ont la haute charge de servir la nation et pour tout le peuple hongrois.
3. Vous avez évoqué les origines chrétiennes de la Hongrie qui, depuis sa fondation jusqu’à notre époque, a conservé son identité culturelle, humaniste et religieuse, même durant les heures sombres de son histoire récente. Comment ne pas faire mention des Rois catholiques, saint Etienne et saint Ladislas, qui ont vécu l’idéal de la sainteté tout en s’attachant inlassablement à organiser la vie publique du nouvel Etat? Ces figures emblématiques de votre noble nation témoignent de l’engagement incessant de l’Église dans la vie sociale, pour le service de tous les hommes. En effet, la doctrine sociale de l’Église contribue à orienter l’action de ceux qui œuvrent pour le développement de la vie démocratique et des relations internationales. A ce propos, il convient de souligner que les principes de l’enseignement social catholique n’ont pas pour but de définir un système de société, mais de rappeler les valeurs individuelles et collectives qui fondent toute vie en société, spécialement les principes de justice et de solidarité; ces derniers permettent de disposer au service de toute la communauté nationale des richesses d’un pays et de faire participer l’ensemble des citoyens à la gestion commune, selon le principe de subsidiarité inscrit dans la nouvelle Constitution de la République hongroise. Dans la période de transition que vous vivez, tous sont aussi appelés à fournir les efforts nécessaires pour atteindre un plus grand bien-être spirituel et matériel. Désireux de s’engager dans la vie sociale, les catholiques ont à cœur de promouvoir les relations fraternelles avec l’ensemble de leurs compatriotes et de contribuer à la construction commune de la vie démocratique. Car la vocation de l’Église catholique, qui est d’annoncer l’Évangile, s’exprime notamment à travers le service des frères. Je saisis cette occasion pour saluer chaleureusement, par votre entremise, la communauté catholique présente dans votre pays.
4. Au sein de la société, la famille a une place prépondérante, car elle est le lieu primordial d’éducation morale et de formation sociale de la jeunesse. Vous savez aussi, Monsieur l’Ambassadeur, l’attention accordée par l’Église en Hongrie, à l’éducation, en particulier grâce aux écoles catholiques. Vous avez bien voulu faire allusion aux nouvelles dispositions prises dans votre pays quant à la liberté religieuse et à l’aide apportée par les Autorités aux œuvres éducatives et charitables de l’Église. Dans ce domaine, le Saint-Siège apprécie les gestes qui ont été faits par votre gouvernement pour assurer aux différentes Institutions et aux Congrégations religieuses les conditions nécessaires à leur mission éducative et la formation spirituelle et morale à laquelle aspirent beaucoup de vos jeunes compatriotes. J’exprime mes vifs remerciements à ceux qui ont accepté de prendre ces décisions courageuses.
Soyez assuré que les catholiques qui se dévouent auprès des jeunes ont conscience de servir la nation tout entière, en apportant avec soin leur concours à l’éducation de ses fils et de ses filles qui demain auront la charge de conduire les destinées du pays. Les évêques, et avec eux le clergé et l’ensemble des fidèles, sont fiers d’appartenir à la République de Hongrie; ils souhaitent y être des membres actifs, chacun à la place qui lui revient. Je me réjouis des rapports de compréhension entre les pasteurs de l’Église catholique et les responsables de la société civile, non seulement pour contribuer à réparer les injustices commises au cours des dernières décennies, spécialement sur la question des biens d’Église, mais pour conduire jusqu’à son terme le processus juridique, dans le respect de la liberté religieuse et de la mission spécifique de l’Église catholique en Hongrie, en ce qui concerne l’éducation, les activités caritatives et les moyens de communication sociale.
5. Le peuple hongrois a un grand sens de la liberté individuelle et sociale, qui le pousse à ouvrir ses frontières, à participer à la vie internationale et à soutenir dans une juste mesure les minorités, avec un esprit de coopération et de solidarité. On reconnaît l’aspiration légitime à une fraternité qui s’oppose à un repliement sur soi, une fraternité soutenue par les valeurs fondamentales de la paix, du respect de la dignité de l’être humain et de la dignité des peuples, pour lesquelles vous avez vous-même œuvré depuis 1990, en particulier comme Chef de la délégation parlementaire de votre pays auprès du Conseil de l’Europe et au sein de la Commission sur la Sécurité et la Coopération en Europe, devenu tout récemment une Organisation à part entière. En favorisant le dialogue entre les groupes humains différents, les Autorités offrent à chaque citoyen de participer à la vie nationale et de contribuer à l’édification de la paix. Cette voie du dialogue, à laquelle le Saint-Siège attache une importance particulière, est la seule voie respectueuse de l’homme, des peuples et des minorités ethniques et culturelles.
6. Au moment où commence votre mission, je vous offre mes vœux les meilleurs. Votre présence ici, Monsieur l’Ambassadeur, raffermira, j’en suis sûr, les liens profonds et confiants qui existent déjà depuis un millénaire entre la Hongrie et le Saint-Siège, relations que les vicissitudes de l’histoire avaient rendues difficiles en ce siècle.
Soyez assuré que vous trouverez toujours auprès de mes collaborateurs un accueil attentif et une compréhension cordiale, pour mener à bien votre activité.
Sur Votre Excellence, sur les dirigeants et sur le peuple hongrois, j’invoque de grand cœur l’abondance des Bénédictions divines.

*Insegnamenti di Giovanni Paolo II, vol. XVIII, 1 p.327-330.
L’Osservatore Romano 7.2.1995 p.4.
L'Osservatore Romano. Edition hebdomadaire en langue française n.7 p.9.

© Copyright 1995 - Libreria Editrice Vaticana
 



DISCOURS DU PAPE JEAN PAUL II
 au Président de la République de MALTE,
S.E.M. Ugo Mifsud BONNICI*
4 février 1995

Monsieur le Président,
1. Je suis heureux de vous souhaiter une cordiale bienvenue à l'occasion de votre première visite officielle aujourd'hui, qui est une occasion pour moi de vous exprimer le respect et l'estime du Saint-Siège à l'égard de votre personne et du bien-aimé peuple maltais. J'adresse un salut respectueux à votre épouse ainsi qu'à tous les membres de votre suite.
Je conserve dans mon âme un souvenir très cher de la visite pastorale à Malte, du 25 au 27 mai 1990. En cette heureuse occasion, j'ai pu me rendre compte personnellement, outre de la délicieuse hospitalité du peuple maltais, de la profondeur de sa foi et de la solidité de ses racines chrétiennes.
Il s'agit en effet de racines anciennes, qui remontent aux temps apostoliques. Il est bien connu que c'est l'apôtre Paul lui-même qui a porté l'annonce de l'Evangile dans l'île, où il aborda dans des circonstances dramatiques durant son voyage vers Rome (cf. Ac 27, 39-44).
2. Cette première rencontre providentielle du christianisme avec les habitants du lieu mit immédiatement en valeur leur « humanité peu banale », comme nous le lisons dans le récit des actes des Apôtres (cf. 28, 2). Chaque fois qu'il a dû affronter des moments particulièrement difficiles et exigeants, le peuple maltais a pu puiser dans ce patrimoine d'«humanité», que le ferment évangélique a porté à pleine maturation.
La solidité morale et la fierté des idéaux de votre peuple, Monsieur le Président, peuvent être symbolisés par la configuration même de l'île, dont les rives résistèrent au cours des siècles à la violence des vents du ciel et aux flots des marées. C'est dans ce patrimoine d'histoire et de civilisation humaine et chrétienne qu'il faut puiser aujourd'hui encore, pour pouvoir affronter en toute sécurité et surmonter les difficultés et les adversités qui n'épargnent pas même les hommes de notre siècle, à la veille du troisième millénaire.
L'île de Malte a la vocation particulière de constituer une occasion de contacts et de compréhension réciproque entre les diverses nations et cultures qui bordent la Méditerranée. Lieu historique de rencontre entre régions hétérogènes, située comme elle l'est au centre des lignes qui relient de façon idéale l'Europe à l'Afrique et au Moyen-Orient, la République de Malte peut également, à notre époque, apporter une contribution significative au dialogue et à la compréhension entre les peuples de la Méditerranée.
Dans la période difficile où nous vivons actuellement, au cours de laquelle se réalisent des efforts généreux afin d'atteindre des solutions de paix honorables et stables dans les régions du Moyen-Orient et des Balkans, Malte ne manquera pas – j'en suis certain – d'apporter sa contribution spécifique à la création du climat nécessaire de respect et de collaboration entre toutes les parties concernées. Une telle contribution sera d'autant plus efficace qu'elle sera accompagnée par les valeurs propres de l'identité nationale, telles qu'elles sont incarnées dans la vive tradition du peuple maltais.
3. Face aux défis du présent, c'est encore le patrimoine chrétien, que le peuple maltais a reçu en héritage de l'histoire et assimilé de façon fondamentale dans ses traditions, qui offre les fondements les plus sûrs pour des solutions adaptées et durables. Il s'agit en particulier de défendre les nouvelles générations contre les mirages d'une culture hédoniste et consumériste, souvent véhiculés par les moyens de communication de masse.
Je remarque avec satisfaction que sont faits à Malte des efforts appréciables visant à promouvoir un développement plus marqué de l'île et une plus juste distribution des richesses entre tous les citoyens de l'île. Il est toutefois important que l'on ne sacrifie pas à de telles fins les valeurs morales et spirituelles. De telles valeurs sont exprimées de façon significative par la grande considération qui est réservée dans la culture maltaise à la famille. Lors de la récente Conférence du Caire, la délégation maltaise a apporté un témoignage évident de cette signification. Il est nécessaire de poursuivre sur cette voie, en préservant l'institution familiale face aux multiples défis de notre temps.
4. Je désire exprimer ma vive satisfaction pour la façon heureuse dont se sont conclues les négociations entre le gouvernement de Malte et le Saint-Siège, aux- quelles ont toujours été associés les évêques de Malte et de Gozo. Les cinq accords conclus ont résolu d'importantes questions, donnant lieu à une collaboration saine et renouvelée entre l'Etat et l'Eglise, dans le respect de leurs compétences spécifiques, dans des secteurs qui ne concernent pas seulement les individus et les familles, mais également la société tout entière. Ces secteurs sont: l'enseignement et l'éducation religieuses dans les écoles publiques; le service que les écoles de l'Eglise rendent à la société tout entière ; la contribution de la Faculté de théologie catholique, à travers son incorporation à l'Université, à la promotion de l'identité culturelle de Malte ; l'harmonisation entre la dimension civile de l'état conjugal, et celle qui provient, tant au niveau personnel que social, du mariage célébré devant l'Eglise; une utilisation plus approfondie des propriétés immobilières des organismes ecclésiastiques.
Il s'agit d'ententes qui, bien qu'elles aient un contenu d'un caractère nécessairement particulier, entendent réfléchir et appliquer, de façon correcte et fructueuse, des principes essentiels dans les rapports entre l'Eglise et l'Etat dans des domaines d'intérêt commun. De telles ententes sont d'ailleurs établies afin d'éviter d'éventuelles tensions, voire même des conflits de conscience chez les catholiques et de favoriser l'apport de précieuses énergies à la croissance de la communauté civile, de la part des personnes, des familles, des groupes et de l'ensemble du corps ecclésial.
Tous sont conscients des avantages qui peuvent dériver d'une vie démocratique dans un pays lorsque, tout en respectant la liberté de conscience qui est due à chaque citoyen, on laisse une place ordonnée à des présences qui encouragent des valeurs humaines fondamentales, surtout si elles constituent le tissu connectif de l'identité historique et culturelle d'un peuple.
5. Le climat d'attention et d'estime qui caractérise les rapports entre l'Eglise et le gouvernement de Malte ne manquera pas de contribuer à la poursuite d'un tel objectif. J'ai à cœur d'exprimer le souhait que l'entente en cours puisse s'intensifier, favorisant une coopération amicale entre la communauté chrétienne et la réalité civile, dans le respect des compétences réciproques.
En vous renouvelant, Monsieur le Président ainsi qu'aux illustres personnes qui vous accompagnent, l'expression de ma satisfaction reconnaissante pour votre visite aujourd'hui, je souhaite à toute la population de la République de Malte un avenir de paix et de prospérité sereine, et, en invoquant sur elle la protection constante de la Vierge Marie, si chère aux Maltais, je vous donne à tous bien volontiers ma Bénédiction apostolique.

*L'Osservatore Romano. Edition hebdomadaire en langue française n°8 p.5, 6.

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  DISCURSO DEL SANTO PADRE JUAN PABLO II
AL SEÑOR JAVIER LUIS EGAÑA BARAONA,
NUEVO EMBAJADOR DE CHILE ANTE LA SANTA SEDE*


Viernes 3 de febrero de 1995


1. Monsieur l'Ambassadeur, j'apprécie particulièrement vos aimables paroles, qui m'ont rappelé la visite pastorale que j'ai effectuée dans votre pays en 1987, au cours de laquelle j'ai pu apprécier les plus authentiques valeurs de l'âme chilienne.

Ces valeurs se manifestent également dans les fruits lumineux de sainteté de l'Église qui est au Chili, et j'ai plaisir à évoquer les joyeuses célébrations de la canonisation de sainte Thérèse des Andes et des béatifications de la jeune Laura Vicuna et, plus récemment, du Père Alberto Hurtado, s.j., gloire non seulement de ces communautés ecclésiales, mais également de toute l'Amérique latine, dont la vie et les enseignements éclairent la conduite de tant de personnes.

2. La République du Chili, en vertu des racines chrétiennes et des valeurs morales qui ont modelé son existence en tant que nation au cours de l'histoire, appartient avec raison au groupe de pays qui se sont ralliés à la noble tâche de renforcer les bases de la coexistence pacifique entre les peuples, dans le cadre de la justice et du respect mutuel.
A cet effet je suis heureux d'évoquer la récente célébration du Xe Anniversaire de la signature du Traité de Paix et d'Amitié entre votre pays et la République argentine, qui a pu se réaliser grâce à la médiation du Saint-Siège; cet événement a non seulement confirmé que votre pays appréciait l’œuvre du Saint-Siège dans le domaine international, mais il a également souligné la ferme volonté de poursuivre dans la voie du dialogue et à travers les moyens que le droit international offre à la communauté des nations pour une solution pacifique des conflits pouvant surgir entre les deux pays unis par la Cordillère des Andes. Je me réjouis de cette situation qui favorise un climat de paix et de coopération puisque, ainsi que je l'ai déclaré dans ma récente Allocution au Corps diplomatique accrédité près le Saint-Siège, «je suis convaincu que, si la guerre et la violence sont, hélas, contagieuses, la paix l'est tout autant» (n. 8).

3. Par sa mission à caractère spirituel et religieux, le Saint-Siège ne se lasse pas de promouvoir et de défendre le respect des droits humains et de témoigner, par son enseignement, que la survie de l'humanité, dans sa complexité, dépend de la place reconnue à l'homme comme fin véritable de toute politique (cf. ibid. n. 9). Dans cet esprit, votre présence dans le concert des nations doit être la voix qu'attend la conscience humaine, sans minimiser pour cela l'apport d'autres traditions religieuses (cf. ibid. n. 10).

4. Dans votre discours, vous avez fait allusion à la transition pacifique vers un régime de plus en plus démocratique, adopté par le gouvernement que vous représentez et qui a pris d'importantes initiatives, s'appuyant, comme dans le passé, sur le soutien moral de l'Église. Je forme des vœux pour que, sur la voie de la vie démocratique, l'Église occupe une place effective, soulignant sa vocation de service à tous les niveaux, particulièrement à travers son action en faveur des plus nécessiteux, contribuant ainsi à l'élévation des Chiliens et à la protection et à la promotion des valeurs suprêmes. En effet, afin d'édifier une société de plus en plus juste et fraternelle, il est nécessaire que la conception chrétienne de la vie et les enseignements moraux de l'Église continuent d'être des valeurs que les personnes qui œuvrent au service de la nation doivent prendre en considération. De cette manière, il sera possible de répondre de façon adéquate aux besoins et aux aspirations des hommes, tout en coopérant au dessein de Dieu.

5. C'est dans cet esprit de collaboration que les évêques du Chili ont donné à leurs orientations pastorales le titre suggestif de «Nouvelle Évangélisation pour le Chili, patrie que nous aimons et servons par l'Évangile du Seigneur». Aujourd'hui, comme toujours, dans le respect du à l'autonomie des institutions et des instances civiles, l'Église continuera de promouvoir et d'encourager toutes les initiatives visant à servir la cause de l'homme, sa dignité et son progrès intégral en favorisant constamment la dimension spirituelle et religieuse de la personne au niveau individuel, familial et social.

6. Monsieur l'Ambassadeur, à l'approche de la fin du XXe siècle, notre rencontre se situe dans un contexte caractérisé par de nouvelles situations et de nouveaux défis, qui font qu'aujourd'hui plus que jamais, le principe de la suprématie de la personne humaine, créée à l'image et ressemblance de Dieu, et de la suprématie du bien commun dans l'organisation sociale doivent être clairement défendus.

L'Église enseigne que si l'on veut affronter de nouveaux défis, il est faut favoriser les conditions de vie qui permettent la pleine réalisation et l'accomplissement des aspirations légitimes des individus et des familles, en ayant sans cesse comme point de référence une conception juste de l'homme et de sa destinée transcendantale. Dans ce contexte, le Concile Vatican II affirme que «la foi éclaire toutes choses d'une lumière nouvelle et nous fait connaître la volonté divine sur la vocation intégrale de l'homme, orientant ainsi l'esprit sur des solutions pleinement humaines» (Gaudium et spes, n. 11).
Monsieur l'Ambassadeur, avant de conclure cette rencontre je suis heureux de vous assurer de ma bienveillance et de mon soutien pour le bon déroulement de la haute mission que vous entamez. Par l'intercession de la Vierge du Carmel, Patronne du Chili, j'élève des prières au Seigneur pour qu'il vous assiste toujours de ses dons ainsi que votre famille, vos collaborateurs les gouvernants de votre noble pays, et le bien-aimé peuple chilien, toujours si proche du cœur du Pape.

*L'Osservatore Romano. Edition hebdomadaire en langue française n.9 p.4.


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DISCOURS DU SAINT-PÈRE JEAN-PAUL II
AUX PARTICIPANTS AU V
ème CONGRÈS
DE L’ASSOCIATION INTERNATIONALE
DES HAUTES JURIDICTIONS ADMINISTRATIVES
Lundi 27 mars 1995
Monsieur le Président,
Mesdames, Messieurs,
1. Vous avez bien voulu venir me rendre visite, à l’occasion du Vème Congrès de l’Association internationale des Hautes Juridictions administratives, tenu à Rome. Je vous remercie cordialement de votre démarche.
Et ma gratitude va en particulier à Monsieur Giorgio Crisci, Président de votre Association, pour les paroles aimables qu’il vient de m’adresser au nom de tous les participants.
2. Personne ne saurait méconnaître l’importance de la mission confiée aux hautes institutions que vous représentez, pour le bon fonctionnement des États. En effet, les organes de juridiction administrative sont des garants de la justice dans les rapports des États avec leurs citoyens.
Pour mettre en garde contre les tentations de l’arbitraire qui sont toujours un risque dans l’exercice du pouvoir, la doctrine sociale de l’Église a souvent redit que l’État trouve dans les exigences du bien commun à la fois son fondement et ses limites. La Constitution pastorale « Gaudium et Spes» enseigne que «la communauté politique existe en vue du bien commun, dans lequel elle trouve sa pleine justification et sa pleine signification, et dont elle tire son droit originel et propre»[1]. C’est en fonction de cette même perspective que j’ai souligné, dans l’Encyclique « Centesimus Annus », la valeur de l’État de droit, en souhaitant le développement opportun d’une culture juridique et politique selon laquelle, dans l’organisation de la société, «il est préférable que tout pouvoir soit équilibré par d’autres pouvoirs et par d’autres compétences qui le maintiennent dans de justes limites»[2].
3. Le rôle des hautes juridictions administratives s’intègre naturellement dans un État qui est au service du bien commun, et conscient, à ce titre, de devoir se situer dans un cadre ferme de justice formelle et substantielle. Vous êtes donc appelés à accomplir une mission importante et délicate qui requiert la droiture morale et la compétence juridique, en même temps que l’indépendance et l’équité du jugement.
C’est pourquoi je tiens à exprimer mon estime pour l’initiative que vous avez prise de consacrer votre Congrès – en fonction des normes en vigueur dans les différentes législations nationales – à la question des mesures provisoires d’urgence et des procédures accélérées dans les procès administratifs. Vous contribuez ainsi à l’enrichissement et à l’affermissement d’une culture juridique internationale, dans laquelle l’unité des principes fondamentaux est essentielle pour ce monde qui a tant besoin d’harmoniser son extrême diversité dans un projet commun de solidarité et de convivialité pacifique.
4. Vous bénéficiez de la généreuse hospitalité du Conseil d’État italien, institution dont je sais les mérites au service des citoyens et du pays tout entier: son accueil favorisera certainement l’heureux déroulement de vos travaux.
Je souhaite donc que vos réflexions soient fécondes. Bien volontiers, j’invoque la Bénédiction de Dieu sur vous, sur vos familles et sur vos compatriotes.
5. This Congress of the International Association of Supreme Administrative Jurisdictions offers you an opportunity to renew your commitment to the specific role which is yours in the service of the common good: that of promoting and defending justice in the exercise of public authority. I ask God to sustain you in this sensitive task, so that the countries you represent and the international community as a whole will advance more and more on the path of respect for the rule of law. God bless you all!

[1] Luc. 1, 28.
[2] Cfr. Ioannis Pauli PP. II Redemptoris Mater, 7.


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DISCORSO DI GIOVANNI PAOLO II
AI NUOVI AMBASCIATORI ACCREDITATI PRESSO LA SANTA SEDE*
Sala Clementina - Sabato, 25 marzo 1995

 
1. C'est avec un grand plaisir que je vous reçois aujourd'hui au Vatican pour recevoir les Lettres qui vous accréditent comme Ambassadeurs extraordinaires et plénipotentiaires de vos pays respectifs: Arménie, Chypre, Lesotho, Nouvelle-Zélande, Norvège, Rwanda et Thaïlande. Je profite de cette occasion pour réitérer l'estime et l'amitié que je porte aux peuples que vous représentez, chacun avec son histoire, ses traditions culturelles et religieuses, ses aspirations et ses espérances face aux immenses défis que les nations et l'humanité tout entière doivent relever à la fin du vingtième siècle. Je souhaite en particulier la bienvenue au premier représentant de la République d'Arménie, depuis peu indépendante, accrédité près le Saint-Siège. Je prie pour que la période où chacun de vous exercera sa fonction d'Ambassadeur, soit une occasion d'approfondir votre compréhension de l'engagement inéluctable de l'Église à servir la famille humaine, mission qu'elle a reçue de son divin Fondateur Jésus-Christ.

2. En tant que diplomates, vous êtes des observateurs méticuleux des changements de la situation internationale et de l'orientation que prend le monde. Le flot d'événements qui s'est produit au cours des dernières années a sans aucun doute conduit à un relâchement des tensions à l'échelle mondiale. La Communauté internationale pourrait avoir une occasion historique d'utiliser pour des causes meilleures, en particulier le développement et la solidarité, les ressources économiques et humaines qui, dans un monde divisé en blocs opposés, avaient été utilisées pour la sécurité et la course aux armements. Au lieu de cela, nous assistons dans chaque continent à une triste situation dans laquelle les intérêts régionaux ethniques et économiques continuent d'attiser des feux d'hostilité et même de conflit. La présence ici de l'Ambassadeur du Rwanda nous rappelle l'immense souffrance dont le pays a été victime ainsi que la nouvelle effusion de sang qui menace les peuples de cette région. La Communauté internationale a plus que jamais besoin de la compétence des diplomates, d'hommes et de femmes qui s'engagent à trouver des moyens d'encourager et de soutenir les initiatives visant à établir la confiance et à conduire à la réconciliation entre les nations et les peuples.

3. Dans le travail pour la paix, le développement et le progrès, le Saint-Siège a un rôle et une compétence qui diffèrent des responsabilités exercées par la société civile et les autorités politiques. Mais il existe d'innombrables points de contact et de coopération mutuelle, à commencer par le fait que partout où l'Église agit ce sont les mêmes êtres humains que l'Église et la communauté politique ont à cœur de servir. En remplissant sa mission spirituelle, l'Église est présente dans l'ordre temporel pour proclamer la dignité de la personne humaine, et pour éduquer les consciences aux vérités et aux valeurs essentielles à la construction d'une société juste qui respecte la valeur transcendante et le destin de chaque individu. Par sa présence dans la Communauté internationale, le Saint-Siège cherche à défendre la structure même des droits humains, y compris le droit fondamental à la liberté religieuse, à promouvoir une conscience toujours plus grande des obligations morales et éthiques de ceux qui exercent un pouvoir politique, social et économique, et à rappeler à la Communauté internationale les besoins et les souffrances des faibles et des sans-défense.

4. Dans chacun de vos pays, la foi de vos concitoyens catholiques les conduit à aimer et à tenir en estime leur patrie et leur héritage national. Ils trouvent dans leur foi l'inspiration pour coopérer avec tous les hommes et les femmes de bonne volonté à servir le bien commun. Dans la plupart des cas, la communauté catholique est amplement engagée dans les services de l'éducation, de la santé et les services sociaux dans l'intérêt de tous. Partout, l'Église souhaite transmettre une vision d'espérance: l'Église est convaincue qu'avec l'aide de Dieu, le mal qui est dans le cœur humain peut être vaincu, le combat contre l'injustice peut être gagné, et la fraternité universelle - qui ne signifie pas uniformité mais compréhension, respect et solidarité réciproques - peut devenir une réalité.

5. En accomplissant votre service de Représentants de vos États respectifs, je vous invite, Messieurs les Ambassadeurs, à vous mettre dans une certaine mesure au service de l'humanité tout entière. Votre sensibilité aux grand maux qui touchent tant de vos compatriotes vous rendra davantage conscients de ce qui peut et devrait être fait par vos pays et par les institutions internationales pour le développement et le bien-être véritable des peuples du monde. Le récent Sommet de Copenhague a constitué un pas important dans cette direction. Puisse l'An 2000 voir une humanité engagée plus sagement et plus fermement sur la voie de la justice et de la paix !

J'invoque l'abondance des Bénédictions de Dieu Tout-puissant sur vous et sur vos familles, ainsi que sur les peuples que vous représentez.

*L’Osservatore Romano. Edition hebdomadaire en langue française n.15 p.3.
 

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