ADDRESS OF HIS HOLINESS JOHN PAUL II
TO H.E. Mr JAN G. JOLLE, NEW AMBASSADOR
OF NORWAY TO THE HOLY SEE*
Saturday, 25 March 1995
Monsieur l’Ambassadeur,
1. Je suis heureux de vous souhaiter une cordiale bienvenue à l'occasion de la présentation des Lettres qui vous accréditent comme Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire du Royaume de Norvège près le Saint-Siège. Je vous prie de remercier Sa Majesté Roi Harald V pour ses vœux, et de lui transmettre mes salutations ainsi que l'assurance de mes prières pour tous les citoyens de votre pays bien-aimé.
2. Comme Votre Excellence l'a fait remarquer, la célébration cette année du millénaire de l'arrivée du christianisme dans votre pays offre l'occasion de rappeler le fondement spirituel sur lequel le magnifique édifice de la civilisation européenne est bâti. Dans votre nation, comme à travers le continent, la foi chrétienne a influencé de façon significative toute la vie de la société. Le message chrétien a inspiré les différents peuples d'Europe à développer une culture fondée sur une vision de la place primordiale que l'homme occupe dans le dessein de Dieu, une vision qui souligne la «dignité essentielle» de chaque individu «et, avec elle, la capacité de transcender toute organisation de la société dans les sens de la vérité et du bien» (Centesimus annus, n.38). Ainsi, le christianisme a transformé ces peuples de l'intérieur, selon les exigences du double commandement d'aimer Dieu et son prochain (cf. Mc 12, 30-31), exigences qui embrassent les valeurs auxquelles Votre Excellence a fait référence: le respect des droits humains, la sauvegarde de la liberté, la démocratie et l'autorité de la loi.
Aujourd'hui, l'avenir de la civilisation européenne dépend en grande partie de la défense et de la promotion résolues des valeurs vivifiantes qui sont au cœur de son patrimoine culturel. Ainsi que d'innombrables événements tragiques l'ont montré au cours du XXe siècle, lorsqu'une société rejette ou méprise le dessein providentiel inscrit dans l'ordre de la création, le respect pour la vie et la dignité humaines est inévitablement compromis. Jusqu'à présent, la civilisation occidentale a été profondément imprégnée par la ferme conviction que le respect de la loi naturelle constitue le fondement indispensable pour bâtir une société juste et libre, capable de prendre soin, de façon particulière, de ses membres les plus faibles. Il était entendu que seule une société reconnaissant certaines normes de comportement comme toujours valides et pour tous peut garantir le fondement éthique nécessaire de la coexistence sociale. En remplissant sa mission spirituelle dans le domaine public, l'Église ne peut donc pas manquer d'inviter tous les hommes et les femmes de bonne volonté à considérer l'inévitable dimension morale des politiques et stratégies sociales et économiques, qui ne sont jamais exclusivement techniques et neutres, mais moralement acceptables ou inadmissibles selon qu'elles défendent et promeuvent la dignité humaine ou qu'elles vont à leur encontre.
3. Heureusement, le récent Sommet mondial sur le Développement social, qui s'est tenu à Copenhague, a souligné à nouveau le principe selon lequel la personne humaine est au centre du développement durable, et le fait que l'aide au développement social ne sera efficace que si elle respecte le patrimoine religieux, éthique et culturel des peuples, de façon à ne pas devenir un facteur de fragmentation sociale. Il est important d'éviter de construire l'économie, tant dans les sociétés développées que dans les sociétés en voie de développement, sur la base de besoins forcés, alimentés par une mentalité consumériste selon laquelle les individus sont dominés par le désir de posséder des bien matériels et une vie confortable, une tendance qui a pour effet de les rendre aveugles aux besoins des autres (cf. Message pour la Journée mondiale de la Paix 1993, n. 5). Le véritable développement humain dépend moins de la quantité de biens disponibles que du niveau supérieur d'éducation et de formation, de la capacité accrue de pouvoir prendre librement les décisions qui déterminent l'existence d'une personne, et d'une augmentation des possibilités à partager directement dans la vie générale de la communauté et de la nation à laquelle on appartient. Si, à la suite du Sommet de Copenhague, l'opinion publique devient plus sensible à la véritable nature du développement et de la solidarité, on peut espérer qu'une nouvelle ère de coopération pour le bien-être intégral de la famille humaine pourra commencer. Je suis certain que la Norvège, grâce à sa forte tradition de soutien généreux aux pays en voie de développement, continuera de promouvoir une telle sensibilité au sein de la Communauté internationale. Je partage également le souhait formulé par Votre Excellence de voir les liens existant entre le Saint-Siège et le Royaume de Norvège se consolider toujours plus. Je sais que les catholiques de votre nation – inspirés et guidés par leur foi – participent volontiers aux nombreuses initiatives sociales et éducatives qui reflètent l'héritage millénaire des valeurs chrétiennes de la Norvège: le soin des marginaux, des personnes handicapées et des personnes âgées, la défense des droits des femmes et des minorités, la solidarité avec les pauvres et les réfugiés, et toutes les activités qui contribuent à renforcer la famille en tant qu'unité de base de la société.
Monsieur l'Ambassadeur, alors que vous commencez votre mission au sein de la communauté diplomatique accréditée près le Saint-Siège, je vous offre mes meilleurs vœux et mes prières. Les différents organes de la Curie romaine seront toujours prêts à vous assister dans l'accomplissement de votre fonction. En renouvelant l'expression de mon estime pour Sa Majesté le Roi et pour le peuple de Norvège, j'invoque sur votre nation l'abondance des Bénédictions de Dieu Tout-Puissant.
*L'Osservatore Romano - Edition hebdomadaire en langue française n.16 p.9.
© Copyright 1995 - Libreria Editrice Vaticana
ADDRESS OF HIS HOLINESS JOHN PAUL II
TO H.E. Mr ANDROS A. NICOLAIDES, NEW AMBASSADOR
OF THE REPUBLIC OF CYPRUS TO THE HOLY SEE*
Saturday, 25 March 1995
Monsieur l’Ambassadeur,
1. C'est pour moi un grand plaisir de vous recevoir aujourd'hui au Vatican et d'accepter les Lettres qui vous accréditent comme Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la République de Chypre près le Saint-Siège. Je vous remercie des salutations et des vœux que vous m'avez transmis de la part du Président, S.E. M. Glafcos Clerides, et c'est avec plaisir que j'offre en retour l'assurance de mes prières de paix et de prospérité pour tous vos concitoyens.
Vous avez fait allusion à l'héritage très ancien et noble de Chypre qui, ainsi que tout le bassin méditerranéen oriental, a vu naître les valeurs et idéaux humains profondément enracinés, qui sont à la base de la civilisation européenne. Certains des habitants de Chypre furent également parmi les premières personnes hors de la Terre Sainte à entendre l'Évangile, lorsque saint Paul, accompagné de Barnabé, un membre de la communauté juive chypriote (cf. Ac 4, 36), prêcha dans ce pays vers 45 ap. J.C. (cf. ibid., 13 4-13). L'humanisme antique, ennobli et perfectionné par la vision transcendante que le christianisme a de l'homme et de son destin, devint finalement le patrimoine de toute l'Europe.
2. Cinquante ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, l'Europe a atteint un nouveau degré d'intégration, édifié et soutenu par un solide réseau d'institutions internationales, ayant pour but d'établir des structures de coopération économique, sociale et politique dans l'intérêt de tous. Dans le même temps dans ce corps robuste, s'est déclarée une maladie difficile à guérir. D'antiques rivalités ethniques et des tendances à l'individualisme ont donné naissance à de nouvelles formes de séparatisme et de discrimination qui trouvent leur expression la plus tragique dans les conflits sanglants qui persistent dans les régions des Balkans et du Caucase.
Et pourtant, nous pourrions nous demander si ce ne sont pas les peuples eux-mêmes qui ont voulu ces conflits, ou bien s'ils ont été contraints par leurs dirigeants à s'engager sur le chemin de la violence (cf. Discours au Corps diplomatique, 15 janvier 1994, n. 6). Si les dirigeants écoutaient les vraies aspirations de leur peuple, ils sauraient déceler le désir ardent de la paix et de la justice véritables présent partout et qui constitue le fondement stable sur lequel construire une société juste et prospère.
3. Votre Excellence a également noté que Chypre continue elle aussi d'être divisée. Je souhaite ardemment que l'on trouve au plus tôt une solution à cette situation Ailleurs, les efforts courageux d'hommes et de femmes clairvoyants ont apporté des solutions réalistes et justes à des conflits et des situations de profonde méfiance qui, pendant de nombreuses années, avaient semblé insolubles. Le respect mutuel, la disposition à admettre les erreurs du passé et le désir de s'engager dans le dialogue sincère conduiront finalement les parties en conflit à créer un nouveau climat d'entente et de réconciliation. Quelles que soient les difficultés « le dialogue et la négociation sont la voie obligée pour atteindre la paix » (Message pour la Journée mondiale de la Paix 1989, n. 10).
4. Bien que petite, l'Église catholique à Chypre est constamment engagée dans la promotion du bien de la société tout entière à travers le témoignage de sa foi, la contribution de sa doctrine sociale et les activités de ses membres, particulièrement dans le domaine de l'éducation, de la santé et de l'aide sociale. Les catholiques chypriotes en union avec leurs frères et sœurs orthodoxes et inspirés par le précieux trésor de foi religieuse et de valeurs éthiques, ont à cœur de voir leur pays progresser et pouvoir occuper la place qui lui revient en Europe et au sein de la Communauté mondiale.
Je suis heureux de noter l'esprit d'amitié et d'harmonie qui caractérise les relations existant entre la communauté catholique de Chypre et l'Église de Chypre. Je continue de prier avec ferveur pour que le prochain millénaire puisse voir le rétablissement de la pleine communion qui a existé entre nous pendant les premiers mille ans du christianisme.
Monsieur l'Ambassadeur, alors que vous commencez votre mission de Représentant de votre pays près le Saint-Siège, je forme le vœu que les liens de compréhension et d'amitié existant entre le Saint-Siège et la République de Chypre se renforcent continuellement. Je vous assure que les différents organes de la Curie romaine seront toujours prêts à vous assister dans l'accomplissement de vos fonctions. J'invoque cordialement l'abondance des Bénédictions de Dieu Tout-Puissant sur vous et sur tout le peuple chypriote.
*L'Osservatore Romano. Edition hebdomadaire en langue française n.16 p.8.
© Copyright 1995 - Libreria Editrice Vaticana
ADDRESS OF HIS HOLINESS JOHN PAUL II
TO H.E. Ms LEBOHANG NTS'INYI,
NEW AMBASSADOR OF LESOTHO TO THE HOLY SEE*
Saturday, 25 March 1995
Monsieur l’Ambassadeur,
1. C'est un plaisir pour moi que d'accepter les Lettres par lesquelles Sa Majesté le Roi Moshoeshoe II vous accrédite comme Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire du Lesotho près le Saint-Siège. Je profite de cette occasion pour réaffirmer mes sentiments d'estime et d'amitié pour les peuples de votre nation. En effet, je me rappelle toujours sa chaleureuse hospitalité lors de ma visite au Lesotho il y a quelques années, où je vins en serviteur de l'unité et de la paix pour promouvoir le dialogue et la compréhension entre les peuples (cf. Discours d'arrivée, 14 septembre 1988, nn. I et 4). C'est dans ce même esprit que je vous demande de transmettre à Sa Majesté, au gouvernement et au peuple du Lesotho mes meilleurs vœux que je forme dans la prière.
2. Votre Excellence a rappelé que les principes de justice et de paix sont le fondement sur lequel votre peuple cherche à édifier une société véritablement démocratique. J'apprécie ces remarques, car elles rappellent le fait important que l'authentique développement humain n'est jamais une simple question de progrès matériel, mais qu'il doit toujours prendre en compte la dimension spirituelle de la vie des gens. La dignité transcendante de la personne humaine qui est l'image visible du Dieu invisible, ne doit en aucun cas être négligée ou méprisée. C'est précisément cette dignité humaine qui fait de l'homme un sujet de droits qui ne saurait être violés par aucun individu, groupe ou pouvoir politique. Aucune majorité sociale ou politique ne peut prendre sur elle de violer ces droits ou de les refuser à d'autres personnes qui appartiennent à un groupe ethnique, culturel ou religieux différent, en les isolant, les opprimant ou les exploitant (cf. Lettre encyclique Centesimus annus, 44).
3. Ainsi, lorsque des tensions s'élèvent et que menace la division politique, les sociétés peuvent soit avancer sur la route du dialogue et de l'harmonie dans un cadre de justice pour tous, soit décider d'emprunter la voie de la force et de la violence. Aujourd'hui, nous avons trop souvent été les témoins de cette seconde réponse, tant en Afrique que dans d'autres parties du monde. Mépriser la dignité humaine et fouler aux pieds les droits de l'homme ne peut mener au progrès, en revanche, les voies de communication doivent demeurer ouvertes, ce qui permettra aux différentes parties d'exposer, dans un climat sûr de respect mutuel, les différends et de rechercher des solutions véritablement justes et durables aux problèmes qui les assaillent. C'est là en effet la seule issue viable, si l'on veut respecter et soutenir des êtres humains dont la dignité soit complète et tous les droits intacts. Cela, ainsi que Votre Excellence l'a mentionné, constitue la voie que le Lesotho a choisie pour affronter les difficultés auxquels il fait face.
C'est pourquoi j'offre mes encouragements à votre gouvernement et à votre peuple, dans leurs efforts à ce propos. Ce n'est qu'à travers le dialogue et la compréhension qu'une société démocratique prospère et croît, tout en assurant des bienfaits durables à tous ses membres ainsi que la participation active de tous les citoyens aux choix politiques qui affectent leurs vies. En avançant sur la voie de la paix et du respect pour les droits de l'homme, le Lesotho constituera un exemple pour d'autres nations, un rayon d'espérance qui brille du milieu de l'Afrique australe.
4. Une vision intégrale de la dignité de la personne humaine constitue précisément le cœur des relations du Saint-Siège avec les États au niveau international. Le Saint-Siège veut protéger tout ce qui unit individus et sociétés et tout ce qui œuvre pour leur plus grand bien. Sa mission consiste à aider à créer une «atmosphère dans laquelle l'esprit humain pense en terme de paix, rejetant l'option de la violence, le cœur attiré par la beauté, la bonté, les besoins pressants des autres, lieu où les gens se donnent la main comme des frères et des sœurs pour travailler dans la solidarité en vue des droits et de la dignité de tous» (Discours de départ à Maseru, 16 septembre 1988, n. 3).
C'est sur cette même ligne que l'Église catholique qui est au Lesotho a pu apporter une contribution spécifique au développement. Les écoles et services d'éducation catholiques ont aidé le Lesotho à atteindre l'un des plus hauts niveaux d'alphabétisation de l'ensemble de l'Afrique, et l'Église est également active dans le système de santé. De plus, elle a développé des programmes permettant d'assurer une aide pratique aux travailleurs migrants pour leurs nombreux problèmes, et l'attention qu'elle porte à leurs besoins spirituels et matériels, sert également à faire croître la prise de conscience des difficultés rencontrées par cette partie de la population.
Excellence, au moment où vous prenez en charge vos responsabilités de Représentant du Royaume du Lesotho, je vous assure de la pleine coopération de la Curie romaine pour le succès de votre mission. J'ai espoir que votre service permettra de renforcer les Relations déjà cordiales qui existent entre votre gouvernement et le Saint-Siège. Sur vous, et sur Sa Majesté, ainsi que sur les dirigeants et le peuple du Royaume du Lesotho, j'invoque l'abondance des Bénédictions de Dieu Tout-Puissant.
*L'Osservatore Romano. Edition hebdomadaire en langue française n.16 p.8,10.
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ADDRESS OF HIS HOLINESS JOHN PAUL II
TO H.E. Mr DON PRAMUDWINAI, NEW AMBASSADOR
OF THAILAND TO THE HOLY SEE*
Saturday, 25 March 1995
Monsieur l’Ambassadeur,
1. Je suis heureux de vous accueillir aujourd'hui au Vatican et d'accepter les Lettres par lesquelles Sa Majesté le Roi Bhumibol Adulyadej vous accrédite comme Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de Thaïlande près le Saint-Siège. Je suis également heureux de recevoir les aimables vœux que vous me transmettez de la part de Sa Majesté, et je vous demanderais de bien vouloir lui faire parvenir l'assurance de ma gratitude et mes meilleurs vœux de bonne santé.
Votre Excellence a fait référence aux relations cordiales qui existent depuis longtemps entre le Royaume de Thaïlande et le Saint-Siège. Cette amitié est soutenue dans une grande mesure par la tradition de liberté religieuse de votre pays, une liberté dont le Roi lui-même est le garant. Pour sa part, l'Église catholique a un respect profond et éternel pour les valeurs spirituelles et culturelles des autres grandes religions du monde. En particulier, j'aimerais réaffirmer la très grande considération que l'Église porte aux fidèles du bouddhisme, la religion majoritaire en Thaïlande.
C'est le riche patrimoine spirituel de votre peuple, son ouverture à toutes les croyances et pratiques religieuses authentiques qui a permis à l'Église catholique d'apporter de nombreuses contributions à la société thaïlandaise particulièrement dans les domaines de l'éducation, de la santé et des services sociaux. L'Église se réjouit lorsque toutes les couches de la population se donnent la main et unissent leur cœur pour construire une société véritablement sensible à la dignité et aux droits de chaque être humain, et réellement engagée en faveur de la cause de la justice, de la solidarité et de la liberté authentique.
2. C'est certainement ce genre de coopération et d'unité dont notre monde moderne a tant besoin, non seulement afin de dépasser la violence, l'effusion de sang et les injustices qui touchent et oppriment encore les individus, les groupes et les peuples du monde entier (cf. Message pour la Journée mondiale de la Paix 1995, n. 1), mais également pour secourir tous ceux qui fuient ces conditions insupportables. L'un des souvenirs les plus émouvants que je garde de ma visite en Thaïlande, il y a presque onze ans, est celui du camp de réfugiés de Phanat Nikhom, où j'ai rencontré des hommes, des femmes et des enfants qui non seulement avaient été obligés d'abandonner leur foyer, leurs moyens d'existence et tout ce qu'ils possédaient, mais qui avaient également été véritablement privés de leur dignité et de leur amour-propre. En regardant les visages de tant de milliers d'êtres humains souffrant, j'ai pensé aux millions d'autres qui étaient dans des conditions semblables ailleurs. Et malheureusement, c'est encore le cas aujourd'hui; c'est le drame déchirant qui se joue non seulement dans le Sud-Est asiatique, mais aussi en Afrique, en Europe et dans les Amériques.
Cela fait maintenant de nombreuses années que la Thaïlande est le premier pays d'asile pour des milliers de réfugiés provenant de pays voisins. Le gouvernement et les citoyens de Thaïlande ont été particulièrement généreux envers ces personnes. Je souhaite que la Thaïlande et d'autres pays qui réagissent de façon semblable face la situation critique des réfugiés, continuent d'offrir leur solidarité concrète à ces personnes vivant au bord du désespoir.
3. Dans le même temps, la Communauté internationale dans son ensemble doit fixer son attention sur la recherche de solutions politiques à long terme à ce problème complexe. Par-dessus tout, il est important de créer de véritables conditions de paix: la confiance et la réconciliation entre pays; l'harmonie entre les différents groupes économiques, sociaux et ethniques au sein des nations; et l'unité à l'intérieur de chacun de ces groupes. La Communauté internationale a un besoin urgent d'œuvrer à construire un avenir sûr pour tous les peuples: un avenir fondé sur le respect, garanti par la loi, de la dignité et des droits de chaque individu et sur une solidarité qui dépasse les frontières, les races et les idéologies.
Pour sa part le Saint-Siège œuvre volontiers avec tous les hommes et les femmes de bonne volonté à cette fin. C'est en fait l'une des raisons essentielles de la présence et de l'activité du Saint-Siège sur la scène internationale et cela reflète l'esprit dans lequel les Relations diplomatiques formelles entre le Saint-Siège et les gouvernements nationaux sont établies et maintenues.
Monsieur l'Ambassadeur, alors que vous commencez votre mission de Représentant du Royaume de Thaïlande près le Saint-Siège, je vous offre tous mes vœux de réussite. Je puis vous assurer que les différents organes de la Curie romaine vous apporteront toute leur aide dans l'accomplissement de votre fonction. Je suis certain que l'amitié et la compréhension qui ont été édifiées au cours des années continuera de s'accroître, pour le bénéfice de l'Église et de votre pays. J'invoque cordialement d'abondantes Bénédictions divines sur vous, sur leurs Majestés le Roi et la Reine, ainsi que sur tout le peuple de Thaïlande.
*L'Osservatore Romano. Edition hebdomadaire en langue française n.15 p.5.
© Copyright 1995 - Libreria Editrice Vaticana
Discurso al primer Embajador de la República de ARMENIA,
Excmo. Sr. Don Armen SARKISSIAN*
25 de marzo de 1995
Monsieur l’Ambassadeur,
1. C'est avec plaisir que je vous reçois aujourd'hui au Vatican pour recevoir les Lettres de créance par lesquelles le Président, S.E.M. Levon Ter-Petrossian, vous nomme Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la République d'Arménie près le Saint-Siège. Je vous remercie des salutations que vous me transmettez de la part du Président, et je vous prie de faire parvenir aux dirigeants et au peuple d'Arménie l'assurance de mes prières pour l'harmonie et la prospérité de votre pays en cette nouvelle étape de sa vie nationale. C'est une occasion particulière puisque vous êtes le premier Ambassadeur de la République d'Arménie récemment indépendante, à être officiellement accrédité près le Saint-Siège; je désire donc vous présenter tout spécialement mes vœux chaleureux de succès dans votre mission.
2. L'Église catholique a un grand respect pour la longue tradition chrétienne du peuple et de la nation arménienne, qui, comme l'a fait remarquer Son Excellence, célébrera en 2001 le 1.700e anniversaire de sa conversion au christianisme. Alors que l'Église qui est en Arménie se prépare à élire le nouveau Catholicos de tous les Arméniens, mes pensées se tournent vers la rencontre de mon prédécesseur le Pape Paul VI avec le Catholicos arménien Vasken Ier. En cette occasion historique de prière commune et de dialogue fraternel Paul VI fut émerveillé de voir à quel point la foi chrétienne, « la lumière de l'Évangile «, avait pénétré la culture arménienne, constituant une source de courage infaillible pour le peuple arménien au moment où il connaissait de nombreuses épreuves (cf. Discours au Catholicos d'Etchmiadzine, Vasken Ier g mai 1970).
3. Le souvenir de la tragédie qui a frappé votre peuple vers la fin du siècle dernier et au cours des premières décennies de ce siècle, ainsi que la conscience des atrocités semblables commises dans différentes parties du monde aujourd'hui, doivent servir à renforcer la conviction que la violence n'est jamais une façon valable de résoudre les conflits qui surgissent entre peuples; la force ne peut jamais fournir de solutions durables de justice et de paix.
C'est à la lumière de ces propos et avec le cœur meurtri que je dirige mes pensées vers le conflit actuel qui oppose votre pays et la République d'Azerbaïdjan au sujet de la région de Nagorny-Karabakh. Je souhaite que les deux parties n'épargnent aucun effort pour arriver à une solution négociée et que l'on mette tout en œuvre afin de garantir une réponse immédiate aux besoins humanitaires urgents des populations touchées. Les conflits actuels qui touchent la région du Caucase et des Balkans posent de sérieux problèmes quant aux moyens pouvant être mis en œuvre pour garantir la coexistence pacifique entre les différents peuples. Il est clair que la négociation, avec l'aide si nécessaire des institutions internationales, est la seule façon de garantir aux exigences et aux aspirations légitimes de toutes les parties l'importance et l'attention qui leur sont dus.
4. Alors que le peuple et le gouvernement arménien poursuivent résolument les réformes démocratiques et la reconstruction économique que leur indépendance recouvrée exige, l'Église catholique continuera elle aussi d'apporter toute l'aide et tout le soutien possibles conformément à sa nature et à sa mission spécifiques. De même que l'Église a pu répondre au désastreux tremblement de terre de 1988 en Arménie par des aides humanitaires parmi lesquelles le don de l'hôpital «Redemptoris Mater» à Ashotzk, de même souhaite-t-elle contribuer à la vie de la nation à travers son œuvre dans les domaines de l'éducation, de la santé et des services sociaux. C'est là la façon dont l'Église remplit sa mission de service dans le monde, œuvrant à la transformation de la société conformément aux enseignements et à l'exemple de son Fondateur divin.
5. Par conséquent, l'Église ne souhaite pas obtenir de privilèges spéciaux de la part du gouvernement arménien, mais elle souhaite jouir de la liberté d'agir conformément à la mission évangélique qu'elle a reçue. Cela comporte la liberté d'organisation au niveau local et national de façon à mieux répondre aux besoins spirituels des fidèles catholiques et à pouvoir offrir sa compassion et son aide là où elles sont nécessaires. Les fidèles doivent eux aussi être libres de former des communautés de foi et de service sous la direction de l'Église locale, tandis qu'une solution juste devrait être trouvée au problème de l'existence de la communauté catholique arménienne par rapport à la loi sur la liberté de religion et conformément aux normes internationales.
Monsieur l'Ambassadeur, votre présence ici constitue l'un des signes de la nouvelle ère qui s'ouvre pour la République d'Arménie. Je suis certain qu'à travers le travail que vous accomplirez au cours de la mission diplomatique que vous commencez aujourd'hui, cette nouvelle ère verra également se resserrer les liens d'amitié et de coopération entre votre nation et le Saint-Siège. Je vous assure que les différents organes de la Curie romaine seront prêts à vous assister de toutes les façons possibles dans l'accomplissement de votre fonction. En renouvelant mes meilleurs vœux de réussite pour votre mission, j'invoque la Bénédiction de Dieu Tout-Puissant sur vous ainsi que sur le gouvernement et le Peuple d'Arménie.
*L'Osservatore Romano. Edition hebdomadaire en langue française n.15 p.4.
© Copyright 1995 - Libreria Editrice Vaticana