DISCOURS DU PAPE PIE XII
AUX MEMBRES DU SECRÉTARIAT INTERNATIONAL
ET DES SECRÉTARIATS NATIONAUX
DE LA CAMPAGNE EUROPÉENNE DE LA JEUNESSE*
Salle du Consistoire - Lundi 19 novembre 1956
Au moment où de violentes secousses ébranlent plusieurs nations et mettent même en péril la paix du monde, vous vous êtes réunis à Rome, Messieurs, sous le signe de la « Campagne Européenne de la Jeunesse », pour discuter de la « situation politique actuelle de l'Europe » et élaborer votre programme de travail pour l'année prochaine. Votre présence ici Nous réjouit vivement et Nous procure, après les amertumes de ces dernières semaines, un réconfort apprécié. Soyez donc les bienvenus et sachez que Nous comptons sur votre bonne volonté et vos efforts pour renverser les obstacles que l'égoïsme, l'indifférence ou l'hostilité dressent encore entre les pays européens. Nous espérons aussi que votre « Commission internationale pour les pays sous-évolués » atteindra son objectif, et réussira à former une équipe spécialisée capable d'aborder avec compétence ce problème, dont l'urgence se fait sentir chaque jour davantage.
Les jeunes, qui se préparent aujourd'hui à entrer dans la vie sociale ou commencent à y exercer des responsabilités, se sentent parfois écrasés par l'ampleur et la difficulté de la tâche qui les attend. L'opposition âpre des idéologies, le groupement des peuples en blocs ennemis, la menace de conflits sanglants, n'est ce pas assez pour réprimer tout élan généreux, condamner la confiance en soi, le désir de réaliser une œuvre utile et sérieuse ? Comment, dans ces conditions, élaborer des projets d'avenir ? Comment surtout se mettre au travail avec résolution et ferveur ? Par ailleurs des conquêtes techniques récentes, comme l'extension de l'automation et l'exploitation de l'énergie atomique, ouvrent maintenant des perspectives presque illimitées: on entrevoit l'amélioration rapide des conditions de vie de beaucoup d'hommes, la multiplication des rapports internationaux. économiques et culturels, l'instauration d'une collaboration nécessaire et féconde entre des régions plus étroitement dépendantes les unes des autres. Jamais, semble-t-il, l'appel aux forces vives de la jeunesse ne s'est fait entendre avec tant d'insistance, et n'a permis d'espérer des résultats plus étonnants.
Moins asservis aux préjugés que les cloisonnements du passé avaient longtemps nourris, les jeunes désirent avec intensité préparer pour demain une Europe plus unie et plus fraternelle. Il leur appartient donc de tirer dans la loyauté et la lucidité les conclusions des événements qu'ils vivent aujourd'hui, et de rejeter sans hésiter les philosophies destructrices de l'homme. Il importe à présent de bâtir sur un sol ferme, avec une volonté résolue à chercher et à faire partout le bien, à défendre la liberté spirituelle, qui n'est pas anarchie de la pensée et de l'action, révolte contre l'autorité, négation de l'esprit et de Dieu même, mais comporte la soumission aux lois réelles de la croissance et du progrès et la recherche humble et persévérante des valeurs authentiques, capables d'orienter et de sauvegarder l'épanouissement plénier de l'individu dans la société nationale et internationale. Qu'ils sachent en somme discerner dans l'idéal chrétien de la vie l'aboutissement des désirs les plus profonds de l'âme humaine, et la manifestation la plus claire de ce qui est pour l'humanité la seule voie de salut !
Vraiment, malgré les obscurités qui pèsent sur l'avenir et les motifs nombreux d'hésitation et de défiance, une route magnifique s'ouvre encore devant la jeunesse avide de construire un monde meilleur. Aussi Nous ne doutons pas, chers fils, que votre rencontre ne mette en lumière des motifs nouveaux d'optimisme et ne stimule une action éclairée, utile à la paix du monde et au rapprochement des peuples européens.
En gage des faveurs divines que Nous appelons instamment sur vous et sur tous ceux qui vous sont chers, Nous vous accordons de grand cœur Notre paternelle Bénédiction apostolique.
* Discours et messages-radio de S.S. Pie XII, XVIII,
Dix-huitième année de Pontificat, 2 mars 1956 - 1er mars 1957, pp. 677 - 678
Typographie Polyglotte Vaticane
L’Osservatore Romano, 21.11.1956, p.1.
L’Osservatore Romano. Edition hebdomadaire en langue française, n°48 p.1.
La Documentation catholique n.1240 col.1547-1548.
DISCOURS DU PAPE PIE XII
AUX PARTICIPANTS AU XVIIe CONGRÈS D'ANATOMIE*
Salle du Consistoire - Jeudi 15 novembre 1956
Nous saluons avec plaisir, Messieurs, les continuateurs d'une glorieuse tradition scientifique et les adeptes fervents d'une des branches les plus nobles et les plus précieuses du savoir humain, celle de l'anatomie. Nous Nous réjouissons de vous accueillir à l'occasion du XVIIe Congrès National de la Société Italienne d'Anatomie, qui vous a rassemblés à Rome pour mettre en commun les résultats de vos recherches les plus récentes. L'anatomie humaine normale a toujours été et reste encore la base indispensable des connaissances biologiques et médicales, qui ont l'homme pour objet; toutes les disciplines qui, sous tel ou tel aspect particulier, essaient d'approfondir la connaissance de la personne humaine, de l'expliquer dans ses états normaux ou pathologiques, doivent s'y référer et tenir compte de es conclusions. C'est pourquoi le présent Congrès, qui aborde des problèmes concernant les structures macroscopiques et microscopiques du corps humain, l'histologie, l'embryologie, ainsi que l'histophysique et l'histochimie, ne manquera pas de susciter un vif intérêt dans les milieux médicaux, non moins que chez tous ceux qui, de près ou de loin, suivent les progrès des sciences de l'homme.
Si l'anatomie s'est maintenue pendant longtemps sur le plan de la morphologie macroscopique et de la structure des organes, elle s'est engagée depuis le siècle dernier dans l'étude toujours plus minutieuse des tissus et de leur constituant élémentaire, la cellule, et cela non seulement d'un point de vue statique et purement descriptif, mais aussi sous l'aspect génétique et fonctionnel qui, replaçant les phénomènes observés dans l'ensemble de leurs causes et de leurs finalités, s'efforce d'en saisir la signification d'une manière beaucoup plus complète. Les progrès continus de la physique, de la chimie et ceux de la technique offrent a l'histologie des possibilités toujours plus larges dans l'examen analytique de la substance vivante. Même en se limitant aux grandeurs d'ordre microscopique, il reste encore beaucoup à faire en morphologie comparée et systématique ; il faut entre autres récolter le plus grand nombre possible d'observations susceptibles de montrer exactement quelles sont les parties similaires d'un seul ou de plusieurs organismes. Mais on est maintenant à l'ordre de grandeur ultramicroscopique, et l'on est en mesure de saisir directement certains détails morphologiques de l'infrastructure des éléments qui constituent la cellule. On utilise en outre la recherche indirecte, par exemple l'étude des variations du pouvoir d'absorption des ondes lumineuses ultra-violettes ou la sensibilité à certains ferments.
L'histophysiologie voit maintenant s'ouvrir devant elle un horizon presque illimité. Les résultats expérimentaux obtenus par la culture des tissus « in vitro » ont déjà fourni de nombreux renseignements sur les propriétés fondamentales des cellule, sur les exigences que pose leur croissance, sur les possibilité ouvertes ou latentes qu'elles recèlent. On entreprend aussi des recherches sur les manifestations électriques concomitantes ou liées à des activités fonctionnelles particulières des tissus. La culture « in vitro » permet même d'étudier les phénomènes fondamentaux du métabolisme cellulaire et la réactivité des cellules à divers agents physiques et chimiques.
Avec l'histophysiologie, l'histochimie connaît actuellement une efflorescence pleine de promesses. Tandis qu'autrefois, on se limitait à identifier un petit nombre de substances au moyen de réactions chimiques connues, on utilise à présent des méthodes microanalytiques beaucoup plus précises, qui permettent non seulement l'analyse qualitative de certains composés chimiques, mais aussi l'analyse quantitative et topographique. On peut même dans certains cas éclairer le dynamisme des processus chimiques, qui intéressent toutes les activités fondamentale, de la substance vivante, comme le métabolisme matériel et énergétique, la différentiation morphologique, la croissance, l'excitabilité. Les procédés de coloration histologique eux-mêmes bénéficient d'une révision critique, qui substitue aux recettes empiriques des critères scientifiques et rationnels.
L'histophysique, pour sa part, a la tâche de rechercher selon quelles lois physiques et physico-chimiques se produit l'association des composants chimiques de la substance vivante en aggrégats ultra-microscopiques et microscopiques. On peut aujourd'hui analyser de manière très détaillée les manifestations physiques associées aux activités biologiques et en donner une mesure quantitative très précise. L'histophysique entretient d'ailleurs des rapports étroits avec presque toutes les autres disciplines biologiques ; elle conduit à une meilleure compréhension de l'anatomie macroscopique et microscopique ; elle est une partie intégrante la recherche physiologique, ouvre la voie à l'étude de la pathologie générale et de l'anatomie pathologique ; enfin en médecine, elle fournit l'ensemble des notions qui sont nécessaires à la formation du pathologiste et du clinicien.
Le progrès de ces différentes branches de l'histologie n'est possible que grâce à l'amélioration incessante des techniques de travail. L'étude des tissus vivants, qui constitue l'idéal de l' histologie, se heurte malheureusement à de sérieuses difficultés : en effet l'objet en question ne peut avoir qu'une épaisseur minime, et la substance vivante transparente est constituée d'éléments, dont les indices de réfraction ne présentent que de très faibles différences. Des dispositifs optiques récents, tels le microscope à contraste de phase, ou l'usage des rayons ultra-violets et infrarouges associé à la photographie, permettent toutefois d'observer des détails très fins. Parmi les techniques qu'utilise la recherche moderne, signalons encore l'observation en champ obscur, l'emploi du microscope à fluorescence, du microscope polarisateur, l'histospectographie d'absorption et celle qui utilise les rayons Roentgen, la microscopie électronique, dont la pratique pose d'ailleurs une série de problèmes ardus quant à la préparation des tissus à examiner.
Si l'anatomie et l'histologie s'efforcent d'observer et d'étudier des structures plus ténues, de donner des mesures quantitatives plus précises, de localiser et de décrire les constituants premiers de la matière vivante, elles n'omettent pas de considérer les phénomènes dynamiques, qu'il s'agisse des processus stationnaires et réversibles considérés par l'histophysiologie normale, ou de modifications structurelles et fonctionnelles, souvent irréversibles, comme celles de l'histogénèse, de l'accroissement des tissus, de leur renouvellement, de leur vieillissement. Et on ne se contente pas de considérer ces divers aspects dans le développement normal des organismes, mais l'on crée expérimentalement, par la culture « in vitro », des changements du milieu de vie, qui mettent en évidence les possibilités insoupçonnées de la substance vivante.
En regardant progresser cette science à la fois si ancienne et si moderne, une question se pose tout naturellement : quel en sera le point d'aboutissement ? Le mystère des activités dont vous étudiez le substrat matériel, se révélera-t-il un jour aux yeux des savants, à qui de longues analyses auraient enfin permis d'expliquer entièrement la structure et les fonctions de la cellule et celles des tissus qui composent les différents organismes ? Ne faut-il pas plutôt, pour en percevoir la raison remonter des éléments premiers inertes, des édifices moléculaires complexes qui composent la cellule, vers le groupement de celles-ci en tissus et considérer ceux-ci à leur tour comme constituants des organes, et les organes eux-mêmes comme parties de l'être vivant, dont l'activité propre donne leur sens aux structures dont il est formé ? C'est ainsi que l'archéologue et l'artiste, devant un monument ancien, en cherchent la signification en étudiant non pas des pierres séparées, mais plutôt l'ordre de leur agencement qui trahit les intentions du constructeur. C'est la pensée première de celui-ci qui commande le choix et la disposition des matériaux et non l'inverse, bien que ceux-ci puissent à leur tour expliquer certaines dispositions secondaires. Pour expliquer la vie, il est nécessaire de la chercher à la source, là où elle se trouve en plénitude et d'en expliquer les formes inférieures à partir de la forme supérieure ; en d'autres termes, si le monde sensible manifeste les deux caractères inséparables de la matérialité et de la spiritualité, il serait vain d'expliquer l'esprit par la matière, de l'en faire sortir en quelque sorte. C'est l'intelligence humaine, qui construit la science des êtres matériels, qui rend raison de leur structure, qui agit sur eux pour les faire servir à ses fins. Et cette intelligence possède la vie à un degré supérieur, qui n'a avec celle des êtres sans raison qu'un rapport d'analogie.
Toutefois l'esprit de l'homme n'est pas à lui-même sa propre mesure il dépend à chaque instant, dans son existence et dans sa double activité spéculative et pratique, d'un être transcendant, qui lui impose ses responsabilités et lui fixe sa vocation. La plénitude de la vie ne se trouve qu'en Dieu, et c'est lui seul qu'il faut expliquer tout ce qui existe, l'homme mais aussi toutes les formes inférieures des vivants.
Nous avons vu que les enquêtes les plus détaillées de l'histologie devaient unir le point de vue dynamique à la considération des formes statiques. C'est là le premier pas de cette marche ascendante, à laquelle aucun savant digne de ce nom ne peut se dérober. Replacer chacune des branches de votre science dans l'ensemble, dont elle fait partie, prolonger l'étude du corps de homme par celle de son âme, et voir celle-ci dans le plan général du Créateur lui-même : voilà la tâche d'une science vraiment humaine et bâtie, non point comme un tout se suffisant à lui-même, mais afin de servir les fins les plus hautes auxquelles l'homme est destiné. L'une des tentations les plus redoutables de l'effort scientifique contemporain est sans doute celle d'ériger une citadelle orgueilleuse, une moderne tour de Babel, comme un défi de l'intelligence humaine à la souveraineté du Créateur. Mais vous, Messieurs, qui avez le privilège de consacrer vos travaux à l'étude de l'organisme humain, il vous appartient plus qu'à d'autres de rester en contact profond avec la source même de la vie, avec ce Dieu qui se révèle au cœur de ses enfants, bien plus encore que dans l'image imparfaite de la création visible. Puisse sa lumière éclairer sans cesse vos esprits et guider vos pas, pour que les patientes et difficiles recherches auxquelles vous vous livrez, loin de vous éloigner de Lui, vous y ramènent sans cesse et vous fassent trouver les biens qui ne passent pas.
En gage de ces précieuses faveurs, Nous vous accordons bien volontiers pour vous-mêmes, vos familles et vos collaborateurs Notre Bénédiction apostolique.
* Discours et messages-radio de S.S. Pie XII, XVIII,
Dix-huitième année de Pontificat, 2 mars 1956 - 1er mars 1957, pp. 661 - 665
Typographie Polyglotte Vaticane
MESSAGE-RADIO DU PAPE PIE XII
AUX PEUPLES ET AUX HOMMES DE GOUVERNEMENT*
Samedi 10 novembre 1956
À la douleur de Notre cœur de Père pour l’iniquité consommée au détriment du cher peuple hongrois, coupable d’avoir voulu le respect des droits humains fondamentaux, s’ajoutent Notre anxiété pour la paix menacée et la douleur de voir s’affaiblir les rangs de ceux sur l’autorité, l’union et la bonne volonté desquels on semblait pouvoir compter beaucoup pour le rétablissement progressif de la concorde entre les nations dans la justice et dans la liberté véritable.
Qui pourrait nier que les questions de la paix et de la juste liberté ont, hélas ! fait un pas en arrière, rejetant avec elles dans l’ombre les espérances laborieusement ressuscitées et fortifiées par de multiples témoignages ?
Trop de sang a été injustement versé ; trop de deuils et de massacres soudain renouvelés le fil ténu de la confiance, qui avait commencé à réunir les peuples et soutenait tant soit peu les âmes, semble brisé ; le soupçon et la défiance ont creusé un plus profond abîme de séparation. Le monde entier a tressailli à bon droit devant le hâtif recours à la force, exécrée mille fois et par tous comme moyen d’aplanir les conflits et d’assurer la victoire du droit.
Il n’est pas douteux que, du paroxysme de ces jours de violence, le monde ne soit sorti désorienté et ébranlé dans sa confiance, ayant assisté au retour d’une politique qui, à des titres divers, place l’arbitraire et l’intérêt économique au-dessus des vies humaines et des valeurs morales.
Devant de telles atteintes à la justice et à l’amour fraternel, devant le scepticisme qui envahit progressivement les hommes en face de l’avenir, devant la désunion croissante des esprits, Nous, qui tenons de Dieu le mandat de promouvoir le bien de toutes les et qui estimons fermement que la paix n’est pas un vain songe mais un devoir à la portée de tous, dans l’intention de contribuer à sauver cette paix, tant en elle-même que dans les facteurs sur lesquels elle se fonde, Nous voulons adresser aux peuples notre cri angoissé : restaurons les voies de la paix, renforçons l’union de ceux qui la désirent, redonnons la confiance à ceux qui l’ont perdue.
C’est pourquoi Nous Nous adressons tout d’abord à vous, chers peuples, hommes et femmes, intellectuels, travailleurs, artisans et paysans, de toute race et de tout pays, afin que vous fassiez entendre à vos gouvernants quels sont vos sentiments intimes et vos vraies aspirations.
Les faits ont confirmé que les peuples, les familles, les individus préfèrent la tranquillité du travail et de la famille aux richesses les plus convoitées. Ils sont prêts à renoncer à celles-ci, s’il faut les payer au prix de la tyrannie et au risque d’une guerre avec ses conséquences de ruines, de deuils, de prison et de mort. Au nom de la religion, de la civilisation et du juste sentiment humain : c’en est assez de répressions illégales et brutales, des desseins belliqueux, des rivalités d’hégémonie entre puissances, toutes choses qui font de la vie terrestre un abîme d’angoisses et de terreurs, qui torturent les âmes et réduisent à néant les fruits du travail et du progrès.
Cette voix, qui est celle de la nature, il faut qu’elle se fasse entendre bien haut, à l’intérieur et à l’extérieur de chaque nation, et qu’elle soit entendue et accueillie de ceux à qui les peuples ont confié le pouvoir. Si une autorité publique, dans la mesure où cela la concerne, ne tendait pas à assurer au moins la vie, la liberté, la tranquillité des citoyens – quelles que soient ses autres réalisations, – elle faillirait dans la substance même de son but.
Mais, plus que toute autre préoccupation, pèse sur les âmes le sens des faits douloureux de Hongrie. L’émotion universelle et spontanée du monde, que l’attention portée à d’autres graves événements ne réussit pas à diminuer, montre combien il est nécessaire et urgent de rendre leur liberté aux peuples qui en ont été privés. Le monde peut-il se désintéresser de ces frères et les abandonner au destin d’un dégradant esclavage ? Assurément, la conscience chrétienne ne peut se soustraire à l’obligation morale de tenter tous les moyens permis pour restaurer leur dignité et leur rendre la liberté.
Nous ne nous dissimulons pas combien les rapports entre les nations et entre les groupes continentaux qui les embrassent sont compliqués à l’heure présente. Mais que l’on écoute la voix de la conscience, de la civilisation, de la fraternité, que l’on écoute la voix même de Dieu, Créateur et Père de tous, en faisant passer, même aux prix de sacrifices graves, tout autre problème et tout intérêt particulier après l’intérêt primordial et fondamental des millions de vies humaines réduites à l’esclavage.
Que l’on resserre bientôt les rangs et que l’on groupe en un pacte solide tous ceux qui – gouvernements et peuples – veulent que le monde suive le sentier de l’honneur et de la dignité des fils de Dieu. Un pacte capable aussi de défendre efficacement ses membres de toute acte injuste contre leurs droits et leur indépendance. Ce ne sera pas la faute des honnêtes gens, s’il ne reste – à ceux qui s’éloignent de cette voie que le désert et l’isolement. Peut-être se produira-t-il – et Nous le souhaitons de tout cœur – que la cohésion des nations aimant sincèrement la paix et la liberté suffira à amener à des desseins plus modérés ceux qui se soustraient aux lois élémentaires de la société humaine et qui se privent par là eux-mêmes de parler au nom de l’humanité, de la justice et de la paix.
Leurs peuples ne pourront pas ne pas éprouver, les premiers, le besoin de faire partie à nouveau de la famille humaine pour en goûter l’honneur et les avantages. Soyez donc tous unis pour la liberté et pour la paix, vous, chers peuples de l’Est et de l’Ouest, membres de la commune famille humaine.
La paix, la liberté...
Désormais, ces mots redoutables ne sont plus l’objet d’équivoques. Ils ont retrouvé leur sens originel et lumineux, celui qui fut Toujours le Nôtre, comme dérivant de la nature et de la volonté manifeste du Créateur. Répétez-les, proclamez-les, réalisez-les. Que vos gouvernants se fassent les interprètes fidèles de vos vrais sentiments, de vos vraies mis, Dieu vous aidera, Dieu sera votre force.
Dieu ! Dieu ! Dieu !
Que ce nom ineffable, source de tout droit, résonne dans les Parlements et sur les places, dans les maisons et les usines, sur les lèvres des intellectuels et des travailleurs, dans la presse et la radio, que le nom de Dieu Synonyme de paix et de liberté, soit l’étendard des hommes de bonne volonté, le lien des peuples et des nations, le signe auquel se reconnaîtront les frères et les artisans de l’œuvre commune de salut. Que Dieu vous tire de votre torpeur et vous écarte de toute complicité avec les tyrans et les fauteurs de guerre, qu’il éclaire vos consciences et réaffermisse vos volontés dans l’œuvre de reconstruction.
Que son nom résonne surtout dans les temples sacrés et dans les cœurs, comme un appel suprême au Seigneur, pour qu’il aide à réaliser, par sa puissance infinie, ce que les faibles forces humaines ont tant de peine à obtenir.
Avec cette prière, que Nous sommes le premier à faire monter vers le trône de la divine Miséricorde, Nous vous quittons, chers fils, dans la confiance que la sérénité viendra à nouveau briller sur le monde et sur les fronts accablés, et que la paix, mise à si dure épreuve, en sortira plus limpide, plus durable et plus juste.
* La Documentation catholique n.1239 col. 1481-1484.
L’Osservatore Romano. Edition hebdomadaire en langue française, n°46 p.1.
DISCOURS DU PAPE PIE XII
AU MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES D'ESPAGNE,
S.E.M. ALBERTO MARTÍN ARTAJO*
Samedi 3 novembre 1956
Malgré Nos préoccupations et le temps limité dont Nous disposons, Nous avons vivement tenu à accueillir le désir exprimé par Votre Excellence et les personnalités qui l’accompagnent, sachant combien sincèrement la foi et la pratique chrétienne inspirent Votre Excellence et la parent du plus précieux de tous les titres.
L’importance de la mission que Votre Excellence vient de conclure avec l’aide de ses distingués collaborateurs, devra être justement appréciée dans les sphères compétentes. Il Nous appartient de la mettre en relief et de l’analyser en ce qu’elle comporte de vraiment bienfaisant et fraternel, en ce moment précisément où le rythme de la politique mondiale semble se modifier, où menacent et même commencent de terribles ruptures, dont la portée pourrait être difficilement calculée avec des visées purement humaines.
Les problèmes mondiaux, comme tout mouvement où interviennent des ambitions humaines plus ou moins contrôlables, ont leurs alternatives auxquelles répondent d’habitude les remèdes opportuns, quand la phase ne dépasse pas les limites ordinaires. Mais il y a des moments où il semble que ces forces se déchaînent et provoquent des crises capables d’assombrir le front le plus serein. On se demande si nous ne nous trouvons pas, aujourd’hui, à l’un de ces instants, où tout équilibre menace de céder, où tout frein commence à paraître insuffisant et où la seule solution reste le recours aux principes éternels de fraternité et de justice, la modération et la prudence, la conscience de sa responsabilité, l’évaluation exacte et paisible des moyens et des fins, le souvenir incessant du compte que chacun doit rendre devant Dieu et devant l’histoire.
L’Espagne catholique a l’expérience de certaines horreurs et il se peut que cette souffrance ait été une insigne grâce du ciel pour la maintenir à l’écart de graves dangers. Notre souhait est qu’elle sache en profiter pour poursuivre la réorganisation de ses moyens de production, l’élaboration de ses institutions fondamentales, la mise en pratique de principes qu’elle a toujours acceptés et reconnus, apport de sa riche civilisation nationale à l’harmonie générale des peuples, et surtout la totale pacification des esprits en son sein ; ce sera là une projection authentique de ses hauts idéals chrétiens sur tous les aspects de sa vie économique, culturelle et sociale.
Monsieur le Ministre, née et formée dans un milieu profondément catholique, nourrie de principes supérieurs aux valeurs exclusivement humaines dont la teneur ne pourra jamais être aussi élevée ni aussi transcendantale, Votre Excellence semble avoir été spécialement préparée à cette mission. Nous désirons ardemment qu’il en soit ainsi, et tandis que, de tout cœur, Nous vous bénissons, vous-même et les personnalités présentes, Notre Bénédiction s’étend également sur le Chef de l’Etat, sur votre gouvernement et sur tout le cher peuple espagnol.
* L’Osservatore Romano. Edition hebdomadaire en langue française, n.47 p.1.
Documents Pontificaux 1956, p.696-697.
DISCOURS DU PAPE PIE XII
AUX PARTICIPANTS AU IXe CONCOURS INTERNATIONAL D'ÉLÉGANCE DES VOITURES AUTOMOBILES ITALIENNES ET ÉTRANGÈRES*
Vendredi 26 octobre 1956
La manifestation, qui vous a réuni à Rome, Messieurs, témoigne d'une manière significative de cette heureuse fusion de la technique et de l'art, qui contribue à rendre à la fois plus facile et plus noble la vie des hommes d'aujourd'hui. Le IXe Concours international d'élégance des voitures automobiles italiennes et étrangères, auquel vous participez en qualité de constructeurs ou de représentants commerciaux, rassemble en effet les productions récentes les plus réputées de ce secteur industriel. Nous vous accueillons bien volontiers en cette circonstance et vous assurons de Notre estime et de Nos encouragements.
L'esthétique de l'automobile n'a rien de gratuit ni d'arbitraire, car la forme d'une carrosserie d'auto reste d'autant plus étroitement soumise aux règles de l'aérodynamique que la vitesse du véhicule doit être plus élevée. Mais les constructeurs ont tiré partie de l'assujettissement à ces lois pour concevoir des modèles soigneusement profilés, dont les lignes s'adaptent, pour ainsi dire au mouvement de l'œil, qui suit le véhicule lancé à toute allure sur la route. Et malgré cela, vous n'avez pas négligé la commodité et le confort des occupants, tant pour les voitures ordinaires, que pour les autocars que l'on voit chaque été sillonner toujours plus nombreux les routes européennes.
Aussi sommes-Nous heureux de vous féliciter des résultats obtenus par vos efforts inlassables. Dans le secteur de l'automobile, une concurrence sévère met aux prises les constructeurs et ne leur permet jamais de se reposer sur les lauriers conquis. Mais de cette concurrence les premiers bénéficiaires sont les usagers, à qui les raffinements des engins actuels font désirer encore d'autres perfectionnements. Vous avez l'ambition de les satisfaire et même de devancer vos compétiteurs, en conquérant les préférences du client par les qualités techniques et l'élégance de vos voitures.
Mais quel que soit le champ de votre activité et le but immédiat que vous poursuivez, ne manquez pas de jeter les yeux plus loin que l'horizon étroit du profit immédiat et de la conquête du marché. L'élégance automobile ne devrait avoir d'autre sens que celui d'être symbole et expression de la noblesse d'âme, de manifester l'élévation de l'esprit humain, sa domination sur la matière et les fins spirituelles plus haute, pour lesquelles il vit et lutte. Si le technicien et l'artiste se contentent d'agencer et de façonner des matériaux périssables, ils devront tôt ou tard se résigner à voir disparaître leur œuvre, supplantée par d'autres ou consumée par le temps.
Plus qu'un succès et des satisfactions éphémères, Nous vous, souhaitons donc les vraies joies de l'âme, qui n'a cherché en tout que le moyen de faire du bien et de servir le prochain et la société.
Que le Seigneur daigne vous combler de ses faveurs et les répandre aussi sur vos familles et tous ceux qui vous sont chers ! Nous vous en donnons comme gage Notre paternelle Bénédiction Apostolique.
* Discours et messages-radio de S.S. Pie XII, XVIII,
Dix-huitième année de Pontificat, 2 mars 1956 - 1er mars 1957, pp. 635 - 636
Typographie Polyglotte Vaticane