DISCOURS DU PAPE PIE XII
AUX PARTICIPANTS À DES RÉUNIONS D'ÉTUDE ORGANISÉES PAR LE GROUPE NATIONAL ITALIEN « RINASCITA CRISTIANA »*
Lundi 29 octobre 1956
À l'occasion des journées d'étude qui réunissent à Rome le groupe national de Rinascita cristiana, vous avez désiré, chères filles, venir Nous présenter le témoignage de votre attachement. Nous sommes très sensible à cette marque de déférence, qui démontre votre volonté de resserrer les liens qui vous unissent à la Hiérarchie, et par elle à toute l'Église, afin de mieux contribuer à l'apostolat catholique par l'action dans votre milieu. Vous occupez dans votre mouvement des postes de responsabilité, qui supposent beaucoup de compétence et de zèle, car l'orientation des efforts de Rinascita, la méthode et l'ardeur, avec lesquelles ils sont poursuivis, le succès qui les couronnera, dépendent en grande partie de vous.
Aussi voudrions-Nous vous féliciter d'abord du travail, que vous avez accompli au cours de l'année 1955-1956. Votre objectif est bien clair : l'éducation apostolique des chrétiens du milieu bourgeois et l'action sur ce milieu par un effort, qui porte simultanément sur vous-mêmes et sur les autres, pour découvrir vos responsabilités dans tous les domaines : famille, profession, relations sociales, et amener tant les individus que les institutions à prendre une attitude, qui soit parfaitement d'accord avec l'idéal chrétien. Ce qui distingue votre méthode, et lui confère son attrait et son efficacité, c'est que vous n'entendez point aborder seulement des problèmes théoriques, ni entreprendre telle ou telle forme particulière d'apostolat, mais agir sur la mentalité du milieu bourgeois. Vous voulez modifier sa façon de penser, de juger et de vivre, après lui avoir montré, en le découvrant d'abord dans votre vie personnelle et communautaire, que ses attitudes concrètes sont souvent bien loin de ce qu'elles devraient être, bien loin de ce que propose un christianisme authentique.
Cette œuvre de rénovation prend naissance dans la réflexion et la prière quotidienne et se poursuit au sein de vos groupes, dans la discussion et l'échange des idées, qui permettent à chacune . de participer à l'expérience des autres et d'examiner cette lumière les données de sa propre expérience. Ainsi découvrez-vous peu à peu les composantes, qui forment votre mentalité avec toutes ses caractéristiques, bonnes ou mauvaises pouvez-vous entamer alors efficacement le renouvellement souhaité. Au point de départ, vous placez donc la méditation de l'Évangile, méditation attentive et prolongée, qui vous rend capables de porter sur les faits ordinaires de la vie quotidienne un regard nouveau et de déceler des failles qui auparavant ne vous apparaissaient guère. Jusque là, en effet, les habitude contractées et leur accord avec les normes reçues dans votre milieu vous empêchaient de percevoir un sentiment de malaise, qui aurait dû naître du désaccord de ces comportements avec ce qu'on attend d'un vrai chrétien, parfaitement fidèle à la doctrine qu'il professe. L'examen approfondi du texte évangélique, les lumières reçues dans la prière, les suggestions recueillies auprès des autres lors de vos échanges de groupe, mirent bientôt à jour les insuffisances de votre foi et les attitudes peu solides qui en découlaient. Parfois le patient travail de méditation et de réflexion, que le mouvement vous invite à faire chaque jour, a pu vous apparaître comme une chose onéreuse et difficile. Vous avez dû vaincre certaines résistances intimes ou certaines lassitudes pour continuer fidèlement cet effort, et aussi pour oser en communiquer le fruit au cours de vos réunion. Mais bientôt des clartés nouvelles ont traversé un horizon jusque là obscur, des perspectives inconnues s'ouvraient à vos yeux étonnés, des exigences plus impérieuses se réveillaient en votre âme. Il vous a semblé que le christianisme, tel que vous l'aviez pratiqué jusqu'alors, se contentait trop facilement de l'observation des commandements et des devoirs essentiels du chrétien sans vouloir progresser davantage ; sa sève était contenue et privée de sa vigueur ; la plante, qui aurait dû pousser loin ses ramures et devenir un grand arbre, se rabougrissait, se repliait sur elle-même comme fatiguée et prise de torpeur. Les échanges de Rinascita ont secoué cette léthargie ; vos yeux dessillés ont entrevu des lointains immenses. Le souffle véhément de l'Esprit Saint se levait à nouveau, comme au jour où Nicodème, allant trouver le Christ, entendit de ses lèvres la parole lumineuse : « Oportet vos nasci denuo », « Il vous faut naître de nouveau » (Io 3, 7) ; il faut que l'Esprit de Dieu reprenne en vous toute son impétuosité, qu'il vous traverse de ses inspirations et ressuscite sa charité.
En regardant votre milieu, en tâchant de le mieux connaître par vos enquêtes, vous avez dû d'abord faire œuvre de vérité, découvrir ses défauts et ses limites. Le programme de cette année, par exemple, vous invitait à étudier l'usage des moyens de diffusion de la pensée : conversation, presse, cinéma, radio et télévision. Vous avez constaté qu'on les utilisait la plupart du temps pour répondre à un intérêt égoïste, et que ce repli sur soi impliquait le refus de s'ouvrir aux autres, de s'intéresser à eux, d'assumer leurs difficultés. Votre sens chrétien, affiné par la prière et la réflexion, en a tiré une ligne de conduite pour l'action apostolique. Mais prendre conscience de ses propres manquements, et surtout en prendre conscience collectivement, et admettre les redressements nécessaires, c'est faire œuvre de bonté et d'humilité. Nul ne prétendra que ce soit facile ou agréable ; mais cette première étape reste absolument indispensable. Se voir et se juger, soi-même et son milieu, tel que l'on est devant Dieu : seule la grâce divine rend possible cette révélation, en même temps qu'elle fait sentir l'appel à la perfection de l'idéal manifesté par le Christ. N'est-ce pas le Seigneur lui-même qui se rend alors présent en chacun de ses membres : « Christum habitare per fidem in cordibus vestris » (Eph. 3, 17) : « que le Christ habite en vos cœurs par la foi ». Jeter sur le monde un regard identique au sien, partager les intentions qui l'animaient, son désir immense de rédemption, telle est la démarche spontanée de qui vit en lui et par lui.
Et cette foi, comme il est normal, s'épanouira dans la charité ; la vie nouvelle, germée dans votre âme, vous entendez la porter aux autres, faire en sorte qu'ils en vivent; vous voulez les transformer, non de l'extérieur par une action superficielle, mais de l'intérieur, pour qu'ils commencent eux aussi à voir ce que vous voyez et qu'ils en conçoivent le désir, d'abord incertain, puis mieux assuré, de se changer eux-mêmes et de devenir à leur tour, dans leur milieu, des foyers de charité chrétienne. Qui dit catholique, dit universel : rien n'est plus étranger au vrai disciple du Christ que l'esprit de caste, l'isolement, le repli sur soi, que vous avez dénoncé franchement. Cet obstacle, vous devez tenter par tous les moyens de le renverser. Mais ne vous étonnez pas s'il résiste tenacement et si, apparemment abattu il se redresse soudain. Car il possède, hélas ! des bases solides dans une nature affaiblie par le péché, il pèse sur elle de tout son poids et retarde ses élans. C'est sur tous les plans qu'il faut batailler sans relâche, pour élargir les façons de penser, pour purifier les intentions, se débarrasser de toute étroitesse de vue. Au contact des moindres faits de l'actualité, il s'agit de déclencher le réflexe juste, désintéressé, inspiré de la vie de foi et des exigences de la charité. Mais quelle lutte avant d'en arriver là ! Vous vous apercevez bientôt, en suivant cette route, qu'elle conduit au sacrifice, qu'elle impose le pardon des offenses, le mépris de l'argent, le détachement du cœur, en un mot, qu'elle entraîne à la suite du Christ souffrant. Et n'est-ce pas nécessaire si vous ambitionnez de continuer son œuvre, de participer avec lui à la rédemption du monde ? Ici, plus de limite précise : personne ne vous dira jamais que vous avez assez travaillé ou peiné, pour contenter Dieu et pour étendre son Royaume. Le Seigneur vous demande au contraire une générosité, qui ne connaît pas de frein, il vous propose un apostolat qui s'ouvre sur le monde entier, même si son objet immédiat reste bien déterminé.
Vos désirs présents sont-ils à la hauteur de pareil programme ? Nous le croyons, chères filles ; car si Dieu a mis en vous la volonté de le servir mieux et de répondre sincèrement à ce qu'il attend de vous, il y a déposé en même temps la force d'accomplir ses desseins, l'humble désir d'être associé à ses peines et l'espoir de participer un jour à son triomphe.
Il vous paraît peut-être que vos ressources spirituelles ne suffiront pas pour atteindre un but si élevé, mais la grâce parle la première ; elle vous fixe le terme et vous assure le secours efficace pour y arriver. Dans la mesure où vous lui serez fidèles, vous exercerez autour de vous cet apostolat, qui est un débordement de vie intérieure, un témoignage du surnaturel et de sa puissance de rénovation dans un monde, que le péché a divisé, fermé sur lui-même, rendu opaque aux vraies valeurs de vie. Que le Saint-Esprit, « fons vivus, ignis, caritas », vous éclaire et vous anime ! Qu'il dirige vos efforts et leur donne la fécondité. Ainsi le mouvement de Rinascita pénétrera-t-il chaque jour da- dans le milieu, où Dieu vous a placées pour y étendre son règne.
En gage des faveurs divines que Nous appelons en abondance sur vous-mêmes, sur vos foyers et sur tous les membres de votre mouvement, Nous vous accordons de tout cœur Notre paternelle Bénédiction Apostolique.
* Discours et messages-radio de S.S. Pie XII, XVIII,
Dix-huitième année de Pontificat, 2 mars 1956 - 1er mars 1957, pp. 639 - 643
Typographie Polyglotte Vaticane
DISCORSO DI SUA SANTITÀ PIO PP. XII
AI DIRIGENTI DELLE MAGGIORI AGENZIE
DI INFORMAZIONE PER LA STAMPA*
Venerdì, 26 ottobre 1956
Nous sommes heureux, Messieurs, de vous recevoir et de vous souhaiter la bienvenue à l'occasion du Congrès des Agences de presse.
Plusieurs fois déjà, depuis le temps où Nous étions Nonce Apostolique en Allemagne, durant la première guerre mondiale jusqu'en 1929, Nous Nous sommes adressé à ceux qui s'occupent de la presse et aux journalistes; en chacune de ces circonstances, Nous avons souligné l'importance et la responsabilité de leur profession. Mais pendant les trente ou quarante dernières années, cette importance, et par là aussi la responsabilité qui en découle, se sont accrues considérablement.
Les raisons de ce fait, vous les connaissez. Elle doivent être herchées sans doute dans les relations qui unissent étroitement lus gens de la presse à l'« opinion publique ». Celle-ci, dit-on, ,t le sort du journaliste.
L'« opinion publique » a toujours existé, même au moyen-âge ut dans l'antiquité. Ceux d'entre vous qui ont fait de l'histoire évoqueront les « libri de lite », le commentaire public de la lutte lus investitures au XIe siècle. Mais deux circonstances devaient contribuer à faire de l'« opinion publique » actuelle une puissance plus forte que jamais, pour le meilleur ou pour le pire, dans la vie des peuples: aujourd'hui la grande masse, tous les hommes ut même bon nombre de femmes, prennent activement part à la vie publique. Qu'on songe seulement au suffrage universel. id puis, pour créer cette opinion, on dispose maintenant de mens qui dépassent de loin ceux des âges précédents. Déjà la presse à imprimer moderne est une merveille de mécanique. Et il faut y ajouter des acquisitions techniques, dont on ne pouvait encore se faire la moindre idée au début du siècle dernier: la photo avec le film et la télévision, ainsi que la radio, qui vers 1920 était encore à ses débuts.
C'est principalement l'agence de presse, le journaliste, qui se servent de ces instruments pour former l'opinion. Grâce eux leur parole atteint immédiatement des millions d'hommes tout un peuple, toute l'humanité. Si donc il est vrai que forme l'« opinion publique », bien qu'il en dépende aussi, t principe vaut des agences de presse au suprême degré. Plus que l'homme de la rue, elles ont la possibilité de guider l'« publique » sur les chemins de la vérité et du droit. Mais elles peuvent aussi, au mépris de toute conscience, se mettre à lit disposition d'une « opinion publique » pervertie par les erreur, et les préjugés et porter ainsi la responsabilité principale, lorsque celle-ci en vient à contaminer toute la vie sociale. Le siècle actuel fournit assez d'exemples et de noms pour illustrer ces deux aspects, le dernier surtout.
Telles sont aujourd'hui, Messieurs, l'importance et la responsabilité de votre profession.
Nous ne Nous dissimulons pas les obstacles qui se dressent devant le journaliste, quand il veut être fidèle à sa tâche devant Dieu et devant les hommes soucieux de justice. D'abord la presse et la radio le tyrannisent, en lui fixant des échéances, et cette difficulté, la moins grave de toutes, est déjà bien suffisant, Il est trop souvent forcé par là de fournir aux rédactions impatientes des travaux inachevés, insuffisamment contrôlés, réfléchis, mûris.
La situation est incomparablement plus sérieuse, lorsque le, professionnels de la presse et de la radio ne peuvent pas disposer librement de ces puissants moyens de diffusion de la pensée, parce qu'ils dépendent d'autres mains plus fortes, d'organisations, de partis ou de bailleurs de fonds qui les régentent. Et finalement, le journaliste doit tenir compte de ce que ses lecteurs et ses auditeurs pensent et désirent, c'est-à-dire de l'« opinion publique » elle-même, qu'il faut diriger dans le bon sens. S'il ne s'en préoccupait pas, il ne serait ni lu ni écouté, et faillirait aux exigences de sa profession.
L'idéal consiste donc à conserver l'objectivité la plus franche. sans perdre jamais le contact avec le public. Nous ne pouvons que vous exhorter à tendre toujours vers cet idéal, en tous cas, à ne jamais sacrifier la vérité, le précepte divin et le bien commun pour satisfaire les maîtres du jour ou le goût des lecteurs et des auditeurs. Si vous suivez cette ligne de conduite, vous aurez ton s l'appui de deux forces: la protection divine et l'approbation er hommes de bien, et ces deux forces sont, en définitive, les plus décisives.
L'« opinion publique » est le sort du journaliste: faites que e soit vrai en maîtrisant vous-mêmes, pour le profit du bien commun, ce sort, cette « opinion publique », qui se révèle toujours à quelque degré et parfois même dangereusement instable t passionnée. Vous en serez capables, si vous l'abordez avec une conviction personnelle, nette et déterminée, portant sur des vérités universelles, qui ne soient jamais purement historiques, même si elles prennent pour se manifester une forme historique, alors qu'elles sont essentiellement au dessus du temps. Vous trouverez ces vérités dans ce qu'on nomme la « philosophia perennis », dans la philosophie du réalisme critique, qui aboutit à l'affirmation inconditionnée de Dieu et de l'ordre de sa création. Faites-les pénétrer de plus en plus dans l'opinion publique. Tous les hommes, qui ont conservé leur rectitude de jugement, es acceptent sans réserve. C'est ainsi que vous maîtriserez votre sort et que vous rendrez de précieux services à votre nation, à votre patrie et à la grande famille des peuples.
Nous prions Dieu de vous accorder cette faveur et Nous implorons sur vous à cet effet sa toute-puissante Bénédiction.
*Discorsi e Radiomessaggi di Sua Santità Pio XII, XVIII,
Diciottesimo anno di Pontificato, 2 marzo 1956 - 1° marzo 1957, pp. 609 - 611
Tipografia Poliglotta Vaticana
DISCOURS DU PAPE PIE XII
AUX DIRIGEANTS DES AGENCES DE PRESSE*
Vendredi 26 octobre 1956
Nous sommes heureux, Messieurs, de vous recevoir et de vous souhaiter la bienvenue à l'occasion du Congrès des Agences de presse.
Plusieurs fois déjà, depuis le temps où Nous étions Nonce Apostolique en Allemagne, durant la première guerre mondiale jusqu'en 1929, Nous Nous sommes adressé à ceux qui s'occupent de la presse et aux journalistes ; en chacune de ces circonstances, Nous avons souligné l'importance et la responsabilité de leur profession. Mais pendant les trente ou quarante dernières années, cette importance, et par là aussi la responsabilité qui en découle, se sont accrues considérablement.
Les raisons de ce fait, vous les connaissez. Elle doivent être cherchées sans doute dans les relations qui unissent étroitement les gens de la presse à l'opinion publique. Celle-ci, dit-on, est le sort du journaliste.
L'opinion publique a toujours existé, même au moyen-âge et dans l'antiquité. Ceux d'entre vous qui ont fait de l'histoire évoqueront les « libri de lite », le commentaire public de la lutte des investitures au XIe siècle. Mais deux circonstances devaient contribuer à faire de l'opinion publique actuelle une puissance plus forte que jamais, pour le meilleur ou pour le pire, dans la vie des peuples : aujourd'hui la grande masse, tous les hommes et même bon nombre de femmes, prennent activement part à la vie publique. Qu'on songe seulement au suffrage universel et puis, pour créer cette opinion, on dispose maintenant de moyens qui dépassent de loin ceux des âges précédents. Déjà la presse à imprimer moderne est une merveille de mécanique. Et il faut y ajouter des acquisitions techniques, dont on ne pouvait encore se faire la moindre idée au début du siècle dernier : la photo avec le film et la télévision, ainsi que la radio, qui vers 1920 était encore à ses débuts.
C'est principalement l'agence de presse, le journaliste, qui se servent de ces instruments pour former l'opinion. Grâce eux leur parole atteint immédiatement des millions d'hommes, tout un peuple, toute l'humanité. Si donc il est vrai qu'il informe l'opinion publique, bien qu'il en dépende aussi, le principe vaut pour les agences de presse au suprême degré. Plus que l'homme de la rue, elles ont la possibilité de guider l'opinion publique sur les chemins de la vérité et du droit. Mais elles peuvent aussi, au mépris de toute conscience, se mettre à la disposition d'une opinion publique pervertie par les erreurs et les préjugés et porter ainsi la responsabilité principale, lorsque celle-ci en vient à contaminer toute la vie sociale. Le siècle actuel fournit assez d'exemples et de noms pour illustrer ces deux aspects, le dernier surtout.
Telles sont aujourd'hui, Messieurs, l'importance et la responsabilité de votre profession.
Nous ne Nous dissimulons pas les obstacles qui se dressent devant le journaliste, quand il veut être fidèle à sa tâche devant Dieu et devant les hommes soucieux de justice. D'abord la presse et la radio le tyrannisent, en lui fixant des échéances, et cette difficulté, la moins grave de toutes, est déjà bien suffisante. Il est trop souvent forcé par là de fournir aux rédactions impatientes des travaux inachevés, insuffisamment contrôlés, réfléchis, mûris.
La situation est incomparablement plus sérieuse, lorsque les professionnels de la presse et de la radio ne peuvent pas disposer librement de ces puissants moyens de diffusion de la pensée, parce qu'ils dépendent d'autres mains plus fortes, d'organisations, de partis ou de bailleurs de fonds qui les régentent. Et finalement, le journaliste doit tenir compte de ce que ses lecteurs et ses auditeurs pensent et désirent, c'est-à-dire de l'opinion publique elle-même, qu'il faut diriger dans le bon sens. S'il ne s'en préoccupait pas, il ne serait ni lu ni écouté, et faillirait aux exigences de sa profession.
L'idéal consiste donc à conserver l'objectivité la plus franche sans perdre jamais le contact avec le public. Nous ne pouvons que vous exhorter à tendre toujours vers cet idéal, en tous cas, à ne jamais sacrifier la vérité, le précepte divin et le bien commun pour satisfaire les maîtres du jour ou le goût des lecteurs et des auditeurs. Si vous suivez cette ligne de conduite, vous aurez alors l'appui de deux forces : la protection divine et l'approbation des hommes de bien, et ces deux forces sont, en définitive, les plus décisives.
L'opinion publique est le sort du journaliste : faites que ce soit vrai en maîtrisant vous-mêmes, pour le profit du bien commun, ce sort, cette opinion publique qui se révèle toujours à quelque degré et parfois même dangereusement instable et passionnée. Vous en serez capables, si vous l'abordez avec une conviction personnelle, nette et déterminée, portant sur des vérités universelles, qui ne soient jamais purement historiques, même si elles prennent pour se manifester une forme historique, alors qu'elles sont essentiellement au dessus du temps. Vous trouverez ces vérités dans ce qu'on nomme la « philosophia perennis », dans la philosophie du réalisme critique, qui aboutit à l'affirmation inconditionnée de Dieu et de l'ordre de sa création. Faites-les pénétrer de plus en plus dans l'opinion publique. Tous les hommes qui ont conservé leur rectitude de jugement les acceptent sans réserve. C'est ainsi que vous maîtriserez votre sort et que vous rendrez de précieux services à votre nation, à votre patrie et à la grande famille des peuples.
Nous prions Dieu de vous accorder cette faveur et Nous implorons sur vous à cet effet sa toute-puissante Bénédiction.
* Discours et messages-radio de S.S. Pie XII, XVIII,
Dix-huitième année de Pontificat, 2 mars 1956 - 1er mars 1957, pp. 609 - 611
Typographie Polyglotte Vaticane
DISCOURS DU PAPE PIE XII
AUX PARTICIPANTS AU CONGRÈS D'ÉTUDE ET À L'ASSEMBLÉE DE L'INSTITUT INTERNATIONAL DES CLASSES MOYENNES*
Jeudi 25 octobre 1956
En accueillant aujourd'hui les membres de l'Institut International des Classes Moyennes, Nous sommes heureux de combler un désir que l'état de Notre santé n'avait pas permis de satisfaire il y a deux ans, lors d'une précédente réunion.
L'Institut qui vous rassemble, Messieurs, a déjà traversé les vicissitudes d'un demi-siècle agité et déchiré par deux guerres mondiales, dont les répercussions furent particulièrement lourdes pour vos milieux. Vous représentez les grandes organisations nationales et internationales de classes moyennes, c'est à dire cette « nombreuse et très importante fraction de l'humanité », dont l'encyclique Quadragesimo anno (Acta Ap. Sedis, a. 1931, vol. 23, p. 210) signalait la situation particulière dans l'exposé des « profonds changements subis depuis Léon XIII par le régime économique » (ibid., p. 209). Non pas que les classes moyennes constituent un élément nouveau dans la société, bien au contraire ; mais parce que le développement chi grand capitalisme d'une part, et du salariat de l'autre, ont provoqué un ensemble de réglementations et d'institutions, qui laissaient trop souvent de côté une partie essentielle des citoyens de chaque pays, ceux qui, en général, participent à la production par leur travail et leurs capitaux personnels, les artisans, les commerçants autonomes, les petits et moyens industriels, la majorité des agriculteurs, les professions libérales, certaines catégories de fonctionnaires et de cadres, la plupart des rentiers. Une enquête de vaste envergure vient de vous apporter les derniers renseignements sur la notion même de classes moyennes et sur la situation de celles-ci dans les pays européens. Vous êtes préoccupés particulièrement par les conséquences des mesures fiscales appliquées tant aux petites et moyennes entreprises, qu'aux artisans, aux cadres, aux professions libérales dans les différents pays examinés. Votre désir est de jouer pour les catégories, qui vous intéressent, le rôle que le Bureau International du Travail joue pour la classe ouvrière, d'être un centre de recherches et d'études pour l'ensemble des classes moyennes, car vos problèmes sont particuliers, comme votre rôle même dans la société.
La situation intermédiaire que vous occupez, la place numérique considérable que vous tenez dans la population, les vertus propres à vos milieux, font de vous un élément de modération et d'équilibre, qui risque d'être étouffé, si les charges dont il est grevé dépassent ses ressources réelles. La part de responsabilité personnelle que vous avez normalement dans vos activités à l'échelle le plus souvent familiale de vos entreprises, entretiennent et développent chez vous un sens du travail bien fait, de l'épargne et de la prévoyance, heureux fruits de l'autonomie relative, dont vous considérez à juste titre qu'elle fait partie essentielle de votre condition sociale. On a constaté que les pays où les classes moyennes étaient trop réduites et trop faibles, se trouvaient exposés aux excès politiques les plus graves et les plus violents. Vous êtes traditionnellement en faveur de la stabilité et des arbitrages basés sur la justice distributive. Ce rôle social vous caractérise et vous devez le remplir avec un sens élevé du bien général. L'existence d'Instituts nationaux et internationaux des classes moyennes permet précisément de dégager, en fonction de données aussi vastes et aussi complètes que possible, la part de libertés et la part de servitudes légitimes, qu'il convient respectivement d'accorder et d'imposer dans chaque pays, pour qu'un équilibre national et international se trouve paisiblement assuré.
Vous devez être aussi un facteur de santé morale, car vous avez, avec l'amour de la juste liberté, une haute idée de la dignité personnelle et le respect d'autrui, sans lesquels la vie sociale tourne à la lutte des passions égoïstes et aveugles. Puissiez-vous aussi guider vos réflexions et vos démarches d'après les maximes de la sagesse enseignée par l'Évangile. L'heureux équilibre de la société n'a-t-il pas son fondement le plus solide dans un ordre moral, qui s'inspire non pas d'une logique froide et calculatrice, soucieuse avant tout d'une répartition équitable des biens matériels, mais de la justice et de la charité généreuse, à l'exemple du Christ, c'est-à-dire de l'amour désintéressé qui comporte l'oubli de soi, le renoncement et le sacrifice, et voit dans cette route austère, mais tracée par Dieu lui-même, l'unique moyen de faire régner, autant qu'il est possible en ce monde, plus de fraternité et de joie.
En souhaitant à votre rencontre romaine les plus fructueux résultats, Nous demandons à Celui qui est pour tous les hommes la Voie, la Vérité et la Vie, de vous accorder sa lumière et sa force. Et, comme signe de Notre bienveillance paternelle, Nous vous accordons à tous ici présents, à vos familles et à vos amis Notre Bénédiction apostolique.
* Discours et messages-radio de S.S. Pie XII, XVIII,
Dix-huitième année de Pontificat, 2 mars 1956 - 1er mars 1957, pp. 603 - 605
Typographie Polyglotte Vaticane
DISCOURS DU PAPE PIE XII
AU MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES
DU VENUEZELA, S.E.M. JOSÉ LORETO ARISMENDI*
Samedi 23 octobre 1956
Il semble, Excellence, Messieurs et Mesdames, qu’un moment aussi solennel que celui-ci serait incomplet sans quelques paroles de Notre part, manifestant la satisfaction que Nous éprouvons pour votre aimable présence. Nous avons l’intention de répondre à celle-ci de la façon la plus complète, non seulement en raison de vos mérites personnels, mais aussi parce que vous représentez une nation spécialement aimée pour sa foi, nation enrichie des dons de la divine Providence et destinée à un grand avenir dans la communauté de la famille catholique et dans celle des nations.
Placé comme une couronne naturelle au centre de l’Amérique du Sud, à un pas du lien étroit qui l’unit à celle du Nord, et dans le lieu même où les immensités de l’Atlantique se resserrent comme pour pouvoir mieux jouir des innombrables beautés et des richesses de la mer des Antilles, le Venezuela est fameux par ses admirables côtes abondantes en perles, par ses plaines fécondes où se déroule l’impétueux Orénoque, par ses forêts si touffues qui couvrent comme d’un manteau les pentes de ses montagnes du nord, tandis qu’elles se teintent d’un ocre suave dans les plaines sans fin du haut plateau du sud, par son ciel lumineux, par la générosité avec laquelle son sol donne les fruits les plus estimés et les plus parfumés, par les minéraux précieux qu’il dissimule dans les entrailles de sa terre. Votre pays s’est imposé aujourd’hui à l’attention universelle par cette autre richesse que la main de Dieu a cachée, avec profusion, dans ses entrailles, cet «or noir» que la machine moderne exige et dévore, aujourd’hui, par torrents.
Ce sont des dons de Dieu certes, et des dons du Créateur d’autant plus évidents que la richesse jaillit elle-même du sol comme d’une source ; à la splendeur de ces dons, la créature doit répondre avec une égale générosité en offrant la parfaite et constante soumission de sa volonté à la loi divine, ces sentiments qui sont aussi les plus précieux de ses trésors.
Ces biens vous ont été donnés avec munificence par le Dispensateur de tout bien ; mais par cela même, ils doivent être utilisés selon son très haut dessein et de telle façon qu’ils servent non seulement au progrès matériel, mais aussi et davantage, à un développement spirituel, si vous ne voulez pas que la matière écrase l’esprit, avec toutes les funestes conséquences que cela comporte.
Ce sont des éléments très efficaces de progrès ; accordés non plus exclusivement à une personne, mais à une société, leur bienfait doit se répandre en toutes ses classes, afin que son évolution se fasse harmonieuse et bienfaisante. Cette société se rendra digne de prédilections divines si évidentes par son assiduité au travail, son respect de la moralité publique, son zèle à conserver l’intégrité et la stabilité de la famille, son effort pour assurer l’éducation civique, mais surtout religieuse et morale de ses enfants.
C’est précisément sur ce terrain que l’Eglise catholique, qui joua un rôle si important dans la formation de votre esprit, peut offrir une collaboration irremplaçable non seulement par ses centres d’éducation, mais aussi par l’instruction religieuse de votre jeunesse, à tous les degrés de l’enseignement. Et les bonnes relations qui existent entre le Siège apostolique et votre pays – relations que Nous désirons voir non seulement maintenues, mais même consolidées – Nous laissent espérer qu’il en sera ainsi, pour le plus grand bien spirituel et temporel de votre peuple.
Nous voudrions en trouver une garantie de plus, dans cette visite, Monsieur le Ministre, vous, dont la compétence est bien connue, comme aussi les nobles sentiments qui vous animent, héritage d’une famille illustre par ses traditions morales et religieuses.
Que le Seigneur bénisse donc Votre Excellence avec toute votre famille ici présente et les personnalités de votre suite. Qu’une particulière Bénédiction s’étende aussi sur Son Excellence Monsieur le Président de la République, sur vos collègues du gouvernement et sur tout le cher peuple vénézuélien, auquel Nous voulons souhaiter toujours toutes sortes de biens.
*L’Osservatore Romano. Edition hebdomadaire en langue française, n°44 p.4.
Documents Pontificaux 1956, p.652-654.